Chapitre 8: Tell me it's not over.
Ca faisait 3 jours que Qhuinn était plongé dans un profond coma. Trois putains de longs jours. Blay avait tout essayé. Il avait parlé, il avait supplié, il avait hurlé, il s'était énervé, il avait pleuré … rien n'y avait fait. Son borné de meilleur pote ne daignait pas ouvrir ses fabuleux yeux dépareillés. Doc Jane se voulait rassurante, lui expliquant continuellement que c'était son corps qui se mettait sur pause pour mieux se régénérer. Et force lui était de constater que déjà, sa peau était bien moins marquée par endroits. Encore atrocement brûlée mais moins à vif. Malheureusement pour eux, le fait qu'il soit inconscient l'empêchait de prendre du sang. Le soir même de l'explosion, Wrath avait fait venir une Elue, Selena - La Vierge Scribe en soit louée - mais les lèvres de Qhuinn étaient restées inactives sur le poignet de la belle. Visiblement, tant qu'il ne serait pas sorti de cet état végétatif, cela ne servirait à rien de les faire venir. Même s'ils avaient réessayé les jours suivants, sans plus de succès. C'était un putain de cercle infernal puisque tant que le brun ne se nourrissait pas, il guérissait lentement. Blay était à deux doigts de se racler la tête au mur, histoire de calmer la douleur incessante de son mal de crâne. Ce dernier, persistant, ne le quittait pas depuis qu'il avait vu Qhuinn couché dans ce lit, inconscient. Quand la porte s'ouvrit derrière lui, mettant un terme à ses divagations mentales, il s'apprêta à lancer un nouveau round contre Doc Jane. Principalement, ces dernières heures, il lui reprochait d'avoir plongé son mâle dans le coma. Jusqu'alors, elle le prenait avec philosophie, mais il y avait fort à parier, connaissant la femelle et qui était son compagnon, que ça n'allait pas durer. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Il savait qu'il était injuste et qu'elle avait certainement sauver la vie de Qhuinn en agissant ainsi. Mais il aurait accusé la terre entière pour se soulager de cette douleur qui ne le quittait plus.
Assis dans le fauteuil à côté du lit de son mâle, il tourna la tête vers la porte, hargneux déjà, prêt à attaquer. Sauf qu'au lieu de voir apparaître le médecin de la Confrérie, il découvrit Layla, dans sa robe indécemment transparente, se tordant les mains de nervosité.
- Messire Blaylock, bonsoir …
Il fallut toute la force qu'il restait en lui pour ne pas se lever et la coller au mur de la chambre. Mais Blay était avant tout un jeune homme bien élevé et sa mère aurait été consternée de le voir réagir ainsi. Aussi, il s'intima au calme, refoulant le grondement qui naissait au fond de sa gorge. Ce qu'il ne put empêcher, toutefois, fut l'odeur de marquage qui émana de sa peau.
La jolie Elue recula d'ailleurs sous l'assaut. Elle tritura d'autant plus ses mains et bégaya:
- Je … je suis désolée de vous importuner mais le Roi de la Race a fait appel à moi pour nourrir Qhuinn et je …
Cette fois, le grognement sortit avant qu'il ait eu l'occasion de le maîtriser et elle se tut sur le champ, contrite. Il frotta ses mains sur son jeans, cherchant à leur trouver une autre occupation que de s'enrouler autour du cou de la belle blonde. Il se leva, se martelant le crâne de formules de politesse. Bordel de merde, il avait envie de la massacrer!
- Veuillez m'excuser, Layla. Je suis un peu sous pression en ce moment.
C'était la litote euphémique du siècle, ni plus ni moins. Il était au bord du craquage mental. Mais le reconnaître n'aurait fait qu'aggraver les choses. Il préférait se voiler la face et se dire que tout allait bien se passer. Après tout, dans toute cette merde, autant appliquer la pensée positive.
La femelle se colla d'autant plus à la porte, ne sachant comment réagir. Il baissa la tête en forme de dévotion et réitéra ses excuses:
- Je ne contrôle pas encore ce truc de mâle dédié, j'en suis désolé.
- Je … je comprends. Je ne pensais pas à mal en venant ici et vous-même m'avez appelée l'autre fois pour …
- Je sais, Layla. Mais les choses … ont évolué quelque peu depuis la dernière fois.
Il s'interrompit en fronçant les sourcils. Pouvait-il dire que les choses avaient évolué ? Foutre Dieu, oui ! Il avait eu Qhuinn en lui. Même si ce ne fut qu'un bref instant trop vite interrompu par l'interruption des Frères. Son pyrocant l'avait réclamé comme sien. Et l'avait pris de la plus merveilleuse des façons. Alors oui, il pouvait dire sans se tromper que les choses avaient évolué. La jeune femme fronça à son tour les sourcils puis son visage s'assombrit d'un coup, montrant qu'elle avait compris. Elle secoua longuement la tête, comme prise dans un monologue mental puis soupira mais ne dit rien. Mais cet éclat, qu'il identifia comme de la jalousie, disparut très vite et elle se recomposa un visage serein.
- Je comprends que vous soyez à cran, Messire. Après tout, il s'agit là de votre meilleur ami qui souffre dans ce lit d'hôpital.
"C'est mon mâle !" voulut rugir Blay, qui s'en empêcha in extremis. À la place, il secoua la tête et retourna se positionner auprès du lit, là où était sa place. L'Elue s'avança à son tour et s'arrêta prudemment au pied de la couche, les yeux rivés sur le brun endormi. Blay ne pouvait empêcher le venin de la jalousie courir dans ses veines à lui aussi et il se dit qu'ils avaient l'air malin, tous les deux, à soupirer d'amour en silence pour un gars qui ne devait finalement en aimer aucun des deux. Il s'arracha à la contemplation de la jolie blonde qui restait taiseuse et reporta son attention sur le visage tuméfié de Qhuinn. Après quelques minutes de silence absolu uniquement brisé par les bruits des monitos surveillant son mâle, il sursauta quand la voix de Layla s'éleva doucement:
- Il croit que je ne l'aime pas.
Incapable de répondre quoi que ce soit, il se contenta de garder le regard sur le mâle qu'il aimait plus que sa propre vie, priant pour quelle se taise. Parce qu'il savait sur quel chemin elle s'engageait et il ne voulait rien entendre.
- Il dit que je ne suis pas amoureuse de lui mais simplement de l'idée de l'amour lui-même.
Sachant qu'il devrait tôt ou tard prendre la parole, il se lança, essayant d'alléger la situation par une petite blague:
- Oui, Qhuinn a la fâcheuse tendance de croire qu'il sait tout mieux que les autres.
- Il croit que je finirais par rencontrer quelqu'un, mon véritable amour comme il l'appelle. Il dit qu'alors, je me détournerais de lui pour vivre ma vie...
C'était bien Qhuinn ça: croire que les autres l'oublieraient si facilement. Après tout, il avait fait la même chose avec lui.
- Mais il se trompe, vous savez. Je l'aime du plus profond de mon âme. Je le sens juste là ...
Blay ne put s'empêcher de la regarder tandis quelle désignait son cœur du doigt. Il baissa à nouveau les yeux, incapable de supporter l'amour qu'il voyait rayonner dans les yeux de l'Elue.
-Je l'aime et il dit qu'on doit être amis. Alors, j'accepte parce qu'au moins, ainsi, je suis près de lui.
Elle marqua une pause et le cœur de Blay se serra. N'était-ce pas exactement ce que le brun avait fait avec lui?
- Mais je n'ai pas besoin de vous dire cela, n'est-ce pas? Vous, mieux que quiconque, comprenez cela. Vous êtes le premier à avoir suivi ce chemin.
Blay sentit sa gorge se serrer et les larmes monter. C'était dur d'entendre le discours de Layla. Intenable même.
- Alors dites-moi, messire Blaylock, éclairez-moi. Comment fait-on pour passer à autre chose? Comment fait-on pour arrêter de l'aimer?
Il secoua la tête, un sourire sinistre sur le visage:
- On n'arrête pas de l'aimer, Layla. Quand il s'est insinué dans votre cœur, il y reste pour toujours.
- Mais alors... ?
- Alors ? On apprend à vivre avec la souffrance d'être rejeté et on tente de garder la tête haute, essayant de taire l'espoir que cela change un jour.
- Et cela fonctionne?
- Jamais. Mais il n'y a pas d'autres choix.
L'Elue recula d'un pas, douchée par ses mots et il soupira un bon coup, évacuant la peine que cela lui causait.
- Et pourtant, vous êtes encore là, à son chevet, à le veiller. En vérité, messire Blaylock, je vous le dis: vous êtes un véritable mâle de valeur et je vous admire. Si vous voulez bien m'excuser, je vais prendre congé ...
Elle se retourna, pour sortir, mais il l'appela, rivant son regard sur elle qui le gardait obstinément baissé:
- Layla?
- Oui, messire.
- Si ce n'est pas trop vous en demander, pourriez-vous essayer de le nourrir? Je ne supporte plus de le voir ainsi et vous êtes mon unique solution.
Elle sourit faiblement tout en revenant vers lui, relevant la manche de sa tunique:
- En vérité, je pense que cela ne changera rien, messire. Il ne reviendra pas pour moi, vous le savez.
Sur ces mots, elle mordit dans son poignet délicat et le porta aux lèvres sèches de Qhuinn. Le sang coula dans la bouche du brun mais rien ne se passa. Blay lâcha un soupir mais il ne savait pas si c'était un soupir de désolation ou de soulagement. Le sang de Layla ne ramènerait pas son pyrocant mais alors, qui le ferait?
Vishous était assis dans le bureau du Roi, fumant tranquillement sa roulée. Wrath était parti voir la Vierge Scribe pour connaître l'attitude à avoir face au groupe des Bâtards. Le Roi aveugle aurait évidemment choisi de les tuer tous, un par un, en prenant bien soin de les faire souffrir avant. Mais il ne pouvait décider de cette offensive sans en parler à la Mère de la Race avant. Ouais, la foutue Mère de la Race qui était aussi et surtout la sienne d'ailleurs. Il aurait bien été lui demander lui-même, après tout. Histoire de passer un peu de temps "Maman-gamin" pour rattraper tout ce qu'ils avaient déjà perdu. Bordel, rien qu'à y penser, il avait envie de rire. Ou de se foutre la tête dans le micro-ondes. Quand la porte s'ouvrit pour laisser entrer Wrath, il finissait sa cigarette qu'il écrase rapido dans le cendrier.
- Putain, V, j'ai dit qu'on ne fumait pas dans ce foutu bureau.
- Et je t'ai dit que j'arrêterais de le faire quand Rhage arrêtera de suçoter ses tootsie pop.
- Vous me faites chier, c'est pas possible … fit l'énorme vampire en se laissant tomber sur son trône, derrière le bureau, George sur ses talons.
- Alors, comment s'est passée la rencontre avec Môman ? ironisa V, dans le fauteuil face au Roi.
Wrath soupira un bon coup, posant les mains sur le bureau pour déplacer les papiers qui se trouvaient devant lui.
- Comme toujours: en messages cryptés. Je n'ai pas appris grand chose si ce n'est qu'il faudra employer la négociation.
- La négociation ? demanda V, perplexe.
- Elle réfute mon idée de leur rendre la pareille. Ca pourrait être une explosion menée par les éradiqueurs. Elle veut qu'on cohabite, je pense.
- Avec ces crétins dégénérés ? Elle est encore plus dingue que je ne le pensais !
- Je sais que c'est ta mère et que tu peux te permettre des largeurs mais …
- On fait quoi alors? le coupa Vishous, ne souhaitant pas en entendre plus.
- On compose avec eux.
- Et on fait ça comment, Ta Majesté ?
- Qu'est-ce que j'en sais moi ?! On convoque une réunion et on avisera. Mais en attendant, on se repose. Après les événements de ces derniers jours, je pense que tout le monde est à cran et une bande de guerriers à cran, c'est prêt à se bouffer les uns les autres.
V se leva, conscient que le Roi venait de mettre un terme à leur petite réunion extraordinaire et secrète et s'apprêtait à sortir quand celui-ci le rappela:
- V?
- Ouais?
- Tu ne comptes toujours pas me dire ce qu'il en est pour Qhuinn ?
- Malheureusement, Ta Majesté, tu sais tout ce qu'i savoir. Le reste ne dépend pas de moi.
- Ok … Dis-moi juste une chose et tu pourras rejoindre ta shellane, mon Frère.
- Quoi ?
- Cette histoire ne va pas nous amener plus d'emmerdes qu'on en a déjà dans les pattes, rassure-moi.
- Allons, Wrath, on a choisi de se mettre la tête dans les emmerdes quand on a nommé ce gamin Ahstrux Nohtrum de John, tu le sais comme moi.
Contre toute attente, le Roi éclata de rire tout en le congédiant d'un signe de main. Quand il referma la porte, V espéra qu'il ne se trompait pas. Son instinct ne lui avait jamais failli et il souhaitait que ça reste ainsi cette fois encore.
Blay n'avait pas quitté des yeux la poitrine de Qhuinn qui se soulevait à intervalles réguliers pendant de longues heures. Il avait renoncé à lui parler, renoncé à l'engueuler, renoncé même à le toucher. A vrai dire, il ne savait plus quoi faire. Son mâle refusait de s'alimenter. Pour Doc Jane, c'était tout à fait normal. Son corps étant mis sur pause, il ne pouvait décider de boire et son réflexe d'alimentation quand il sentait le sang était tout aussi éteint que le reste. Pourtant, Blay savait qu'il s'agissait là de la seule solution pour qu'il guérisse vite. Après ces interminables jours à le veiller, le roux ne pouvait plus supporter de le voir ainsi. Bien sûr, le médecin avait été rassurante: il guérissait déjà bien plus vite qu'un humain, lequel aurait mis des mois à commencer à cicatriser. Certes, il voulait bien comprendre. Mais c'était encore trop lent. Et de plus, voir Qhuinn aussi calme, aussi impassible, le rendait complètement dingue. Le brun n'était jamais ainsi. Jamais. Même en dormant, il gesticulait, parlait, se retournait. Jamais Blay ne l'avait vu aussi … éteint. Mais c'était bien là le grand drame de cette histoire, pas vrai ? Ils avaient éteint son corps pour l'empêcher de souffrir et désormais, Qhuinn ne trouvait plus le moyen de revenir. Il n'était pas bête, il avait déjà lu des choses sur le coma et, comme si ça ne suffisait pas, il était allé faire des recherches sur internet ces dernières heures. Cet état pouvait durer des années. En vérité, il pouvait durer … pour toujours. C'était cette idée qui ne le quittait pas depuis des heures maintenant: Qhuinn pouvait ne jamais ré-ouvrir ses magnifiques yeux. Ce serait tout de même le comble s'il donnait raison à ses satanés parents et que Blay n'avait plus jamais l'occasion de regarder ces deux prunelles merveilleuses. Non, il ne pouvait pas faire ça. Qhuinn était un battant. Il n'allait pas se laisser mourir ainsi. C'était tout bonnement impensable. Il avait survécu à tout, au rejet, aux humiliations, à la Garde d'Honneur, à l'exclusion de sa famille. Le brun s'était relevé de tout. Parce qu'il était comme ça. Il ne se laissait pas démonter, malgré tout ce qu'on lui infligeait. Bordel, ce que Blay l'admirait pour ça. Jamais il n'aurait pu accepter d'être rejeté par ses parents, lui. Il n'arrivait déjà même pas à leur avouer ses préférences sexuelles. Et ils étaient dix mille fois plus tolérants que les parents de Qhuinn. Alors non, son meilleur ami n'allait pas renoncer, pas maintenant. Pas alors qu'ils avaient enfin quelque chose.
Blay se releva, fort de cette révélation. Qhuinn se réveillerait. Il trouverait le chemin pour lui revenir. Et sans plus y penser, il mordit dans son poignet et le plaça sur les lèvres tant adorées de son mâle, priant silencieusement pour qu'il boive.
Butch arriva en même temps que V à la réunion que Wrath avait convoquée avant la tombée de la nuit. Son coloc semblait tendu et détendu à la fois , offrant un contraste que le flic n'avait jamais eu l'occasion de voir. Sourire en coin vissé sur le visage et épaules contractées de tension. Bien sûr, avec la nouvelle qu'ils apportaient, il y avait de quoi être stressé. Et pourtant, c'était presque comme si cette info ravissait le guerrier aux yeux de diamant. Le flic secoua la tête, perplexe. Jamais V ne se serait réjoui d'un tel drame. Quand ils entrèrent dans le bureau du Roi, tout le monde était déjà là et ça jasait dans tous les coins. Et comme toujours, son coloc entra dans la pièce comme si elle lui appartenait, marchant droit devant lui malgré les énormes corps qui encombraient son chemin, allant droit au but.
- Wrath, on a un problème.
L'énorme Roi de la Race soupira et concentra toute son attention vers lui, malgré le bordel ambiant.
- Un de plus?
- Un civil vient d'appeler. Il s'est échappé d'un repère de lessers.
Immédiatement, les conversations se turent et toute l'attention se porta sur V qui ne quittait pas le souverain des yeux.
- Où est-il ?
- Il s'est réfugié chez le seul ami qu'il a dans la région.
- Y a-t-il une putain de chance que tu aies pu localiser son portable?
- Pas besoin, Ta Majesté. Le gamin est chez Saxton, fils de Tyhm.
Il y eu des chuchotements qui s'élevèrent dans toute la pièce et Butch put presque jurer avoir entendu Rhage médire: "Dis donc, il ne rate pas un joli petit cul, Barbie Vampire".
- VOS GUEULES ! hurla le Roi, rétablissant l'ordre d'un coup de poing sur la table.
Hollywood continua de pouffer discrètement dans son coin mais les deux guerriers qui menaient la conversation ne se laissèrent pas démonter.
- Eh bien, ce garçon est plein de surprises. Où est Blaylock?
De nouveaux chuchotements se firent entendre et V siffla, toujours aussi tendu:
- Au chevet de Qhuinn. Je ne pense pas qu'il l'ait quitté à part pour se doucher et manger un morceau.
- C'est bien mignon tout ça mais on est en guerre. Que quelqu'un aille me le chercher !
Il y eut une espèce de mouvement de foule, comme lors d'un concert de boys band mais ce fut finalement Butch, le plus proche de la porte, qui gagna le ticket pour aller chercher le roux.
Blay s'arrêta devant la porte de Saxton, soufflant un bon coup. Il n'avait pas, mais alors pas du tout, envie de revoir son ancien amant ce soir. En vérité, il n'avait pas envie de le revoir tout court. D'ailleurs, pouvait-il vraiment dire qu'il était son "ancien" amant ? Ils n'avaient pas mis un terme à leur relation, si cela en était vraiment une. Tout était un tel bordel dans cette histoire. La seule chose dont le roux était sûr, c'était qu'il aimait Qhuinn. Envers et contre tout. Même quand le mec le rejetait encore et encore. Il voulait Qhuinn, il ne voulait que lui. Aussi, ce soir, pour le bien de sa relation avec le brun, il devait parler à Sax. Lui expliquer. Régler les choses. Ce soir, il ne voulait penser qu'à Qhuinn, ne s'occuper que de lui. D'ailleurs, son meilleur ami avait besoin de lui. Enfin, de ça, il tentait de s'en convaincre, bien sûr. Quoiqu'il en soit, il devait parler à son amant. Pas que le blond serait surpris, bien loin de là. Il savait que ça arriverait plus tôt que tard. N'empêche, ce genre de conversations n'était jamais facile. Et Blay détestait les déchirements. Même si, pour sa part, cette histoire était morte dans l'oeuf avant d'avoir commencé, il n'en était pas de même pour l'avocat. Comment allait-il réagir?
- Dis donc, Blaylockounet, tu comptes frapper ou admirer cette supeeeerbe porte jusqu'à l'aube?
Le roux envisagea un moment de frapper son front contre le battant de la porte, énervé. Pourquoi fallait-il qu'on lui colle sans cesse Rhage dans son équipe ? En général, le mec était assez drôle mais pour le moment, il avait pris pour cible Blay et sa vie merdique, se faisant un malin plaisir pour en rigoler. Ce pour quoi le roux n'était pas encore tout à fait prêt. Pas quand Qhuinn était dans un coma dont personne ne savait quand il en sortirait, ni quand il était prêt à mettre un terme à une relation avec un mec vraiment chouette pour une histoire qui n'en était peut-être même pas vraiment une.
- Fous-lui la paix, Hollywood.
Heureusement, le Roi avait également décidé d'agrémenter l'équipe de John et Vishous, ce dernier venant à sa rescousse en arrivant derrière eux.
- Attends, on va assister aux Feux de l'amour en direct ! J'ai le droit de me réjouir !
- Ma vie n'a rien des Feux de l'amour ! grinça Blay, vraiment tendu maintenant.
- Bah, un peu quand même nan ? Toi, tu es comme Sharon, incapable de choisir entre Nicholas et Adam !
Le roux fit volte-face, serrant les poings pour contenir sa rage et le blond recula sous la force de son regard, levant les mains devant lui en signe de protection.
- Merci de me comparer à une femme, déjà. Et je sais parfaitement choisir entre deux mecs, merci.
Déjà, Rhage récupérait son air goguenard, baissa les mains et demanda, un sourire éclatant sur le visage:
- Ah ouais ? Et qui a ta préférence ? Barbie Saxton ou Qhuinny-boy ?
- A ce que sache, ce n'est pas tes affaires.
- Oh allez, tu peux le dire à moi ! De toute façon, je suis sûr que tu peux pas supporter non plus l'air affecté de Saxlope.
- Saxlope? demanda Blay en arquant un sourcil, un peu plus calme, incapable d'en vouloir à l'air bon enfant de Rhage quand il s'y mettait.
- Bah quoi ? Ca lui convient parfaitement, nan ? Et puis Qhuinny est d'accord avec moi !
- T'as parlé de Saxlo … Saxton avec Qhuinn ?
- Nan … T'as déjà vu le gars parler d'autre chose que de cul et de baston avec moi? Mais il a pas mal apprécié le nouveau surnom dont j'ai affublé ce cher Sax!
- Je pense que t'as dû mal entendre. Il ne t'aurait pas laissé te moquer de son cousin.
- Franchement, Blaylockounet, je trouve ça exceptionnel que tu sois le seul à ne pas voir que …
Il fut toutefois interrompu par la porte d'entrée qui s'ouvrit sur Saxton, toujours aussi parfait que d'habitude, tiré à quatre épingles, un sourire radieux sur le visage quand il aperçut Blay.
- Blaylock, quel plaisir de te revoir ! Guerriers …, les salua-t-il, tour à tour.
Il se poussa de côté pour les laisser entrer, mettant ainsi fin à leur relation.
- Passez au salon, mon ami vous attend.
Les deux Frères et John suivirent le chemin indiqué par le bras tendu du blond et Blay voulut suivre mais il fut arrêté par la main de son amant sur son poignet.
- Peut-on discuter un moment ?
- Sax …
- Je sais que ce n'est pas le moment mais j'étais mort d'inquiétude.
Blay voulait esquiver. Il avait l'excuse toute fournie. Mais malheureusement, ce n'était pas ce qu'il était. Et il savait parfaitement que repousser cette conversation ne ferait que rendre les choses plus difficiles.
- Deux minutes. Je ne peux m'attarder plus sans soulever les moqueries des autres.
- Je prendrais ce que tu me donneras.
Il ne l'avait pas dit, ne l'avait peut-être même pas pensé mais Blay ne put qu'entendre le sous-entendu de sa phrase: "comme toujours". Il prendrait ce que le roux accepterait de lui donner, comme toujours. Celui-ci sentit son coeur se serrer à cette idée. Il n'était pas mieux que Qhuinn, quand il avait joué avec lui, en fait. Et dire que c'était exactement ce qu'il avait reproché à son meilleur ami. Quelle honte ! Il suivit son amant, puisque c'était ce qu'il était, dans une pièce annexe et referma la porte derrière lui, leur laissant ainsi de l'intimité.
- Blaylock, je t'ai promis d'être patient mais je dois reconnaître que tu mets mes nerfs à rude épreuve en ce moment ! attaqua Saxton, fuyant son regard, sans perdre la moindre seconde des deux minutes allouées.
- Sax …
Le blond leva la main devant lui pour l'arrêter, continuant sur sa lancée:
- Et je savais dans quoi je m'embarquais avant de le faire. Je ne regrette en rien ce choix, crois-moi. Etre avec toi, c'est … la meilleure chose qui me soit arrivée …
Blay baissa les yeux, touché par les mots de son amant. Il ne devait pas se leurrer: certes, il avait Qhuinn pour le moment. Enfin, l'avait-il vraiment ? Il avait en tout cas l'illusion d'avoir Qhuinn à lui. Mais cela ne durerait pas. Qhuinn le rejetterait rapidement à sa place: celle des négligés. Ce club ultra select de gens que le brun ne baise pas. Bordel de merde, il ne pensait pas pouvoir reprendre cette vie. Il secoua la tête à ces pensées. Il ne devrait pas penser à Qhuinn dans un moment pareil. Saxton méritait qu'il lui consacre au moins 2 minutes à 100 % mais il ne pouvait rien y faire! Son pyrocant n'avait toujours pas rouvert les yeux et il n'avait pas non plus bu son sang, comme il l'avait espéré. Quel idiot, comme s'il pouvait le faire revenir rien qu'avec le goût de lui. Il était vraiment un incorrigible romantique ! Comme si le fait de goûter son sang à lui allait donner à son meilleur ami l'envie de se battre pour revenir. Mais bon, bien sûr qu'il l'avait espéré. Bien sûr qu'il avait eu envie que ça suffise. Bien sûr qu'il avait cru que, comme un couple uni, c'était la solution. Quel débile, bon sang !
- Blaylock, tu es avec moi ?
Il releva la tête pour croiser les yeux gris inquiets de Saxton. Il n'était vraiment qu'un salaud. Pas mieux que Qhuinn, y avait pas à dire ! Il n'était même pas capable de se concentrer 30 secondes d'affilée sur le blond sans penser au brun.
- Je suis désolé, Sax … J'ai un tas de choses en tête et la guerre contre les lessers …
- Comment va Qhuinn ? l'interrompit son amant, montrant bien par là qu'il ne croyait pas une seconde sa fausse excuse pour son inattention.
- Je … que ? … il va bien. Je suppose.
Saxton eut un sourire entendu et haussa brièvement les épaules:
- Le Roi a cru bon de me prévenir de son état …
Sous-entendu plus que latent: "Puisque tu ne l'as pas fait toi-même".
- … c'est mon cousin, après tout.
Blay grimaça, les yeux baissés, comme un enfant que sa mère était en train de punir.
- Une explosion et il sauve la vie de la fille de la Vierge Scribe. Il a toujours eu son côté si héroïque …
- Qhuinn, ce héros, c'est tout à fait ça, ouais! ironisa Blay, incapable d'en parler avec autant de légèreté.
- Il va guérir, Blaylock. Il va aller bien. Tu ne dois pas t'en faire! fit le blond en posant la main sur son avant-bras, se rapprochant subrepticement de lui.
- Je …
- Et je comprends que tu veuilles lui consacrer du temps. J'attendrais. Occupe-toi de lui, je ne bouge pas d'ici …
Blay releva les yeux vers ceux, pleins de désir et d'attente, de Saxton. Et il se sentit immédiatement mal. Ce vampire bien sous tous rapports attendait tellement de lui ! Pourquoi ne pouvait-il pas tomber amoureux de lui? Ce serait tellement plus facile avec le blond …
- Je t'attendrais.
- Sax, il faut que tu saches qu'entre Qhuinn et moi …
- Hey, Blaylockounet, quand tu auras fini de conter fleurette … les interrompit Rhage en entrant dans la pièce.
Automatiquement, Blay recula de deux pas, imposant une distance entre son amant et lui. Il n'aimait pas les démonstrations d'affection en public et surtout, il refusait fournir plus d'armes au Frère blond pour se moquer de lui. Pourtant, en faisant cela, il vit l'éclat blessé des yeux de Saxton.
- J'arrive !
- On a toutes les informations qu'il nous fait. On décampe. Alors soit tu t'amènes, soit tu conclus en restant ici.
Blay reporta son attention sur Sax qui attendait toujours, semblant espérer qu'il resterait. Mais suivre le groupe et se battre étaient dans ses attributions de soldat de la Confrérie. Il devait le faire, il ne pouvait pas rester en arrière pour discuter tranquillement avec son amant. Même si cette discussion était nécessaire. Il souffla un bon coup puis dit à voix basse au blond:
- Cette conversation est remise à plus tard, promis.
L'autre tiqua, les bras croisés, visiblement déçu. Ce ne serait pourtant pas la première fois, ni la dernière, qu'il le décevrait, pas vrai ?
- Es-tu sûr que tu reviendras encore, Blaylock ?
- Bien sûr. Je te le promets.
- Ne fais pas de promesses que tu ne pourras tenir.
- Je vais m'occuper de cette affaire, Sax. Parce que c'est mon job. Et je reviendrai ensuite.
Alors qu'il sortait sans plus regarder son amant, Rhage ajouta, goguenard, ruinant une situation qui était déjà tellement bancale:
- Enfin, il reviendra quand il aura fini de jouer l'infirmière de Qhuinny, bien sûr …
- Rhage, amène-toi! grommela Blay, carrant les épaules de frustration.
Mais l'autre ne se laissa pas démonter pour autant et conclut avant de le suivre:
- Et connaissant ce petit salopard, il va faire durer le plaisir, fais-moi confiance Barbie !
Blay passa la porte d'entrée en soufflant, se disant que, décidément, une clope lui serait vraiment salutaire, là, tout de suite.
Qhuinn avançait dans une espèce de nuit sans fin, rythmée par la voix de Blay qu'il suivait comme un chien suit son maître. Et bien qu'il courait comme un dératé derrière ce ton si enjôleur qui lui demandait de ne pas le quitter, il semblait être dans une terre infinie, qui s'étendait à perte de vue, le laissant … perdu lui aussi. Il ne pensait qu'à une chose, ou plutôt à une personne: Blay. Il voulait le retrouver, s'assurer qu'il allait bien. C'était à peu près tout ce qui comptait. Et enfin, quand il avait perdu tout espoir de retrouver son chemin, il avait été entouré de l'odeur la plus agréable qui soit, il avait dans la bouche un goût hors du commun et d'un coup, il avait été enrobé d'un fil invisible mais puissant qui l'avait tiré sur le bon chemin. C'est en se laissant mener qu'il ouvrit les yeux, prenant une énorme respiration, goûtant encore sur sa langue le nectar qui l'avait réveillé. Il était de retour dans la "réalité". Il prit un moment pour s'adapter à la lumière accrue de la pièce dans laquelle il se trouvait. Un instant, il nota les murs blancs et épurés, le bruit de monitorings et sa respiration saccadée. Quand il quitta des yeux le plafond, il tomba sur une silhouette appuyée au mur de la chambre d'hôpital où il avait identifié être et il lui fallut un moment pour le reconnaître.
- Enfin réveillé ?
Il voulut se redresser et c'est alors qu'il sentit tout son corps le faire souffrir atrocement. Rapidement, il se tassa à nouveau sur son lit, avec une grimace de douleur, le regard toujours rivé sur son visiteur. Il déglutit quelques fois, profitant encore de la saveur parfaite qu'il goûtait toujours.
- Où … où est Blay ?
Sa voix était éraillée et éteinte, emplie de la douleur qui le tiraillait dans son corps entier. Le Frère se détacha du mur et s'avança vers lui, un air létal sur le visage. Rien de bien étonnant quand on connaissait Zadiste, en fait.
- Z ? Où est Blay ? Est-ce qu'il va bien ?
Celui-ci lui fit un sourire tordu, à cause de sa cicatrice, tout en se laissant tomber sur la chaise à côté du lit, étendant ses énormes jambes devant lui.
- Donc toi, tu échappes de peu à la mort, ton corps n'est qu'une plaie béante et tout ce que tu trouves à demander, c'est si ton petit copain va bien?
Qhuinn ferma les yeux un moment, tentant de se recomposer. Il crevait de mal mais en plus, il avait peur pour son meilleur ami. Allait-il bien ? Pourquoi n'était-il pas là à ses côtés ? Il croyait, bêtement, que le beau roux serait là pour lui, à attendre son réveil. Mais non, il était trop con: Blay avait sûrement d'autres choses plus importantes à faire.
- Q, tu comptes nous faire un malaise? Tu es pâle comme un mort.
- J'aimerais juste savoir où est Blay.
- Il est chez Saxton.
Si Qhuinn pensait déjà avoir mal avant cela, ce ne fut rien comparé au putain de coup de poignard que cette phrase envoya dans son abdomen. Putain de putain de putain de merde. Bien évidemment. Il avait cru que les choses s'arrangeaient avec son meilleur ami. Il avait cru, à tort, que le gars pourrait lui pardonner toutes ses foutues erreurs. Mais c'était visiblement trop demandé au putain de destin.
- Eh, gamin, tu deviens encore plus pâle. Il va bientôt rentrer. Et il est en forme, il n'est pas passé par une vitre, complètement en feu, lui.
Mais déjà, le brun se sentait plonger. Si Blay n'était pas là pour lui, il ne se sentait pas capable d'affronter la douleur. Très vite, celle-ci prit possession de son corps et c'est avec un triste sourire qu'il accueillit un nouveau black-out.
Blay suivait Rhage qui avançait en zigzaguant entre les arbres, rapidement. La main sur son Sig Sauer, il était prêt à réagir au moindre bruit. Il savait que John et Vishous en faisaient de même de leur côté. Ils avaient convenu de prendre le repère des lessers par surprise, chacun entrant par un côté du hangar. Étonnamment, pour une fois, le roux ne rechignait pas à entrer dans une bonne baston. Frapper, tuer, venger, c'était définitivement le défouloir dont il avait besoin ce soir. On avait failli tuer Qhuinn. Qui que ce soit, ils étaient presque arrivés à lui ôter la vie. Pour cela, il avait besoin de venger. Pour le jeune vampire civil qu'ils avaient rencontré chez Saxton, il avait besoin de frapper. Et pour sortir toute cette frustration qu'il avait en lui pour sa lâcheté face à Saxton, il voulait tuer. Bordel, il avait été faible, incapable de dire la vérité telle qu'elle était: il aimait Qhuinn et il n'aurait de place pour personne tant qu'il en serait là. Et avec ce qui venait de se passer avec son pyrocant, il lui fallait bien reconnaître que ça ne risquait pas de changer de sitôt. Ce fut sur ses pensées qu'il rejoignit Hollywood qui lui faisait signe d'approcher en silence. Il se colla au mur du hangar, de l'autre côté de la porte où Rhage était adossé, l'arme à la main. Le blond leva sa main et lui désigna 3 doigts, signifiant par là qu'ils entreraient pour tout péter dans 3 secondes. Et effectivement, il replia ses doigts un à un avant d'ouvrir la porte à la volée en hurlant:
- Chériiiiiiiiie, j'suis de retour à la maison !
Blay ricana un instant avant de le suivre, prêt à en découdre. La suite ne fut que cris, coups de feu, panique à l'intérieur du bâtiment. De leur côté, John et Vishous faisaient le ménage, repoussant du pied les corps de lessers s'amoncellant un peu partout. Quelques minutes plus tard, le calme revint dans l'énorme hangar et le roux constata l'ampleur des dégâts. John se tenait l'épaule tout en fouillant la pièce du regard, Rhage tenait un lesser à terre par la seule force de son pied sur sa gorge et Vishous en avait collé un au mur et le secouait pour qu'il parle. Le reste d'entre eux n'était qu'une pile de cadavres éparpillés ça et là. Ca avait été presque trop facile.
- Dis-moi où sont les autres otages et je ferais que ta mort soit rapide! gronda V, les canines à quelques centimètres du visage du lesser qui se tortillait de peur sous sa poigne.
Blay étudiait les lieux, poussant les corps qui lui bloquait le passage, cherchant le moindre indice pouvant les aider. Alors qu'il revenait d'un tour de l'énorme pièce principale, le "prisonnier" de Vishous désigna une porte, tout au fond, d'un doigt tremblant. Le Frère aux yeux de diamant fit un signe de tête à Rhage pour qu'il s'en charge et le soldat roux vint prendre sa relève sur la gorge de "son" lesser. Ils regardèrent le blond pousser la porte et attendirent quelques secondes avant de l'entendre pousser un juron:
- PUTAIN DE BORDEL DE MERDE.
Aussitôt, V acheva sa victime, sommant d'un regard Blay d'en faire de même. Il planta donc sa lame dans le coeur du gars sans le moindre remords et s'approcha de John qui se tenait toujours le bras et semblait bien pâle.
- T'inquiète pas, mon pote, on va vite te ramener au manoir pour que Doc Jane jette un oeil à ça.
- Je ne suis pas en sucre, je peux gérer une petite blessure, mima John d'une main, ne pouvant s'empêcher toutefois de grimacer de douleur.
- Peut-être mais tu es blessé et n'importe quel guerrier de la Confrérie passerait dans les mains du médecin pour cela.
John voulut rétorquer mais il s'interrompit en voyant les Frères réapparaître par la porte de la pièce où ils avaient disparu, semblant chercher quelque chose.
- Vous avez trouvé quoi ?
- Des corps de civils. Et un vivant … enfin, il semblerait.
- Quoi ?
- Il est au fond d'un trou, comme Bella quand on l'a retrouvée. Il faut qu'on le remonte ! aboya V, visiblement tendu pour une raison que Blay ne s'expliquait pas.
Il finit par trouver la corde qu'il cherchait visiblement et redisparut dans la pièce sans plus d'explications. D'un coup d'oeil, les deux amis se comprirent et se hâtèrent à sa suite. Ils arrivèrent alors que Rhage se saisissait du corps qu'ils venaient de remonter du trou.
Blay hoqueta de stupeur en voyant la forme carbonisée qu'ils tenaient entre leurs mains.
- Bordel, mais qu'est-ce que c'est que ça ?
- Un civil. Il est vivant. Il respire mais très péniblement.
Déjà, V ôtait son gant, libérant par là sa main luisante et il l'approcha du corps de la victime.
- V, tu fous quoi ? Tu vas nous le tuer !
- Impossible, il est corrompu. Comme Butch quand on l'a récupéré. Si on veut le ramener en ville, on doit retirer cette saloperie de son corps.
Et c'est ce qu'il fit sous les yeux médusés des trois autres. Alors que Blay détournait le regard de cette scène horrible, ses yeux accrochèrent la chevalière au doigt noir du civil qu'ils étaient en train de "sauver". Et dire qu'il pensait que la situation ne pouvait pas être pire, elle venait de considérablement s'envenimer. Il hoqueta d'horreur et recula d'un pas, incertain de la constatation qui naissait en lui. Et pourtant, il n'y avait pas d'erreur. Cette bague, il l'avait vue de nombreuses fois. Il l'avait regardée avec répulsion et fascination (NDA: mouahahahahaha, c'est bien placé non?) pendant toute sa jeunesse. Ce civil, aux portes de la mort, n'était autre que Janhym, fils de Lohstrong.
Et frère de Qhuinn, accessoirement.
