Chapitre 9 : La Chaudron baveur.
Le professeur Quirrell revint chez les Dursley le lendemain, lundi 29 juillet, à huit heures précises. Il portait toujours son impeccable costume, mais avait changé de cravate et de pochette : elles étaient rouges, cette fois. Mme Dursley l'invita à prendre le café, ce qu'il accepta en souriant. Mr Dursley était déjà parti travailler.
Comme promis la veille, il venait chercher Harry pour l'emmener faire ses courses de rentrée à Londres. Il n'avait pas donné plus de précision, et les parents de Harry n'en avaient pas demandé plus.
La voiture de Quirrell était garée juste devant la maison des Dursley. Harry fut presque déçu : voilà un moyen de transport bien banal, pensa-t-il. Il s'attendait à quelque chose de magique, sans savoir trop quoi, mais pas à ça. Malgré tout, il ne désespéra pas : peut-être la voiture avait-elle quelques caractéristiques intéressantes…
Lorsqu'ils furent montés, Quirrell démarra puis prit la parole.
« Je te sens déçu. Tu t'attendais à mieux qu'une simple automobile, n'est-ce pas ? »
Harry acquiesça.
« Comprends bien que je fais tout cela pour tes parents : dans notre monde, il y a bien évidemment des moyens de transports plus efficace, utilisant la magie.
- Je comprends, dit Harry, vous voulez paraître le plus normal possible aux yeux de mes parents, pour ne pas les effrayer. C'est ça ?
- Tout à fait. »
Harry hésita.
« Et le costume ? demanda-t-il finalement.
- Je ne le mets que pour aller voir les moldus – c'est comme ça qu'on appelle les non sorciers. Tu verras tout à l'heure comment s'habillent les sorciers, lorsque nous serons sur le chemin de Traverse. »
Ils restèrent silencieux durant le reste du trajet, qui les mena en plein Londres.
Ils s'arrêtèrent finalement devant un bar en partie délabré, dont l'enseigne devait s'être décrochée depuis longtemps, et qui pour autant que Harry puisse en juger était fermé depuis des lustres. C'était pourtant là qu'ils allaient.
« L'aspect est voulu, commenta Quirrell. Il a pour but d'éloigner les moldus.
- Eh bien c'est réussi, ajouta Harry, personne de sensé n'aurait l'idée d'entrer là-dedans. »
Cela fit sourire Quirrell, qui poussa la porte vermoulu et fit entrer Harry.
« Bienvenu au Chaudron baveur, dit-il. »
L'intérieur avait un côté très rustique. C'était bien simple, le temps semblait s'être arrêté depuis des siècles, ici. Le sol était en terre battu, les tables, les tabourets et les bancs étaient faits d'un bois mal dégrossi, et la décoration murale se résumait à quelques trophées de chasse qui donnèrent froid dans le dos à Harry. La clientèle était du même genre : elle se composait de quelques buveurs isolés vêtus à la mode d'avant-guerre et d'un groupe de vieilles femmes qui débattaient en fumant de longues pipes.
Harry et Quirrell s'assirent à une table.
« Avant toute chose, il faut que je te parle de la famille Potter et du drame qu'elle a vécu. »
Le tenancier, un homme gras et chauve à la mine patibulaire, s'approcha. Il portait un tablier de cuir et chiquait du tabac.
« Qu'est ce s'ra ? demanda-t-il d'un ton bourru.
- Un verre de rhum pour moi, et un lait frappé à la fraise pour le petit, répondit Quirrell. »
Le patron s'éloigna.
« Ne t'inquiètes pas, Harry, tous les sorciers ne sont pas aussi rustaud. Le Chaudron baveur offre un aperçu peu amène de notre monde, mais tu verras que le chemin de Traverse est charmant, et que la plupart des sorciers sont des gens très chaleureux. »
Le patron était revenu avec deux timbales ; il les posa avec rudesse sur la table et repartit.
« Bien, Harry, allons-y. Je vais aller à l'essentiel. »
Il prit une gorgée avant de reprendre la parole. Harry commença à siroter son verre.
« Il y a de cela dix ans, un homme qui se faisait appeler Voldemort a essayé de renverser le gouvernement sorcier. Les raisons qui l'ont poussé à cela, lui et ses partisans, seraient trop complexes à t'expliquer aujourd'hui. Mais sache que de nombreuses personnes se sont élevées contre lui. Tes parents en faisaient partie, et comme beaucoup d'autres ils ont été assassinés pour cela. »
Harry sursauta.
« Assassinés ? Mes parents – enfin, les Dursley – m'ont pourtant dit qu'ils étaient morts accidentellement !
- C'est ce qu'on leur a fait croire, en tout cas, mais la vérité est différente. Et leur assassin – Voldemort lui-même – a aussi essayé de te tuer ce jour-là, je ne sais pourquoi. Mais il a échoué, et c'est lui qui est mort lorsque sa magie s'est retournée contre lui. »
Il marqua une pause.
« Aux yeux de tous les sorciers du Royaume-Unis, Harry, tu es l'enfant qui a terrassé l'un des plus puissant mage du monde. Tu es considéré comme une sorte d'élu du ciel. »
Harry en resta bouche-bée.
« D'ailleurs, ajouta Quirrell, cette cicatrice que tu as sur le front, tu la tiens de Voldemort ; il semblerait qu'elle soit la trace laissée par son sortilège de mort lorsqu'il a ricoché sur toi. »
Harry dégagea sa franche et caressa sa cicatrice pour en sentir la rugosité.
« Mais pourtant, je me rappelle m'être fait cette cicatrice en tombant de vélo, il y a des années. Je revois très bien la scène…
- C'est sûrement ce que t'ont raconté les Dursley, et tu as fini par assimiler cela jusqu'à t'en faire une construction mentale. C'est ce qu'on appelle un souvenir induit. C'est très courant – plus qu'on ne le croit. »
Quirrell prit une autre gorgée.
« Notre esprit est empli de faux souvenirs, de souvenirs qui ont été déformés au fil du temps, voire qui ont été construits de toutes pièces. Notre mémoire n'est pas infaillible : elle oublie et elle invente. »
Harry acquiesça : il comprenait.
« Quoi qu'il en soit, repris Quirrell, il faut bien comprendre que tu es une célébrité ici, et qu'il faut donc éviter de montrer cette cicatrice si tu ne veux pas être reconnu et attirer l'attention sur toit. Tu comprends ?
- Oui, dit Harry. »
