Bonjour !

Je suis vraiment désolée du délai, je n'ose même pas regarder, mais à vu de nez ma dernière publication date probablement des dernières vacances scolaires. Je suis sincèrement désolée, et j'espère que vous ne m'en voudrez pas. J'ai énormément de travail, un concours dans un peu plus d'un mois (et puis aussi un demain, mais ça c'est autre chose).

Enfin, année aussi chargée que l'an dernier, sauf qu'en plus c'est la dernière chance, que cette année il est même possible que j'ai ce concours - ce qui serait... unbelievable ! Enfin, voilà. Très peu de temps, et je vous présente mes plus plates excuses.

Voici, tout de même, un chapitre de plus. Je vais tenter d'écrire un peu plus pendant les vacances, mais c'est pas pour tout de suite à mon avis : en tous cas, soyez assurés que je continue. Même si je comprendrais que certains me lâche en route...

Nous en étions au point où Victoire avait parlé à Teddy et lui avait expliqué ce qu'elle cherche. (Ca c'est pour le côté, ça fait 1000 ans que j'ai publié).

Je remercie d'autant plus chaudement Melfique et BobSherlock. Et tous mes autres lecteurs. Je sais que je suis en retard, mais euh... reviewez quand même ?

J'espère que ce chapitre vous plaira, et à bientôt j'espère,

Bises,

Bergère

Chapitre 5 : Au bal.

Cher Neville,

Merci infiniment de me laisser l'accès à la bibliothèque.

Je viendrai volontiers après les fêtes, dans le courant de janvier. Cela conviendrait-il ? Serait-ce plus simple si je viens pendant une période de vacances scolaires ? Je n'ai pas de réelles obligations : dites-moi ce qui vous conviendrait le mieux.

Bien à vous,

Victoire Lupin.

Elle avait longtemps hésité avant de lui répondre, mais au fond, s'il acceptait, il aurait été stupide de ne pas en profiter. Aussi s'était-elle forcée, hésitante. Et puis finalement, elle avait écrit un billet sans prétention, poli et assez direct. Il venait de partir porté par le hibou familial, elle pouvait passer à autre chose.

Depuis qu'elle s'était ouverte à Teddy, ouverte vraiment, une sorte de paisible douceur entourait son couple. Sans beaucoup de paroles, comme dans une pudeur émue, mais pleine de petites attentions, de douceurs, de sourires, de frôlements délicats. C'était la plénitude d'une compréhension qui englobait tout en respectant les particularités de l'autre. La nuit dernière, ils étaient restés assis sur le canapé, serrés l'un contre l'autre, lui lisant un dossier, elle feuilletant ce qu'elle était allée emprunter à la bibliothèque – un autre livre, une analyse sur le regard porté sur la guerre, à peine sorti, déjà acheté, il faudrait qu'elle remercie Mircea Vane.

Elle ne comprenait pas toutes les intrications « historiographiques » avait-il dit, de ces analyses. Mais elle comprenait qu'il y avait un certain nombre de dénis, de silences acceptés communément par une société qui avait encore besoin de temps pour voir les choses en face. Il y avait un long parallèle avec la situation du monde moldu, mais le résumé était trop succinct pour quelqu'un qui n'avait jamais appris que les dates des révolutions de gobelins. Là aussi, il faudrait qu'elle lui pose quelques questions. Qu'elle le remercie aussi : elle commençait à lui devoir vraiment beaucoup. Mais la série des questions, qui était venue s'ajouter à la liste des aspects et choses à interroger, devrait attendre plus tard : elle entrait dans le tourbillon des évènements de fin d'année.

Le lendemain, venait la fête de Noël du Ministère, le 23 au soir. Puis le 24, ils iraient chez Harry, ce qui voulait dire qu'ils passeraient des heures à une table interminable. Le 25 et 26, ils passeraient quelques jours chez ses parents – en espérant que son père n'aurait pas perdu encore un peu plus la mémoire. Le 29 décembre était consacré à une tournée des cimetières, et ce depuis le décès d'Andromeda – ils allaient se recueillir sur sa tombe, puisqu'elle les avait quittés ce jour-là, et bien sûr Teddy se sentait obliger de s'arrêter devant ses parents. De leur parler. Elle n'avait qu'à être là, silencieusement. Ce jour-là était dur. Et dès le 31, il fallait être prêt à recevoir quelques amis. Oui, les préoccupations de sa propre pensée devraient attendre : elle n'aurait pas assez de temps, pas l'esprit assez libre. Au moins cette année y avait-il un peu de nouveau : Michelle amènerait son petit-ami, il y avait la soirée du Ministère.

« - Chérie ?! »

Elle releva la tête brutalement : elle était encore debout, regardant sans la voir la maison d'en face, à l'endroit d'où était parti l'oiseau. Ces réflexions l'avaient emportée. Il n'avait pas dû se passer si longtemps, cela dit.

« - Oui ?

- Je me disais, commença-t-il, sa voix se rapprochant lentement. Je me disais que demain, tu pourrais demander à Hermione pour Minerva McGonagall. Ça sera la plus au courant, à mon avis.

- Ah. Oui, j'y penserais. »

Il avait encore de la mousse à raser sur la moitié du visage, sa baguette à la main, mais les yeux brillants de révélations. Visiblement, l'idée l'avait foudroyé alors qu'il était dans la salle de bain, ce soir, et il n'avait pas voulu attendre. Mais elle ne s'était pas attendue à cela, et sa réaction, sans doute, était décevante. Pourtant, il n'insista pas, fit un geste vague d'excuse envers son visage semi-rasé, et repartit dans la salle de bain. Ses efforts pour être parfaitement présentable avaient quelque chose de touchant, de mignon. Il était allé jusqu'à réessayer sa robe de cérémonie pour vérifier qu'elle était bien coupée. Mais elle ne critiquait pas : c'était une première, une opportunité, une reconnaissance professionnelle. Et même s'il s'agissait d'une stupide soirée, d'un détail finalement assez vain, elle ne pouvait que comprendre l'intense satisfaction qu'i monter un échelon si symbolique.

Elle avait joué le jeu à sa manière : avait promis une très belle toilette, mais laissé planer le secret. Et il marchait, s'en était drôle. Il avait même tenté de fouiller le placard… Elle le soupçonnait de faire exprès, lui aussi, d'en rajouter, d'en faire un jeu. Quoiqu'il en soit, ça marchait : ils jouaient à un jeu d'adolescents allant au bal, pour le plaisir de se tromper. Peut-être aussi par conscience latente du degré d'ennui qui planait réellement dans ce genre de soirées : polies, policées même, fatigantes de fausse gaité.

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« - Je n'irai pas pour tout l'or du monde.

- Severus, vous irez.

- Non.

- Si.

- Non.

- Quel âge avez-vous, pour l'amour de Merlin ?

- 4 ans, Minerva : trop jeune pour une soirée au Ministère.

- Je vous demande d'y aller.

- Non.

- Je vous ordonne alors d'y aller.

- Je vous déteste. »

Pour toute réponse, elle poussa un long soupir vaguement imprégné de ricanement. Ce genre de soirée était toujours plus drôle avec lui : parce qu'il critiquait tout, et qu'il se tenait noir et fermé à côté d'elle. Parce qu'il était une présence, d'abord, et ensuite parce que même si le mettre dans des situations impossibles lui valait souvent des regards glacials, au fond, c'était surtout drôle. Souvent, après une heure ou deux, il passait de son côté et choisissait de s'amuser des autres avec elle, et non pas de s'énerver contre elle. A partir de là, une soirée au Ministère devenait grandiose – quoique sa critique sans concession tombe parfois sur un vrai innocent. Mais d'abord, d'abord, le faire venir. Cette étape-là n'était pas encore réglée.

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S'observer dans ce miroir la ramenait à sa jeunesse. A cet âge de jeune femme où un trait de maquillage, une robe différemment coupée, une couleur moins pâle, une coiffure plus travaillée – un détail, en somme, parfois même une boucle d'oreille enlevée ou un sourire plus dessiné – semble changer toute une physionomie. Parce qu'on ne se connaît encore que comme on s'est vu, et que l'on ne s'est, finalement, que peu vu. Parce qu'avec cette expression, on ressemble à une femme accomplie, plus âgée et plus confiante : soudain transformée, autre de soi. Chaque nouvel angle de soi donne lieu, alors, à une découverte étonnée, presque passionnée, à une courte passion pour son reflet – dans un miroir, un éclat de verre, la surface d'une eau claire –, à une tentative de se retrouver sur l'image renvoyée, et à ne pas se perdre. A refaire le lien de soi à soi.

A son âge, on connait mieux les aspects de son visage et de son corps : la vieillesse prend lentement de l'empire sur des fragments de ce que l'on est, bien sûr, mais l'évolution est lente et le temps a souvent offert l'occasion de s'identifier à soi tant dans la plus grande simplicité que dans des tenues de parade. On se sait, en somme. Mais certaines tenues, certaines occasion, offrent l'espace d'un instant la possibilité d'un retour un arrière : en se retrouvant plus jeune, dans le miroir, ou en découvrant un aspect différent, un aspect déjà vu mais auquel les années donnent un nouveau visage.

Aujourd'hui, elle se découvrait majestueusement mûrie, comme une duchesse du 19ème qui, atteint 35 ans, s'habille avec faste pour un salon et est belle sans fraîcheur. Cette séduction nouvelle et étrange en elle, un peu surannée, lui était nouvelle. Pour peu, elle se serait sentie trop habillée, ridicule dans sa robe vert d'émeraude – mais elle savait qu'on ne lui en demandait pas moins, qu'on lui demandait cette grandiloquence de la tenue, cette exagération de l'élégance. Elle était femme d'un fonctionnaire promu, elle serait dans le ton.

« - Tu es prêt ?

- Je crois oui. Je n'arrive plus à faire mon nœud-papillon, mais sinon ça va !

- Comment ça ?

- Oui, je… »

Rapidement, elle sortit de la salle de bain et le rejoignit. Ils s'étaient croisés dans la maison, depuis qu'ils avaient commencé à se préparer. Il avait vu des lambeaux de tissu émeraude, des ongles de la même couleur sécher, un masque sur le visage qui lui donnait un ton jaune et fluorescent qui avait provoqué l'hilarité de l'époux sans pitié pendant plusieurs minutes. Enfin, il avait vu comme les indices incertains de l'idée d'ensemble, et quand elle débarqua en grands atours, les mains tendues pour se saisir du nœud-papillon qui, visiblement, avait décidé d'opposer résistance à la magie, il la fixa avec un air étonné, dubitatif, à la limite du désaccord.

« - Quoi ? lâcha-t-elle sèchement en s'attaquant au nœud.

- Je m'attendais à moins, répliqua-t-il, tentant d'observer l'ensemble mais trop proche pour le faire. C'est très beau, tu en jettes, mais je ne m'attendais pas à autant.

- C'est une critique ? demanda-t-elle en forçant un calme qui n'y était pas dans sa voix.

- Non. Je suis juste surpris. Positivement, Vic.

- Mouais, grommela Victoire en observant son ouvrage. Me dit le type en tenue de cérémonie qui va me tenir la main. Très crédible.

- Ta grimace faussement mécontente brise l'effet, je te le dis quand même, taquina-t-il.

- Quel effet ?

- Bah, fit Teddy l'air détendu, on voit arriver une duchesse bien élevée, et après elle fait la tête d'une gosse de 4 ans. C'est cocasse, non ? »

Il partit d'un éclat de rire – un peu trop aigu, le stress, sans doute, mais plein d'un vrai bon esprit – et elle retint la réplique acerbe pour se contenter de secouer la tête l'air atterrée. Que répondre à ça, hein ? Il était presque l'heure, ils tournèrent en rond, tout était prêt, le sac, leurs tenues, les sourires un peu tendu. Ils s'assirent sur un canapé et firent semblant de lire le journal pendant une dizaine de minutes pour occuper le temps qui ne voulait pas passer. Et enfin, il fut l'heure d'y aller. Elle prit sa petite pochette, lui se recoiffa un peu. Et comme deux poupées guindées qui vont au bal ils disparurent en un instant du pas de la porte et reparurent dans l'immense hall du ministère de la magie. La grande fontaine centrale, dorée et pourtant si grande avec ses multiples détails, était à peine visible : elle était entourée d'une foule déjà dense, agitée, bruyante.

Une sorte de multitude colorée, richement brillante, toujours en mouvement. Une ruche de hauts fonctionnaires, de personnages influents du monde sorcier. Dans le coin à gauche, quelques journalistes prenaient leurs repères, eux aussi, mais aucun des Lupin ne les avait encore repérés, trop occupés à chercher à comprendre où aller, quoi faire. Mais ils ne se tirèrent pas seuls de leur embarras : on vint les en sortir.

Souriant sous ses yeux fatigués et pleins de cernes épaissis par la vieillesse, Harry Potter fonça sur eux et les embarqua vers le bar. Il demanda des nouvelles, de la famille en général, de Michelle, du travail de Teddy. Il exprima sa joie de les voir ici, tant pour eux que parce qu'ils venaient le sauver de sa solitude. Hermione n'était pas encore là, et même si elle parvenait à trainer Ron il ne viendrait pas avant elle – ça, c'était certain. Enfin, personne d'autre ne viendrait, quoi, pas tout de suite. Il était seul, et vous savez, vraiment, ce n'est pas facile d'être célèbre.

Il avait le rire facile et léger en leur tendant des verres de champagne, parlant de tout et de rien sans pour autant donner l'impression d'une pure futilité : il semblait à sa place ici, malgré ses petites piques, et il ressemblait à un homme vieillissant mais heureux. Victoire mit du temps à déceler derrière le masque souriant les rides marquées, et dures, celles d'un homme qui sourit peu. A déceler sous ses cernes la marque d'un réel manque de sommeil. A sentir la joie seulement partielle de ce sourire : à se souvenir, tout simplement, de l'état dans lequel était Ginny.

Elle ne sortait plus, elle ne voyait presque plus personne. Voilà 5 ans, elle avait attrapé quelque chose, on ne savait pas trop quoi : elle était immobilisé sur un fauteuil, maintenant, presque incapable de bouger totalement. Elle ne parlait plus, et Harry semblait le seul à même de la comprendre. Savoir si elle avait faim, soif, besoin d'aller aux toilettes. Mais à sentir, aussi, son désespoir, l'horreur de sa situation : le seul compagnon d'un malheur profond et déchirant, dont on ne pouvait qu'effleurer la dureté en allant rendre visite au couple. Demain, ils seraient projetés dans ce monde où la maîtresse de maison ne pouvait plus diriger que son époux vers les tâches à accomplir. Doucement, elle se rapprocha de Teddy, saisit sa main, la serra fortement, comme pour se rassurer sur la présence de son bonheur à elle.

Lorsqu'Harry les quitta, parce qu'il devait aller rappeler qu'il était venu à qui de droit et serrer quelques mains, elle ne sentait plus du tout le stress de la nouveauté de sa présence ici. Elle ne se sentait pas anxieuse, non, mais pas curieuse non plus : son regard balayait les toilettes et les sourires avec distance. Elle reconnaissait des visages, et commença à suivre docilement Teddy dans sa tournée pour saluer les gens. L'heure avançait, elle souriait, prenait un air poli et intéressé. Quelque chose en elle était ailleurs : un peu dans la maison sans joie d'Harry, où ils persistaient à fêter Noël pour faire semblant d'oublier, un peu chez elle, dans son foyer heureux même si petit, c'est vrai. Et puis un peu aussi dans des souvenirs qui n'étaient pas à elle. Dans cette soirée-là, mais 50 ans plus tôt. Dans une joie qui lui semblait avoir été différente, ou factice.

Il était 22 heures, on tamisa la lumière, on recula un peu les banquets, on fit plus de place encore, et la musique prit plus de place : une valse d'introduction d'abord. Monsieur le Ministre invita une femme, un visage falot sans séduction, fardée comme pour faire oublier les défauts de sa carcasse – sa secrétaire, sans doute, ou peut-être son épouse. Neville traversa la place vide qui s'était créée, et proposa galamment une danse à une femme qui devait être à peu près aussi âgée que lui, fatiguée, sans doute une femme qui avait été belle mais qui avait surtout gardé des rides nombreuses : Victoire ne sut jamais qu'elle s'appelait Romilda Vane, qu'elle connaissait son fils, et qu'elle était invitée tous les ans parce qu'elle animait la soirée en dansant jusqu'au bout de la nuit et parce que par Merlin, après près de 50 ans à trier des papiers, on pouvait bien lui donner cette réjouissance.

Puis quelques autres couples, des couples mariés, des collègues. La piste se couvrit. Teddy prit son air le plus sévère et lui demanda si elle daignerait lui accorder cette danse et elle répondit avec toute la vertu qu'elle avait qu'elle pouvait lui accorder cela, mais peut-être pas plus. Et ils valsèrent : il y avait quelque chose d'étrangement naturel à brosser l'épaule d'un Ministre et la hanche d'une sous-secrétaire d'Etat. Peut-être avait-elle effectivement appris, avec le temps, à mépriser ce genre de choses : à en connaître, en somme, le peu de valeur. Le supérieur de Teddy l'invita à danser, ensuite, et puis un inconnu grisonnant dont le flux continu de compliments était gênant. Alors elle s'écarta de la piste et regarda virevolter les robes et tourner les têtes.

Au fond, elle ne s'était pas attendue à voir les gens s'amuser réellement, ici. Elle s'était attendue à plus de fausseté, à plus de danses guindées et vite terminées. A des compliments consensuels et des phrases polies. Et il y avait de tout cela, bien entendu. Mais pas uniquement. Il y avait aussi une forme de joie de vivre, libérée. Une forme de joie dont elle se sentait certaine qu'elle n'aurait pas pu exister – qu'elle n'avait pas existé – dans les célébrations de ce genre, avant-guerre. Elle se représentait toujours cette période sous une sorte de voile sombre, et à en avoir sensiblement éclairci sa vision à l'aide des études académiques, le noir lui semblait plus présent encore.

Alors comment concilier cette sensation sombre avec les lumières qui brillaient ici ? L'éclat des diamants sur les boucles d'oreille des femmes, et les colorations multiples des tenues. Tout compte fait, le vert émeraude de sa tenue toute d'opulence passait presque inaperçu, dans ce paysage : une couleur sans trait accentué. Il y avait une chaleur humaine, comme la radiance infernale d'une bonne vie ; et le désordre des danses, les chutes évitées, les corps entrant en collision, donnaient à l'effet d'ensemble la sensation de milliers de fragments toujours prêts à s'imbriquer.

.

« - Je ne comprends pas pourquoi nous allons nous amuser.

- Parce qu'on nous le demande, Minerva.

- Normalement c'est moi qui vous explique ce genre de chose, aboya-t-elle.

- Oui, mais d'habitude c'est quelqu'un qui m'est cher dont nous célébrons la mort anniversaire. Pas l'absence d'un Lord Noir dont vous savez qu'il a tué vos amis et qui est en fait terriblement présent.

- J'ai l'impression d'avoir 4 ans, Severus, avec vos explications.

- Je vous rassure, vous ne les faites pas, ricana-t-il. »

Elle se força à se lever, épousseta sa longue tenue de cérémonie noire, et attrapa sa baguette. Albus leur avait demandé d'y aller tous les deux, parce qu'il avait des choses à faire – comme disparaître et revenir avec la main blessée mortellement, lui avait fait remarquer Severus – et qu'il fallait une personne de chaque pôle de l'école, au vu du climat actuel. Ils allaient dans un champ de mine où il y aurait des bons et des méchants, une infinité de mensonges et de faux sourires. Et où on leur raconterait que le retour du Lord était finalement passé, n'est-ce pas : tout était étouffé dans un besoin d'oubli renouvelé.

« - Severus ?

- Oui ?

- Merci.

- Vous me remercierez comme j'aurais pris sur moi de vous faire danser pour vous éviter les bras de Malfoy – ou le scandale d'un refus.

- Parfois, mais parfois seulement, vous êtes vraiment exceptionnel. »

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« - Victoire, tu es magnifique. »

Elle sursauta brusquement et se retourna : elle s'était perdue dans sa contemplation au point d'en oublier ce qui était réellement auprès d'elle. Elle ne savait même plus où était Teddy. Juste à côté d'elle, si proche qu'elle manqua lui donner un grand coup en se retournant aussi vivement qu'elle l'avait fait, ce tenait Hermione Weasley. Une femme un peu arrondie, mais au visage encore très dessiné : par l'esprit qui y avait toujours flotté, peut-être, et par des rides nombreuses qui marquaient son visage sans en labourer la vieille délicatesse. Elle portait une longue robe noire, et une veste avec une boucle argentée : les cheveux gris attachés en arrière, le visage presque sans maquillage. Elle pouvait traverser la totalité de la pièce sans se faire remarquer, elle avait opté pour le plus simple appareil. Et elle la couvait du regard avec un sourire ingénument joyeux.

« - Merci beaucoup, vous aussi. Je suis désolée, vous m'avez surprise.

- Je ne me sens pas offensée Victoire, voyons. Ce n'est rien. Mais tu ne devrais pas mentir – et tu devrais me tutoyer, pour la millième fois.

- Mentir ? fit-elle, s'arrêtant à la première demande.

- Il n'y a aucune comparaison entre toi et moi, aujourd'hui particulièrement. Tu es vraiment magnifique, et j'en ai vu, des bals ministériels.

- Oh… euh, merci. »

Hermione trouvait toujours moyen de la mettre mal-à-l'aise. Elle semblait évoluer dans un monde parallèle et différent, plus noble et intelligent, d'une certaine manière, et possédait une bonté sans concession, presque exigeante dans son expression. C'était encore une énigme, et quelque chose en elle lui rappelait la sensation d'étrangeté qu'elle éprouvait face à l'image de Minerva McGonagall : bien que présente, faisant partie de sa famille, toujours prête à parler et à raconter, Hermione n'était pas plus palpable que l'ancienne directrice de Poudlard. Il y avait comme une volatilité de sa personne, un mystère de son caractère : tout semblait ordonné, derrière ce visage, d'une façon que personne d'autre ne pouvait réellement saisir.

Mais ce type de malaise ne durait jamais : Hermione ne l'aurait jamais laissé durer. Elle avait un sens trop aigu du cœur des hommes et de leurs sentiments. Elle ne savait que trop ressentir les fluctuations de leur âme.

« - Tu apprécies ?

- La soirée… oh, oui, oui. C'est moins guindé que je ne l'aurais cru.

- C'est que nombre des vieillesses décrépies qui t'entourent sont d'anciens combattants, et qu'au fond c'est une réunion d'anciens amis. Au-delà de la soirée officielle, et outre les camaraderies professionnelles.

- J'ai l'impression d'avoir 10 ans, à ne pas connaître ce monde, fit-elle dans un rire étranglé.

- Oh, moi aussi. Peut-être pas pour la bonne raison, bien sûr, mais enfin.

- Je comprends… »

Elles restèrent un instant l'une à côté de l'autre, silencieuses, à fixer la foule qui s'agitait devant elles. La ruche devenait un réseau d'amitié sous ses yeux, alors qu'elle réfléchissait à l'analyse d'Hermione. C'était vrai, la plupart de ces gens s'étaient connus avant : ils formaient une classe supérieure involontaire depuis des années, et ils partageaient beaucoup. Alors elle restait sur son idée qu'elle n'avait, d'une certaine manière, rien à faire ici : qu'elle était d'une autre génération, oui, et que son expérience et sa vie ne pouvaient se fondre dans ce groupement de martyrs joyeux.

Harry passa, avec à son bras une femme boitillante et râlant de tout : il semblait pourtant heureux de lui parler et d'écouter ses doléances. Victoire mit un peu de temps à reconnaître la très vieille Molly Weasley qui ne quittait que rarement l'appartement du couple de George Weasley : l'âge avait commencé à l'emporter vraiment et elle radotait de vieilles histoires passées et couvertes de poussière, sur sa jeunesse, son enfance, et sur la mort de son fils, Fred. Elle semblait avoir oublié complètement la maladie de sa fille, et se plaignait parfois de l'absence de reconnaissance de Ginevra, qui ne vient jamais me voir. Elle ne disait rien de son mari, non plus. Il leva un bras pour les saluer, sans doute plus Hermione qu'elle, et continua à traverser à pas lents la pièce.

Victoire se tourna pour regarder sa voisine : la septuagénaire avait le regard voilé et l'air profondément attendri. Elle marmonna comme pour elle-même pauvre Harry puis s'éclaircit la gorge.

« - Je crois que c'est le seul à supporter Molly, maintenant. Au fond, ils pleurent la même chose. Une moitié. »

Victoire sentit un frisson lui monter le long de la poitrine. Arthur était mort, lui, mort pour de bon. Mais elle pouvait comprendre que la détresse d'Harry était proche de celle que ressentait sa belle-mère : une perte irréparable. Peut-être souffrait-il encore plus, au ressouvenir constant que lui apportait la présence de celle qui avait été sa femme et qui n'était plus qu'une infirme désespérée. Elle serra ses mains l'une contre l'autre, dans un mouvement violent, étonnée de la violence du coup que lui portait cette pensée : pour l'amour de Merlin, elle connaissait la réalité de la vie, ses petites joies et ses petites tristesses, à présent. Elle aurait dû être vaccinée contre la puissance de l'émotion qui lui coupait les jambes et lui faisait monter les larmes aux yeux : sans doute était-ce l'effet de la surprise. Et le ridicule de ses hésitations la frappa.

« - Dites-moi, je pourrais vous poser une question ?

- Bien sûr. Je ne peux pas promettre la réponse, sourit-elle, par contre.

- Je ne… Je cherche à m'informer sur Minerva McGonagall. Et Teddy m'avait dit que vous seriez sans doute la plus à même de me renseigner…

- Minerva… »

Il y eut un long silence, que Victoire décida de ne pas briser. Sa question était inattendue, bien sûr, et elle ne pouvait savoir quels souvenirs elle venait de remuer et de faire remonter à la surface. Le silence n'était pas pesant : peut-être parce qu'il était peuplé du bruit de tous les autres, ou peut-être parce que c'était un silence consensuel et tranquille.

« - Si je peux me permettre, pourquoi ? demande doucement la plus âgée.

- Très honnêtement, je n'en suis pas sûre.

- A cela, rit Hermione, je n'ai rien à opposer. Je ne sais pas si je pourrais t'aider, vraiment : je sais des choses, bien sûr, et mes souvenirs sont très frais, c'est une femme que j'ai admiré. Mais mes pensées pourraient tomber à côté de ce que tu recherches.

- Peut-être, acquiesça Victoire. Peut-être. Mais au fond…

- Oui ?

- Au fond je pense que ça ne peut que m'aider. C'est une histoire de femme, je pense. »

Elles se mirent à rire, ensemble. Il y avait quelque chose de ridicule, à cette expression stupide et rebattue, et elles en avaient conscience. Mais c'était pourtant cela, exactement cela : une sorte d'admiration passée de génération en génération pour une figure de femme. L'impression d'une affaire où le cœur féminin s'entend à se comprendre : au fond d'elle-même, Victoire se sentait sûre qu'Hermione ne pouvait que lui parlait de Severus Rogue, aussi, parce qu'il était indubitable qu'il était l'autre point de vue de cette femme.

« - Quand tu auras un moment, passe à la maison. Après les fêtes, quand l'ambiance électrique de la période sera retombée. Je te raconterai ce que je pourrais devant un bon feu et une tasse de thé. D'accord ?

- Merci beaucoup. »

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L'estrade semblait trembler, sous le coup du vent, mais elle savait que c'était elle qui tremblait : c'était à se demander comment il se faisait qu'elle soit encore sur ses deux pieds. Pourquoi avoir accepté de venir, de parler. Elle n'avait pas de notes, et tellement de larmes prêtes à exploser dans la voix qu'elle se demandait comment elle maintiendrait un air digne. Elle regarda face à elle, aussi loin que possible, et aperçu un grand arbre, qui pointait plus haut que les autres, vers le ciel, toujours plus haut. Elle y accrocha son regard, et décida de ne voir que ça. Que ce point vers le ciel.

Elle souffla profondément, les yeux fixes, sans cligner. Elle fit deux pas encore, serra ses doigts sur chacun des côtés du pupitre. Souffla encore, sentit son cœur se serrer encore un peu plus. Elle se souvint de ce qu'il lui avait dit, un jour. Elle s'en souvint comme si elle y était, et elle eut un large sourire, un peu faux, ravala les larmes – elle pouvait dire ce qu'elle voulait, elle avait fait jurer qu'il n'y aurait pas de prise de note.

« - Un jour, Severus m'a dit qu'il détestait les discours officiels. Et là-dessus, je suis d'accord. Alors, si on m'a demandé de parler de lui, et de lui rendre hommage, je ne parlerais pas de ce que tout le monde sait. Pas de son rôle de double agent. Pas des morts qu'il a infligées, ni de celles qu'il a évitées. Non. Tout cela ne servirait à rien. Je vais vous parler d'un homme et d'un collègue, bon au fond, mais qui ne savait pas le montrer. Et avant tout, un très bon professeur, peut-être un peu trop exigent – un peu trop persuadé, au fond, de la valeur de ses élèves… »

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Ronald était venu inviter Hermione à danser. Il semblait y avoir une blague interne, un vieux souvenir. C'était une danse codifiée, une sorte de valse organisée, orchestrée. Harry se rapprocha d'elle, et se mit à rire, lui aussi, en voyant le couple partir. Lui pensait à une danse de bal de Noël, et à un cours avec le professeur McGonagall : une bande de babouins bêtifiants et babillant, murmura-t-il en pouffant, et elle prit l'air de quelqu'un qui a compris la blague. Oui, c'était une réunion d'anciens amis, de vieux camarades devenus âgés et importants mais qui avaient été un vaste groupe de jeunes gens actifs et aux prises avec les horreurs de la vie.

« - Victoire, viens !

- Quoi ? fit-elle, reconnaissant Teddy.

- On doit danser celle-là.

- Hein ? Tu sais danser ça toi ?

- Oui, oui, Harry m'avait appris, viens ! »

Docilement, elle lui prit la main, se laissa saisir par la taille et emporter au rythme des pas qu'il imposait. Ce n'était pas si compliqué, non. Teddy babillait, heureux, c'était la danse de Poudlard, celle des bals entre les diverses écoles. C'était la danse du Tournois des Trois Sorciers, ceux qui n'avaient plus lieu. La danse de couples qui s'aimaient. La danse d'un temps passé ; et Victoire s'abandonna à virevolter quelques minutes au son de cette danse devenue tradition perdue, elle s'abandonna aux temps qu'elle n'avait pas connus, et se sentit se fondre, dans la grandiloquence de sa robe émeraude, dans les années passées, leur dureté et pourtant leur richesse de sentiment. Ce bal lui avait appris bien plus qu'elle ne l'aurait cru.