Jeu de Dupes
Note de l'auteur : Voilà déjà le dernier chapitre de cette histoire... Quand je pense qu'à la base je voulais juste écrire un petit one-shot sur Alex et Yassen se croisant dans les couloirs d'une boîte de nuit, j'ai du mal à crois que ça ait pris autant d'ampleur. XD
Avertissement : Scène à caractère sexuel. Légèrement, mais tout de même.
Bonne lecture et à tout de suite en pas de page ! ;-)
Chapitre 9 : Attentes
Yassen fixait sans la voir l'aube qui pointait à la fenêtre de la chambre aseptisée où il se trouvait. Les coudes appuyés sur les genoux et le menton posé sur ses poings fermés, il refusait de laisser trop longtemps son regard s'attarder sur la forme qui occupait le seul lit de la pièce. Presque malgré lui, son esprit déroula les évènements qui les y avait conduits.
Il était arrivé quelque heures auparavant en portant son amant inconscient dans ses bras. Il avait emprunté une porte située sur le côté de la clinique, traditionnellement réservée aux patients les moins conventionnels. Refusant de céder à la panique, il avait fait appeler une chirurgienne à qui il avait déjà eu affaire quelques fois, quand il avait commencé sa carrière d'assassin en solitaire et qu'il avait été un temps vulnérable. Il aurait refusé de confier la vie d'Alex à quiconque d'autre.
Celui-ci avait rapidement été emmené au bloc opératoire, mais la femme avait refusé net qu'il le suive dans la pièce. Refusant de rester assis et inactif, il était ressorti du bâtiment pour s'arranger avec le pilote d'hélicoptère qui avait accepté de revenir le lendemain pour leur faire quitter le pays. Il avait récupéré dans l'appareil le sac contenant certaines de ses affaires et il était aussitôt allé se changer, veillant à récupérer ses vêtements tachés de sang pour ne laisser derrière lui aucune trace matérielle. Il en fit de même avec les habits d'Alex, qu'il enfouit le plus rapidement possible dans son sac.
Il s'était ensuite résolu à attendre et était retourné devant la porte du bloc. Un temps qui lui sembla infiniment long plus tard, le médecin ressortit de la salle. Elle lui expliqua de manière succincte que la blessure du jeune homme ne présentait pas de caractère fatal en elle-même mais que l'immense perte de sang qu'elle avait occasionnée avait causé un affaiblissement général alarmant. Une transfusion avait été nécessaire mais ses constantes vitales avaient été stabilisées et il faudrait désormais attendre qu'il se réveille, ce qui pouvait prendre quelques heures comme quelques jours. Sur ces mots, la femme avait salué l'assassin d'un bref signe de tête avant de retourner à d'autres patients. Yassen suivit l'interne qui emmena Alex du bloc à la chambre qui lui avait été attribuée, et il l'aida à le déposer délicatement sur le lit. Une fois la perfusion attachée au bras du jeune homme et l'infirmier parti, il s'était assis sur une chaise au chevet de l'espion. Chaise qu'il n'avait pas quittée depuis.
Attendre. Il avait toujours été très bon à ça. Attendre des heures qu'une cible vienne se mettre en position pour mourir. Attendre des jours un contact au milieu de nulle part. Attendre des mois que les conditions soient réunies pour mener à bien une opération. Contrairement à ce que beaucoup imaginaient, son métier était avant tout fait d'attente, et il n'y voyait la plupart du temps aucun inconvénient. Mais pour la première fois depuis très longtemps, il trouvait cette attente insupportable.
Il savait que ce n'était certainement pas la première ni la dernière fois qu'Alex était blessé. Mais c'était la première fois qu'il était non seulement confronté directement aux conséquences directes d'une blessure mais également qu'il en était en grande partie responsable. Clignant des yeux, il détourna son regard de la fenêtre pour le tourner vers son amant, dont la peau habituellement hâlée présentait à ce moment une couleur presque cadavérique. Il observa sa poitrine se soulever faiblement mais à intervalles réguliers et il laissa échapper un long soupir.
Il avait hâte que le jeune homme se réveille. Il avait hâte de le voir rire d'une inquiétude qu'il tournerait en dérision pour masquer le fait que celle-ci le touchait profondément. Il avait hâte de l'entendre se plaindre des nouvelles cicatrices qu'il avait gagnées tout en frissonnant à l'idée d'avoir une nouvelle fois frôlé la mort. Il avait hâte de croiser un regard libéré du souci qui s'y trouvait depuis des semaines. Il avait hâte de le serrer dans ses bras et de l'y garder sans risquer d'être abattu sans sommation.
Sortant de sa rêverie, Yassen sourit légèrement en réalisant qu'il s'était peu à peu penché en avant jusqu'à saisir la main de l'espion. Il espérait qu'il n'avait rien laissé échapper à voix haute sans s'en rendre compte. Si jamais Alex venait à apprendre le tour que prenaient ses pensées quand il était concerné, il n'aurait jamais fini d'en entendre parler.
o0o
Alex ouvrit lentement les yeux et cligna plusieurs fois des paupières pour s'habituer à la luminosité de la pièce. Confus, il tenta de se redresser, mais une vive douleur lui traversa le flanc et il se rallongea en grimaçant. Tournant la tête, il tenta d'identifier l'endroit où il se trouvait mais celui-ci lui était inconnu. Il était étendu sur le côté droit d'un lit à deux places situé dans une chambre claire meublée de manière impersonnelle. Une grande baie vitrée occupait la quasi-totalité d'un pan de mur et indiquait que la pièce était située au moins au dixième étage d'un immeuble donnant sur une grande ville. Au vu de l'absence de balcon et de la présence d'un menu sur la table de chevet, il s'agissait vraisemblablement d'une chambre d'hôtel. Face à lui, une porte ouverte menait à un salon, et à gauche du lit se trouvait une autre porte qui devait conduire à la salle de bain.
Le jeune homme tendit l'oreille mais le seul bruit audible était celui du climatiseur, et il en conclut qu'il devait être seul dans l'appartement. Inspirant profondément, il se redressa lentement en se tenant le côté, et s'adossa aux oreillers. Il repoussa alors la couverture pour examiner sa blessure. Il n'était vêtu que d'un boxer noir et d'un large T-Shirt qu'il remonta lentement. La partie basse de son torse était entourée d'un bandage et il s'apprêtait à le retirer pour se rendre compte de l'étendue des dégâts quand il entendit la porte d'entrée s'ouvrir.
Il sursauta légèrement et se redressa, cherchant instinctivement du regard dans la pièce un objet qui pourrait servir d'arme. Mais ses épaules se relâchèrent bien vite quand il vit son amant se dessiner sur le seuil. Celui-ci ne semblait arborer aucune blessure et Alex ne put empêcher le soulagement de s'afficher sur son visage, ce qui fit sourire légèrement Yassen.
« Je vois que tu es réveillé, dit-il en allant ranger les quelques vêtements qu'il venait d'acquérir dans l'armoire.
- Et ça fait longtemps que je dors ? demanda l'espion en le suivant attentivement des yeux.
- Trois jours, répondit l'autre calmement sans se retourner.
- Trois jours ?! s'exclama Alex.
- Tu avais perdu beaucoup de sang, expliqua Yassen. Il a fallu te faire une transfusion et tu ne t'es même pas réveillé pendant l'opération.
- Opération ? répéta de nouveau le jeune homme, encore sous le choc.
- Tu as eu de la chance, annonça l'assassin en fermant l'armoire et en allant s'asseoir sur le lit, la balle t'a traversé sans toucher d'organe vital. Il a seulement fallu t'enlever un bout d'intestin grêle mais comme tu avais mangé peu de temps auparavant...
- C'est bon ! l'interrompit l'espion en plaçant sa main sur la bouche de l'autre. Je crois que je n'ai pas besoin des détails. J'en ai pour combien de temps ?
- Tu pourras enlever les fils dans deux semaines, commença Yassen en gardant la main d'Alex dans la sienne, mais tu en garderas des cicatrices.
- Comme si je n'en avais pas déjà assez, marmonna le plus jeune en grimaçant.
- Selon le médecin, reprit l'assassin sans relever la remarque, tu ne seras pas complètement guéri avant au moins deux mois, je crois que c'est le bon moment de demander des vacances au MI6.
- Demander ? s'étonna faussement Alex avec un sourire en coin. Étant données les circonstances, je ne suis même pas sûr que ce soit nécessaire, ils comprendront tous seuls. Et puis, ajouta-t-il après un petit moment de silence, je n'ai pas très envie d'être dans les parages quand ils apprendront que Kaplov est mort. Il est possible qu'ils m'aient expressément indiqué de faire en sorte que ça n'arrive pas...
- A priori ici, tu devrais être suffisamment loin de leur courroux, rit légèrement Yassen en le rapprochant de lui avec précaution.
- Et c'est où ici ? demanda l'espion en se serrant contre l'autre.
- Helsinki, je ne voulais pas faire trop de trajet dans l'état où tu étais.
- Trop aimable », souffla Alex en clôturant la distance qui séparaient leurs lèvres.
Fermant les yeux, il entoura le cou de son amant de ses bras pour se coller à lui. Légèrement déséquilibré, celui-ci posa sa main droite sur le lit tandis qu'il caressait lentement la joue du jeune homme de l'autre. Bientôt, le baiser se fit plus passionné et Yassen se penchait pour l'allonger sur le lit quand ce dernier afficha subitement une expression de douleur. L'assassin se recula aussitôt, alarmé, et inspecta rapidement le bandage mais il fut rassuré de ne voir aucune trace de sang. La chirurgienne de la clinique avait été aussi efficace que discrète.
« On dirait que nous allons devoir repousser à plus tard nos fougueux ébats, grimaça Alex en se retenant de frotter sa blessure comme il l'aurait fait pour un point de côté.
- Tout dépend des-dits ébats », murmura le Russe avec un sourire en coin.
Le jeune homme sourit à son tour alors qu'il s'allongeait plus précautionneusement. Yassen se pencha de nouveau, en veillant à ne pas appliquer de poids sur le corps qui se trouvait en-dessous du sien, et ils recommencèrent à s'embrasser, plus langoureusement que passionnément. Puis, agrippant les cheveux de son amant, l'assassin lui tira légèrement la tête en arrière pour mordiller son cou. Celui-ci se mit à vibrer légèrement, ce qui le fit sourire. Après avoir orné la peau plus pâle qu'à l'accoutumée d'un suçon violacé, celui-ci se releva prestement et se débarrassa de ses vêtements, pour ne garder que son boxer qui ne cachait rien de son excitation.
L'espion écarta lentement les jambes pour que son amant puisse se placer entre elles. Alex ignora les tiraillements de sa blessure alors qu'ils se frottaient l'un contre l'autre en s'embrassant comme des désespérés. Ils étaient passés tellement près de tout perdre. Il leur faudrait être encore plus attentifs à l'avenir mais pour l'instant... Le jeune homme chassa ces pensées noires de son esprit pour profiter de la présence de son amant qu'il allait enfin avoir à lui seul. Il laissa échapper un gémissement un peu plus fort que les autres quand celui-ci passa une main dans son boxer pour lui caresser les fesses. Il s'accrocha plus fermement à ses épaules et leurs coups de reins redoublèrent d'intensité. Quelques instants plus tard, l'assassin se figea et se libéra en enfouissant sa tête dans le cou de l'espion. Alex serra les dents pour se distraire de la douleur abdominale fugace mais bien présente qu'il ressentit quand il jouit à son tour, quelques secondes plus tard. Il prenait de grandes inspirations pour se détendre quand il laissa soudainement échapper un petit rire. Yassen lui jeta un regard perplexe en s'allongeant à côté de lui tout en le gardant dans ses bras.
« Jouir comme des ados sans même enlever nos vêtements, sourit le jeune homme, ça doit te rappeler de très vieux souvenirs non ?
- Sois assuré que dès que je pourrais me servir de tes orifices sans risquer de voir tes intestins sortir par d'autres, je te ferai regretter tout ce que tu auras pu dire », énonça calmement l'assassin en resserrant légèrement sa prise sur l'espion.
Alex ouvrit des yeux ronds comme des billes face à cette affirmation. Entendre une telle vulgarité émaner de son amant le surprenait grandement. Lui qui d'habitude le reprenait à chaque fois qu'il l'entendait jurer... Malgré ses airs froids et calculateurs, celui-ci avait dû être vraiment inquiet en ne le voyant pas se réveiller. L'espion sentit un sourire s'étaler lentement sur ses lèvres. Même s'il tentait, assez mal il fallait l'avouer, de le cacher, l'amour que l'assassin lui portait apparaissait de plus en plus évident.
Quelques minutes plus tard, le jeune homme sentit la respiration de Yassen devenir plus régulière, signe qu'il s'était endormi, sans doute pour la première fois depuis trois jours. Se calant encore plus près de lui, il écouta les battements calmes de son cœur et ferma à son tour les yeux. Oui, ils allaient prendre de longues vacances et ni le fantôme de Scorpia ni l'omniprésent MI6 ne les en empêcheraient.
FIN
Mine de rien, je suis toute émue de mettre un point final à cette histoire... Merci à vous de m'avoir suivie jusqu'à la fin, j'espère que le dernier chapitre vous aura plu. ^^
À bientôt peut-être sur une autre fic et d'ici là portez vous bien !
