« Alors là, je n'y comprends plus rien »

« Mais, c'est totalement impossible… »

Le Docteur et Jenny se regardaient puis regardaient ce qui se trouvait devant eux. Ils en restaient immobiles de stupeur. Si le Docteur et sa compagne ne pouvaient concevoir de ce trouver dans une maison hantée, ils ne pouvaient nier à présent que la maison était vraiment très spéciale. Si ils pouvaient expliquer l'apparition d'une porte par la désactivation d'un champ psychique ou encore plus simplement, par une porte coulissante vraiment silencieuse, et le livre de Harry Potter par une petite taquinerie du TARDIS qui semblait apprécier cet endroit, ce qu'ils avaient à présent devant leur yeux était inconcevable, même pour eux qui en avaient vu tant.

La coupole n'était plus. Les livres avaient disparu. Les murs étaient nus. Et juste un couloir conduisant à une porte s'offrait à eux.

« Je ne vois qu'une seule explication, nous sommes dans un monde virtuel, pas d'autre possibilité. Rien d'autre ne peut expliquer tout ce que nous voyons, ressentons, vivons… »

« Mais… et si c'est le cas, comment sortir de ce espace virtuel. Comment sortons-nous de ce jeu ? Sommes-nous dans un jeu genre Pacman où les monstres vont débarquer et nous faire exploser ? »

« Quand je vous disais qu'ils étaient cinglés » fit Jack.

« Non, mais c'est vrai, ils ont raison, comment expliquer ce qui ce passe ici… »

Pour une fois, ni Jenny ni le Docteur n'écoutait les adolescents. Au bout de quelques secondes de pure réflexion, le Docteur s'écria :

« Suivez-moi ! »

Rien de plus, rien de moins. Puis il s'élança en courant en direction de la porte. Il l'atteignit, l'ouvrit, Jenny sur ses talons, se retrouvant dans la salle à manger, de nouveaux plateaux les attendant.

Les autres ne les avaient pas suivi. Ils commençaient à ne plus savoir que penser. Mais Jennifer dû admettre qu'elle ne pouvait rester dans un couloir gris et froid et elle s'engagea à son tour en direction de la porte. Les filles durent penser la même chose, car elles la suivirent, rapidement rejointes par Peter et Greg. Seul Jack campait sur ses positions.

« Hey, ça devient impossible, vous n'allez pas entrer dans leur jeu de fou… » cria-t-il alors que ses amis s'éloignaient de lui.

« Hey, s'il vous plait… » continua-t-il.

Mais ils ne l'écoutèrent pas, ne doutant pas qu'il se raviserait et suivrait le mouvement. Ce qu'il fit. Mais trop tard. La porte se referma avant qu'il n'atteigne la poignée. Dans le froid, dans l'obscurité, il se retrouva tout seul, isolé.

Le Docteur et Jenny n'arrivaient plus à expliquer ce qui se passait, si ce n'est par leur entrée dans un monde virtuel commandé par une intelligence artificielle. D'un regard, ils comprirent qu'ils pensaient à la même chose et la terreur les pétrifia, bien plus que si ils avaient vu le fantôme.

Leurs corps devaient être quelque part, inconscients, raccordés à des dizaines de connecteurs qui activaient leurs neurones pour leur faire croire que ce qu'ils voyaient était vrai. Et cette perspective était la plus engageante. La plus probable étant que leurs corps étaient en train d'être analysés et utilisés à des fins qui avaient de quoi faire frissonner. Des corps humains pouvaient être une source d'énergie impressionnante. Ce n'était pas la première fois qu'ils voyaient ça et savaient ce que ça pouvait signifier :0 cela entrainait, à ce qu'ils en savaient, la destruction de la source énergétique.

Mais le corps d'un Seigneur du Temps, avec un accès illimité à sa conscience et à sa génétique, quoi de plus dangereux pour l'univers et encore au-delà. Cela expliquait aussi la disparition du TARDIS. La maison faisait en sorte de les garder prisonniers. Mais aussi qu'ils s'y sentent le mieux possible, peut-être même jouaient-ils avec leurs endorphines, ce qui expliquait leur sensation de bonheur et de bien-être. Et à chaque fois qu'ils quittaient un endroit plaisant, la maison les bloquait dans leur progression pour les ramener à un autre endroit agréable. Ceci expliquait aussi la présence de livres qui n'auraient pas dû être là, le Docteur et Jenny les aillant lu, il avait été facile de les trouver dans leurs têtes et les placer dans la bibliothèque. Quant au fantôme, il devait s'agir d'une présence de contrôle, vérifiant que les « hôtes » restaient tranquilles.

Mais à présent, ils étaient séparés. Jack se retrouvait seul. La donne avait changé. Le Docteur l'expliqua par le fait qu'il refusait d'être connecté au reste du groupe. Il était un élément perturbateur et il fallait le mettre de côté.

« Mais ne vous en faites pas, nous allons le retrouver, nous allons trouver le moyen de sortir d'ici, tous autant que nous sommes et nous rentrerons chez nous… »

« Que faisons-nous à présent ? » demanda Jenny.

« Il semblerait que nous ayons fait le tour du rez-de-chaussée, nous sommes même allés au sous-sol, inaccessible, alors rejoignons les sommets. »

Et il se remit à courir, suivit immédiatement par Jenny, qui même dans ce monde, semblait réagir comme à son habitude de façon instinctive aux réactions soudaines du Docteur. Les autres, avec un peu plus de retard, s'engagèrent sur la même piste. Ils grimpèrent les escaliers et tournèrent à gauche, se retrouvant face à la salle de bain, vide de tout TARDIS, mais toujours agréablement parfumée. Pourtant, cette fois-ci, le parfum sembla leur monter à la tête. Ils continuèrent sur leur lancée, découvrant plusieurs chambres décorées avec soin. Ils avaient la désagréable sensation de tourner en rond. Parfois, ils appelaient Jack, sans résultat. Ils savaient qu'ils n'avaient que ça à faire, mais le Docteur et Jenny savaient aussi que cela devait épuiser leur corps, où qu'il soit. Leur corps, virtuel à n'en pas douter, ressentait déjà cette fatigue. Ils devaient se ménager. Mais pas trop. Plus ils restaient sans rien faire plus le temps défilait et plus leur corps réels étaient en danger.

Le Docteur décida alors d'une chose. De superbes chambres étaient disposées tout le long dans ce couloir. Il ordonna aux adolescents de prendre du temps pour se reposer. S'allonger une heure ou deux pour réussir à mieux tenir. Lorsque la tête est reposée, le corps supporte mieux ce qu'il subit. Cela convenait aux corps des jeunes humains. Mais le Docteur savait que le risque était que si s'endormait, l'ordinateur aurait plus de facilité à entrer dans son esprit et trouver des informations pouvant mettre en péril des centaines, des milliers de peuples dans l'univers. Et il en allait de même pour Jenny. Elle n'était pas non plus ce qu'il pouvait appeler quelqu'un d'ordinaire. Elle était peut être encore plus unique et rare que lui, lui le dernier des Seigneurs du Temps.

De toute manière, ils étaient plus résistants que les ces jeunes terriens du vingtième siècle. Alors, tandis que les adolescents se reposaient dans leurs chambres respectives, étonnement décorées au gout de chacun, le Docteur et son amie continuèrent à prospecter les environs. Ils ne voulaient pas s'éloigner trop des chambres et par conséquent s'en tenaient au premier étage. Mais la maison en possédait deux. Et ils avaient déjà tourné plusieurs fois à ce niveau. Rien n'avait changé ni de place ni d'aspect. Leur présence à cet endroit ne semblait aucunement perturber la maison. Et malgré leur peur de servir de cobayes sans pouvoir y faire quoi ce soit, le Docteur et Jenny se sentaient étrangement bien. Il ne pouvait s'empêcher de plaisanter, elle ne pouvait s'empêcher de rire à ses plaisanteries. Elle lui avoua qu'elle mourait littéralement d'envie de se plonger dans ce bain. Ils se sentaient définitivement bien… et avaient peur de céder à cette sensation et d'arrêter de chercher comme quitter ce lieu.

Ils se retrouvèrent face à l'escalier menant à l'étage suivant.

« On ne peut tourner en rond indéfiniment, tu ne crois pas… »

« C'est vrai que c'est ridicule… »

« Alors, que faisons-nous ? »

« Je n'ai qu'une chose à dire… Allons-y ! »

Il grimpa l'escalier quatre à quatre, Jenny encore pliée en deux à sa façon de dire cet « Allons-y ! »

Lorsqu'elle se redressa, ce ne fut pas Le Docteur qu'elle vit, mais cet être transparent, flottant et l'air terriblement souriant.