NOTE AUTEURE : Bonjour à tous ! Et toutes !
Déjà un grand merci pour tous les commentaires ainsi que les votes, c'est toujours plaisant d'avoir un retour, même par un petit vote sur le travail produit ! Une note très courte pour cette fois-ci car, le chapitre sera un peu plus court que les précédents. Eh oui on n'atteint pas les 11.000 mots XD
Bien que j'ai coupé le précédent en deux (oui cette partie devait bien être intégrée au chapitre 8), il reste cependant dense, mais j'espère fluide et intéressant pour vous.
J'ai dû aussi coupé ce chapitre en deux (il tapait dans les 17 000 mots)… Je me désespère moi-même… Mais je posterai toujours aussi régulièrement au moins !
Je n'arrive pas à lutter contre la quantité d'informations que je veux vous transmettre.
Que voulez vous SNK m'inspire plus que de raison. Enfin surtout le Rivamika.
Dans tous les cas, encore merci de suivre cette histoire, c'est un plaisir de l'écrire. D'ailleurs, ce chapitre a été écrit avec cette musique dans mes oreilles : « Solider » de Fleurie.
Maintenant, bonne lecture !
CHAPITRE 9
Discussion nocturne
La journée s'était déroulée sans accro.
Ni Mikasa, ni Armin n'avait vu Eren de toute la journée ce qui chagrina la soldate. La trahison qu'elle avait ressentie lorsqu'elle l'avait vu avec Annie ne semblait pas la quitter. Cet idiot n'avait aucune conscience du danger dans lequel il s'obstinait à mettre les deux pieds pour s'y ensevelir jusqu'au cou.
Elle lui en voulait de les abandonnés pour cette fille qu'il connaissait à peine. Certes, il ne lui avait pas dis clairement que c'était elle qu'il était allé voir, mais sa nervosité avait parlé pour lui.
Un nombre de scénarios incalculables traversa l'esprit de la jeune femme qui s'efforçait de le pas bondir sur ses deux pieds pour partir à sa recherche, quitte à retourner tout le camp.
Cette fille était bien meilleure soldat qu'Eren et cela fit augmenter son angoisse. Elle pourrait sans aucun problème le détruire physiquement sans aucun problème. Mikasa sentit ses poings se serrer fermement tandis que la peur grimpa d'un cran dans sa poitrine.
Quelque chose à l'intérieur d'elle hurlait de rage et d'inquiétude en songeant qu'il se trouvait certainement seule avec Leonhardt. C'était son instinct qui l'alarma. Le même instinct qui grondait dans son estomac et son crâne lorsqu'elle était confrontée au regard sauvage de Reiner. Ce type immonde.
Ils ont un truc qui cloche, pensa-t-elle avec assurance.
Elle pinça ses lèvres alors qu'elle écoutait comme toujours d'une oreille la discussion animée qui se tenait dans le dortoir de Jean et d'Armin. Elle était entre deux mondes et elle avait réussi à gérer cette idée depuis longtemps.
Elle appréciait ce genre de moment même si elle ne l'avait jamais confessé à personnes. Observer ses amis s'amuser, rire ensembles et se chamailler pour des choses futiles étaient comme une fenêtre loin de l'armée, des titans et de la mort. Loin des préoccupations horribles qui tourbillonnaient dans son crâne.
Cela lui donnait l'impression d'avoir une vie normale comme celle des autres personnes de son âge. Si on lui avait dit lorsqu'elle était enfant qu'à son âge elle serait une tueuse de titans et que son demi-frère en serait un, elle aurait couru le plus loin possible pour échapper à tout ça avec Eren sous le bras. Elle ne désirait pas que son frère affronte toute cette horreur seul.
Mais cela n'était pas possible. Elle était faite pour ça. Non pas parce que c'était naturel, mais parce qu'elle avait une mission, un rôle important qui mobilisait toute son énergie. Avant même qu'elle ne le sache, elle était pré-destinée à faire face à toute cette horreur. Elle sentit sa peau la picoter et elle se dégoûta soudainement alors que son regard était dans le vague. Elle s'écœurait à l'idée d'être cette chose qui tuait sans cesse et qui faisait en sorte de ne rien ressentir. Pourtant c'était grâce à cette façon d'être qu'elle arrivait encore à survivre et à protéger Eren et Armin de ce monde qui lui rappelait combien la vie était cruelle.
Tuer ou se faire tuer. C'était la première règle qu'elle avait apprise quand ces hommes avaient troués l'estomac de son père et haché le corps de sa mère. Eren lui avait demandé de se battre et de ne pas abandonné et c'est exactement ce qu'elle faisait chaque jour. Elle entendait à chaque fois la voix du garçon titan lui hurler de se relever et d'avancer.
Mikasa avait des facilités déconcertantes lorsqu'il s'agissait de trancher, détruire ou bien même tuer. On la félicitait ou encore on l'admirait pour tous ces actes qui en soit étaient abominables.
Certains pensaient même qu'elle avait un intérêt pour ces jeux de massacres. Qu'elle y prenait goût. Si seulement ils savaient combien elle se révulsait lorsqu'elle voyait son image dans un miroir quand ils rentraient de missions sans la majorité de ses compagnons. À chaque fois, elle coulait un regard en direction des chefs d'escouades en s'interrogeant sur la façon dont-ils pouvaient gérer cette torture quotidienne.
Au début, elle avait cru qu'ils étaient habitués en voyant leurs visages impassibles quand les villageois les huaient. Mais avec le temps, elle avait compris que c'était tout le contraire. Chaque retour était une nouvelle défaite qui pesait sur leurs épaules.
Perdre des proches, des amis, des compagnons. Cela faisait parti du jeu. Du moins, si elle pouvait bien appeler ça un jeu. Pourtant, bien souvent elle se sentait comme un point lorsqu'elle entendait la façon dont Erwin parlait avec les mécènes des expéditions extra-muros. Mourir était comme une partie de dé pour eux.
Elle n'avait jamais accepté ça, mais contrairement à son demi-frère, Mikasa arrivait à percevoir cette possibilité dans chacune de leurs missions.
Elle pouvait se souvenir d'une conversation qu'elle avait eu avec Ian Dietrich avant de partir dans le district de Trost. Il lui avait dis une chose qui l'avait marqué tant par sa justesse que par sa terrible réalité :
"Toutes les vies s'arrêtes un jour. S'inquiéter pour les autres, n'est jamais un avantage, Ackerman".
Les paroles de l'homme avaient raisonnés dans son esprit aussi violemment qu'elles l'avaient effrayés. Cet homme qui se souciait tant de ses camarades lui avait dis ça avec un pragmatisme brut.
Ceci était devenu peu à peu le mantra de la soldate qui y songeait à chaque fois qu'elle devait sortir avec son titan de frère et son meilleur ami blond. Elle ne voulait pas que leurs vies s'arrêtent avant la sienne. Elle ne voulait pas les voir mourir de cette façon, mais de façon naturelle.
La seule chose qui la poussait à participer à cette guerre aux titans étaient Eren et Armin. Elle ne voulaient pas les abandonnés, eux, les derniers vestiges de son passé le plus paisible et heureux.
Ils sont ma famille et ils sont sous ma protection, pensa-t-elle avec force et détermination.
Ils n'y a qu'eux qui méritaient qu'elle sacrifie sa vie.
Elle repensa aux paroles de la petite amie de Jean et elle ne put s'empêcher de se figer. Elle lui avait dit qu'elle était quelqu'un de connue avec un regard brillant d'admiration et de respect. C'était cette lueur qui l'inquiétait le plus.
Les gens la regardaient comme si elle était la solution à tout leur problème. Comme si elle était une machine indestructible qui tranchaient les nuques des titans sans que cela ne lui demande aucun effort. Comme si cela était anodin pour elle.
Elle était forte physiquement et elle en avait parfaitement conscience. La soldate savait qu'elle pouvait briser les os de n'importe lequel de ses camarades de combats sans être épuisée, mais elle n'avait pas cette inconscience que certains avaient et qu'elle enviait.
Elle voulait ne pas penser à ce qu'elle faisait. Elle ne voulait pas ressentir cette peine et cette tristesse qui l'accablait à chacune des pertes du bataillon. Elle ne voulait pas voir les corps désarticulés des autres soldats qui avaient un jour échanger un regard avec elle. Qui lui faisaient confiances aveuglément parce qu'elle était la femme la plus forte de l'humanité ou parce qu'elle valait cent soldats.
Pourtant tout ça s'inscrivait dans son crâne, jusqu'au plus profond de ses entrailles, revenant chaque nuit pour la torturer jusqu'à la rendre folle.
Elle ne comptait plus les nuits qu'elle avait passé pelotonner en chien de fusille sous ses couettes ou alors recroqueviller dans les toilettes alors que la nausée la prenaient avec violence.
Elle pouvait encore sentir le goût de bile sur sa langue de la vieille alors qu'un de ses cauchemars lui avait fait revivre la mort d'une partie de ses camarades lors d'un de ses premiers combats contre les titans.
Lorsqu'elle avait réussi à s'endormir à nouveau, l'image immonde du corps saccagé de son demi-frère, sortant de celui de son titan l'avait hanté jusqu'au petit jour.
En repensant à ça, Mikasa eut la désagréable impression que les rires de ses camarades devenaient subitement hors du temps, loin d'elle, loin de l'horreur qui l'enveloppait au quotidien. Elle se sentait à nouveau seule. Avec tant de monde autour d'elle, la jeune femme ne pouvait pas refréner cette peur qui la saisissait chaque jour.
Elle était seule.
Ses amis bravaient-ils les mêmes craintes qu'elle ? Faisaient-ils les mêmes cauchemars qu'elle ?
Elle songea à Sasha qui dormait toujours comme un véritable loir alors qu'elle avait à peine posé sa tête sur l'oreiller.
Mais Sasha avait Connie, songea avec envie Mikasa.
Jean avait à présent Sissi. Armin semblait proche d'Hanji bien qu'il n'osait pas l'avouer et Eren se rapprochait chaque jour un peu plus d'Annie.
Mikasa, elle n'avait personne.
Elle fixa le sol devant elle et la jeune femme sentit son cœur accélérer le rythme de ses battements alors que sa gorge devenait rugueuse comme du papier de verre. Ses doigts se crispèrent sur ses jambes, agrippant fermement le tissu de son pantalon comme seul moyen de ne pas être ébranlée par la vague soudaine qui la submergea.
Personne ne savait qu'elle avait ce genre de pensées et elle en était heureuse. Paraître forte était la chose qui lui prenait le plus d'énergie avec la protection d'Eren. Elle n'osait pas imaginer si quelqu'un la voyait dans ces moments-là.
Elle, le "miracle de l'Humanité" qui était née uniquement pour servir tous ces gens qui l'observaient avec un espoir fou et qui devait les sauver tous. Elle savait que cela était irréalisable, pourtant, elle ne pouvait qu'accepter ces regards admiratifs qui la rebutaient et l'étouffaient tant. Sans cette image idéalisée de la jeune femme, elle savait que l'humanité tomberait en ruine et qu'une extinction de leur espèce serait imminente.
Si seulement cela pouvait-être quelqu'un d'autre.
Elle s'efforça de relâcher sa prise sur son pantalon et tenta de conserver une respiration correcte en balayant ses pensées de son esprit.
Songer à ce genre de choses avec ses amis qui gravitaient autour d'elle n'était pas une bonne idée. La nuit était plus propice à ce genre d'envolée réflexive. Au moins, cela restait caché et ses monstres restaient tapis dans la noirceur. La soldate secoua légèrement sa tête et observa brièvement Jean du coin de l'œil.
Sissi n'était pas avec eux et Mikasa s'en voulait d'une certaine manière bien qu'elle sache qu'elle n'y était pas pour grand chose.
Peut-être devrait-elle en parler avec lui ? Armin qui était pour le dialogue lui avait conseillé d'éviter de s'embourber dans cette histoire malsaine et de laisser Sissi s'occuper de ça, seule.
Mikasa poussa un léger soupir tandis que Sasha parlait de ses recettes favorites et la façon de les confectionnées. La voix de Jean coupa Sasha vivement dans son monologue sur les différents morceaux de viandes qu'elle adorait.
— Je trouve ça injuste qu'il n'y ait que Jäger qui ait un surnom.
— Oh ce n'est pas vrai ! Tu en as un aussi, Horse face, ricana Connie en affichant un sourire moqueur qui lui valut un regard noir de la part de Jean.
— Arrête de m'appeler comme ça ! Je n'ai pas une putain tête de cheval !
— Bien sûr que si ! Avec ton nez relever et ton sourire benêt, affirma le petit ami de Sasha en retroussant exagérément son nez à l'aide de son index en se dandinant devant Jean.
Armin se permit de laisser un petit rire s'échapper de sa gorge avant d'être fusillé du regard par le garçon à la tête de cheval. Ce dernier croisa les bras en sifflant de mécontentement. Une moue vexée barrait ses lèvres alors qu'il reprit :
— Parfait, alors à présent je t'appellerai tête d'œuf.
La mâchoire de Connie se décrocha légèrement et il n'eut pas le temps de dire quoique ce soit car c'est une Sasha outrée qui le défendit férocement :
— Mon copain n'est pas une tête d'œuf !
— Ne soit pas jalouse, toi aussi tu en auras un, Patate Girl !
Au surnom de Sasha, Jean avait articulé exagérément tandis qu'un sourire victorieux barrait ses lèvres. Mikasa roula des yeux tandis qu'Armin ne put retenir un rire franc devant cette scène qui lui rappelait des enfants en train de se disputer pour des choses stupides.
Ils n'étaient décidément jamais épuisés. Leur joute verbale dura quelques minutes avant que Jean ne déclara forfait en hurlant à la mangeuse de patate d'arrêter de lui casser les oreilles tandis que cette dernière clamait haut et fort que la nourriture valait aucun surnom ridicule et elle encore moins.
— Passons à toi Mikasa, dit Sasha en pointant formellement la jeune femme de son index.
— Je verrai bien quelque chose en rapport avec la destruction, déclara Connie en prenant une pause de Ninja sous les gloussements de Sasha. Après tout Ackerman est une vraie machine de guerre.
La soldate concernée fronça ses sourcils devant l'air ridicule qu'arborait son ami aux cheveux courts.
— Pourquoi ai-je l'impression que le surnom que tu veux me trouver va être stupide ?
— Roh Mikasa tu es trop sérieuse ! clama Sasha avec désespoir alors qu'Armin grimaçait discrètement. Je suis certaine qu'on va te trouver un surnom moins stupide que « le miracle de l'humanité ». En plus tu le détestes.
— Peu importe, je ne veux pas de surnom.
— Oh allez ! J'ai déjà trouvé pour Armin ! Le cerveau. C'est court, efficace et simple à retenir, asséna Sasha avant de laisser un rire diabolique s'échapper de ses lèvres.
— Cela signifierait que vous n'en ayez pas, fit remarquer le soldat blond avec gêne alors que Jean lâcha un hoquet moqueur.
Le couple de ninjas observa avec incompréhension Armin qui pinça ses lèvres avec compassion. Il ne voulait pas se moquer d'eux, mais cela lui paraissait impossible. Ils arrivaient toujours à se ridiculiser seuls.
— Quoi ?
— Ben oui... Réfléchis Sasha, si vous me donnez ce surnom alors cela signifie que vous ne savez pas penser par vous-même.
— Ce n'est pas bête...
Mikasa roula des yeux sous le regard ébahit de la mangeuse de patate.
— Ouais il a raison, surenchérit Connie avec dépit alors que l'air réjouit de Sasha avait disparu.
L'esprit de la jeune femme revenait vers Eren et elle se promit de discuter avec lui sur cette relation ambiguë qu'il nourrissait pour Annie. Mikasa était la personne qui aimait le plus au monde le contrôle et détestait lorsqu'elle ne connaissait pas tous les points d'une situation, surtout quand la sécurité de son demi-frère était en jeu.
Elle n'appréciait pas Annie et elle n'avait pas confiance en cette fille. Alors elle ne pouvait pas permettre à cette dernière d'approcher son frère sans en subir les conséquences. Eren était sa famille et elle protégeait sa famille. Pour le moment, elle ne pouvait que prendre sur elle et attendre que cette journée ennuyeuse passe rapidement et lui permet de se remettre à faire la seule chose pour laquelle elle était douée.
S'entraîner pour se battre.
O_o_o_o_o_o_o_O
À l'heure du soupé, Mikasa n'avait pas vu Eren.
À croire que cela devenait une habitude, songea-t-elle avec amertume.
Mikasa avait suivi avec automatisme ses compagnons en restant silencieuse la plupart du temps. Elle avait remarqué l'absence d'Annie à la table de Reiner et Berthold. Ce constat avait noué son estomac une nouvelle fois et son repas avait fini par être engloutit par une Sasha plus que ravie.
Mikasa ignora les gloussements de cette dernière tandis que Connie lui chuchotait de temps à autre à l'oreille des choses sans aucun doute intimes. Ce n'est que quelques minutes après avoir dévoré le pain de Mikasa que patate girl et son petit copain bondirent sur leurs pieds pour s'éclipser sans dire le moindre mot. Seuls leurs visages rougis et leurs rires nerveux étaient présents. Mikasa n'y avait pas prêté attention, trop perdue dans ses pensées.
Jean les avaient également quittés pour retrouver Sissi dans son dortoir avant le couvre-feu. Il ne resta que Mikasa et Armin à la table. Les deux amis échangèrent de brèves paroles, notamment sur ce qu'ils désiraient mettre en place pour le sujet Reiner. Plusieurs plans furent exposés avec discrétion tandis que l'autre écoutait attentivement.
— Si tu voulais faire un mauvais coup où est-ce que tu cacherais les preuves ? demanda Armin alors que la soldate pencha légèrement sa tête sur le côté en guise de réflexion.
— Au plus sûr. Là où il n'y aurait que moi qui puisse y accéder.
— En clair, dans ta chambre.
— Exact.
— Donc c'est là qu'il faut qu'on aille chercher, asséna Armin en mordant nerveusement sa lèvre devant sa propre déduction. Le souci est de savoir : quand ?
En guise de réponse, la soldate brune fit un mouvement raide de la tête alors que son visage affichait une expression austère et déterminée. Cette histoire était beaucoup trop importante pour qu'elle ne la considère pas avec toute l'attention et le sérieux dont elle pouvait faire preuve. Les lèvres pincées, elle fut attentive aux propositions d'actions du soldat tacticien.
Elle voulait agir rapidement. Elle le devait pour la sécurité d'Eren.
Une fois qu'Armin avait terminé son repas, Mikasa décida de rejoindre son dortoir, épuisée par la journée qu'elle avait passé. Bien qu'elle ne se soit adonnée à aucune activité physique, écouter les pitreries de ses amis l'avait éreinté.
Elle allait ouvrir sa porte de chambre mais, aussitôt cette dernière se bloqua et la tête de Sasha se glissa dans l'embrasure, le visage rouge et le souffle court. La soldate offrit à son amie un sourire qui ressemblait davantage à une grimace alors qu'elle tenta de parler, mais ses mots étaient hachés.
— Hey Mikasa ! Qu-Qu'elle bon-bonne surprise. Je ne m'attendais p-pas à te voir maintenant.
— Débloque la porte. Laisse moi passer, ordonna cette dernière d'un ton implacable avant que Sasha lui barre la route en fermant un peu la porte pour stopper son amie.
— Impossible !
— Quoi ?
— Tu ne peux pas, l'informa Sasha alors que son souffle redevient normal alors que mordit nerveusement sa lèvre inférieur de gêne.
— Tu es en train de me virer de ma propre chambre ?! déclara Mikasa en fixant sa colocataire, furieuse tandis que la fatigue gagnait du terrain.
— Je ne te vire pas ! s'exclama Sasha outrée alors que sa mâchoire se décrochait légèrement. Je... Je te demande de me laisser la chambre pour cette nuit.
La soldate brune croisa ses bras avec sévérité en songeant qu'elle n'avait pas la force de se battre ce soir. Elle avait tellement entendu ses amis se chamailler comme des enfants que son crâne était sur le point d'exploser. Elle savait qu'elle deviendrait folle si Sasha la poussait une nouvelle fois à faire une joute verbale. Son crâne la faisait souffrir atrocement et elle voulait se poser quelque part.
Le débat des surnoms avaient été un véritable calvaire alors que Connie, Sasha et Jean n'arrivaient jamais à ce mettre d'accord. Il y en avait toujours un pour contredire les deux autres. Armin avait bien tenté de les raisonnés mais, cela n'avait servis strictement à rien.
Comme à chaque fois. Et cette histoire Annie ne l'avait pas aidé. Mikasa passa une main sur son visage alors qu'elle piétina sur place avant de déclarer avec agacement :
— Je suis fatiguée et je m'en moque que ce soit pour une nuit. J'ai besoin de dormir et si je ne dors pas ici, je ne vois pas où je pourrai le faire.
— Tu n'as qu'à aller dans la chambre de Connie. Vous inversez vos places, juste pour ce soir.
— Sasha, ce n'est pas mon problème que vous voulez vous reproduire, par contre cela ne se fera pas dans notre chambre, asséna-t-elle en posant une main à plat sur la porte pour pousser cette dernière.
— Mais Mikasa, on est déjà en train de... tu vois, bafouilla la mangeuse de patate le rouge aux joues alors que ses yeux bougeaient frénétiquement dans ses orbites.
Les yeux de la soldate étaient fermement plantés dans celui de sa colocataire au visage carmin et elle poussa un soupire en espérant que son esprit ne conçoive aucune image indécente de ces deux là. Elle pourrait jamais trouver le sommeil en imaginant de telles chose. Son cœur fit un bon dans sa poitrine, tandis qu'elle se sentit soudain mal à l'aise.
Elle avait envie de dormir mais, cela ne suffisait pas pour qu'elle pénètre dans cette pièce et qu'elle affronte une scène aussi gênante que causasse. Non, elle préférait mille fois passer une nouvelle nuit sur le sol de la chambre d'Armin que d'affronter ça. Elle ouvrit et referma la bouche à plusieurs reprises alors que Sasha l'implorait du regard. Elle n'avait pas eu besoin faire une telle chose car Mikasa préférait disparaître que de voir Connie sur le lit de Sasha totalement nu en train de l'attendre.
— Ne faites rien sur mon lit, marmonna-t-elle à Sasha qui opina exagérément sa tête avant de s'empresser de refermer la porte derrière elle pour rejoindre Connie.
Mikasa ne put s'empêcher de rouler des yeux alors qu'elle entendit ses amis glousser comme des idiots de l'autre côté. Il fallait qu'elle parte avant d'avoir définitivement envie de vomir ou que son esprit fatigué forme des images immondes. Il ne manquerait plus que ça pour l'achever.
Elle poussa un bref soupire avant de se tourner vers le couloir en songeant aux options qui s'offraient à elle. À cette heure, personne ne devait être dans les couloirs. Le couvre-feu en était la raison et elle savait qu'elle devait éviter de rester dans les couloirs au risque de se faire alpaguer par un certain nain agacent.
Elle ne lui avait pas parlé depuis l'entraînement et cela lui convenait parfaitement. Elle déambula en passant dans son esprit tous les endroits susceptibles de l'accueillir.
Le terrain d'entraînement intérieur avait des matelas de combats, mais ces derniers étaient sous clefs et il y faisait froid. La chambre de Connie était une véritable porcherie et elle ne voulait pas attraper quelque chose qu'elle n'avait pas déjà.
Dans le réfectoire ? Non. Les tables en bois irrégulièrement coupées n'étaient pas agréables. Alors qu'elle était en pleine recherche d'un lieu où dormir, elle remarqua que de la lumière provenait du laboratoire de la chef d'escouades aux lunettes.
Elle s'en approche et songea qu'elle pourrait peut être tenir compagnie à la femme. Cela lui changerait les idées et l'empêcherait d'avoir à subir le moindre cauchemar. Mais lorsqu'elle se planta sur le seuil de l'antre d'Hanji c'est un crâne blond bien familier qu'elle vit occuper l'espace.
— Armin ?! s'étonna-t-elle de voir le soldat blond debout à une heure pareille. Je ne savais pas que tu travaillais encore.
— Les journées sont trop courtes et j'ai pris du retard dans mes recherches. Et toi, tu n'arrives pas à dormir ?
— J'ai été chassé de ma propre chambre, lui expliqua-t-elle en grommelant alors qu'elle pénétrait prudemment dans la pièce.
— Oh ! Sasha a invité Connie ?
Les sourcils de la jeune femme se haussèrent de surprise.
— Comment le sais-tu ?
— Il était surexcité comme un gamin au repas de ce soir. Il n'a pas arrêté de nous casser les oreilles. Du coup, où est-ce que tu dors ?
— Sasha m'a soumis l'idée de dormir dans la chambre de Connie, mais je n'en ai pas vraiment envie et je ne sais pas vraiment quoi faire de ma peau.
— Je peux le comprendre. Tu sais, si tu veux, tu peux aller dormir dans mon lit. Je compte faire une nuit blanche. En plus, Jean est avec Sissi dans son dortoir ce soir.
Mikasa lui adressa un sourire amusé alors que son regard étudia Armin. Il lui semblait être toujours très heureux lorsqu'il se trouvait dans cette pièce avec toutes ces choses qui appartenaient à la scientifique. Mikasa se permit de balayer la pièce des yeux et remarqua à quel point tout était à la fois en pagaille et parfaitement rangé.
Cela expliquait pourquoi cette pièce était une des rares que le Caporal ne leur avait jamais fais nettoyer.
Des dizaines de livres placardaient les murs de la pièce du sol jusqu'au plafond. La jeune femme enroula ses bras autour de son propre taille et tandis qu'un frisson la parcouru de la tête aux pieds. Le froid et la fatigue prenaient une place de plus en plus importante dans sa vie ces derniers temps. Pourtant, elle ne voulait pas aller dormir et encore moins seule. Elle appréhendait de plus en plus la nuit et l'obscurité.
— Je préfère rester un peu, si cela ne dérange pas.
— Bien sûr que tu ne dérange pas.
Elle lui adressa un regard reconnaissant avant de grimper sur un des tabourets qui lui faisait face. Elle croisa ses bras sur la paillasse d'étude et laissa son dos se voûter légèrement. Elle sentait comme un poids sur ces épaules et elle ne savait pas à quoi il était dû.
À son frère et son intérêt récent pour Annie ? À ces insomnies toujours aussi présentes ? Ou était-ce à cause de Reiner ? Ou bien à cause de l'homme le plus irritable de la terre qui était son Caporal ?
Elle s'accorda sur le fait que c'était certainement tout cela à la fois. Chacune de ces choses étaient un cas non résolu qui la pesait et l'empêchait de garder l'esprit clair. Elle n'avait rien fait pour le moment pour trouver un moyen de coincer Reiner et elle reconnue qu'elle n'avait pas la force mentale de le faire. Tout cela était en état de projet, mais il n'était pas le moment de songer à ça.
Pas ce soir.
Non ce soir toutes ces pensées étaient pour son Caporal-chef. Pour leur entraînement et la façon plus qu'étrange dont-il s'était comporté et qui l'avait déboussolé plus qu'elle ne l'aurait voulu. Il avait encore fait ces choses étranges qui ne ressemblaient pas au nabot arrogant qu'il était.
Elle sentit un sourire naître sur ses lèvres en songeant qu'elle avait pu lui dire en face ses quatre vérités. Elle pouvait encore sentir la satisfaction de ses aveux envelopper sa poitrine et son estomac en songeant qu'elle s'en était sortie sans aucune punition. Elle lui avait dit qu'il était petit, il n'avait rien fait. Elle lui avait dit qu'il était un nain et il n'avait rien fait. Elle lui a dit tant de choses méchantes et il n'avait rien fait.
En faite si, il avait fait quelque chose, mais cette réaction était à l'opposée de ce à quoi elle s'attendait. Elle sentit ses joues se réchauffer à l'instar de sa poitrine.
Elle mentirait si elle disait qu'elle avait eu envie de le gifler pour l'audace qu'il avait eu. Elle avait eu envie de le gifler pour son changement soudain d'attitude qui lui donnait le tournis. Elle secoua la tête en lui ordonnant mentalement de sortir de son crâne.
Finalement, ce n'était pas une bonne idée de songer à lui. Il la mettait dans un état bien trop étrange et cela l'effraya.
Son attention se reporta sur le soldat blond qui était absorbé par l'examen de liquides aux couleurs suspectes.
— Tu travailles tout seul ? l'interrogea-t-elle en observant les différentes fioles qui étaient face au tacticien.
— Non, Hanji est partie préparer du café et du thé. Elle va revenir dans quelques minutes.
La soldate haussa ses sourcils en lorgnant son ami qui avait commencé à rougir en prononçant le nom de la scientifique. Voir Armin sourire bêtement alors que ses joues se coloraient de cette façon la faisait toujours autant fondre de tendresse. Il était si pur et sincère dans ses réactions que Mikasa ne put s'empêcher de se dire qu'Hanji était chanceuse d'avoir attiré l'intérêt d'une personne comme le tacticien.
Soudain, elle se sentit de trop. Peut-être devait-elle aller dans la chambre d'Armin et s'allonger pour les laisser seuls. Elle ne voulait pas interférer dans cette situation et mettre involontairement des bâtons dans les roues. Elle posa ses mains délicatement sur le rebord de la table pour quitter plus facilement son siège en hauteur. Cela attira l'attention du soldat blond qui se tourna complètement vers son amie pour lui demander d'une voix inquiète :
— Tu t'en vas ? Je pensais que tu voulais rester un peu ici.
— Ce n'est pas une bonne idée finalement, avoua Mikasa en passant une main épuisée sur son visage avant de la laisser glisser dans ses cheveux pour les plaques momentanément en arrière.
— Pourquoi ?
— Je pense juste qu'il est peut-être mieux que tu sois seul avec Hanji.
— Oh ! se contenta-t-il de répondre alors qu'un blush violent s'étendait sur le visage du soldat. Tu peux rester parce qu'avec Hanji ce n'est que... professionnel et amical.
— Bien sûr et c'est pour cette raison que je vais vous laissez tout les deux.
— Mikasa je-
— Mikasa ! glapit une voix aiguë derrière la jeune femme que cette dernière associa à celle de la scientifique.
La soldate pinça ses lèvres, mécontente de ne pas avoir pu s'échapper avant que la femme revienne. Elle se retourna pour faire face à l'amoureuse des titans, qui tenait entre ses mains un petit plateau qui supportait deux tasses fumantes.
Je suis de trop, songea Mikasa en fixant ces derniers.
— Tu as mal quelque part ? s'enquit la chef d'escouade en allant déposer son bien sur le petit bureau qui était recouvert de papiers.
— Non, je n'arrivais pas à dormir. Mais, je ne comptais pas rester longtemps.
À ces mots, le visage joyeux de la scientifique s'effrita légèrement alors qu'elle se rapprocha de la soldate.
— Oh non ! Reste un peu avec nous. Nous nous voyons tellement rarement.
Mikasa resta interdite quelques secondes avant que son regard se tourne vers Armin qui affichait un sourire d'encouragement. Cela lui suffit à se décider et remercia le ciel de ne pas avoir à se retrouver seule ce soir. Elle adressa un sourire aux deux véritables cerveaux de ce camp, mais son sourire ressemblait davantage à une grimace.
Elle savait qu'ils ne lui en tiendraient pas rigueur car ils la connaissaient et savaient combien faire ce genre de choses n'étaient jamais évidentes pour elle. Elle retourna sur son siège et reprit la même position qu'elle avait précédemment.
— Comment vont tes côtes ? demanda Hanji en se plantant joyeusement devant la jeune femme.
— Mieux. Merci.
À cette réponse, la scientifique laissa un immense sourire barrer ses lèvres alors que son regard s'illumina davantage. Elle ne semblait jamais avoir mal à ses joues; ni même à sa mâchoire. Mikasa admirait l'aisance qu'avait Hanji avec toutes les personnes qu'elle pouvait rentrée et même avec ceux qui la traitait de tarée.
Mikasa savait parfaitement que cette femme avait un équilibre mental assez particulier, mais elle appréciait la scientifique. Elle aimait cet entrain qu'elle n'avait pas besoin de feindre et elle ne supportait pas lorsque les autres soldats parlaient d'elle en de mauvais terme.
Malgré son obsession malsaine pour les titans, elle n'était pas une mauvaise personne. Elle était juste différente. Cette idée fit vaguement sourire Ackerman qui fut sorti de sa réflexion par la voix toujours si enjouée de l'amoureuse des titans qui clama :
— Shorty a été plus doux que je ne le pensais pour votre entraînement particulier. Il peut-être un peu rustre.
— Oh, ça a été, commença-t-elle en fixant la surface de la table d'analyse tandis qu'elle pouvait sentir le regard lourd de ses deux interlocuteurs sur elle. Il a été fidèle à lui-même. Toujours le même nain stupide et orgueilleux.
— Il ne s'est donc rien produit de ... particulier ? fit Hanji en souriant de toutes ses dents.
— Il ne s'est rien passé, asséna-t-elle avant de planter ses deux cercles pâles dans ceux d'Armin pour lui faire passer le message avant de retourner son attention à la scientifique. Pourquoi ?
Armin sentit ses joues se colorer sous le regard de sa meilleure amie. L'image de cette dernière à quelques centimètres du visage du Caporal, sa main tenant le poignet de la jeune femme alors qu'avec l'autre, il avait capturé son menton revient en sa mémoire.
Il avait immédiatement regretté d'avoir accepté lorsqu'Hanji lui avait demandé d'aller voir son supérieur pour voir comment les choses se passaient entre eux. Le visage brûlant, Armin détourna son regard de celui de Mikasa alors qu'il n'osait pas imaginer ce qui aurait pu se passer si il n'était pas venu les interrompre.
Il s'était passé quelque chose et cela avait affecté la soldate. Il en était certain. Bien qu'elle soit douée pour camoufler un minimum ses émotions, ses réactions étaient trop vives ou trop méfiantes pour être honnête.
Quand elle s'était retrouvée seule avec lui et Jean, elle n'avait fais aucun commentaire et s'était contentée de les informés qu'elle allait prendre une douche. Puis, elle avait été muette toute le reste de la journée.
L'amoureuse des titans vit le regard de la jeune femme sur le tacticien et s'empressa de répondre avec enthousiasme :
— Oh pour rien ! Pour rien ! C'est juste que Shorty était bizarre quand il est venu me voir après.
— Il est toujours bizarre, souligna Mikasa en s'efforçant de garder une attitude stoïcienne.
— Je veux dire plus que d'habitude.
La soldate haussa faiblement ses épaules avant de demander :
— Et ? Je ne vois pas en quoi ça me concerne.
— Et bien vu qu'il était avec toi. Je me demandais s'il ne s'était pas passé quelque chose qui sort de l'ordinaire.
— Des combats, des tours de terrain et des remarques toujours infectes. Rien de bien changeant pour ce crétin, exposa Mikasa d'une voix monotone alors que la scientifique ne semblait pas convaincue.
— Il n'y a rien d'autre ?
— Non. Rien.
— C'est bizarre... c'est la première fois qu'il entraîne une recrue de cette façon. Habituellement il est se porte mieux lorsqu'il en est loin.
— Il ne m'apprécie pas et c'est réciproque. Il voulait me casser un peu de sucre sur le dos et il a trouvé une raison stupide pour le faire.
— Ou alors tu lui plais et il ne sait absolument pas comment s'y prendre, déclara Hanji en observant attentivement la réaction de Mikasa alors que les yeux de cette dernière s'écarquillèrent de surprise.
Ceux d'Armin eut la même réaction, car il stoppa net son mouvement dans les airs, observant avec ébahissement la scientifique qui était fière de son effet.
Le Caporal et Mikasa, songea-t-il troublé.
Il prit le temps d'analyser ses paroles en songeant aux dernières semaines qui s'étaient passés. Il était vrai qu'à première vue, cela semblait complètement fou car, jamais cette idée farfelue aurait pu traverser le crâne du soldat blond.
Pourtant avec tout ce qu'il avait vu, notamment lors de l'entrainement personnalisé ainsi que lors de l'accident de grappin dont il avait été la victime, cela ne paraissait pas si impossible.
Le regard du blond glissa en direction du "miracle de l'Humanité" et il observa son profil. Il remarqua pour la première fois, que sa meilleure amie était devenue une femme désirable avec tout un tas de qualité qu'il admirait.
Elle était éblouissante et beaucoup d'hommes l'avaient sans aucun doute vu avant lui alors qu'il était certain qu'elle même ne s'en rendait pas compte.
Ils se connaissaient depuis leurs plus tendres enfances et il n'avait jamais vu Mikasa autrement que comme la fille qui le défendait des petites brutes et qui était la protectrice d'Eren. Elle avait toujours été bien plus mûr qu'eux et ceux depuis bien longtemps. Parfois, Armin se demandait si la jeune femme avait déjà été une enfant dans son crâne et avait profité de ses joies futiles.
Elle n'avait jamais parlé de sa vie avant de les connaître. Tout ce qu'il savait concernait le sauvetage qu'Eren avait opéré avant qu'elle ne rejoigne la famille Jäger.
Il n'osait pas aller sur ce terrain qui paraissait beaucoup trop glissant. Il partait du postulat que si elle souhaitait lui dire, elle le ferait, mais jamais il ne la pousserait à le faire.
Il ne l'avait pas vu grandir comme une femme avec tout ce que cela comportait. Peut-être qu'Hanji avait raison et que le Caporal avait remarqué tout cela bien avant.
Plissant des yeux Armin sentit les rouages de son cerveau s'activer tandis que Mikasa poussa un soupire en sortant de sa torpeur pour déclarer d'une voix ennuyée :
— Hanji. Je ne souhaite pas être méchante dans mes propos mais, je pense que vous commencez sérieusement à perdre la raison à force de préparer des médicaments et de veiller tard.
O_o_o_o_o_o_O
Mikasa ne fut pas la seule personne dont le sommeil était absent. Le Caporal-chef se tenait devant son bureau, les yeux plus cernés qu'à l'accoutumé. Il s'arrêta brièvement d'écrire alors qu'il pinça l'arrête de son nez avant de s'emparer de sa tasse de thé fumante qui trônait sur le coin gauche de la table. Elle était toujours à gauche. Cela lui permettait de pouvoir boire sa précieuse boisson sans cesser son activité barbante.
Avant de tremper ses lèvres, il huma l'odeur du thé noir qui s'échappait abondamment du récipient en porcelaine. Il avait bien besoin de ça pour pouvoir terminer toute cette merde en un temps record. Il n'avait quasiment pas quitté son bureau de la journée et le repas du soir était complètement sorti de son esprit.
Alors qu'il posta le rebord de la tasse devant ses lèvres, il entendit un coup timide contre la porte de son bureau. Il lâcha un soupire d'agacement en renonçant à la gorgée qu'il s'apprêtait de prendre.
— Nom et raison du dérangement, siffla Livaï en remplissant machinalement la tonne de papiers qu'Erwin lui demander, ou plutôt ordonné, de remplir.
— C'est moi, Caporal. J'ai besoin de vous parlez, déclara la voix fluette de Petra de l'autre côté de la surface de bois.
L'homme arrêta d'écrire et laissa un souffle s'échapper de ses lèvres. Il n'allait décidément pas être tranquille aujourd'hui. Erwin était passé pour lui donner ses papiers, puis Mike lui avait proposé d'aller faire des courses en ville pour aller acheter du thé.
Ce dernier était toujours d'une efficacité remarquable lorsqu'il s'agissait de choisir des feuilles de thé. Son flaire imparable était toujours d'une grande aide pour le Caporal-chef. Mais Livaï avait du décliner l'offre de son ami pour finir au plus vite la tonne de paperasses du Major.
— Entre.
La jeune femme ouvrit délicatement la porte alors qu'elle tremblait légèrement en pénétrant dans la pièce. Elle ne pouvait pas regarder son supérieur dans les yeux. C'était beaucoup trop gênant pour elle surtout après ce qu'elle s'apprêtait à faire.
La soldate rousse avança lentement jusqu'au bureau de son Caporal et patienta qu'il l'invite à s'asseoir. Elle savait qu'il n'était jamais bon de déranger Livaï même lorsqu'on était son ami. La jeune femme jeta un regard peiné à son supérieur et remarqua l'état de fatigue dans lequel il était et la quantité de travail qui l'attendait.
Encore une fois, il ne va pas dormir de la nuit, songea-t-elle avec tristesse.
— Qu'est-ce qu'il se passe Petra ?
— J'ai un problème Caporal, expliqua simplement la jeune femme en soupirant alors que ses mains étaient sagement posés sur ses jambes.
Elle sentit son visage rougir, n'osant pas imaginer ce qu'elle s'apprêtait à dire à cet instant. Sa gorge qui était déjà nouée, se resserra vivement alors qu'elle tentait de mettre les mots dans le bon ordre dans son crâne.
— Je t'écoute.
— Ce n'est pas facile mais, je pense que... Que c'est important...
Livaï sentit de l'agacement parcourir son esprit, mais il se retient de justesse de l'exprimer et se contenta de se laisser aller contre le dossier de son fauteuil en observant la soldate de son escouade.
Petra n'était pas du genre à se plaindre facilement et restait toujours discrète sur ce qui la tracassait. C'est une chose qu'il appréciait chez elle. Cela lui changeait des gamins qui lui cassaient les oreilles à longueur de journées. Elle ne cachait pas ce qu'elle ressentait, mais elle ne l'exposait pas au nez de tous. Il la vit inspirer profondément pour se donner du courage alors de déclarer d'une traite :
— J'ai besoin de votre aide, Caporal. C'est à propos d'Auruo.
Livaï se permit de froncer ses sourcils, alarmer qu'un membre de son escouade puisse rencontrer des soucis sans qu'il n'en soit informé. Il se redressa sur son siège en croisant ses mains sous son menton, étudiant le visage de Petra. Elle avait l'air perdu et son faciès était entièrement rouge alors que ses petites lèvres se pinçaient d'anxiété.
— Est-il en danger ? la questionna-t-il d'une voix neutre alors qu'il désirait en savoir rapidement davantage.
— Non, pas du tout, Caporal. C'est quelque chose qui est d'une toute autre nature.
D'une autre nature ?
Si son ami n'était pas dans une situation de mort, à quoi pouvait-il bien servir ? L'interrogation se lisait sur le visage de son supérieur et Petra sentit ses mains trembler de nervosité. Elle serra vivement ces dernières dans l'espoir qu'elles cessent ces petits spammes.
— Je ne comprends pas.
— J'apprécie beaucoup Auruo. Et je... J'aimerai... J'aimerai savoir si cela est réciproque. Mais, je n'ose pas... Enfin, je ne sais pas comment faire...
— Pourquoi venir m'en parler à moi ? fit-il en arquant un sourcil interrogateur alors que le visage rougeâtre de la femme semblait monter d'un ton.
Elle se dandina énergiquement sur son siège alors que les mots peinait à passer la barrière de ses lèvres rosées.
— Mike n'est pas là, Hanji s'empresserais de l'hurler à qui voudrait l'entendre et ce serait vraiment gênant. Il ne restait que vous en choix correct, Caporal, marmonna-t-elle avec honnêteté.
Livaï pouvait comprendre la réticence de sa soldate. Hanji était peut-être une oreille attentive mais, elle était aussi une langue bien pendue et cela n'était jamais une bonne chose. Il poussa un soupire en posant son coude sur l'avant-bras de son fauteuil pour que sa joue repose contre son poing. Il prit le temps de rassembler ses pensées en songeant que son amie devait être véritablement désespérée pour venir se confier à lui.
Il n'était pas une personne douée pour ce genre de sujet. Elle lui aurait demandé comment tuer le plus efficacement possible un titan avec une seule lame, il aurait su quoi répondre. Là, il était dans le flou le plus total. Il n'avait aucune foutue idée de ce qu'elle pouvait ressentir à cet instant et il ne savait pas qu'elle importance cela avait pour Petra. Il ne connaissait pas les sentiments de son soldat pour la femme car, il ne s'intéressait pas à ces choses-là.
Il planta son regard d'acier dans celui de Petra et vit une quantité d'émotions se bousculer. Il y avait de la peur, de l'inquiétude mêlée à de l'angoisse. Mais celle qui dominait toutes les autres était de l'espoir. Cela lui fendit le cœur car il était impuissant face à cette situation plus qu'improbable.
Que pouvait-il bien lui dire ? Lui qui n'y connaissait absolument rien en amour alors que sa vie n'avait été que parsemé de malheur et d'horreur. Il n'avait pas aimé quelqu'un depuis longtemps et encore moins d'un sentiment romantique. Il songea soudain, qu'il n'avait jamais été amoureux de toute sa vie. Cette idée fit froncer davantage ses sourcils et le rendit encore plus démuni.
Pourtant, il ne pouvait pas l'abandonné face à son problème. Petra était une des rares personnes qui avait su être apprécié rapidement par le Caporal-chef. Son caractère discret et innocent lui avait toujours rappelé celui d'Isabel.
Il ne pouvait pas nier le fait que lorsqu'il avait rencontré la jeune femme, il avait vu une façon de se racheter auprès de sa sœur morte. Depuis, il veillait toujours à ce qu'elle revienne intacte de chacune de leurs expéditions. Il se racla la gorge et tenta de garder une voix assurée alors qu'il se sentait loin d'être à l'aise.
— Que souhaites-tu que je te dise, Petra ?
— J'aimerai votre avis, dit-elle en osant croiser le regard de son supérieur alors que ses yeux brillaient d'impatience. Mes sentiments pour lui sont sincères et inébranlables. Mais, j'ai peur qu'ils ne soient pas réciproques. Nous sommes dans la même escouade et nous sommes amis. S'il ne partage pas mon amour, alors cela sera catastrophique pour moi mais, aussi pour notre chasse aux titans. Je ne pourrai pas faire comme si de rien n'était.
— Je vois, lâcha-t-il en inclinant faiblement sa tête tandis que ses lèvres se pincèrent légèrement.
Il se perdit dans ses pensées en cherchant la meilleure façon de pouvoir répondre à son amie. Mais aucune idée ne passa la barrière de son esprit. Il songea à ce qu'Erwin aurait conseillé à la jeune femme, mais cela resta inutile pour le Caporal. Il avait beau être l'homme le plus fort de l'humanité, il était complètement désarmé face à la situation que lui soumettait Petra.
— Pour être franc, je ne sais pas vraiment quoi te conseiller.
— Mais...Vous avez déjà été amoureux, Caporal ?
— Non, avoua-t-il sans avoir le besoin de réfléchir tandis que la jeune femme sentit sa mâchoire se décrocher.
— Oh... Jamais, vraiment ? ne put-elle s'empêcher de demander avec curiosité et stupéfaction.
— Non, jamais Petra.
C'était la vérité. Il n'avait jamais ressenti le moindre épanchement pour qui que ce soit. Son seul et unique préoccupation avait été de survivre que ce soit dans les bas-fonds avec sa mère et sa sœur ou bien lorsqu'il avait intégré l'armée d'Erwin. Il n'avait jamais songé à l'amour ou encore au sexe. Ce n'était pas quelque chose qui le préoccupait ou encore l'intriguait.
Il songea rapidement et malgré lui à Ackerman. Cette fille avait, semblerait-il, décidé d'élire domicile dans son esprit alors qu'il essayait de penser correctement. Cette femme tissait des liens dans son crâne comme une araignée. C'était désagréable et déstabilisant au point qu'il ne put s'empêcher de grogner de contrariété. Il voulait qu'elle quitte son esprit à jamais. Cela l'épuisait de la voir partout dans sa tête alors qu'il ne désirait qu'une chose : mettre une putain de distance entre eux.
Petra analysa le regard perplexe de son Caporal et fut étonnée de sa réponse. Elle savait que Livaï n'était pas le genre d'homme à exposer ses sentiments, mais jamais elle n'aurait pensé qu'il puisse être sans aucune expérience dans ce domaine.
Instinctivement, elle se sentit mal à l'aise d'avoir pu le mettre dans une situation si gênante en lui demandant son aide alors que lui-même n'avait pas connu l'amour. Peut-être aurait-elle dû aller en discuter avec Hanji malgré les risques que cela comportaient. Elle se permit de lâcher un lourd soupire alors qu'un poids désagréable pesait sur sa petite poitrine.
— Je pense que c'était une mauvaise idée, Caporal, déclara-t-elle en se redressant lentement pour faire le salut de l'armée en lui adressant un sourire rassurant. Je suis désolée pour le dérangement.
Elle tourna ses talons alors que son dos était légèrement voûté. Elle qui avait tant misé sur cette conservation avec son supérieur, qui était à ses yeux un homme qui savait prendre du recule sur n'importe qu'elle situation, la voilà encore plus perdue.
Elle poussa un bref soupire en sentant la déception l'envahir et l'envelopper dans un immense manteau glaciale. Parler à Hanji était peut-être une bonne idée, mais elle ne se sentait pas le courage d'y aller ce soir. Alors que la soldate rousse s'apprêtait à ouvrir la porte, elle entendit la voix de Livaï clamer soudainement :
— Parle-lui.
Elle dévissa son cou pour jeter un regard par-dessus son épaule à son supérieur qui était toujours aussi impassible. Son regard était dans le vide, alors qu'elle lui demanda doucement :
— Pardon ?
— Parle-lui franchement. Si... Si tu ne te sens pas capable de garder ça pour toi et que tu penses que cela peut te soulager alors dis-lui. Sinon passe à autre chose.
Elle se tourna complètement vers le Caporal alors qu'un sourire retroussa ses lèvres. Ce poids qui était apparut si hâtivement, venait de disparaître à en fumer tout aussi rapidement.
— Si vous pensez que c'est la meilleure chose à faire, alors c'est ce que je ferais, affirma-t-elle alors que son cœur éclatait de joie dans sa poitrine.
Elle ne se sentait plus seule et avait l'impression que les conseils de Livaï étaient le déclencheur dont elle avait besoin afin de prendre confiance elle et de faire un choix. Pourtant, elle ne sut dire pourquoi, mais au travers des conseils de son ami, elle crut entendre un double sens comme si ce conseil n'était pas uniquement adressé à elle. Elle fit un petit mouvement de tête avant de dire d'une voix humble :
— Je vous remercie, Caporal.
Il lui adressa à son tour un raide hochement de tête alors qu'il retourna son regard vitreux en direction de ses papiers. Il s'attendait à entendre les pas de Petra s'éloigner avant de qu'ils s'atténuent alors qu'elle aurait ouvert la porte pour la refermer délicatement derrière elle pour le laisser seul. Mais, ce ne fut pas le cas. Il releva légèrement sa tête pour la voir au travers de ses cils sombres.
— Il y a autre chose ? demanda-t-il de sa voix monotone.
Elle était hésitante alors qu'elle tenait toujours la poignée de porte du bureau de son ami. Il l'avait aidé sans lui poser la moindre question gênante et elle se sentait redevable. Il ne s'était pas moqué d'elle et avait été attentif. Et il était son ami. Sa main glissa sur la poignée de porte alors qu'elle fit un pas dans sa direction, les joues rouges comme à chaque fois qu'elle s'exprimait devant quelqu'un.
— Vous êtes sûr que vous allez bien ? Parce que... Parce que vous avez l'air... pensif ces derniers temps...
— Je vais bien.
— Vous savez, vous avez le droit d'aller mal, Caporal, dit-elle avec prudence alors qu'il fronçait ses sourcils bruns.
— Pourquoi j'aurai besoin d'aller mal ?
Une nouvelle fois, elle hésita à parler, jaugeant son ami du regard. Parler avec lui était parfois plus compliquer que tuer un déviant.
— Hanji... Hanji vous trouve soucieux et moi aussi. Et Auruo et Mike. Nous sommes inquiets pour vous.
— Je peux prendre soin de moi seul, asséna-t-il d'une voix rude, mais cela ne fit pas tressaillir Petra.
— Les amis prennent soins les uns des autres, rétorqua-t-elle avec plus de force qu'elle ne l'aurait voulu ce qui attira l'attention du brun. Nous ne vous demandons pas d'être qu'un soldat, Caporal. Nous en sommes tous, mais nous avons tous le droit de faillir à un moment. Avoir des préoccupations est une chose, mais ne pas les partager quand elles vous rongent en est une autre. Je vais suivre votre conseil, parce que je choisi de ne pas être uniquement un soldat. Mais, vous devriez aussi vous posez la question.
Livaï cligna brusquement des yeux en accueillant laborieusement les propos de son amie. Il se sentit soudain mal à l'aise. La conversation avait basculé d'une façon incompréhensible pour le Caporal. Comment en étaient-ils venus à parler de lui et de ce qu'il souhaitait faire de sa vie ? Cette chose dont Petra lui parlait était une question qu'il évitait ardemment de se poser.
C'était beaucoup plus simple pour lui de penser que son destin serait de mourir pour l'humanité car c'était pour cela qu'il se levait chaque matin. Il défendait la vie humaine en tranchant des nuques de titans. Cela sonnait bien à son oreille et il ne voulait pas remettre toute cette merde en question. La vie était une chose qui pouvait être compliqué lorsqu'on prenait la peine une minute de lui donner du sens. Lorsqu'on prenait le temps de lui donner un autre sens que celui qu'on lui attribuait déjà.
Pour Livaï, tout était clair dans son esprit depuis la mort de sa sœur. Il ne voulait pas voir autre chose que sa vengeance perpétuelle contre ces monstres géants. Il n'y avait rien d'autre qui comptait plus que sa survie, celle de son escouade et sa vengeance. Il n'y avait rien d'autre.
Rien d'autre.
— Réfléchissez-y. Merci pour le conseil, Caporal, dit Petra d'une voix douce avant de lui offrir un sourire timide alors qu'elle le salua une dernière fois pour disparaître derrière la porte de son bureau.
O_o_o_o_o_o_o_O
J'espère que ça vous aura plu ! Je ne suis jamais sûr de ce que j'écris et toujours mécontente... XD Bon comme vous pouvez le voir, Petra ne sera pas mordu de Livaï dans cette fiction. J'en ai trop lu où Petra était la méchante et j'avoue que ça m'a pas donné envie. Elle est sincère et s'inquiète pour les autres. Alors profitons d'un personnage comme elle pour la changer du rôle de la vilaine Petra qui s'interpose entre nos deux tourtereaux... Mikasa et Livaï se compliquent déjà suffisamment les choses XD.
