Bonjour à tous. Comme le chapitre précédent était plutôt court, je vous poste la suite, sans attendre une semaine.

Yuma Kurotsuki : C'est cool, de revoir un pseudo connu ! Je suis bien contente d'apprendre que cette fiction t'intrigue toujours. Merci à toi ! En plus, je reviens avec du Thénoc dans mes bagages... J'espère que ça te plaira.


Chapitre 9

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Shin vérifie une dernière fois les coutures du collier, destiné à Eden. Un collier de cuir, qu'il a fabriqué lui-même, d'où l'attention accordée aux finitions. Au moment de l'essayage, il préfère tout de même s'en remettre à Grunlek. Malgré son amitié profonde pour le nain, la louve se hérisse, dès qu'elle sent la pression sur sa jugulaire. Grunlek tente de la distraire en lui grattant le poitrail.

C'est Grunlek qui l'agresse avec le collier, mais c'est après Shin, que la louve ne cesse de grogner. Ce qui pousse l'archer à la taquiner un peu, en adoptant un ton mi-figue mi-raisin. « Je vais me faire un collier avec tes dents, et un étui avec l'une de tes griffes. »

Grunlek arbore une grimace appliquée, pendant qu'il ferme la boucle. « Elle comprend ce que tu dis, tu sais. »

Animé d'une fausse joie, Shin tape sur ses cuisses, et se penche vers la louve. « Je vais tronçonner Grunlek en petits dès, et le filer à manger aux chiens du quartier. »

Folle de hargne, Eden se jette en avant, et n'est retenue qu'in extremis par Grunlek. Shin doit à la résistance du collier, de ne pas avoir la gorge arrachée. Le nain transpire, mais rie malgré tout de bon cœur. La louve affiche une expression trahie. Elle se couche à ses pieds, la collerette toujours dressée.

« J'apprécie tes efforts, Shin. Mais l'entourloupe ne marchera pas tu sais. »

« Bien sûr que si ! Tu vas lui charbonner une oreille, ainsi que le pourtour de l'œil. Et Eden passera pour le parfait chien de berger. »

« Oui, mais les autres chiens sauront, eux. »

Et difficile de donner tort à Grunlek. Ils sont actuellement dans une petite cour discrète de l'auberge, là où se trouvent les cabinets d'aisance. Et les chiens du chenil juste à côté, se déchainent depuis qu'ils ont senti la louve. Pour la faire venir en douce, Grunlek a utilisé du hérisson faisandé, un met pour lequel Eden est prête à braver sa phobie de la ville.

Shin projette un éclat de glace, qui se transforme en rosace, après son impact contre le grillage du chenil. Les chiens se replient en gémissant, avant de revenir plus furieux que jamais.

Un voisin, qui s'est plaint à plusieurs reprises du bruit, ouvre une nouvelle fois sa fenêtre.

Heureusement, les deux amis et leur louve, sont hors de vue. On entend une détonation sèche. Et le glapissement d'un animal. Les chiens se battent aussitôt comme des chiffonniers. Apparemment, le voisin vient d'éliminer un des chiens à l'arbalète, et les autres le dévorent. Pas de pitié entre les chiens de chenil, surtout quand ils sont sous-alimentés.

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Grunlek est très fier d'Eden, alors qu'elle marche au pied. Un exercice qu'ils ont répété de nombreuses fois. La louve gronde après tout ce qu'elle voit, et sursaute au moindre bruit. Mais globalement, comme il est quatre heures du matin, tout se passe bien.

Les voilà sur la dernière scène de crime en date. Le cube de glace contenant une moitié de visage. Si l'adresse ne figurait pas sur sa liste, Grunlek n'aurait jamais deviné se trouver sur les lieux d'une atrocité. Il s'agit de la réserve d'un négociant, qui vend du bois de chauffe, destiné aux poêles et cheminées. Les bûches s'empilent jusqu'au toit de l'appentis. Un endroit paisible, le bois étant un bon isolant sonique. Le paradis des mulots et des perce-oreilles.

Alors que Shin promène sa lanterne le long des piles, les bestioles filent se cacher sous l'écorce. Les ombres qui jouent sur leur relief, donnent l'impression que les bûches ont des visages. Les nœuds de bois forment des petits yeux, à l'air toujours triste ou étonné.

Eden renifle la sciure sur le sol, parce que le nain l'y incite. Mais à part des crottes de mulot, elle ne découvre pas grand-chose. Malgré tout, elle s'obstine, car elle est têtue, et que la traque lui plait.

Mais ce sera chou blanc pour l'équipe de Shin et Grunlek. Le seul criminel auquel la louve les conduit, est un raton-laveur, qui vient de cambrioler une maison. De terreur, la créature lâche le pain de savon qu'elle tenait dans sa gueule, et saute se cacher dans une poubelle. La louve jappe d'excitation et renverse les détritus. Grunlek ramasse quand même le morceau de savon.

Une pluie imprévue, mais torrentielle, s'abat sur leurs épaules. Eden vient presser sa tête mouillée contre la jambe de Grunlek. Les dernières traces odorantes sont emportées dans le caniveau.

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Théo hurle comme un putois, alors que la louve trempée jusqu'aux os, bondit sur son lit pour s'essuyer dans les draps. Vexée, Eden saute au sol, et s'ébroue, histoire d'en remettre une couche. Théo lui jette une chaussure, mais la louve l'attrape au vol, et part avec. Elle se cache sous la table, et commence à mâchouiller le soulier.

Grunlek éternue bruyamment. Sa barbe boucle de façon comique. On croirait qu'il est rentré à la nage. Tout le contraire de Shin, qui parait revenir d'une promenade de santé. La crue charrie des brouettes là-dehors, et pourtant, il n'a pas une éclaboussure de boue sur ses guêtres.

Assis en tailleur sur sa paillasse, son bâton sur les genoux, Balthazar médite.

Grunlek se débat avec sa botte, qui adhère comme une ventouse à son pied. « Tu doutes toujours qu'il s'agisse réellement d'un meurtre, Bob ? »

« Je doute. Je doute de tout. Que les meurtres soient liés. Qu'ils soient ritualisés. Je doute même de leur nature de meurtre. Et pourtant. On ne peut nier un crime de torture sur cette grande brûlée. Mais le rapport avec des cubes de glace ? »

« Une mise en scène ? »

« Bien piètre mise en scène. Des blocs disséminés sans dessein, à des places sans intérêt, sans signification. Vraiment, on dirait juste qu'ils pesaient sur les bras de quelqu'un, qui s'en serait débarrassé comme on jette ses poubelles. Le cadavre sous acide, lui il est intéressant. Peut-être le seul vrai meurtre des trois. Aucune possibilité d'identifier la dépouille. Car pour l'heure, aucun recoupement avec de récentes disparitions. »

Théo grogne en époussetant ses draps. Pas sûr qu'il puisse se débarrasser des empreintes boueuses ainsi. « Un coup des mages. »

« Non, bien sûr que non. Mais ce serait malgré tout pertinent de les interroger… Demain, messieurs, demain je vous introduis à un monde fait d'énigmes, d'épreuves, et de dangers. »

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Des énigmes, peut-être. Du danger, pas vraiment. Mais une épreuve, certainement. Le moins que l'on puisse dire, c'est que les égouts de la ville sont encombrés. On trouve plus de monde dans ses canaux, que dans les galeries marchandes au-dessus. Théo en vient à regretter les traditionnels rats, goules et alligators.

D'épais tapis, rongés par l'humidité, s'échelonnent le long des canaux. Dans ces petits carrés délimités, à la discrétion douteuse, des marchandages féroces ont lieu.

Théo doit repousser un garçon pressant, qui veut lui fourguer des vipères en bocal.

« Cinquante pièces, cinquante pièces pour une nuit avec moi ! » Une femme de petite vertu, a harponné Shin. L'archer replace hâtivement son masque, que la fille a accroché avec ses bracelets, en tentant de l'enlacer.

Shin reprend tout juste contenance, qu'une nouvelle donzelle l'accoste, avec cette fois un discours un peu différent. « Cinquante pièces ! Cinquante pièces pour une nuit avec toi ! »

L'archer se dit qu'il va avoir du mal à arriver au bout du canal avec tous ses habits en place.

Et ce n'est pas Grunlek qui va l'aider. Le nain a le poing crispé sur sa bourse, et les yeux qui lui sortent de la tête. Plutôt qu'un vol à l'arraché, c'est d'un mouvement de foule qui se finirait par un plongeon forcé, que le nain devrait redouter.

« Elles sont fraîches mes anguilles, elles sont fraîches ! »

Théo repousse l'attaque du poissonnier, qui a tenté de lui cingler les yeux avec son anguille vivante. « Ça je veux bien le croire, tu les as péchées dans la fange juste derrière toi. »

Le poissonnier prend un air ulcéré, mais pas trop. De toute façon, Théo est déjà assailli par un autre vendeur. Un pur bonimenteur cette fois, qui promet une érection aux eunuques, et un détartrage instantané aux édentés. Mais ce sont les mots « répulsif anti-démon », qui accrochent l'oreille du paladin.

« La sorcière que vous avez expulsée vous a maudit ? Elle a attiré sur vous l'attention de son démon ? Vous pensez n'avoir plus qu'à rédiger votre testament ? Avant de tout distribuer à vos ingrats d'enfants, pensez au Répulsif Anti-Démons ! Il ne les tue pas, ne les blesse. Alors pourquoi est-il miraculeux ? Mais parce qu'il vous rend invisible à leurs yeux ! Il vous efface de leurs pensées ! Pouf ! Savourez de nouveau la vie ! C'est cinq pièces, messire. Sept, pour deux flacons. Mais je ne vous espère pas maudit à ce point ! »

« Tu vas cesser tes braiments d'âne, et remballer ta camelote. Je suis un paladin de la lumière. »

« Très bien, j'ai compris. Parlez moins fort, messire. Deux pièces, pour le paladin de la lumière ! »

« Vous êtes sourd ?! Je suis ici en mission officielle- »

« Entendu, c'est gratuit. Maintenant, circulez s'il vous plait. Promis, j'irai brûler un cierge à votre Église demain. »

Alors que l'escroc cherche à l'évacuer prestement, Théo envisage de dégainer son épée. Puis son regard tombe sur le flacon qu'il sert entre ses doigts. Finalement, toujours congestionné, il décide de renoncer pour cette fois.

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