Ce chapitre fut bien long à écrire et mon rythme d'écriture avec !

J'espère que vous apprécierez cette lecture !

Des révélations sont au rendez-vous !

Rating : T

Genre : Fantasy/Aventure

Disclamer : "The Legend of Zelda" est la propriété exclusive de ©Nintendo et de son créateur Shigeru Miyamoto, ainsi que les noms des personnages récurrents de la saga, les races et les lieux qui peuvent y apparaître.
Seul le personnage de Vann O'Connory est une création personnelle.

Cette fiction constitue un opus inédit de la saga, il s'agit donc d'une histoire inventée n'ayant aucun rapport avec l'un des jeux vidéos.


CHAPITRE 9 : Le Sanctuaire du Héros


A travers le souffle du vent qui sévissait dans les feuillages sombres, l'écho d'une mélodie s'était élevé, rompant le silence par sa seule présence et semblant dissiper la brume. Cette dernière devenait de plus en plus transparente à vue d'œil, disparaissant progressivement pour laisser entrevoir ce qui se tramait entre les troncs des arbres. Comme Link le pressentait, cette forêt avait quelque-chose de magique, bien que sinistre : une présence s'y tenait. Non, plusieurs présences. C'était comme si, tout à coup, les êtres qui se tapissaient dans l'ombre avaient décidé de sortir de leur cachette pour cesser de fuir le visiteur inconnu. Intrigué, le jeune homme observa durant un moment autour de lui afin de repérer quelque-chose qui eut pu le mettre sur la voie de cette étrange musique. A la fois proche et lointaine, l'on aurait cru qu'un spectre se jouait de lui en approchant et en reculant subtilement. Dans son cas, il ne pouvait rien voir. Tout n'était que son et seule la lueur sur sa main permettait de discerner les formes qui l'entouraient.

Silencieux, le bretteur fit de son mieux pour poursuivre son chemin, cherchant un moyen de trouver une issue à cet endroit, bien qu'il doutât de n'en trouver un à moins que les esprits de ces lieux n'y consentissent. Inquiet, il se rendit bientôt compte qu'une silhouette venait de remuer à quelques pas de sa position, ce qui le poussa à stopper net son avancée et à chercher à discerner la trace d'un éventuel habitant. La mélodie ne cessait pas, mais sembla soudain s'éloigner. A bien y réfléchir, ce petit air n'avait rien de triste ou de sinistre. Bien au contraire, il paraissait être plutôt joyeux et entrainant…

Désireux de ne pas perdre le seul indice qui lui permettrait peut-être de découvrir de la vie dans ces bois, le jeune homme accéléra le pas, suivant à la trace ces sons auxquels le stigmate des déesses avait également l'air de réagir. Ce n'était pas facile : personne n'avait dû emprunter les quelques sentiers de cette forêt depuis des années, si bien qu'ils se dissimulaient parfaitement sous les hautes herbes et les broussailles. Link eut un mal fou à les trouver et à les emprunter afin de ne pas se perdre : il ne devait surtout pas laisser la musique le distancer, ni prendre le risque de demeurer dans l'obscurité totale une fois de plus. Autant dire que ce n'était pas chose aisée que de se déplacer de la sorte : il n'avait jamais effectué de mission en forêt auparavant et c'était bien la première fois qu'il se retrouvait perdu de cette façon. La nuit précédente, il se trouvait dans un lit douillet à l'intérieur de la caserne des gardes de la Citadelle, ce qui n'avait rien à voir avec cet endroit lugubre. Sans compter que Vann avait disparu sans laisser de traces ! Il devait impérativement le retrouver !

En son for-intérieur, l'écuyer priait les déesses que rien ne soit arrivé à son compagnon et que ce dernier se soit tout simplement perdu dans le brouillard. C'était la pensée la plus optimiste qui se présentait à lui et qui lui donnait la force d'avancer sans trop vaciller. A dire vrai, une intense fatigue l'étreignait et le manque de sommeil se faisait sentir. Il n'avait pas vraiment pris de repos depuis leur excursion dans la rivière et les goules des plaines n'avaient pas manqué de le priver de dormir. S'il devait de nouveau se battre, il n'irait pas bien loin dans cet état, c'était plus que certain.

Plus il suivait la présence qui se déplaçait en bondissant devant lui, plus Link se rendait compte que des lueurs étranges se mouvaient autour de lui. Des lucioles ? Il ne se souvenait pas en avoir déjà vu et surtout pas avec une lumière bleutée intrigante ! Clignant des paupières pour s'assurer que tout ceci était bien réel, il tenta bien de poser sa main sur l'une des créatures, avant que cette dernière ne s'éloignât aussi vite que possible, comme si le simple fait d'avoir voulu la toucher avait agi comme un souffle d'air puissant. Toutefois, bien que gardant ses distances, la forme lumineuse demeurait non-loin de lui. Y avait-il une chance pour que ces êtres fussent doués de raison ? En ce royaume, tant de choses pouvaient étonner l'esprit le plus incrédule !

Occupé dans sa contemplation, le jeune homme ne se rendit compte qu'au bout d'un instant qu'une forme spectrale l'observait de loin : il était donc attendu là-bas ? Ouvrant de grands yeux, il resta interdit durant quelques longues secondes. Il ne pouvait pas discerner ses traits, ni même s'il s'agissait d'un être vivant ou non. Se laissait-il manipuler par un fantôme sans même s'en rendre compte ? Il songea à rebrousser chemin, mais la brume s'était refermée dans son dos, ne lui laissant pas l'opportunité de s'échapper. Ses sourcils se froncèrent : quel que fut le danger, il se battrait autant qu'il le pourrait, quand bien même s'agissait-il d'il ne savait quel revenant qui hantait ces bois !

- Qui êtes-vous ? Interrogea-t-il d'un ton plus sûr de lui.

Seule la musique aux élans rieurs lui répondit, lui permettant de constater que cette dernière provenait bel et bien de la personne, ou de la chose, qui se tenait devant lui sans bouger. Quelle sorte d'âme se jouait donc de son malheur ? Pourquoi le fixait-elle ? Pourquoi faisait-elle mine de l'attendre ?

N'y tenant plus, le jeune hylien finit par choisir d'accélérer le pas, se mettant à courir dans la direction du fantôme… qui finit par reprendre sa course à son tour sans se laisser rattraper ! C'était à peine croyable ! Qu'était-il censé faire ? La suivre sans discuter ? Les histoires de gens perdus dans la forêt sans espoir de retour que Vann lui racontait, revinrent en sa mémoire. Et s'il venait d'être lui-même capturé pour être emmené dans un coin reculé de cet endroit, sans jamais revoir le monde du dehors ? En ce qui le concernait, il n'avait guère envie de terminer de cette façon, moins encore, de devenir un esprit errant à jamais, à la recherche constante d'une sortie ! En devenant ainsi, pensait Link, peut-être ferait-il ce que faisait cette créature : peut-être finirait-il par guider les voyageurs vers un destin sans repos, ni espoir. Cela, il n'était pas prêt à le faire, certainement pas.

Alors pourquoi courait-il sans prendre le temps de s'arrêter ? Sans prendre le temps de réfléchir et de résister à cet appel ? La curiosité ? Une intuition immense qui faisait battre son cœur et agitait ses sens ? Ce loup, qu'importait d'où il venait, durant leur combat contre les squelettes des plaines, Link avait bien entendu son hurlement. Non ! Son appel ! Quand bien même aucune parole distincte ne s'était fait entendre, il avait bel et bien eu la sensation d'être appelé ici, que c'était inéluctable. Son seul véritable regret était d'avoir entraîné son meilleur ami dans cette histoire.

S'apercevant qu'il perdait de vue la silhouette musicienne, Link traversa les bois au pas de course, écartant les branchages de son chemin, trébuchant sur des obstacles qu'il ne pouvait pas même discerner et cherchant à la rejoindre sans tarder : quelque-chose en lui donnait un signal d'alarme, celui qu'il ne serait plus en sécurité s'il venait à se séparer d'elle.

Un hoquet de surprise s'échappa soudainement des lèvres du jeune hylien ! La musique s'était subitement arrêtée et le voilà qui basculait en avant, n'ayant pas eu l'occasion de voir dans quelle direction il se dirigeait ! Cherchant à se rattraper, il battit un moment des bras : s'il ne freinait pas sa descente le long de cette pente enfouie sous les feuilles mortes, qui savait où il allait atterrir ?

Il n'eut guère besoin de se poser la question longtemps : tout venait de se stopper aussi rapidement que cela était arrivé. Sonné par sa rencontre inopinée avec le sol, l'écuyer fit de son mieux pour reprendre ses esprits, se laissant un instant de répit pour ce faire, sans bouger. Avec cette obscurité, il ne s'était pas attendu à dévaler ce passage étroit qu'il venait d'emprunter ! Voilà ce que coûtait de suivre n'importe quel spectre dans les bois !

Prenant appui sur ses mains, Link finit par se redresser sur les genoux, soucieux de savoir dans quel nouveau pétrin il venait de se fourrer. Et ce pétrin prenait la forme de ce qui sembla être un long couloir, perdu dans une noirceur dont il ne distinguait pas la fin. Seul le stigmate des Déesses avait l'air de décider de se manifester plus encore que précédemment. Apercevant ce dernier qui brillait plus fortement que jamais, Link ouvrit de grands yeux surpris. S'il ne comprenait pas la situation, il ne pouvait que se douter de ce qui se passait.

Le symbole de la Triforce qu'il portait, réagissait à cet endroit, l'y guidait sans qu'il n'eût besoin d'interprétation claire. Seule une pensée folle paraissait s'attarder dans son esprit, lui dictant de se remettre en marche pour suivre ce tunnel jusqu'à son but. Pourtant il hésitait, ne sachant si les histoires d'Impa à propos de cette marque étaient vraies : et s'il s'agissait d'une malédiction ? Il était déjà prisonnier de cette forêt, alors, avait-il seulement besoin d'un maux supplémentaire ? Ce n'était pas de cette façon qu'il sauverait Vann, ni qu'il trouverait un moyen de retourner en Hyrule et de chercher une solution pour empêcher ce qui était en train de se passer là-haut.

Mais, les esprits des Bois Perdus ne l'entendaient pas de cette oreille. Faute de la musicienne qui l'avait conduit jusque là, voilà que le loup de la plaine refaisait surface, au loin, éclairant faiblement les lieux. Se redressant d'un bond sur ses jambes en position défensive, Link fixa l'animal durant de longues secondes, avant que celui-ci ne décidât de pousser un nouveau hurlement. Non des moindres en réalité, car deux rangées de torches venaient de s'enflammer d'un seul coup, obligeant le visiteur à lever un bras en protection devant son visage, puis à s'adapter à la nouvelle lumière ambiante qui sévissait.

Les prunelles bleues du jeune homme se rivèrent au cœur de celles de la créature qui l'attendait patiemment, puis il hocha la tête. Il avancerait si cela devait être ainsi. Il resterait prudent, mais il avancerait. Le loup ne tarda d'ailleurs pas à disparaître de sa vue, une fois de plus, le laissant ainsi arpenter ces lieux jusqu'à en atteindre le bout. Quelle sorte de civilisation ancienne avait bien pu construire ce souterrain ? Il était bien évident qu'il n'avait rien de naturel. D'énormes pierres avaient été juxtaposées les unes sur les autres, comme s'il se fut agi d'un vestige laissé à l'abandon depuis des siècles. De la mousse y était collée et certaines racines d'arbres avaient réussi à passer au travers de certains interstices. Autrefois, pensa Link, les Bois Perdus ne devaient pas être si perdus que cela.

Bien qu'il pensât tout d'abord le contraire, il ne lui fallut guère de temps pour atteindre l'autre extrémité du couloir. En revanche, ce qui le poussa à se demander s'il n'avait pas perdu son temps, fut de se rendre compte qu'il n'y avait aucune issue. Une immense dalle de pierre gravée de symboles étranges en bouchait l'accès, offrant sa façade bleutée en guise de salutations et arrachant un soupir à fendre l'âme à son observateur.

Tout ce chemin pour tomber nez-à-nez avec un mur… Et quel mur ! C'était à se demander qui avait eu l'idée de jouer ce tour aux malheureux voyageurs qui auraient la folie de s'introduire là-dedans !

Le stigmate du jeune homme ne cessait pourtant pas son activité, attirant bientôt l'attention de ce dernier sur quelque-chose d'intriguant. Maintenant qu'il y songeait, ces symboles ne lui étaient pas inconnus. Tout en haut, siégeait ce qui lui rappela sans tarder l'emblème de la Famille Royale : cette forme d'oiseau aux ailes déployées, surmontée de la Triforce. Autour de ce sceau béni par les Déesses, des rayons d'énergie puissants s'élançaient sur ce qui avait l'air d'être Hyrule, imagée dans un passé lointain.

Si les fantômes de cette forêt l'avaient emmené ici, avaient-ils un lien avec cette période dont il ignorait les détails ? Tendant sa main gauche devant lui, Link fit mine d'y observer le symbole luisant, passant son regard sur celui qui était gravé dans la pierre, puis revenant sur le dos de sa main. Il n'y avait aucun hasard quant à cette ressemblance, ni à cette force qui ne demandait qu'à se libérer, en lui.

Pris d'une nouvelle intuition, le jeune hylien finit par poser sa paume contre le mur de granit, qui se mit brusquement à briller de milles éclats, l'aveuglant presque. Avait-il vraiment provoqué une réaction ? Il n'aurait pas pensé que cela fonctionnerait ! Osant entrouvrir les paupières, il dut se faire violence pour ne pas lâcher ce nouveau spectacle des yeux. La paroi s'évaporait progressivement en fines particules, s'échappant vers le ciel, passant au travers du plafond de ce couloir, pour se perdre il ne savait où. Il suffit de quelques malheureuses secondes avant que le passage ne fût totalement libre, lui cédant l'accès à la prochaine salle.

Tout à sa surprise de découvrir qu'il venait d'ouvrir une porte grâce au stigmate maudit qui le marquait depuis sa naissance, Link se laissa guider par la curiosité. Il devait savoir comment il avait pu faire ça, comment cela pouvait être possible pour un simple écuyer qui sortait de nulle part, après s'être perdu.

Etonné par l'immensité de la pièce dans laquelle il entra, il leva la tête pour déterminer à quelle hauteur se situait le plafond, couvert de peintures anciennes, qui marquaient des temps depuis longtemps révolus : ceux de guerres ancestrales qui avaient jadis frappé ces terres avec fracas. Des périodes dont on ne parlait plus guère que dans les vieux ouvrages, des périodes oubliées, plongées dans les affres du passé. La Triforce était à nouveau le centre de chacun de ces épisodes fragmentés. Hélas, il n'était plus possible de distinguer les visages de ceux qui combattaient le Mal. La plupart du temps, un homme seul, brandissant son épée, faisait face, succédait à des armées qui avaient tout tenté pour éradiquer le poison qui rongeait le Royaume depuis des siècles. A des ères de paix et de prospérité se mêlait irrémédiablement une force maléfique prête à tout pour assouvir ses désirs. Ces souvenirs révolus étaient aussi vertigineux qu'impressionnants. Personne n'avait donc eu vent de cet endroit ?

Le début de cette fresque incroyable prenait sa source dans ce qui ressemblait à une cité perdue au cœur des nuages, d'où un héros provenait, plongeant sur les armées ennemies sur le dos d'un oiseau rouge. Des lignes plus loin, plusieurs autres apparitions de héros se montraient les unes après les autres : celle d'un personnage portant un ocarina au creux des mains, qui semblait voyager dans le temps, celle d'un autre encore, sous la forme d'un loup…

Link eut un sursaut. Un loup ? Faisant quelques pas pour s'approcher et mieux distinguer ce qu'il venait d'apercevoir, le jeune homme écarquilla les yeux : cet animal était celui qui l'avait conduit ici, qui les avait sortis d'affaire dans les plaines, Vann et lui ! A quelques détails près, il s'agissait du même être ! Alarmé, il regarda bientôt aux alentours pour tenter de le voir de nouveau, cherchant des indices sur l'objectif de sa présence en ces lieux chargés d'histoire.

Au milieu de cette immensité et de l'herbe qui avait pris un malin plaisir à s'y installer, seul ce qui semblait être un mémorial trônait, couvert de lierre. L'écuyer se demanda qui avait été oublié au sein de cette prison végétale, ou bien à qui l'on avait rendu hommage ainsi. Devait-il se permettre d'approcher aussi impunément ? Après tout, n'était-ce pas là un lieu sacré ? Pour lui, en tout cas, cela en avait tout l'air. Il n'empêchait pas que l'on avait fini par le laisser à l'abandon. Link prit une inspiration avant d'entreprendre d'arracher les végétaux qui encombraient les mots gravés dans le marbre blanc, avec délicatesse, sans rien risquer d'abimer : ce n'était pas le moment de se montrer maladroit.

- « Ici repose le Héros qui sauva jadis Hyrule du Mal,

Puisse-t-il toujours veiller sur ces terres comme il le fit maintes fois par le passé,

Puisse-t-il être béni des Déesses pour ses actes et sa dévotion,

Dans la Lumière comme au Crépuscule,

Dans les Cieux comme sur la Terre,

Dans le Présent comme dans l'Avenir. »

Link parcourait ces lignes sans y croire. Il s'agissait du tombeau d'un héros légendaire dont les récits faisaient mention parfois. L'on disait de lui que sa bravoure était sans limites et qu'il s'en revenait sauver ces terres dès que les forces maléfiques s'y installaient. A la fois intimidé et émerveillé, le jeune homme prolongea sa lecture, déchiffrant les quelques mots qui avaient été inscrits en dessous de l'hommage :

- « Que ton Courage jamais ne tombe et que ton souvenir perdure.

Notre peuple te conservera pour toujours dans son cœur, toi qui fus notre espoir.

Je sais qu'un jour, nous nous reverrons. »

Il s'agissait de quelqu'un de très important. L'écuyer ressentait le fait de se trouver ici comme un honneur, bien qu'il ne sût pas exactement pour quelle raison il y avait été conduit.

- Tout ceci est un peu de ma faute…

Alerté par la voix qui venait de retentir dans son dos, Link fit volte-face, portant sa main à la garde de son épée, avant de stopper son geste aussi vite que possible à la vue de la personne qui se tenait devant lui. Une fois encore, la surprise était de taille…

- Princesse Zelda… ? Interrogea-t-il, incrédule.

Mais, il se souvenait pourtant avoir failli à sa mission de lui venir en aide, lorsqu'ils avaient tenté de s'échapper de la Citadelle ! Par quel miracle se trouvait-elle en ces lieux ? Si tout s'était passé aussi mal qu'il l'avait imaginé, elle aurait dû être entre les mains de Ganondorf à l'heure actuelle !

- Je ne pourrai m'attarder très longtemps en ces lieux, avoua-t-elle en faisant écho aux pensées du jeune homme, je n'en étais pas certaine, cependant mes doutes se sont dissipés lorsque ton nom a été prononcé. Lorsque ta main s'est embrasée du symbole sacré, j'ai su que nos destins seraient liés… comme ils furent liés par le passé. Tout ceci risque de changer ta vie à jamais. Es-tu prêt à entendre ce que j'ai à te dire ?

- Dès l'instant où tout a basculé, j'ai su que ma vie ne serait plus jamais la même, répondit Link en baissant la tête, pardonnez-moi d'avoir échoué à vous protéger.

Loin d'être fier de lui, il s'inclina devant elle, avant de river de nouveau son regard azuré dans le sien :

- Je suis prêt à vous écouter.

Zelda secoua la tête, montrant ainsi qu'elle ne lui en voulait pas d'avoir eu un instant de faiblesse face aux évènements qui s'étaient produits : elle-même n'avait pu réagir à temps pour empêcher tout cela. Toutefois, rien n'était encore véritablement perdu, si tous deux prenaient conscience de ce qui les attendait :

- A l'instant où je te parle, je ne me trouve pas dans la même dimension que toi. Je ne suis qu'une apparition temporaire provenant de ce que l'on nomme le « Monde des Rêves ». Ce mémorial renfermait un dispositif destiné à protéger Hyrule, si le Mal devait se montrer à nouveau. Tu as ainsi ouvert le « Chemin des Rêves », que chacun des habitants du royaume a emprunté. Malheureusement, tout comme toi et moi, l'ancien général a su se détourner de ce sortilège et fomente à présent une prise de contrôle totale sur ces terres endormies.

Ces terres endormies ? Que voulait-elle dire par-là ? La jeune femme dût noter son air interrogateur, car elle s'empressa de continuer :

- Le « Chemin des Rêves » est un peu le miroir de notre Hyrule, miroir à l'intérieur duquel j'aurais dû me trouver pour rétablir l'équilibre et endormir les forces maléfiques à jamais, sans risquer une nouvelle guerre. J'ai bien peur que cette vieille protection n'ait perdu de son pouvoir grâce à l'intervention d'une magie noire puissante. Me voici donc piégée dans cet autre monde, où Ganondorf semble rechercher quelque-chose. –Elle eut un instant d'hésitation, avant de reprendre.- Si tu es encore ici et non endormi, c'est parce qu'un pouvoir ancestral sommeille en toi, un pouvoir qui pourrait te permettre de voyager sur le « Chemin des Rêves » afin d'en enrayer le mécanisme et de permettre aux peuples d'Hyrule de s'éveiller.

- Pourquoi m'a-t'on conduit ici, si les risques étaient si grands ? Demanda Link, alarmé de savoir que la situation devenait grave par sa faute.

- Personne ne se doutait que le mécanisme serait corrompu. Pas mêmes les anciens esprits qui protégeaient ces terres. C'est le résultat d'un plan mis en place depuis des années. Nous n'avons rien vu.

- Depuis des années… ?

Tout ce temps, chacun de ces jours, chacun de ces mots réconfortants… Tout ceci n'était finalement qu'un mensonge ? Depuis combien d'années le Seigneur Ganondorf avait-il cessé d'être le Général que tout le monde avait en grande estime à la caserne ? Depuis combien d'années une telle attaque avait-elle été planifiée ? Combien d'autres étaient au courant de ce qu'il se produirait à la Citadelle ? Avaient-ils tous été formés pour grossir les rangs de cet homme lorsque ses desseins seraient dévoilés ? Tous ces discours sur l'honneur et le courage, le Gerudo n'en croyait donc pas un mot ? Toutes ces histoires au sujet de…

Link eut un sursaut, rivant une fois de plus ses yeux dans ceux de la princesse :

- Il recherche la Triforce… Mais, il disait que ce n'était pour lui qu'une vieille légende qui avait bercé sa vie. Il ne cessait d'en parler et de me raconter que cet artefact était capable de réaliser les vœux de celui ou celle qui mettait la main dessus.

La jeune femme hocha la tête à ses paroles. De tout ce qu'elle avait imaginé, c'était bien le pire qui semblait se réaliser, après des siècles de paix. Leur génération ne connaîtrait pas le repos des jours de douceur d'une vie simple.

- Les écrits du Château font mention d'un héros, finit-elle par dire en désignant la stèle derrière le jeune homme, un héros dont l'apparition coïncide avec celle des forces du Mal. De nombreuses légendes font mention de cette personne, poursuivie par un destin hors du commun. Cette tombe, celle du dernier héros en date, renferme un pouvoir sacré censé permettre à son successeur d'éradiquer les pouvoirs démoniaques qui s'abattent sur Hyrule.

- Son successeur ?

Link avait l'impression de ne pas bien comprendre à qui elle pouvait bien faire référence, haussant un sourcil intrigué, avant de se tourner vers le tombeau. Zelda conservait un silence presque religieux face à sa perplexité. Toutefois, il ne fallut guère de temps à l'écuyer pour comprendre à qui elle faisait allusion :

- Je serais le successeur du héros qui repose ici ?

- Le symbole sur ta main en est la preuve irréfutable, répondit la princesse non sans un air désolé, cependant, la force qui sommeille en toi ne s'est pas encore manifestée pleinement. Tu auras besoin de voyager longuement afin de la retrouver.

Elle lui laissa quelques instants afin de comprendre et de concevoir ce qu'elle venait de lui confier. Il était en droit de refuser qu'une telle tâche lui fût incombée. Sans aucun doute serait-il le premier de tous à le faire : mais, n'était-il pas compréhensible de ne pas vouloir d'un tel fardeau ? L'observant alors qu'il ne se retournait pas, Zelda fit de son mieux pour masquer sa tristesse : seule, elle ne parviendrait pas au bout de telles épreuves.

- Que dois-je faire ?

La question lui arracha une expression empreinte de surprise, autant que ce visage qui lui faisait face. La jeune femme ne put réprimer un sourire soulagé.

- Es-tu certain de ton choix ? Interrogea-t-elle.

- Je le suis, assura Link avec sérieux, mon plus grand rêve était de devenir un soldat capable de défendre notre Royaume et j'ai été incapable de vous venir en aide… Vous dites que je suis désormais le seul à pouvoir faire quelque-chose. J'ignore si j'en serai autant digne que mon prédécesseur, mais je ferai de mon mieux pour accomplir ce qui me sera demandé.

- Même au prix de devoir affronter celui que tu chérissais comme un père ?

Link eut un moment d'hésitation.

Non, il n'était pas prêt à affronter Ganondorf, même après ce qui s'était passé. Qui pouvait bien savoir s'il n'était pas sous l'emprise d'un sort ou si quelque-chose n'avait pas été omis ? Cela n'effacerait pas ses actes, certes, néanmoins, le jeune homme ne pouvait concevoir l'idée que sa vie n'ait été rythmée que par une effroyable comédie.

- Je veux croire que tout n'est pas perdu pour lui, murmura-t-il, je veux entendre ses explications et je veux les comprendre. S'il existe ne serait-ce qu'un seul espoir pour le ramener à la raison, alors je le ferai.

Zelda n'était pas aussi convaincue, bien qu'elle ne chercha pas à lui en faire part : après tout, en ce monde, rien n'était certain, rien n'était écrit, si ce n'était cette cruelle malédiction qui refaisait son apparition régulièrement pour les plonger au cœur de luttes sans merci. Tous deux ne feraient pas exception à leurs ancêtres : le seul point d'incertitude quant à cette destinée commune, était qu'aucun d'eux ne savait s'ils obtiendraient une victoire ou une défaite.

- L'un des esprits gardiens de ces lieux te conduira jusqu'à l'entrée du « Chemin des Rêves », reprit la jeune femme alors que son image commençait à perdre de son éclat, lorsque tu te trouveras dans l'autre monde, celui où chaque âme demeure en cet instant, il te faudra pénétrer dans les sanctuaires où sont enfermés les trois « Fragments de Vérité ». Seules ces reliques te permettront de revenir dans le monde réel et de briser le sortilège qui retient nos peuples prisonniers de cet espace.

- Où pourrai-je vous trouver ? Demanda Link, dont l'idée de lui venir en aide ne s'était pas envolée.

- Je crains que Ganondorf n'ait dans l'idée de se servir de moi afin de trouver la Triforce. S'il apprend l'existence des Fragments, sans doute se mettra-t-il également à leur recherche afin de regagner notre monde. Il me faut gagner du temps jusqu'à ce que tu parviennes à les obtenir tous les trois.

Plus Zelda parlait, plus sa vision commençait à s'effacer : elle ne pourrait pas rester plus longtemps en sa compagnie pour le guider davantage. Un léger sourire vint étirer le coin de ses lèvres, éclairant son visage angélique :

- J'ai confiance en toi, Link. Il me faut te quitter, mais je ferai moi-même de mon mieux pour t'aider dans ta quête. Bonne chance…

Elle n'eut pas le loisir de s'exprimer une nouvelle fois. L'illusion avait totalement disparu, laissant le jeune hylien à nouveau seul dans la pièce arrondie.

Tout ceci était invraisemblable. Durant l'espace de quelques secondes, il crut qu'il était de nouveau en train de faire l'un de ces cauchemars qui hantaient ses nuits d'enfant. Il ne s'était pas attendu à recevoir pareille destinée sur les épaules : c'était là un bien grand voyage que l'on lui demandait d'effectuer. Lui qui n'était que rarement sorti de la Citadelle, le voilà qui était censé se rendre dans un autre monde que celui qu'il connaissait. A cela s'ajoutait la disparition de Vann, dont il se remémora le souvenir après s'être remis de ses émotions. Devait-il seulement envisager de partir sans lui ? Sans avoir la moindre de ses nouvelles ?

Assourdi par le silence qui s'était installé dans les lieux, Link contempla de nouveau les scènes qui étaient représentées tout autour de lui : il était le successeur des héros qui étaient dessinés ici. Le stigmate sur sa main gauche n'avait rien de négatif : il ne s'agissait ni plus, ni moins que du symbole de son statut. Dame Impa l'avait-elle deviné lorsqu'elle s'était empressée de le rappeler à l'ordre à chaque fois qu'il avait le malheur de ne pas le cacher ? Avait-elle déjà des doutes au sujet de ce qui se passerait ?

Il perçut un mouvement du coin de l'œil, tandis que la musique entendue dans les Bois Perdus se faisait entendre. Cette fois, l'apparition ne bougeait pas. Etonné, le jeune homme fit quelques pas dans sa direction : la fillette aux cheveux verts cessa alors de jouer de son ocarina pour le dévisager. Elle était assise sur un grand coffre aux reflets bleutés : enfin l'avait-il aperçu ! L'on aurait dit qu'il n'y avait pas fait attention avant cela ! Amusée par l'air stupéfait du garçon, elle laissa échapper un rire :

- Bonjour, Link !