- Vous êtes sous Fidelitas? s'étonna Felicity.
Elisabeth sourit, avant de lui répondre en lui tendant un morceau de papier où était écrit l'adresse.
- Oui, c'est plus sûr, d'après les temps qui courent.
Felicity ne releva pas. Elle lu l'adresse dans sa tête, et regarda l'espace entre deux jardins s'ouvrir. Bientôt, une grande maison apparut, devancée par un petit jardin bien entretenu, lui même bordé par une clôture de bois et quelques rosiers. Quelques plantes grimpantes en fleur, abordaient la façade du cottage, mais de façon ménagée, de sorte que ça fasse plus office de décoration que de simple mauvaise herbe. C'était charmant. Tout à fait charmant.
Felicity rougit. Elle n'avait jamais vécu dans une maison aussi grande, et qui semblait aussi belle. Elle était à la fois ravie de vivre dans le cottage de ses rêves, et gênée de déranger les propriétaires. Distendue entre deux sentiments, elle ne vit pas l'air amusée de la gardienne du secret.
- Ne restes pas là Lissy, entres donc!
La jeune fille pressa ses paupières, et rouvrit les yeux. Elle ne rêvait pas : elle allait vivre là pendant deux mois, et bien plus même. Tandis qu'Elisabeth ouvrait le portillon, elle se força à soulever sa jambe. À poser un pied devant l'autre. À avancer. À entrer dans sa nouvelle vie, et tourner le dos à son passé.
oOo
De l'intérieur, la maison paraissait encore plus grande.
Elisabeth alla préparer le dîner, et James fit la visite de la demeure. Le salon était grand et luxueux, décoré aux couleurs de Gryffondor, si bien qu'on se croirait dans la salle commune de la maison de Poudlard. La cuisine, où s'afférait avec grâce Elisabeth, était lumineuse, et donnait sur la salle à manger, simple, mais élégante. Un escalier de bois d'acajou montait sur plusieurs étages, où se répartissaient des chambres. On comptait deux chambres pour une salle de bain, et une décoration différente pour chaque salle. Aux vues du nombre de chambres supplémentaire, la famille Potter avait l'habitude de recevoir.
La chambre d'Olive, aux couleurs bleues, était meublée d'un lit simple, bordé d'une table de nuit. Se trouvait aussi là, une armoire dans un coin de la pièce, et une coiffeuse, éclairée en cette heure-ci par les rayons du soleil qui filtraient en travers de la fenêtre. La chambre de Felicity, située à côté de celle de son amie, était identique, si ce n'est qu'elle était peinte de couleur lavande, et que la fenêtre donnait sur l'avant de la maison.
Les deux filles en découvrant leurs habitacles respectifs, sourirent, réjouies.
Elles allaient vivre ici maintenant, et ça commençait déjà bien.
Le repas avait été excellent, révélant les talents de cordon bleu de Elisabeth Potter. Une fois leur estomac plein, le sommeil vint s'écraser sur eux. Madame Potter, consciente de leur fatigue, leur proposa d'aller se coucher, elle leur prêta deux chemises de nuit, et bientôt, la maison s'endormit.
oOo
Felicity avait sept ans. Elle jouait dans le jardin en compagnie de son frère jumeau, Matthew, sous la surveillance de leur père Ryan.
La bataille de boule de neige était à son sommet lorsque l'incident arriva.
Matthew, qui en avait marre de se recevoir trop de neige à la figure, pour si peu envoyées et qui atteignent leurs cible, envoya une boule le plus fort possible, afin qu'elle soit rapide, et atteigne Felicity sans qu'elle n'aie de temps de l'esquiver. Ce qui sauva la soeur, c'est elle tomba avant le lancer de son frère. Elle eut donc le temps de regarder le trajet du projectile dans l'air.
La boule atteignit une vitesse effrayante, si bien qu'elle en était à peine visible. Elle vint s'écraser contre le mur, et lorsque la neige tomba, on vit que le projectile avait créé un creux dans le mur de brique. Ryan, qui avait vite compris que ce n'était pas normal, alla attraper son fils sa le col du manteau.
- Matt! Pourquoi tu as utilisé la magie?! Tu aurais pu tuer ta soeur!
La colère du père des Lupin était palpable. Il ne savait que trop bien que sa compagne était une sorcière, mais il avait espéré pendant sept ans, que ses enfants ne seront pas atteints de sa ''maladie''. Aussi, lorsque l'incident arriva, il pressentit que son fils aussi était un monstre. Il ne l'accepta pas. D'autant plus que ce monstreavait failli tuer sa fille. Fille qu'il espérait normale.
Matthew était lui-même effaré de ce qu'il avait fait, et était d'autant plus effrayé lorsque son père abordait cet air-là, qu'il voyait pour la première fois. Il savait qu'il allait être puni.
Felicity, qui avait pressentit cela elle aussi intervint.
- Non Papa! C'est pas grave! Je l'ai vue arriver! C'est bon, laisse le tranquille, il ne le refera plus!
Si Matthew fut reconnaissant de l'aide de sa soeur, ce fut le contraire pour Ryan.
- Tu mens Lissy! Tu es tombée c'est tout! Matthew, je te punis, tu va voir ce que ça fait, comme ça tu ne recommenceras plus.
L'enfant laissa les larmes qu'il retenait couler à flot le long de ses joues. Il ne voulait pas être puni. Mais la sentence tomba sur lui sans qu'il ne puisse rien y faire.
- Tu passeras la nuit dehors.
.
Felicity se réveilla en sursaut. Elle avait à nouveau seize ans, elle était dans un lit bien douillet, c'était l'été, et elle transpirait.
- Matt, souffla-t-elle.
- Matt ?
Felicity se retourna, et s'aperçut avec surprise que Sirius Black se tenait sur le pas de la porte, la main encore sur la poignée. À l'évidence, il venait d'ouvrir la porte.
- Bon, maintenant que tu es réveillée, je n'ai plus besoin de te tirer du sommeil, dit le garçon.
Il referma la porte, laissant une Felicity bouche bée derrière lui. Elle ferma les yeux, le temps de se souvenir des récents évènements – sa pétrification, sa nouvelle vie – mais elle n'avait aucun souvenir de la présence du jeune Black la veille au soir, aussi s'étonna-t-elle de sa présence. Elle fit une rapide toilette, s'habilla et se coiffa, puis descendit dans la salle à manger. Il n'y avait personne d'autre que Sirius dans la pièce. Felicity prit un ton désinvolte pour dire.
- Je ne sais pas quelle question poser en premier. Qu'est-ce que tu fais ici ? Et où sont les autres ?
Sirius eut un rire sonore, et l'invita à s'asseoir.
- Ce que je fais ici ? Tu verra, je viendrai souvent à l'improviste voir mon meilleur ami, suite à des disputes familiales.
- Oh.
- Et les autres sont partis. Elisabeth travailles, et James accompagne Olive sur le chemin de Traverse. Il m'a demandé de t'attendre, mais comme je m'ennuyais, j'ai décidé de te réveiller.
Il ajouta tout bas.
- Je me demande comment James supportes de faire du shopping avec une fille.
Ce fut au tour de Felicity de rire.
- J'admets qu'une fille prends son temps dans les magasins, mais c'est comme ça. Pourquoi sont-ils partis sans m'attendre ?
Sirius la regarda au travers de ses cheveux.
- Olive était partie voir dans ta chambre, elle a dit que tu avais un sommeil agité, et elle semblait savoir pourquoi.
- Probablement parce qu'elle sait pourquoi. À propos, est-ce qu'on est censé les rejoindre ?
- Oui.
- Dans ce cas, nous feront un petit détour, dit Felicity en souriant.
oOo
- Un cimetière ?
Felicity hocha la tête.
Après qu'ils eurent finis de petit déjeuner, Felicity et Sirius avaient quitté la maison des Potters, pour aller à Londres. Là, Felicity avait emmené Sirius jusqu'au quartier de Leyonstone, où se dressait le cimetière.
- Qui? demanda Sirius.
- Mon frère, et probablement ma mère.
- Tu as un frère ?
- Oui, un frère jumeau.
- Que lui est-il arrivé ?
Sirius n'eut pas de réponse.
- La seule personne à qui j'en ai parlé est Olive, je te demanderais de ne rien dire, même à James et Lily.
- Et pourquoi tu m'en parle à moi ?
- Parce que je n'ai pas trop eu le choix, tu étais là à mon réveil, je te rappelle. Et je sens que tu es le genre de personne pas très délicat sur certains points.
Cette phrase eut le don de faire taire Sirius. C'était carrément une insulte, mais il ne releva pas. Il se contenta de fixer Felicity. Cette dernière fit un pas en avant.
- Attends-moi ici, je n'en ai pas pour longtemps.
Elle hésita quelques secondes avant de demander.
- Ta baguette Sirius je te prie.
Le garçon lui tendit docilement sa baguette, et elle passa le portillon, se frayant un chemin entre les tombes, dernières maisons des morts. Elle connaissait le chemin par coeur, pour y être trop souvent allée. Elle s'arrêta devant une tombe de marbre blanc, qui avait coûté une fortune à la famille Lupin, mais que les mauvaises herbes et la poussière avaient malheureusement déjà attaqué. Elle fit un geste de la main, et la baguette s'agita, pour enlever ce qui cachait la pierre tombale, qu'elle puisse y lire les inscriptions.
Matthew Rigel Downham Lupin
(1927-1934)
Un jour, tout ira bien.
R.I.P
La gorge de Felicity se noua. Rien n'irait jamais bien. Ces mots vides ne pouvaient masquer le fait que les restes décomposés de son frère reposaient sous la terre. Felicity laissa sans crainte ses larmes rouler le long de ses joues. Son frère était mort de la pire façon qui soit, et elle n'avait pas pu le sauver. Elle fit un nouveau geste de la main, et un bouquet de fleur apparu sur la tombe de son frère. C'était des roses blanches, pures. Empruntes d'innocence : la même innocence que Matthew avait lorsqu'il était mort. Le coeur de Felicity se serra. Il était mort trop jeune.
Puis, elle porta son regard vers l'inscription en dessous de celle-ci.
Harmony Downham.
(1905-1974)
La douleur est la monnaie de toute félicité.
R.I.P
Le coeur de Felicity se fendit. Les larmes coulèrent, plus abondantes, plus brûlantes. Elles creusèrent des sillons dans ses joues, lui arrachèrent la peau, lui noyèrent le coeur. Elle avait achevé sa mère. Déjà alcoolique, elle l'avait d'autant plus fait souffrir en disparaissant. Elle avait dû la croire morte, sans jamais retrouver son corps. Elle lui avait promis...
Elle se souvint du jour où l'on avait enterré son frère. Sa mère, en pleurs, effondrée, à ses côtés, lui a fait promettre.
- Lissy, promets moi...
- Oui maman?
- Promets-moi de ne jamais mourir. Ou du moins, si tu meurs, je veux que ta mort ne soit pas aussi cruelle.
Le sang de Felicity ne fit qu'un quart de tour avant de répondre.
- Je te le promets. Je ne mourrais que quand mon corps sera fatigué de vivre, et quand la vieillesse aura eut raison de moi.
Elle était jeune, pourtant elle parlait si bien.
- Et mon corps reposera auprès de ceux que j'aime, ajouta-t-elle en un murmure.
Felicity déglutit. C'était faux. Sa mère la croyait morte, et son corps ne reposait toujours pas auprès d'elle. Felicity semblait avoir fait à sa mère la plus haute trahison.
Elle tomba à genoux. Sa mère était morte. Morte. Il n'y avait plus rien à faire.
Elle sécha ses larmes et se releva. Felicity aspira quelques bouffées d'air, et se reprit. Si, il y avait encore quelque chose à faire. Vivre. Trouver les assassins de sa mère, et se venger.
Elle tourna le dos à la pierre tombale, et s'en alla.
Elle eut le temps de jeter un dernier coup d'oeil à la pierre tombale de sa famille.
Harmony Downham... Harmony Downham, et non Harmony Lupin.
Sa mère avait bien fait de ne jamais se marier à son père.
oOo
- J'étais sûre de vous trouver là dedans.
James se retourna vers Felicity qui venait d'entrer dans la boutique de Madame Guipure, vendeuse de prêt-à-porter pour sorciers. Il avait la mine déconfite. Mais dès qu'il aperçu la blonde, le sourire revint à ses lèvres.
- Ouf ! Vous êtes enfin là ? Ça fait trois heures qu'Oli hésite entre ci et ça.
Felicity et Sirius partirent dans un éclat de rire sonore.
- Ne te moques pas Lissy, intervint Olive qui sortait d'une cabine d'essayage, la mode d'ici est trop géniale. On a trop de choix, et on doit se faire une garde-robe entière ! Regarde ça.
Felicity regarda les vêtements que portait sa sœur et amie, et plongea dans la même folie.
- C'est trop beau !
Et elle partit trouver des vêtements pour elle-même en ne cessant de s'extasier. En trente ans, la mode avait bien changé, et c'était tout à fait aux goûts des deux sœurs. Les sourires de James et Sirius s'évanouirent.
- Oh, elles vont en avoir pour des heures ! dit Sirius.
- C'est clair...
Puis une étincelle vint éclairer le regard de James.
- Tu penses à ce que je pense ? lui demanda Sirius.
James sourit, et éleva la voix pour que ses deux sœurs l'entendent.
- Les filles, on va au Quality Quidditch Supplies. On vous rejoint dans une heure ici même.
Et les garçons sortirent de la boutique en prenant leurs jambes à leur cou.
.
Lorsqu'ils revinrent une heure plus tard, les filles venaient de finir. Des piles de vêtements s'entassaient à la caisse.
- Dire que c'est moi qui paye, soupira James.
- Non, James. C'est nous qui payons, dit Olive. Comme vous ne reveniez pas, on a demandé à Madame Guipure de garder nos vêtements de côté, pendant que nous allions à Gringotts.
- Et je suis même partie m'acheter une baguette chez Ollivander, ajouta Felicity.
- Pourtant on n'est partis qu'une heure.
Felicity tira la langue à Sirius qui venait de parler.
- Tu nous surestime Sirius. On ne va quand même passer toute une heure dans un magasin.
- Mais vous êtes des filles! dit Sirius comme une évidence pleine de sous-entendus.
- Pourtant c'est vous qui avez passé une heure entière dans un magasin de Quiddich.
Et Olive et Felicity partirent dans un éclat de rire, en ajoutant.
- Pour la peine, c'est vous qui allez tout porter !
Les expressions de James et Sirius devinrent alors encore plus déconfites.
