Solitude
Je ne me souviens pas avoir été aussi seul de toute ma vie. Et je ne m'en rends compte que maintenant.
C'est étrange.
Je suis comme vidé.
Et pourtant, j'ai toujours cette haine qui me ronge, qui me détruit. Pourtant il ne devrait plus y avoir quoi que ce soit à détruire. J'ai tout perdu, tout s'est brisé dans ma vie.
Ma famille… Ma mère est morte, tuée par des Mangemorts. Pourquoi ? Parce qu'elle a épousé un moldu. Et ce dernier a préféré tourner le dos à cette société qui a perverti son fils unique et assassiné son épouse. Ma famille n'est plus. Je suis seul. Complètement seul.
Je ne veux plus voir ce lâche, cet irresponsable : c'est sa faute si je suis devenu loup-garou et désormais, il fuit tous ses devoirs ! Il devrait être à mes côtés, me soutenir, pleurer avec moi… Mais non, il préfère fuir la réalité. Fuir ses obligations. Fuir celui dont il a détruit la vie.
Parce que, tout ce qui m'arrive, c'est sa faute ! Je le hais !
C'est sa faute si je suis un loup-garou, c'est sa faute si maman est morte, il aurait dû être là, la protéger. C'est sa faute si je ne trouve pas d'emploi, si je ne peux pas avoir d'amis… C'est sa faute si tu es partie !
Mais il serait injuste que je reporte toute ma haine sur lui. Oui, d'autres le méritent.
Toi, par exemple. Toi et ton benêt de mari. Tu m'as quitté pour Frank Londubat, rien que ça ! L'ex de Susan. C'est donc ce sale type qui a profité du fait qu'il était ton supérieur hiérarchique pour te mettre dans son lit ? Lui que je considérais comme un exemple, presque au niveau d'Alastor Maugrey ? Finalement ce n'est qu'un coureur qui se cherchait une petite femme ? Quitte à la voler à un de ses camarades ?
Bien sûr, lui il vient d'une famille aisée ! Et il est en bonne santé. En plus il a un travail honorable ! Quel bon parti.
Alors que moi, qui ai une famille détruite, qui ne suis qu'un monstre et qui n'arrive même pas à garder un travail plus de deux mois, je ne suis qu'un déchet.
Car bien évidemment, c'est MA faute si je hurle à la mort lors des pleines lunes, c'est moi qui veut me torturer une fois par mois, c'est moi qui ai demandé à Fenrir de me mordre et de risquer de me tuer lorsque j'étais enfant et c'est encore moi qui demande aux employeurs de m'humilier en me payant moins que les autres et en me renvoyant en un claquement de doigt. Ah, j'oubliais, c'est aussi moi qui écris ces décrets qui entravent ma liberté. Contente ?
En plus, depuis que tu es partie, c'est aussi moi qui ai choisi de ne plus avoir de contact de nos amis commun. Génial, non ? Ca devait te soulager d'un poids ma pauvre, toi qui ne peux en supporter aucun !
Je me demande quel genre d'imbécile tu peux être pour penser ainsi. Moi qui te croyais différente de ces idiots du ministère, finalement tu es comme eux. Tu as bien fait d'embrasser la carrière d'Auror ! Au moins tu auras pu être avec eux.
Comme tu as bien fait de choisir celui contre qui le destin ne s'acharnait pas !
Tu me déçois. Je te voyais comme quelqu'un de bien, comme une sauveuse même. Tous mes espoirs étaient sur tes épaules. Et tu les as laissé tomber.
J'ai été minable. Minable de penser que tu étais mieux, minable de m'être laissé aller, minable de t'avoir fait confiance.
Pendant quelques jours, après notre rupture, j'ai même cru à ce que tu m'avais dit : que tu ne voulais plus de moi car je ne pensais qu'à mes problèmes, parce que je ne prenais pas soin de toi. C'est vrai que j'avais négligé cette promesse que je m'étais fait, celle de te remercier à la place des autres, celle de prendre autant soin de toi que tu le faisais pour eux.
Mais dès que je t'ai vu au bras de Frank, tous ces remords se sont volatilisés et je n'ai senti qu'un profond dégoût. Chassez le naturel, il revient au galop… Et je ne parle pas de moi, oh non.
Tu voulais à nouveau jouer à la petite princesse, à celle qui a tout, qui ne veut pas affronter la vie et ses tragédies.
Par ta faute, j'ai fini par éviter l'Ordre et ses réunions car vous vous y pavaniez : oh, et voilà que tu es fiancée ! Et votre cérémonie, comment s'est-elle passée ? Dire que tu as eu le culot de m'inviter. Je savais que tu avais peur de moi, ça se voyait dans tes yeux. J'aurais dû venir et faire un scandale mais finalement, ça t'aurais fait trop plaisir et je me serais ridiculisé : je ne voulais pas t'offrir le bonheur de montrer que les loups-garous sont intenables. Ni celui de te féliciter pour ton merveilleux choix.
J'avoue avoir regretté plusieurs fois que ton mari ne meure pas lorsque vous affrontiez Voldemort en personne.
Et puis tu es tombée enceinte. Tu as même accouché. C'est Lily qui l'a appris à Peter qui me l'a rapporté. Il m'a aussi dit que mon absence était mal vue à l'Ordre.
Bon sang, j'ai vraiment été un idiot. J'aurais dû suivre ses conseils et y retourner. Il comprenait ma souffrance, il savait que je n'arrivais pas à soutenir tous ces regards sur moi, ce dégoût, cette pitié parfois… Et même de l'amusement chez certain. Je savais ce qu'ils pensaient : « Il est déçu ? Comment un loup-garou aurait pu croire une seconde qu'il pourrait avoir avec une fille comme elle ? »
Je n'y arrivais pas. Je savais bien que des doutes allaient planer sur mon compte, peut-être se disaient-ils qu'en tant que loup-garou, j'étais forcément du côté de Voldemort.
J'aurai dû démentir ! Ainsi, peut-être qu'on aurait compris que ce n'était pas moi le traître mais Sirius ! Ils auraient confié leur secret à un autre, n'importe qui et ils seraient encore vivants, à s'occuper de leur fils. Harry. Je ne l'ai vu qu'une seule fois, peu de temps après sa naissance.
C'est Peter qui avait insisté pour que je vienne.
Et maintenant… Peter n'est plus là. Il ne reste que moi et Harry, mais aucun lien, aucune raison pour que l'on se voit. Donc il ne me connaîtra jamais…
C'est peut-être mieux ainsi, diront certains.
Tout ça à cause de toi… Et de cette fichue maladie causée par mon père.
Je vous hais autant l'un que l'autre.
Même maintenant, alors qu'il a perdu son épouse et que tu as perdu la santé mentale.
Tu as perdu tes formes voluptueuses pour un corps décharné. Ta chevelure nuit est devenu aussi livide que la lune elle-même, signe que cette dernière est synonyme de maladie. Tu ne reconnais même plus tes proches, dit-on. Je t'ai vu une fois, tu m'as fait froid dans le dos. J'ai eu la nausée et pendant trois jours, je n'ai pas pu fermer l'œil.
Je ne peux même pas en tirer satisfaction : tu as la chance de ne pas comprendre ce qui t'arrive !
Quel ironie : tu as fuis un loup-garou et te voilà folle. Un sacré gâchis tout ça. Je sais que c'est mal de penser ainsi mais cette haine, cette soif de vengeance me murmure sans arrêt « bien fait ! ». Est-ce le destin qui s'est chargé de t'apprendre une leçon ? Je l'ignore.
Je ressens une légère amertume et je ne peux m'empêcher de me demander comment les choses se seraient passées si on était resté ensemble.
James et Lily seraient-ils encore en vie ? Peter aussi ?
Et toi, serais-tu en bonne santé ? Aurais-je été le père de ton enfant ?
Bon sang, Alice, pourquoi m'as-tu quitté ? Pourquoi a-t-il fallu que tu restes avec cet imbécile ! Regardes où ça t'a menée !
Et pourquoi je m'en veux malgré tout !
