Désolée pour cette absence, surtout que ce chapitre est court mais j'en mettrai un autre en fin de semaine
Chapitre 9 : Monologues
Je ne plus faire semblant que tout va bien, j'en ai plus la force... Ne crois pas que je m'avoue vaincu pour autant, je me bats, si tu savais ô combien je me bats pour garder les yeux ouverts et pour garder des pensées cohérentes. Mais la vérité est que je ne sais pas pour combien de temps je pourrai encore tenir. J'ai tellement de choses à te dire, à te confesser mais malheureusement je n'ai plus le souffle nécessaire pour parler. Alors j'espère qu'à travers mon regard tu me comprends, c'est amusant on a toujours plus ou moins communiqué de cette manière. Un regard valait bien tous les mots, tous les discours du monde...
Une autre quinte de toux me prend, une infirmière avec un masque entre dans l'espace d'isolation pour m'aider à me relever afin de me tapoter dans le dos. Cette toux est plus difficile à passer, j'ai la sensation d'avoir les poumons en feu... et ce goût dans ma bouche... un goût âcre qui m'est familier. Du sang.
Je vois l'horreur s'affichait sur ton visage lorsque l'infirmière me passe une compresse au coin de la bouche pour essuyer le fin filet de sang qui s'y échappe. Vous vous regardez, mais aucun commentaire ne sort de votre bouche. Mes poumons saignent, j'en ai plus pour longtemps...
Elle m'aide à me rallonger alors que mon souffle est encore saccadé, si bref, comme si je venais de courir un marathon. Je cherche désespérément une bouffée d'air mais rien. Je suis en train de m'étouffer...
- « On ne peut rien faire? » demande Elizabeth au bord de la panique en s'agrippant fermement au rideau transparent qui la sépare de John.
- « Je vais appeler le docteur Keller »
Tu gardes encore espoir... Finalement j'aurai fini par déteindre sur toi mon amour, je t'ai transmis mon optimisme à toutes épreuves, quoi que là c'est un peu exagéré, puisque même moi j'ai perdu l'espoir de guérir. Je souhaiterai tellement que tu n'assistes pas à ma fin, mais te connaissant tu ne bougeras pas. Je partirai ainsi avec ton si beau visage en guise de dernière image, une partie de toi m'accompagnera de l'autre côté. Quel autre côté? J'ai toujours refusé de croire à la vie après la mort, mais maintenant j'aime cette idée, celle de partir avec ton amour comme seul bagage.
- « J'aimerai ...que tu fasses quelque ...chose pour moi Elizabeth quand... je ne serai plus là »
- « Tu le feras toi même John » tonna Elizabeth en refoulant une larme.
- « S'il te plaît... »
Tu vas vivre, oui tu vas vivre John. Alors ne fais pas comme si tu allais mourir car ce ne sera pas le cas. Ne me dis pas au revoir. Tu n'as pas le droit de me faire ça, de nous faire ça. Et à présent je dois écouter tes dernières volontés! C'est au dessus de mes forces...
- « D'accord, je t'écoute John. »
- « J'aimerai que tu dises à ...mon père et à mon frère que je suis... désolé. »
Tu n'as jamais parlé de ta famille, jamais. D'un côté je me suis toujours demandé quelle en était la raison. Tu n'as jamais aimé évoquer ton passé et encore moins tout ce qui touchait à ta vie privé, mais je soupçonnais l'existence d'une sordide histoire de famille pour expliquer ton silence.
- « Je le ferai, mais seulement au cas où »
- « Je meurs. Merci mon amour.»
Je vois bien que tu luttes pour ne pas fermer les yeux, tu luttes contre le sommeil qui se montre de plus en plus un adversaire redoutable. Tu luttes, alors ne cesse jamais de lutter... Tu dois te battre pour rester en vie, tu dois te battre pour la famille qui t'attend.
Je ferme les yeux un instant pour contenir mes larmes qui se font bien trop fréquentes ces dernières heures. Quand vais-je me réveiller? Mais je ne rêve pas, tu es bel et bien allongé sur un lit, un tube dans le nez pour contrecarrer ce que la peste s'évertue à te voler : l'air. Pourrais-je t'aider en te disant que je porte ton enfant? Dans côté j'aimerai le croire... mais de l'autre, une partie en moi me souffle que je dois me taire. C'est ridicule, je sais. Mais te le dire te ferait davantage prendre conscience de ce que tu risques de rater, car je sais à quel point tu aimes les enfants. Alors même si nous n'en avons jamais parlé, une grossesse ne t'aurait jamais rebuté bien au contraire, tu aurais été fou de joie. Je ne le sais que depuis quelques heures et pourtant je me prends à imaginer à quoi il pourrait ressembler, c'est un moyen que j'ai trouvé pour éviter de m'effondrer en larmes. Après quoi je me sens mieux, un peu... jusqu'à ce que je te vois.
Tu n'es plus que l'ombre de toi même, la peste t'ayant déjà soustrait une partie de ta vie. De longues cernes bordent tes yeux verts à présents vitreux où l'étincelle de vie s'éteint peu à peu. Tes lèvres qui me font tant fantasmer et que j'aime tant embrasser deviennent bleues, tout comme tes ongles, ce qui montre que la peste parvient à parfaire son chef oeuvre sur toi pour le moment. Ta voix rauque qui me fait tant vibrer d'ordinaire n'est plus qu'un murmure, un son presque inaudible.
Et moi je suis là, j'assiste à ton dépérissement sans pouvoir faire quoi que ce soit. Je ne peux même pas te tenir la main, Keller m'interdisant que je prenne le moindre risque même en portant des gants et un masque. Un rideau nous sépare, je suis debout et pour seul réconfort ma voix pour te bercer dans l'espoir que rien n'est fini.
J'entends des pas, je me retourne, c'est Keller qui arrive. L'infirmière l'a prévenu de l'aggravation de ton état. L'angoisse de ne pouvoir te sauver se voit, ses traits sont tirés, ses yeux sont injectés de sang par la fatigue et le stress accumulés.
- « Elizabeth, vous pouvez me suivre un instant s'il vous plaît. »
Tu hésites à me laisser, au cas où je rende mon dernier souffle. Mais mon heure n'est pas venue, j'ai encore quelques heures devant moi... enfin je crois. En fait je sais plus, tout n'est plus que brouillard dans mon esprit, j'en perds la notion du temps. Depuis quand suis-je un légume ? J'ai l'impression que cela fait des jours. Je ne me souviens même plus ce que c'est de respirer normalement.
- « Vas-y Elizabeth... je ne risque pas de bouger de toute manière. »
Tu pars. Je te regarde jusqu'à que tu disparaisses de mon champ de vision qui est désormais très limité. La même infirmière revient, elle administre dans ma perfusion un produit bleu.
- « C'est ...quoi? »
Elle ne veut pas me répondre... Pourquoi? J'ose espérer que... non je préfère pas me bercer de faux espoirs en pensant qu'il s'agit d'un remède.
