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L'Ultime Combat

« Tu sais, Meg, j'aurais voulu te suivre, mais je me devais de m'enfuir… Où étais-je à présent ? Qui étais-je ? Une sorte de spectre oscillant vaguement entre les deux camps… Non, je ne voulais pas rester là, ainsi… Et risquer de voir celle que j'aimais être obligée de me détruire… »

L'aurore se montra rapidement à Poudlard. Beaucoup trop rapidement. En raison des déclarations de Meg de la veille, beaucoup appréhendaient le matin, se demandant s'ils allaient réellement se faire attaquer par les Mangemorts.

Bien qu'elle ne fît pas entièrement confiance à Meg en raison de son caractère bizarre, McGonagall avait tout de même pris certaines mesures pour faire protéger le château, avec les autres professeurs. Diverses potions et pièges avaient été préparés au cas où et Rusard avait gardé l'œil ouvert toute la nuit.

Ils s'étaient donc vaguement préparés en vue d'une éventuelle attaque mais sans y croire réellement ou du moins, en essayant de se convaincre qu'il ne se passerait rien. Après tout, nous n'étions même pas encore en mars, et ce n'était pas dans les habitudes de Voldemort d'agir si tôt dans l'année…

Meg, quant à elle, était restée au château mais n'avait pas fermé l'œil de la nuit, constamment sur ses gardes, sachant qu'ils allaient bientôt arriver.

Elle resta alors ainsi, allongée dans son lit, aussi immobile raide qu'une morte, jusqu'aux premières lueurs de l'aube, les yeux grands ouverts et le cœur battant trop vite.

La grande bataille était sur le point de commencer.

Et comme pour confirmer cela, alors que le soleil se levait à peine timidement, elle entendit un bruit sec et lointain. Elle sursauta et se redressa instantanément, dressant l'oreille jusqu'à ce que le bruit reprenne avec davantage d'insistance quelques instants plus tard.

Elle était déjà habillée, aussi, elle sauta immédiatement hors du lit et se précipita en bas avec frénésie, un cri strident la faisant bondir au même moment.

En arrivant dans le hall, Meg vit alors que Drago avait été pris en otage par trois Mangemorts dont les baguettes pointées sur sa tête menaçaient de le faire exploser d'une seconde à l'autre.

Autour d'elle, les professeurs et élèves de Poudlard se trouvant là n'osaient faire un geste, attendant ce que Voldemort allait dire.

-Drago Malefoy, tu es accusé de trahison envers moi, ton Maître, déclara le Seigneur Noir de son horrible voix sifflante et cadavérique.

En regardant aux alentours, Meg eut alors le souffle coupé par ce qu'elle découvrit. Ses yeux lui jouaient-ils des tours ? Avait-elle des hallucinations ? Non, ce n'était pas possible, elle rêvait certainement… Pourtant, ce rêve semblait bien réel…

-Luke ! s'écria-t-elle en le reconnaissant, venant d'arriver, un peu en retrait des deux groupe. Je n'arrive pas à croire que vous soyez là, venez-nous aider !

-Luke ? répéta Greyback en ricanant. Que voilà un bien joli surnom !

Se rendant compte que Meg n'allait pas tarder à savoir qui il était en réalité, Lucius baissa les yeux et commença :

-Meg… je suis désolé.

-Désolé de quoi ? s'étonna Meg en fronçant les sourcils.

-Vous êtes vraiment bizarre, vous ! déclara alors Drago à l'intention de Meg. Vous qui aviez l'air tellement pressé de savoir où se trouvait mon père pour le détruire, selon vos propres termes, vous semblez à présent bien amicale avec lui !

Ce fut comme si un énorme et puissant éclair avait frappé Meg en pleine poitrine à cet instant-là. Le choc était si grand qu'elle crut pendant un instant que ses poumons se vidaient complètement. Luke… Lucius… non… non…

-Lu… Luke… bredouilla-t-elle d'une voix qui lui fit peur à elle-même.

-Meg, laissez-moi vous expliquer… commença-t-il d'un air implorant en avançant vers elle mais Greyback, qui menaçait toujours Drago, l'en empêcha.

-Je te conseille de te tenir tranquille, Lucius, gronda-t-il.

-Vous êtes… Lucius Malefoy ! hurla alors Meg en une horrible prise de conscience. Vous m'avez menti… Ce… non ! Oh, ce n'est pas vrai !

Non… ce n'était pas possible… Elle n'avait pas pu tomber amoureuse… de son pire ennemi ! C'était un cauchemar… ce n'était pas vrai… Celui qu'elle maudissait tant et pour lequel elle avait vécu pour le tuer était en réalité celui pour lequel elle avait envie de vivre à présent… Sans le savoir, voilà qu'elle s'était mise à aimer profondément celui qu'elle haïssait le plus au monde… et qu'elle allait devoir tuer, car c'était sa mission et ce pourquoi elle était venue ici…

Autour d'eux, le combat avait repris et des éclairs de sorts dangereux jaillissaient de partout, excepté de l'endroit où se tenaient toujours Greyback, Drago, Lucius et Meg, qui le contemplait le regard vide, comme s'il était un spectre.

-Meg… fit Lucius d'une voix douce.

-Si vous êtes Lucius Malefoy, l'interrompit Meg en tentant de retenir les larmes hystériques qui lui montaient aux yeux, alors vous êtes mon ennemi mortel ! Peu importe toutes les jolies choses que nous ayons pu nous dire !

Sous les regards effarés de Greyback et de Drago, elle leva alors sa baguette sur Lucius, le visage dur, les lèvres serrés, le regard féroce, mais la main tremblante… Lucius, quant à lui, ne bougea pas d'un pouce, ne cherchant ni à l'arrêter, ni à se défendre, se préparant tout simplement à accepter son sort avec dignité. Car il le méritait. Pourquoi vivait-il après tout ? La dernière personne qui croyait encore en lui venait de se rendre compte qu'elle le haïssait du plus profond de son être…

-Vous êtes immonde… balbutia Meg, sa baguette toujours pointée sur lui. Comment avez-vous pu ?

-Meg, je sais que je vous ai menti mais il faut me comprendre… commença Lucius d'une voix douloureuse. Mais je n'ai pas souvenir d'avoir fait du mal à votre famille… Qui est-elle ? Comment s'appelle-t-elle ?

Mais Meg ne répondit rien, continuant à le regarder d'un air indéchiffrable, mêlant la haine et… la tristesse.

Sa main restait tremblante et pétrifiée, ses lèvres collées l'une à l'autre, incapable de bouger. Et malgré sa haine et sa mission, incapable… de le tuer.

Lucius s'aperçut du dilemme de la jeune fille et allait ouvrir la bouche pour lui parler lorsque Greyback, qui commençait à perdre patience, prit la parole d'un air abrupt :

-Bon, assez perdu de temps, Lucius. Tu nous as suffisamment fui et nous devrions te tuer pour ta lâcheté envers le Seigneur des Ténèbres mais comme tu as toujours été un bon élément pour nous, il a décidé de te donner une chance… Si tu nous rejoins, tu fils sera épargné, déclara-t-il en serrant plus méchamment la nuque de Drago, toujours prisonnier.

La tête de Lucius tournait, il ressentait une douleur aigue dans le ventre et ne parvenait plus à faire un geste. Il ne voulait pas redevenir Mangemort, ça non. Il aurait encore préféré se jeter du haut de la plus haute tour du château plutôt que de s'abaisser à redevenir l'être immonde qu'il méprisait tant… Mais s'il était à présent prêt à mourir pour échapper à l'emprise de Voldemort, il n'était pas prêt à laisser son fils se faire tuer devant ses yeux…

Alors instinctivement, il avança pour se placer entre Meg, Greyback et Drago, pour ne pas qu'il ne leur fasse du mal.

-Greyback, ne touche pas à mon fils, ordonna Lucius d'une voix calme mais dure.

Mais heureusement, des renforts arrivaient, ce qui sortit Lucius de sa mauvaise posture. En effet, des sorciers du côté de l'Ordre débarquaient et se jetèrent immédiatement sur les Mangemorts.

Lucius vit Bellatrix fondre lui tel un spectre, prête à le tuer, mais il prit les devant et lui lança le sortilège de la mort juste avant qu'elle ne le fasse à sa place. Juste après cela, il se retrouva frappé par un éclair dont il ignora la source – les noms de sorts étouffés par les cris provenant de partout – et tomba à la renverse sur le dur plancher, à moitié assommé.

Il vit alors du sang, des éclairs, des corps tomber par terre près de lui, entendit des cris, des ordres, des hurlements horrifiés, de douleur… Il tenta de se relever avec difficulté et alors, il aperçut Meg, à quelques mètres de lui, se battre avec un Mangemort dont il ne reconnut pas l'identité. Le regard de la jeune femme croisa le sien, l'ombre d'une seconde, impénétrable, jusqu'à se retourner à nouveau pour achever son combat. Lucius était accablé. Pourquoi continuer à se battre, à vivre, et même simplement à se redresser, puisqu'à présent, Meg le méprisait tout comme elle le haïssait ?

Tandis que Lucius philosophait intérieurement sur tout cela, il sentit un éclair de sort brutal et paralysant le frapper en pleine nuque et il n'eut même pas le temps de crier car déjà il sombrait dans les limbes de l'inconscience.

¤¤¤

Lorsque les yeux de Lucius se rouvrirent péniblement, émergeant laborieusement de son évanouissement, tout était flou autour de lui, et il se sentait froid et gelé comme jamais, sentant un vent glacial lui fouetter les joues. Peut-être était-il mort durant la bataille, après tout ?

Mais cette pensée se chassa vite de son esprit lorsque sa vue redevint normale et qu'au-dessus de son visage il parvint à distinguer celui de son fils, semblant inquiet et affaibli.

-Papa ! Comment tu te sens ? s'exclama Drago.

-Je… ça va, parvint à murmurer Lucius d'une voix qui lui parut horriblement lointaine. Que… que s'est-il passé ?

-Tu as perdu connaissance pendant le combat, assommé par quelqu'un, j'imagine, expliqua Drago. Ceux de l'Ordre ont gagné, ils étaient plus nombreux. Quelques pertes pour eux mais ce n'est rien comparé aux partisans du Seigneur des Ténèbres. Lui est mort, tué par Potter qui semble avoir survécu. Les Mangemorts rescapés ont apparemment tous été capturés. Enfin, tu imagines… Et comme nous… enfin, toi et moi, semblons définitivement être reniés des deux camps, j'ai jugé préférable pour nous de disparaître avant que quelqu'un ne nous réclame des comptes. Alors comme tu étais toujours inconscient, euh… je t'ai porté jusqu'en dehors du château, conclut Drago.

Lucius regarda autour de lui et remarqua qu'en effet ils se trouvaient à présent en dehors de Poudlard, près du lac, ce qui expliquait le froid qu'il avait ressenti.

-Tu as eu raison, Drago, déclara-t-il à son fils qui manifestement attendait une réaction de sa part. Mais dis-moi…

Il s'interrompit. Il avait presque peur d'entendre la réponse.

-Que… qu'est-il arrivé à… Meg ? demanda-t-il d'un ton éteint.

-Elle a survécu au combat, répondit Drago en haussant les épaules. Elle a été très utile pour l'Ordre, même si personne ne la connaît, apparemment… C'est elle qui a annoncé à tout le monde l'arrivée des Mangemorts et de la bataille finale, hier… Alors évidemment, tout le monde lui a demandé des comptes, tout à l'heure. D'où elle savait cela, qui était-elle, exactement… Mais elle s'est contentée de hausser les épaules et de répondre que beaucoup de monde aurait dû mourir cette nuit, avant de partir je ne sais où après avoir ajouté que le futur ira mieux… De toute façon, je suis parti juste après elle alors je n'ai pas eu le temps de bien voir…

Mais pour l'instant, une seule pensée habitait et rassurait Lucius : Meg s'en était sortie… Même si elle allait probablement vouloir le traquer et le détruire, la pensée de la savoir vivante lui réchauffait le cœur. Et même si elle le haïssait toujours, jamais elle ne pourrait savoir à quel point elle avait changé sa vie…

Néanmoins, il devait partir. Si l'Ordre ne le recherchait pas, Meg, elle, le faisait peut-être déjà. Il ne serait pas à l'abri ici. Il lui fallait retourner dans les montagnes, loin de tout… comme un reclus jusqu'au restant de ses jours.

-Drago, commença Lucius d'une voix ferme. Tu as été innocenté il y a déjà un moment alors tu n'as rien à craindre, contrairement à moi. Nous ne pouvons pas rester ensemble donc il faut que tu retournes chez ta mère. Tu ne pourras plus avoir d'ennuis.

-Mais… balbutia Drago. Et toi ?

-Ne t'inquiète pas pour moi, répondit Lucius d'un air évasif. Je m'en sortirai et je te donnerai des nouvelles… Mais il faut que tu partes maintenant, Drago. C'est trop dangereux pour toi de rester avec moi. Surtout à présent que tu es libre de vivre ta vie.

Drago hocha silencieusement sa tête. Il savait bien que dans ces moments-là, il était inutile d'argumenter avec son père. Aussi se contenta-t-il de promettre à son père de lui obéir avant de le serrer dans ses bras, ce que jamais il n'avait encore osé faire.

-Bonne chance, papa, murmura-t-il.

-A bientôt, mon fils, répondit Lucius, touché, en tapotant le dos de Drago.

Et après un dernier adieu à son fils, il partit, avec la ferma intention de ne jamais revenir, et d'oublier Meg, même si cela allait probablement être la chose la plus difficile qu'il eut eu à faire de sa vie…

¤¤¤

Le lendemain, à Poudlard, chacun se remettait du combat. Beaucoup avaient été emmené à Ste-Mangouste de même que les corps de ceux qui n'avaient pas survécu. Harry était toujours inconscient à l'infirmerie de son combat avec Voldemort, mais ses blessures étaient légères et il ne pouvait que s'en sortir.

Ginny s'était endormie à l'infirmerie au chevet de Harry et attendait qu'il se réveille, le sommeil agité de mauvais souvenirs dus au combat. Elle n'avait pas été blessée et s'était portée volontaire pour s'occuper de Harry ainsi que de tous les autres blessés légers se trouvant à l'infirmerie.

Elle dormait toujours lorsqu'une main se posa avec douceur sur son épaule pour la secouer légèrement. La jeune fille ouvrit les yeux et secoua la tête avant d'apercevoir le visage de Meg la regardant avec une expression anxieuse.

-Comment vas-tu, Ginny ? lui demanda-t-elle.

-Je vais bien, répondit cette dernière en se levant. Et toi ?

-Mieux. Euh… Ginny, pourrais-tu donner ceci à Ron, s'il te plaît ?

Disant ces mots, Meg lui tendit une enveloppe blanche sur laquelle étaient griffonnés les mots « Pour Ron ».

-Euh… bien sûr, répondit Ginny en se saisissant de l'enveloppe. Mais… si tu veux, Hermione est juste dans le couloir, elle pourrait sûrement…

-A Ron, répéta Meg d'un air étrange. Ne donne cette lettre à personne d'autre qu'à Ron. Personne.

Ginny acquiesça alors et, perplexe, suivit du regard Meg qui s'en allait d'un pas lent, ayant tout juste le temps d'apercevoir des larmes qui perlaient de ses yeux…


A/N : Niark !