CHAPITRE 9

Lisbon avait retrouvé sa tenue d'assassin, et le trio s'engouffra dans la nuit en direction du bureau. Après avoir une dernière fois remercié leurs hôtes pour leur aide, ils avaient rapidement pris congé d'eux, et ils marchaient dans les rues calmes de Damas, aux aguets. Darim, comme à son habitude, passait par les toits. Il s'y sentait plus à l'aise, et il avait l'impression, de cette manière, d'offrir un support à son mentor, comme une sorte de garde du corps qui veillerait sur lui depuis les hauteurs. De plus, il s'obligeait à s'entrainer, se donnant des objectifs de plus en plus difficiles, comme sauter sur de longues distances entre deux rues. Il avait failli chuter plusieurs fois, mais il prenait de plus en plus confiance, et ses compétences s'élargissaient de jour en jour. Le Grand Maitre lui avait donné sa chance, et il espérait bien lui démontrer qu'il était capable de mener les missions qu'on lui confiait à bien.

Comme il allait beaucoup plus vite, il s'accroupissait parfois au bord des façades, comme il avait vu faire Altaïr, et il rêvait déjà à son futur rang de maître assassin, l'écharpe rouge autour de sa taille pour pouvoir enfin totalement ressembler à l'homme qu'il avait pris en exemple depuis tout petit.

Il observa ses deux amis en contrebas, ils marchaient assez lentement, ce qui n'était pas l'habitude du Grand Maitre à part pour se dissimuler, mais ce n'était pas la peine ici. Il ne tenait pas non plus le petit démon par la main, une pratique que Darim avait pu remarquer ces derniers jours, et leurs attitudes étaient différentes aussi. Quelque chose avait manifestement changé, à moins que ce ne fût que pur hasard.

Ils s'approchèrent sans problème du bureau, ils avaient évité les patrouilles de garde sans difficulté, et Darim leur avait annoncé la position des archers sur les toits, peu nombreux la nuit. Lisbon emprunta l'échelle tandis que les deux hommes escaladèrent la façade, puis tous trois se retrouvèrent à l'intérieur, accueillis par le Rafiq.

- Vous voilà enfin ! Comment s'est passé cette mission Altaïr ? demanda-t-il avec impatience.

Altaïr sortit l'orbe de la sacoche qu'il avait après sa ceinture et le Rafiq haussa les sourcils en admirant l'artefact.

- Tu as réussi… quelle merveille, fit le Rafiq, sans oser toucher l'objet.

- Je n'ai rien fait, c'est Tessa.

Lisbon n'avait pas vraiment envie de contredire l'assassin. La journée avait été longue, et la fatigue la tiraillait. En fait elle n'avait qu'une envie, c'était de se coucher le plus rapidement possible, en espérant que demain serait un autre jour. Elle observa l'orbe dans la main d'Altaïr, elle avait tellement espéré pouvoir retrouver l'artefact et rentrer chez elle, pourquoi désormais plus rien ne l'intéressait ?

- Saurais-tu la refaire fonctionner ? Lui demanda Altaïr en tendant l'orbe vers elle.

- Je ne sais pas comment ça fonctionne, je n'ai fait que le toucher, mais je n'ai pas l'intention de le refaire maintenant, j'aimerai me reposer, on verra ça demain… dit-elle d'un ton las.

Altaïr soupira, ce n'était pas la peine de lui demander quoi que ce soit, le petit démon était têtu comme une mule, et il savait qu'insister ne ferait que compliquer la situation. Il observa l'orbe plus attentivement, cherchant s'il y avait une différence avec celle qu'il avait déjà en sa possession, et qu'il avait observé tant de fois à Masyaf.

- C'est exactement la même que celle que nous avons déjà, il n'y a aucune différence…

- Comment ça celle que nous avons déjà ? S'étonna Lisbon qui avait retiré sa tunique.

- J'ai étudié des heures durant l'orbe que nous avons à Masyaf, je n'ai jamais trouvé comment il fonctionne.

- Tu en as déjà un autre ? lança Lisbon en écarquillant les yeux.

- Oui, il est en lieu sûr.

Lisbon sentit la moutarde lui monter à nouveau au nez. Elle se précipita sur Altaïr, lui envoyant des coups de poings de toutes ses forces.

- Espèce d'enfoiré ! Tu l'avais déjà et tu ne m'as rien dit !? J'aurais peut-être pu déjà rentrer depuis longtemps ! Pourquoi tu m'as caché la vérité !? Fit-elle en frappant et en criant de rage.

Altaïr avait passé l'orbe au Rafiq et tentait tant bien que mal de retenir les poings de la jeune femme. Elle frappait son torse de toutes ses forces mais cela ne le déstabilisait pas. Il finit par agripper les deux poings de Lisbon et il la bloqua, tournant ses poignets jusqu'à ce qu'ils se retrouvent dans son dos et qu'elle soit entravée.

- Pourquoi as-tu fais ca ? criait-elle sans arrêt.

- Ce n'était pas mon intention Tessa, je ne voulais rien te cacher, et ce n'est pas le même orbe.

- On aurait pu essayer au moins !

- Je ne pouvais pas l'amener ici et risquer qu'il tombe entre de mauvaises mains, et surtout pas les templiers.

- Alors tu aurais pu me conduire où il se trouve ! Lâche-moi Altaïr !

- Je ne savais pas si je pouvais te faire confiance, avoua-t-il en lâchant ses poignets.

Lisbon se retourna rapidement, et elle gifla l'homme avec une telle force qu'il vit des lucioles dans tout le bureau pendant quelques secondes. Il massa sa mâchoire un instant pour vérifier qu'elle fonctionnait encore.

- Et moi, est-ce que je peux te faire confiance maintenant ? lança-t-elle avant de se jeter dans les coussins.

Altaïr soupira, le petit démon avait beau être têtu, lui aussi pouvait l'être, et il ne comptait pas s'excuser de ses décisions, elles étaient justes. Pourtant la situation ne lui plaisait guère, il avait des sentiments pour cette femme, et la voir si perturbée par sa faute était difficile à gérer, bien qu'il ne se reconnaisse pas dans ce type de réaction.

- Tu as pris la bonne décision Altaïr, ne laisse pas les émotions prendre le dessus sur tes choix, lui confia le Rafiq.

- Je sais Rafiq, mais…

- Oui, tu aimes cette femme… Tu es aussi le Grand Maitre et tes décisions peuvent être lourdes de conséquences pour toute la confrérie, ne l'oublies pas.

Altaïr hocha la tête, bien sûr il savait que sa fonction l'obligeait à être droit, et jusqu'à présent il n'avait pas failli à son rang. Le Rafiq avait deviné juste, il aimait cette femme, et l'homme venait certainement de lui rappeler qu'il devait rester vigilent. L'assassin baissa sa capuche et reprit l'orbe.

- Il y a plusieurs orbes Rafiq, comment les retrouver ?

- Va te reposer, demain est un autre jour, tu réfléchiras à tout ça la tête reposée.

Le Rafiq s'éloigna dans ses quartiers, Darim avait prit place dans les coussins et le petit démon semblait s'être endormi. Altaïr alla s'asseoir à sa table et il étudia l'orbe sous toutes ses coutures. Tessa avait dit qu'elle l'avait simplement touché, y avait-il un mécanisme sur lequel elle avait appuyé ?


La lumière du soleil qui traversait les feuillages créait des rayons dans l'ombre de la pièce, et seul le bruit du carillon de bois résonnait dans la bâtisse. Lisbon cligna des yeux avant qu'ils n'arrivent à s'ajuster à la luminosité, puis elle s'étira, enchantée du bien être quel ressentait dans cet environnement calme et déjà chaleureux en ce début de journée. Elle resta couchée un moment, elle adorait le bruit relaxant du carillon et pensait déjà qu'à son retour elle essaierait d'en trouver un pour son appartement. Elle tourna la tête vers Darim qui dormait paisiblement, et elle sourit en voyant son visage si détendu dans son sommeil. Elle avait parfois tendance à oublier combien il était encore jeune. A son époque il serait devant la télé ou en train de jouer à la console… Altaïr n'était pas là, et le Rafiq ne devait pas encore être levé, sinon l'agréable odeur de thé qu'il préparait tous les matins flotterait déjà dans l'air.

L'agent décida de se lever, essayant au maximum de ne pas déranger le petit assassin, puis elle se passa le visage à l'eau, retirant les dernières traces de maquillage de la veille. Elle avait dormi toute habillée, et elle rêvait d'un bon bain, ce serait sa première mission de la journée, décida-t-elle. Elle retira sa tunique et ses bottes, ne gardant que le pantalon et le t-shirt. Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas porté les armes qu'Altaïr lui avait données avec sa tenue, elle n'avait que son Sig Sauer qu'elle posa, en attendant, sur le bord de la fontaine. Une fois plus à l'aise elle se dirigea dans la pièce intérieure. Altaïr dormait assis à la table, la tête sur son bras, comme l'avait fait Darim il y a peu, ce qui fit sourire l'agent. Le même moule, se dit-elle en s'approchant. L'homme avait dû passer une partie de la nuit à analyser l'orbe, il avait fait des croquis très précis de l'objet sur un manuscrit, et des tas d'annotations en langue arabe qu'elle ne savait pas déchiffrer. Elle fronça les sourcils en observant sa main gauche, il lui manque un doigt ? Comment ne l'avait-elle pas remarqué avant ? C'était à ce poignet qu'était accroché le système de lame qu'elle l'avait déjà vu utiliser plusieurs fois, et à y penser, il l'avait toujours prise par la main sur son coté droit, certainement pour pouvoir garder son arme active. Il avait également une belle trace sur la joue, lui remémorant les évènements de la veille. Elle regrettait son geste, mais le stress et l'énervement avaient eu raison d'elle. Elle glissa ses doigts dans les cheveux de l'homme avec douceur, espérant ne pas le réveiller, mais sans pouvoir s'en empêcher. Il avait cette fichue capuche sur la tête la majorité du temps, et à chaque fois qu'elle le voyait sans, elle avait l'impression de découvrir de nouveaux détails et de nouveaux traits de son visage.

L'orbe était posé sur la table, mais elle n'avait pas envie de le voir, même s'il signifiait son retour à Sacramento, elle ne se sentait pas encore prête, et l'homme dont elle caressait tendrement les cheveux n'y était pas pour rien.

- Bonjour petit démon, as-tu bien dormi ? lui demanda le Rafiq qui venait d'apparaitre dans la pièce.

- Oui merci, j'ai une faim de loup, chuchota-t-elle en retirant ses doigts du crane de l'assassin.

Le Rafiq préparait le petit déjeuner et Lisbon le rejoignit pour l'aider.

- Dis moi Ismaël, Altaïr n'est pas typé comme la majorité des gens ici, il a des origines différentes ?

- Son père est syrien, mais sa mère est anglaise…

- Anglaise ? Ils habitent dans la région ?

- Non petit démon, ils sont morts…

- Oh… Ca fait longtemps ?

- Son père est mort lorsqu'il avait 11 ans, et sa mère en le mettant au monde.

- Ils étaient assassins eux aussi ?

- Son père oui, je l'ai bien connu, il s'appelait Umar Ibn La'Ahad, l'un des meilleurs assassins que la confrérie ait jamais connu, et son fils a suivi ses traces.

- Comment est-il mort ?

- C'est une longue histoire petit démon, mais il a offert sa vie pour sauver celle d'un autre.

- Comment as-tu dis qu'il s'appelle ? In Malahat ?

- Ibn La'Ahad… fit la voix d'Altaïr derrière Lisbon.

Elle se retourna avec une grimace, elle n'avait pas voulu écorcher le nom d'Altaïr. Celui-ci les rejoint en se frottant les yeux, il avait l'expression fatiguée et il manquait visiblement encore de sommeil.

- Je suis désolée Altaïr, et aussi pour… balbutia-t-elle en faisant un geste vers sa joue.

L'homme se contenta de grogner sans meme lancer un regard vers elle, puis il prit un morceau de pain pour ensuite retourner à sa table et reprendre l'orbe dans ses mains.

- Tu vas étudier cette boule toute la journée ? lui demanda-t-elle sans quitter sa place

- Si tu pars avec, je n'aurai plus l'occasion de le faire…

L'agent se tourna à nouveau vers le Rafiq qui haussa les épaules. Ce n'était pas faux, mais elle n'était pas pressée de rentrer chez elle après tout. Elle prit une pomme et croqua dedans, puis en se levant elle s'adressa aux deux hommes.

- Je vais commencer par aller aux bains me laver et faire un peu de lessive, prends ton temps Altaïr…

L'assassin se releva et alla la rejoindre dans la cour, jetant un œil au passage à Darim qui était en train de s'étirer dans les coussins. Lisbon remettait ses bottes, et elle leva les yeux vers l'homme qui s'approchait rapidement.

- Tu ne comptes pas repartir dans ton monde ?

- Pourquoi ? Tu es si pressé que je m'en aille ? Fit-elle en haussant les sourcils.

- Ce n'est pas ce que je voulais dire, mais si tu comptes rester encore, j'aimerais emporter l'orbe à Masyaf, peut-être que si nous les mettons en contact il se passera quelque chose, je n'aurai peut-être plus jamais la possibilité d'en réunir deux à la fois, expliqua-t-il sur un ton enthousiaste.

Lisbon se redressa, l'assassin avait parlé tellement rapidement que cette longue phrase avait été difficile à comprendre pour l'agent. Mais devant son enthousiasme, le peu qu'elle avait compris lui suffit pour prendre sa décision, d'autant plus qu'elle espérait passer encore un peu de temps avec lui.

- Oui, on peut faire ça…

L'homme fit un sourire qui lui coupa le souffle, ce même sourire qu'elle avait pris en photo, sincère et authentique. Il s'approcha d'elle et déposa un baiser fugace sur sa joue.

- Merci Tessa… dit-il avant de se retourner vers Darim et le montrer du doigt.

- Debout apprenti, prépares toi bien on part dès que possible, rajouta-t-il.

L'assassin repartit à l'intérieur, et les joues de Lisbon étaient d'un rouge pivoine lorsqu'elle regarda vers Darim, qui avait un sourire narquois sur les lèvres.

- Quoi ? lui demanda-t-elle

- Tu vas vraiment repartir ? Toi et le Grand Maitre vous êtes amoureux, non ?

Lisbon sursauta, ses joues rougissaient encore plus et chauffaient tellement qu'elle aurait cru avoir un coup de soleil.

- Quoi… Mais….non… de quoi tu te mêles !? Balbutia-t-elle, gênée par cette affirmation.

Darim se leva des coussins d'où il avait observé toute la scène, et il entra à son tour en riant. Lisbon finit de se préparer, départ ou pas, il fallait qu'elle se décrasse. Elle savait que les hommes se contentaient de la fontaine, mais elle ne pouvait dignement pas en faire de même, les sachant tous dans les parages. Elle enfila sa tenue civile, et entoura son visage avec son voile, de cette manière elle aurait déjà moins l'air d'un homme, puis elle réunit quelques affaires qu'elle voulait laver.

- P'tit con… murmura-t-elle en escaladant le mur vers les toits.


Les hommes étaient prêts depuis longtemps, et s'ils avaient eu une horloge, ils seraient en train de regarder les secondes s'égrainer une à une. Darim soupira, il en avait marre d'attendre le retour de Lisbon, il avait envie de sortir et de vivre de nouvelles aventures. Altaïr étudiait la boule, et le Rafiq était occupé avec ses traditionnelles cartes, qu'il peaufinait sans arrêt, jusqu'à atteindre la perfection. Le jeune assassin se leva et sortit dans la cour, il prit ses couteaux de lancer en vue de s'entrainer lorsque son regard fut attiré par le holster que Lisbon avait laissé derrière elle. Le petit démon ne se séparait jamais de son arme maléfique d'habitude, pensa le jeune homme, et sa curiosité faisant le reste, il s'approcha de l'arme pour l'observer de plus près. Il sortit sa lame secrète pour toucher le revolver, et comme celui-ci n'avait aucune réaction, il glissa son doigt sur le métal tout en restant sur ses gardes. Darim avait vu Lisbon se servir de l'arme quand elle avait tué le templier géant devant la garnison des gardes de la ville, et il hésitait à prendre l'arme dans sa main de la même manière. Il regarda autour de lui, il était bien seul, personne ne s'en rendrait compte s'il essayait l'arme. Il la sortit délicatement du holster et la manipula doucement, étonné de sa forme bizarre. Comme il ne risquait rien, il brandit le revolver devant lui en tendant le bras, mais rien ne se passait.

- Darim ! Pose ça tout de suite ! cria Lisbon du bord du toit.

Darim s'effraya et il lâcha l'arme qui tomba à terre, puis un coup de feu retentit, faisant sursauter les deux hommes restés à l'intérieur. Lisbon descendit rapidement dans la cour intérieure et agrippa Darim.

- Ca va tu n'as rien ? Tu es blessé ? S'affola-t-elle.

Le jeune homme secoua la tête, ses oreilles sifflaient encore du bruit de la détonation, et il fixait l'arme les yeux écarquillés. Altaïr et le Rafiq se précipitèrent à leur tour.

- Que se passe-t-il Darim ?! Fit Altaïr en vérifiant que le jeune homme n'était pas blessé.

- C'est de ma faute, je n'aurais pas dû laisser mon arme à sa portée, expliqua l'agent en ramassant l'arme et en enclenchant le verrou de sécurité.

- Tu as touché à cette arme maléfique ? Où as-tu la tête apprenti ! grogna l'assassin.

- Ce n'est pas maléfique, c'est un simple revolver, tant qu'on n'appuie pas sur la détente ce n'est pas dangereux, fit-elle en visant Altaïr de son arme.

L'homme se figea, une expression d'effroi sur le visage. Aussitôt Lisbon abaissa le revolver, prenant conscience des conséquences de son geste.

- Pardon, je ne voulais pas te menacer. Viens, je vais te montrer comment il fonctionne.

Lisbon retira le chargeur de l'arme, la manipulant avec aise, suite à des années d'expérience. Elle retira une cartouche et la montra à Altaïr qui osait à peine s'approcher.

- C'est une cartouche, et le revolver sert à tirer la balle. C'est le bout de métal ici qui va atteindre la personne et la blesser ou la tuer. Dans le chargeur tu as plusieurs cartouches, quand tu l'insères dans le revolver, et que tu armes, comme ça, une cartouche entre dans la chambre et arme la détente ici. Et si on appuie sur la détente, la gâchette vient percuter l'arrière de la cartouche et la poudre qui est à l'intérieur explose, ce qui tire la balle. C'est tellement rapide qu'on ne peut pas la voir à l'œil nu.

La jeune femme expliquait à l'assassin en maniant l'arme de façon à mieux lui faire comprendre. Elle leva les yeux vers lui une fois son explication terminée, mais elle se doutait qu'il aurait eu du mal à comprendre rien qu'en utilisant les gestes.

- Je suis désolée je ne peux pas te l'expliquer dans ta langue, je ne connais pas les mots, et je doute qu'ils existent… rajouta-t-elle.

- J'ai à peu près compris, mais je ne connais pas non plus les mots que tu as utilisé, comment le métal est-il lancé ? annonça le Rafiq qui avait écouté toute l'explication.

- Une explosion, c'est la poudre qui est dans la cartouche, vous ne connaissez pas la poudre ?

- Je ne connais pas ce mot, mais je l'expliquerai à Altaïr… je pense que cela va l'intéresser, rajouta-t-il.

Il expliqua en effet le fonctionnement tel qu'il l'avait compris à Altaïr, qui imaginait déjà comment l'accommoder à un système de brassard comme la lame secrète, pendant que Lisbon préparait ses affaires pour le départ. Quand elle les rejoignit, Altaïr avait fait quelques croquis, et Lisbon s'amusa de le voir si affairé à sa tache, alors qu'il ne connaissait pas la poudre. Peut-être dans quelques années, pensa-t-elle.

Sur le départ, l'agent alla enlacer le Rafiq, elle ne savait pas si elle allait le revoir et les adieux furent difficiles, elle s'était attaché à l'homme qui lui avait appris la langue et qui avait contribué à ce qu'elle se sente chez elle parmi les assassins. Elle le voyait à la fois comme un père et comme un sage qui a toujours la bonne parole. Il allait lui manquer. Elle le prit en photo, et même s'il n'était pas rassuré d'apparaitre dans l'appareil démoniaque, il la laissa faire.

Une fois à l'extérieur, Altaïr et Lisbon se mêlèrent à la foule, tandis que Darim passa par les toits, comme à son habitude. Lisbon tenta de glisser sa main dans celle d'Altaïr, mais celui-ci retira aussitôt sa main et l'agent n'insista pas, peut-être avait-il raison d'agir ainsi. Il faisait chaud en ce début d'après midi, mais il y avait toujours autant de monde dans les rues, et la traversée de la ville se fit sans trop de problèmes jusqu'à la place située devant l'entrée de Damas. La ville était fortifiée, la seule issue était surveillée par plusieurs patrouilles de gardes qui se relayaient, et le trio se mit en quête du groupe d'érudits avec lesquels Altaïr avait discuté la veille.

- Ils doivent être à l'extérieur, nous devons attendre qu'ils repassent par ici pour pouvoir sortir, annonça Altaïr à ses deux compères.

- Je peux aller éclaircir les toits en attendant Grand Maitre…

- Non Darim, nous allons rester discrets, si un corps est retrouvé ils sonneront l'alarme, soyons patients.

Altaïr eut à peine le temps de finir sa phrase qu'un brouhaha se fit entendre dans l'artère principale, et Lisbon haussa les sourcils lorsque la première chose qu'elle vit fut le petit cavalier barbu sur son cheval.

- Encore lui… fit-elle dépitée.

- C'est les prisonniers, ils vont les escorter jusqu'à Acre, constata Altaïr.

- On pourrait les délivrer, cela ferait une bonne diversion… nota Darim, pressé d'agir.

- Ce n'est pas le moment de se faire remarquer, nous avons l'orbe à ramener à Masyaf.

Le jeune homme soupira, il aurait aimé un peu d'action. Il ne quittait pas le petit convoi du regard, et avec enthousiasme, il agrippa la manche d'Altaïr.

- Il n'y a que le cavalier et 4 gardes, on peut facilement en venir à bout ! Je m'occupe des deux qui sont à droite, et le démon tue le cavalier avec son arme…

- Et tu oublies qu'on va attirer l'attention de tous les autres autours, dont les gardes à la porte de la ville… Comment pourras-tu gérer autant de combattants à la fois ?

- Vous avez combattus plus d'hommes que ça Grand Maitre… On ne peut pas les laisser les emmener sans rien faire !

- C'est un mythe Darim… ne crois pas tout ce qu'on te raconte, notre crédo doit… Darim !

Le jeune homme s'était éloigné rapidement, et Altaïr se lança à sa poursuite, il était hors de question qu'il mette son plan à exécution, surtout pas maintenant qu'ils avaient l'orbe en leur possession. Altaïr se faufila rapidement entre les passants, mais Darim était rapide, et avant même qu'il n'ait eu le temps de le rattraper, le petit assassin avait égorgé le premier garde et crié aux prisonniers de s'échapper, coupant les liens qui les maintenaient ensemble. Des cris résonnèrent aussitôt, et la panique envahit la place en quelques secondes. Altaïr grimaça, il n'avait vraiment pas besoin de ça maintenant. Il enfonça sa lame dans la gorge d'un des gardes en passant devant lui, et comme il l'avait prévu, les patrouilles de la ville étaient déjà en train de courir vers eux, leurs armes dégainées.

- Là ! L'assassin ! Attrapez-le ! hurla le cavalier du haut de sa monture.

Altaïr prit une grande inspiration, le templier le désignait du doigt. Il profita d'un groupe de passant qui courait en criant pour se mêler à eux, et le templier fronça les sourcils lorsque l'assassin sortit de son champ de vision en une fraction de seconde. Il le chercha du regard, il y avait tellement de monde sur la place qu'il ne savait plus où donner de la tête.

- Trouvez l'assassin ! hurlait-il à ses hommes.

Où étaient ses hommes ? Il en voyait un à terre, puis deux, puis un troisième, tous gisant dans une marre de sang, les gardes sarrasins couraient un peu partout en cherchant, mais aucune trace de l'assassin, jusqu'à ce qu'il sente quelque chose agripper sa cheville. Il fut tiré brutalement et il tomba de sa selle jusqu'au sol, le souffle coupé. Lorsqu'il ouvrit à nouveau les yeux, il ne vit pas le soleil, mais un homme, du moins la moitié de son visage, l'autre partie étant cachée sous une capuche qui le faisait ressembler à un aigle.

- Ca, c'est pour avoir embrassé Tessa…murmura l'aigle.

Sa lame jaillit de son poignet, et il l'enfonça d'un coup sec dans la chair du templier qui écarquilla les yeux, incapable de sortir un son alors que le sang coulait déjà à flots. L'homme se crispa tandis qu'Altaïr observait la vie quitter son corps, le sourire en coin. Lorsque la dernière étincelle de vie quitta le cavalier, l'assassin se redressa, puis, esquivant l'attaque d'un garde, il reprit le combat, se lançant dans une danse dont lui seul était capable, virevoltant et roulant au sol comme s'il exécutait une chorégraphie apprise par cœur.

Lisbon, restée à l'écart, avait sorti son arme, mais la densité de la foule l'empêchait de pouvoir viser correctement. Elle voyait Altaïr, mais Darim n'était plus en vue, et elle commençait à s'inquiéter de la tournure des événements, alors que les gardes arrivaient par vagues. Lorsqu'elle aperçu un archer viser Altaïr depuis un toit, elle le visa, et la déflagration se refléta par écho dans toute la place, ce qui eut pour effet de figer tout mouvement, comme si quelqu'un avait appuyé sur pause, hormis l'archer qui, touché en pleine poitrine, tomba du toit jusque dans la rue en contrebas. La pause ne dura qu'une seconde, et les cris redoublèrent, tandis qu'un écran de protection virtuel se fit tout autour de Lisbon, que la foule regardait, apeurée. Certains gardes plus téméraires que les autres tentaient de s'approcher d'elle, mais reculait aussitôt lorsqu'elle dirigeait son revolver dans leur direction. La situation devenait difficile, et Lisbon commençait à avoir du mal à garder les sarrasins éloignés lorsqu'elle prit son téléphone d'une main tout en visant les gardes de l'autre. Volume à fond, Musique…. Muse ? Oui Muse c'est bien… Hysteria… parfait !

L'agent brandit son téléphone lorsque la musique hurla dans le haut parleur. L'effet fut radical, et la plupart des gardes et des rares passants restés sur la place s'enfuirent à toutes jambes, criant au démon ou à la sorcière. Altaïr, qui venait de foudroyer un énième garde, reprenait son souffle en regardant l'agent, pas certain non plus de ce qu'il devait faire, rester ou fuir avec les autres. Bientôt la place fut totalement vide et le silence revint lorsque la chanson s'arrêta. Lorsque Lisbon rejoignit Altaïr, elle s'agrippa à son cou, contente qu'il soit toujours en vie après une telle bataille. Malgré une plaie douloureuse à l'épaule, celui-ci l'enlaça et la souleva du sol pour pouvoir enfouir son visage dans son cou, oubliant toutes ses résolutions.

Un cri retentit alors, et Altaïr releva la tête pour regarder au dessus de lui. Darim était en train d'escalader une tour, suivi par un garde quelques mètres plus bas que lui. Les deux hommes semblaient en fâcheuse posture, et aucun des deux ne continuait son ascension. Altaïr reposa Lisbon au sol et se précipita, escaladant le mur qui menait à la tour avec une agilité rare. Puis il grimpa rapidement après la tour, tentant de rejoindre Darim le plus rapidement possible. Celui-ci essayait tant bien que mal de garder sa prise, mais ses forces l'abandonnaient peu à peu et il sentait ses muscles se crisper, provoquant des douleurs dans tous ses membres.

- Tiens bon Darim ! cria Altaïr de sa position.

- J'y arrive plus ! fit le jeune assassin, une grimace sur le visage.

Altaïr connaissait bien ce phénomène pour l'avoir rencontré dans sa jeunesse, et il savait que la situation était critique. Darim avait dépensé toute son énergie à grimper les premiers mètres, et arrivé à mi chemin, les forces lui manquaient pour pouvoir continuer à monter, mais aussi pour redescendre. Lorsque les crampes gagneraient les muscles du jeune homme, il lâcherait sa prise, il fallait faire vite. L'assassin grimpait le plus rapidement possible, prenant des risques lui-même pour assurer ses prises, et il arriva bientôt au niveau du garde qui était dans la même position critique.

- Il aurait fallu s'entrainer encore un peu ! lui lança-t-il avant de le déséquilibrer et de le faire tomber dans le vide.

Lisbon ferma les yeux lorsque le corps atteint le sol, mais le bruit suffit à la faire grimacer. Lorsqu'elle releva le regard, Altaïr avait rejoint Darim, et elle prit une grande inspiration de soulagement.

- Je suis désolé Grand Maitre, je peux plus…

- Tu vas y arriver Darim, appuie toi sur moi, ordonna Altaïr qui s'agrippait de toutes ses forces pour supporter le poids supplémentaire.

Le jeune homme s'appuya sur son ainé, mais ses muscles étaient tétanisés, et il n'arrivait plus à se maintenir contre la paroi.

- Je vais t'aider à descendre, prends appui sur moi et descendons en même temps… fit Altaïr qui sentait déjà la charge peser.

Le premier mètre se fit lentement jusqu'à ce que Darim lâche totalement sa prise, incapable de contrôler ses mains engourdies. Il chuta dans le vide mais Altaïr agrippa son poignet juste à temps, le soutenant à bout de bras, et se plaquant contre la paroi pour réussir à garder son équilibre.

- Darim… tu dois reprendre appui, je ne te tiendrai pas longtemps comme ça… dit-il dans une grimace.

- Je ne peux plus bouger…

Altaïr se crispa, ses cotes n'avaient pas eu le temps de se reconsolider, et il sentait une douleur aigue aggravée par la position qu'il devait maintenir. Ses doigts commençaient à lui faire mal, et il essayait de les garder plantés dans la fissure qui lui servait de prise.

- Darim… fais un effort…

Le garçon tenta de bouger pour se rapprocher de la façade, mais ses pieds restaient inéluctablement dans le vide, et les mouvements déséquilibraient Altaïr, qui faisait de son mieux pour le rapprocher de la paroi. La plaie de son épaule s'ouvrit encore plus, et Altaïr pouvait sentir le sang dégouliner le long de son bras pour gouter sur ses mains et jusqu'au poignet de Darim qu'il tenait fermement.

- Aller, tu peux y arriver ! Insista Altaïr, la voix déformée par l'effort et la douleur.

- Je ne sens plus rien… J'aurai aimé que vous soyez mon père…

- On en reparlera en bas ! Accroche-toi !

Il vociférait intérieurement sentant sa prise lâcher progressivement. Le sang avait rendu la peau de Darim glissante, et soudain son poignet glissa entre ses doigts.

- Non ! hurla-t-il en voyant le jeune homme tomber dans le vide.

Lisbon hurla en voyant la scène, elle se précipita sur le garçon qui s'était écrasé au sol, mais il n'y avait plus rien à faire, et elle éclata en sanglots, criant de toutes ses forces. Altaïr descendait lentement, le corps meurtri par ce qu'il venait de subir, et luttant pour garder son sang froid. La scène n'avait pas échappé non plus aux gardes qui s'étaient à nouveau rapprochés de la place, profitant de la situation, et lorsqu'Altaïr atteignit le sol, il agrippa rapidement Lisbon pour l'éloigner du danger qui se profilait.

- Il est mort ! criait-elle en sanglotant.

- Je sais, on doit partir, vite !

- Non ! On ne peut pas le laisser là ! Altaïr je t'en prie !

- Viens, on ne peut plus rien faire, c'est trop dangereux de rester !

Ils se précipitèrent vers la grande arche de l'entrée de la ville, et une fois à l'extérieur, Altaïr siffla. Des gardes qui étaient en faction près des écuries se mirent à courir vers eux, et Altaïr s'apprêta à se battre encore une fois lorsqu'un cheval galopa vers eux.

- Khalil ! Bon cheval ! lança Altaïr en agrippant les rennes.

Il monta rapidement sur la selle et se pencha pour agripper le col de Lisbon. Le cheval commençait déjà à repartir lorsque profitant de l'élan, Altaïr souleva l'agent jusque sur la selle, laissant les gardes à quelques mètres à peine derrière eux. Lisbon s'accrocha tant bien que mal, balancée comme un sac sur le cheval lancé au grand galop.

Lorsque les portes de la ville furent loin, et que tout danger fut écarté, Altaïr fit ralentir le cheval et l'arrêta, le temps que Lisbon puisse s'asseoir normalement sur la monture.

- Je n'ai jamais fait de cheval, fit-elle en sanglotant.

- Tu n'as rien à faire…

Altaïr l'aida à se placer et elle s'assit devant lui, appuyant son dos contre le torse de l'homme comme maintient pour ne pas tomber. L'assassin glissa son bras autour de sa taille, tenant les rennes de l'autre main, et il siffla à nouveau, demandant à Khalil de reprendre la route.

Lisbon se pelotonna encore plus contre Altaïr, et le silence s'installa, aucun des deux n'ayant l'envie de discuter de ce qui venait d'arriver. Après plusieurs heures de trajet dans un silence total, Lisbon s'adressa à Altaïr.

- Il va faire nuit…

- C'est pas grave, Khalil a l'habitude de la nuit.

- Khalil ?

- Le cheval, c'est son nom…

- J'ai mal partout, on peut s'arrêter un peu ?

Altaïr arrêta le cheval et aida Lisbon à descendre, puis il descendit à son tour en grimaçant. Le cheval se mit immédiatement à brouter la verdure, et Lisbon, fourbue, tentait de retrouver une démarche normale après plusieurs heures assise sur l'animal.

- Ma Chevrolet me manque…

- Qui est cette personne ? demanda l'assassin

Lisbon sourit malgré elle, elle s'approcha d'Altaïr et l'enlaça, posant son oreille sur son torse, malgré sa tunique ensanglantée.

- Promet-moi de rester en vie… chuchota-t-elle

Elle n'eut aucune réponse mais elle n'en attendait pas. Elle savait très bien qu'un assassin ne pouvait pas faire cette promesse. L'homme l'enlaça à son tour, serrant contre lui sa petite silhouette si délicate, et chacun profita de ce moment agréable et tendre pour recharger ses batteries.

- Si on part maintenant on devrait arriver à l'aube, finit par chuchoter Altaïr.

Lisbon hocha la tête, depuis qu'ils étaient partis, elle n'arrivait pas à retirer les images de la chute de Darim de son esprit, et elle avait hâte d'arriver à destination et de pouvoir se changer les idées avec de nouvelles découvertes. Sur le cheval, elle n'avait rien d'autre à faire qu'à penser, et elle commençait à broyer du noir. Ils remontèrent donc en selle et ils reprirent la route vers Masyaf.


A/N : Soyez sympas, pensez à me donner votre avis, qu'il soit bon ou mauvais. C'est difficile, même impossible, de se juger soi-même. C'est la première fic que j'écris, et j'ai besoin de savoir si mon histoire est intéressante, voire tout simplement cohérente, ou bien s'il vaut mieux que je laisse tomber. C'est aussi un peu le principe de la publication, sinon autant que je le garde pour moi. D'où l'intérêt de l'échange, une histoire à lire contre des avis et des conseils… merci.