Origine; chapitre 9


Il laissa sa nuque reposer doucement sur le dossier du fauteuil. Pensif, il exhala un long nuage de fumée bleue.

"J'y suis peut être allé un peu fort..." murmura Asami, un léger sourire au coin des lèvres. Mais le yakuza avait toujours pensé que la fin justifiait les moyens.

"Fei long..."

Il ferma les yeux, sentant le désir l'envahir.


Mince et pâle dans sa longue tunique pourpre, Fei long regardait l'horizon. Il avait maigri depuis quelques temps, et se laissait nonchalamment dépérir, avec cet air éternellement froid et insondable sur le visage.

Les deux dernières semaines l'avaient anéanti. Les morts consécutives de son frère, de son père peu après lui, de Jin...Xing et Manao aussi, ses tireurs d'élite qui avaient pris un jour le pari de faire rire leur patron avec des blagues sorties tout droit des bas fond de Hong Kong...

Fei long eu un sourire amer.

"Vous n'y êtes jamais arrivés."

...

"Tu me plais, Liu Fei Long...Et c'est pour l'instant ta seule valeur."

...

Cette phrase...Ce simple alignement de mots avait réussi à anéantir 20 ans de cruauté et de détachement, parce que c'était "lui" qui les avait prononcés. Il se sentait pitoyable. Un des manques les plus cruels qu'il ressentait était l'absence de Jin à ses côtés, lui qui aurait su trouver les mots pour le sortir de son mutisme. Le seul ami qu'il ai jamais eu, le seul en qui il avait toujours placé une confiance aveugle.

Mort.

Le chinois laissa son regard errer sur les tours de Hong Kong. Sans véritable accord entre eux, il était resté chez Asami le temps de sa guérison, et depuis quatre jours, le médecin l'avait enfin autorisé à se lever; mais force avait été de constater que les muscles et la volonté de Fei long n'avaient pas les mêmes ambitions. Le vieil homme lui avait signifié qu'il lui faudrait beaucoup de temps et de patience pour être de nouveau capable de marcher normalement.

"Mais pour aller où..." murmura le jeune chinois en pressant son front contre la vitre.

La douleur lancinante de sa jambe semblait jouer avec celle tout aussi cinglante des paroles d'Asami, qui résonnaient encore et encore dans son esprit...Il n'avait pas revu le yakuza depuis plus de deux semaines;

Fei long avait appris qu'il était retourné au japon pour affaire, et qu'il lui demandait de l'attendre.

"...comme un chien." fit il en ricanant.

Il se sentait seul. Ou était donc passé le génie stratégique, l'homme de l'ombre qui gagnait des millions de dollars? Le cruel et imperturbable visage d'ange de la pègre? Il poussa un soupir exaspéré, et fit brutalement volte-face.

Très bien. Il l'attendrait.


Ce ne fut qu'une semaine plus tard que le yakuza réapparut dans sa résidence de Hong Kong; Comme une apparition où comme un spectre, il lisait tranquillement un livre dans le salon lorsque Fei long le revit pour la première fois.

"Asami Ryuichi." prononça le chinois d'une voix noire, pleine de colère.

Le yakuza était vêtu assez simplement, d'un complet anthracite et d'un foulard ocre qui rappelait irrésistiblement la couleur du sang.

"Liu-sama." susurra la voix grave.

Le yakuza n'avait pas esquissé l'ombre d'un mouvement, et semblait totalement immergé dans sa lecture. Il avait l'air sombre et détaché d'une statue de marbre; et Fei long ne put s'empêcher de remarquer une nouvelle fois à quel point il était beau à se damner.

Le chinois ne le quitta pas des yeux, décidé à en finir; et s'assit tranquillement dans un fauteuil, le regard fixe, résolu à lui faire lâcher son satané bouquin. Une demi-heure s'écoula sans autre bruit que celui des pages lentement tournées, et Fei long eu un sourire. Un de ses sourires froid, rusé et calculateur que peu de gens pouvait se vanter d'avoir vu.

Il se leva alors, et sans aucune gêne vint s'asseoir face a lui.

Asami leva les yeux, amusé.

"La classe est ouverte."

...

Il repris son livre, et le montra à Fei long comme un professeur à un élève. Il semblait l'interroger du regard.

"Machiavel"

"Exactement. Le Prince...Une des plus sombre réflexion sur le pouvoir."

Il se pencha en avant, et pris le menton de Fei long entre ses doigts. Il le força à relever la tête, et accrocha son regard avec cet éternel sourire de chasseur.

"Par exemple comment...l'obtenir."

Il se pencha encore et effleura les lèvres offertes.

"Comment...l'exercer."

Il les joignit aux siennes en un baiser sombre, profond. Fei long ne lui résista pas et se laissa dominer. Il accueilli en serviteur cette bouche brulante, ces lèvres pleines plus douce que la soie.

Ce n'est que lorsque le yakuza rompit le baiser que le chinois le mordit, brutalement, jusqu'au sang.

"Et comment le perdre."

Fei long se redressa, et effleura d'un doigt le sang qui perlait au coin de la bouche d'Asami.

"C'est étrange..., fit il en mandarin, J'avais presque espéré qu'il serait noir."


Asami s'était levé, l'air sauvage, et une guerre silencieuse semblait maintenant se jouer entre eux, peut être plus significative que si l'un d'entre eux avait prononcé le moindre mot.

"Comment as tu osé?" demanda finalement Fei long, les yeux brillants de désir refoulé et de rage.

Il s'approcha et agrippa Asami par le col.

"Comment as tu osé me parler de cette façon, salaud, quand je venais de perdre ce qui m'était le plus précieux?" gronda-t-il, sans s'apercevoir qu'il parlait de nouveau en mandarin. Ivre de colère, Fei long gifla alors le yakuza à toute volée.

Asami n'esquiva pas et le bruit du choc retentit dans la pièce, plus stupéfiant encore que le geste en lui même.

"Je ne suis pas ta pute, ni ton chien!" cria le jeune chinois en levant à nouveau la main.

Mais cette fois, la poigne de fer du yakuza l'arrêta net dans son élan.

"Ça suffit."

...

Ses yeux d'ors fixaient Fei long d'une froideur morbide, et le jeune chinois se sentit fondre entre ses bras. Il tomba à genoux, tremblant de tous ses membres et cacha son visage entre ses mains. Il ne voulait pas que le yakuza voie une fois de plus à quel point il était jeune.

"Viens."

Fei long frissonna en entendant la voix sombre du yakuza, mais ne fit aucun effort pour se lever.

"Viens. Fei long." répéta Asami en lui tendant la main.

Ce n'était pas une demande, mais un ordre; et le jeune chinois sentit son corps se mouvoir presque malgré lui. Comme dans un état second, il le suivit yakuza jusque dans sa chambre; et lorsque la porte se referma derrière lui, il sut qu'il était pris au piège.

Asami s'était retourné et lui faisait face, une expression de cruauté pure se lisait sur son visage. Sa main droite remonta lentement les plis de la tunique pourpre, pour venir enserrer le cou du chinois dans un étau impitoyable.

"C'est la seconde fois que tu oses lever la main sur moi, Fei long, n'est ce pas...En général, je tue ceux qui ne font même qu'y penser."

"Allez..." murmura le chinois, le visage de plus en plus pale.

"Quoi, tu veux mourir?"

Fei long avait fermé les yeux, et sa main avait agrippé celle du yakuza. Elle ne semblait pas vouloir lui faire lâcher prise, mais simplement rechercher son contact. Ses longs cheveux noirs tombaient en cascade désordonnée sur ses épaules, contrastant avec la pâleur de son visage et le rouge de ses lèvres.

Asami l'embrassa à alors furieusement, à pleine bouche, pressant ses lèvres contre les siennes comme pour lui redonner vie. Leur souffle se mêlèrent l'un à l'autre, avidement, tandis que Fei long se laissait dévorer avec délice.

En jouant un instant avec une mèche de cheveux noirs, le yakuza ne pu s'empêcher de penser:

« Ça aurait été dommage»


C'était bon...Infiniment sensuel, délicat, et sublimement bon.

Fei long repris peu à peu conscience en sentant les mains du yakuza sur lui, cherchant à nouveau à le faire gémir, lui redonnant doucement ce teint nacré qui allait si bien à ses 21 ans. Il ne chercha même pas à protester, car son corps si prompt à réagir aux caresses du yakuza l'avait déjà trahi.

Il frémit et se cambra lorsque les doigts d'Asami remontèrent sur sa poitrine, à la rencontre des deux boutons de chair rose.

"...oui.."

Il se colla à lui, et finit d'ôter la tunique pourpre, prenant son temps et veillant à ce chaque frôlement de tissu devienne délicieusement insupportable. Fei long agrippa la nuque du yakuza, et se souleva vers lui en cherchant ses lèvres, fébrile, guidé par son souffle. Son baiser fut à son image, brûlant, désespéré, sensuel...Il se pendait à son cou sans regrets, sans souvenirs.

Au cours d'un mois d'abstinence, il avait eu l'occasion de se rappeler sans cesse le goût de cette bouche à la courbe cruelle, froide et parfois brulante comme l'enfer. Il l'avait désiré sans jamais l'admettre; Qu'elle le blesse ou qu'elle lui donne du plaisir, il la voulait.

Asami se redressa légèrement, rompant le baiser, et le chinois eu un gémissement.

"Non...Embrasses moi..."

"Je t'embrasserai" murmura Asami.

Fei long gémit à nouveau, troublé d'entendre cette voix si noire dans la chaleur de son cou lui offrir des mots si doux, et soupira de plaisir. Il le désira alors, avidement, furieusement, comme il n'avait jamais désiré personne. Avec un grondement sourd il agrippa les épaules d'Asami, le forçant à retomber sur lui, et plaqua ses lèvres contre les siennes avec une rare violence. Ses longs ongles plantés dans la nuque du japonais cherchaient à le retenir tout autant qu'a le faire sien.

Asami grimaça de douleur, et emprisonna les poignets de Fei long sur le haut du lit.

"Tout doux..." sa main glissa sur le pantalon de soie et se referma violemment sur l'entrejambe et l'érection qu'il sentait à travers.

"Aaaaaah!"

Haletant, le jeune chinois n'avait pas retenu son cri. Lorsqu'il sentit le yakuza se pencher sur son ventre et le débarrasser lentement de son pantalon, il se mordit le poignet. Sa tête semblait exploser de désir refoulé et d'adrénaline, caresse après caresse, morsures après morsures, Asami l'emmenait au bord du gouffre.

Un abîme sans fond ou seul leur deux corps existaient, ou le plaisir devenait l'unique réalité. Les yeux clos, il sentit la langue et la bouche du yakuza prendre possession de lui.

"Aaah...ah..."

Il gémit longuement, agrippant sans but les draps ou les cheveux châtains.

Le va et viens des lèvres d'Asami, se peau contre la sienne lui faisaient perdre la raison, et il repensa à leur première nuit. Le jeune chinois pris alors conscience qu'il était l'amant de la seule personne avec laquelle, lui, le mafieux, l'homme, le cruel stratège, n'avait plus aucun pouvoir...Alors Fei long s'abandonna, corps et âme. Cessant de lutter, il joui avec un cri rauque et arqua son corps sous la vague de plaisir qui le submergeait.

Asami se redressa, glissant lentement sa langue sur ses lèvres, comme on se lèche les babines, savourant avec indécence le goût de son amant.

Fei long ouvrit les yeux, le regard perdu et encore brillant de plaisir. Son esprit ne savait qu'une chose: Encore. Il lui en fallait encore, il le voulait en lui. Tout de suite.

"...viens..."murmura-t-il, en basculant la tête.

"..D'accord." fit calmement Asami, Mais fait le, Fei long."

Le chinois le regarda, troublé, indécis.

"Fais-le." répéta lentement Asami, d'une voix de velours envoutante.

Vaincu, Fei long ferma les yeux, et porta lentement ses doigts à sa bouche, presque en tremblant. Lorsque ses lèvres rouges jouèrent avec, jusqu'à les enduire de salive, Asami dû faire un effort colossal pour se dominer.

Il savait que Fei long n'avait pas encore réellement prit conscience de sa somptueuse beauté, et cette pose lascive le rendait infiniment désirable. Beaucoup trop. Même pour Asami.

Surtout pour Asami.

...

Les yeux toujours clos, les sourcils froncés comme si il se faisait violence à lui même, les doigts de Fei long délaissèrent sa bouche pour descendre le long de sa poitrine et de son ventre.

Les yeux fermés, ivre de volupté, le chinois écarta lentement les jambes et les muscles fins de ses cuisses saillirent un instant, laissant deviner un corps habitué au combat.

"Encore" murmura Asami.

Le chinois gémit, à la fois de protestation et de soumission, incapable de raison. Il écarta un peu plus les jambes, une main toujours posée près de son sexe, et arquant les reins, il laissa ses longs doigts fins obéir aux ordres et le pénétrer doucement. L'un après l'autre, le jeune chinois haletait sous ses propres caresses, tandis qu'Asami remontait de sa langue l'intérieur de ses cuisses.

"...Asami..." supplia-t-il, la voix rauque.

Le yakuza eu un sourire. Il pris entre ses lèvres les doigts de Fei long et les força à se retirer. Le jeune chinois poussa un soupir, se redressa, et entoura de ses bras le cou du japonais. Il l'embrassa une dernière fois, avant de se coller à lui et de se laisser lentement glisser contre son torse.

Sentant son amant le pénétrer, il ne lutta pas et cria son plaisir à pleine gorge, de cette voix rauque qu'il avait toujours pendant l'amour. Ses cheveux d'ébène collaient à sa poitrine, tandis qu'Asami passait ses doigts dans cette cascade de noire. Fei long commença à bouger, retrouvant ses réflexes de séducteur.

Il allait et venait contre le torse d'Asami, lentement d'abord, comme l'on savoure quelque chose d'infiniment rare et délectable, puis de plus en plus vite. Une goutte de sueur glissa sur ses lèvres, et le yakuza y goutta en l'embrassant à nouveau

Fei long sourit, accentuant ses mouvements. Il resserra les cuisses, et Asami eu un léger grognement de plaisir qui ne lui échappa pas.

"Oui...montre moi ce que tu aimes..." murmura-t-il, en passant ses mains dans les cheveux bruns.

Le yakuza eu un sourire. Il renversa violemment Fei long, et le pénétra encore plus profondément. Il aimait voir son visage ravagé par le plaisir et la douleur, et sentit que le jeune chinois allait jouir.

D'un dernier coup de rein, il s'ancra profondément en lui, et scella son cri sous ses lèvres.

Fei long se cambra en gémissant, longuement, comme si cette sensation d'extase ne semblait jamais vouloir le quitter. Ses ongles plantés dans le dos du yakuza liaient un peu plus leur deux corps l'un à l'autre, fébriles, épuisés.

Alors le chinois agrippa Asami, l'obligeant à se laisser retomber sur lui; et sa bouche happa la sienne dans un sombre baiser.


Quelques temps plus tard, allongé sur le dos, le yakuza eu un fin sourire et alluma une cigarette.

"Alors, tu as compris?"

Il se redressa à nouveau, et observa le jeune chinois.

"...hmm quoi?"

"Ce que je t'ai dit il y a un mois, dans ce lit d'hôpital, et que ta fierté d'enfant gâté n'as pas supporté?"

"..."

"Je veux que tu viennes avec moi."

"Pardon?!"

Fei long avait une nouvelle fois perdu son visage d'homme, pour ouvrir ces grands yeux où l'adolescence n'avait pas disparue.

"Je veux que tu..."

"J'ai entendu!" répliqua le chinois, les sourcils froncés. Il se redressa à son tour. Il avait l'air sévère et incrédule, comme si il doutait tout d'un coup de la réalité de la situation.

"Au japon? Tu me voudrais à Tokyo, avec toi..Et en tant que quoi, Asami Ryuichi?"

Il se rapprocha de lui, les yeux brillants, et grimpa à nouveau sur ses genoux.

"Amant? Trophée de chasse?"

Fei long passa sa langue sur les lèvres du yakuza, paresseusement.

"Traitre?"

Asami le saisi par la nuque, forçant son regard.

Il le fixa longtemps, jusqu'à ce que le sourire ironique de Fei long s'évanouisse.

"Apprenti." déclara-t-il calmement.