Une revieweuse m'a demandé de faire un Gojô/Sanzo. Je vais avouer que ce couple ne m'attire pas particulièrement et je ne pense pas que le fic aboutisse dessus. Mais pour me faire pardonner, j'offre un bout de lemon. Je ne l'avais pas prévu au départ. Bon, d'accords, ce n'est pas particulièrement gai, mais bon…(Mais c'est gay. Pardon, j'arrête les jeux de mots foireux…)
Pauvres, pauvres garçons…
Chapitre 9
Sanzô n'avait peur de rien.
Ou plutôt, il avait peur de pas grand-chose.
Mais là, il avouait volontiers qu'il avait peur.
Vraiment peur.
Son cœur battait à toute allure, des gouttes de sueurs froides coulaient le long de son dos et de son visage, sa respiration haletait, ses muscles se crispaient et il avait cette indéfinissable sensation de tord-boyaux au creux du ventre.
Si ça ce n'était pas de la peur…
Mais d'un point de vue extérieur, on pouvait le comprendre.
Les mains de Gojô n'étaient pas très rassurantes en soi. Ni sa bouche, ni ses hanches.
Le moine fermait de toutes ses forces les paupières pour faire abstraction de toutes ces choses qui le rendaient malade de peur.
Il espérait également qu'un élément perturbateur allait venir avant que le tabou franchisse le point de non-retour.
Mais rien ne venait, rien n'arrivait.
Si seulement une météorite contenant des martiens mutants pouvait tomber sur le toit de cette auberge miteuse…
On pouvait toujours rêver…
Si seulement, déjà, ils n'étaient jamais venus dans cette auberge !
…Non, réflexion faite, l'auberge n'y était pour rien, la pauvre.
Si seulement Hakkai n'avait pas été atteint de son putain de surmenage…
Le moine se crispa. Les mains de Gojô prenaient un chemin assez désagréable dans le contexte.
Il sentit sa ceinture de déboucler dans un bruit de métal, sa braguette se dézipper et son pantalon quitter ostensiblement ses hanches.
Le cœur de Sanzô loupa un battement, sa respiration se bloqua.
La main droite du métis se fit caressante, glissa dans sa nuque pour le soulever un peu.
L'autre, plus rude, se posa sur la bouche du bonze pour l'empêcher de crier.
Une douleur transcendante, comme un éclair de lumière blanche directement envoyé dans la rétine.
Sanzô eut l'impression d'être fendu en deux par une hache géante.
Il poussa un hurlement étouffé par la paume de son violeur (car c'était bien de ça dont il s'agissait, inutile de se voiler la face et de regarder la vérité entre ses doigts) et tenta de se dérober à l'emprise de Gojô.
Des larmes perlèrent aux coins des iris mauves.
Une bouche se posa sur ses lèvres, libérées un faible instant par la main gauche.
Et une voix étranglée, presque sanglotante.
« Je l'aime tellement… »
Sanzô sentit les larmes rouler le long de ses joues rendues pâles par la douleur.
Ils étaient si perdus, tous les deux, si abandonnés par ce traître de salopard de sentiment qu'on appelle l'amour.
Les coups de hanches du tabou se firent un peu plus doux.
En soi, il ne voulait pas vraiment de mal au moine.
Il était…Il avait juste besoin de sentir un contact, un truc bien matériel qui lui prouverait qu'il était vivant.
Mais maladroit, le seul moyen qu'il eût trouvé, c'était un viol qui, il le savait, le dégoûterait le lendemain, et il se détesterait jusqu'à la moelle.
Sanzô le sentait, le savait.
Lui aussi, il était désespéré, au fond.
Lui aussi cherchait un contact. Pas forcément de cette manière, mais il en cherchait un. Ses mains se serrèrent, toujours attachées par sa ceinture de tissu. Il ferma les yeux.
Gojô s'immobilisa en lui et posa sa tête sur le creux entre les clavicules osseuses du moine.
« Je suis un salaud, pas vrai ? »
Sanzô ne répondit pas tout de suite.
« Je crois juste que tu es un paumé. »
Un silence, un peu lourd, un peu mal à l'aise.
« On est tous les deux des paumés.
-…
-Sanzô, t'es vraiment amoureux d'Hakkai ?
-… » Gojô leva les yeux vers le bonze qui fixait le plafond.
Finalement, il se retira, arrachant un gémissement de douleur au blond.
Un peu de sang coulait sur le plancher.
Le tabou cligna des yeux, fixant cette couleur qu'il connaissait si bien, à force de la voir dans la glace chaque matin.
Il tendit le bras, défit les liens du moine qui se redressa en se frottant les poignets.
Un flottement.
Puis, décrivant un bal arc de cercle de son bras, Sanzô envoya son poing dans la figure du métis.
Puis, traversé d'un éclat de douleur, il se courba en deux avec un grognement.
Gojô ne bougea pas, il se contenta de regarder son compagnon. Puis il enfonça son visage entre ses mains et grommela : « Vive les paumés… »
Sanzô le regarda.
Il vit deux perles translucides glisser entre les doigts du métis et s'écraser sur ses genoux.
Sanzô resta immobile, figé.
Oui, ils étaient tous les deux les paumés, et vive les paumés…
Le blond hésita, tendit la main, la rebaissa, serra les poings, releva la main, effleura les cheveux pourpres de Gojô qui releva la tête.
Ils se regardèrent un temps et un rictus se forma sur leurs lèvres.
Trop besoin de se sentir vivant.
Trop besoin de sensations matérielles.
Même si Sanzô se sentait profondément humilié et souillé, il voulait ces contacts.
Même si Gojô se dégoûtait lui-même et avait la profonde sensation de vouloir mourir, il les voulait aussi.
Les deux hommes se rejoignirent presque naturellement.
Ils s'allongèrent au sol, leurs bouches s'écrasèrent, les mains glissèrent le long de leur corps.
Pas de douceur, pas de romantisme.
Ce n'était pas de l'amour.
C'était la recherche d'une bouée de sauvetage.
Ils s'y agrippaient désespérément, enfonçant leurs doigts dans la peau de l'autre.
On pouvait affirmer que c'était violent, brusque, douloureux.
Triste aussi.
Infiniment triste.
Ces deux corps, un si pâle et un si basané, imbriqués l'un dans l'autre, dans un échange qui tenait plus du règlement de compte qu'un rapport sexuel, étaient horriblement tristes.
Les larmes vinrent accompagner le sang dans cet échange.
Leurs larmes.
Les gouttes salées perlant dans leurs yeux s'écrasaient sur les joues de l'autre, en même temps qu'ils s'embrassaient, se cherchaient, et se trouvaient, peut-être…
Les mains de Gojô serraient les poignets de Sanzô tandis que celui-ci entourait de ses jambes anguleuses la taille du métis, le serrant jusqu'à l'étouffement.
Gojô s'accrochait aux hanches saillantes du moine, imaginant que c'était celle de son aimé, Hakkai.
Sanzô, lui…
Il ne savait même pas lui-même s'il cherchait sur la peau du tabou celle de l'ex-humain ou du plus jeune yôkai.
Les deux hommes l'attiraient autant l'un que l'autre.
Gokû…Bon, il connaissait Gokû depuis longtemps, et il n'avait pas mis cent sept ans à comprendre ce qui lui tordait les boyaux lorsqu'il regardait son cadet.
Mais Hakkai…Quand il avait rencontré Hakkai, une sorte de feu l'avait envahi, un truc qui vous monte aux joues en passant par le ventre.
On pouvait en déduire, peut-être, que son attirance pour l'ancien humain était uniquement sexuelle.
Gokû pour la romance, Hakkai pour le sexe ?
Enfin, pour l'instant, c'était Gojô qui l'envahissait, le mordait, le faisait descendre aux enfers en même temps qui l'emmenait au paradis.
Le tabou enfonça ses doigts dans la chevelure blonde du moine, poussa un râle et d'un dernier coup de hanche, se libéra dans le corps de Sanzô.
Le bonze ne tarda pas à suivre et se cambra en un cri de jouissance.
Leurs deux corps se relâchèrent d'un coup et ils s'écroulèrent sur le sol.
Essoufflés, déboussolés, ils reprirent difficilement contenance en se redressant tant bien que mal sur le parquet.
Gojô se mit debout et referma son pantalon et regardant ailleurs.
Sanzô le fixa de bas en haut et de haut en bas et sentit soudain une vague de tristesse l'envahir, qui lui souleva le cœur et l'estomac.
Gojô ne se retourna même pas, la main sur la poignée de la porte, lorsqu'il entendit Sanzô vomir derrière lui.
Il ouvrit le battant et sortit en le refermant dans son dos.
Le tabou, en s'appuyant dessus, tourna légèrement les yeux sur la droite.
Son cœur cessa de battre, son sang se figea.
Hakkai le regardait, appuyé sur le mur, bras croisé et jambes tendues.
Ses yeux verts sondaient le métis d'un air aussi froids que de la glace.
Le tabou sentit un déferlement de douleur et de désespoir l'envahir.
La fin de cette journée semblait être mal partie.
À suivre…
Huuum.
