Il est sur le sol, la chemise grande ouverte. Elle est à cheval sur lui et a ses mains sur son torse. Je la vois se pencher vers son visage.
Les larmes me montent aux yeux. La bile remonte ma gorge. Je vais vomir.
Il ne manquait plus que ça !
Je devrais entrer, la prendre par le col, l'envoyer au dehors de mon bureau et surtout ailleurs que sur mon homme. Je devrais regarder ce salaud de Mulder en face et lui coller la plus magistrale claque qu'il ait jamais reçue.
Mais c'est comme si toutes mes forces s'étaient envolées. Comme si tout d'un coup, sept ans d'illégitimité à être jalouse me revenait en pleine gueule. Je souffle difficilement. Au fond de moi, la Scully qui n'avait pas droit de propriété sur Mulder est toujours là. Celle qui devait le voir flirter avec d'autres femmes sans pouvoir rien y redire, elle est là. Elle n'a jamais vraiment assimilé que ça y est. Maintenant, il est à moi. Enfin… A moi…
Pas tant que ça apparemment…
La colère l'emporte maintenant sur la paralysie. Je crois que je pourrais tuer. Je dois m'éloigner. Au prix d'un effort surhumain, je leur tourne le dos et je claque la porte si fort que les murs en tremblent.
Moi aussi, je tremble. Violemment. D'une démarche raide, je me dirige vers l'ascenseur. J'entends derrière moi la porte de notre bureau qui se rouvre.
- Agent Scully ! crie la blondasse.
Les oreilles me brûlent et je presse le pas.
J'appuie sur le bouton. Elle court vers moi.
Bordel ! Que ce battant s'ouvre !
Elle se rapproche encore.
- Agent Scully ! Attendez !
Ça y est ! L'ascenseur s'ouvre enfin ! Je me rue à l'intérieur.
- Dégagez Kim !
La plaque de métal va se refermer mais elle glisse son pied. Risqué avec ce matériel défectueux !
- Aaaah !
Elle crie. Et j'en retire immédiatement un plaisir intense et coupable.
- Aidez-moi ! Mon pied est coincé !
- Je ne suis pas sûre d'en avoir envie, maugrées-je.
Mais bon. Je tire le cadre lourd à deux mains et parviens à lui dégager la cheville. Elle a mal de toute évidence.
Pendant une seconde, j'ai pitié pour elle. Mais quelle conne je suis ! ! !
- Merci, lâche-t-elle en se mordant les lèvres.
- Maintenant, foutez-moi la paix Kim sinon, il n'y aura pas que votre pied qui se retrouvera en bouillie, croyez-moi !
- Mais… ! proteste-t-elle.
L'ascenseur se referme sur son visage abasourdi. Je me laisse tomber contre la paroi du fond. A quoi joue-t-elle ?
A QUOI JOUE-T-ELLE PUTAIN ? ! ! !
A nouveau les larmes me viennent.
Et lui ? Comment a-t-il pu me faire une chose pareille ? ! ! !
xxxxxxxxxxxxxxxx
- C'est elle ? je crie.
Bordel ! Bien sur que c'est elle ! Qui d'autre aurait claqué ainsi la porte en manquant de faire s'écrouler tout le bâtiment. A tous les coups, elle s'est imaginé n'importe quoi. Scully a toujours été jalouse. Même quand elle n'en avait pas vraiment la légitimité. Qu'est-ce que j'ai pu rire à la voir essayer de contenir sa colère et son dépit parfois.
La vache ! … Ouch…. J'ai mal à la tête !
Bon, on attendant, là, ça ne rigole plus. Scully nous a vus dans une position… ben… équivoque et maintenant… elle doit être folle furieuse !
- C'était elle, confirme Kim en revenant vers moi. Elle grimace en se tenant la cheville. Je crains de n'avoir commis un impair en vous grimpant dessus, ajoute-t-elle en toute innocence.
- Ce n'est pas de votre faute. Elle est un peu…
Je lui adresse un sourire en guise d'excuse.
- … un peu sanguine, peut-être ?
- Scully est du genre implosif. Elle contient tellement que c'est à l'intérieur que ça pète. Dieu sait ce qu'elle va se mettre en tête…
- Incroyable ce que les gens peuvent s'imaginer parfois, commente Kim avec un étrange sourire qui se glisse sur ses lèvres.
- Euh…
- Elle a déchaîné l'imagination de ces messieurs avec sa sortie d'hier à la réunion, mais de vous à moi…
Elle avance à pas chaloupés vers moi. Tiens, oubliée la cheville… Je la regarde et je me sens tout chose.
- … si elle est extrêmement… hum…, vous savez, c'est donc bien que vous êtes extrêmement…
- Kim !
- Adroit, non ?
Je suis littéralement mortifié. Kim serait en train de… ?
Ses traits se détendent soudain et elle rit.
- Vous devriez vous voir, Mulder ! Ça vaut le détour !
Bon sang ! Le poids en moins ! J'ai cru mourir avec son petit numéro !
- Rassurez-vous. Je ne suis pas assez téméraire pour risquer l'affrontement avec Dana Scully en ce qui vous concerne, se marre-t-elle.
Maintenant que je suis rassuré, j'ai furieusement envie de faire le malin.
- Vous renoncez bien vite, je trouve !
- Qui a dit que je renonçais ? J'ai juste dit que ça ne se ferait pas sans elle… susurre-t-elle avec une moue passablement licencieuse.
Gloups.
Finalement si. Je suis mourru.
Je n'ai pas rêvé ! Cet air gourmand qu'elle a…
Ooooh ! Kim ! ! !
Elle balaye d'un geste désinvolte de la main sa Proposition.
Et quelle proposition ! Est-ce que j'oserais jamais en parler un jour à Scully ?
Mmm. Oui.
Le jour où je voudrais qu'on me suicide ! ! !
- Laissez tomber ! De toutes façons, j'ai déjà quelqu'un, dit-elle en reprenant son attitude habituelle de Kim-la-bonne-copine.
- Ah, dis-je stupidement.
Elle me tourne les talons et je jurerai que je l'entends murmurer « Quoi qu'il ne dirait probablement pas non ! »…
...
Je suis encore sous les chocs. Ma tête. La … proposition…
Je jurerai que j'oublie quelque chose…
Kim passe la tête derrière la porte.
- Et sérieusement, allez voir Scully. Qu'elle vous examine et surtout, dites-lui pour les photos. Je vais renvoyer le message à l'expéditeur en disant que c'est un montage. Qu'elle m'appelle pour qu'on en parle.
Photo ? Montage ?
De quoi parle-t-elle ?
J'ai un flash.
Photo…
Oh, Scully ! Non ! ! !
xxxxxxxxxxxxxxxx
Peut-être me suis-je méprise… Peut-être que j'ai mal interprété des signes… Parce que… il m'aime, non ?
Peut-être que Kim lui a sauté dessus et qu'il n'a pas pu se défendre !
Oui. Enfin bon. Il faudrait que je reste crédible avec mes peut-être…
Je traverse les couloirs à pas vifs depuis quelques minutes laissant les pas me guider vers mon but quand je réalise que les gens se retournent discrètement sur mon passage. J'entends des murmures dans mon dos. J'accélère.
Alors, ça y est ? Ca commence déjà…
Je ne dois pas me laisser déstabiliser par Mulder ou Kim. Je dois garder ma ligne et avancer, coûte que coûte. Parce qu'en termes d'ennuis, j'ai déjà de quoi faire.
Compartimenter. Voilà ce que je vais tenter. Je compartimente, et ce soir, au calme, je lui administre la baffe de sa vie. Et puis je lui demande des explications.
Ou l'inverse peut-être…
On verra.
En attendant, je dois aller trouver le « soutien » de Ricky au FBI… Si j'avais su que c'était lui…
Je tire un peu sur ma veste pour me redonner une contenance et je frappe à la porte du labo.
- Entrez ! me lance une voix de l'intérieur.
Je tourne la poignée et j'entre.
Il se tourne vers moi et lorsqu'il me reconnaît, il se lève et vient à ma rencontre avec un air grave, visiblement désolé.
- Je n'aurai pas cru que je viendrais un jour discuter bagatelle avec vous, lances-je le plus bravement possible en faisant mine d'en rire.
Il ne répond pas et me tend deux feuilles. Je les saisis, pas vraiment étonnée mais avec une sourde angoisse qui monte en moi. Les choses vont vite paraît-il dans ce genre d'affaires… Immédiatement son visage s'empourpre et il se détourne, comme s'il ne voulait pas s'immiscer dans l'intimité des mes émotions.
Je baisse les yeux et j'ai un hoquet.
Les salauds ! ! !
Je ferme les yeux comme si cela pouvait repousser l'image détestable que je tiens entre mes mains.
- Ce n'est pas moi, je murmure dans un souffle.
- Je n'en ai jamais douté, dit-il d'une voix que je ne lui connais pas et qui vibre d'une colère contenue.
Et d'un geste mâle et étonnamment assuré, il me reprend les photos des mains et les passe à la déchiqueteuse en serrant les dents. Il récupère les bandelettes fines puis se dirige d'un pas déterminé vers le petit cabinet rattaché à son espace. Je le vois disparaître deux secondes et ressortir aussi vite laissant résonner derrière bruit le bruit éclatant comme une cascade d'une chasse d'eau.
- Voilà ! grince-t-il. Maintenant chaque chose est exactement à sa place !
Vraiment ? Parce que moi, là, je suis au trente sixième dessous. J'hésite entre pleurer et hurler. Et le pire, c'est que je sais que je ne ferais aucun des deux.
- Agent Scully ?
Je me tourne vers lui.
- Je suis toujours là…
- Demandez-moi ce que vous voulez. On va leur faire ravaler leur merde, assène l'habituellement si pacifique agent Pendrell.
xxxxxxxxxxxxxxxx
Je dois la retrouver avant que…
1) elle ne se mette martel en tête
2) elle découvre autrement que par moi ce qui circule
C'est presque une question de vie ou de mort. Je me lance dans les couloirs. Et à voir, les regards de mes « collègues » sur moi lorsque je passe, nul doute que l'offensive de Clayton et Stiletti a déjà bien progressé.
Alexander Brastov, un agent du service de protection des témoins, m'arrête en me saisissant le bras.
- Je suis pressé, Alex
- Tu cherche Scully ?
- Ouais !
Je le défie du regard. S'il a un problème avec MA Scully, qu'il balance ! Et je lui ferai tâter de mon poing !
- Elle s'est fait des ennemis hier, n'est-ce pas ?
- Je n'ai pas le temps !
Je me dégage vivement. Et je commence à m'éloigner à pas vifs.
- Deux choses alors, me crie-t-il dans le dos. Primo, elle est au labo…
Je me retourne et je reviens vers lui.
- Merci, je lui dis après une hésitation. Et… deuxio ?
- Deuxio, c'est un faux n'est-ce pas ?
- A ton avis ? !
- Je pense que c'est un faux. Ça ne lui ressemble pas.
Je sens soudain mes épaules qui s'affaissent. Ils sont en train de démolir la femme que j'aime et je ne sais pas comment les en empêcher.
- Tout le monde est déjà au courant ?
- On ne parle que de ça ce matin… après avoir glosé hier sur son « extrêmement bien… » - il s'arrête prudemment – euh…
- Je vois. Tout le monde s'en donne à cœur joie.
- Certains oui.
Je l'interroge du regard.
- Et les autres ?
- Les autres ne peuvent s'empêcher de noter la sortie très opportune de ces photos compromettantes, Mulder. Et puis…
- Et puis…
- Dana Scully est une femme mystérieuse pour la plupart d'entre nous mais elle est respectée. Et pour beaucoup, ce qu'elle a dit hier ne la rend que plus respectable…
- C'est vraiment ce que tu penses ?
- Oui, mec.
- Alors fais-le savoir ! Ce n'est pas Scully !
Et je repars un peu plus vite vers le labo. Alors il y en a quand même au moins deux qui sont avec nous… Ça ne m'étonnait pas de la part de Kim mais Brastov… Franchement, ce type, je le connais à peine… Enfin tant mieux, me dis-je tout en croisant les œillades ricaneuses d'autres qui semblent vachement moins bienveillants.
J'arrive à l'ascenseur et alors que j'attends la cabine, je vois cette ordure de Porter taper dans les mains de deux de ses collègues en gloussant grassement. Il se dirige vers moi à grands renforts de clins d'œil vers sa basse-cour. Ça pue le pari de couilles molles !
- Hey ! Le martien ! m'apostrophe-t-il avec une familiarité que rien ne lui autorise à part une insondable vulgarité.
Je ne lui réponds même pas.
- T'es pas avec « Maîtresse Scully » ce matin ? ! Ah non, je suis con, elle en a d'autres à fouetter la salop-…
C'est plus fort que moi, je ne peux pas ! Je lui saisis le col sans lui laisser le temps de terminer et je le plaque contre le mur.
- Ta gueule, Porter ! Et tiens-toi en à ton constat lucide : t'es effectivement le roi des cons !
Il a du mal à respirer, mais l'enfoiré me crache quand même.
- Ça vaut mieux qu'être le roi des cocus.
Je le relâche et il s'écroule parterre. Je rentre dans l'ascenseur qui vient de s'ouvrir et alors que le battant se referme, je lui lance.
- C'est pas à toi que ça arriverait, hein ? ! Pas une femme n'est assez bête pour vouloir de toi même une heure !
Il frappe contre la porte mais c'est trop tard. L'ascenseur m'emporte déjà vers les hauteurs du building.
xxxxxxxxxxxxxxxx
Je ressors du labo. Pendrell est un prince. Ça en fait au moins un sur terre !
Il m'a promis de faire savoir le plus possible que les photos étaient des montages. Il a trouvé des indices paraît-il et il se fait un devoir de dénoncer la supercherie et de « déniaiser tous ceux qui gobent sans réfléchir » je le cite. Je l'ai rarement vu aussi remonté.
C'est bon de savoir qu'il y a des gens qui ne croient pas une seconde à ces caricatures sado-maso mais bon sang, si j'avais les connards qui ont fait ça devant moi, je serai capable de les étrangler, je crois !
Tant de pulsions meurtrières en si peu de temps ! Je ne suis pas sur la bonne pente ! Seigneur, il faut que je retrouve ma tête froide et ma sérénité. C'est vital. Sinon, je ne ferai que m'enfoncer aux yeux des tous les petits esprits qui n'attendent que ça.
Mais pourquoi ? !… Pourquoi au nom du ciel Mulder m'a-t-il fait… ÇA juste LÀ ? ! ! !
Je souffle devant la porte de l'ascenseur. Je bascule ma tête vers le ciel pour essayer de faire rentrer les larmes qui menacent de s'échapper du coin de mon œil. J'entends le mécanisme qui s'ouvre. J'ai réussi à ravaler ma larme, je regarde droit devant moi.
Lui !
Toi !
Je fais un pas en arrière, mais il m'attrape et me ramène de force à l'intérieur de la cabine. Il appuie sur le bouton de notre sous-sol, me prend par les épaules et me dit.
- Maintenant, écoute-moi !
Paf !
(Dieu me pardonne ! Je n'ai pas pu la retenir celle-là parce que -…)
Paf !
(Bordel non ! Qu'est-ce que j'ai fait ? !)
…
J'en reste sur le c…
Il m'a renvoyé ma baffe !
Il me dévisage, manifestement horrifié par ce qu'il vient de faire.
Et moi, je me demande si je ne suis pas folle d'avoir ainsi frappé l'homme… que j'aime. Mais qui m'a, semble-t-il… trompé…
Il y a un silence sépulcral entre nous.
Et puis, de manière presque autonome, j'entends ma voix qui prononce un improbable :
- Un partout !
Il écarquille les yeux.
- Scully…
- En fait, non, rectifies-je. Tu avais une claque d'avance n'est-ce pas ? ! Et vous étiez à deux contre un, ça manque -…
- Scully arrête, supplie-t-il.
- … ça manque singulièrement de classe ! je poursuis en grinçant des dents malgré moi tant la rage m'étouffe.
- Ce n'était pas ce que tu crois !
- Et tu ne sais pas la meilleure ? ! Tu as bien choisi ton jour pour m'exposer à ce genre de scène-qui-n'est-pas-ce-que-je-crois parce que, moi aussi j'ai une révélation pour toi : figure-toi que je viens de découvrir qu'apparemment, je fais du somnambulisme sexuel sado-maso en ton absence !
Ça me fait mal de la voir ainsi. Elle essaye le cynisme mais je la sens démontée. Et c'est pour une bonne moitié à cause de cette connerie de méprise.
- Je sais pour les photos Dana…
Elle ravale sa salive et me regarde blessée. J'ajoute précipitamment.
- Je sais que ce n'est pas toi…
A cet instant et pour changer, la machine hoquette et s'arrête entre deux étages. Très bien ! Parlons alors !
Elle me fusille du regard.
- J'aimerais tellement pouvoir en dire autant à ton sujet !
Elle frappe sur le côté pour faire redémarrer l'ascenseur et il se remet immédiatement en marche mais cela ne me va pas. Je l'écarte, elle, et je tape à nouveau à droite du panneau. Je n'avais jamais essayé ! Ça marche ! L'ascenseur stoppe net !
Si les yeux de Scully étaient chargés, je serai déjà mort à l'heure qu'il est.
Elle me repousse et lance à nouveau son poing au niveau de l'emplacement stratégique. Marche. J'abats ma main. Arrêt !
Elle lève son bras, déterminé à ne pas lâcher, je le lui saisis et la plaque contre la paroi et je m'écrase contre elle en murmurant à son oreille.
- Tu vas m'écouter maintenant Scully ! Il ne s'est rien passé avec Kim ! C'est une méprise ! Tu t'es inventé des histoires et tu te fais du mal toute seule ! Regarde-moi ! j'ordonne en prenant son visage entre mes mains.
Elle lève son regard vers moi et je sens comme une fissure dans sa colère.
- Pas une seconde, je n'ai douté de toi face à ces clichés !
- Encore heureux, murmure-t-elle.
Mais je la sens ébranlée.
- Alors ne doutes pas de moi ! Te couper de tout le monde, c'est exactement ce qu'ils veulent. Ne leur offre pas ce bonus !
