(EPOV)

Comme nous l'avions promis à Jake, nous veillions sur Bella.
Cette dernière était arrivée à Billings juste après l'enterrement de Seth, auquel Emmett, Rose et Alice avaient assisté.
Sans Bella.
Bella avait été rejetée de la réserve. Lorsqu'Emmett nous expliqua au téléphone ce qui s'était passé un peu plus tôt, une colère sourde était montée en moi. Une colère contre ceux qui l'avait rejetée alors qu'elle n'était en rien responsable de la mort de Seth. En colère parce qu'avec cela, Bella allait surement se sentir encore plus mal. Mais aussi une colère contre moi. Lorsque nous avions appris la date de l'enterrement, j'avais hésité à prendre quelques jours de congés pour rester aux côtés de Bella. Puis, finalement, je n'avais rien fait, me disant simplement qu'elle serait auprès de nous le lendemain. En colère parce que j'avais laissé celle qui hantait mes pensées seule dans une situation difficile.

() () ()

Depuis son procès, Bella vivait dans notre appartement de Seattle. Cela n'avait pas été simple de lui faire accepter cela et Carlisle avait dû intervenir pour qu'elle flanche enfin.
Nous l'avions attendue, Jasper, Carlisle et moi, devant l'entrée principale de la base de Seattle, le lendemain de son procès. Il pleuvait, comme toujours dans l'état de Washington et j'étais plus qu'heureux que Carlisle ait insisté pour prendre sa voiture. Jake nous avait donné l'heure de sa sortie et nous attendions. A l'heure dite, personne ne franchit la barrière principale gardée par un soldat. Puis une dizaine de minutes plus tard, une petite silhouette apparut, un sac sur le dos. C'était Bella. Seule. Le planton s'avança vers elle et elle lui tendit quelque chose. Le soldat l'observa une minute alors que Bella avait baissé la tête. Puis le jeune homme s'était mis au garde à vous. Elle avait relevé la tête, sûrement surprise par le geste du militaire et finit par répondre rapidement à son salut. Il avait ouvert la barrière et elle était sortie doucement en replaçant son sac sur l'épaule. une fois dehors, elle s'arrêta quelques secondes, tête baissée. Une main monta à son visage, essuyant probablement des larmes, puis elle avait repris sa marche, traversant lentement le parking sur lequel nous étions garés, sans nous avoir aperçus. Jasper et moi sortîmes à cet instant, afin qu'elle nous remarque. Nous avions ensuite parlementé durant de longues minutes, sous la pluie, mais elle refusait toujours de nous suivre. Elle ne voulait pas dépendre de quelqu'un et ne cessait de nous le répéter, d'un ton de plus en plus dur. Carlisle était alors sorti de la voiture et avait emmené Bella quelques mètres plus loin. Aujourd'hui, nous ne savions toujours pas ce que notre père avait pu lui dire mais Bella avait flanché, se blottissant contre lui, acceptant enfin notre proposition.

Nous étions restés avec elle quelques jours, jusqu'à l'arrivée des filles et d'Emmett, avant de repartir pour Billings. Laisser Bella à Seattle fut difficile pour moi, conscient qu'elle souffrait profondément. Durant ces quelques jours, j'avais maintes fois tenté de la faire parler, tout comme Jasper, d'essayer de l'épauler mais elle refusait tout cela, nous montrant un visage froid, dépourvu d'émotions, tentant de s'éloigner de nous. Nous étions repartis inquiets pour elle. Mais mon frère et mes soeurs veillaient. Emmett nous téléphonait tous les soirs, après la visite de Jake qui passait tous les soirs à l'appartement. Il nous avait ainsi appris que Bella avait fini par demander à aller à Forks pour l'enterrement de Seth. Ma mère avait aussitôt compris que tout n'allait pas se passer sereinement pour Bella et avait quasiment ordonné à Emmett de ramener Bella ici, à Billings.

La jeep d'Emmett s'était garée devant la maison de nos parents voilà une semaine et nous en avions vu descendre une Bella au visage fatigué et pâle. Depuis, elle vivait chez mes parents, dans l'ancienne chambre d'Alice. J'étais allé chaque jour chez eux, ce qui faisait longuement sourire ma mère, consciente de mes sentiments pour leur invitée et elle n'hésitait pas à me le faire remarquer.

En ce vendredi, la pluie tombait vigoureusement depuis le milieu de la nuit et le froid qui était apparu prédisait un hiver rude. Attrapant mon blouson dans mon casier, je me dépêchai à rejoindre Jasper sur le parking. C'était notre dernière journée avant un mois de repos et nous allions pouvoir profiter des fêtes de Thanksgiving et de Noël en toute tranquillité. Nous nous engouffrâmes dans ma Volvo, maudissant tous les deux la météo. Avant que je ne puisse mettre le contact, le portable de Jasper sonna.
-Salut maman. Tu as de la chance, nous sortons tout juste de notre garde et...débuta-t-il la conversation, un sourire aux lèvres. Mais celui-ci disparut bien vite à la réponse de ma mère. Attend maman, je nous mets sur haut-parleur, Edward est juste à côté. Ajouta-t-il gravement.
Je regardai mon frère, intrigué par son comportement, avant de saluer ma mère.
-Edward, Bella est partie ! Elle n'est plus à la maison ! répéta Esmée, la voix tremblnte.
-Quand est-elle partie ? demandai-je
-Je ne sais pas trop. Elle est montée se coucher hier soir comme d'habitude. Je suis partie tôt ce matin pour quelques courses et quand je suis rentrée un peu avant midi, elle n'était pas au rez-de-chaussée. Je suis donc montée et sa chambre était vide. Oh mon Dieu, si jamais...
-Maman, ne t'en fais pas. Bella sait très bien se débrouiller seule. la coupa Jasper, tentant de prendre une voix rassurante même si son visage me disait le contraire.
-A-t-elle pris ses affaires ? questionnai-je.
-Non, tout est là, Edward, même son blouson. je...J'espère qu'elle n'a pas fait de bêtises et ….répondit ma mère, sa voix retenant surement des larmes. Je...j'ai prévenu Emmett, les filles et Carlisle. Ils ont fait le tour de la ville plusieurs fois mais ne l'ont pas vue.
-ok. Ne t'en fais pas maman. reprit Jasper, on va la retrouver.
-Le temps de sortir de la base et nous arrivons, maman. ajoutai-je en sortant de ma place de parking.
Jasper raccrocha et je pris la route pour rejoindre l'entrée principale.

Comme à son habitude, le sergent de garde s'avança vers la voiture.
-Hé, salut Jazz, salut Ed ! Sale journée pour voler, non ? demanda-t-il.
-en effet, Newton. répondis-je, lassé par ce gars qui nous répétaient les sempiternelles mêmes phrases, ou presque, tous les jours.
-Ouais, c'est pas un temps à mettre un chat dehors. poursuivit-il. Ah, au fait, y'a quelqu'un qui vous attend dehors. Çà fait au moins deux heures, vous auriez pu sortir plus tôt ! rit-il avant de reculer pour ouvrir la barrière, nous laissant pantois.
-Tu attends quelqu'un ? me demanda Jasper, surpris, tout en redémarrant la voiture.
-Du tout. Newton n'a vraiment pas la lumière dans toutes les pièces. répondis-je en scrutant désormais le trottoir face à la base, le rideau de pluie n'aidant vraiment pas à cet instant.

Mais malgré tout, je reconnus immédiatement la silhouette.
-Là bas, Jasper ! C'est Bella ! m'exclamai-je juste avant que je n'accélère pour me garer à sa hauteur.
Je n'attendis même pas que la voiture soit totalement arrêtée pour en sortir, me précipitant vers elle. Elle était là, assise sur son sac de toile, trempée, ses longs cheveux plaqués sur son sweat à capuche des Mariners, dégoulinants. On ne distinguait que le bas de son visage, le reste étant caché par la large capuche plusqu'imbibée par la pluie.
Jasper était lui aussi sorti de la voiture et s'était agenouillé, tout comme moi, devant la jeune femme.
-Hé Bella, pourquoi ne monterais-tu pas dans la voiture avec nous ? tenta Jasper en posant doucement une main sur le genou de Bella.
Elle ne répondit pas, se contentant juste de baisser un peu plus la tête.
-Mais enfin Bella ! finis-je par m'agacer devant son mutisme. Tu as disparu depuis des heures ! Tout le monde te cherche, Esmée et les filles sont mortes d'inquiétude ! Et nous alors ? tu as pensé à nous ? poursuivis-je en haussant de plus en plus la voix, laissant transpirer la tension qui m'avait envahi avec le coup de téléphone d'Esmée.
-Ed, arrête. me coupa Jasper en me faisant remarquer les larmes qui coulaient désormais sur les joues de Bella, se mêlant à la pluie.
Sans relever plus la tête, elle chuchota quelque chose, si bas que nous ne comprenions rien.
-Hé Bella, chérie, s'il te plait, regarde-nous. souffla Jasper en plaçant sa main sur la joue de Bella.
Quelques secondes passèrent encore sans un mouvement, sans un son, puis elle redressa doucement la tête.
-Ils sont partis. dit-elle en regardant Jasper.
-Qui Bella ? Qui est parti ? demandai-je, ne comprenant pas sa phrase.
-Jake et l'équipe. Ils sont partis hier. Ils m'ont remplacée. répéta-t-elle en plantant alors ses yeux emplis de larmes dans les miens. Ils m'ont laissée...effacée...
Et là, je compris. Son équipe était repartie en mission. Sans elle. Et si l'équipe était partie, c'est qu'elle était de nouveau au complet, avec un tireur d'élite. J'eus mal pour Isabella, connaissant l'attachement plus que profond qu'elle avait pour ses collègues et son travail. Alors sans dire un mot, je déposai doucement mon bras sur ses épaules avant de l'attirer vers moi. Dévastée, elle se laissa faire et se retrouva blottie contre mon torse.
-Bon, on ne va pas rester sous cette maudite pluie. On rentre à la maison. décidai-je après quelques minutes, emmenant Bella qui s'accrochait à moi fermement. Je tendis les clés à mon frère et grimpai à l'arrière avec elle.
Le trajet se fit rapidement et Jasper se gara sur le parking de notre résidence.
-Je préviens maman et je file chercher quelques vêtements secs chez Rose pour elle. me dit doucement Jasper alors que je sortais de la voiture avec Bella.
J'acquiesçai en silence et une fois la portière fermée, Jasper fit demi-tour en direction de chez Emmett.

Lorsque Jasper était repassé avec les vêtements, Bella était sous la douche. En rentrant, je l'y avais placée de force avant d'ouvrir le robinet d'eau chaude sur elle, encore habillée, pour la sortir de son état quasi catatonique. Je lui avais déposé tout ce dont elle pouvait avoir besoin tout près de la douche et avais gagné ma chambre pour me changer.
Un peu plus tard dans la soirée, ma famille avait envahi mon salon, soulagée de retrouver Bella parmi nous. Nous avions discuté comme si de rien n'était, Bella ne participant pas vraiment. Une heure plus tard, rassurés, les autres rentrèrent chez eux, nous laissant seuls, Bella et moi, assis dans le salon, de la musique douce en fond sonore. Elle avait repris quelques couleurs, s'était réchauffée. Emmitouflée dans l'un des mes sweats épais qu'elle avait trouvé accroché derrière la porte de la salle de bain, elle regardait le contenu de la tasse qu'elle tenait entre ses mains depuis un bon moment. J'étais convaincu qu'elle n'était pas là, du moins pas réellement, perdue dans ses réflexions.

Lorsque ma mère avait passé le seuil de mon appartement, Bella s'était approchée d'elle prudemment, s'excusant pour son comportement. Esmée n'avait rien répondu et s'était contentée de prendre la jeune femme dans ses bras, dans une étreinte maternelle dont elle avait le secret. Isabella m'avait demandé si elle pouvait rester un peu ici et j'avais accepté avec joie sa demande, lui montrant immédiatement la chambre d'amis, ce qui m'avait valu des sourires moqueurs de mes frères que Bella n'avait pas remarqué, blottie contre Rosalie.

Elle était là, dans mes murs, chez moi, en un seul morceau, pour plusieurs jours, et c'était tout ce qui m'importait.

() () ()

(BPOV)

Il neigeait. Debout devant la fenêtre du salon, une tasse de café devenu froid maintenant dans la main, j'observais la danse lente des flocons qui tombaient alors que l'aube pointait à l'horizon. 5H du matin. Je n'avais dormi que trois heures. Et depuis j'étais là, scrutant la nuit noire et froide, me ramenant quelques années en arrière.

Il neigeait. Un manteau blanc et humide recouvrait tout, créant un nouveau paysage, vierge de toute atrocité. Plus de ruines. Plus de trous d'obus. Plus de tâches de sang séché. Plus de cadavres abandonnés dans les rues. Aucun bruit. Comme si toute cette blancheur purifiait tout, y compris le silence. Le fusil en appui sur un morceau de mur qui avait été une fenêtre quelques temps auparavant, l'oeil vissé dans la lunette, j'attendais comme toujours. Aujourd'hui, la planque était un petit immeuble en ruines, surplombant le point de rendez-vous. Cette fois-ci, nous étions proches, pas besoin de calculs tordus et de réajustements incessants. Juste l'oreillette dans laquelle résonnait la voix d'Alpha.
-cibles en approche. Lullaby, cible alpha en moto. Hunter, cible beta à 20 secondes derrière, dans un pick-up. annonça Alpha.
-la routine. souffla Hunter en plaçant son fusil à la seconde fenêtre de la pièce, tout en crachant son chewing gum.
Je le regardais, en position, l'oeil dans la lunette de son fusil. Sa musculature se dessinant malgré les épaisseurs nécessaires pour avoir un peu chaud. Sa machoire carrée lui donnant cet air sévère qui m'avait impressionnée à notre première rencontre. Quelques cheveux blonds s'échappant du bonnet gris, accessoire indispensable de camouflage pour lui, contrairement à moi.
-1 minute. claironna Alpha, ce qui me fit quitter des yeux mon collègue.
-Reçu. répondis-je en même temps que lui.
-Bah alors, poupée ? Perdue dans ses pensées ? plaisanta-t-il en dardant son regard bleu si clair, un sourire victorieux aux coins des lèvres.
Je souris, sans répondre, avant de lui faire un clin d'œil et de regarder de nouveau à travers ma lunette.
-30 secondes. Véhicules à vitesse faible. Ils arriveront par l'angle ouest. Confirmation avant silence radio. Poursuivit Alpha.
-reçu. Silence radio demandé. répétai-je juste après lui, concentrée.
Le ronronnement des moteurs se fit entendre, brisant le silence cotonneux de la neige. La moto apparut, tourna à l'angle ouest juste avant de tomber au sol. Ma balle avait atteint son but, transperçant le casque. Je vérifiai dans la lunette. Le motard ne bougeait plus. Le pick-up apparut, amorçant son virage mais termina sa course dans l'angle du bâtiment d'en face, pare-brise explosé par la balle d'Hunter.
-Cibles abattues. annonça mon voisin, d'une voix dénuée d'émotions, qui provoqua un frisson le long de ma colonne vertébrale.
En silence, je repliai les pieds soutenant le canon de mon fusil puis démontai la lunette.
-Hé poupée, pourquoi récites-tu toujours ce truc ? demanda-t-il alors qu'il avait regagné le centre de la pièce, à l'abri des regards extérieurs.
-Je ne sais pas. soupirai-je en remontant la fermeture éclair de mon sac.
-ils n'en valent pas la peine, poupée. Ils ne sont que des déchets et nous sommes chargés de les éliminer. Tu le sais, n'est-ce pas ? ajouta-t-il alors que je me redressai pour le rejoindre.
Je ne répondis pas. Comment pouvait-il penser cela ? Pour lui, c'était cela notre métier. On « nettoyait », sans aucune émotion, sans aucune arrière-pensée.
Soudainement, la porte qui était restée entière par je ne sais quel miracle malgré le bombardement du quartier, s'ouvrit, nous surprenant. Je fis volte face en un quart de seconde, mon pistolet, fidèle compagnon de mon flanc gauche depuis trois ans désormais, à la main, mon collègue braquant lui son fusil d'assaut. J'eus juste le réflexe de tendre la main pour baisser le canon de son arme afin que le projectile n'atteigne pas sa destination.
-C'est qu'un gosse, James ! criai-je pour qu'il regarde sa cible.
L'enfant, d'une dizaine d'années à peine était tétanisé sur le pas de la porte, la bouche entrouverte, les yeux écarquillés.
Je fis un pas vers l'enfant mais il reprit ses esprits et s'enfuit par le couloir. Je rejoignis en trois pas la porte et observai la course de l'enfant qui disparut dans la cage d'escaliers.
-surement un sans-abri ou un orphelin. Dis-je en revenant dans la pièce.
Un léger claquement métallique me fit relever la tête avant de me figer sur place.
Le fusil posé sur le rebord de la fenêtre, James venait de tirer une balle. Prise d'un mauvais pressentiment, je courus jusqu'à ses côtés. En bas, dans la neige, un enfant gisait, une mare pourpre se formant doucement près de sa tête. Il l'avait tué...James avait tué l'enfant qui courrait encore voilà une minute.

Je voulus crier mais aucun son ne sortit de ma gorge.
-Bon, on y va Izzy ? demanda James en attrapant son sac au beau milieu de la pièce alors que j'étais toujours figée à la fenêtre.
-James...tu...tu l'as tué...C'était qu'un gosse perdu...réussis-je à articuler en me retournant pour le regarder.
-Un déchet, comme les autres, Izzy. Et puis un de plus, un de moins... Allez, on bouge, la voiture va attendre et j'ai envie d'un bon cheeseburger. déclara-t-il froidement alors qu'il quittait la pièce.
A la sortie de l'immeuble, je ne pus m'empêcher de regarder vers l'enfant. Le manteau blanc était vermillon désormais. Mais la neige continuait à tomber, commençant déjà à couvrir de blanc le corps du garçonnet.
Ce jour-là, en rentrant au QG, j'avais demandé à parler à Sam en privé. Ce jour-là, les flocons de neige se mêlèrent à mes larmes. Larmes parce que tout était fini. J'étais de nouveau seule...

Un bruit derrière moi me fit reprendre pied dans la réalité. Devant moi, la neige continuait à tomber, laissant un tapis blanc à perte de vue.
-Tu ne dors pas ? me demanda un ténor que je connaissais bien désormais.
Je soupirai pour seule réponse.
-encore un cauchemar ? poursuivit-il en déposant son pull sur mes épaules.
Toujours sans un mot, j'acquiesçai.
-l'Irak ? risqua-t-il en se tournant vers moi après avoir observé la neige quelques secondes.
-non, les Balkans. murmurai-je en fermant les yeux pour ne plus voir toute cette neige.
Sa main chaude saisit la mienne, glacée, et cette sensation me calma un peu. La présence d'Edward,et plus largement des Cullen, était comme un baume au cœur, me donnant l'envie d'essayer de passer au dessus de tout cela.
-est-ce que...est-ce que tu peux me prendre dans tes bras, Edward ? murmurai-je en me tournant vers lui.
-tu sais que tu n'as pas besoin de demander, Bella. répondit-il en m'ouvrant les bras pour que je m'y engouffre.
Alors, comme toutes les nuits depuis mon arrivée ici, je posai la joue contre son épaule et respirai enfin, tentant d'oublier l'image de ce petit garçon en me noyant dans la chaleur d'Edward.
-si tu veux en parler...proposa-t-il, comme à chacun de mes cauchemars.
-non, c'est mon fardeau. chuchotai-je. Serre-moi juste dans tes bras, s'il te plair. ajoutai-je.
Edward s'exécuta, me serrant un peu plus contre son torse, avant qu'il n'embrasse furtivement mes cheveux.
-tu ne devrais pas t'attacher à moi, Edward. lançai-je doucement, toujours protégée par ses bras.
-je sais, ma belle. Tu me le dis chaque jour. Et comme chaque jour, je te répondrai qu'il est trop tard et que tu en vaux la peine. dit-il dans ce que je devinais être un sourire.

Depuis mon arrivée ici, j'avais baissé un peu mes barrières. J'avais laissé Edward m'approcher. Il avait été là pour moi quand je m'étais assise sur ce trottoir détrempé de Billings, face à la base, totalement perdue depuis 4 jours, lorsque Jacob m'avait avoué qu'il partait en mission. Qu'ils repartaient tous en mission...sans moi...
A peine entrée chez lui, j'avais eu l'impression de me calmer et de réfléchir de nouveau, d'oublier mes peines...
Cette première nuit chez Edward, un cauchemar m'avait envahie, comme tous les jours. Des images d'une de mes missions se mêlant à celles de Seth, blessé, dans mes bras. Avais-je crié ? Sûrement mais je ne saurais le dire. En tous les cas, Edward était à mes côtés, affolé, lorsque j'avais finalement rouvert les yeux. Nous n'avions pas dit un mot et il m'avait serré contre son torse, me permettant de me calmer petit à petit.
Puis il s'était allongé à côté de moi, m'ouvrant son bras pour que je me blottisse contre lui, comme en Irak. Nous n'avions pas redormi cette nuit-là, Edward me parlant, après quelques minutes de silence, de l'arrivée de Jasper et Rosalie dans leur famille, comme si de rien n'était, me permettant de penser à autre chose.

Aujourd'hui, nous allions chez Esmée et Carlisle, pour Thanksgiving et nous y resterions tous plusieurs jours. J'avais tout d'abord refusé l'invitation, arguant que ce moment était familial et que je ne voulais pas m'imposer parmi eux. Inutile de dire que tout le monde s'y était mis et que j'avais finalement capitulé sous les cris de joie d'Alice.
Edward conduisait en silence, une douce musique se faisant entendre dans l'habitacle et je me perdais dans la contemplation des paysages blancs. Depuis l'Irak, je n'avais pas voulu me retrouver seule dans une voiture, craignant d'y voir le fantôme de Seth.
Bientôt, la voiture passa une grande barrière en fer forgé laissant apparaître la maison des Cullen. Aussi vaste et belle que leur villa de Forks. Edward me sortit de ma contemplation lorsqu'il déposa doucement sa main sur mon genou.
-Tu veux entrer ou tu comptes dormir ici ? me demanda-t-il en riant.
Je ne m'étais même pas aperçue que nous étions arrêtés et que Carlisle et Esmée nous attendaient sur le perron.
Je me dépêchai alors à sortir de la voiture, rougissante de gêne et rejoignis les Cullen.
-bonjour ma chérie. me salua Esmée en me serrant dans ses bras.
Je me blottis volontiers dans ses bras et fis durer un peu le moment. Esmée avait dû le comprendre et s'était mise à me bercer lentement.

Je ne me rappelais plus de ma mère. Juste quelques flash. Une femme brune riant aux éclats auprès de mon père. Elle et moi faisant un gateau dans la cuisine. Nos mercredis après-midis où nous jouions à nous déguiser, moi empruntant ses chaussures à talons et elle me maquillant. Nos promenades du dimanche en rentrant de l'église. Je ne me souvenais plus du timbre de sa voix, même si parfois j'entendais encore dans mon esprit ses « Je t'aime ma Bella » qu'elle chuchotait à mon oreille lorsqu'elle venait me border, accompagnée parfois de Charlie.
Par contre, je me souvenais encore parfaitement de tout ce que mon père avait pu dire au téléphone ce jour-là. Le jour de mes six ans. Je revois encore l'expression horrifiée se peignant sur son visage. J'entendais encore ses larmes incessantes durant toutes ces nuits. Je me rappelais même la teinte du bois du cercueil de ma mère ainsi que le parfum de l'énorme gerbe de fleurs que j'avais choisie avec l'aide de Billy.

Alors, lorsque je me retrouvais près d'Esmée, j'étais comme attirée par elle, par son aura de mère. Et après toutes ces années à avoir combattu tous ces petits gestes naturels, je me laissais désormais aller à profiter de tous ces petits instants simples et fugaces, emplis de bonheur.

() () ()

-Merci Esmée ! C'est le meilleur Thanksgiving depuis très longtemps ! Merci ! répétai-je au moins pour la vingtième fois depuis l'arrivée de l' « invité surprise ».
Elle se contenta de rire à mon entrain en me tendant un plat de purée que j'emmenai aussitôt dans la salle à manger, le déposant devant Carlisle.
-Bah Bellissima ?! Et moi alors ? se plaignit aussitôt Emmett alors que je me rasseyais à ma place, entre Jacob et Edward.
Je lui tirai la langue pour toute réponse, faisant ainsi rire tout le monde. Le repas se déroulait dans une ambiance chaleureuse et détendue que je n'avais jamais connue jusque là, mes « repas de famille » avant de rejoindre l'Air Force se limitaient à des barbecues sur la plage de la Push, avec Jacob et son père.

Je ne lâchai que très rarement la main de Jacob durant ce diner, son contact m'ayant énormément manqué depuis mon départ de la base. Mon frère était arrivé en milieu de matinée, les Cullen ayant voulu me faire une surprise en me cachant sa venue.
Alors que j'aidais Esmée en cuisine, Carlisle et Edward étaient venus me chercher, me demandant un coup de main pour déplacer quelque chose dans le garage. J'avais donc abandonné pour quelques minutes mon tablier et les avais suivis pour découvrir Jake, dehors, m'attendant sous le porche, le sourire aux lèvres. Je n'avais pu m'empêcher de me jeter à son cou, des larmes de joie inondant mes joues. Il m'avait habilement réceptionnée contre son torse, refermant ses bras chauds sur moi avant de caler son menton sur ma tête, comme nous le faisions depuis des années. Depuis cette époque où il était devenu physiquement plus grand que moi et qu'il pouvait jouer son rôle de « grand » frère. En fermant les yeux, je m'étais immédiatement sentie « à la maison ». Mais un petit quelque chose réagit dans mon esprit : cette sensation, je la retrouvais dans les bras d'Edward, mais avec un petit quelque chose en plus. Un petit quelque chose encore indéfinissable. Ou plutôt un petit quelque chose sur lequel je ne voulais pas mettre de mots, sachant pertinemment ce que je ressentais pour lui.

Durant ces mois, Edward avait gagné mon cœur mais j'essayai encore de maintenir mes barrières, ne voulant pas qu'Edward ne souffre par ma faute. Je ne me sentais pas prête à lui laisser totalement mon cœur, craignant trop pour sa vie, et indirectement pour celle des membres de cette famille qui devenait peu à peu la mienne. Tous ceux qui m'avaient approchés de trop prêts étaient morts ou disparus inexplicablement. Tous sauf Jacob... Parce que je veillais sur lui. Et j'avais pour le moment trop l'envie de regagner Seattle pour pouvoir protéger Edward convenablement.

Le dîner se déroulait donc dans une ambiance légère et chaleureuse. Je m'étais relevée de table pour aider Esmée et m'étais emparée du gâteau qui trônait sur l'immense ilot central de la cuisine.
-Laisse, Bella. Tu es notre invitée et…intervint aussitôt la maîtresse de maison.
-Mais non, Esmée. Avec le cadeau que vous m'avez fait aujourd'hui, je peux au moins t'éviter les allers-retours vers la cuisine. la coupai-je avant de prendre le plat.
-D'accord. Prends le dessert, je me charge du café. finit-elle par céder en me souriant.
Je l'embrassai rapidement sur la joue avant de retourner vers la tablée. Au moment où je déposai le gateau, le carillon de la porte d'entrée retentit. Carlisle, étonné, esquissa un mouvement pour se lever mais je le stoppai en plaçant ma main sur son épaule.
-Laisse, Carlisle, je suis debout, j'y vais. expliquai-je en lui souriant.
Carlisle acquiesça et je traversai rapidement la pièce pour rejoindre l'entrée. Je tournai la poignée et ouvris lentement la lourde porte de bois sombre. Un homme en costume sombre se tenait sur le perron. Un sourire étrange se dessina sur ses lèvres avant qu'il n'ouvre la bouche :
-Bonsoir Lullaby...


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