Voici le nouveau chapitre! J'espère qu'il vous plaira. Je rédige actuellement la suite du Mariage des Ténèbres, alors en attendant profitez bien! Bonne lecture...
...
-Cette fille est pathétique.
-Cette fille est humaine.
-Pathétique, donc.
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Draco Malefoy et Adrian Pucey (à propos de Hermione Granger).
…
Adrian remonta sur le pont à grands pas, se dirigeant droit vers son Capitaine qui contemplait avec grand désintérêt ses ongles, accoudé au bastingage, comme ennuyé.
-Capitaine, puis-je te parler un instant ?
Draco fit un signe de la main paresseux à son quartier-maître qui vint s'accouder à ses côtés, et ils contemplèrent la mer tandis qu'Adrian fouillait sa pochette de tabac, en découpant un morceau au couteau avant de lancer,
-Je viens pour ta captive, Capitaine.
Il sentit Draco se raidir à ses côtés et se demanda brièvement si en réalité il connaissait l'étendue de toute l'histoire. Que le Capitaine la garde dans ses quartiers plutôt que de la jeter aux cales, il le concevait : elle n'aurait pas été en sécurité avec les pirates qui y dormaient et y vivaient. Qu'il la traite comme un chien, ce n'était pas inattendu non plus : Draco Malefoy estimait le monde entier à ses pieds, à peine bon à baiser la poussière qu'il foulait de ses nobles pas, et en outre il la haïssait. En revanche, il s'étonnait que le Capitaine ne l'ait pas séduite : Hermione était jolie, assez pour attirer son regard d'orage, et dès l'instant où elle avait posé un pied sur le Dragon des Ténèbres, l'instinct d'Adrian lui avait hurlé qu'elle était la chasse gardée du Capitaine. Alors pourquoi n'était-elle pas à l'heure actuelle sa maîtresse, bon sang ? À moins que justement, quelque chose de mal se soit passé...
-Granger, répliqua Draco d'une voix traînante. Qu'a-t-elle fait, encore ? Si elle a tenté de te poignarder, t'empoisonner, t'assommer ou t'arracher un testicule avec les dents, c'est de ta faute, il ne fallait pas l'approcher. Cette fille est sauvage.
-Petite peste n'a rien d'une sauvage, rétorqua Adrian en allumant sa cigarette. Et à force de vivre en recluse, elle va finir par réellement le devenir. Ou alors, devenir folle.
-Explique-moi, Pucey, vint la réponse polaire, ce que j'en ai à faire ? J'ai besoin de la garder en vie pour Potter. En vie ne signifie pas forcément en bonne santé.
-Ah, vraiment ? Et bien, Capitaine, excuse-moi de te manquer de respect, mais à force de la considérer de la sorte, ta prisonnière se laisse mourir.
Draco se redressa brutalement, et ce ne fut pas la première fois que la colère glaciale irradiant de sa personne faisait craindre Adrian pour sa vie.
-Comment cela, elle se laisse mourir ?
-C'est ce qu'il se passe devant tes yeux actuellement, répliqua Adrian courageusement. Elle n'est pas un objet, Malefoy. Je crois que nous avons sous-estimé ses faiblesses. Après tout, elle a toujours été parfaitement entourée par des gens aimants. Cette situation doit être un coup à son moral.
Draco ricana sans joie en passant une main dans sa chevelure blonde, avant de murmurer avec lassitude :
-Cette fille est pathétique.
-Cette fille est humaine, se contenta de répondre Adrian tranquillement en expirant une bouffée de fumée au vent.
-Pathétique, donc.
Il y eut un silence, puis la fureur de Draco revint pleine force.
-Alors, cracha-t-il en se tournant soudain vers son quartier-maître. Que préconise l'infirmière Adrianne Pucelle pour des cas pareils ?
Ignorant la pique, Adrian répondit :
-Nous ne pouvons pas demander aux matelots de nouer des relations avec elle, puisqu'elle vit cloîtrée dans ta cabine. En revanche, toi, tu peux...je ne sais pas. Contente-toi de lui parler un peu, tu sais ? De la toucher aussi éventuellement, c'est important le contact. De la sortir de temps à autre sur le pont pour qu'elle prenne l'air. Et lui permettre de voir son...
-J'ai dit qu'elle ne devait pas connaître la vérité à ce propos, Pucey, à aucun prix, l'interrompit Draco, le regard incisif. Le premier qui le lui fait savoir, je le tuerai. Et si ce doit être toi, je ne ferai pas de différence.
-Lupin...
-Tu sais que oui.
-Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi, répondit Adrian soucieusement.
-C'est justement pour que cette stupide Granger ne me pose pas ce genre de questions que je ne lui dis pas, imbécile, siffla Draco. Moi-même, je ne le sais pas...
Il y eut un silence.
-Très bien, finit par déclarer Draco en mettant fin à la conversation. Je parlerai à Granger.
Ah, il était sacrément mal. Parler à Granger...voir ses lèvres si douces et chaudes dont le souvenir le hantait remuer pour lui répondre...voir ses yeux si expressifs dévoiler un panel surprenant d'émotions les plus intimes...voir le tissu tendu couvrant sa poitrine se soulevant et s'abaissant au rythme de ses halètements de colère...toucher Granger...
Draco n'avait jamais eu si peu de contrôle sur lui-même, et il ne comprenait pas vraiment pourquoi. Qu'avait-elle de plus que les autres femmes ? Évidemment, elle était jolie, c'était un fait acquis, mais des femmes bien plus sublimes existaient à travers le monde. Son innocence, sa confiance ridicule, sa naïveté l'amusaient au plus haut point, lui qui d'ordinaire préférait les femmes plus matures qu'elle. Sa répartie claquante, son esprit vif et son intelligence redoutable étaient autant d'atouts. Son courage, sa détermination et sa loyauté étaient également des traits de caractère dominants chez elle et, enfin, elle lui tenait tête : c'était un aphrodisiaque puissant.
Cependant, il ne comprenait pas ce que ses qualités intellectuelles ou son caractère pouvaient bien posséder comme influence sur son désir pour elle. En réalité, Hermione Granger le fascinait, bien que cet intérêt soit dangereux pour eux deux et se manifestait de manière mauvaise, en le poussant à la faire souffrir. Il ne comprenait pas comment il pouvait s'intéresser à autre chose qu'au physique de la jeune fille, et c'était pourtant le cas.
Afin d'éviter de la prendre de force il s'était éloigné délibérément d'elle, non pas qu'ils soient proches avant, en l'ignorant tout simplement. Le seul baiser qu'ils avaient échangé sous le coup de l'adrénaline, bien qu'il ne le regrette pas- et à la question, mais où a-t-elle appris à se servir de sa langue comme cela, il ressentait chaque fois une grande bouffée d'irritation possessive- c'était sa prisonnière après tout- l'avait enflammé plus sûrement et plus rapidement qu'aucune de ses maîtresses n'avait su le faire. Il était venu pas moins de quatre fois entre ses doigts avant d'être débarrassé de son érection- un record. Et il ne s'en estimait pas satisfait. Cette fille lui faisait perdre la tête- elle pouvait bien plonger dans la folie et tomber avec lui, tiens.
Draco Malefoy était beaucoup de choses. Il était cruel, cynique, manipulateur, avide de pouvoir et de sang, mais il n'était pas un idiot, loin de là. Le fameux amour dont tout le monde rêvait, il n'y croyait absolument pas, et il n'était pas sot au point de s'imaginer épris de Granger. Non, il ne ressentait pas de petits papillons roses dans son ventre en la voyant et non, il n'avait pas envie de l'épouser avant de lui faire un enfant conçu dans le respect et l'adoration partagés. Il avait envie de la prendre, encore et encore, sauvagement, brutalement, la marquer de son corps contre le sien. Sa relation à Granger était éminemment complexe, faite d'admiration, de haine, de mépris, d'amusement, d'envie de blesser, d'envie de préserver, de désir ardent, de feu, de fumée. C'était compliqué, exaltant, et ardent. Passionné, enflammé et sans tendresse aucune. Leur relation était bancale, et bien qu'elle ait manifesté une fois son désir pour lui en répondant à son baiser avec un embrasement qu'il n'imaginait pas chez elle, l'imaginant timide, gauche et rougissante sur ce plan-là, la douceur ou l'amour ou la tendresse n'avaient rien à y faire.
Comme il la détestait.
Peut-être était-ce le fait qu'elle soit corsaire, amie de Potter, flanquée d'un fiancé de la Compagnie, qui l'excitait. Draco avait un flair et du goût pour le danger, qu'il manifestait tous les jours à bord du Dragon des Ténèbres. Le fait qu'elle soit son ennemie innée le tentait peut-être au-delà du raisonnable ?
Peu importait ces élucubrations, de toute manière, puisque face à elle, il en avait toujours autant envie. Soupirant et jetant un regard au crépuscule, il descendit à la dunette.
…
Hermione ne réagit pas lorsque Draco entra dans le carré. Elle se fit seulement la réflexion distraite qu'il était en avance ce soir, le soleil n'étant même pas totalement couché. Elle ne décrocha pas son regard de la fenêtre.
-Viens ici, dit-il comme tous les soirs.
Et comme tous les soirs, elle se leva machinalement du sofa et vint attendre au pied de son lit qu'il lui passe sa laisse. Elle se détestait de s'être habituée à ce traitement, mais la réalité était là.
La laisse ne vint pas. Au lieu de cela, il indiqua le lit.
-Va te coucher.
Elle le regarda sans comprendre, fronçant légèrement les sourcils, et il la détailla attentivement.
-Préfères-tu coucher avec cette laisse à ton cou au pied du lit, Granger ? J'ai dit, monte dans ce lit. Je ne me répéterai pas, donc fais comme bon te semble.
Elle hésita et il se détourna d'elle, roulant les yeux avant d'entreprendre de se déshabiller. Lorsqu'il se retourna, vêtu seulement de son pantalon de soie, elle était toujours au pied du lit, contemplant ce dernier avec un air perplexe. Sentant son regard intense sur elle, Hermione leva les yeux vers lui.
-Que vas-tu m'y faire ?
Sa voix était légèrement éraillée, comme si elle ne s'en servait plus beaucoup, et il se rendit compte que ce devait être le cas. Il ne put s'empêcher de remarquer que ses lèvres étaient sèches. Buvait-elle assez ?
-Rien du tout, Granger, s'agaça-t-il. Je te fais ce que l'on appelle communément une faveur, mais puisque tu n'en veux pas...
Il se retourna pour saisir la laisse dans le tiroir de la commode, mais lorsqu'il revint à elle, elle était déjà sur le côté du lit, les joues rubicondes, et délaçait ses bottes. Il eut un léger rictus amusé, secoua doucement la tête et reposa la laisse, s'adossant à l'armoire pour la contempler.
Débarrassée de ses bottes, elle entreprit de délacer son corset. Elle agissait par gestes rapides et précis, et Draco ne put s'empêcher d'imaginer ses doigts fins occupés à une toute autre tâche. Pourquoi l'avait-il invitée dans son lit, pour l'amour des coquillages ! Il aurait pu se contenter d'une brève discussion avec elle, mais non. Il perdait la tête. Ni lui ni elle n'étaient sous les draps et il était déjà en possession d'une érection à rendre jaloux un cheval...
Elle ôta son corset. Il trouvait quelque peu ironique qu'elle se dévêtisse devant lui maintenant. D'ordinaire, elle dormait vêtue sur le tapis, sans couverture évidemment...elle se déshabillait quand il n'était pas là, pour se laver ou faire laver ses vêtements, ce qui était tous les deux jours pour ce dernier point. Draco exigeait une hygiène irréprochable de ses gens, et Hermione, il le savait, était également très consciencieuse sur ce point. Sur le Dragon des Ténèbres, les matelots se lavaient une fois par semaine, leurs vêtements également, dans une cuve d'eau douce prévue pour cela dans les cales : Adrian, Draco ou encore Hermione avaient le luxe de profiter d'un bain par jour, à l'eau douce tiède. Les deux hommes se lavaient dans les cales, dans un petit bain de plomb prévu pour eux deux, et pour Hermione, les mousses traînaient un bac en bois improvisé dans le carré chaque jour. Donc elle se déshabillait hors de sa présence, et au vu de la situation qui lui échappait dès lors qu'il s'agissait d'elle, il faisait tout pour ne pas se trouver avec elle à ces moments-là même si, par vengeance, il se dévêtissait devant elle, malgré le fait que la pudeur de Hermione la pousse à détourner le regard lorsque c'était le cas.
Elle leva les yeux et le regarda. Il ne sut ce qu'elle lut dans son regard, puisqu'elle détourna aussitôt les yeux, plus rouge que jamais. Cela lui plaisait d'avoir cet effet-là sur elle. Elle inspira longuement, puis demanda :
-Est-ce que...tu peux te retourner, s'il te plaît ?
Elle avait vraiment dû lire sa faim brute et sexuelle dans ses yeux, puisqu'elle semblait presque désespérée. Il hocha la tête, mais d'abord sortit de la commode une de ses chemises blanches et la lui jeta. Elle le rattrapa au vol en le remerciant du regard, et il se détourna, disant sèchement,
-Tu as une minute.
Il contempla la porte, entendant parfaitement bien dans le silence les bruits des tissus qui se froissaient, et serra les poings en sachant ce qu'elle faisait derrière lui. Il cita un flot de jurons mentalement, et finit par se retourner au moment où elle se glissait entre les draps, seulement vêtue d'un léger sous-vêtement de coton blanc et de sa chemise.
Il n'avait jamais fait d'aussi grande connerie de sa vie.
Elle était si rouge qu'on aurait dit qu'elle était malade, fiévreuse. Il éteignit les bougies une à une, s'amusant sans rien en montrer de son angoisse. Elle tortilla les draps entre ses doigts un moment, raide, et lorsqu'il pénétra dans le lit à son tour, il crut que sa colonne vertébrale allait se briser sous la pression qu'elle s'affligeait. La lune, au premier quart, n'éclairait pas vraiment bien le carré, et il décida que puisqu'il était indisposé par son désir toujours présent, il pouvait bien la torturer un peu. Il approcha discrètement sa tête de la sienne, et murmura contre son oreille, d'une voix amusée,
-Détends-toi, Granger.
Elle sursauta en haletant violemment, et il l'entendit grincer des dents un instant plus tard.
-Malefoy, dit-elle d'une voix polaire, arrête cela.
-Arrête quoi ? demanda-t-il d'une voix innocente qui ne trompait personne.
Elle soupira, et remua quelque peu.
-Tu me fais peur, murmura-t-elle.
-J'en suis désolé, répondit-il d'une voix mielleuse avant d'enrouler une boucle brune autour d'un doigt et tirant dessus légèrement, la faisant haleter de nouveau. Veux-tu que je t'apaise, Granger ?
Elle retint son souffle un long moment, avant de marmonner lentement :
-Tu avais dit que tu ne me ferais rien...
Il ricana en tournant la boucle dans l'autre sens.
-Si c'est toi qui me le demandes, je veux bien revenir là-dessus, chérie.
-Monseigneur est trop bon, ironisa-t-elle.
Il sourit dans le noir, carnassier, sans qu'elle puisse le voir, ses yeux d'orage dansant d'une lueur malicieuse et grivoise :
-Il n'y a pas que pour cela que je suis bon, Granger.
Étant donné qu'elle ne ruait pas, il estima qu'elle n'avait pas compris. Souriant presque doucement devant son innocence, il délaissa sa boucle. Pour en saisir une autre.
-Non, répondit-elle tout bas, c'est vrai.
Il se redressa sur un coude, posant sa tête dans sa main, l'autre jouant toujours avec les boucles incroyablement soyeuses de la corsaire :
-Ah, vraiment ? Alors, dans quels autres domaines est-ce que j'excelle, Granger ?
Elle se redressa également, dans la même position que lui, le dévisageant intensément. Leurs visages parurent face à face, séparés de quelques pouces à peine, n'étant plus cachés par la tête de lit, dans la faible clarté de la lune.
-Tu es un marin...exceptionnel, reconnut-elle à contrecœur. Comme tous ceux naviguant les Caraïbes, j'avais entendu ta réputation. Harry m'avait dit que tu avais plus de cinq cent prises à ton actif, en même pas quatre ans. J'ai pensé alors que ce chiffre avait été enflé par la rumeur, tu sais comment cela fonctionne : qui vole un œuf, vole un bœuf, et cetera. Lorsque je t'ai vu naviguer, lorsque tu...lorsque tu as pris mon navire, soupira-t-elle, je me suis posée des questions. Je me suis demandée...si ce chiffre était vraiment si abusif que cela.
Il sourit doucement, une expression qu'elle ne lui connaissait pas. Cela détendit instantanément ses traits, le rendant plus enfantin, et si possible, encore plus magnifique. Elle le détailla avec des yeux interrogateurs, et il accéda à sa requête silencieuse.
-Au jour d'aujourd'hui, cinq cent vingt-deux prises, chuchota-t-il.
La bouche de Hermione s'entrouvrit légèrement de surprise, et elle secoua la tête, ébahie. Elle savait qu'il ne mentait pas, et qu'il tirait fierté de ses faits d'armes. N'importe quel Capitaine, qu'il soit pirate ou corsaire, aurait été en droit d'être orgueilleux d'un tel chiffre.
-Quoi d'autre, demanda-t-il.
-Et bien...tu es un excellent combattant, avoua-t-elle avec un sourire amer. J'en ai fait l'expérience première main. Je n'avais jamais trouvé mon maître rapière en main. Enfin, tu n'es pas la brute épaisse que j'attendais de toi. Tu es cultivé, et tu as des manières...que je n'attendais certainement pas d'un pirate.
Devinant qu'elle n'en dirait pas plus, il lui lança un rictus narquois.
-Et n'oublions pas ma beauté légendaire, Granger, ajouta-t-il. Celle qui fait s'évanouir les foules à ma seule vue.
Elle roula des yeux, un léger sourire agrémentant toutefois ses lèvres, et répondit :
-Ne cherche pas, pirate. Je ne rajouterai pas le bois du compliment au feu de ton arrogance.
-Mais tu ne le nies pas, constata-t-il.
-Pourquoi le nierai-je ? C'est un fait avéré, Malefoy. Malheureusement, j'estime que la beauté ne fait pas tout.
Il se figea et la détailla avec attention.
-Explique-toi.
-La beauté d'un corps ne rachète pas la noirceur de l'âme, dit-elle simplement. Au fond, qu'as-tu fait pour mériter ta beauté ? Rien. C'est un cadeau incroyable du ciel, et de tes parents. Tu es né ainsi, ce n'est pas un acquis. Alors que la beauté de l'âme...nous sommes chacun responsables de nos faits et gestes. Nous méritons le plus souvent notre réputation de bonne ou de mauvaise personne. Alors, oui, Malefoy, tu es beau. Mais ton âme est si sombre que je doute même que le Diable en veuille.
Il plissa les lèvres.
-Tu crois donc que le monde se divise en bien ou en mal, Granger ? Le monde est composé de nuances, comme une vaste peinture. Pour peindre, un artiste ne jette pas un peu de bleu ici, de jaune là. Il mélange les couleurs dans sa palette. Il éclaircit ou assombrit, il crée une teinte. Il crée des nuances. Le monde est fait de pouvoir, de ceux qui le prennent et de ceux qui le laissent, c'est le canevas et le dessin de l'œuvre. Tout le reste, la peinture, les nuances, n'est là que dans un but plus grand : celui de parfaire le tableau.
-Je ne suis pas d'accord.
-Je me doute bien. Tu me dis mauvais, Granger. Tu dis que mon âme est sombre. Et toi, et Potter, et même ton fiancé Weasley, vous êtes le bien, si nous suivons ce principe, n'est-ce pas ? Mais Granger, chérie, tu es une corsaire. Crois-tu que tu vaux mieux que nous autres pirates, au fond ? Crois-tu racheter ton âme en tuant, mais en tuant pour le plus grand bien ? Bien et mal sont des notions définies par le camp gagnant, Granger. Jusqu'alors tout est imprécis, et se mélange dans la palette. Noir et blanc ne sont que des couleurs imposées par le dessin, le pouvoir, ceux qui le possèdent. Et se mélangent encore en nuances au fil de la peinture. Comprends-tu, Granger ?
Elle hocha lentement la tête, avant de répondre doucement :
-Je conçois ton point de vue. Cependant, laisse-moi te corriger sur un point, Malefoy : dans une guerre il n'y a pas de gagnant. Il n'y a que des perdants, c'est à dire les morts et les blessés, les survivants cicatrisés à vie par leur vécu. Pourquoi sers-tu Voldemort, Malefoy ?
-Parce que tel est mon destin, répondit-il. Parce que Voldemort a les moyens de prendre le pouvoir et donc de m'en octroyer. Parce que j'aime la piraterie. Et toi, Granger. Pourquoi sers-tu le Roi ?
Elle sourit, fade.
-Parce que tel est mon destin, le parodia-t-elle sans rire. Parce que nous avons les moyens de conserver un monde de paix. Parce que j'aime la vie de corsaire. Tu as fait tellement de mal, aux gens que j'aime et à ceux que je ne connais pas. Je ne peux pas te laisser faire.
-Et pourtant, tu es couchée à mes côtés, dans mon lit, sur mon navire, à parler avec moi comme si nous prenions le thé. Tu peux te voiler la face aussi longtemps que tu le voudras, chérie, mais tu sais, et je sais également, qu'au fond de toi, tu as la mer dans le sang autant que moi, et que tu aimes trop la vie sur les flots pour l'abandonner, même une fois la guerre terminée.
-Certes, acquiesça-t-elle. Je mourrai sur la mer, Malefoy, et je sais que c'est également ton cas. La question, la vraie question est : lequel de nous deux mourra le premier, laissant le champ libre à l'autre ? Nous sommes ennemis par la nature même des choses, et je ne pourrai pas t'épargner en bataille. Tout comme tu ne le feras pas non plus.
-Mais as-tu envie de m'épargner pour commencer ?
Elle se mordilla la lèvre, enchanteresse, et réfléchit sérieusement à la question. Puis elle répondit honnêtement, le regardant dans les yeux.
-Non. Tu m'as fait trop de mal. Tu as fait trop de mal tout court. Mais toi ? Aurais-tu envie de m'épargner ?
Il songea longuement à une réponse valable, puis décida de répondre.
-Oui, Granger. Oui. Si je peux t'épargner, je le ferai.
Elle le regarda, souriant doucement, et secoua ses boucles avec lesquelles il cessa de jouer à ce geste, laissant lentement retomber sa main sur les draps.
-Cette réponse de ta part illustre bien tout ce qui nous sépare, Malefoy. Tu vois, moi, même face à un ennemi, je serais incapable de mentir sur une telle chose.
Il sourit, secrètement admiratif de son juge de caractère.
-Touché coulé, chérie. Mais tu as raison. Je ne voudrais pas t'épargner.
Elle eut un dernier sourire froid, puis lança :
-Bonne nuit, Malefoy.
-Bonne nuit, Granger.
Elle se coucha sur le côté, dos à lui, cœur battant à tout rompre. Il secoua la tête, et finit par s'allonger. Un jour ils se tueraient sans doute l'un l'autre, mais pour le moment, ils dormiraient côte à côte.
…
-Capitaine, hurla Adrian en braquant sa longue-vue sur la mer comme s'il n'en croyait pas ses yeux. Capitaine, venez voir !
Draco fronça légèrement des sourcils au ton de son quartier-maître et s'en approcha, distinguant à peine un navire à voiles à l'horizon.
-Capitaine, s'exclama Adrian. Je délire peut-être, mais on dirait bien un navire de la Compagnie...
Draco lui arracha la longue-vue des mains sans écouter son cri de douleur lorsqu'il lui tordit les doigts, et la braqua sur la corvette qui fendait les flots en direction de son brigantin- comme s'ils allaient parvenir à l'arrêter tout seuls, songea-t-il avec dérision. Désirant identifier le navire anglais, il regarda attentivement la coque, et parvint à identifier deux épées se croisant...
Non, impossible. L'occasion serait trop belle pour être vraie. Il vérifia à nouveau, puis un grand sourire de jubilation morbide vint jouer sur ses lèvres. L'une des seules fois qu'Adrian Pucey avait vu son Capitaine avec une telle expression exaltée, il avait été nommé à ce poste par Voldemort.
-Je rêve, s'exclama Draco, sarcastique.
Sa voix était un mélange d'anticipation cruelle, de joie immense et de plaisir dépravé. Adrian y décela même une note de haine qui l'étonna.
-Messieurs, lança-t-il à l'ensemble de l'équipage. Nous allons nous préparer à accueillir le HMS Slayer comme il se doit.
Adrian inhala vivement. Il connaissait le nom de ce navire. N'était-ce pas celui commandé par le Capitaine Ronald Weasley, fiancé de leur captive ? Il regarda Malefoy, mais celui-ci semblait plongé dans sa joie malsaine, yeux brillant d'une lueur étrange, tandis que les marins lançaient en cœur :
-Aye, Capitaine !
-Ah, et j'oubliais. Pas de quartier, cela va de soi, mais si ne serait-ce qu'un rat du fond des cales survit à cet affrontement, je vous pendrai personnellement par les pieds devant la porte du Gouverneur de la Jamaïque. Est-ce clair !
S'ils étaient perplexes, les matelots n'en montrèrent rien, et se contentèrent de rugir leur accord avant de se hâter à leurs postes. Sourire mauvais sur les lèvres, le Capitaine reprit sa longue-vue et la braqua à nouveau sur le HMS Slayer.
-Capitaine ?
-A la barre, Pucey, commanda Draco sans le regarder. Je veux être en première ligne pour voir cela.
Adrian hésita, mais ajouta :
-Le HMS Slayer est le navire de Weasley. Est-ce que Potter ne serait pas à bord... ?
-Potter ne voyagera pas sous les ordres d'un autre. Il commande seul le Red Phoenix. Weasley est là pour récupérer Granger ou pour venger sa mort éventuelle.
-Nous sommes à seulement un mille de la côte. Il est possible qu'il reste des survivants...
-A la barre, Pucey, se contenta de répliquer Draco.
Adrian sourit et se détourna, cigarette pendant entre ses lèvres, pour obéir aux ordres. Il ne savait quel démon poussait son Capitaine à s'en prendre de la sorte à Weasley. On aurait dit un mâle dominant débusquant un rival de son territoire...Adrian s'arrêta, barre en main, yeux écarquillés.
Rival ?
Par toutes les pipes à tabac de la Jamaïque, il espérait que ce n'était pas le cas. Si son Capitaine s'estimait menacé par le Capitaine ennemi pour un territoire quel qu'il soit- et il était persuadé qu'il s'agissait, ici, de petite peste- la situation était pire que ce qu'il croyait.
Puis il regarda attentivement Draco, toujours accoudé au bastingage, attendant que le HMS Slayer les rattrape, et en conclut que non, son Capitaine ne concourait pas pour gagner les faveurs de la jeune femme, mais pour la faire souffrir et asseoir sa dominance au mieux possible sur elle. Il ne connaissait pas le but final du blond, mais la pièce manquante du puzzle ne tarderait pas à se faire connaître si les choses persistaient de la sorte. Il suffisait de regarder Draco, surveillant moqueusement le HMS Slayer et s'apprêtant visiblement à prendre une revanche éclatante des petits coups fourrés de Granger en s'en prenant à celui qu'elle aimait. De toute manière le Capitaine était incapable d'aimer, et sans amour, il ne ferait pas de tels efforts pour une femme, aussi jolie soit-elle, donc la seule solution logique était celle-ci : il cherchait à faire souffrir sa captive.
De toute manière, il valait mieux pour tout le monde que ce soit bien le cas.
Secouant la tête, Adrian fit virer lentement le brigantin pour présenter le tribord au HMS Slayer, et attendit silencieusement les ordres tandis que Draco hurlait pour qu'on tire à feu nourri.
…
-Au nom de toutes les catins du port d'Amsterdam, jura Zacharias Smith alors qu'un boulet emportait un morceau du bastingage devant lui. Capitaine, où sont le HMS Tiger et le Red Phoenix, pour l'amour du Ciel ?
Ron jeta un bref regard à son quartier-maître, s'accroupissant derrière un tonneau pour recharger son mousquet.
-Je n'en sais rien, hurla-t-il en retour, d'accord ?
-Ils devaient venir nous aider !
-Je le sais, pour l'amour d'un nègre, je le sais, beugla Ron clairement frustré.
Ils ne s'imaginaient pas qu'en réalité, les deux retardataires étaient tombés dans une bataille quelques milles plus avant, contre trois vaisseaux pirates, et qu'ils se retrouvaient donc malheureusement seuls face à l'imprenable Dragon des Ténèbres.
Ron cligna un œil qui tiquait dangereusement.
-Et si Hermione est vivante à bord du Dragon des Ténèbres, Smith ? Et si nous la coulons avec le navire de Malefoy ? Et si un de nos boulets, par accident...
-A ce rythme là, rétorqua Zacharias en criant par-dessus le bruit de la bataille, c'est nous qui allons sombrer, Capitaine ! Ils ont creusé un trou de la taille d'un homme adulte dans la coque, juste en-dessous de la ligne de flottaison...
-Comment ? Ils ont enfoncé la carène, Smith ? Et tu ne pouvais pas me le dire plus tôt, évidemment ?
Smith haussa les épaules et se leva, tirant dans l'épaule d'un pirate avant de se cacher à nouveau rapidement derrière un tas de débris qui était, autrefois, un hauban du HMS Slayer. Grinçant des dents, il répondit :
-Tout cela pour une fille, tu dérailles, vieux ! On va tous crever aux mains de Malefoy, et tu sais comme il est dangereux. Nous n'avons aucune chance.
-Cette fille, beugla Ron, est l'amour de ma vie, Smith. Quant à toi, tu es sous mes ordres et tu feras comme je t'ordonne sinon je te ferai passer en Conseil de guerre, c'est compris ?
La lèvre du quartier-maître se retroussa de mépris, et il roula de côté avant de se lever pour passer sa lance au-travers d'un pirate qui tentait de les approcher en douce.
-Tu sais, peut-être que ton Hermione chérie est morte depuis des mois. Peut-être aussi qu'elle est devenue la putain à Malefoy, qui sait, et qu'elle en est satisfaite ? Ce ne serait pas la première ni la dernière à...
Smith ne put finir sa phrase, puisque Ron l'avait saisi au cou pour le plaquer contre le bastingage derrière eux, yeux plissés de fureur, avant de cracher avec venin :
-Encore une parole déplacée sur ma fiancée, et Malefoy sera un doux traitement à côté de ce que je te ferai subir, est-ce entendu, Smith ?
-Aye, Capitaine, finit par répondre Zacharias dès qu'il put respirer.
Ron le relâcha et retourna au combat, évitant de près une balle perdue, tandis que le navire tanguait dangereusement sous eux. Soudain, les pirates encore à bord du HMS Slayer se replièrent vers le Dragon des Ténèbres, souriant et ricanant avec méchanceté, avant de sauter à bord de leur navire, pour ceux qui ne finirent pas embrochés à la pointe des lames de l'armée. Un grand blond se présenta soudain avec flegme au bastingage du navire pirate, et Smith mit un coup de coude aux côtes de son Capitaine, juste avant que le pont commence à basculer.
-Malefoy, siffla Smith.
Ron détailla son ennemi avec haine. Il devait mieux comprendre les allusions de son quartier-maître quant aux femmes qui tombaient dans les bras du pirate, mais n'était nullement impressionné par le charisme ou la beauté ou l'autorité naturels de Malefoy. Le pont penchait toujours doucement, tandis que la poupe du HMS Slayer disparaissait sous l'eau. Les marins paniquèrent : il était bien connu que sombrer avec un navire était la mort presque assurée, car d'une part, étrangement, la plupart d'entre eux ne savaient pas nager, et qu'ensuite, le tourbillon causé par la fin du HMS Slayer qui irait s'engloutir dans les flots les entraînerait irrémédiablement vers le fond.
-Quittons le navire pendant qu'il en est encore temps, souffla Smith.
-Le Capitaine n'abandonne jamais son navire, rétorqua Ron avec fougue avant de tourner à nouveau son regard vers celui, moqueur, de Malefoy, entouré par ses maudits pirates.
-Adieu, Weasley, appela soudainement Malefoy. N'oublie pas de saluer les entités des fonds marins pour nous.
Ses pirates éclatèrent de rires tonitruants tandis que Malefoy lui décochait un rictus mortel. Les poings de Ron se serrèrent.
-Je te retrouverai en Enfer, Malefoy. Rien n'est terminé, répondit-il avec hargne.
-Mais pour toi, l'aventure s'arrête ici, répliqua Draco avec perfidie. Oh ! Et j'oubliais... Hermione.
-Que lui as-tu fait, espèce de...
-Elle est entre de bonnes mains, Weasley, si tu vois ce que je veux dire, sourit malicieusement Malefoy en levant une main avant de remuer deux doigts de manière lascive. Je ne ferai pas la bêtise de la laisser repartir sans moi en mer. Pas comme toi.
Ron était à deux doigts de se jeter à la baille, pour nager jusqu'au navire ennemi et les tuer tous, un par un.
-Elle ne sera jamais à toi, sale pervers, espèce de malade, hurla Ron rouge de fureur et hors de lui. Si tu violes ma fiancée, je te jure que...
-A ce que je sache, ce n'est pas du viol, quand elle en redemande, nargua Malefoy. Encore...et encore...et encore...
Smith dut retenir son Capitaine par le justaucorps afin que celui-ci ne commette pas de bêtise, en allant se noyer, par exemple, dans sa tentative de rejoindre son ennemi. Ron se débattit comme un beau diable, tandis que Smith le ceinturait de toutes ses forces, alors que le navire penchait toujours.
-Que veux-tu que je te dise, Weasley, conclut Malefoy en écartant les bras dans un geste faussement impuissant : elle est folle de moi.
Puis le Dragon des Ténèbres fut hors de portée de voix. Maudissant le blond qu'il se jura de tuer à la première occasion, Ron se détourna de la vue du pirate victorieux. Mais au moins, il avait une raison de survivre au naufrage de son navire, à présent : l'espoir que Hermione soit toujours vivante.
Ses marins se mirent à hurler, effrayés, et à tenter de saisir chaque morceau de débris assez gros à leur portée pour s'en servir comme radeau afin d'atteindre la terre la plus proche.
…
La porte de la dunette claqua et un Draco Malefoy réjoui parut dans la cabine. Hermione se leva du sofa, immédiatement sur ses gardes : un Malefoy de bonne humeur et le montrant clairement n'était pas bon signe pour elle. Elle avait entendu les bruits de bataille, senti chaque impact de canon résonner à travers le bateau : elle fut prise de sueurs froides en imaginant qu'il ait enfin capturé Harry.
Draco fut devant elle en un instant et lui saisit l'avant-bras, sans même se soucier de la laisse, avant de la traîner derrière lui. Elle tenta en vain de se dégager, et il se contenta de resserrer sa prise sur elle.
-Où allons-nous, Malefoy ? Qu'as-tu fait ?
-J'ai un spectacle pour toi, chérie. Il ne manquera pas de te plaire, j'en suis certain, répliqua-t-il simplement en lui jetant un clin d'œil insolent par-dessus son épaule, avant d'accélérer le pas.
Elle le suivit, interdite, et ils montèrent sur le pont, jonché de débris habituels suite à une bataille. Le soir était tombé, et des milliers d'étoiles clignaient dans la nuit. Draco traîna sa prisonnière sur la passerelle, où Adrian se trouvait à la barre, tandis que les pirates commençaient déjà à nettoyer le pont et à effectuer les travaux les plus urgents pour restaurer le navire en attendant d'amarrer dans un port.
Hermione s'arrêta en voyant le spectacle d'une corvette à quelques centaines de pieds de là, poupe enfoncée dans l'eau, en train de craquer au milieu du squelette, tandis que plusieurs petits feux partaient dans divers foyers à bord. Les cris des hommes restés à bord et piégés résonnèrent à ses oreilles, la déchirant à l'intérieur. Draco la poussa contre le bastingage, et lui tendit une longue-vue. Elle s'en saisit, ayant un très mauvais pressentiment. Lorsqu'elle vit les deux épées croisées sur le côté du navire, elle lâcha la longue-vue, qui tomba dans la mer à leurs pieds sans que quiconque s'en soucie, figée.
Le HMS Slayer.
Le navire de...
Agrippant le rebord de la coque entre ses doigts à les en faire blanchir, elle laissa échapper une plainte brisée dans la nuit.
-Ron !
Pas de réponse. Était-il mort, occupé ? Ne l'entendait-il pas ?
-Ron, Ron, Ron !
Toujours rien. Elle sentit les bras de Draco l'encercler, se posant sur le rebord de part et d'autre de sa taille, son torse se collant presque à son dos, et ses lèvres vinrent caresser le lobe de son oreille gauche. Elle s'en fichait bien : la seule chose sur laquelle elle était concentrée pour le moment était son Ron.
-Regarde, princesse, susurra-t-il à son oreille alors que les larmes commençaient à couler sur ses joues. Regarde ton beau héros, qui va sombrer tout droit dans les abîmes des Caraïbes.
-Arrête, murmura-t-elle.
Il eut un sourire carnassier qui disparut aussi rapidement qu'il était arrivé, et promena son nez aristocratique contre la joue de sa captive.
-Mais je ne peux rien arrêter, princesse. Le seul qui peut le sauver à présent, c'est ton fameux Dieu...
-Je t'en supplie...
Les flots se déchaînaient contre le cadavre du HMS Slayer. Étouffant un sanglot, Hermione tenta de distinguer, au milieu des flammes éclairant la nuit, un quelconque signe qui lui indiquerait que Ron était en vie, n'importe quoi...
-Tu l'aimes, devina soudainement Malefoy en se figeant dans son dos.
C'était pire que ce qu'il pensait. Il avait songé que Granger, connaissant son fiancé depuis son enfance, avait cru être amoureuse de lui, un procédé psychologique commun dans les mariages arrangés afin de rendre la réalité moins terrifiante. Mais non : elle était bel et bien amoureuse de Ron Weasley. Comment avait-il pu ne pas le voir ?
Quelque part dans son esprit, Hermione se demanda ce que cela pouvait bien lui faire. Mais ses yeux ne se décrochaient pas de la scène d'horreur devant elle...
-Intéressant, commenta seulement Malefoy en caressant les boucles retombant en cascade sur ses omoplates. Ainsi, je viens de perdre le seul atout que je pouvais avoir contre toi...
Elle ne l'écoutait pas, sentant à peine lorsque une main presque possessive vint s'écarter dans le bas de son dos, les longs doigts de son geôlier la massant par petits ronds.
-Pourquoi... ?
-Pourquoi, princesse ? Parce que je suis pirate et lui, de la marine anglaise. Parce que cela te fait de la peine. Parce que je le peux, tout simplement.
Il avait chuchoté cette dernière phrase à son oreille, et elle sentit son haleine chaude et mentholée contre sa joue, la faisant frissonner pour une raison obscure. Il posa ses lèvres contre le lobe de son oreille, comme pour l'embrasser à bouche ouverte, puis resta là à savourer le spectacle. Hermione comprit alors : Malefoy était pire que ce que disait la légende, parce que tout simplement, il s'en fichait. Il se moquait éperdument du mal qu'il causait, des sentiments de ses victimes, dont il aurait plus tendance à se repaître qu'autre chose.
C'était un véritable malade.
-Je te déteste, murmura-t-elle.
Il ne dit rien, mais elle le sentit sourire contre sa peau.
N'en pouvant plus de la cage de ses bras et de l'ascendant qu'il avait sur elle dans cette position, elle se tourna vivement dans ses bras, et il la regarda intensément. Le temps passa sans qu'ils ne changent de position, bien que ni l'un ni l'autre n'auraient su dire pourquoi.
Finalement, elle leva une main, sans hésiter, et le gifla. Fort. Le bruit claqua en l'air, laissant sa joue rougie, et Adrian, choqué, se retourna pour les contempler un moment. Un seul regard de Draco suffit pour que le quartier-maître retourne à sa barre.
-La conversation que nous avons eue hier soir, murmura-t-elle en le fixant toujours, écœurée. Ton âme est bien aussi noire que je l'avais prédit, Malefoy. Ta cruauté et ton manque d'empathie te perdront un jour.
-La vie est cruelle, Granger, pas moi, répondit-il sèchement. J'ai coulé un ennemi.
-Ce n'est pas cela qui te rend si mauvais, le corrigea-t-elle en secouant la tête. Non. C'est le fait de m'avoir amenée ici et forcée à regarder cela qui te rend si sombre. En te créant, l'artiste n'avait plus de blanc dans sa palette. Pour faire quelque nuance que ce soit.
Elle se tut ensuite, se retournant, pleurant à nouveau en silence, pour regarder le spectacle. Le HMS Slayer craqua brutalement, et les deux parties, avant et arrière, sombrèrent lentement avec un fort bruit de succion. D'une main, Draco indiqua à Adrian de mettre les voiles pour quitter le lieu de la bataille. Au moment où le mât principal disparut à leur vue, Hermione se brisa. Elle éclata en sanglots bruyants et s'affaissa contre le bastingage, à bout de force. Elle n'avait qu'à espérer que Ron soit parvenu à terre. Sinon...
Malefoy la souleva dans ses bras sans effort, et elle noua ses propres bras autour du cou du pirate par réflexe, ne se rendant compte de rien, dans un état à mi-chemin entre l'hystérie et la léthargie, ne laissant aucune place à la réalité. Il traversa le pont, ignorant les regards surpris, et descendit la jeune femme à la dunette, avant de la poser sur le lit. Elle resta à pleurer, par sanglots déchirants, sans bouger, yeux fixés sur le mur face à elle. Draco soupira, hésitant.
Il avait vaincu Weasley et avait brisé Granger, de cela il était content. Néanmoins, maintenant, il allait devoir coopérer avec une jeune femme qui voulait sa mort. Cela ne s'avérerait pas chose aisée.
Il s'allongea à ses côtés, puis attira sa captive à lui, posant la tête de Hermione sur son torse. Elle resta là sans cesser de pleurer, ne se rendant pas compte de la situation, son cœur et son esprit aux côtés de son fiancé. Il lui caressa doucement les cheveux, puis leva son menton avec un doigt, la poussant à le regarder, ce qu'elle fit sans trop le voir. Puis il baissa la tête et posa ses lèvres sur les siennes. Il ne chercha pas à approfondir le baiser, ce n'était pas le but recherché. Néanmoins, il fut heureux de constater que son plan fonctionnait à la perfection : non seulement elle se laissa faire mais en plus, elle l'embrassa en retour, larmes coulant toujours sur ses joues. Il mit fin au baiser avant elle, sciemment, et reposa gentiment sa tête sur son torse, la ramenant à lui jusqu'à ce qu'elle se colle contre son corps, un bras frêle l'entourant. Il se remit à caresser ses cheveux en esquissant un sourire victorieux qu'elle ne pouvait pas voir.
Connaissant Granger et son sens de la lucidité, elle se détesterait et le détesterait, lui, de ce nouveau baiser et de leur position, mais elle ne pourrait réfuter que, malgré qu'il ait certainement envoyé son cher fiancé à la mort, elle s'était raccrochée à lui dans son moment de désespoir, recherchant la réassurance et le contact humain à travers cela.
Et cet état d'âme, s'il ne nullifiait pas sa haine à son égard pour la prise du HMS Slayer, réduisait au moins sa part de responsabilités dans ces caresses, donc par extension, dans le déroulement de la journée passée. Elle s'en voudrait de trahir la mémoire de Ron- et il profiterait de sa faiblesse.
Et de cela, il en avait besoin pour la suite des événements avec Granger.
Elle pleura longuement, et il ne bougea pas de ses côtés, faussement compatissant, posant ses jalons avec génie. Puis, ses sanglots se firent moins bruyants, et elle s'endormit lentement d'un sommeil agité. Souriant avec perfidie, Draco déposa un dernier baiser sur son front, geste qu'il ne s'expliqua pas, et la reposa sur le lit. Il valait mieux qu'il ne soit plus là au réveil de la demoiselle.
…
Ron Weasley parvint enfin à se lever, courbaturé et épuisé, ses vêtements secs grâce au feu que les quelque quatre marins restants, hormis Zacharias et lui-même, réchappés du naufrage, avaient réussi à allumer. Il se tint debout sur la plage, et Zacharias, assis à ses côtés, lui tendit une bouteille de rhum. Ron plissa les yeux.
-Où as-tu eu ceci, Smith ?
-Ce n'est pas parce que le règlement stipule, pas de rhum à bord des navires de la Compagnie que c'est actuellement le cas, répondit Smith en se frottant les yeux, l'air las. Les hommes ont récupéré quelques bouteilles du marché noir à bord dans les débris qui ont échoué sur la plage.
Ron renifla dédaigneusement, mais accepta la bouteille, en buvant une gorgée qui lui brûla la gorge sans qu'il flanche.
-Crois-tu que Malefoy a dit la vérité ? demanda-t-il soudain.
-Possible, répondit Smith, s'allongeant sur le sable. Après tout, les femmes doivent se disputer ses faveurs...
-Je ne parle pas de cela, Smith, s'agaça Ron avant d'avaler une autre gorgée. Je te demande si tu penses qu'elle est en vie ou pas.
-Je pense que oui, répliqua Zacharias pensivement. Sinon, il en aurait profité pour te rendre fou avec le récit de sa mort, tu ne crois pas ?
Ron y songea un instant, puis hocha la tête, soudain étreint d'un espoir insensé.
-Oui, murmura-t-il. Tu n'as pas tort.
Il y eut un bref silence entre eux. Plus loin, les quatre marins discutaient entre eux à voix basse, chacun une bouteille de rhum à la main. Seul le bruit des vagues, mélangé parfois au craquement du bois sec du feu, trouvé sur l'îlot, meubla le vide.
-Tu lui fais vraiment confiance à cette fille, n'est-ce pas ? demanda malicieusement Zacharias. N'as-tu pas peur que Malefoy te la vole ?
-Nous parlons de Hermione Granger, Smith. C'est la personne la plus raisonnable que je connaisse. Elle ne se laissera pas aller aux caresses perfides de ce fils de...
-Ne sois pas stupide, Capitaine. Et puis ne me dis pas que tu crois vraiment à tout cela ? Lorsque les hormones parlent et que l'attirance s'installe, on peut lutter un moment. Mais l'appel animal de la copulation finit par dévergonder tout le monde, à la fin.
-Hermione réfléchit avec son cerveau, pas avec son...
-C'est cela. Ton espoir, dans ce cas, est que l'amour de ta belle soit assez fort et le charme de Malefoy trop faible pour qu'elle lui cède. Et à mon avis, il ne faut pas trop compter sur ce dernier point.
-Tu es médisant, Smith.
-Je suis réaliste, rétorqua le blond en s'ébouriffant les cheveux pour en chasser le sable. En tout cas, tu as intérêt à la récupérer au plus vite.
Poussant un cri étouffé de frustration, Ron beugla :
-Mais où sont le Red Phoenix et le HMS Tiger, bon sang de bonne vierge ? Qu'ils se dépêchent, par tous les bananiers de Saint-Domingue.
-On a peur pour la vertu de sa fiancée, Capitaine ? se moqua Zacharias. Remarque, d'après le portrait que tu gardes toujours sur ton cœur, elle est mignonne.
-Elle n'est pas seulement mignonne, rétorqua sèchement Ron. Elle est incroyablement belle, courageuse et gracieuse. C'est une excellente corsaire, et intelligente. Et si je crains pour sa vertu, c'est parce que j'ai peur que Malefoy la force : Hermione ne se laisserait jamais séduire par pareille ordure.
Comme il avait tort.
...
Et voilàààààààà.
Qu'en avez-vous pensé? Personnellement ce chapitre est l'un de mes préférés. Je me suis beaucoup amusée à le rédiger, ainsi qu'à écrire la scène où ils sont dans le lit et qu'ils font des métaphores avec de la peinture.
Qu'en avez-vous pensé? Que croyez-vous qu'il va se passer maintenant?
J'attends vos réactions avec impatience!
Bisous et à très vite,
DIL.
