Auteur : Verityburns

Titre original : The Heart In The Whole

Statut de la fic originale : 21 chapitres, terminée

Traduction : Shima-chan

Note de l'auteur : Cette histoire se situe juste après l'épisode The Great Game, mais elle n'est en aucun cas la suite de ma précédente histoire, The Road Less Traveled.

Note de la traductrice : Merci à Ondatra zibethicus, Petite Amande, Rei Li-chan, Dupond et Dupont, Clina9, Yumi-chan, klipotitatum, Egwene Al' Vere, Mimy111, love FMA et Sissi83 pour leurs commentaires, ainsi qu'aux lecteurs qui ajoutent cette histoire à leurs alertes ou favoris. N'hésitez pas à laisser un petit mot, je ne mords pas et réponds systématiquement !

J'ai eu quelques nouvelles de verityburns et elle est très heureuse du nombre de reviews qu'obtient cette version française, de même qu'elle a été impressionnée par le nombre de personnes qui la suivent sans forcément le dire, alors encore une fois, merci à vous de votre soutient :)

Bonne lecture !


THE HEART IN THE WHOLE

Chapitre 9 – The Absent Au Pair

« Salut, le monstre. »

Lestrade ouvrit la bouche, voulant de toute évidence réprimander Sally, mais John capta son regard et secoua la tête : Sherlock souriait.

« Bonjour, Sally », répondit-il alors qu'elle entrait dans le bureau où les trois hommes se tenaient. « Quel plaisir d'entendre à nouveau votre douce voix, cela faisait bien trop longtemps. »

Sally sourit, un peu tristement, à John, qui hocha la tête à son attention alors qu'elle donnait à Lestrade le dossier qu'elle portait avant d'aller s'asseoir dans un coin. Ça n'avait pas dû être facile, réalisa John. La majorité des gens y allait avec des pincettes avec Sherlock, ce qu'il détestait, mais elle avait clairement décidé de le traiter comme avant, quand bien même elle se faisait ouvertement critiquer vu les circonstances. John n'avait jamais vraiment pris le temps de considérer Sally, mais il appréciait sa constance.

Lestrade prit la parole. « Vous êtes sûr de ça, Sherlock. » vérifia-t-il encore. Sherlock l'ignora.

« On est sûr, » répondit John, pliant son bras pour presser les doigts de Sherlock avec reproche. Considérant combien il avait été désireux de venir au Yard aujourd'hui, on aurait pu penser qu'il ferait un peu plus d'effort pour être aimable. Là encore, ça n'aurait pas vraiment été Sherlock.

« Okay, » commença Lestrade. « Nous recherchons une jeune fille Au Pair portée disparue. »

Un sourcil de Sherlock se leva. « Et bien», fit-il d'une voix traînante. « Dieu merci, vous ne m'avez pas appelé pour quelque chose de futile. »

« Ha ha, » répliqua Lestrange, apparemment quelque peu soulagé que Sherlock prouve que son caractère, au moins, n'avait pas été affecté par sa blessure – il était aussi arrogant qu'avant. « Cette Au Pair, en particulier, s'est rendue à un entretien d'embauche, a frappé à mort la propriétaire à la tête, puis a disparu avec une certaine quantité de bijoux et d'argent liquide. Nous l'avons tracée jusqu'à la station de métro, puis plus rien. Nous n'avons réussi à soulever aucune piste, nous n'avons rien pour continuer et nous sommes… »

« Complètement désespérés ? » interrompit Sherlock.

John remarqua que Sally roulait des yeux dans son coin, mais elle souriait. Elle le vit la regarder et haussa les épaules.

« Une nouvelle perspective serait très certainement la bienvenue, » admit Lestrade. Il passa quelques photos à John. « Celles-ci viennent de la scène de crime – le corps a été découvert il y a deux jours, alors il n'y a rien à voir… » Il se figea à ses propres mots, puis sourit simplement pour s'excuser et reprit. « Je peux vous parler de l'affaire, les étapes que nous avons suivies… »

Sherlock leva sa main pour arrêter le flot. « John ? » dit-il, se tournant pour faire face à l'homme dont il n'avait pas lâché le bras depuis qu'ils avaient quitté l'appartement.

John étudia la première photo. « Okay, un salon d'une taille importante, deux fauteuils à angle droit de chaque côté de l'âtre. La victime est allongée face contre terre sur le tapis, devant les fauteuils. Trace évidente d'un fort traumatisme à l'arrière de la tête, mais impossible de déterminer l'arme depuis cette photo. La position du corps et l'angle de la blessure suggèrent qu'elle était assise quand le coup est arrivé de derrière elle, mais il a dû y avoir un sacrée force vue la distance à laquelle elle se trouve du fauteuil, les bras rejetés en avant et les pieds nus. »

Il s'arrêta et Sherlock serra son bras pour l'encourager. « La victime a des cheveux blonds lui tombant aux épaules, taille et poids moyen, très bien habillée. La peau, l'allure et les vêtements indiquent qu'elle est plutôt jeune, dans la vingtaine. »

John leva les yeux vers Lestrande. « Qu'est-ce qui vous rend si sûr que c'est la jeune fille Au Pair qui a fait ça ? Le mari est généralement le premier suspecté, non ? »

Les sourcils de Lestrade s'élevèrent. « Il semblerait que vous ayez appris une chose ou deux, John, » dit-il.

John remarqua le demi-sourire de Sherlock du coin de l'œil, avant que Lestrade ne poursuive, jetant un coup d'œil au dossier qu'il récita.

« Philip Harbrook, un peu plus vieux que sa femme, a une petite fille d'un précédent mariage – d'où le besoin d'avoir une jeune fille Au Pair. Il était veuf il y a encore trois mois, quand il a épousé la romance éclair et déjà morte. Apparemment, il était dans un état normal quand il a dû identifier le corps. »

Lestrade était généralement bien plus sympathique que ça, pensa John. De toute évidence, il n'avait pas aimé le mari.

« Il est parti travaillé à huit heures, » continua Lestrade, « il a déposé sa fille à la garderie en chemin, et était en constante compagnie de neuf heures jusqu'à ce que le corps de sa femme soit découvert par la femme qui venait pour un entretien à quatorze heures. Nous avons déjà interrogé les rendez-vous de dix et onze heures, alors Mme Harbrook était bel et bien en vie quand il est parti. »

John regarda les autres photos. « Il y a quelques gros plans, » dit-il à Sherlock. « Pas grand chose à ajouter : peu de bijoux, mais ils ont l'air propres – juste un collier en or et un bracelet, et son alliance. » Il regarda la photo de plus près. « Elle semble un peu serrée et il y a une inscription, mais je ne peux pas la lire… »

« Ça dit "Maintenant et Pour toujours" avec leurs noms et la date, » indiqua Sally. « Est-ce que c'est important ? » demanda-t-elle avec espoir.

« Malheureusement, » lui dit Sherlock, dédaigneusement, avant de se tourner vers Lestrade. « Nous devons voir la scène du crime, » déclara-t-il. Il y eut un silence et il secoua la tête. « Oh, ne soyez pas aussi pédants. Bien, nous avons besoin d'aller sur le lieu du crime pour que John puisse la voir et pour que je puisse la visualiser. C'est mieux ? »

« Je vous emmène, » se proposa Sally, à la surprise de toutes les personnes présentes dans la pièce. « Quoi ? » demanda-t-elle. « Je ne suis pas une complète salope, vous savez ! »


Sherlock s'assit dans le taxi, réfléchissant à sa situation actuelle. Il n'y avait aucune raison de penser davantage à l'affaire tant qu'il n'avait pas plus de données, et il était plus que capable de poursuivre plusieurs trains de pensée en même temps, de toute façon. Il se rendit compte que son esprit ne cessait de revenir à John, et à la façon dont leur relation avait changé depuis la veille au soir.

Le massage avait été… et bien, presque écrasant, vraiment. Comme rien d'autre dans cette expérimentation. Il était clair que toute cette partie sur les relations physiques méritait une étude plus approfondie.

Il n'avait jamais vraiment fait attention à son physique, si ce n'est pour être ennuyé quand il le lâchait et insistait pour manger et dormir aux moments les plus inconvenants. Maintenant, il réalisait qu'il allait devoir faire plus attention aux réactions de son corps, pour mieux comprendre celles de John. Il remonta un peu le cours de sa journée, se souvenant de l'instant où il s'était réveillé à plat ventre sur le matelas ce matin et où il s'était rendu compte que sa main gauche reposait sur le ventre de John…


Très bas sur le ventre de John. C'était intéressant, quand on considérait que l'argument de John pour les coussins avait été largement basé sur sa peur d'abuser de Sherlock dans son sommeil : il semblait, à première vue, que le scénario inverse avait bien plus de chance de se produire. John était allongé sur le dos, de son côté du lit, exactement comme d'habitude. C'était Sherlock qui avait étendu un bras possessif, bras qui avait jeté son dévolu sur John d'une manière décidée.

Il n'y avait aucun signe de réveil imminent, et Sherlock resta immobile, se concentrant sur les sensations de sa main. L'expérience du toucher avait été extrêmement unilatérale jusqu'à maintenant, ce qui lui parut aussi déséquilibré qu'inacceptable.

Il pouvait sentir une fine ligne de peau sous son majeur, et il utilisa son pouce pour repousser délicatement le bas du tee-shirt de John, jusqu'à ce qu'il puisse sentir la peau nue sous la moitié supérieure de sa main. John dormait toujours et Sherlock remonta graduellement sa main, puis glissa son petit doigt sous l'élastique du pantalon de pyjama de John, ouvrant la voie aux quatre autres, jusqu'à ce que sa main repose exactement au même endroit que précédemment, mais cette fois-ci sous le vêtement de John. C'était bien mieux.

Se concentrant à nouveau, Sherlock put sentir la ligne de poils qui s'élargissait vers le bas de sa main. C'était différent de son propre abdomen, non ? Avec précaution, pour ne pas réveiller John, il glissa sa main droite sous son propre corps, jusqu'à refléter la position de sa main gauche. Intéressant.

Les poils de John étaient plus épais et avaient l'air plus… broussailleux ? Le manque d'informations visuelles était extrêmement ennuyeux. Encouragé par le sommeil continu de John, il fléchit doucement sa main, concentrant son attention sur les informations que rassemblaient les bouts de ses doigts. La peau de John était étonnamment douce, et très chaude.

Ses deux mains avaient doucement glissé plus bas, juste pour comparer. Évidemment, quand quelque chose frôla les phalanges de sa main gauche, Sherlock se figea, se réprimandant mentalement.

Bien qu'elles l'aient rarement dérangé personnellement, il était au courant du phénomène des érections matinales – ça aurait dû lui traverser l'esprit que John pouvait être dans cet état.

Deux choses divisèrent alors son attention, la première étant l'envie étonnamment forte de tourner sa main et de l'envelopper autour de John. Sherlock résista à cette pulsion, une partie de son cerveau le prévenant qu'opérer une telle action sur un homme endormi, avec lequel il n'était pas encore intimement engagé, pouvait certainement être considéré comme bien trop familier. La seconde distraction était le fait inattendu que son propre corps semblait réagir en miroir de celui de John, ce qui était assez inconfortable dans sa position actuelle.

Il débattait encore intérieurement de la meilleure ligne d'action à choisir quand John marmonna quelque chose dans son sommeil et s'étira, soulevant son dos du lit dans le même mouvement. Sherlock saisit l'opportunité de remonter sa main sur une zone moins tendancieuse et se tourna sur le côté.

« Bonjour, Sherlock, » murmura John, clairement encore à moitié endormi. Sherlock était surprise de réaliser que, pour la première fois depuis qu'il avait quitté l'hôpital, la peur du retour de l'aphasie ne lui avait même pas traversé l'esprit. Il ouvrit les yeux, essayant de diminuer l'importance de ce simple geste, mais tout était toujours noir.

John roula vers lui, puis s'arrêta brutalement. « Oh, » dit-il, évidemment surpris de voir les yeux de Sherlock déjà ouverts. « Ça va ? »

« Tu es très distrayant, » se plaignit Sherlock. « Je veux connaître des choses sur toi. »

John rit sous cape. « Je suis distrayant ? » répéta-t-il. « Tu es celui avec la main sur mon tee-shirt, merci beaucoup. » Il tendit sa propre main pour caresser la peau de Sherlock, dupliquant le mouvement de la main qui reposait maintenant dans le bas de son dos. « Enfin bref, que veux-tu savoir ? »

« Tout, » dit Sherlock, décidant de suivre les encouragements de John et d'ignorer simplement l'étrange moment de l'érection. « Je veux savoir pourquoi tu es différent des autres et si tu le seras toujours. Je veux savoir pourquoi tu me veux, et si tu veux aussi quelqu'un d'autre et si tu voudras jamais quelqu'un d'autre de la même manière dont tu me veux moi et combien de temps ça va durer. Je veux savoir pourquoi les poils sur ton ventre sont différents des miens et quelles sont les autres différences entre nous. Je veux savoir à quoi tu ressembles quand tu es excité et je veux que tu m'embrasses et je veux savoir pourquoi tu ne veux pas. »

« Putain de merde, » dit John. « Il est un peu tôt pour l'Inquisition espagnole. »

Sherlock renifla. « Je ne te pose pas de questions, » il était clair dans son ton qu'il ajoutait le mot « idiot » à la fin de cette phrase. « Je trouverai les réponses. »

« Et bien, bon courage, » répondit John, avec bonhomie. « Fais-moi savoir si tu bloques sur quelque chose. »


Sherlock fut tiré de ses rêveries par une question posée par Sally, qui était assise sur le strapontin en face d'eux.

« Alors, comment ça va ? » demanda-t-elle.

« C'est un peu tôt pour une conclusion, non ? » répondit Sherlock en levant les sourcils. « Franchement, même un détective consultant a besoin d'un peu plus de données pour y arriver, non ? »

Sally soupira. « Je voulais dire pour vous, » clarifia-t-elle. « Comment allez-vous avec… tout ça ? Êtes-vous allé à des stages, ce genre de choses ? »

« Des stages ? » répéta Sherlock. Mais de quoi cette femme voulait-elle bien parler ?

« Vous savez, » tenta d'expliquer Sally. « Comment faire face à la cécité, retrouver son indépendance, apprendre à se débrouiller par soi-même, ce genre de choses. Vous savez, des stages ? » elle semblait regretter d'avoir demander, finalement.

« Pourquoi voudrai-je faire ça ? » lui demanda Sherlock. Vraiment, ce n'était pas étonnant que les forces de police soient dans un état aussi déplorable. « J'ai John, » ajouta-t-il, juste au cas où elle n'avait toujours pas compris.

Il y eut un silence. Sherlock resserra doucement sa prise sur John, qui lui retourna la pression comme d'habitude. Il supposa que l'interrogatoire était terminé, mais il semblait que Sally reprenait juste son souffle.

« Mais… » elle semblait expérimenter une certaine aphasie de son cru. « mais… vous ne pouvez pas vous attendre à ce qu'il soit disponible pour vous vingt-quatre sur vingt-quatre, sept jours sur sept, » protesta-t-elle. « Il a sa propre vie à mener. Il est médecin, pour l'amour de Dieu ! »

« C'est mon médecin, » indiqua Sherlock.

« Il est votre médecin, alors il n'est pas autorisé à avoir d'autres patients et il doit être d'astreinte à toute heure du jour et de la nuit ? » demanda Sally. « Ça vous semble raisonnable ? »

« Comment le supportez-vous ? » Cette dernière question ne lui était clairement pas destinée.

Sherlock tourna la tête, intéressé d'entendre la façon dont John expliquerait leur situation.

« Je crois qu'on est arrivé, » dit John.


L'appartement où ils avaient été déposés était richement décoré et John saisit l'opportunité de questionner Sally plus avant sur l'affaire, laissant avec soulagement l'étrange conversation du taxi derrière lui.

Elle paraissait assez contente de répondre à ses questions, alors qu'ils avançaient vers l'immeuble, John marmonnant des directions et prévenant des marches dans un souffle.

« Monsieur Harbrook avait de l'argent d'un premier mariage, mais cet endroit était payé par la défunte – elle avait un fond de placement assez important, bien qu'ils ne puissent pas toucher au capital. Les intérêts suffisaient à tout payer. » Elle fit un vague geste du bras pour montrer les splendeurs autour d'eux, alors qu'elle mettait la clé dans la serrure. « Ils vivent encore ici, Monsieur Harbrook et sa fille, même s'ils sont sortis pour le moment, mais le salon est proscrit comme scène de crime, » expliqua-t-elle.

« Que devient tout cet argent, maintenant ? » demanda John, pensant toujours que le mari était un candidat au crime bien plus pertinent qu'une certaine jeune fille Au Pair disparue mystérieusement.

« Oh, il a tout eu, » lui dit Sally. « Quelques dons de charité, mais c'est à lui, libre et blanchi. » Ils échangèrent un regard. « Croyez-moi, si je pouvais lui mettre ça sur le dos, je le ferai en un éclair, mais son alibi est solide comme un roc et rien n'indique qu'il ait été impliqué dans les entretiens des candidates – sa femme a fait l'annonce, pris les rendez-vous, toutes les notes dans l'agenda sont écrites de sa main et elle est la seule à qui les autres ont parlé. Il semble qu'il n'y ait rien le reliant à tout ça. »

À ce moment-là, ils atteignirent la pièce et Sally souleva la bande jaune, John mettant sa main à l'arrière de la tête de Sherlock pour le guider comme ils passaient dessous.

Sally continua. « La femme disparue est aussi partie avec près d'un demi million de livres de bijoux et une certaine quantité de liquide non évalué – M. Harbrook n'était pas sûr de combien avait été volé. »

Sherlock voulait se tenir exactement où la victime avait été trouvée, pendant que John lui décrivait la pièce dans les moindres détails : les meubles chic, le décor froid, les tableaux moderne, les photographies, toute d'une petite fille qui semblait avoir trois ans sur les clichés les plus récents. Le papier peint de la pièce, le secrétaire ouvert, qui annonçait juste « Miss J », « Miss B », etc. écrit sous chaque rendez-vous, avec un pot à crayon sur la gauche et les CV des candidates au poste sur la droite – toutes présentes sauf la mystérieuse « Miss K », qui était noté pour le rendez-vous de midi.

Il se plaça ensuite de lui-même dans le fauteuil dans lequel la victime était supposément assise au moment de l'attaque, pendant que John lut à voix haute le rapport de l'autopsie.

Il s'avéra que l'arme du crime avait déjà été identifiée comme étant la lourde statue qui trônait habituellement sur le coin du bureau : deux mains entourant un globe. « Ça ressemble un peu à la Coupe du Monde, » expliqua John, mais Sherlock ne sembla pas trouver cette information d'une très grande aide, alors il revint à ce qui était strictement factuel.

« Les blessures concordent avec un coup simple donné avec l'arme du crime. Pas vraiment besoin d'une grande force si la victime était assise à ce moment-là. Les projections de sang suggèrent que l'assaillant était probablement gaucher, la mort a été quasi instantanée. »

« Décris le corps, John, » demanda Sherlock, qui avait les mains jointes sous son menton. « Ignore ce que tu sais, ou ce que tu penses savoir, et donne-moi juste les faits. »

John jeta un coup d'œil au rapport, regardant les photos de plus près. « D'accord, femme blanche, fin de la vingtaine, 1,60 m, environ 70 kilos. Peau pâle, cheveux blonds, yeux bleus. Particularité : sévère trauma crânien. Des éraflures aux deux genoux, des griffures sur les articulations de l'annulaire de la main gauche, des callosités sur le bout des doigts de la main gauche et les ongles sont coupés courts, mais ceux de la main droite sont plus longs. » Il leva les yeux. « Est-ce que ça aide ? »

« Oh, je pense que oui, » répondit Sherlock en souriant. « Je pense que les choses deviennent très claires, n'est-ce pas ? »

John et Sally se regardèrent. John haussa les épaules, Sally roula des yeux. « Voulez-vous aller à la station de métro ? » demanda-t-elle. « Ils ont des enregistrements de la jeune fille Au Pair en direction des vestiaires, nous avons tenté de la suivre sur les enregistrements de télésurveillance depuis la rue, mais on n'a pas réussi à trouver où elle ressortait – peut-être aurez-vous quelques idées ? »

« Je pense que ce serait parfaitement inutile, » dit Sherlock. « La morgue, plutôt, s'il vous plaît. Et Sally, pouvez-vous apporter les effets personnels de la victime ? Et Lestrade aussi, si possible ? »

Sally parut surprise et regarda John avec étonnement, mais il haussa les épaules à nouveau. Il semblerait que Sherlock avait quelque chose en tête, mais quoi que ce soit, John n'en avait absolument aucune idée.

« Alors pourquoi voulez-vous l'inspecteur Lestrade ? » demanda-t-elle. « Vous allez tout lui expliquer, n'est-ce pas ? »

« Oh non, » répondit Sherlock, souriant d'un air suffisant en se relevant et en tendant la main pour attraper celle de John. « Je ne vais rien lui dire du tout. » Il se tourna alors qu'il attrapait la main de John, et le rapprocha de lui. « John va lui montrer. »


Sherlock pouvait sentir la frustration de John alors qu'ils montaient dans un taxi, laissant Sally retourner seule à Scotland Yard. C'était une sorte de conscience étrange, qui ne semblait pas avoir une quelconque base logique, mais il attira John plus près malgré tout, passant son bras autour de ses épaules.

John râla. « Vas-tu me dire ce qu'il se passe ? » demanda-t-il. « Ou vas-tu juste attendre que je me ridiculise tout seul devant Lestrade ? »

Sherlock haussa les épaules. « Je sais seulement ce que tu m'as dit, » rappela-t-il. « Je pourrais me tromper. »

« Ouais, comme si ça allait arriver, » marmonna John.

Sherlock sourit. John avait toujours une telle confiance en lui. C'était parfaitement justifié, bien sûr, mais gentil tout de même. L'affaire était presque résolue et Sherlock commença à considérer ce que Sally avait dit plus tôt dans le taxi. « Est-ce je te considère comme acquis, John ? » demanda-t-il.

« Oui, » dit John sans hésitation. Peut-être un peu trop rapidement, pensa Sherlock. Il laissa retomber son bras et John soupira, le poussant du coude jusqu'à ce qu'il le remette en place.

« Ce n'est pas nouveau, tu l'as toujours fait, » expliqua John, bougeant sa main pour la poser sur le genou de Sherlock. « Quelle plaie, tu m'as fait traversé la moitié de Londres pour envoyer un texto à ta place la nuit suivant notre rencontre. »

« Et tu as tiré sur un homme pour me sauver cette même nuit, » observa calmement Sherlock.

« C'est vrai. » John semblait avoir pris une décision. « Alors, c'est bon. Oui, tu me tiens pour acquis, mais seulement parce que je te laisse faire. » Il pressa le genou de Sherlock et tourna son visage vers lui. « Tu ne peux prendre avantage de quelqu'un contre sa volonté. C'est mon choix. »

Sherlock n'était pas sûr de comment répondre à ça, mais il sentit que c'était important pour John, alors il attendit.

« J'aurai pu blesser ce taxiste quand je lui ai tiré dessus, mais je ne l'ai pas fait, » continua John, la voix plus basse. « Il te menaçait et je l'ai tué. » Il s'arrêta avant d'admettre : « J'aurai tué une centaine de taxistes pour te sauver. »

« Même à l'époque? » Sherlock était surpris.

« Presque immédiatement, » lui dit John. « Je n'aurai même pas pu te dire pourquoi, dans un premier temps. » Il haussa les épaules. « Je veux dire, je savais que tu m'attirais, ça c'était immédiat. »

« Et évident, » pointa Sherlock avec un sourire suffisant.

« Oui, d'accord, merci, » continua John. « Mais j'ai senti une connexion avec toi, au-delà de ça. Je n'appellerai pas ça un "coup de foudre", parce que je pense que c'est ridicule, je ne te connaissais même pas. C'était plus comme… »

« Une reconnaissance, » accorda Sherlock.


Le temps que Lestrade et Sally arrivent à la morgue, John commença à s'inquiéter.

Il ne savait pas ce que Sherlock attendait qu'il fasse, ni comment faire ça, et Molly avait amené le chariot, puis s'était effondrée en larme avant de disparaître, les laissant seuls avec le corps. John sentait que la situation était loin d'être idéale.

Sherlock n'avait pas autant de scrupules. « Allez, John, » le pressa-t-il. « Je veux voir le corps. Enfin, » ajouta-t-il, « les mains, au moins. »

John le guidait justement jusqu'à la table quand la porte s'ouvrit pour laisser entrer Lestrade et Sally. Sally qui portait un sac contenant probablement les effets que Sherlock avait demandés.

Ils regardèrent vers la table, où Sherlock utilisait ses doigts pour examiner la main droite de la victime. « John, que fais-tu avec ça ? » demanda-t-il.

Lestrade haussa la voix. « Tu ferais mieux d'avoir quelque chose de solide pour moi, Sherlock, » prévint-il. « Si j'ai fait tout ce chemin juste pour quelques hypothèses, je vais pas être content. »

« Vous nous avez appelés, vous vous rappelez ? » indiqua Sherlock. « John, » dit-il encore. « Regarde cette main. »

Levant les bras en un geste de défaite à l'attention de Lestrade, John avança vers le corps et examina l'appendice en question.

« D'accord, oui, » confirma-t-il. « Les éraflures sur l'annulaire sont assez importantes, plus que ce qu'on pouvait voir sur les photographies. »

« Mais que penses-tu des deux mains ensemble ? » demanda Sherlock. « N'y a-t-il rien qui t'étonne ? »

John regarda à nouveau. Ça ressemblait à une main. « Et bien, il y a ces callosités au bout des doigts – peut-être qu'elle jouait d'un instrument à cordes ? » avança-t-il.

« Bien, » dit Sherlock. « Continue… »

John réfléchissait à comment jouer d'un instrument. « Elle était avantagée parce qu'elle avait des grandes mains, » dit-il. « Enfin, grandes en proportion de sa taille. »

« Excellent, » dit Sherlock alors que Lestrade tapait du pied avec impatience. « Grandes mains et… »

John regarda à nouveau le chariot. « Oui, et grands pieds aussi, » confirma-t-il. « Attends… personne n'a parlé de ses pieds. Comment sais-tu ça ? »

« Quelle pointure diriez-vous, docteur ? » demanda Sherlock en joignant ses mains.

Sally fouillait dans le sac de preuves. « Du 39, » dit-elle en sortant un escarpin noir.

Tout le monde regarda douteusement les pieds sur le chariot.

« Continuons, donc, » les incita Sherlock. « Vous devriez aussi bien les essayer. »

Sally passa la chaussure à John qui s'exécuta, mais il fut immédiatement évident que la chaussure était bien trop petite.

« C'est pas Cendrillon, cette fille, » dit Sherlock. « Permettez-moi de vous présenter notre jeune fille Au Pair manquante. »

Lestrade était bouche bée. « Mais alors, si celle-ci est la jeune fille Au Pair, où est la femme ? » demanda-t-il. « Et comment… »

« Pourquoi ne nous éclairerais-tu pas un peu, Sherlock ? » l'incita John.

Sherlock sourit. « La première photo de la scène de crime montrait la victime sans chaussure – les chaussures ne tombent pas aussi facilement, certainement pas les deux en même temps, il y avait donc une raison. L'alliance aussi était trop petit – elle n'est mariée que depuis trois mois, son alliance devrait lui aller à la perfection, donc – quelque chose clochait clairement avec le corps. »

Il adorait ça, comprit John. Sherlock était dans son élément, et c'était quelque chose à voir.

« Ensuite, nous avons la scène du crime, » continua-t-il. « Il y avait des photographies dans la pièce, mais aucune de la femme, pas même une photo du mariage ? C'était un peu étrange. Les crayons à la gauche de l'agenda indiquaient que la femme était gauchère, mais la victime était clairement droitière… »

« Euh… » tenta d'interrompre Lestrade.

« Regardez ses doigts, » exigea Sherlock. « Elle jouait de la guitare : les ongles de la main droite sont plus longs pour les accords, les ongles sont courts et il y a des callosités sur la main gauche à force de glisser sur les cordes. Conclusion : gauchère. »

« Donc, » continua-t-il. « Si les faits ne correspondent pas à la solution, alors votre solution est fausse. Le rapport d'autopsie révèle que l'assaillant est gaucher – la femme est gauchère. À partir de là… Mme Harbrook interroge les jeunes filles au pair, ayant préalablement sélectionner des candidates lui ressemblant physiquement. Elle choisit la meilleure candidate, la frappe à la tête et échange les vêtements. Mais elle tombe sur un os : la victime a de grandes mains et de grands pieds. Les chaussures ne vont pas et elle les laisse à côté du corps. L'alliance, cependant, l'alliance gravée – doit être placée, alors elle force dessus, d'où les éraflures sur les articulations du doigt. »

« Impressionnant, » dit Sally. Tout le monde tourna la tête vers elle et elle toussa. « Humph, enfin je veux dire, pourquoi ferait-elle ça ? Et comment allons-nous la retrouver ? »

« Je vous suggèrerai de suivre le mari, » répondit Sherlock. « Il a identifié le corps, ils sont de toute évidence complices de tout ça – vous avez dit que son argent était placé, qu'il ne pouvait pas toucher au capital ? »

« C'est vrai, » dit Lestrade. « S'ils arrangeaient un faux suicide sans corps, ils devraient attendre des années pour toucher cet argent. Avec un meurtre, ils l'obtiennent sans plus attendre. » Il secoua la tête. « Je ne pouvais pas blairer cet homme depuis le début, ce bâtard au sang froid. »

« Cette pauvre fille… » dit Sally.

John réfléchissait. Il savait que c'était généralement une perte de temps près de Sherlock, puisqu'il avait presque inévitablement tord quand il était question de déductions, mais cette fois, il ne put s'empêcher de demander.

Il se tourna vers Lestrade. « Qu'est-il arrivé à la première femme ? » demanda-t-il.

« Bordel de merde ! » s'exclama Sally.

À suivre…

La traductrice accepte les commentaires avec plaisir !