Longue, longue absence... Très très longue... TROP longue ! Pour me faire pardonner, voici trois chapitres d'un coup ! Je pense que c'est peu pour l'attente, mais j'espère que cela vous plaira quand même ^^ !
Je vais essayer de reprendre un rythme relativement normal de publication entre les grèves universitaires, les vacances, les partiels et le travail.
Merci à tous ceux qui continuent de poster des reviews ! J'apprécie énormément !


Chapitre 9 : Une dernière chance…

Eirika fut horrifiée par le spectacle qui s'offrait à elle.

Dans l'immense salle du trône, se trouvaient une foule de fidèles de Ga'arath. Près du siège royal, une table de pierre avait été disposée, sur laquelle se trouvait une pierre noire jalousement surveillée par un garde.

« Mais comment… ? Toutes les pierres ont été détruites pourtant…Il ne reste que celle de Rausten… » s'étonna t-elle.

Un mouvement d'écart de la part de l'assemblée se fit soudain et un semblant de haie d'honneur se forma pour laisser passer Ga'arath et trois de ses fidèles qui traînaient une personne devant le simili d'autel dressé.

La princesse étouffa un cri.

« Arden, eut-elle peine à chuchoter, c'est lui…c'est Seth, celui qui s'est sacrifié pour que je m'enfuie. »

Elle se trouvait partagée par des sentiments contraires. D'un côté, son cœur avait envie de hurler sa joie de voir le paladin vivant, mais de l'autre, elle avait peur. L'idée que l'homme qui avait été le plus fidèle à ses causes puisse devenir le Roi-Démon. Par sa faute, parce qu'elle avait voulu se lancer dans une mission diplomatique qui n'avait aucune chance de réussir, il allait souffrir le restant de ses jours.

Elle fut sortie de ses pensées par Arden. Comme s'il avait lu dans ses pensées, le jeune homme lui avait attrapé la main et la fixait, un sourire déterminé sur le visage.

« Nous allons le libérer…Ga'arath ne le croit pas, mais nous sommes tous plein de ressources.
- Ah, vraiment ? On ne le croirait pas… » persifla une voix derrière eux.

Ils se retournèrent pour tomber face à face avec un homme aux longs cheveux corbeau vêtu d'une grande robe noire.

« Vous tenez tellement à négocier, princesse Eirika, que vous êtes venue jusqu'ici ? Que c'est attentionné…
- Vous êtes…
- Effectivement, répliqua l'homme à la phrase inachevée de la guerrière, je suis celui qui vous a tendu cette embuscade. Mon nom est…
- Rezen. »

Arden fixait l'individu d'un œil mauvais.

« Je vois qu'on me connaît, ironisa leur ennemi.
- Il faut dire que tu as laissé un souvenir marquant par chez nous…Heureusement pour toi que ma petite sœur ne se trouve pas à mes côtés. Elle t'aurait traité avec tout le mépris que tu mérites… »

Eirika ne comprenait pas à quoi rimait cette joute entre les deux hommes alors qu'Arden et elle avaient été découverts…Mais le jeune combattant semblait l'avoir tout simplement oublié.
Ce ne fut pas le cas par malheur pour Rezen qui mit fin aux reproches d'un ton tranchant.

« Les règlements de compte seront pour plus tard. Pour l'heure, je vous propose d'assister de plus près au spectacle que vous tentiez de voir à travers cette misérable fenêtre. »

Il accompagna sa phrase d'un claquement de doigts. Aussitôt, cinq sentinelles accoururent pour encercler les deux espions. Eirika voulut se saisir de sa rapière pour se défendre. Arden l'en dissuada d'un geste de la main.

« Donnez-nous vos armes pour commencer. » ordonna Rezen.

Ils s'exécutèrent. Leur ennemi confia les épées à un des siens, qui disparut sur le champ de la petite salle avec. Enfin les gardes restants s'emparèrent de leurs nouveaux prisonniers et les emmenèrent à la salle du trône.


« Célia, pourrais-tu éviter de me coller ? Tu n'arrêtes pas de me marcher dessus… »

La jeune magicienne prit une moue boudeuse.

« Si cette ambiance lugubre me fait peur, tu es censé faire preuve de galanterie et me rassurer…Tu m'écoutes, au moins ? »

Sa question ne trouva pas la réponse qui lui était dû. Vexée, l'adolescente se détacha de son compagnon et marcha devant lui d'un pas rapide et d'une démarche qui exprimait sa colère.

Dans son dédain aveugle, elle n'entendit pas des pas se rapprocher d'elle. Par bonheur, Yllius les avait remarqué. Il courut vers son amie et, agrippant fermement son épaule, lui maintint les poignets dans son dos. Les pas se firent entendre de plus en plus fort jusqu'à ce qu'un fanatique apparaisse. Son regard vira à l'étonnement.

« Yllius…Que fais-tu ? Et qui est cette femme avec toi ?
- Cette gueuse s'est introduite dans le château pour empêcher la résurrection de notre dieu ! Je voulais l'amener à Ga'arath pour qu'il décide du sort de cette infidèle.
- Ta piété grandit, mon ami, et cela fait plaisir à voir. Je m'apprêtais à porter ces armes à notre chef aussi. Nous les avons prises il y a quelques temps à deux parjures, un homme et une femme. Le garçon a d'ailleurs beaucoup de traits physiques communs avec ta prise, je m'aperçois… »

Yllius resta ébahi. Ils avaient faits prisonniers Arden et Eirika !

« Que se passe t-il ? lui demanda l'exalté.
- Il se passe tout simplement, répondit le jeune homme, que vous venez de mettre à bas notre plan…Je jure d'empêcher à jamais que les actions de ce fou de Ga'arath se réalisent. »

Ces mots dits, il lâcha Célia, tira son épée de son fourreau et observa son ancien allié. Celui-ci ne comprenait pas. Il réagit vite malgré tout.

« Dans ce cas, Yllius, je ne peux pas te laisser vivre… »


Eirika détourna son regard de celui de l'homme qui la fixait d'un œil dévorant et victorieux.

« Quel excellent travail tu nous a servi là, Rezen ! Le Roi-Démon saura faire preuve de reconnaissance pour tes loyaux services.
- Je vous remercie, Ga'arath. Que sa grandeur vous accompagne également. »

La princesse ne put s'empêcher de grimacer. Ils parlaient comme si la résurrection était déjà accomplie ! Elle détourna la tête et ses yeux croisèrent ceux de Seth, qui l'observaient avec une tristesse visible. Dieu, qu'il avait changé ! Son visage, trempé par la sueur, s'était un peu creusé, mais suffisamment pour lui donner mauvaise mine, tandis que ses cheveux se collaient sur son crâne, telle une masse poisseuse. Sa main soutenait sa hanche blessée, qui avait dû se rouvrir, tandis qu'une entaille se faisait voir à travers une déchirure de son vêtement sur son épaule.

Ga'arath remarqua l'échange de regards.

« Voyez-vous, princesse, vous contemplez là celui qui va dans quelques instants devenir notre nouveau roi. Ce jeune homme va avoir l'insigne honneur de servir d'enveloppe corporelle au Roi-Démon. Bientôt, tous les infidèles seront tués et j'ai bien peur, très chère Eirika, que vous ne soyez dans les premiers à subir sa colère… Je vais donc vous accorder une faveur. Je vous autorise à avoir un dernier entretien avec celui qui vous a servi de garde du corps. »

Il saisit alors son interlocutrice par l'épaule et la poussa vers Seth. Emportée par son élan, la princesse tomba à genoux aux pieds du paladin, qui se baissa aussitôt, fou d'inquiétude.

« Vous ne vous êtes pas fait mal, madame ?
- Non, répondit-elle dans un murmure. Seth, je…
- Pourquoi êtes-vous venu ? l'interrompit le général.
- Parce que… »

Elle arrêta sa phrase, ne sachant pas quoi lui répondre. Après un moment d'hésitation, elle s'approcha de lui et lui murmura à l'oreille :

« Je ne voulais pas vous laisser. Il m'est impossible de songer à un sacrifice de votre part. J'ai…déjà tant perdu…de gens qui me sont chers…alors…pas vous…il n'en est pas question.
- Ma cause est perdue, madame. La vôtre aurait pu être sauvée si vous n'étiez pas… »

Mais la bouche de la femme qu'il servait avait glissé de son oreille à sa joue, où elle s'était doucement posée. Seth rougit, surpris mais aussi mis au silence par ce geste qui réveillait en lui les sentiments qu'il éprouvait pour son amie d'enfance. Il retrouva pour ses derniers instants de lucidité un sourire tendre qu'il adressa à celle qu'il aimait.

« Je ne vous l'aurais pas dit pour finir…Je crois que cela vaut mieux. »

Eirika ne comprit pas le sens de ses paroles. Mais déjà, le paladin se relevait, entraînant la jeune femme avec lui. Il eut juste le temps, avant que Ga'arath ne vienne lui arracher de force celle qui lui tenait tant à cœur, de la serrer brièvement dans ses bras.

La jeune femme fut reconduite sans ménagement près d'Arden.

La voix forte du gourou s'éleva.

« Que le rituel commence ! Réjouissez-vous tous, ô braves serviteurs du Roi-Démon ! Votre dieu va bientôt revenir à la vie ! »

Il se plaça près de l'autel où se trouvait déjà Seth et saisit la copie de Pierre Sacrée.

« Roi-Démon ! Voici ton nouveau corps ! »

Il suivit cette invocation d'un rire démoniaque, qui firent frissonner de terreur Eirika et Arden. Seth, quand à lui, avait le visage tout entier crispé par la haine. Le frère de Célia regarda autour de lui sans rien voir. Knoll avait-il pu sous-estimer ses ennemis ? Il ne voyait aucune trace des rebelles dirigés par le mage noir et encore moins celles de sa sœur et Yllius. Il s'aperçut que Rezen le dévisageait, un air perplexe sur sa figure pâle. Arden veilla à lui rendre un regard rempli d'inimitié mais cela ne servait plus à rien…

« Tout est perdu. » murmura t-il.

Paroles qu'Eirika entendit. Cela ne fit que la plonger dans un profond désespoir.

« Pardonne-moi Ephraïm… »

« Non… »

La voix était grave, tranchante.

« Non, rien n'est joué… »

Une voix calme, assez basse pour que seuls les deux rebelles puissent l'entendre.
Les sentinelles, chargées de surveiller les prisonniers, s'écroulèrent à terre dans un râle de mourant.
Une silhouette, enveloppée d'une cape blanche des fanatiques, se dessina derrière les cadavres.

Ga'arath était furieux.

« Qui es-tu pour oser empêcher la résurrection de notre roi ? »

Le vêtement des membres de la secte que portait l'inconnu vola sur une bonne distance de la pièce.
L'assemblée ne put retenir un cri.

Rezen fronça les sourcils.

Ga'arath eut un regard assassin.

« Toi…Comment peux-tu… ? Espèce de traître… »

Arden était ravi.

« Yllius ! On peut dire que tu tombes à pic ! »

Le concerné se retourna et son ami et la princesse purent apercevoir l'ombre d'un sourire se dessiner au coin de ses lèvres.

« Attrapez ! » hurla t-il à leur adresse.

Eirika ne reconnut que trop bien le reflet de sa rapière Sieglinde qui volait dans les airs. Elle intercepta son arme, et Arden fit de même avec son épée.

Rezen s'approcha du combattant.

« Que signifie tout cela, Yllius ? Alors tu es de mèche avec tous ces infidèles ?
- J'ai tellement honte, reprocha le chef de la secte, toi, le fils de mes plus fidèles partisans ? Un traître ? Si tes parents apprenaient cela… »

Mais le faux fanatique courut à travers l'allée centrale. Sa course fut interrompue par son cousin, qui le menaça de sa lance. Le jeune homme aux yeux bicolores sortit son épée.

« Une épée, rit son adversaire, c'est donc avec cela que tu combats…Mon pauvre, contre ma lance, tu es totalement désavantagé…Maître Ga'arath, continuez le rituel !
- Naaaaan, il n'en est pas question, il ne continuera pas ! »

La voix surexcitée provenait des premiers rangs de la foule, qui n'osait pas bouger par peur. Elle put juste se contenter de regarder cette jeune fille qui jouait violemment des coudes à l'aide de son bâton de magicienne pour venir se poster en barrage entre Seth et Ga'arath.

« Ton Roi-Démon n'a qu'à retourner dans ses enfers lugubres ou je ne sais où ! Au moins là, il ne dérangera personne.
- Petite impertinente, tu vas le payer ! »

Mais le gourou n'eut pas le temps d'asséner un coup à l'adolescente avec son poignard. La lame du couteau d'assassin rencontra celle de l'épée d'Arden.

« Je t'interdis de toucher à ma petite sœur…
- Vous le prenez comme ça ? Gardes ! Tuez ces gêneurs ! »

Des soldats armés surgirent de l'assemblée. La salle du trône de Grado devint un petit champ de bataille.

Yllius tentait tant bien que mal de pallier à l'inconvénient qu'il avait face à son adversaire. Rezen disposait en effet d'une grande portée ce qui lui permettait de prendre son cousin au piège et de l'empêcher d'approcher. Fort heureusement, l'exceptionnelle agilité et la rapidité de réflexes de l'ancien fidèle de Ga'arath étaient d'une grande utilité pour ce dernier.

Eirika avait fort à faire. N'ayant pas d'adversaire menaçant fixe, elle combattait contre les gardes venus en renforts contre eux. Leur nombre était certes imposant, mais la princesse résistait tant qu'elle pouvait. Par malheur, elle ne s'était pas totalement remise de l'état de faiblesse dans lequel l'avait plongé sa maladie, et elle finit par être débordée.

Célia le remarqua. Abandonnant Ga'arath à son frère et se concentrant sur la masse des gardes qui s'approchaient dangereusement de la jeune femme, elle pointa son bâton vers ses cibles.

« Feu ! »

Des langues de flammes sortirent de la magnifique pierre précieuse qui ornait le sommet de son arme et se précipitèrent à grande vitesse sur quelques soldats ennemis qui hurlèrent tandis qu'ils agonisaient. Même si cela n'avait touché qu'une petite partie de l'effectif, un mouvement de désordre s'installa parmi les rescapés de ce simple sort.

« C'est ma chance ! » se dit Eirika.

Elle resserra sa main sur sa rapière et chargea ses agresseurs.

« Un pas à gauche, attaque…Deux en moins…Demi-tour sur soi-même et un autre danger éliminé. De nouveau, mouvement sur la gauche…La menace est moins importante…Je vais y arriver…Merci infiniment de ton intervention Célia… »

Ces pensées défilaient à toute allure dans l'esprit d'Eirika, comme une chorégraphie apprise dont c'était l'ultime répétition. Néanmoins, cela fonctionna. Les survivants, peu téméraires, optèrent pour la fuite, laissant leur cible, haletante.

Seth observait tout ce désordre avec un sentiment d'impuissance. Il aurait tant voulu aider ces gens ! Mais sans arme, il ne pouvait rien faire et sa hanche lui faisait souffrir le martyre. La jeune fille qui avait tenté de le protéger de Ga'arath s'approcha de lui.

« Tout va bien ? »

Le paladin tenta de dissimuler la douleur qui l'habitait.

« Oui. »

Il observa le duel qui se déroulait encore entre Arden et Ga'arath.
Malgré le désavantage certain qu'avait le gourou vis-à-vis de son adversaire, ce dernier peinait à lui porter ses coups. Le regard de son ennemi se posa sur celui du général.

A la vue du sourire mauvais qui ornait le visage du fou, Seth se rendit compte que sa dernière chance de s'en sortir s'était envolée…