Disclaimer : Final Fantasy et ses personnages ne m'appartiennent pas.
_-Minuit battantes-_
« 960, 980 et 1 000. Plus 300 pour le service que vous m'avez rendu, compta Zell en déposant l'argent sur le comptoir. Je vous aurais bien donné plus mais je dois faire attention ce mois-ci.
- Ça ira, ne vous en faites pas, mentit le balafré en empochant l'argent.
- J'espère que ce petit incident ne vous dissuadera pas de revenir dans notre garage à l'avenir. » fit le blond avec un sourire crispé.
Il fallait admettre que trois jours, c'était un long délai pour rembourser une caution. Et Squall ne comptait pas la première soirée qu'il avait dû passer à Timber. Il préféra ne pas s'en plaindre; ça aurait pu prendre plus de temps. Le portefeuille un peu plus épais, le balafré se dit qu'il était grand temps de quitter Timber et de poursuivre son voyage. Il voulait éviter de perdre trop de temps et trouver le corps de Cloud pour qu'il puisse enfin le regagner (si c'était encore possible). Ils regagnèrent l'hôtel pour que le châtain récupère ses affaires, payèrent les frais de location puis se dirigèrent vers la gare d'un bon pas. Ils durent traverser toute la ville pour y parvenir mais Squall s'en fichait du moment qu'il quittait cet endroit. Cependant, quand il eut mis un pied à l'intérieur de la petite gare, le châtain sentit son estomac rejoindre le noyau de Gaïa. Personne. L'endroit était presque désert. Les guichets étaient tous fermés, les bornes électroniques éteintes et il n'y avait pas l'ombre d'un employé. Se disant que quelqu'un avait forcément ouvert les portes d'entrée, Squall partit en quête d'une forme de vie à l'intérieur du bâtiment. Après des minutes d'angoisse, il tomba enfin sur un homme. Ses craintes crevèrent le plafond quand il se demanda s'il n'était pas face à un loubard. Le type avait une carrure de déménageur et une coupe à la brosse. Ses cheveux blonds étaient bien droits sur sa tête; pas une seule mèche ne partait de travers. Il portait pourtant bien un uniforme et devait en toute logique être un employé du service ferroviaire.
« Excusez-moi, l'interpela Squall quand il se dit qu'il n'avait pas d'autre choix que de lui parler.
- Bonjour, répondit poliment l'autre en se tournant complètement vers le châtain (Squall put lire ''Sabin'' sur la veste de l'employé).
- Bonjour. Comment se fait-il que tout soit fermé? S'il vous plaît? ajouta rapidement le châtain pour ne pas contrarier l'autre homme.
- Oh ça, c'est une histoire bien fâcheuse. Je suis étonné que vous n'en ayez pas entendu parler.
- Je suis simplement de passage en ville.
- Je comprends mieux. Nous avons préféré fermer la gare jusqu'à ce que l'on trouve comment régler notre souci. »
Squall fronça les sourcils. Ce Sabin restait bien vague dans ses réponses.
« Est-ce que je peux vous demander quel est ce souci? insista Squall en priant pour ne pas sortir de la gare avec un nez cassé (une seule fois avait été largement suffisant à son goût).
- C'est à dire que...on m'a conseillé de ne pas en parler.
- Vous avez assassiné des gens?
- Non, bien sûr que non, s'exclama l'employé. Au contraire, on m'a demandé de rester ici jusqu'à demain matin pour éviter qu'il y ait d'autres... »
Après avoir prononcé ces paroles, Sabin se referma comme une huitre et ignora les autres questions du balafré. Ce dernier comprit qu'il valait mieux partir pour le moment et sortit de la gare. Un rapide échange verbal avec Cloud confirma les soupçons du châtain : il se passait quelque chose de louche dans la gare. Et pendant une période assez précise visiblement. Pourquoi Sabin ne devait-il rester que jusqu'au matin? Pourquoi pas toute la journée?
« Parce que c'est la nuit que ça se passe. » se dit Squall.
Il ne put retenir un soupir étranglé à l'idée de devoir encore perdre du temps en attendant de pouvoir commencer à obtenir des renseignements dignes de ce nom. Le balafré décida de se rendre dans un nouvel hôtel pour louer une chambre pour la nuit; avec un peu de chance, l'affaire serait bouclée d'ici le lendemain et il pourrait partir. Après une rapide discussion avec l'hôtesse d'accueil qui lui assura qu'il pourrait renouveler sa réservation s'il en avait besoin, le châtain monta à l'étage l'esprit tranquille. La chambre dans laquelle il se retrouva était un peu plus petite que la précédente mais bien plus agréable avec ses nombreuses fenêtres qui laissaient entrer la lumière extérieure. Une légère odeur de renfermé perturba Squall, qui décida que laisser entrer un peu d'air frais ne pourrait pas lui faire de mal. Il resta un moment face à la fenêtre avant de se diriger vers le lit et de s'y étendre.
Cloud, lui, continua à regarder ce qui se passait à l'extérieur sans lui prêter la moindre attention. Le balafré en profita pour le regarder des pieds à la tête. Il était encore tellement jeune quand ce mauvais sort l'avait frappé. À combien de temps cela remontait-il? Quel âge avait le blond à présent? Était-il encore en vie? Où se trouvait-il? Squall se sentit gagné par une nervosité grandissante. Incapable de rester allongé plus longtemps, il se redressa et s'assit sur le bord du lit. Il allait essayer d'en savoir un peu plus sur son compagnon de voyage.
« Cloud, tu n'as vraiment aucun souvenir de la ville où tu habitais? demanda Squall.
- Ma ville? répéta le fantôme avec une petite moue. Pas vraiment, non. Tout ce dont je me souviens, ce sont ces enfants assis en cercle juste après qu'ils aient lancé le sort. D'ailleurs, j'ai l'impression de commencer à me rappeler certains détails.
- Lesquels ?
- J'en suis pas tout à fait sûr, mais il me semble bien qu'ils étaient dans une vieille maison pleine de poussière. Ils étaient assis sur un tapis mangé aux mites et un très gros livre était ouvert devant l'un des gamins. Il y en a un parmi eux que je pense bien connaître mais plus j'essaie de me rappeler de lui et plus les images sont floues. Du coup, j'évite de trop y penser. »
Le balafré fit oui de la tête mais il n'avait pas obtenu une réponse vraiment satisfaisante. Les éléments étaient trop peu nombreux pour le mettre sur la piste. Il fut tiré de ses pensées quand Cloud continua à parler.
« Ah, je ne sais plus si je t'en ai déjà parlé, mais il n'y avait pas d'araignées là où j'habitais. C'est peut-être parce que je ne savais pas du tout ce que c'était qu'elles m'ont fait tellement peur la première fois que je les ai vues. Je m'en suis pas vraiment remis d'ailleurs.
- Elles sont très utiles pour beaucoup de choses.
- Comme ?
- Faire le ménage dans les jardins. »
Il y eut un long moment de silence. Visiblement, Cloud n'était pas convaincu. Il haussa les épaules et se tourna à nouveau vers la fenêtre, perdu dans ses pensées. Squall, dans le fond, était vraiment gentil (avec lui en tout cas). Il faisait des efforts pour l'aider et même s'il le faisait moins dans l'intérêt du fantôme que dans le sien, Cloud appréciait le geste malgré tout. Il aurait vraiment voulu faire quelque chose pour le remercier mais dans l'état où il était, il ne voyait pas vraiment comment ce serait possible. Peut-être qu'au moment où il aurait retrouvé son corps... Oui, il trouverait bien une solution d'ici là. Il pourrait proposer d'aider Squall pour ses futures enquêtes mais le châtain accepterait-il vraiment ? Il était plutôt du genre loup solitaire et refuserait certainement. L'idée rendait Cloud assez triste. Il aimait bien être avec le balafré. Après tout ce temps passé seul dans un vieil immeuble désaffecté, il s'était vite habitué à ce qu'il y ait quelqu'un près de lui. Sans Squall, Cloud serait encore seul à Deling City et y serait resté pour l'éternité. Le fantôme aurait frissonné à cette seule pensée s'il en avait été capable. Non, il ne voulait pas être seul une nouvelle fois. Il ne pourrait pas le supporter. Il avait besoin de Squall. Il était comme sa bouée de sauvetage au cœur d'une mer déchainée : sa seule chance de survivre. Ils s'étaient attachés l'un à l'autre au fil du temps. Ils discutaient de tout et se racontaient (presque) tout, comme de bons amis. Ou pas. Squall ne partageait sûrement pas l'avis du blond sur la question. Ce dernier, d'ailleurs, à l'idée de considérer le châtain comme son ami se sentait apaisé mais aussi un peu inquiet. Pourquoi ? Cloud aurait plutôt dû s'en réjouir mais sa joie était contenue par un sentiment encore discret et abstrait. Quand le fantôme voulut chercher à comprendre davantage, il finit par s'y perdre de plus en plus et préféra abandonner. Il ne fallut pas plus de dix secondes à Cloud pour qu'il comprenne qu'il lui arrivait la même chose que lorsqu'il tentait de se rappeler des visages des enfants de sa ville natale. Il aurait eu des soucis avec un ami quand il vivait encore là-bas ? Tout à coup, le fantôme s'imagina courir dans des rues sans apparence fixe aux côtés d'un Squall plus jeune et plus souriant. Et s'ils s'étaient connus avant que ce maléfice ne le frappe ? Non, ce n'était pas possible. Squall se souviendrait de lui. À moins que toutes les personnes proches de l'adolescent aient perdu la mémoire au moment où son âme avait été extirpée de sa prison charnelle ? Est-ce qu'une telle chose était possible ? Ce qui était certain, c'était que Cloud était bien décidé à en avoir le cœur net.
La nuit commençait à tomber quand Squall et son compagnon quittèrent l'hôtel pour retourner à la gare. Le duo fut quelque peu étonné de s'apercevoir que plus ils en approchaient et moins de personnes suivaient la même direction. Celles-ci jetaient même des regards étranges à Squall, comme s'il était fou. Sur le coup, le balafré s'était dit qu'il avait peut-être parlé à Cloud sans faire attention mais quand les yeux continuèrent à se tourner vers lui sans qu'il ouvre la bouche, il comprit que c'était autre chose qui provoquait ces réactions étranges. Finalement, alors que la gare était toute proche, un vieillard arrêta Squall.
« Ne me dites pas que vous allez à la gare ? demanda le vieil homme d'une voix chevrotante.
- C'est interdit ? Répondit le châtain.
- Non mais ne venez pas vous plaindre s'il vous arrive quelque chose. »
Intrigué, Squall décida de pousser l'habitant à lui en dire plus, ce qu'il fit sans se faire prier.
« On retrouve souvent des cadavres dans un sale état sur les rails. La police parle de suicides en série.
- Vous avez plus de détails à ce sujet ? insista le balafré.
- Seulement ce qu'on veut bien nous dire. Pas de points communs entre les morts et toutes sont passées sous le train de minuit.
- Je croyais qu'aucun train ne passait par la gare de Timber, s'étonna Squall.
- C'est juste des marchandises. »
Le vieillard refusa de rester plus longtemps et se hâta en direction du centre-ville. Un regard échangé avec Cloud confirma les doutes de Squall : il était fort probable que ces morts soient l'œuvre de spectres malfaisants. En tout cas, c'était la première hypothèse qui lui soit venue à l'esprit. Le duo poursuivit son chemin et hésita un instant avant de franchir les portes d'entrées du bâtiment. Squall profita de la pause pour sortir et observer sa fiole tandis que Cloud, lui, décida de regarder par l'une des fenêtres pour voir s'il se passait quelque chose à l'intérieur.
« Ça alors ! Le type de tout à l'heure est toujours à l'intérieur. »
Squall le rejoignit et l'imita. Il pouvait voir Sabin marcher à pas tranquilles dans le hall. L'homme consulta sa montre à gousset rapidement avant de s'éloigner. Le châtain se sentit rassuré de le voir si tranquille et il baissa alors les yeux sur sa main droite, dans laquelle il tenait fermement sa fiole. Des rides se formèrent entre ses sourcils quand ils se froncèrent, une réaction provoquée par l'eau qui remuait à gros bouillon dans son contenant.
« Il vaut mieux qu'on le suive. » déclara le balafré en rangeant le flacon.
Il retourna devant les portes et tenta de les pousser. Elles étaient fermées. Retenant un juron à temps en voyant d'autres portes un peu plus loin, Squall retenta sa chance avec ces dernières pour finalement parvenir au même résultat. Cette fois, des grossièretés furent proférées à haute voix.
« S'il y a eu des morts en pleine nuit, c'est que les victimes ont dû trouver un autre accès quelque part. Il faut chercher. » dit Cloud qui ne voulait pas encore se laisser décourager.
Squall acquiesça de la tête et contourna le bâtiment. L'accès à l'arrière de la gare n'était pas tellement protégé et aucun ne fut donc étonné que plusieurs personnes aient réussi à se rendre sur les voies en pleine nuit. Non, ce qui les surprenait le plus, c'était que rien n'avait encore été fait pour éviter que ces accidents se reproduisent. Squall réussit à passer au dessus du grillage sans le moindre effort. Ses pieds touchèrent terre avec un bruit discret puis le conduisirent vers les quais les plus proches. Des signes évidents d'absence d'entretien attirèrent son regard : des voies qui commençaient à se recouvrir de mauvaises herbes, des distributeurs automatiques quasi-neufs hors service, des déchets qui jonchaient les quais... Il était grand temps que quelqu'un vienne débarrasser les lieux. L'attention du châtain se porta ensuite sur une silhouette solitaire un peu plus loin. Même avec le peu de lumière que le crépuscule fournissait, Squall reconnut tout de suite Sabin.
« À ton avis, on l'appelle ? » demanda Cloud qui l'avait lui aussi repéré.
La question était loin d'être idiote. Si le balafré appelait l'employé, il y avait de fortes chances pour qu'il se fasse mettre dehors (même s'il y était déjà techniquement) et ne puisse plus entrer une nouvelle fois. Mais s'il ne disait rien... Le châtain prit une décision : il allait attendre encore un peu. S'il y avait bien des esprits à l'œuvre dans la gare (et il en était même certain depuis qu'il avait consulté sa fiole), il attendrait de les voir apparaître pour essayer de savoir dans quel but ils agissaient.
À peine avait-il fini de le penser que lesdits fantômes apparurent tout autour de Sabin. Son absence de réaction fit savoir au duo qu'il ne pouvait pas les voir. Squall détailla les nouveaux venus rapidement. Il s'agissait principalement d'adultes, certains plus proches de la vingtaine. Le châtain sentit son estomac se retourner pour une raison qu'il ignorait encore. Quelque chose n'allait pas. Ces défunts paraissaient à l'aise, comme s'ils avaient toujours été sur ces lieux. S'agissait-il simplement des âmes des anciens suicidés qui revenaient pour emporter de nouvelles victimes ?
Si Squall avait voulu pousser sa réflexion un peu plus loin, il n'en eut pas la possibilité. Au loin, il entendit un train arriver à vive allure. Le son excita les esprits, qui se regroupèrent derrière Sabin. Ce dernier s'approcha lentement du bord du quai. Lui qui se tenait droit jusqu'alors laissa ses épaules s'affaisser comme s'il portait un lourd fardeau.
« Sabin ! » cria Squall dans un élan de panique.
Le train approchait de la gare et l'employé continuait à marcher droit devant lui, en direction de la voie. L'homme ne réagissant pas à son appel, le châtain se mit à courir vers lui à toute allure en espérant le rejoindre à temps. Le conducteur du train actionna le klaxon de l'appareil pour prévenir Sabin de son arrivée mais en vain. Il ne s'arrêtait toujours pas. Le balafré entendit vaguement le véhicule freiner par-dessus le bruit assourdissant des battements de son cœur dans ses oreilles. Juste au moment où Sabin levait un pied pour le passer par-dessus le bord du quai, le châtain plongea. Il attrapa la manche de l'uniforme du gardien et l'entraina dans sa chute, loin des rails. Le train passa sans avoir pu ralentir assez et continua sa route. Squall, à bout de souffle, se redressa pour regarder l'employé de gare. Ce dernier était étendu sur le sol, évanoui mais sain et sauf.
« Râté. » chantonna-t-on au dessus de la tête de Squall. Quand il leva les yeux, les fantômes étaient en train de disparaître.
Le lendemain après-midi, Squall décida d'aller à l'hôpital pour rendre visite au gardien. Il avait quelques questions à lui poser et ne pouvait pas attendre plus longtemps. S'il avait pu, il lui aurait déjà parlé dès le matin mais les visites n'étaient pas autorisées avant une heure avancée de la journée. La secrétaire à l'accueil se montra fort aimable et le guida avec le sourire.
« La chambre est au premier étage. Prenez les escaliers à droite et tournez tout de suite dans le premier couloir qui se trouve à droite. »
Suivant les précieux conseils de la jeune femme, Squall se rendit au premier étage et trouva la chambre sans difficultés. Si seulement tout le monde était capable de donner des indications aussi précises. Avant d'entrer, le balafré consulta sa fiole et fut soulagé de remarquer que l'eau qu'elle contenait ne remuait pas. Il la replaça dans sa poche et frappa à la porte. Il entendit vaguement quelqu'un lui répondre de l'autre côté et ouvrit lentement pour laisser le temps à l'occupant de lui dire d'attendre. Squall ne tenait pas à débarquer pendant qu'une infirmière faisait la toilette de Sabin.
Le gardien était assis sur le lit d'hôpital, un journal entre les mains. Il leva un regard intrigué en direction de la porte. Il devait se demander qui venait le voir.
« Vous êtes le type d'hier, dit Sabin en le regardant des pieds à la tête.
- Hier après-midi ou hier soir ? demanda Squall en prenant place sur une chaise sans y avoir été invité.
- Hier soir ? répéta le patient, confus.
- Vous ne vous rappelez de rien du tout ?
- Je sais juste que j'ai fait un malaise pendant mon tour de garde et qu'on m'a envoyé ici. C'est vous qui m'avez trouvé ?
- Je n'ai pas fait que vous trouver. Je vous ai sauvé la vie. »
Sabin eut un sourire en coin et ne put réprimer un ricanement.
« Je n'irai quand même pas jusque là. On ne meurt pas d'avoir tourné de l'œil.
- Ça non mais passer sous un train, ça peut être fatal par contre. »
Il se fit un silence pesant dans la pièce. La tension qui émanait de Sabin était si forte qu'elle en était pour ainsi dire palpable. Le châtain l'observa sans rien dire et vit son visage passer du rouge au vert puis au blanc. Dire que le pauvre homme était bouleversé aurait été un euphémisme. Derrière l'angoisse, Squall sentait que l'employé de gare avait compris ce qui lui était arrivé.
« Je pense qu'il est grand temps que vous me racontiez ce qui se passe dans cette gare et qui vous oblige à la fermer aux visiteurs. »
Le balafré n'avait pas haussé le ton mais le sursaut de Sabin fut violent et le journal lui échappa des mains. L'homme sembla pâlir un peu plus.
« Je ne cherche pas à vous nuire, tenta de le rassurer Squall. J'essaie seulement de vous aider.
- Vous ne pouvez rien faire, marmonna Sabin en levant une main pour essuyer son front ruisselant de sueur.
- Au contraire. J'ai vu ce qu'il vous est arrivé hier. Croyez-moi, vous ne pourrez pas trouver une personne qui soit plus apte que moi à réparer les dégâts. »
Squall fronça les sourcils en entendant Cloud toussoter à ce moment précis mais ne dit rien. Qu'il se moque le châtain disait la vérité et il le savait.
« Qu'est-ce que...vous avez vu ? articula Sabin avec difficulté, comme s'il se forçait à parler.
- Je vous ai vu, vous, debout près du quai. Au moment où le train de marchandises dont vous m'aviez parlé s'approchait de la gare, des spectres sont apparus autour de vous. Après ça, vous vous êtes mis à marcher vers la voie. Je vous ai appelé pour vous prévenir mais vous n'avez pas réagi, alors j'ai couru vers vous pour vous éloigner. Vous vous êtes évanoui après ça.
- Vous êtes complètement cinglé, répondit Sabin en roulant de grands yeux paniqués.
- Pensez ce que vous voulez, je sais ce que j'ai vu. À vrai dire, tant pis pour vous si ne me croyez pas. Dites-moi au moins où je pourrai me renseigner au sujet de la gare.
- Vous...quoi ? marmonna le gardien, de plus en plus perdu.
- L'histoire de la gare. Il a dû se passer des choses là-dedans avant votre naissance. Elle est pas arrivée sur place en même temps que vous, fit le balafré d'un ton irrité.
- Bah...
- D'accord, laissez tomber. N'allez pas vous faire mal à trop réfléchir. »
Squall se leva précipitamment et sortit de la chambre sans se retourner. Cloud le suivit comme une ombre, l'air mécontent. Il n'approuvait pas la façon dont Squall avait parlé mais ce dernier s'en fichait comme de sa première chemise. Tout ce qui importait, c'était de découvrir ce que cachait l'endroit. Il marcha donc d'un bon pas en direction du commissariat de la ville. Il lui fallut un certain temps avant d'arriver sur place mais au moins il n'avait pas eu à dépenser d'argent pour un taxi. Quand il entra, le châtain fut assailli par des sonneries de téléphone, des éclats de voix, des bruits de pas précipités et une forte odeur de café bon marché mêlée à celle de l'alcool – premier prix lui aussi. Squall fit un pas en arrière sans s'en rendre compte.
« Je peux vous aider ? demanda un officier sans lever les yeux de la paperasse éparpillée sur son bureau.
- Oui, euh, bégaya le balafré en essayant de ne pas trop respirer la mauvaise odeur. J'ai besoin de renseignements au sujet de la gare.
- Des infos ? Sur la gare ? Pour quoi faire ? s'étonna le policier en levant enfin les yeux vers le visiteur.
- Il y a eu plusieurs cas de suicide, dont un auquel j'ai assisté – il a échoué, ajouta-t-il précipitamment quand l'homme écarquilla les yeux. Je voudrais savoir ce qu'il y avait auparavant.
- Avant quoi ? »
Squall dut prendre sur lui-même pour ne pas se frapper le front du plat de la main.
« Avant la gare bien sûr, lâcha-t-il enfin.
- En quoi ça vous intéresse de savoir ça ? Vous êtes flic ? se moqua l'agent.
- Non mais-
- Alors laissez la police se charger de ça, monsieur, le coupa l'autre avant de baisser à nouveau les yeux vers ses documents.
- Et elle fait un travail admirable, se moqua à son tour le balafré. De quand date le premier mort déjà?
- Monsieur, si vous continuez, je vais devoir vous faire passer un petit séjour en cellule, rétorqua aussitôt le policier.
- Admettez-le. Vous êtes incapables de boucler l'affaire. Et pour être franc, aucun policier au monde n'en est capable pour la simple et bonne raison que vous n'avez pas mon don.
- Celui de dire des conneries plus grosses que vous ? D'avoir les chevilles aussi larges que les vôtres ?
- Celui de voir les esprits. »
Squall réprima un juron quand il se rendit compte que le silence s'était fait pendant sa conversation avec l'agent et que tout le monde l'avait clairement entendu dire qu'il voyait des fantômes. Le vide fut aussitôt comblé par les rires tonitruants des autres occupants de la salle principale. Le balafré se sentit horriblement seul et la présence de Cloud juste à côté de lui ne fit qu'empirer les choses.
« Ne fais pas attention à eux » lui disait l'esprit.
C'était facile à dire pour lui : personne ne le voyait ! La gêne fut bientôt remplacée par une colère contenue à grand peine. Pour qui ces personnes se prenaient-elles ? Sous prétexte qu'elles ne voyaient pas Cloud, Squall était cinglé ? Bon, il fallait les comprendre aussi. Mais tout de même ! Renier de cette façon l'existence du blond qui l'avait accompagné depuis un certain temps était tout bonnement cruel (même s'ils ne pouvaient pas s'en rendre compte).
« Maintenant que vous vous êtes bien marrés, dites-m'en plus sur ce qu'il y avait avant la gare, marmonna le châtain.
- Je connais un bon endroit où on pourra vous filer un coup de main : à l'asile. »
De nouveau, des rires explosèrent autour de Squall. Ce dernier, furieux, se tourna vers Cloud et lui adressa un signe de tête que plusieurs policiers et délinquants s'empressèrent de commenter. L'esprit, comprenant ce que son partenaire attendait de lui, se concentra sur les tasses et mugs de café éparpillés sur à peu près tous les bureaux. Il ne fallut pas plus de quelques secondes avant qu'elles n'explosent toutes à l'unisson, trempant de leur contenu les uniformes et les vêtements. Le silence se fit à nouveau mais cette fois, le châtain sentait clairement que c'était l'inquiétude qui l'avait provoquée, et pour cause : tous les regards étaient braqués sur lui.
« On rigole moins maintenant, fanfaronna Squall avec un sourire suffisant. Alors, ces infos ? C'est pour aujourd'hui ou pour demain ?
- Il-il devrait y avoir quelque chose à ce sujet à la b-bibliothèque municipale, bégaya l'officier en face de lui.
- Bien. Je ne vous remercierai pas vu le mal que j'ai eu à vous le faire dire. »
Squall tourna les talons et sortit du commissariat. Tout ce temps perdu pour finalement être envoyé ailleurs. Il espérait un peu que ces crétins avaient été ébouillantés par le café qu'ils avaient reçu. Ils l'auraient bien mérité.
« C'était pourtant pas difficile de dire ''merci'', commenta Cloud quand ils furent dans une rue peu fréquentée.
- Ils se sont payé ma tête et j'aurais dû les en remercier ?
- Ils n'y peuvent rien, Squall. Tu ne peux pas leur reprocher de ne pas croire qu'il existe des choses qu'ils ne peuvent pas voir. »
Là, le châtain stoppa net. Le blond le traversa, pris au dépourvu, et se retourna pour voir le balafré frissonner des pieds à la tête. Décidément, il ne se ferait jamais à cette horrible sensation... Il avait l'impression d'avoir passé des heures enfermé dans un congélateur. Quand les tremblements se furent calmés et qu'il put parler normalement, Squall s'expliqua.
« Tu te rends bien compte qu'ils ont littéralement renié ton existence ? Que tu n'es rien d'autre que du vide pour ces personnes ?
- Ben... marmonna Cloud en se faisant tout petit.
- Soit tu es un saint, soit tu es bien naïf. Quoi qu'à la réflexion, les saints sont tous naïfs. C'est pour ça qu'ils sont morts.
- Je ne suis ni un saint ni naïf, se défendit le blond.
- Oui. Dis ça à quelqu'un qui ne t'a pas vu t'extasier devant une photo de femme nue.
- C'est pas de ma faute ! Ma mère m'a toujours interdit de... Hé ! Je me souviens ! »
Cloud se rapprocha si vite de Squall que ce dernier recula précipitamment pour ne pas être traversé une seconde fois (une seule était amplement suffisante).
« Je me rappelle de ma mère !
- Dis-m'en plus, le pressa l'autre.
- Eh bien on parlait de photo de femme nue et-
- Pas ça ! Je te parlais de ta mère. »
Squall se retint à temps d'ajouter ''espèce d'abruti''. Ça n'aurait pas été une bonne idée.
« Ah oui. Euh, eh bien, elle est un peu plus petite que toi, blonde comme moi. Ou plutôt châtaine ? Châtain clair. Oui, c'est ça. Je lui ressemble un peu aussi. On a les mêmes yeux et un nez identique. Et elle vivait seule avec moi. Je n'arrive pas encore à me souvenir de son prénom par contre...
- C'est toujours ça de pris, j'imagine. » soupira Squall.
Il s'était attendu à mieux mais quelque chose avait décidé qu'ils n'en sauraient pas encore assez pour le moment. Le châtain aurait pu se sentir frustré mais l'air ravi de Cloud adoucit considérablement son humeur. Avec un peu de chance, d'autres souvenirs lui reviendraient en mémoire d'ici peu. Ils poursuivirent leur chemin en direction de la bibliothèque sans un mot (de la part de Squall) mais en chantonnant gaiement (cette fois, c'était Cloud). Le bâtiment en vue, le châtain ralentit l'allure pour établir un nouveau plan d'attaque. Pas question d'entrer et d'en dire trop sur ses véritables intentions. Il avait fait cette bêtise une fois et il n'allait pas recommencer de sitôt. À la place, il allait mentir pour la bonne cause. Plus sûr de lui, Squall replaça son blouson correctement, vérifia qu'il avait l'air suffisamment présentable puis passa les portes d'entrée.
À l'intérieur régnait un calme reposant interrompu de temps à autre par le bruit de pages qu'un visiteur tournait. Sans y prêter davantage attention, le balafré se dirigea vers la bibliothécaire. La vieille dame leva les yeux en l'entendant arriver et lui offrit un sourire tellement chaleureux que Squall faillit le lui rendre au centuple. À la place, il se contenta de remonter poliment le coin des lèvres.
« Bonjour, jeune homme. Vous rapportez un livre que vous avez emprunté ? » demanda gentiment la vieillarde.
Elle tourna alors la tête vers Cloud et haussa les sourcils.
« Ah, je vois un charmant garçon à vos côtés. Vous aviez un jeune frère ? fit-elle sans hésiter.
- Vous voyez Cloud ? voulut savoir le châtain, surpris.
- Nous ne sommes pas frères. Je ne fais que l'accompagner, répondit le blond en s'approchant un peu plus du comptoir.
- Je me disais bien aussi que vous ne vous ressembliez pas tellement. Laissez-moi deviner la raison de votre visite. C'est au sujet de la gare ? dit la vieille dame avec un air malicieux.
- C'est exactement ça, répondit Squall.
- Alors vous devez être Squall Leonhart, non ? On parle beaucoup de vous entre nous. Et par ''nous'', j'entends les personnes dotées d'un troisième œil. C'est très brave ce que vous avez fait à Deling City. Il faut des coui- je veux dire des tripes pour brûler un tableau d'une si grande valeur.
- Croyez-moi, ça n'a pas été une décision facile à prendre.
- Je vous crois. Ces cinglés d'historiens seraient prêts à tuer pour protéger un tableau mais de toute évidence, celui-là les aurait zigouillés le premier s'ils avaient voulu s'en approcher d'un peu trop près. Ça les aurait peut-être calmés, cela dit. Mais passons, vous n'êtes pas venu pour parler de ça. »
Pendant que la vieillarde partait dans la petite pièce derrière l'accueil, Cloud et Squall échangèrent un regard amusé. Cette bibliothécaire était comme une bouffée d'air frais au cœur du désert. Pour une fois, le châtain n'allait pas avoir à menacer qui que ce soit pour obtenir ce qu'il voulait. Enfin un moment de répit...
« Voilà, déclara la dame en posant un classeur sur le comptoir. Tout est là dedans. Ce sont les journaux qui datent de la période où la gare a été construite. Vous devriez trouver votre bonheur.
- Je vous remercie, madame, dit poliment le châtain en tendant la main pour ouvrir le classeur.
- Pas de quoi. Et toi, mon garçon ? Tu l'aides à résoudre ses enquêtes ? demanda-t-elle à Cloud pendant que Squall parcourait rapidement les documents mis à sa disposition.
- Oui et non. En fait, je cherche simplement à retourner chez moi. Squall devra peut-être y aller un jour.
- Tu as une dernière chose à y faire avant de pouvoir reposer en paix ?
- Oh non. C'est mon corps qui doit se trouver là-bas. On m'en a expulsé et je dois le regagner le plus vite possible.
- C'est terrible ce que tu me racontes. Quel monstre a bien pu te faire ça ?
- Voilà, c'est ici, annonça Squall en plein milieu de leur conversation. Les travaux de construction de la gare de Timber devraient débuter dans le mois. L'entrepôt ayant précédemment servi de salle de réunion aux Enfants de Jénova a été complètement vidé et nettoyé. En effet, les traces des activités pour le moins lugubres de la secte ont nécessité un travail acharné de techniciens de surface confirmés. Une ancienne salle qui a servi à une secte ? Le nom me dit quelque chose...
- Bien sûr qu'il vous est familier. C'est la secte la plus dangereuse et qui a pris le plus de temps à être totalement démantelée. On ne saurait même pas confirmer le nombre de suicides qui ont eu lieu, collectivement ou non, pendant leurs nombreuses réunions. Ses partisans n'avaient pas toute leur tête, je vous le dis, expliqua la bibliothécaire.
- Vous avez l'air de bien connaître la ville, remarqua Cloud.
- Je veux. Je suis née ici, déclara fièrement la dame.
- Vous pourriez peut-être nous en dire un peu plus sur les victimes retrouvées dans la gare alors ? tenta Squall.
- Je vais être franche : je ne les connaissais pas toutes. Pour celles dont j'étais plus ou moins proche, je peux affirmer sans aucun doute qu'elles n'avaient pas de raison apparente de vouloir se jeter sous un train. La plupart avait une famille et même si leurs revenus n'étaient pas toujours astronomiques, ils s'en sortaient tous relativement bien. Même leurs proches sont tombés des nues en apprenant qu'ils s'étaient suicidés. Ça n'avait vraiment pas de sens.
- C'est vrai qu'il y a généralement au moins un élément déclencheur dans ce genre de situation, réfléchit tout haut le balafré. Une rupture qui s'est mal passée, le décès d'un membre de la famille, une dispute...
- Oui, confirma la vieillarde, mais il n'y avait rien de tout ça chez ces personnes. »
Squall prit un instant pour réfléchir. Les esprits attiraient d'autres personnes vers la mort, c'était évident. Ce qui l'était moins, c'était de savoir qui ils étaient. Soit les fantômes étaient ceux des victimes récentes, soit ceux des Enfants de Jénova. Cependant, est-ce que leurs motivations étaient si différentes ? Il y avait peu de chances pour que ce soit le cas. Tous avaient mis fin à leur vie sans l'avoir véritablement voulu. Jaloux des vivants, ils les poussaient sous le train de minuit pour apaiser leurs tourments. Seulement voilà : un mort n'avait pas suffi et leur nombre augmentait sans cesse. Sabin aurait pu être leur toute dernière victime mais Squall les avait stoppés. Les esprits n'allaient pas l'accueillir les bras ouverts quand il retournerait à la gare une fois la nuit tombée et d'ici là, il aurait plutôt intérêt à savoir quoi faire pour mettre un terme à leurs agissements.
Le duo était retourné à la gare alors que le soleil disparaissait à l'horizon. Aucun n'aurait su dire si savoir ce qui les attendait sur le quai les rassurait ou les inquiétait encore plus. Certes, ils avaient une idée de ce qui pourrait arriver une fois sur place, mais seraient-ils capables d'arrêter les fantômes ? C'était moins sûr. Squall prit le temps de s'arrêter un moment pour se calmer. Bien qu'il aurait été difficile de le deviner en le voyant, à l'intérieur, il était loin d'être rassuré. Il savait devoir venir pile au moment où le train de minuit passerait dans la gare s'il voulait voir les revenants et aussi que si les choses tournaient mal, ce serait peut-être les restes de son cadavre qu'on viendrait ramasser le lendemain. Avoir Cloud à ses côtés aurait pu l'aider à prendre son courage à deux mains si le blond n'avait été pas si gentil et si inutile.
« Ne t'inquiète pas. Tu n'y vas pas seul. » lui avait murmuré Cloud.
Étrangement, ç'avait été suffisant pour que le châtain se décide à avancer de nouveau. La tête droite et les mains un peu moins tremblantes, Squall se dirigea droit vers le quai où il avait aperçu Sabin la veille et attendit un signe. Pour toute réponse, il n'y eut qu'une brise fraîche qui souffla sur les lieux désertés depuis longtemps. Avec un peu de chance, ils seraient bientôt noir de monde quand Squall aurait quitté la ville pour résoudre sa prochaine enquête. C'était tout ce qu'il voulait...
« Tu es sûr que ça ira ? lui demanda le blond, l'air inquiet.
- Ouais. Il faut juste que j'évite de passer sous le train. Une broutille, marmonna le balafré. Et toi ? Tu t'en sortiras ?
- Je prends moins de risques sous ma forme actuelle. »
Cloud marquait un point. Vraiment, il n'allait pas être d'une grande aide...
Squall faillit sursauter quand des murmures naquirent aux quatre coins de la gare. Les chuchotis se firent plus nombreux et surtout plus proches à mesure que minuit approchait. Le châtain fit de son mieux pour rester calme en apparence et observa les environs. Ponctuels, les défunts s'étaient rassemblés autour de lui pour attendre l'arrivée du train en sa compagnie. Cependant, quelques uns des spectres furent étonnés quand leur regard fut soutenu par celui du châtain. Puis l'étonnement se changea en méfiance à peine dissimulée. Les murmures devinrent brouhaha autour du duo et une voix plus forte que les autres s'éleva pour toutes les faire taire.
« Qu'est-ce que c'est que toute cette agitation ? Balancez-le sur les rails, c'est tout ! »
L'individu se détacha de la foule et vint se tenir devant Squall. Il devait être grand de son vivant. Grand et plutôt bien bâti. Ses manches de son manteau serraient des bras musclés et légèrement bronzés. L'homme portait un bandana duquel dépassaient des mèches de cheveux blondes mal entretenues. Le type devait avoir approximativement le même âge que Squall (vingt-six ans) mais il avait l'air d'avoir oublié de mûrir.
« Quoi ? Ça vous amuse plus ? continua le blond au bandana.
- Parfois, je préfèrerais être sourd plutôt que d'entendre ce genre de conneries, grommela Squall en se pinçant l'arête du nez.
- Quoi ? Qui a parlé ? s'exclama celui qui devait être le chef du groupe de spectres en se tournant vers le balafré.
- Moi, répondit celui-ci. Je suis ici pour vous demander de laisser les voyageurs tranquilles. Ils ne vous ont rien fait.
- Ah mais tu vois, l'ami, on n'a pas le choix, fit le chef avec un sourire en coin. Si on veut rejoindre l'au-delà, on doit pousser des gens sur les rails.
- Non, ça n'a rien à voir, intervint Cloud. L'au-delà n'est accessible qu'à ceux qui reposent en paix.
- Mais nous reposons en paix. Seulement, la grande Jénova nous met à l'épreuve. Seuls quelques sacrifices humains nous ouvriront les portes du monde des esprits, expliqua l'homme au bandana.
- Je vous entends beaucoup parler mais vos amis, eux, restent très silencieux. Qu'est-ce qu'ils en pensent ? » fit remarquer Squall en promenant un regard à la ronde. La foule restait en effet plutôt discrète à présent.
« Combien de personnes avez-vous déjà sacrifiées ? demanda Cloud à l'ensemble des fantômes. Est-ce qu'au moins un seul d'entre vous a quitté ce monde ?
- Il...il faut encore un peu de temps, dit timidement une femme sur sa gauche.
- Et cette Jénova, elle vous a dit la même chose à tous ? Vous l'avez vue ? continua Squall en sentant une brèche s'ouvrir et laisser échapper le doute.
- Jénova m'a choisi comme porte-parole. C'est largement suffisant, se défendit le colosse blond en bombant le torse. Ils n'ont pas à en douter. Maintenant, vous allez être un gentil vivant et nous laisser vous tuer pour qu'on puisse reposer en paix.
- Et vous, vous le croyez ? s'indigna le balafré en regardant les fantômes aux alentours. La mort ne vous a donc rien appris ? Qu'est-ce qu'il vous avait promis en échange de votre vie avant que vous ne vous suicidiez ? Est-ce que vous l'avez obtenu ?
- Non mais on n'a rien sans rien, tenta un homme au crâne dégarni.
- Vous n'avez rien parce que vous êtes tellement obsédés par l'idée de devoir tuer pour quitter ce monde que vous y restez attachés. Vous vous laissez encore manipuler par ce type, même après la mort. Je ne sais pas qui le est plus stupide dans toute cette histoire : le manipulateur ou les manipulés ? »
Squall soutint le regard de la vingtaine de spectres qui l'entourait. La manœuvre était risquée mais si l'un des défunts avait un peu de jugeote, la situation aurait vite fait de tourner à son avantage. Le balafré retint un sourire satisfait quand les morts échangèrent des paroles à voix basse puis de façon plus affirmée. Devant lui, le fantôme au bandana sembla se réjouir.
« Vous voyez ? J'avais raison. Il faut qu'on le- commença-t-il.
- Tais-toi, espèce de benêt ! Tu nous mènes en bateau depuis le début ! s'exclama une vieillarde parmi l'assemblée. Si tu étais encore vivant, c'est toi qu'on pousserait sous ce train !
- Elle a raison ! Vous nous aviez promis monts et merveilles mais tout ce qu'on voit, c'est qu'on ne décolle pas d'ici en vous écoutant alors on va prendre nos propres décisions à partir de maintenant ! »
Et ce fut la débandade. Ni Squall ni Cloud n'étaient capables de savoir qui disait quoi tant la cacophonie était importante. Tout ce dont ils étaient certains, c'était que la rébellion avait enfin éclaté et que certains des spectres disparaissaient en réalisant leur erreur. Libérés de l'obsession que le meneur avait nourrie chez eux, ils partaient pour l'au-delà. Bientôt, il ne resta plus que le benêt, seul avec le duo qui avait semé la zizanie au sein de son groupe en si peu de temps. Il se tourna vers eux, l'air penaud.
« Bon ben je crois que je vais vous laisser, fit-il.
- Je pense que ça vaudrait mieux. » déclara Squall en croisant les bras.
Le chef haussa les épaules et disparut à son tour au même moment où le train de minuit traversait la gare. Quand on n'entendit plus que le bruit des feuillages agités par le vent, Squall lâcha un énorme soupir de soulagement. Il avait réussi et s'en était sorti vivant !
« Tu manques vraiment de tact quand tu parles aux gens, le réprimanda Cloud. Ces personnes étaient sûrement très fragiles !
- Elles ont tué des innocents et auraient continué si je n'étais pas intervenu. Je crois que de nous tous, je ne suis pas celui qui manque le plus de tact. »
Vu sous cet angle, Cloud était bien obligé d'admettre que Squall avait raison. Des personnes étaient mortes par leur faute et Sabin avait failli y laisser la vie lui aussi. Le châtain venait de risquer la sienne pour que plus aucun habitant ne soit victime des fantômes, et tout ce que le blond avait trouvé à faire, c'était lui en vouloir de s'être montré un peu trop brusque. Peut-être était-il vraiment trop naïf... Cloud se dit qu'il devrait prendre un peu plus exemple sur son compagnon de route. Le châtain n'était peut-être pas parfait mais il avait quand même de bons côtés que le blond appréciait.
En regardant le balafré s'éloigner à pas lents, le fantôme se sentit un peu angoissé mais aussi excité à l'idée de le suivre dans ses prochaines enquêtes. Il hésitait encore entre l'envie qu'elles continuent longtemps et celle de les voir s'arrêter pour qu'il puisse enfin parler à Squall de vive voix et être vu à ses côtés.
Oui, l'idée lui plaisait énormément.
Le sourire que Cloud s'apprêtait à afficher disparut instantanément en voyant Squall lever une main pour se masser l'épaule. La marque devait le faire souffrir. Sans un mot, le fantôme rejoignit son ami et le regarda brièvement. Le châtain avait un peu pâli et les traits de son visage étaient crispés. Plus que de la douleur, Cloud y lut de la peur et rien de ce qu'il aurait pu dire n'aurait aidé son ami cette fois. Alors il se contenta de le suivre en silence.
_-Minuit battantes-_
Jamais il ne faut s'aventurer dans la gare de Timber une fois la nuit tombée, car quand sonne minuit, une vie sera prise par les esprits qui hantent les lieux. Nourris par la rancœur envers celui qui les a poussés à mettre un terme à leur existence, ils entrainent les vivants dans la mort, se repaissent de sa détresse puis recommencent lorsque leur soif de vengeance se fait à nouveau ressentir.
_-À suivre-_
A/N : Eh ben, je crois que j'ai battu mon dernier record. Désolée. J'ai eu un énorme, gigantesque blocage. J'ai un peu perdu le goût d'écrire et j'essaie de m'y remettre un peu à la fois. Avec un peu de chance, la suite viendra peut-être plus vite. En parlant de suite, je dois vous apporter la mauvaise nouvelle qui fini toujours par être annoncée : la fin imminente de la fic. Je lui donne encore trois à quatre chapitres avant d'être terminée. Encore deux chapitres/enquêtes avant de passer au dénouement (qui en prendra un ou deux, je verrai). Voilà voilà. Maintenant, les réponses aux reviews anonymes.
Cassie : Il faudrait avoir pas mal de place pour avoir un croco laineux chez soi. Et un étang pas trop loin. XD Ah, les chats, ces grands asociaux... Et en effet, y a que ma bêta reader qui a le droit de lire le chapitre en avant-première. XD Pardon pour l'attente horriblement longue pour ce chapitre...
Mei : Je suis pas sûre que Squall serait d'accord avec toi concernant les enfants. XD Le pauvre les supporterait pas longtemps. J'espère que l'attente n'aura pas été tellement longue que tu en auras oublié l'histoire. =x
Un grand merci à Flammula qui me corrige et qui m'a poussée à me remettre à l'écriture. Je sais pas combien de temps ça va durer mais je vais essayer de plus me relâcher, chef ! = Et bien sûr, merci à vous de continuer à suivre l'histoire !
