Salut mes poussins bleus !
J'ai décidé de vous livrer rapidement ce chapitre...
Audrey : ...pour mieux lambiner pour le prochain.
Exact ! On dit merci qui ?
Bonne lecture !
Chapitre 8 : Esseulés
Elle grelottait de peur au milieu de trois silhouettes fantomatiques, celles de Jocelyn, Claire et Nadège. Ils s'approchaient peu à peu d'elle, des lueurs étranges dans leurs yeux, se découpant dans une obscurité des plus totales. Elle était seule, personne ne pouvait la défendre. Des sourires surdimensionnés s'épanouissaient sur les lèvres de ses féroces assaillants tandis qu'ils approchaient, approchaient, approchaient...
Et soudain ils disparurent. Elle cligna des yeux et se retrouva au milieu d'un terrain. Le sol était de la terre humide, mais l'odeur qui s'en dégageait était celle du brûlé. Elle observa le lieu, perplexe, se demandant ce qu'elle fichait là, et vit alors passer quelque chose de pâle dans son champ de vision.
Par pur réflexe, elle tendit la main pour s'en saisir. C'était une plume, d'un blanc de neige. Elle se pencha pour mieux la voir, mais elle n'eut pas le temps de la détailler. La plume s'enflamma et se dispersa en cendres qui volèrent hors de sa paume. Alors elle entendit simultanément un violent craquement, un hurlement de douleur et des sanglots étouffés. Le tout lui prodigant un horrible sentiment de déjà-vu...
Lââm s'était réveillée en sursaut.
Elle n'avait pas compris pendant un instant les raisons de sa frayeur, jusqu'à ce que les images de son rêve lui soient peu à peu revenues. Elle était terrifiée et encore un peu sonnée mais, saisie d'un bon vieux réflexe, elle attrapa sa peluche qu'elle serra contre elle et s'aventura dans les couloirs de l'académie.
Elle passa par les escaliers, au bout du couloir de droite, qui lui permettaient de rejoindre le bâtiment D sans passer par la cour. Elle monta deux étages, traversa une passerelle, descendit encore un étage et longea un couloir, jusqu'à enfin arriver devant une porte. La 115...
Encore marquée par son terrible cauchemar, mais intimidée par cette porte, elle resta immobile un moment, semblant balancer entre deux options. Puis elle se décida, ouvrit sans frapper et resta plantée sur le seuil, plissant les yeux devant cette salle plongée dans l'obscurité.
-Qu'est-ce que tu fais ici ?
Elle tressaillit, impressionnée par le grognement. Baissant les yeux, elle murmura d'une toute petite voix :
- Je... J'ai fait un cauchemar...
La voix gronda de nouveau :
- Et alors ?!
Lââm débita d'un coup la question qu'elle ne pensait jamais pouvoir formuler :
- Je peux dormir avec vous ?
Un court silence s'ensuivit. La petite fille entendit qu'on pressait un bouton et elle vit apparaître, à la lumière d'une lampe, la personne qu'elle était venue voir.
- Vraiment... Enfin Lââm, tu n'as plus trois ans, qu'est-ce que c'est que ce cinéma ?
Ses yeux vert et or rougis par le sommeil contemplaient la gamine avec cet air exaspéré qui lui était si coutumier.
- Je suis désolée, monsieur Spears, mais j'ai vraiment peur... Il était horrible, mon cauchemar !
- Ça suffit, maintenant ! Va te recoucher, maintenant, et dans TA chambre ! Tu n'es plus un bébé ! Je suis fatigué, moi !
Lââm avait prévu ce genre de réaction. Elle fut donc forcée de jouer sa dernière carte, la plus efficace de toutes.
- Mais... mais...
William perçut immédiatement les sanglots dans sa voix, mais il était hors de question qu'il réagisse ou cède à son caprice. Quelle figure d'autorité aurait-il si le fait qu'il n'avait pas pu tenir tête à une petite fille s'ébruitait ?
Les larmes coulaient à flots des yeux de Lââm, qu'elle frottait d'une main en serrant dans l'autre le bras de sa peluche.
Spears déglutit. Bon sang, que c'était compliqué ! Il peinait à tenir, ici, assis sur son lit, alors que cette pauvre gosse avait besoin d'être consolée... Lââm perçut sa faiblesse et redoubla de pleurs, sentant qu'elle avait le CPE entre ses mains.
Et en effet, n'y tenant plus, William se leva.
- C'est bon, c'est bon..., murmura-t-il avec un manque d'assurance peu habituel chez lui. D'accord, viens... Mais arrête de pleurer s'il te plait !
Lââm sécha ses larmes de crocodile, s'accorda un petit sourire victorieux et rejoignit le CPE dans son lit.
- J'espère que tu ne bouges pas dans ton sommeil, grommela-t-il en reprenant son ton désapprobateur.
- J'espère que vous ne ronflez pas, dans votre sommeil, rétorqua la petite.
William poussa un soupir accablé : les gosses ! Un court silence suivit la remarque de l'enfant.
- En fait, vous vous donnez des airs comme ça mais vous êtes un gentil, vous...
- Silence.
Bizarrement, Lââm n'avait plus du tout la frayeur qu'elle avait affiché en arrivant. Il se coucha, frustré, exténué et vaincu. Comme si cela ne suffisait pas, la petite fille, dédaignant sa peluche, entoura d'un bras le ventre de Spears dans un geste machinal et enfantin.
Le CPE lui jeta un dernier regard neutre avant de s'endormir.
Deux hommes avaient rejoint la LP corporation après le départ de Grell et de madame Red.
Le premier s'appelait Kevin. C'était un jeune homme de dix-huit printemps, obsédé par tout ce qui touchait la mode et le style. Ce lycéen passait les trois quart de son temps à raconter sa vie et à donner un avis sur tout (principalement sur ce qui ne le concernait pas), apportant des critiques négatives et sans fondement. Il commentait sans se priver les tenues des adultes restants à l'académie et adressant principalement ses observations aux élèves, comme si ces derniers allaient approuver ses paroles.
Le CDI ayant miraculeusement conservé un grand nombre de ses livres, on pouvait de nouveau y accéder. Au grand déplaisir d'Audrey, cependant, c'était Kevin le nouveau documentaliste, ce qui pouvait expliquer les visites très espacées de la jeune fille à la bibliothèque.
Le deuxième homme était Gilbert, qui gérait d'ordinaire les finances de la LP corp. Il avait pris la place de Grell en tant que professeur. Il n'était pas particulièrement méchant, contrairement aux autres, mais ses cours étaient d'un ennui mortel, il avait l'horrible tendance à se plaindre du moindre écart de comportement des élèves à la directrice, sans oublier qu'il était particulièrement strict, juché sur les règles, souvent désagréable et (le pire !) absolument pas comique. Même sa tenue d'employé était tout le temps la même, d'un gris affreusement monotone, triste à pleurer, qui faisait affreusement regretter aux élèves les vêtements colorés et originaux de son prédécesseur.
- Il n'est pas rigolo !
Le seul moment en privé qu'avait le groupe réduit de l'académie Butler avait lieu aux repas, et encore ce n'était pas très divertissant. Audrey était d'humeur trop maussade pour plaisanter, Séraphine parlait à peine, Spears était sec et Soma peu enclin à sourire. Même Undertaker n'était plus le même. Voir que l'ambiance était au plus bas l'avait affecté, et malgré ses nombreuses tentatives, il n'arrivait pas à faire rire quiconque.
- Qui ça ?, s'enquit Séra en mâchouillant pensivement son pain au chocolat.
Elle était concentrée sur un dessin, représentant une jeune fille observant, pensive, par la vitre d'un bus.
- Gilbert, souffla Audrey. Il passe son temps à nous reprendre et à nous faire faire des trucs trop durs ! Pire que cette teigne de BBB !
Soit Brune Boudeuse et Binoclarde, surnom très spirituel qu'elle avait donné à Nadège. Séraphine ne dit rien, mais ses sourcils s'haussèrent et se rabaissèrent dans une expression significative : elle était d'accord.
Audrey avait amené son cahier de brouillon et, peu inspirée, le relisait en se demandant comment enchaîner sur un passage. Cela faisait des jours qu'elle n'arrivait plus à écrire, faute d'idée. Pour la énième fois elle renonça, ferma son cahier avec un gros soupir et le posa sur ses genoux.
- T'en fais pas, Drey, l'inspiration c'est comme le ressac, ça vient et ça repart à son rythme..., la consola Undertaker.
Il fut surpris de voir Audrey glousser alors qu'il n'avait rien dit de drôle.
- C'est comme les zoiseaux qui se barrent en hiver et reviennent au printemps, renchérit Lââm, avachie sur sa table, en mimant le fait avec une aile de poulet.
- Ça va faire long si je dois attendre le printemps pour avoir des idées..., ronchonna Audrey en se servant d'œufs au plat.
Mais un sourire éclairait à présent son visage.
C'était déjà le vingt-neuf septembre, 9h01. Les jours répétitifs et ennuyeux s'étaient suivis d'une manière si lassante que plus personne n'avait songé à les compter, et l'automne était déjà venu avant que quiconque ait pu le réaliser.
Il faisait très froid, un froid hivernal très inhabituel dans cette période de l'année. Une légère brume flottait en permanence dans la cour et autour du lycée. Le soleil, à présent, restait en permanence caché par un amas de nuages gris. Comme si la météo elle même était affectée par le départ subit de membres de l'académie.
Depuis quelques temps, il y avait comme une tension entre la LP corp et les adultes de l'école. Claire et sa bande prenaient des décisions de plus en plus invivables pour les sept adultes restants : heures de danse imposées, footings interminables, cours de remise en forme, un nombre incalculable d'horreurs en tous genres qu'ils enduraient au quotidien sans même desserrer les dents.
Comme d'habitude, Audrey n'avait rien compris à la situation, et comme d'habitude, Séraphine avait à peu près compris ce qui se mijotait (1). C'est le mardi suivant, alors qu'elle et Audrey poursuivaient Dominos dans les couloirs, qu'elles surprirent une conversation révélatrice.
- Rosebud ! Tu croyais aller où, comme ça, mon doudou ?
Le chat poussa un feulement grognon et se laissa chatouiller sans se battre.
- Tu m'étonnes, qu'il veuille sortir. Il n'a pas pu mettre une patte dehors depuis que ces reptiles se sont appropriés le lycée..., grommela Séra. Bon, on y va, on doit se doucher et je n'ai pas envie de tomber sur...
Une porte s'ouvrit au bout du couloir. Audrey tira Séraphine vers les portes à double battant qui menaient aux escaliers et elles se plaquèrent contre le mur, là où on n'avait aucune chance de les voir.
- ...sont réellement tenaces, je suis sûre qu'ils se doutent de quelque chose...
Elles reconnurent la voix de Claire. Séraphine se déplaça sur le côté pour mieux entendre ce qui se disait.
- Qu'envisagez-vous ?
Jocelyn. Il semblait perplexe et contrarié.
- Nous allons cesser de toucher l'ensemble et plutôt les faire craquer un par un, reprit Claire
- Brillant !, la flatta Nadège d'un ton adorateur. Nous n'aurons aucun frais de licence à payer, étant donné qu'ils démissionneront !
- À nous, fit une Claire victorieuse.
- À nous, reprirent les deux autres.
Il y eut un tintement de verres.
- Et qu'en est-il des enfants ?, interrogea Jocelyn après qu'ils eurent bu.
- On es garde, décréta Claire, et ce jusqu'à la fin de l'année. Une fois responsables de ce lycée, on ne pourra pas les rendre à leurs parents ou il y aura des frais. En plus, vous connaissez mes projets... Ce sont des gosses, ils ne sont absolument pas dangereux.
- Et par qui va-t-on commencer ? Vous avez quelqu'un en vue ?, demanda Jocelyn.
- Oh que oui. Je pense que...
Profitant de l'inattention de sa maîtresse, Dominos s'échappa de ses bras et trotta vers le trio.
- Merde !, souffla Audrey. Domi, ici !
- Ne l'appelle pas, avertit Séra, ça va les amener directement ici !
Cependant Claire s'était aperçue de la présence du chat. Les deux amies se tassèrent un peu, redoutant qu'on les débusque.
- Qu'est-ce que cette bestiole fait ici ?
- C'est le chat d'un des élèves.
Audrey frémit.
- Partons, je n'ai pas envie de tomber sur cette bande d'idiots.
Des pas s'éloignèrent et Dominos poussa un petit miaulement : Jocelyn lui avait marché sur la patte.
Lorsqu'elles furent certaines du départ des trois complices, elles se relevèrent. Audrey appela Dominos, qui miaula de nouveau avant de s'élancer vers elle et de frotter sa tête contre la jambe de sa maîtresse.
- Quelle bande de salopards !, gronda Audrey en caressant la patte endolorie du chat. Si seulement ils pouvaient se barrer !
Elles retournèrent vers les chambres. Leur trajet se passa dans le silence, jusqu'à ce qu'Audrey, n'y tenant plus, prenne la parole :
- À ton avis, qui est-ce qu'ils vont essayer de pousser à la démission en premier ?
- Je n'en ai aucune idée. Mais on ne va pas tarder à le savoir, et on les en empêchera !
Jusqu'à présent, c'était la LP corporation qui menait la guerre. Ils avaient emporté leurs deux premières batailles en parvenant à expulser trois adultes et trois enfants du front et en gagnant le lycée,net harcelaient depuis lors les treize autres, qui encaissaient assez courageusement les coups.
La LP corporation œuvrait donc pour trouver une stratégie permettant de démoraliser les troupes de James Butler. Audrey comprit qu'ils avaient déniché la solution lorsqu'elle vit, un matin d'octobre, Undertaker chercher activement quelque chose dans la cuisine.
- Ça ne va pas ?, s'inquiéta-t-elle.
- Mes... Mes biscuits...
Les yeux de la jeune fille s'arrondirent : ce n'était pas bon, pas bon du tout. Elle fouilla avec lui chaque placard et chaque tiroir, mais il fallait se rendre à l'évidence : les biscuits, ainsi que tous les ingrédients permettant de les faire, avaient disparu.
Il ne restait plus dans les réservés que des sablés Carrefour qui avaient la consistance de la moquette.
- Bonjour. Vous êtes bien matinaux, tous les deux.
Ils se retournèrent : Nadège était arrivée discrètement derrière eux, une boîte à la main. En y jetant un œil, Audrey y aperçut quelques cupcakes, qui auraient pu être tentants si la moitié d'entre eux n'étaient pas en grande partie fondus et l'autre moitié brûlés.
- M... Mes... Mes biscuits..., marmonna Undertaker, incrédule.
Audrey le saisit par la manche. L'état de son ami l'angoissait, et elle ne tenait pas à ce qu'il courre à sa perte en agissant de manière irréfléchie.
- Ces... choses ?, s'enquit Nadège d'un ton dédaigneux en agitant un biscuit en forme d'os sous le nez du cantinier. Je les ai tous jeté. C'est mauvais pour l'organisme, ce genre de cochonneries, et puis on ne mange pas de biscuits pour chiens ! Ça n'est pas hygiénique !
Undertaker voulut protester, mais il était tellement troublé que ses paroles se perdirent en un marmonnement incompréhensible. Nadège abordait sur son visage livide une détestable expression victorieuse.
- En revanche, poursuivit-elle d'un ton où se perçait sa jubilation, je peux vous proposer cet adorable petit assortiment de gâteaux basse calories qui...
- MAIS TU SAIS OÙ TU PEUX TE LE METTRE, TON ASSORTIM..., hurla d'un coup Undertaker.
Il ne put aller plus loin. Audrey, saisie de panique, l'avait bâillonné de force.
- D... Dans la bouche !, poursuivit-elle, en prenant un air jouasse qui ne trompait personne. C'est ça qu'il voulait dire, hein, Undie ? Dans la bouche !
Remise de sa surprise, Nadège fronça les sourcils.
- Tu vois ? Tu vois dans quel état ces horreurs le mettent ? Il est devenu complètement fou, il faudrait l'attacher !
À ces mots, le sourire de façade d'Audrey disparut et ses yeux se firent plus froid que ceux d'un requin.
- Ne l'insultez pas.
- Je n'oserai, même en rêve, dit Nadège en voyant le brusque changement de ton de la brune. Mais sois pertinente : si de simples biscuits le mettent dans un tel état, comment peut-on être sûr qu'il n'est pas dangereux ?
- Votre raisonnement est complètement stupide et n'a aucune base de logique. C'est vous qui l'avez mis dans cet état en le privant de ses biscuits. C'est vous qui foutez le bordel depuis votre arrivée.
- Si la santé mentale de votre cuisinier de pacotille dépendait de ces quelques... horreurs... estime-toi heureuse que nous soyons arrivés !
- Vous croyez ça ? Je préfère largement que James Butler dépende d'une poignée de biscuits plutôt que d'une bande d'incapables comme vous !
Ne trouvant rien à répliquer, Nadège gloussa nerveusement avant de quitter les lieux. Il fallut un certain temps à Audrey pour s'apercevoir qu'Undertaker essayait de pousser ses mains, fermement pressées contre son visage.
- Undertaker...
Audrey eut du mal à prendre un ton réprobateur.
- Undie, c'était idiot ! Tu aurais pu être viré ! Qu'est-ce qui t'as pris de rentrer dans leur jeu ?!
- Mais... Mais je m'en fiche de leur jeu... Je veux mes biscuits... Je veux juste mes biscuits...
Il se laissa tomber sur une chaise, désemparé. Il ne semblait, à son ton, pas du tout énervé, simplement... triste. Triste et abattu. Il marmonnait des paroles inintelligibles, totalement abasourdi.
Ce spectacle inhabituel serra le cœur d'Audrey. Sa désapprobation s'envola, remplacée par une empathie colossale pour le cuisinier. Elle se courba légèrement pour voir son ami en face, même si elle ne pouvait pas voir ses yeux.
- Ça va aller, d'accord ?, murmura-t-elle d'un ton calme et apaisant. Ne baisse pas les bras, je suis là, je vais t'aider. Tiens le coup jusqu'à ce soir, là on pourra aller chercher de quoi faire tes biscuits en ville, OK ?
Ce fut une journée infernale pour le cantinier. Undertaker surveillait fébrilement l'heure, qui s'écoulait avec une lenteur vicieuse et intenable. Il était tellement agité que même sa cuisine s'en ressentait : ses plats devenaient un véritable cauchemar pour les papilles gustatives, son état l'empêchant de cuisiner correctement.
- Médiocre, commenta Claire avec un sourire à vomir, en levant les yeux vers les élèves. Qu'arrive-t-il à ce cher Undertaker ? Si ses plats ne vous plaisent plus, je vais devoir envisager un remplacement...
À ces mots, les enfants se cabrerent et avalèrent sans protester le poulet caoutchouteux du pauvre Undertaker.
Mais tout allait trop bien. C'était déjà l'après-midi, et Undertaker semblait avoir puisé du réconfort dans la présence d'Audrey et ses paroles rassurantes. Alors que quinze heures sonnaient à l'église, Spears entendit de son bureau Claire convoquer Undertaker. Il fut saisit d'une grande appréhension. Alors qu'il se levait pour rejoindre le cantinier, Nadège lui barra la route.
- Vous avez des dossiers à trier. Ordre de madame Bunelle.
Elle posa devant lui une pile de dossier qui lui arriverait au-dessus de la tête, une fois assis. Pour couper court à toute autre tentative d'intervention, Nadège se posta à l'entrée de son bureau, se mettant à se limer les ongles avec un petit sourire en coin.
Pendant ce temps, Claire annonçait à Undertaker une nouvelle qui le glaça complètement.
- Audrey a dépassé les bornes. Elle nous a, moi et mes adjoints, traité sciemment d'incapables, et son comportement ne peut être toléré dans cet établissement. Sans parler de son animal répugnant qui rôde dans l'école !
Elle acheva son discours avec un sourire acerbe :
- J'ai décidé de la virer.
Cette annonce acheva de réveiller Undertaker de cette espèce de transe dans laquelle l'absence de ses biscuits l'avait plongé.
- Vous... Non, vous ne pouvez pas...
Claire eut un petit rictus torve. De toute évidence, si, elle pouvait.
- Mais c'est n'importe quoi !, s'écria Undertaker. Si vous la renvoyez maintenant, à ce stade, elle devra passer le reste de sa scolarité dans un lycée tertiaire !
- Justement. Elle n'aura que ce qu'elle mérite. Cette gosse est d'une insolence inouïe, et indisciplinée avec ça. Dans un lycée tertiaire, elle sera traitée plus sévèrement, comme il s'impose.
- Elle... Elle n'est pas indisciplinée, je vous interdis de dire ça ! C'est une gosse adorable, ses notes sont à ce que je sache satisfaisantes et l'avenir qu'elle espère avoir ne se trouve pas du tout là où vous l'indiquer ! Vous n'avez pas le droit de briser les rêves de cette gamine, vous m'entendez ? Vous n'en avez pas le droit !
- Oh que si. Je suis la nouvelle directrice, et un simple cuisinier ne peut pas s'opposer à mes décisions. Par ailleurs, les rêves des gens sont de toutes les choses sublunaires celles que je brise le plus volontiers. (Elle eut un drôle de gloussement, mais elle cessa de rire en voyant qu'Undertaker restait de marbre). Mais si vous vous sentez siiii concerné par son départ, on peut trouver un arrangement...
Audrey, qui attendait Séraphine devant l'infirmerie, aperçut Undertaker qui sortait du bureau de Claire et se dirigeait vers la porte.
- Hey, Undie !, le salua-t-elle Où tu vas ?
Il avait alors la main posée sur la serrure. Il l'en écarta un instant pour répondre, l'air sombre :
- Je m'en vais. J'ai démissionné.
Frappée de stupeur, elle resta quelques secondes bouche bée.
- Tu... Tu n'as pas fait ça ! , murmura-t-elle, désespérée. Tu peux pas nous abandonner !
- Oh, comme c'est touchant...
Claire apparut, un sourire plus large que jamais aux lèvres.
- L'adieu déchirant de deux amis..., minauda-t-elle d'un ton moqueur. Allez, débarrassez-moi tout de suite le plancher, vous, fit-elle plus sèchement en s'adressant à Undertaker, ou ça va mal aller pour elle.
Audrey était lente à la détente, mais ça ne l'empêcha pas de comprendre immédiatement le sens des paroles de Claire.
- Vous l'avez fait chanter ?, lui cria-t-elle, folle de rage. Espèce de monstre !
Elle se tourna vers le cantinier.
- Reste, Undertaker, s'il te plaît !
- Non, Audrey.
La voix de son ami était ferme.
- C'était toi ou moi, et je lui ai déjà signé sa lettre de démission. Je n'ai plus le choix. Je dois partir.
- Alors laisse-moi venir avec toi !
Undertaker resta muet, déconcerté par la demande de la brune.
- De toute façon ajouta-t-elle, je ne pourrais pas les supporter plus longtemps. Je veux partir avec toi.
Elle était déterminée à l'accompagner, mais il secoua la tête.
- Ils ont besoin de toi pour semer la zizanie, ma grande.
- Mais...
- J'ai des trucs à faire, Audrey, la coupa-t-il. Bonne chance.
D'un mouvement bref, fraternel et un peu maladroit, il étreignit sa jeune amie. Puis il se tourna, beaucoup moins avenant, vers Claire.
- Quant à vous...
Il la jaugea froidement, puis finit par lui mettre un violent coup au visage. On entendit distinctement un craquement sonore.
- Pour Grell, murmura Undertaker d'un ton calme.
Et avant qu'Audrey ait pu lui dire un mot d'adieu, il traversa le seuil du lycée, les pans de son habit noir et ses longs cheveux argentés voletant derrière lui. Quand Audrey prit enfin l'initiative d'aller à la porte, il avait disparu dans la brume.
Si auparavant l'ambiance entre les résistants lorsqu'ils étaient seuls n'était pas terrible, le départ d'Undertaker l'avait mise au plus bas.
Personne ne l'avait réalisé, mais le cuisinier tenait une place importante dans le lycée. Il ne parlait pas autant qu'Audrey et n'était pas aussi imposant que Spears, mais il avait sa présence et, quoiqu'un peu effacée, elle était indispensable. Et ce n'est qu'après son départ qu'ils le remarquaient.
Claire, pour se montrer sous un jour plus favorable (ou pour éviter d'avoir les élèves dans les pattes), avait rendu aux élèves leurs radios, MP3 et ordinateurs, mais ça avait été inutile. Les appareils prenaient la poussière au fond des armoires dans lesquelles ils les avaient relégué.
Il n'y avait plus dans la chambre de musique de discothèque en fond sonore. Plus d'écran d'ordinateur ou de MP3 brillant seuls dans la pénombre, la nuit. Plus d'éclats de voix joyeux. Plus rien.
Car les élèves avaient pris une décision suite au départ du cantinier. Et jusqu'alors, ils s'y tenaient.
Claire était comblée : ils étaient encore plus dociles qu'elle n'aurait pu se l'imaginer. Ils étaient sages en cours, écoutaient bien, passaient l'essentiel de leurs soirées à réviser, acceptaient sans ciller de manger les affreux repas que Gilbert leur réchauffait à la hâte, prenaient leurs douches et allaient se coucher, toujours avant vingt et une heure.
S'ils avaient été moins aveugles sur la psychologie des adolescents, les membres de la LP corporation se seraient davantage méfié. Le comportement des élèves était pourtant très compréhensible, pour qui voulait l'entendre : "Vous nous avez pris ceux qu'on aime et faites souffrir ceux qui nous restent. On ne peut rien faire pour le moment, donc on est gentils, on est polis, on vous écoute, mais sachez qu'à la première faille on sera là et on vous écrasera comme des merdes."
Ainsi, la LP corporation observait avec une immense satisfaction ce qu'ils prenaient pour une capitulation des élèves et qui n'était en fait qu'un repli stratégique.
Mais le groupe d'inspecteurs n'avait pas arrêté là leurs atrocités, et à présent, celui qui serrait les dents en attendant que l'orage passe, c'était monsieur Soma. C'était manifestement lui, le prochain dans la liste de Claire et sa clique : on le chargeait de faire tout le travail, les pires corvées et les plus humiliantes. La LP corp n'aurait su désigner mieux : lui qui autrefois était, bien que très gentil et doté d'un grand humour, un peu imbu de sa personne, devait rabattre son amour-propre pour accomplir des tâches ingrates mais qui étaient légitimes étant donné qu'il n'était qu'un simple surveillant. De sorte qu'on lui demandait de récurer le lycée, tailler les haies, ranger la cantine, balayer la cour, car ça rentrait dans ses obligations mais mettait un rude coup à sa fierté.
Aghni tentait bien de lui apporter son aide, mais Claire, à force, connaissait sa loyauté envers le jeune surveillant et elle s'arrangeait toujours pour lui donner des commissions qui l'éloignaient de Soma et l'empêchaient de lui amener au moins le réconfort de sa présence.
Pis encore, Gilbert était un jour tombé sur les... "réserves" de Lau et depuis, fumer était interdit dans le lycée, au grand déplaisir de Bard et de l'asiatique. Leur humeur maussade et agressive atteignait peu à peu leurs amis, et l'ambiance était devenue peu à peu aussi froide et austère que le temps qu'il faisait.
Un véritable enfer pour notre troupe d'esseulés.
Ce qui ne changeait pas, en revanche, c'étaient les sorties nocturnes opérées régulièrement par Lââm, et dont personne n'aurait ne serait-ce qu'envisagé d'évoquer face à Claire ou ses adjoints.
Si Séraphine et Audrey ne savaient toujours pas où la petite allait le soir, cela ne les préoccupait plus autant qu'avant. À vrai dire, elles étaient même contentes qu'elle poursuive son habitude qui était ce qui se rapprochait plus, dans cette période troublée, d'une rébellion. Séra craignait parfois que, comme la nuit du neuf juillet, Lââm s'absente trop longtemps, risquant ainsi de se faire remarquer, voire virer, mais heureusement la fillette se montrait raisonnable.
Évidemment, Séraphine et Audrey avaient appris à tous ce que la bande d'inspecteurs mijotaient. Ainsi, Spears encaissait les attaques dirigées sur lui sans broncher : en effet, Soma n'était pas le seul à se faire titiller par la LP corporation. Étant donné qu'élèves et membres du personnel semblaient au plus bas, Claire avait décidé de mettre les bouchées doubles et de s'en prendre individuellement à plusieurs personnes à la fois.
Ainsi Spears, dans son rôle de CPE, s'était fait octroyer la présence (ô combien envahissante) de Lewinski. Le don qu'avait cette femme de commenter chacune de ses décisions en faisant part d'anecdotes sur ses amis "hyyyyyper populaires" était juste LA chose qui manquait pour faire surchauffer les nerfs de notre crispé préféré. Il se gardait cependant de moufter, ne souhaitant pas s'attirer les airs suffisants des cinq autres sadiques et la pitié des enfants et de ses collègues.
En employant une grande dose de calmants et de tasses de café, William parvenait à conserver une maîtrise de soi presque inhumaine quand on voyait les efforts que faisaient ceux de la LP corp pour le faire sortir de ses gonds. Mais on pouvait voir que malgré tous les efforts qu'il était prêt à déployer, Spears n'allait pas tarder à craquer. Et cela inquiétait grandement tous les autres.
- On doit faire quelque chose !
Lââm, surprise, leva les yeux vers Séraphine qui s'était redressée en abordant un air déterminé.
- On ne peut pas les laisser nous marcher dessus comme ça !, reprit-elle. On voulait attendre qu'une faille se présente, mais si ça n'arrive jamais ? Monsieur Spears et monsieur Soma ne vont pas tarder à démissionner, et on n'aura rien fait pour les aider !
Personne ne répondit. Aucun ne semblait réellement motivé.
- Audrey, murmura la jeune fille en se tournant vers son amie en quête de soutien, dis-leur, toi, que...
La brune haussa les épaules, triturant du bout de sa fourchette l'immode purée au foie de morue que Gilbert leur avait servi. Son optimisme semblait s'être complètement envolé depuis quelques jours.
- Qu'est-ce qui ne va pas ?, s'impatienta Séraphine.
- Undertaker me manque..., souffla Audrey d'une voix brisée.
Elle avait eu du mal à leur raconter la scène des adieux du cantinier, tant elle avait été secouée par son départ. Séra avait eu pitié d'elle les premiers jours, mais là, elle n'en pouvait plus.
- Et alors ? Monsieur Michaelis me manque ! Ciel, Lizzy, monsieur Sutcliff et madame Red me manque ! Aloïs me manque ! Je suis désolée qu'Undertaker soit parti, je l'aime beaucoup moi aussi, mais bon sang, Audrey, ressaisis-toi ! Ce n'est pas en te lamentant que tu vas le faire revenir !
Audrey leva ses yeux embués vers son amie.
- Il n'est pas parti pour rien ! Il a démissionné pour te préserver ici ! Alors montre-moi qu'il n'a pas fait ça inutilement, s'il te plait ! La Audrey que je connais n'aurai jamais...
Elle se tut. La brune avait levé la main pour lui imposer le silence. Elle resta muette quelques instants, gardant la même pose et fixant sans le voir son plat écœurant. Au bout d'un moment, elle releva la tête, un grand sourire illuminant son visage.
- Ils vont en chier.
Elle se releva, fit craquer ses jointures puis invita d'un geste les enfants et les adultes à la suivre. Sans un regard pour Gilbert, qui venait de revenir vérifier s'ils avaient bien tout mangé, ils sortirent tous dans la nuit noire en direction du bâtiment A.
- Madame Bunelle !
Claire se tourna vers l'entrée de son bureau, d'où Nadège l'avait appelé en agitant trois enveloppes.
- Encore des démissions ?, sourit Claire, radieuse.
- Oui, souffla la secrétaire en posant les enveloppes devant sa chef. Celles de Spears, Aghni et Soma.
Bunelle affichait déjà un air triomphant, mais Nadège semblait un peu sceptique.
- Un abandon si facile, murmura-t-elle, et trois en même temps... Vous ne pensez pas que ça cache quelque chose ?
- Et en quoi démissionner pourrait être avantageux ?, répliqua Claire. Non, croyez-moi Nadège, on les a frappé suffisamment fort. Ils sont démoralisés.
- Comment allons-nous procéder pour Lau, Ran Mao et Tanaka, madame ?
- Oh, laissons les ici. Ils sont inoffensifs.
- Bien.
Il marchait, escorté des deux hindous, dans une rue normande. Tout était gris, là, et l'air y était irrespirable, mais ce quartier avait l'avantage d'être quasiment inoccupé.
Ils s'approchèrent d'un immeuble qui portait le numéro vingt-sept. Voyant le digicode autrefois blanc aborder une teinte grisâtre suspecte, Spears fronça le nez puis enfila ses gants avant de taper le code puis d'entrer.
Ils se serrèrent dans l'ascenseur crasseux qui monta jusqu'au douzième étage avant de les lâcher sur le palier. Ils se dirigèrent vers une porte tout aussi terne que le reste du couloir.
- Joli déco, commenta Soma en désignant avec un sourire le paillasson orné de têtes de mort.
- D'un vulgaire... !, soupira Spears en levant les yeux au ciel.
Il sonna, et peu de temps passa avant qu'on ne vienne leur ouvrir.
C'était un jeune homme, la vingtaine, abordant exactement les mêmes yeux vert et or que Spears. Il portait lui aussi des lunettes, un smoking et des gants, tous d'une couleur noire soutenue. Ses cheveux étaient roux, excepté en-dessous des tempes et des oreilles, où ils avaient une teinte plus sombre. Ses mèches folles partaient en pic dans tous les sens. Il adressa un sourire malicieux à Spears et aux deux autres.
- On a failli vous attendre, dit-il simplement.
J'espère que ça vous a plu !
Pour répondre à akaishitsuji, tu as bel et bien deviné, j'avais mortellement envie de casser la CC corporation ;)
Mais c'était plus pour jouer dans les références et pôur trouver de quoi émoustiller (ça se dit ?) l'intrigue, je ne compte pas faire de cross over, désolée ! ^^'
A bientôt pour la suite, et euh... Soyez sages !
