Disclamer : L'univers Potterien appartient à JK Rowling

Voilà, la suite est en ligne, j'espère que vous aimerez !


Chapitre 8 : " Le plus étonnant dans les ruptures demeure l'action et la force des regards et des silences ."

JP Richard

Journal intime de Cybèle Carrow : Je ne veux pas y croire, je ne peux imaginer que cela soit vrai. Je voudrais que tout cela ne soit qu'un songe, un long rêve d'une quinzaine d'années. Je voudrais me réveiller : Enfant dans les bras d'un père.

Ce matin-là, alors que Cybèle descendait dans la Salle Commune, seule comme souvent depuis qu'elle avait envoyé l'héritier Malefoy brouter des fougères dans le parc de son manoir, elle surprit un attroupement devant le panneau d'affichage. Elle attendit que l'essaim se dissipe et prit place à son tour devant le large tableau de bois.

Le Quidditch... le mot traversa l'esprit de Cybèle et elle le chassa d'un haussement d'épaules. Bien sûr, il n'y avait que ce sport stupide qui pouvait expliquer le soudain enthousiasme des élèves de Poudlard. Elle voyait d'ici les yeux de Drago s'il l'entendait parler ainsi de ce magnifique jeu inventé par des fous pour des fous dangereux...

N'était-ce pas le sport le plus stupide du monde ? Un troupeau de garçons et de filles, volant sur des balais... des balais ! Un manche en bois, trois brins de paille et voilà qu'on en faisait un oiseau, par Merlin, même pas une paire d'ailes pour soutenir l'engin. Et puis, que faisaient-ils sur ces machines de mort ? Eh bien, ils s'envoyaient des balles... Évidemment... des balles tueuses, un sphère de cuir et un truc si petit que l'on pourrait le prendre pour un caillou.

Bien sûr, on pourrait comprendre que des adolescents aux hormones en ébullition aient besoin de se trouver un dérivatif mais enfin, comment des pères de famille, des hommes, des adultes responsables (ou censés l'être) pouvaient-ils jouer à cette chose complètement idiote qu'était le Quidditch ? Y'avait-t-il un plaisir particulier dont aucun livre ne parlerait à se prendre un Cognard dans la figure ? A se manger la pelouse du stade ? A rentrer dans un poteau ?

Enfin, il fallait ajouter à ces joueurs la masse indicible de spectateurs transpirants, se frottant les uns contre les autres dans des gradins brinquebalant, s'agitant au gré du vent pour le nom d'une équipe qu'ils auraient tôt fait de ne plus hurler, se brisant les tympans, les cordes vocales... et parfois les os ! Oui parfaitement ! Les os ! Parce que les supporters n'étaient pas plus en sécurité dans le public que les joueurs sur leurs manches en bois et qu'il n'était pas rare qu'un spectateur soit la cible d'un Cognard perdu...

Comme tous les ans, les quatre maisons attendaient avec hâte la période des recrutements, des premiers entrainements, pour enfin arriver à la réouverture du Championnat de Quidditch inter-maison, et il semblait que la-dite période était enfin arrivée.

Un mouvement d'air à ses côtés la fit tourner la tête. Drago se tenait là, posté devant le mur, étudiant d'un air peu intéressé les affiches qui ornaient le panneau de bois. Droit comme un i, ne prononçant pas un mot, ne la regardant pas... elle hésita un moment sur la marche à suivre. Elle n'avait pas à s'excuser, n'est-ce pas ? Elle n'avait rien fait de mal après tout, pourtant, il lui manquait ce grand dadais...

- Salut...

Il tourna la tête et la darda de son regard gris perçant. Il sembla attendre qu'elle parle mais Cybèle n'en fit rien. Le saluer était bien suffisant dans sa vision du premier pas sans pour autant qu'elle finisse par ramper à ses pieds pour s'excuser.

- Salut.

Il y eut un nouveau silence, impressionnant parce qu'il résonnait dans toute la salle. Étaient-ils seuls ? Les autres attendaient-ils le pugilat ? Elle n'osa pas se retourner pour vérifier.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Cybèle ramena son attention sur Drago.

- Je regarde le panneau...

- Ouais... moi aussi.

Elle acquiesça et le silence retomba aussitôt comme un couperet entre les deux anciens amis. La jeune fille redirigea son regard sur les affiches et il en fit de même. Aucun deux n'avait de bonnes raisons pour s'attarder devant ce fichu bout de papier mais ils ne semblaient pas prêts à laisser l'autre. Hésitants à dire les choses, hésitants à faire les choses. Du coin de l'œil, elle vit le jeune homme serrer les poings.

La frustration... Elle pouvait comprendre ça. Si proches et si loin l'un de l'autre, après tout ce qu'ils avaient traversé ensemble. Il lui semblait juste de dire que Drago avait toujours été un frère pour elle et ce quel que soit son avis, c'était injuste qu'une divergence d'intérêt puisse avoir un tel impact sur les deux adolescents. Cybèle connaissait des choses sur lui que personne ne pouvait imaginer, il en était de-même dans son sens. La jeune fille baissa la tête et il s'en alla sans un mot, la laissant seule avec ses pensées.

Elle attendit un petit moment avant de quitter à son tour la Salle Commune, la faim commençant à se faire sentir. Mais à peine arrivée dans le hall, elle tomba sur un spectacle auquel elle n'avait pu assister depuis quelques temps. Une altercation semblait avoir lieu entre Drago et les trois Gryffondor habituels. Vincent et Grégory se dressaient en fidèles seconds à côté du blond et un peu plus loin, le reste des cinquième année de Serpentard avait l'air d'attendre que la foudre veuille bien passer, un air de profonde lassitude sur le visage. Drago lui tournait le dos et elle pouvait voir sur le visage de Potter l'étonnement de ne pas la voir se précipiter pour se ranger à ses côtés comme elle l'avait fait dans le train en venant rejoindre Poudlard. Drago suivit la direction du regard de Potter et, tombant sur la jeune fille, il secoua la tête agacé comme s'il avait voulu chasser un moucheron qui lui tournait autour. L'espace d'un instant, elle eut envie de se mettre à côté de Potter par pur esprit de provocation, elle pensa aussi que venir à côté de Drago pourrait être une manière de s'excuser sans avoir à trop courber la tête mais aucune des solutions ne parut acceptable alors elle amorça un pas vers la Grande Salle.

- Carrow ?

Elle se figea et se tourna vers l'origine de la voix pour voir Théodore Nott marcher à grands pas vers elle. Il lui tendit une main et elle la regarda bêtement. Un sourire dans la voix, il lui expliqua :

- Tu l'as laissée avec les miennes, hier.

Elle hocha la tête toujours sans dire un mot, se saisit de la plume qu'il lui tendait et s'arrêta. Théo, comme s'il avait compris son dilemme, se saisit d'un petit bout de sa cape et la fit totalement pivoter vers le réfectoire en tenant un discours sans queue ni tête au sujet d'une potion dont ils auraient parlé. Une fois les portes passées, il la guida vers sa place habituelle et la laissa là, avant de regagner sa propre place autour de la table sans dire un mot de plus. Comme incapable de faire un geste nécessitant plus de deux neurones, elle nourrit Belzébuth d'un air absent, vida son bol sans remarquer que les protagonistes de l'altercation du hall étaient eux-mêmes arrivés, tous, en un seul morceau, puis quitta la salle et récupéra ses affaires pour les premiers cours de la journée.

Le reste de la journée s'écoula de la même manière, il n'y eut personne pour sortir la jeune Carrow du brouillard dans lequel elle était tombée. Volontairement ou involontairement ? La question ne se posait pas. Elle laissa à McGonagall le soin de crier et vociférer, elle testa les dernières bribes de patience de Flitwick, s'attira les foudres de Chourave... Mais rien ne put briser le cocon qui s'était forgé. Sûrement qu'elle ne voulait pas en sortir, rester au creux de cette protection où rien ne pourrait la forcer à parler à Drago, ni à Théodore, où elle n'aurait pas à choisir, où elle n'aurait pas à s'étonner des uns et des autres, de la tendresse de Daphné et des petites attentions de Tracey, du regard que posait Pansy sur le fils Zabini. Elle n'avait plus besoin de soucier des lettres, de Lupin, de son père, des Carrow...

C'était un peu comme redevenir un bébé, un fœtus... enfermé au creux du cocon maternel, dans la chaleur douce de l'amour d'une mère. Ne plus vouloir en sortir. Cette pensée avait pris Cybèle par surprise et elle secoua la tête. Le froid mordant qui s'abattit sur son nez lui fit réaliser qu'elle se trouvait dans le parc. Encore. Sans trop savoir comment elle y était arrivée, sans savoir si elle avait envie d'y venir ou d'en repartir.

Cybèle ne pensait jamais à sa mère. Elle ne pensait jamais aux mères de personne d'ailleurs. C'était quoi une mère ? Un embryon de père dépourvu d'excédent génital ? Cybèle n'avait réellement connu ni l'un, ni l'autre. Quelques souvenirs, par-ci par-là, lui revenaient mais on lui avait raconté l'essentiel. Comment son père avait insisté pour la garder, provoquant le départ de sa mère pour la Russie sans un regard en arrière. Comment ce même homme s'était perdu en trahissant ses amis, comment elle avait été élevée durant quatre ans avec pour seule présence maternelle celle de sa grand-mère. Une grand-mère qui haïssait son fil mais n'hésitait jamais à défendre les intérêts de sa petite fille, la protégeant lorsque sa mère avait compris le bénéfice financier qu'elle avait raté. Mais Walburga Black en avait vu des gens, du pays... elle avait du vécu et quand son temps était venu, ceux qu'elle avait jugé les plus aptes à élever cette petite blonde qui la ravissait avaient été les Carrow. Elle avait couché leur nom sur son testament et s'était éteinte dans la plus grande discrétion, laissant une petite fille de quatre ans derrière elle.

Alors non, Cybèle ne pensait jamais à sa mère. Parfois à son père, parce qu'après tout c'était lui qui avait insisté pour que l'on mette cette jeune demoiselle sur terre, il avait voulu que les petites prunelles grises puissent un jour s'ouvrir sur les siennes, sur le monde et il avait réussi, au début... puis il avait vite perdu.

- Cybèle ?

Pour la deuxième fois de la journée, elle se tourna vers la voix légèrement rauque qui était venue la sortir de ses pensées. Théodore se tenait là, droit comme toujours, un livre dans les mains mais quelque chose clochait, quelque chose était différent...

- Tu es bleu...

- Ah...hmh, ouais.

- Tu comptes m'expliquer ?

Il se frotta les mains l'une contre l'autre et l'image rappela quelque chose de vague, de bleu, de moldu à Cybèle, une petite bête qu'elle avait vue en cours d'Etude des Moldus, une bestiole dont le nom incompréhensible ressemblait à schtrououph, strchourmp... bref à un éternuement bruyant. Elle sourit en y repensant mais ce petit brin de joie fut de courte durée.

- Drago Malefoy.

Cybèle serra les poings et se redressa.

- Où ?

- Non mais ce n'est pas la peine de...

- Où ?

- Le hall. Mais il n'y a pas à … commença-t-il sans pouvoir achever sa phrase.

La petite Carrow remonta au pas de course le parc et franchit les portes de la Grande Salle en bousculant quelques-uns des élèves qui se trouvaient là. Elle le vit de loin, l'héritier Malefoy qui se tenait face aux Sabliers de Points en plaisantant avec un ou deux Serdaigle. Elle fonça, l'attrapa par le bras et le poussa contre le mur avant de poser sa baguette contre sa gorge, essoufflée. Il eut un rictus et elle s'appuya plus fort contre son cou, lui coupant le souffle. La scène se figea. Cybèle tremblante d'une rage qu'elle ne s'expliquait pas maintenait Drago sans même savoir ce qu'elle devait faire de plus. Autour d'eux, le temps semblait s'être arrêté. Chacun regardait le spectacle avec stupeur. L'héritier Malefoy et sa grande amie Carrow, l'une menaçant l'autre. Étonnamment, ce fut le blond qui prit la parole le premier.

- Alors c'est comme ça maintenant ?

Elle le relâcha un peu.

- Tu défends ton petit Nott, tu ne ris plus des blagues de potaches ? T'aurais pas perdu ton sens de l'humour cet été par hasard ?

- Ce n'est pas mon sens de l'humour, c'est toi que j'ai perdu. Tu ne t'en es jamais pris à Théodore, je croyais que l'ignorance était la meilleure des attaques ? C'est passé où tout ça ? Où ?

Elle resserra à nouveau sa prise, tremblant comme jamais.

- Il m'agaçait.

- Et tu attaques les gens simplement parce qu'ils t'agacent maintenant ?

- Eh bien... n'est-ce pas ce que tu es en train de faire, petite fille ?

- Ça n'a rien à voir !

- Ça a tout à voir ! Tu n'as rien à faire ici ! Tu n'as rien à faire avec lui, tu m'entends ?

Il se saisit de ses poignets et l'écarta, retournant la situation d'un geste. Il les serrait dans sa poigne et Cybèle retint une grimace.

- Reviens avec nous, Cybèle ! Tu n'es rien sans nous. Nous sommes ta famille, tes amis... Ne laisse pas un stupide cancrelat se mettre au milieu de ce qu'on a créé.

- Tu ne comprends pas Drago... Ce n'est pas lui qui est venu tout briser. C'est toi ! Toi et ta manie de la politique, toi et tes airs de grand chef ! Oui c'était marrant au début, mais c'est retombé maintenant. Je m'essouffle à tes côtés...

Il la rapprocha de lui, délaissant ses mains. Pour une fois Drago se fichait de se montrer en spectacle ou non. Il y avait juste lui, lui et son amie qui ne comprenait pas, qui feignait de ne pas comprendre qu'il avait besoin d'elle autant qu'elle avait besoin de lui. Ils avaient toujours été deux et ce n'était pas le moment de remettre tout cela en cause. Ils auraient dû être plus proches que jamais.

Ils étaient maintenant face à face, les yeux dans les yeux. Aucune partie de leur corps ne se touchait mais la position n'avait jamais été aussi intense. Comme dans leurs jeux d'enfants, aucun ne voulait détourner le regard. C'était le moment de la bataille, le moment de ne pas perdre. Drago reprit la parole.

- Dis-moi ce que tu veux.

- Que tout redevienne comme avant.

- Impossible.

- Je sais, elle soupira, je sais mais je le veux quand même.

- Alors, dis-moi quelque chose que je pourrais réellement te donner.

- Sois Drago.

- Je suis Drago.

- Non, tu es Malefoy ! Tu es ce putain d'héritier Malefoy sur son piédestal qui gouverne sa cour de Serpentard. Tu es l'héritier Malefoy qui les regarde faire des courbettes. Drago, c'est mon ami. Celui avec lequel je suis à égalité, celui dont je sais tout, celui qui sait tout de moi. Drago, c'est celui avec lequel je n'aurais jamais eu à me battre... C'est ce Drago là que je veux.

- J'ai grandi.

- Et regarde ce que tu rates... Mais c'est peut-être mieux...

Il fronça des sourcils.

- Qu'est-ce que tu racontes ?

- Je ne me battrai plus pour toi Drago. Je te laisse devenir l'héritier que tu souhaites être. Moi, je recule. Tu dis être ma famille, mais je ne veux pas de gens comme toi dans ma famille.

Sa voix trembla un peu.

- Tu ne veux pas de gens comme moi ? Réfléchis un peu Cybèle ! Tu ne veux pas de gens comme moi dans ta famille alors tu n'auras personne. Tu n'as pas de famille. Si tu veux jouer à cela alors tu perdras. Tu ne peux pas sélectionner les gens que tu veux et ceux dont tu ne veux pas. Ta famille, ce sont les Carrow et moi. Si tu ne veux pas de ça, alors tu n'auras pas de famille ! Peut-être que tu n'as pas besoin de famille, petite fille, tu dois être habituée depuis le temps...

Cybèle recula de trois pas comme sous l'effet d'une gifle. Elle murmura :

- Je ne peux pas croire que toi, parmi tous, tu aies pu dire ça...

- Je suis Malefoy, n'est-ce pas ce que tu as dit ?

La jeune fille se détourna de Drago. Elle prit une inspiration et s'éloigna vers les cachots, tachant de retenir ses quelques larmes tant qu'elle ne serait pas à l'abri des regards. Derrière elle, un bruit sourd retentit. Malefoy avait laissé parler sa colère en frappant dans le mur le plus proche.

Aucun des deux ne se retourna. Aucun n'abandonna le combat. Aucun ne gagna.


J'espère que ça vous a plu !

A la prochaine !