Debout devant le miroir de sa penderie, Izaya regarde son corps nu d'un œil vitreux. Il est couvert d'hématomes violacés et de plaies encore saignantes. Sa peau très pâle semble briller dans l'obscurité de sa chambre; seule la lumière de la salle de bain attenante l'éclairait, d'une lueur froide lui donnant des airs de cadavre.

Il se secoua et frissonna. Les bras autour des épaules, il se réfugia dans la salle d'eau. Ses pieds nus sur le carrelage se refroidirent bien vite; il s'approcha de la baignoire et ferma le robinet. Il se glissa alors dans son bain en grimaçant légèrement. Ses articulations le faisaient souffrir, tous les muscles de son corps lui criaient de se détendre, mais pourtant il restait crispé. La journée avait été particulièrement rude, et malgré tout son talent, il avait bien failli y rester. Faire affaire avec la mafia n'avait pas que ses bons côtés.
L'eau se teinta d'un peu de rouge. Il essaya de ne pas trop y prêter attention - il ne s'agissait que de quelques coupures et éraflures mineures. Et il était trop fatigué pour penser à les nettoyer. Trop fatigué pour demander à Shinra de passer - pas sûr qu'il décroche, de toute façon. Il avait constaté que parfois, ce dernier évitait ses appels. Il le soupçonnait de le trouver ennuyeux. C'est vrai qu'Izaya était quelqu'un d'embêtant, dans le sens où il ruminait sans cesse les mêmes choses, encore et encore, en une obsession lassante; mais aussi dans le sens où sa fréquentation n'attirait que des ennuis à la bonne âme qui acceptait de s'occuper de lui.
Donc le jeune informateur n'en voulait pas au médecin. Simplement, il trouvait trop fatiguant de faire l'effort de lui téléphoner, alors que le résultat était si incertain.

Au final, il allait essayer de se calmer, de se relaxer. Déjà son corps le faisait moins souffrir, et il sentait un début de somnolence le faire piquer du nez. L'eau chaude et l'odeur apaisante du gel douche au jasmin…

Lentement, ses pensées devinrent de plus en plus incohérentes, et il en perdit le fil. Sa nuque se ploya contre le rebord de la baignoire, et il commença à glisser, sans s'en rendre compte : les paupières baissées, il dormait.
Son torse fin, marbré de bleus, disparu sous l'eau. Puis se fut le tour de ses épaules, de son cou.
Son menton trempait, ensuite sa bouche, qui fit quelques bulles.
Sa tête disparut entièrement sous l'eau, ne laissant à la surface qu'une faible ondulation.
Pourtant il dormait toujours.