asami28 : je te remercie, tout simplement :) J'espère que ce chapitre aussi te plaira car je dois dire que j'ai pris pas mal de plaisir à l'écrire

Ankaa : Hiruma vous a bien fait mariner ? Hé hé, c'était le but ! J'aime bien vous faire languir, mais il ne faudrait pas en abuser car après on se lasse. De toute façon, Hiruma est quelqu'un d'à part entière, il fait avoir recourt à de mesures déjantées pour pouvoir l'empêcher de faire ce qu'il veut. Faut être un sur-homme presque ! Si, c'est exactement ça qu'il compte faire, exploser un terrain de sport. J'avoue que je révèle le fameux plan à travers le dialogue et que je n'en parle qu'une fois. C'est surtout dans celui que je poste, le 8, qu'il y a véritablement concrétisation. Mon préféré passage du chap 7 c'est au moment du cris et des descriptions qui s'ensuivent. J'aime retranscrire un Hiruma qui surchauffe et deux joueurs qui se sont dessus :) J'ai plutôt bien réussi vu que tu as apprécié ce passage ! C'est vrai que d'ordinaire, elle n'agit pas aussi violemment. Mais j'ai en quelque sorte expliqué et justifié cette soudaine brutalité dans ses actions : déjà, elle est sur les nerfs car elle est dans le corps du quarterback, de plus, depuis ce matin, tout ne va plus. Essayons de se mettre à sa place et tu verras que, enfin de compte, dans ce genre de situation où tes nerfs commencent à lâcher, tu n'agis plu comme tu le fais d'ordinaire. Et puis, j'ai voulu montrer à quel point elle a peur de voir que sa mère discute avec Hiruma. Ca la tétanise et elle perd ses moyens car quand la peur te prend, tu n'arrives plus vraiment à agir avec lucidité. il faut avoir un contrôle de soi vraiment bien developpé. C'est ça que j'ai voulu montrer. Mais c'est une vision et un choix que j'ai fait. Moi aussi j'aime le moment où mère Anezaki n'arrive pas à dire une phrase complète. cela montre bien que les deux lycéens sont en pleins dans leur confrontation et qu'ils l'ont totalement oubliée. Je dois avouer que Mamo peut être assez OCC à certains moment, c'est un choix que j'ai fais parce que j'essaye de faire en sorte que son comportement soit réaliste avec sa situation (inversement du corps) et ses sentiments dans l'instant. Pour les descriptions, tu as raison. On m'a déjà fait ce reproche et il est tout à fait réaliste. L'action est molle et lente. J'ai beaucoup de mal à ne pas décrire car j'adore ça ^^^ J'essaye de faire attention mais c'est dur de me retenir à ne pas ébaucher tout ce qui me vient à l'esprit. Je vais voir si je peux essayer d'équilibrer les deux (descriptions et actions). Encore une fois, c'est un choix d'écriture. Mais j'apprécie ta remarque, tout comme le reste de ton commentaire qui me plaît toujours autant !

Bonne lecture !

Chapitre 8 : Voilà ce qui arrive quand on se croit plus malin qu'un Hiruma : on morfle.

La peur, ça donne des sueurs froides. Il n'a fallu que de quelques pas pour que leur sang ne fasse qu'un tour. Est-ce une bonne chose que leur ouïe ait été aussi sensible ? Ils en doutent car c'est bien à cause d'elle qu'ils ont ressenti cet effroi, qu'ils ont été pris d'une telle panique. C'est assez impressionnant la façon dont la sueur s'est d'un coup mise à couler de partout leur respiration est devenue incontrôlable. On aurait dit qu'ils s'étaient pris un seau d'eau en pleine poire. Remarque, ils auraient préféré. Qu'est-ce que se prendre une claque d'eau glacée en comparaison de ce sentiment d'étouffement ? Cela paraît des plus agréable car on ne peut vraisemblablement pas dire qu'avoir l'estomac se tordre dans tous les sens est une chose des plus plaisante à ressentir. Cela n'a duré que quelques secondes, mais ô combien ils les ont senties passer…..Ils se sont presque fait dessus, c'est pour dire. C'est à cet instant qu'ils ont compris tout le sens de ce qu'est « avoir les foies ». Heureusement, ils sont toujours vivants et en bonne santé – mentale et physique. Rien ne c'est produit le démon n'est pas venu. Ils ne savent pas ce qui c'est passé, mais une chose est certaine : les miracles existent bel et bien.

Collés l'un à l'autre, Monta et Sena sont vidés. Toutes ces émotions, c'est trop pour eux. Ils préfèrent encore se faire croquer l'arrière-train par le chien de Satan. C'est moins épuisant psychologiquement.

« Ils…...sont partis ? chuchote fébrilement l'homme kangourou.

- Je crois bien…. »

Cette simple réalisation détend tous les muscles. Une expression de soulagement s'affiche sur leur visage. Epuisés par tant de tension, ils s'effondrent sans aucune retenue sur l'herbe.

« J'ai bien cru qu'on était cuit….. » balbutie le lycéen à la peau mâte.

Doucement, ils reprennent leur souffle. Les mains tentent d'essuyer la sueur, l'esprit calme le haut le cœur et le corps se décontracte. Y'a pas de doute, ils sont à plat.

« Plus jamais on suit Hiruma… » avise le singe toujours affalé sur la verdure.

Son coéquipier sourit. Lui non plus ne s'est pas attendu à de tels événements. Depuis ce matin, tout bascule. Il n'y a plus d'ordre, plus de ligne claire et bien droite ça zigzag dans tous les sens. Toutes les dix minutes, quelque chose leur tombe dessus : l'annonce, le canin aux dents acérées, la course, la filature. A chaque fois, ils sont pris au dépourvu et sont à deux doigts de frôler la crise cardiaque. Qu'est-ce qu'il a envie d'aller se recoucher, de se persuader qu'il est en train de rêver. C'est dur la réalité…..

« J'espère en tout cas que tout ça aura servi à quelque chose. » glisse le coéquipier d'Eyeshield en jetant un coup d'œil à celui-ci.

Cette phrase tout à fait anodine crispe en un rien de temps le visage du jeune coureur. La boule coincée dans la gorge a bien du mal à se faire avaler. Le regard insistant du récepteur de balle a de quoi rendre nerveux son coéquipier. D'ailleurs, le silence se brise par un léger rire gêné.

« C'est-à-dire que… hésite le sprinteur.

- Que quoi ? » répète-t-il en fronçant ses sourcils.

Sena cherche ses mots. Il a beau avoir écouté avec attention la conversation, il n'en reste pas moins qu'il a compris peu de chose. Du moins, il n'arrive pas à croire ce qu'il a entendu. Comment il le peut de toute façon ? C'est du pur délire !

« Alors quoi Sena ? Ne me dis pas que tu n'as rien entendu…..menace le maître de la réception, le ton noir.

- Si si j'ai entendu ! assure avec précipitation le lycéen.

- Bah alors ! Dis-moi ! s'impatiente le singe qui ne comprend pas pourquoi il n'en vient pas au fait.

- C'est que…c'est assez…..dur à expliquer. » déclare le joueur ne sachant par où commencer.

Le silence plane et Monta plonge ses yeux dans ceux noisettes de son partenaire. C'est indéniable, le coureur lui cache quelque chose. Y'a qu'à voir cette expression nerveuse qui se peint sur son visage ou encore cette voix chancelante qui résonne dans sa gorge. Ce qu'il a entendu dans cette chambre, il ne veut pas lui dire mais pourquoi ? Qu'est-ce qui peut bien le rendre aussi nerveux et hésitant ? Coinçant son menton entre ses doigts, le singe active son cerveau. Plusieurs hypothèses arrivent à se dégager de cette intense réflexion. Ils se sont disputés ? Ont mis en place un plan d'attaque farfelu pour le prochain match ? Hiruma a prévu de nouveaux exercices plus terribles les uns que les autres ? Une nouvelle Death March ? La moue toujours aussi sérieuse, le receveur fronce plus durement les sourcils. Ou bien…ils ont fait des trucs louches ? A cette idée, des bribes d'images martèlent l'esprit de Monta. Ses joues virent au rouge pivoine et son sang surchauffe comme un bouillon. Il secoue avec violence sa tête. Mais ça va pas de penser des trucs pareils ! Faut que j'arrête avec ça ! S'ils avaient fait de telles choses, Sena en serait tombé raide mort. Surtout qu'il m'a confirmé que Mamori-chan ne serait pas capable de faire ces choses-là, du moins pas avec Hiruma. Cette fugace lucidité adoucit et calme la température corporelle du joueur qui n'a cessé de grimper au fil des illusions. Oui mais alors, pourquoi s'est-il tout d'un coup figé ? Qu'est-ce qui a bien pu le déstabiliser à ce point ? Alors qu'il tient toujours aussi fermement son menton, quelque chose le frappe de plein fouet. Beaucoup moins tirée par les cheveux, cette supposition prend plus de sens et semble tout à fait plausible, bien qu'il n'arrive pas à y croire totalement.

« Ils sont ensemble, c'est ça hein ? geint-il en s'attristant. J'm'en doutais…..Ca se voyait comme les yeux sur la figure… »

Sa tête se baisse, des gouttes se forment au coin de ses yeux et le cœur recommence à saigner. Au fond, il aurait dû le savoir dés le début, que ça ne pouvait être que ça. Ils se sont avoués leurs sentiments, voilà tout. Pourtant, cela lui semble si irrationnel et si insensé. Son angélique Mamori-chan aimant Hiruma le fils de Satan ? Hiruma aimant sa douce et pulpeuse Mamori ? Où va le monde ! Mais en y réfléchissant, ce n'est pas aussi invraisemblable que ça. Après tout, Hiruma est humain, il ressent les choses et éprouve des émotions. Et l'amour ne fait en aucun cas exception. Enfin de compte, c'est quelque chose de tout à fait « naturel » et de tout à fait normal que d'éprouver de tels sentiments. Oui mais cela fait quand même terriblement mal dans la poitrine. Ca cogne et tambourine tout au fond de soi, comme un marteau qui brise et déchire quelque chose coup par coup.

Alors que le receveur verse plusieurs gouttes amères et incolores, Sena se tape le front. Comme le nez au milieu de la figure Monta-kun…Déjà qu'il a du mal à s'exprimer quand il est en forme, alors si il est déprimé, le jeune coureur n'a pas fini d'entendre tout et n'importe quoi. Il n'en a pas l'air mais il est très sensible. A peine il y a une petite allusion – tout à fait infondée d'ailleurs – que le voilà partit pour pleurer comme une madeleine. Il faut toujours qu'il en fasse des tonnes et qu'il s'emballe. Dans quelques secondes, il va s'apitoyer sur son sort, comme toujours quand il est question de Mamori.

« J'voulais pas voir….. J'me faisais des illusions…Mamori-chan….Pourquoi… »

Et voilà ! Il ne s'arrêtera donc jamais.

« Je te l'ai déjà expliqué ! Ce ne c'est pas ce que tu crois ! dément avec aplomb Eyeshield.

- Arrête… J'ai compris ton manège. Tu ne veux pas me blesser, c'est gentil Sena mais à quoi bon se voiler le visage… C'est trop tard à présent, dramatise-t-il en broyant du noir.

- …. La face Monta, se voiler la face ! »

Il est parfois désespérant, faut le dire. Ca a assez duré !

« Oh mais c'est pas vrai ! s'écrit le joueur au bord de la crise de nerf. Tu vas m'écouter à la fin ! Je te dis que ce n'est pas ça ! » affirme le jeune brun en secouant son ami comme un prunier.

En deux trois mouvements, la tête du singe part dans tous les sens : ça s'en va et ça revient ! Les yeux sont complètement à l'ouest et sont sonnés de toute part. Le cerveau est aussi furieusement secoué qu'un bon vieux shaker.

« Tu vas te réveiller oui ! » ajoute le running back qui agite plus violement son ami.

C'est désolant d'en venir à de tels moyens. Cette technique tonifiante, c'est la première fois qu'il l'utilise. D'ordinaire les gens n'ont pas besoin d'être aussi ballottés pour réagir. Mais Monta n'est pas n'importe qui et il faut parfois user de moyens assez drastiques pour le faire atterrir. Et le pire, c'est que souvent, ces méthodes quelque peu abruptes ne marchent pas.

Plus qu'agacé par cette tête de mule, le sprinteur cesse de le secouer comme un orangina, le redresse et le fixe droit dans les yeux.

« Ecoute attentivement ce que je vais te dire Monta. »

La tête tourne, les yeux ne sont plus en face des trous et une certaine nausée le prend. L'élite des Devils n'y est pas allée de main morte.

« Il ne passe strictement rien entre Hiruma et Mamori. Si j'ai tant hésité à te parler de ce que j'ai entendu, c'est parce que tous deux comptent faire une chose totalement aberrante et ahurissante. J'ai encore beaucoup de mal à imaginer et à croire ce que j'ai entendu. »

Le ton est bien sérieux, tout comme la dernière fois. Doucement mais sûrement, l'homme kangourou reprend ses repères visuels et auditifs. Il émerge peu à peu de ce tourbillon nauséeux.

« Ils vont faire exploser le terrain des Kyoshin, ce soir. »

Rien, aucun cri, aucun geste, aucune exclamation. Un blanc s'installe. Le singe ne réagit pas. La flèche de l'équipe le sonde, le dévisage avec insistance mais aucun mouvement n'est perçu. Pas un seul cil ne bouge. Les yeux fixent un point dans le vide alors que l'expression du visage est d'une impassibilité alarmante. Les neurones bloqués, l'esprit à l'arrêt, le temps figé, Monta est aussi raide qu'un poteau. Puis, d'un coup, les cils clignent, une lueur brille dans les pupilles : le sens de ces paroles remonte au cerveau et là, c'est l'explosion :

« QUOI ! »

Quand Sena voit le bond monstrueux que vient de faire son partenaire, que les yeux de celui-ci sortent presque de leur orbite et que sa bouche n'a jamais été aussi pendante qu'à cet instant, il se dit qu'il aurait mieux fait de commencer par là…Cette annonce a au moins eu le mérite d'être un véritable coup de fouet pour le maître de la réception. C'est plus efficace que sa technique du prunier. Faudra qu'il la ressorte celle-là.

« Mais….Mais…Mais… »

En tout cas le choc a été rude : il n'arrive même plus à former une quelconque phrase. Remarque, sa réaction est tout à fait compréhensive. Lui aussi, quand il a perçu ces quelques mots, son sang n'a fait qu'un tour. Ce n'est pas tous les jours qu'on entend des choses pareilles. D'ailleurs, on n'entend jamais des choses pareilles. Mais le pire dans tout ça, c'est qu'ils ne peuvent même pas douter de ces paroles ni se dire que c'est une farce de mauvais goût.

Hiruma Yoichi ne plaisante jamais, surtout quand il est question de football US.

A quelques mètres de là, une personne attend. Sa peau laiteuse se fait farouchement cramer par les rayons brûlants du soleil. Sa touffe chevelue scintille de mille feux par cet éclat solaire. La chaleur la colle, la fait transpirer, ce qu'elle ne supporte pas. Ses mains fines et étendues essuient négligemment les quelques gouttes de sueur qui coulent. En cette fin d'après-midi, l'air est plutôt chauffant et pesant.

« Mais qu'est-ce qu'il fait ! »

Elle fait les cents pas, se ronge ses ongles bien aiguisés. Elle rumine, s'impatiente, s'énerve. Il en met du temps ! Tout à coup, une porte s'ouvre puis se referme.

« C'est pas trop tôt. » fait remarquer la lycéenne d'un ton bien réprobateur.

Un corps aux formes généreuses s'approche.

« Continue à me parler comme ça fuckin'manager et ton corps va se retrouver en surplus de graisse.

Tu n'oserais pas ! » réplique avec virulence l'ancienne rousse.

Le quarterback ne répond rien, il se contente de sourire d'un air bien satanique. Alors que la propriétaire de son corps fume comme un charbon, le jeune homme détourne son regard de la lycéenne pour le poser sur un endroit bien particulier, près d'une certaine fenêtre. Les sourcils se plissent, le regard luit d'une lueur noire et les jambes avancent.

« Hi…..

- Suis-moi. »

Elle soupire. Jamais elle ne se fera à cette façon de donner les ordres : si nonchalante, si froide, si indifférente. De toute façon, peu importe son avis sur la question, Hiruma est Hiruma, point. Soupirant à nouveau, la lycéenne obéit.

« Mais…..ça n'a pas de sens ! Pourquoi feraient-il une chose aussi folle ! s'exclame le receveur qui a retrouvé ses facultés neuronales.

- Je ne sais pas, ils n'ont rien dit concernant la raison qui les pousse à commettre un acte aussi….

- Aussi quoi espèce de fuckin'mioches de merde ! » coupe d'un ton sanglant une voix connue de tous.

Deux corps se braquent d'un coup. Tous les muscles se braques avec une férocité effrayante. Les battements cardiaques frôlent le cent à l'heure et l'effroi les submerge.

« Sena ? Monta ? Mais…..qu'est-ce que vous faîtes ici ! s'étonne abasourdie la manager.

- On…On…..

- Vous étiez en train de fouiner, bande de rats ! »

La colère est telle que le capitaine sort instantanément l'un de ses objets favoris et le braque sans aucune retenu sur ces foutues gamins. Non mais je rêve ! D'où il sort ça ! La lycéenne est tout aussi surprise que les deux compères qui eux sont tétanisés et scotchés sur place. Furieuse, les joues de l'agent de comité se gonflent et rougissent de colère.

« Je croyais t'avoir dit plus d'arme ! »

Encore une fois il n'en a fait qu'à sa tête, il ne l'a pas écoutée une seule seconde.

« Hiru…..Fuckin'manager, se reprend de justesse la lycéenne, pose cette mitraillette ! ordonne-t-elle d'une voix cinglante.

- Arrête de gaspiller ta salive, réplique d'un ton froid le sportif. Ils ont compris.

- Comment ça ils ont compris ? rétorque-t-elle en plissant ses sourcils.

- De quoi tu parles….Mamori-neechan ? arrive à dire péniblement Sena.

- Arrêtez de nous prendre pour des billes, espèce de fuckin'larves ! hurle le démon exaspéré en ouvrant le feu.

- Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! » s'écrient les deux jours en esquivant les balles.

Les voilà en train de sauter dans tous les sens pour éviter de se faire fusiller l'arrière train. A croire que cela leur a manqué.

« Hiruma ! Arrête ! »

Le vacarme cesse. Affalés dans l'herbe, Monta et Sena gisent comme des asticots, le souffle court.

« Qu'est-ce qui te prend à la fin ! interroge la manager, impétueuse.

Vous allez venir avec nous. » somme le quaterback.

Le regard est ombrageux, austère. Il ne rigole pas.

« Je me fiche de savoir ce que vous foutiez-là, mais, à présent, vous allez tout nous dire sur ce que vous avez entendu et vu. »

Les deux joueurs avalent difficilement la boule coincée dans leur gorge. Ca sent mauvais, très mauvais.


Les murs sont en pierres taillées. La matière est fine et son touché bien que rude n'est pas déplaisant pour autant. Plusieurs des meubles sont sculptés dans le bois, comme le bar, les chaises et les tables aux formes arrondies. Cela leur donne une allure quelque peu rustique, surtout avec cette couche de vernissage qui fait luire leurs couleurs au teint marronné. Deux sublimes et grands banzais encadrent l'entrée. Cette couleur verdoyante s'accorde joliment bien avec le décors. Quelques images de jardins japonais s'éparpillent sur les murets. Même si il y en a peu, leurs couleurs ne laisse pas indifférentes. Les lumières brillent d'un éclat pour le moins modéré puisque les baies vitrées dégagent une forte luminosité qui éblouit toute la salle. En cette fin d'été, les rayons du soleil ont de quoi bien illuminé. L'espace est minutieusement aménagé, on se déplace avec facilité et les tables sont bien séparées les unes des autres. L'intimité est préservée, on ne se mêle pas au reste de la foule. La musique est relaxante et accentue cette ambiance de détente et de convivialité. Y'a pas à dire, cette auberge est très agréable.

Quelques légers bourdonnements se font entendre. Les voix résonnent et se mélangent entre elles. La pièce se remplit au fil des minutes, pas très étonnant quand on voit le décor plutôt soigné mais chaleureux qui se dégage du restaurant. Des éclats de rires surgissent, des taquineries sont chuchotées, le ton est parfois haussé. L'ambiance va bon train à certaines tables tandis qu'à d'autres, le silence est de mise. Ce qui est le cas pour quatre lycéens. Personne n'ose ouvrir la bouche, bien qu'il y ait matière à dire. L'atmosphère est plutôt tendue. Enfin, c'est surtout pour deux jeunes lycéens que la tension est oppressante. Ils ne sont pas venus par plaisir, ils doivent rendre des comptes, s'expliquer et encaisser.

« J'attends vos explications, fuckin'rats. » fait remarquer d'un ton bien nonchalant la bouche d'une jeune rouquine.

Cet air détaché et hautain qu'aborde leur manager les rend encore plus nerveux qu'ils le sont. Ils ont bien du mal à y croire, à réaliser ce qui se passe. Sur le chemin, avant d'arriver dans le restaurant, Mamori, enfin Hiruma, leur a brièvement expliqué « l'état corporel » dans lequel ils se trouvent, mais cela n'a pas pour autant rassuré les deux membres de l'équipe, bien au contraire. Cela semble si improbable, si effarant. Il n'y a pas de mots assez puissants pour décrire une telle situation. Durant quelques secondes, ils se sont demandés si ils ne sont pas tout simplement fous, si, tout ça, ce n'est pas dû à un problème psychique. Après tout, qui leur dit que ce qu'ils voient est la pure vérité, que ce qu'ils perçoivent est réalité ? Où sont les preuves ? Où est la distinction entre le réel et l'imaginaire ? Pourtant, ils ont beau essayé de se berner, ils n'y arrivent pas. Les preuves, ils les ont, elles sont tout autour d'eux : les voix qui grésillent, le battement du cœur qui tape, les picotements dans le corps, l'angoisse qui les étouffe, la sueur qui coule, les regards noirs et cinglants. Ils peuvent se pincer la peau tant qu'ils le voudront, ils seront toujours là, assis dans ce restaurant en train de se faire mousser par leur meneur. L'illusion ne prend pas, la raison est bien là et elle fait le discernement. Ils sont dans le vrai et non dans le faux.

Tout ça est tiré par les cheveux et pourtant, c'est la vérité ils sont bien éveillés.

« J'y comprends rien ! Comment un truc pareil est possible ! Hein ! Vous pouvez m'expliquer ! s'exclame le receveur en se massant le crâne.

- On en sait pas plus que toi Monta-kun. » assure la manager.

Le maître de la réception déglutit face à ce timbre pour le moins doux et avenant qui sort de la bouche de son capitaine.

« Arrête de geindre foutu macaque. »

Maintenant, c'est pire ! Encore il encaisse la passivité de son entraîneur mais pas la froideur de son angélique amoureuse. Cette expression satanique et autoritaire lui fait terriblement froid dans le dos. Jamais il ne l'a vue aussi méchante. Bien que sa raison et conscience lui hurlent que ce n'est pas à proprement parler Mamori, ça le déprime et le bouleverse. C'est la même voix, la même apparence mais ce n'est pas elle. Non, c'est un démon, c'est son capitaine orgueilleux, démoniaque, manipulateur, insensible, moche, masculin et il en passe. Ce n'est en rien sa naïve, féminine, avenante, sensible, sexy, polie et raffinée Mamori-chan ! Qui va-t-il aduler maintenant ? A qui va-t-il faire sa position de la victoire ? Quel prénom va-t-il hurler avec fougue ? Qui va le regarder et l'encourager ? Durant un instant, il s'imagine en train de sourire au blond, d'hurler son nom, de lui lancer des baisers, de lui faire ses poses si charismatiques, de lui faire des clins d'oeils. Non mais quelle horreur ! Une envie de pleurer lui prend. Dépité, le singe laisse mollement tomber sa tête dans ses mains. Ma belle, ma douce, ma charmante, ma Mamori-chan… C'est vraiment horrible, y'a pas de doute.

« Monta-kun, Sena-kun, que faisiez-vous sous ma fenêtre ? demande la lycéenne en regardant ses deux amis.

- On…on vous écoutait. » avoue en baissant le regard le brun.

Il se sent un peu gêné. Ce n'est pas dans ses manières ni même dans son caractère d'espionner. Bien qu'au départ ce soit son coéquipier qui l'ait entraîné dans cette galère, il l'a suivi sans omettre de réelles protestations. Pire, il a continué la filature et c'est lui qui a mené « l'opération ». Il n'a pas pu s'empêcher d'agir ainsi car trop de questions se sont soulevées et trop de mystères sont restés non dévoilés. Il s'est laissé guidé par cette curiosité maladive qui, quand elle nous prend, ne nous lâche plus d'une semelle. Sauf que maintenant, il faut s'expliquer et assumer ce qui ne le rassure pas vraiment puisqu'il doit se justifier auprès de son capitaine qui a horreur de ce genre d'attitude….. Il est dans un sacré pétrin.

« Vous nous écoutiez ? répète étonnée l'ancienne rousse. Mais, pourquoi ? Ce n'est pas du tout ton genre de faire ça.

Eh bien…hésite le joueur toujours embarrassé de devoir se confesser. On voulait savoir ce qui se passait entre vous deux. Depuis ce matin, vous n'arrêtiez pas d'agir bizarrement et de fil en aiguille, on s'est retrouvé sous ta fenêtre. »

Ca pour sûr il les a eu ses réponses mais faut voir ce que cela lui coûte et puis, on ne peut pas dire que ces « explications » soient pleinement satisfaisantes. Elles sont carrément tordues oui ! C'est encore pire que quand son esprit était parsemé de questions car là, au moins, il pouvait s'imaginer des explications rationnelles, cohérentes et plausibles.

Quant à la jeune femme, celle-ci se contente de regarder avec surprise son ami d'enfance. Elle a bien du mal à se faire à l'idée qu'ils les ont épiés. Elle était à milles lieux d'imaginer que Sena, ce petit garçon timide et gringalet, puisse prendre de telles initiatives. Ca ne la choque pas, ça la surprend. Elle ne s'y attendait vraiment pas.

Alors que la lycéenne reste interdite par cette révélation, le démon, lui, fusille du regard ses deux joueurs. Il a bien envie de les faire courir jusqu'à l'épuisement total, de leur faire danser la gigue avec ses balles, de les incendier et de leur lâcher une nouvelle fois son molosse pour qu'ils morflent et pleurent. Encore une fois, il s'est fait prendre par surprise. S'il n'avait pas entendu le cris qu'a poussé ce fuckin'crétin de macaque, il n'aurait jamais soupçonné leur présence. La situation ne cesse de lui échapper et il a bien du mal à savoir ce qui va bien pouvoir lui tomber dessus la prochaine fois. Le contrôle lui glisse entre les mains et il n'apprécie pas du tout cette sensation. Mais il ne va pas se laisser ramollir comme ça. Ce n'est pas parce qu'il est dans le corps de cette emmerdeuse que son machiavélisme va s'amoindrir. C'est lui le meneur et personne d'autre.

« Puisque vous avez mis votre sale nez dans nos affaires, bande de fuckin'mioches, je n'vais plus vous lâcher. » affirme-t-il d'un ton noir.

L'estomac se tord, les dents grincent, des frissons sont ressentis. Nerveux, Sena avale difficilement la boule coincée dans sa gorge. Cette voix grave et ce regard cinglant ne lui dit rien de bon. Monta, lui, émerge de sa tristesse, relève sa tête et plonge ses yeux noisettes dans ceux si joliment bleutés de Mamori.

« J'veux vous voir sur le stade des Kyoshin, ce soir. »

Durant un court instant, les deux joueurs restent interloqués. Ils plissent leurs sourcils, signe qu'ils tentent de déchiffrer le sens de ces paroles. Bien qu'ils ne semblent pas saisir où veut en venir leur capitaine, il y en a bien une qui a une petite idée de ce qui se trame dans la tête de ce démon, ce qui, d'ailleurs, la met instantanément hors d'elle.

« Il n'en est pas question Hiruma-kun ! Sena et Monta n'ont pas à prendre part à ton plan diabolique ! » soutient avec virulence l'ancienne rousse qui, sur le coup de la colère, s'est relevée.

Très vite, le cerveau des deux joueurs analyse ces quelques mots leur visage déglutit.

« Attend, tu veux dire qu'Hiruma-san, commence effaré la flèche de l'équipe.

- ….veut qu'on vous aide a exploser, continue le receveur, tout aussi ébahi que son camarade.

- …..le terrain des Kyoshin ? » termine d'une voix épouvantée Eyeshield.

Cette réalisation les paralyse et ils ont comme l'impression de se prendre une fulgurante claque en pleine poire.

« Je me contre fou de ton avis foutue manager, réplique irrité le quarterback en la fixant droit dans les yeux. C'est moi qui donne les ordres et si j'ai décidé qu'ils viendront avec nous, t'as pas ton mot à dire. C'est clair ! » assure-t-il d'une voix intransigeante et grave.

D'un côté on a deux joueurs qui frémissent pour que de l'autre on ait deux lycéens qui s'échangent des regards cinglants. L'ambiance va bon train à cette table.

« J'veux vous voir là-bas à 23h00 tapante et vous avez intérêt à y être si vous ne voulez pas finir en pâture pour la bête. »

Sans autres mots dits, le sportif se lève puis quitte le restaurant, un sourire démoniaque pendu à ses lèvres.