Chapitre 8 Premières blessures

POV Peter

Cela faisait presque un mois que je n'avais pas eu de contact avec mon père ni avec aucun membre du Conseil. Fort heureusement, cela ne m'inquiétait pas car je savais comment cela fonctionnait : pas de réunion donc pas d'urgence, en gros, c'est que tout va bien. S'ils avaient eu la moindre inquiétude à propos d'Amanda ou des Destroyers, j'en aurais été averti immédiatement. J'étais resté en contact avec ma sœur qui s'était liée d'amitié avec Emilie, sauvant ainsi Amanda des griffes de la mode, bien que je me doutais que cela lui manquait, qu'importe ce qu'elle dit, c'est une fille, ce qui veut dire qu'elle est programmée pour être amoureuse des magasins. Son ancienne vie lui manquait, je ne me faisais pas d'illusion là dessus mais elle fut soulagée, lorsque je lui avais appris que toutes les Elues jusqu'ici avaient été isolées de leurs proches, dans le cas d'Amanda, c'est ce qui en faisait sa force...

Le mois qui venait de passer avait été chargé pour elle ; elle avait dû jongler entre sa vie scolaire, ses amis et son entraînement. Sans oublier le plus important, elle avait rencontré un Destroyer en plein milieu du parc où elle courait le dimanche matin. Seule elle avait dû se montrer courageuse et rusée. Heureusement, celui qu'avait envoyé Oraïa n'était pas des plus forts mais suffisamment pour se battre contre elle. Courageuse et surtout soucieuse de savoir ce qu'elle valait depuis qu'elle avait commencé ses entraînements, elle n'avait pas reculé devant cette épreuve. Je ne pouvais lui venir en aide, en fait, pour être honnête, je n'en avais pas le droit, elle devait, pour une fois, se débrouiller seule afin de prendre vraiment confiance en elle, alors, ce jour là, je suis resté en retrait, gardant tout de même un oeil sur elle. Il l'avait menacée, testé sa patience et sa volonté de contrôler sa colère, par quel moyen me demanderez-vous ? Par le seul point faible qu'Oraïa lui connaissait, du moins qu'il pensait lui connaître : Slevin. Surpris de voir que sa tactique ne fonctionnait pas, le Destroyer avait perdu son sang froid et l'avait attaquée sans la prévenir, se retrouvant au sol avec le nez de cassé, ce qu'elle n'avait pas du tout aimé.

Se relevant, elle lui flanqua un coup de pied latéral comme je le lui avais appris, le faisant reculer. Puis sans prévenir elle lui flanqua un coup de tête qui l'étourdit brièvement, avant de se reculer pour garder une certaine distance entre eux. Plus qu'énervé, son ennemi chargea mais elle réussit à l'esquiver, le faisant vaciller alors l'air se chargea d'une lourde ambiance électrique et je sus, à cet instant, que le Destroyer faisait appelle à ses pouvoir afin de neutraliser Amanda. Lâche et puérile, n'arrivant pas à leurs fins, les Destroyers aiment avoir recours à la magie, c'est tellement plus simple que de se salir les mains.

Amanda sentait ce qui se passait car son tatouage, tout comme le mien, s'anima mais elle en demeura pas pour autant effrayée, à tout le moins, elle ne le montra pas. Elle tenait tête à son ennemi et, lorsque le pouvoir de celui-ci se mit à charger, elle esquiva l'éclair qu'il avait lancé sur elle puis une idée dut lui venir en tête car le rictus que je vis sur son visage m'y fit penser. Le Destroyer chargea un deuxième éclair qu'il lança en direction d'Amanda qui, aussi concentrée que pendant les entraînements, avait fermé les yeux et murmurait quelque chose à voix basse que je ne pouvais entendre, alors je sentis l'air frais se poser sur ma peau puis, sans que je puisse le prévoir, l'éclair qui la toucha ne la brûla pas, elle ne vacilla pas, pas même une grimace de douleur par contre, le Destroyer lui souffrait, une bulle d'air protégeait l'Elue tandis qu'une bulle d'eau entourait son ennemi. Ce fut une brillante idée, l'eau est conducteur et un éclair est à la base de l'électricité statique, les deux réunis ne font pas bon ménage, le Destroyer comprit alors son erreur et n'eut pas le temps de sourciller que son corps se décomposa en cendres allant effleurer l'herbe du parc qui disparurent sous les gouttes d'eau qui retombaient sur le sol.

Fatiguée d'avoir appelé les deux éléments en même et, surtout, pas encore habituée à cette force, elle s'écroula par terre, soumise à une grande fatigue. J'avais soigné son nez, avant de la déposer chez elle et de la coucher. Le lendemain, je lui avais dit à quel point j'étais fière d'elle.

Pour une fois, mon père ne se tenait pas sur son trône de chef au Conseil, mais dans le jardin de la maison où, autrefois, j'avais vécu. Mes pieds effleurèrent l'herbe verte et douce qui chatouillait mes orteils, tout en me délectant du soleil qui chatouillait ma peau avec ses rayons incandescents. Notre Royaume, quelque peu différent de la Terre pour certaines choses, avait tout de même des similitudes avec la planète bleue : l'eau, le soleil et la nature en faisant partie, même si cela ne fonctionne pas de la même façon. Père était assis sur un des bancs de notre jardin, son regard posé sur une vieille photo de famille ; à mon arrivée, à ses côtés, ayant senti ma venue, il ne sursauta même pas.

- Nous formions une si belle famille autrefois...

- Nous la formons toujours Père, Mère est toujours parmi nous. Certes, pas physiquement malheureusement, mais elle continue de veiller sur nous.

- Tu as raison, mais cela ne m'enlève pas pour autant ce sentiment de manque.

Je posai alors ma main droite sur son épaule, pour lui montrer ma compassion, avant de m'asseoir à ses côtés.

- Amanda a bien combattu.

- Tu l'as vue ?

- Non, mais Maya m'a rapporté les faits. Tu as de quoi être fier Peter, elle est prodigieuse et talentueuse surtout.

- On dirait que c'est inné chez elle. Tu l'aurais vue, elle était incroyable, elle avait peur mais elle est passée au-dessus de cette peur. C'était son premier combat et elle n'a pas vacillé.

- Je n'en doute pas une seconde. Elle a été choisie depuis sa naissance car nous savions ce dont elle est capable. Mais son apprentissage n'est pas terminé, beaucoup d'épreuves vont être sur son chemin et tu devras l'aider. Cependant...

- Oui ?

- Peter, je perçois quelque chose de différent en toi depuis que tu la protèges, depuis ton arrivée dans ce lycée à vrai dire... Tu tiens beaucoup à ses amis, mais encore plus à elle, voilà pourquoi tu ne l'éloignes pas de ses amis et ce lien que tu as en pouvant vivre ses rêves en même temps que son subconscient renforce votre relation ?.

- C'est mon amie.

- Oh, je l'ai bien compris, crois-moi, nous l'avons compris mais attention à ce que cette... amitié, comme tu le dis si bien, n'entrave pas votre mission. Slevin ne baissera pas les bras pour elle.

- Eh bien, nous serons deux dans ce cas.

Mon père sourit, pas un sourire triste ou joyeux mais plein de sens.

- Que veux-dire ce sourire Père ?

- De la nostalgie et de la peur.

- Pourquoi ?

- En toi, j'ai l'impression de me revoir à ton âge, lorsque j'ai rencontré ta mère.

Alors je souris et je compris ce qu'il voulait dire mais je refusais d'y croire.

- Un grand combat aura lieu Peter, il va être indispensable pour vous d'être sur vos gardes. Continue de la former, elle n'en sera que meilleure.

Je me réveillai dans mon lit, surpris par la sonnerie de mon réveil qui m'indiquait qu'il était sept heures trente, autrement dit, l'heure de se préparer pour aller au lycée comme quelqu'un de normal.

Mon nez ne me faisait absolument pas mal, et je décidais de remercier une nouvelle fois Peter car la chirurgie plastique m'aurait coûté bonbon. Je n'avais vraiment pas envie d'aller au lycée aujourd'hui, j'avais l'impression d'être encore fatiguée mais, en réalité, j'avais surtout peur de me retrouver avec mes amis et de faire ce que je suis censé faire : comme si de rien n'était. Malgré tout, j'étais vraiment fière de moi, d'avoir vaincu un des guerriers d'Oraïa et, surtout, d'avoir pu appeler deux éléments en même temps, je ne sais pas comment j'avais fait mais ce qui m'importait, c'est que j'y étais arrivée. La douche bien chaude que j'avais prise m'avait permis de détendre mes muscles mais avait généré de la buée dans toute ma salle de bain, si bien que je ne me voyais pas dans la glace qui se trouvait au dessus du lavabo. Je passai ma main dessus puis m'arrêtai en sentant le frisson me parcourir de mon cou à mes bras, se répandant dans tous mon corps, alors je restai immobile car je savais fort bien de qui il s'agissait et décidais d'agir avec nonchalance.

- On ne t'a pas appris à frapper aux portes quand tu étais petit ? Oups, j'oubliais en Enfer, il n'existe pas de bonnes manières, dis-je en me retournant, me retrouvant face à l'ex amour de ma vie.

Son corps se trouvait à peine à cinquante centimètres du mien, il était tellement proche que je pouvais sentir son souffle dans mon cou. Il était trop proche de moi pour que je puisse le contourner et sortir de ma salle de bain, j'étais là, coincée avec lui ne sachant pas ce qu'il voulait.

- Je n'aime pas me faire claquer la porte au nez.

- Je peux la fermer tout doucement aussi.

- Nous ne sommes pas obligés d'être ennemis Amanda.

Il se rapprocha un peu plus de moi, me faisant reculer et, par conséquent, heurter mon lavabo.

- Vraiment ? Visiblement c'est pas ce qui est marqué dans les livres.

- Parce que tu es du genre à écouter tout ce qu'on te dit de faire ?

Là, il marquait un point. Il posa sa main sur ma joue que je me dégageai mais il la remit, me tenant les deux mains de la seule qu'il lui restait. Il n'y pas de violence dans son geste, juste une envie de me maîtriser, pour que mon corps ne lui résiste pas.

- Nous pourrions être de nouveau ensemble, inséparables, unis et plus forts que tout. Il te suffit juste d'arrêter de me résister.

- Je ne te résiste pas, c'est naturel. On n'a plus rien à voir ensemble.

- Vraiment ? Alors appelle tes éléments, défends-toi.

- Ca te ferait trop plaisir.

- Hum, c'est vrai, mais ce serait tellement excitant.

Alors je ne sais comment, je réussis, avec seulement mon petit corps minuscule à côté du sien, à le repousser en arrière me dégageant alors les mains. Avant même que j'ai pu passer le pas de la porte, il la referma devant moi, bloquant ainsi la poignée ; je me collai contre la porte alors que lui venait se plaquer contre mon corps. Je sentis son cœur battre à une telle vitesse que, s'il avait été encore humain à cent pour cent, il serait mort sur place sous mes yeux. J'étais incapable de réagir, il se passait quelque chose que je ne contrôlais pas, mes yeux se remplirent de larmes car je compris. L'école maternelle, les rendez-vous cinéma, les vacances au ski, notre première fois, notre dernière sortie en amoureux avant qu'il en se fasse renverser ; son regard était plongé dans le mien, mes frissons s'arrêtèrent et mon cœur ne cessait de battre rapidement, je ressentis comme des légers picotements dans le bas de mon ventre. Je ne pouvais réagir, ma faiblesse était là, il se jouait de moi et ça fonctionnait parfaitement car, à ce moment précis, j'étais faible. Son regard n'avait plus cette petite flamme au fond qui animait son pouvoir, c'était lui, c'était le petit garçon que j'ai connu dans le jardin public et qui a grandi avec moi jusqu'à ce que l'on me l'enlève : il était mon Slevin.

Les larmes coulèrent un peu plus sur mes joues, réveillant des sentiments que j'avais enfouis depuis un mois. La tristesse s'empara de moi, puis laissa place à l'amour, cet amour perdu à jamais, pour lequel j'avais tant souffert pendant ces deux dernières années.

- Amanda...

Il murmura mon prénom comme si il venait de se réveiller d'un long et profond sommeil puis, caressa ma joue, approchant son visage du mien, j'étais totalement incapable de contrer son geste, c'était ce que je voulais ces deux dernières années, qu'il me revienne mais, à présent que c'était le cas et je savais que je devais le repousser car il était mon ennemi, cependant j'en étais absolument incapable. Le Conseil va m'enlever mes pouvoirs, je suis déloyale, je devrais avoir honte et, pourtant, j'écoutais simplement mon cœur. Ses lèvres chaudes et douces se posèrent sur les miennes, un baiser timide mais agréable qui dura quelques secondes puis qui devint plus intense, plus passionné, je me laissai aller, comme autrefois, sans comprendre ce qui se passait. Puis, le souvenir de mes parents me revint et la colère que je dissimulais refit surface. J'essayais de le repousser mais il m'embrassa plus fort, laissant parcourir ses mains sur mon corps couvert de ma serviette. Je ne savais plus dissocier la réalité du rêve.

Si ça avait été un rêve, Peter m'aurait détestée.

Peter..., pensai-je mentalement.

Alors, sans comprendre ni comment ni pourquoi, les frissons me réapparurent et mon tatouage s'anima, je l'écartai de moi et je vis que son regard n'avait plus rien de celui que je connaissais, du moins en partie, car, au fond, je pouvais reconnaître l'âme de Slevin. La porte s'ouvrit sans que j'intervienne, alors je le regardai droit dans les yeux.

- Il est tellement plus facile de me confiner dans une petite pièce pour réussir à me neutraliser. Dans le genre lâcheté, bien essayé.

La colère passa dans ses yeux avant de disparaître.

Je retrouvai ma respiration quand le carillon de la porte sonna. Je savais que ce n'était pas lui mais je sursautais tout de même, surprise.

- Tu n'es pas encore prête ? Me demanda Emilie.

- J'ai plus qu'à m'habiller et me brosser les dents.

- Tu as pleuré, tes yeux sont tout gonflés et rouges.

- Petit coup de blues mais ça va aller.

- L'approche de Noël te fait toujours cet effet.

Si elle savait, elle changerait de suite d'avis.

Nous arrivâmes au lycée et, sur le trajet, elle n'avait cessé de me parler de Michael et Shannon, si bien que je dus la forcer à changer de sujet. Je ne me remettais pas de la scène de ce matin et, surtout, je ne pouvais en parler à personne, enfin à part à Peter mais...

Il était là, assis avec Michael et Shannon à l'une des tables à côté du réfectoire. Michael avait réussi à arrêter de fumer à partir du moment où sa petite chérie avait accepté leur relation mais sans nicotine et ça lui réussissait plutôt bien car il avait arrêté complètement, contrairement à notre Emilie qui, désormais, fumait pour deux.

La journée était passée assez vite et je n'eus pas le temps de penser à ce matin mais j'avais évité Peter toute la journée et je savais qu'il me questionnerait sur la raison de mon geste, seulement je ne saurais quoi y répondre. Je n'avais vraiment pas envie d'aller en sport mais nous n'avions pas le choix, heureusement après c'était le week-end et je pourrais, je l'espérais me reposer à nouveau. Je fus stoppée par mes pensées lorsque Peter pointa le bout de son nez devant moi avec un regard interrogateur.

- Tu m'évites ?

- Non, enfin, disons que je suis encore fatiguée d'hier et complètement à la ramasse.

- Oh, tu devrais peut-être sécher le cours de sport et rentrer te reposer.

- Non ! Répondis-je précipitamment.

Alors nos tatouages s'animèrent et je sus à la seconde où ça se produisit qu'il comprit que quelque chose s'était passé, que ça n'allait pas. Fichu tatouage, impossible de garder certaines choses pour soit ; qui plus est, je n'avais vraiment pas envie d'en parler là maintenant et ici surtout.

Il s'approcha de moi sans que je m'en rende compte, encore un tour de magie à la Defender et plongea son regard dans le mien. Cette fois, leur couleur était plus sombre, comme s'il doutait, puis un élève me percuta, il n'avait pas fait exprès, mais dans la foulée, je vins me cogner à Peter et, là, je ressentis de l'électricité me parcourir comme le jour où j'ai compris pour la mort de Slevin. Lorsque cette sensation s'arrêta, je pris conscience qu'il venait de vivre la scène de ce matin dans ma salle de bain, je n'osais pas affronter son regard et, pourtant, je lui devais parce que je venais de lui mentir alors que lui, avait toujours été honnête avec moi. Mon cœur battait la chamade et mon regard fixait sur le sol, je ne savais quoi faire, par respect pour lui, je n'avais pas le choix, alors je me décidai et pris mon courage à deux mains.

La couleur de ses yeux se fit plus sombre, plus terne, je pensais y voir de la colère mais, au lieu de cela, je n'y vis que de la tristesse et une immense déception. Mon cœur se brisa en mille morceaux, il ne dit pas un mot et s'éloigna de moi en reculant, puis, il me tourna le dos et disparut de mon champ de vision. J'avais l'impression d'étouffer comme si ma gorge gonflait pour m'empêcher de respirer. Je courus dehors pour respirer, mais je n'y arrivais toujours pas, mes amis avaient couru jusqu'à moi, se demandant ce qui se passait. Je ne voulais pas appeler l'air car, pour le coup, je ne méritais pas mes pouvoirs et puis, ça aurait été trop facile, n'oublions pas qu'ils sont là pour m'aider lors d'un combat, et sûrement pas pour répondre à mes envies personnelles.

- Va chercher Peter, dit Michael à Emilie.

- Non ! Parvins-je à murmurer. Il... il est fâché, laissez-le.

Alors, je sentis une brise venant à moi et, en quelques secondes, je retrouvai le cours normal de ma respiration. Levant les yeux, je vis au loin Maya qui disparut aussitôt.

- Ca va mieux ?

- Je crois.

- Vous êtes disputés ?

- Oui, mais s'il vous plaît, je veux plus y penser.

- Pas de soucis ma belle, allons en sport, ça te fera du bien. A mon avis, il sèchera le cours, me dit Michael qui avait sans doute raison.

Pendant la douche après le cours, je m'étais laissée aller à ce poids que j'avais sur le cœur et qui avait provoqué ce long flot de larmes car je savais, qu'avec le bruit qu'il y avait, on ne m'entendrait pas, c'était sans compter sur ma meilleure amie qui me connaissait par cœur.

- Je ne sais pas ce qu'il s'est passé et je ne veux pas le savoir, mais vous tenez fortement l'un à l'autre, plus que ce que vous voulez vous l'avouer.

- Emy...

- Non, Amanda, tu la fermes.

Je restai bouche bée.

- Il est grand temps que tu ailles de l'avant. Et tu le mérites, Peter et toi, ouvrez les yeux bon sang. Je t'aime mais je déteste te voir souffrir. Prenez le temps que vous voulez mais gâchez pas votre relation en vous disputant pour des broutilles.

Elle se dirigea en direction de la sortie.

- Emy ?

- Oui.

- Moi aussi, je t'aime.

- Je t'attends dans le couloir.

Une fois habillée, je rejoignis ma copine qui m'attendait avec nos deux tourtereaux. Sur le parking du lycée, je leur souhaitais un bon week-end car je savais qu'Emilie allait rejoindre ses parents dans leur chalet au bord de la mer et que les deux amoureux avaient décidé de passer un week-end rien que tous les deux.

Je marchais en essayant de ne penser à rien puis, je pris la route du lac où je m'assis sur un banc restant à contempler l'eau et les reflets du soleil qui s'y posaient. Mon tatouage s'anima et, intérieurement, je fus soulagée de savoir que Peter était là, à côté de moi, puis l'odeur que je sentis ne fut plus la sienne, elle était beaucoup plus sucrée, plus légère, alors je tournais ma tête sur le côté et je vis Maya. Je n'aimais pas le regard qu'elle avait. Ce n'était pas un regard de reproche mais un regard qui voulait dire : Amanda je n'ai pas le droit de te le dire mais j'ai peur et il y a que toi qui puisse faire quelque chose. Je n'aimais définitivement pas ce regard.

- Qu'est-ce qu'il se passe Maya ? Oh et merci pour tout à l'heure.

- C'est rien.

- Alors ?

- Je... Je suis là pour te retenir.

- Me retenir de quoi ?

- Il va m'en vouloir !

- Maya, je me fiche que Peter t'ai donné des ordres. Dis-moi ce qui se passe !

- Il ne veut pas que tu ailles au manoir.

- Pourquoi ?

- Je n'ai pas le droit de te le dire. Je n'aurai pas dû venir, je trahis mon frère en le faisant.

- Maya !

Mais elle ne trahirait jamais son frère, je le savais.

Elle essaya de m'en empêcher mais je réussis à la repousser, laissant mon sac par terre, je courus de toutes mes forces jusqu'au manoir, ce qui me prit à peine dix minutes mais celles-ci me semblèrent durer une éternité. Une fois arrivée devant la porte, je me précipitai pour l'ouvrir, ce fut sans compter sur mon ex-petit-ami.

- Tu n'es pas la bienvenue.

Et il avait raison, la porte de s'ouvrit pas, pire je fus repoussée par une force invisible. Quelque chose se tramait à l'intérieur et je n'avais pas le droit d'y participer, pourtant il le fallait, je devais empêcher Peter de faire une bêtise. Je me retournai alors sur la seule personne présente, sur laquelle j'allais pouvoir me défouler.

- Deux fois en une journée, tu me donnes trop d'honneur.

- Plus que lui visiblement.

- Et d'abord, que fous-tu ici ?

- Je me promène.

Il me répondit avec ce sourire narquois que je détestais, que j'avais toujours détesté. Au collège, il l'avait employé quand il avait manigancé quelque chose pour que Tyler Anbrow ne veuille pas venir avec moi chercher les bonbons à Halloween - c'était quand Slevin et moi nous étions disputés - cela m'avait mise dans une colère noire. Je connaissais ce sourire, c'était exactement le même, il avait donc un rapport avec ce que Peter était en train de faire à l'intérieur.

- Qu'est-ce que tu as fait encore ?

- Moi ? Rien, il l'a fait tout seul !

- Explique.

- Pourquoi ?

Alors, je sentis une forte chaleur envahir mon corps, la colère que je ressentais était immense et je n'étais pas du tout sûre de pouvoir la contrôler, je compris que l'élément du feu se réveillait, alors que je ne l'avais pas du tout appelé, puis sans que j'ordonne quoi que ce soit le cuir de Slevin prit en feu. A mon tour d'avoir un sourire narquois.

- Forte. Très forte ma douce. Il t'a bien entraînée, mais je suis le futur Maître des Enfers, crois-tu vraiment que cela m'impressionne ?

Il s'était rapproché de moi, aussi vite qu'il l'avait fait le matin même dans ma salle de bain, je pouvais de nouveau sentir son souffle.

- Peut-être pas mais ça, ça te calmera un peu.

Je lui mis un coup de genou dans l'entrejambe, si bien qu'il en cria de douleur et m'envoya valser par les airs contre la porte d'entrée.

POV Peter

- Elle est ici Peter. Slevin est avec elle, elle se bat, du moins, elle lutte.

- Je ne laisserai pas tomber, je la protègerai jusqu'au bout.

- Es-tu sûr de ton choix ?

- Oui Père, je le suis.

Mon tatouage me démangeait, je voulais aller l'aider mais je ne le pouvais pas. Cette fois, c'était son combat, moi, j'avais actuellement le mien à faire.

La porte ne céda pas pour autant. Je le vis se relever avec beaucoup de mal, de mon côté, je fis le tour de la propriété mais tout était fermé, comme si la maison refusait que j'y entre, c'était vraiment bizarre

- Peteeeeeeeeeeeeeeeeer ! Peteeeeeeeeeeeeeeer !

Aucune réponse

- Laisse tomber ma douce, aucune chance, il a choisi.

- Choisi quoi ? Mon cœur s'affola.

- Vois-tu, ma mission est de te tuer, oh pas là maintenant, mais prochainement. Je le sais, tu le sais et ton cher Peter le sais, alors je lui ai proposé un marché.

- Quel marché ?

- Te sauver. Tu n'es pas sans savoir que l'Elue doit être tuée par le Maître des Enfers, or, si pas d'Elue pas de meurtre et nous savons qu'une Elue ne peut évoluer sans protecteur. Un seul et unique protecteur pour une Elue.

- Bordel Slevin, tu vas me dire ce que tu as fait.

- Patience ma douce, tout vient à point à qui sait attendre.

Une deuxième flamme plus violente enflamma son cuir, cette fois aucun sourire, seulement de la grosse colère et une grande impatience.

- Tu es ce qui compte le plus aux yeux de Peter, en dehors de sa famille de bonhommes bizarres, quoique la sœur est plutôt bandante, bref, tu n'imagines pas tout ce dont à quoi il est prêt pour te sauver.

- Qu'est-ce que tu as fait ?

Je commençais vraiment à avoir peur que Peter fasse quelque chose d'irréversible. Je ne le méritais pas, surtout pas après toutes ces cachotteries. Ma colère commença à laisser sa place au désarroi le plus total, je ne savais pas du tout ce que je devais faire ; je pensais voir Maya apparaître plus tôt que cela mais je ne la vis nulle part, j'étais seule contre lui. Décidément, ce n'est vraiment pas ma journée.

- Tu tiens vraiment à lui n'est-ce pas ? J'ai pu sentir son odeur sur toi ce matin, vous n'avez vraiment pas négligé les heures d'entraînement, me dit-il ironique, pourtant, je sentis un soupçon de déception dans sa voix. Lui aussi tient beaucoup à toi, sinon il ne serait pas en train de faire ce qu'il fait actuellement.

- Et toi ? Me mis-je à crier. Tu n'étais pas censé tenir à moi, même présumé mort ? Tu m'as trahie, abandonnée, presque violée ce matin et, là, encore, tu recommences à me faire du mal. Et tu prétends m'aimer. C'est pas de l'amour Slevin, c'est du pur égoïsme, de l'orgueil, du narcissisme. Tu te donnes plus d'importance que tu n'en as. La différence entre vous deux, c'est que lui, il est encore humain, même si ce n'est qu'à moitié.

- Oh mais je t'aime. Pourquoi crois-tu que je lui ai donné sa seule et unique chance de te sauver ? Humain à moitié tu disais ? Plus pour très longtemps, crois-moi, ton cher petit protecteur va devenir un simple petit mortel sans pouvoir pour te sauver.

J'en eus le souffle coupé. Peter, pour me sauver, avait accepté le marché d'un de ses ennemis et allait donc sacrifier sa vie. Quant à Slevin, il avait fait cette proposition pour ne pas avoir à me tuer. Mais je ne voulais pas qu'on se sacrifie pour moi, on m'a choisie pour me battre, pas pour être une lâche qui, à la moindre épreuve, s'enfuit en courant sans regarder en arrière. Il était hors de question que Peter fasse ce sacrifice, qu'il perde ce qu'il a toujours été et qu'il ne puisse plus jamais être auprès des siens. Je ne pouvais l'accepter, je me devais de faire quelque chose.

Je t'en supplie le vent aide-moi...

- Si tu y vas, Amanda, tu me perdras à jamais, il en sera fini de nous deux.

- Je t'ai perdu le jour où tu as assassiné de sang froid mes parents.

Alors je sentis, une brise fraîche effleurer ma peau puis, une odeur inconnue vint à mes narines, enfin pas si inconnu, il suffisait de creuser dans un jardin pour la sentir. La terre était venue à moi, j'avais réussi à appeler je ne sais comment cet élément. Sans réfléchir, je me mis à prononcer ce dont j'avais envie.

Ouvrez-moi la porte, transporte-moi à l'intérieur. Vent repousse Slevin au plus loin.

Les éléments s'exécutèrent. Slevin se retrouva à l'autre bout de la rue. Quant à moi, je me trouvai enfin à l'intérieur du manoir et je savais exactement, dans quelle pièce, je me devais d'aller. Je savais que la colère de mon ennemi n'en serait que plus grande car j'étais en train de mettre en l'air un de ses plans, mais il était hors de question que je sois responsable de tout cela. Peter aime ce qu'il est et si vous aviez passé autant de temps que moi avec lui, vous devineriez sans mal que c'est en lui. Je me relevai, remise de ce coup de fouet et de ma surprise d'avoir réussi à entrer en contact avec le seul élément qui, jusque-là, m'avait fait faux bon, j'étais vraiment fière de moi sur ce coup là.

Je gravis les escaliers difficilement, je sentais une force agir contre moi et je n'eus point de mal à savoir de qui elle émanait ayant dû m'entraîner des dizaines de fois depuis deux mois avec. Peter ne voulait pas que j'intervienne dans ce qu'il était en train de faire mais je suis plus têtue qu'il n'y parait et, surtout, pas d'accord avec ce qu'il était en train de faire. Je réussis tout de même à monter jusqu'en haut, non sans difficulté, puis, je commençai à me diriger vers la bibliothèque, quand une force me repoussa. Normalement, cette pièce se protège contre ses ennemis et, là, elle se protégeait de moi, il n'y a pas à dire, Peter ne voulait vraiment pas de moi là. Il me détestait de lui avoir menti et il ne voulait pas que je l'empêche de se sacrifier, mais je n'avais pas dit mon dernier mot. Sans que je prononce la moindre parole, le vent déposa son souffle glacial sur ma peau et se projeta contre la porte qu'il ouvrit sans demander son reste, avant de m'y jeter et de refermer le battant juste derrière moi. Je le remerciai par la pensée mais, désormais, paniquée de ce que j'allais devoir affronter : Peter. Du moins en partie Peter, car pour la toute première fois, j'allais me retrouver face aux membres du Conseil que je n'avais pas vu une seule fois depuis que je savais ce que je suis.

Je m'avançais en direction de cette porte magique, je ne sentais plus rien me retenir, néanmoins, Peter était là derrière car son tatouage ainsi que le mien étaient animés sur les murs de la pièce. Je mis quelques secondes à hésiter avant de faire un pas devant l'autre et de passer ce portail invisible pour me retrouver de l'autre côté. Je me retournai et je ne vis qu'un simple mur de couleur bleu nuit derrière moi, pas une seule trace de la bibliothèque ou du manoir de Peter.

L'endroit était sombre, cependant quelques petites lumières au sol, telles des étoiles éclairaient le chemin que je devais prendre, je pense. Je m'avançai pour me retrouver dans un endroit immense, je ne saurais vous dire la superficie exacte mais suffisamment importante pour y vivre comme sur la Terre. Je sentis un regard se poser vers moi, ne sachant comment réagir, je me retournais et me retrouvais face à Maya.

- Bienvenue chez nous.

- C'est immense et à la fois magique.

- Merci. Peter...

- Maya, tu es venue au parc pour que je fasse quelque chose et c'est que je vais faire, je vais mettre tout en œuvre pour qu'il ne mette pas à exécution ce sacrifice.

- Ce n'est pas contre lui que tu vas devoir... te battre.

- Me battre ?

- Verbalement, je veux dire. C'est mon père qu'il va te falloir convaincre, Peter a déjà fait sa requête, le processus est en route.

- Où ? Ca se passe où ?

- Ils savent que je t'ai contactée mais pas que tu viens. L'effet de surprise est un bon point, mais un défi par rapport à tes "employeurs", si tu vois ce que je veux dire.

- Oui je vois. J'ai déjà perdu une personne à laquelle je tenais, il est hors de question que ca arrive une deuxième fois.

- C'est par là.

Elle m'indiqua alors d'aller tout droit et me suivit jusqu'au bout du couloir avant de tourner pour les rejoindre, voulant préserver l'effet de surprise.

La pièce dans laquelle j'arrivai était moyennement grande, composée de plusieurs hauts fauteuils, j'en déduisis que je me trouvais dans la salle du Conseil. Je vis Peter se tenir debout au fond de la salle, Maya de nouveau à ses côtés, puis autour d'eux plusieurs membres habillés d'un haut de couleur blanc cassé avec un "D" sur leur torse, je compris qu'il s'agissait des différents membres du Conseil. Puis, je vis un homme, plus imposant que les autres, les cheveux quelque peu grisonnants avec une veste par dessus son tee-shirt, faisant ressortir le "D" qui se trouvait aussi sur son torse. Je le vis me tourner le dos et se remettre face à son fils.

Il était temps que j'y aille mais, je ne sais pourquoi, je me doutais qu'ils attendaient mon arrivée, après tout Peter avait essayé de me bloquer depuis le début. Je fis un pas en avant quand...

- Il n'y a pas à dire, Amanda, vous êtes bornés.

C'était la voix de son père, car aucun d'entre eux n'avaient bougé leurs lèvres. Je m'avançai donc en direction du centre de la pièce, de façon à arriver à sa hauteur, je ne jetai aucun coup d'oeil à Peter, pour ne pas perdre le fil de mes idées. Et puis, je savais qu'affronter son regard me ferait le même effet qu'au lycée, alors, autant éviter pour le moment.

Je pris mon courage à deux mains et ouvris la bouche pour parler.

- Arrêtez tout ! Dis-je d'une voix assez haute, de façon à ce que tout le monde m'entende.

Son père fut surpris que j'ose lever la voix de la sorte car il me regarda étonné.

- Amanda, il me semble ne pas vous avoir invitée. Peter non plus d'ailleurs, sinon il n'aurait pas utilisé certains de ses pouvoirs pour vous empêchez d'arriver jusqu'ici. Et, pourtant, vous êtes là, à hausser la voix devant des personnes plus puissantes que vous.

- Mon entêtement a eu raison de moi.

- Ne me manquez pas de respect jeune fille.

Je regardais les autres membres du Conseil, ils s'étaient tous rassis sur leur haut et grand fauteuil.

- Je ne vous manque pas de respect, je suis simplement honnête. Qui plus est, je n'y peux rien si les éléments étaient avec moi aujourd'hui, surtout la terre.

Je savais que cela avait provoqué une réaction chez mon protecteur car je sentis mon tatouage s'animer de plus en plus fort jusqu'à me démanger.

- Etonnant, il me semblait pourtant que vous n'y arriviez pas.

- Je ne l'explique pas mais elle était là. Votre protection, par conséquent, ne fut pas assez forte.

- Oh, mais la prochaine, elle le sera !

- Ecoutez Monsieur... le père de Peter, je ne veux pas être impolie mais n'écoutez pas votre fils. Ne faites pas ce qu'il vous demande, il a perdu la tête.

- Amanda, tu n'as rien à faire ici, retourne chez toi ou avec...

Peter ne finit pas sa phrase, comme si les mots lui faisaient trop mal, lui brûlant la gorge.

Cette fois, je décidais de l'affronter.

- Peter, regarde-moi. Regarde-moi ! Répétai-je en criant pour qu'il relève la tête dans ma direction. Tu ne peux pas faire ça. Ce choix, c'est pas possible !

- C'est la seule façon de te sauver, de te protéger.

- Me sauver ? Je croyais que ça faisait partie de mon statut d'Elue d'être menacée, blessée, tuée. Et que ton rôle à toi, c'être à mes côtés, pour m'aider à rester en vie, au lieu de ça, tu baisses les bras, tu m'abandonnes. Comme lui il y a quelques années, dis-je tout bas en repensant à la mort de mes parents.

Mais il dut entendre cette dernière phrase, car une larme coulait sur sa joue touchant le sol, immédiatement, je sentis l'humidité dans l'air remonter jusqu'à mes narines, rafraîchissant ma peau, mon tatouage quant à lui était en train de s'animer de plus en plus fort, alors, je ne perdis pas espoir car cela prouvait que, malgré ce qu'il voulait faire, ce que j'avais fait, nous étions encore liés. Peter me toisa, puis se rapprocha de moi, au début de quelques mètres, suffisamment pour laisser une distante raisonnable entre nous, puis, il se rapprocha un peu plus, rendant la connexion plus intense, plus forte, presque insupportable tellement elle raisonnait dans mon corps.

Son père n'essaya même pas d'intervenir, il resta à sa place nous regardant.

- Je ne veux pas qu'il t'arrive quoi que ce soit.

- Il te teste en te menaçant.

- Non, il te force à choisir.

Son pouce vint alors essuyer une larme qui coulait de ma joue cette fois. La réalité était là devant moi, je ne voulais pas y faire face et, pourtant, Peter avait raison, Slevin me forçait à faire un choix.

Je sentais les éléments qui voulaient répondre à notre appel, mais, indépendamment de l'autre, nous les ignorions.

- Amanda...

Sa voix se brisa malgré le ton neutre qu'il voulait lui donner à sa voix.

Comment, en presque trois mois de temps, avions-nous pu autant nous attacher l'un à l'autre ? Certes, un lien exceptionnel nous liait suite à notre mission mais est-ce que cela pouvait à ce point jouer un rôle dans notre relation, ou est-ce, simplement, parce que nous sommes sur les mêmes longueurs d'ondes. J'aimais énormément mes amis, mais la relation que j'avais avec Peter, depuis le début, n'avait rien à voir avec tout ce que j'avais vécu jusqu'ici. Cela me déroutait autant que ça me plaisait. Pourtant, j'étais totalement perdue.

- Je ne peux pas lutter contre lui.

Cette fois, sa voix resta neutre mais ma gorge se noua, cela sonnait comme un au revoir, un adieu implicite, il baissa de nouveau son regard, comme si il ne souhaitait pas affronter le mien.

L'humidité se dissipa, mon tatouage cessa de s'animer alors qu'il était encore à quelques centimètres de mon corps, il avait rompu la connexion. Un nœud se créa dans ma poitrine, la douleur me fit mal mais je décidais de résister, d'être forte car si j'abandonnais, si je le laissais tomber, alors Slevin gagnerait et il en était hors de question. Sans le moindre regard, Peter me tourna le dos comme il l'aurait fait avec une étrangère et s'éloigna de moi pour retrouver sa place aux côtés de sa sœur. Mon regard croisa celui de cette dernière et je sus qu'elle pouvait lire dans le mien. Alors, mes neurones ne firent qu'un tour dans mon cerveau, je savais exactement ce que je devais faire, même son regard vide d'expression ne m'arrêta pas dans mon idée.

- Je renonce à mes pouvoirs !

J'entendis des voix d'étonnement s'élever ; pas seulement celles des membres du Conseil, mais de tout leur Royaume. Alors, je vis Maya se détacher un peu de son frère, comme si elle voulait passer à l'action, sauf qu'elle ne pouvait rien faire, pas même emmener son frère, cela serait un défi face à leur père, il lui était interdit de défier un membre du Conseil, surtout lorsque le Maître de ce royaume est votre paternel.

Cette fois, j'avais touché en plein dans le mille, je sentis le regard de Peter sur moi mais je ne le regardai pas, je décidai de l'ignorer, non pas par fierté, mais parce que je savais que celui-ci me distrairait de mon objectif.

- Impossible ! Tu ne le peux, jeune fille !

- Vraiment ? Pourtant, si je ne veux pas des éléments, il me suffit de les ignorer et cela fait partie de mes pouvoirs. Donc, il me suffit de faire pareil avec la totalité de mes capacités, ainsi je ne pourrais plus tuer de Destroyer, ni les combattre, ce qui veut dire que je ne serais plus en danger de mort en ayant le statut d'Elue. Ainsi, vous pouvez garder votre fils, plutôt que de le perdre par un sacrifice que je peux faire moi-même.

- Pour Peter ? Me demanda son père incrédule.

- Pour faire échouer le plan de Slevin. Car, connaissant sa fourberie de gamin, ce plan ne peut venir que de lui uniquement, je doute qu'Oraïa soit au courant. Se savoir futur Maître des Enfers peut donner la grosse tête. Peter est votre meilleur protecteur, de tout votre peuple, c'est une chose que vous ne pouvez ignorer, monsieur. C'est pour cela que vous l'avez envoyé me trouver et me former, à cause de mes capacités plus puissantes que celles des Elues précédentes. Si vous écoutez Slevin, vous perdrez un soldat puissant mais, surtout, vous perdrez votre fils. Etes-vous prêt à le voir mourir dans quelques décennies sans rien pouvoir faire ? Car vous le savez tout aussi bien que moi, ce sacrifice sera sans retour possible.

Je n'avais même pas pris le temps de respirer entre chaque phrase.

- Ceci est mon problème, pas le tien.

- C'est d'un égoïsme. Vous pourrez toujours le voir, le surveiller du haut de votre fauteuil, mais lui, sans le savoir, il aura perdu une partie de ce qu'il est.

Je lus de la surprise dans ses yeux.

- Ne me dites pas que vous pensiez que Slevin lui laissera ses souvenirs de Defenders ?

Je savais que j'avais touché en plein dans le mille, car il regarda son fils d'un regard désorienté et peiné qu'il lui ait caché cette information. Je marquais donc un point...

- Il a fait son choix, je dois le respecter. Telle est notre loi.

... Enfin presque.

- Il n'a pas choisi, on le lui a imposé.

- J'ai choisi, Amanda.

"Oh la ferme, Peter."

J'ignorai son intervention volontairement, excepté mentalement. C'était peut-être égoïste de ma part, mais je n'étais pas prête à le perdre, il ne méritait pas non plus de perdre sa famille. Et je devais me l'avouer, je ne voulais pas perdre cette relation que nous avions construite. Pourquoi ? Je ne sais pas mais c'est ce que mon cœur me disait et, cette fois, je voulais l'écouter.

- Tu es d'une arrogance et d'une insolence...

- Une humaine, fit un des membres.

- Tu es l'Elue depuis à peine trois mois, tu es forte, je te l'accorde mais pas assez pour te mesurer à moi ! Il y a des règles chez nous, que, contrairement à ton peuple, nous appliquons à la lettre.

- Je ne remets pas en cause votre fonctionnement, seulement votre jugement.

Sa colère retomba mais son regard n'en resta pas moins furieux.

- Ne me l'enlevez pas, s'il vous plaît.

La douceur d'un petit garçon passa dans ses yeux et sa voix redevint plus douce.

- Il sera avec toi, humain.

- Et fragile, sans le moindre souvenir de qui je suis, de ce qu'il a été, de ce que nous avons partagé, de qui vous êtes...

- Il sera ce que beaucoup ici rêve de devenir !

- Mais ce ne sera plus Peter, dis-je d'une voix tremblante.

J'avais toute leur attention, la sienne aussi, je le sentis à mon tatouage qui recommençait à s'animer. Une lueur d'espoir m'envahit alors, me redonnant du courage.

- Votre fils, est-ce qu'il est grâce à son côté humain et je ne peux pas le nier, c'est une magnifique personne mais sa moitié magique le complète, c'est toute sa force. Tout le contraire de moi !

- Explique.

- Il est... ma force. Cette confiance que j'ai en moi, c'est grâce à lui, le courage, l'envie d'apprendre, réussir à appeler les éléments aussi, c'est lui qui m'a donné foi en ce que je suis devenue. Si vous me l'enlevez, je n'ai plus rien.

- Tu as tes amis...

- Mes amis ? Ils n'ont même pas le droit de savoir ce que je suis, je ne peux même pas me confier à eux.

- Tu préfères sauver ton protecteur plutôt que de te sauver la vie et de te débarrasser de Slevin ?

- Non, je préfère sauver mon ami plutôt que de donner raison à mon ennemi et Slevin n'est plus mon petit-ami. Vous savez pourquoi il fait ça ? Il a peur. Je ne vais pas le nier, il est toujours quelque part dans mon cœur mais, jamais, je ne pourrai oublier ce qu'il a fait. Il a peur parce que ce lien que j'ai avec Peter est fort, pas seulement au niveau magique mais humainement aussi. Vous pouvez le rendre humain, effacer sa mémoire, mais jamais il ne m'oubliera car quand il s'agit de moi, votre fils ne pense pas avec son cerveau mais avec son cœur. Et ça, c'est un organe où le bouton "reset" n'existe pas.

- Le problème est là. Votre lien ne devrait pas être. Un protecteur et son Elue ne devrait pas être autant liés. C'est votre faiblesse.

- C'est notre force. On se complète. Vous acceptez cette requête parce que vous avez peur ? Je vous demande juste de croire en nous. Il... il est la plus belle chose qui me soit arrivée ces dernières années, si vous me l'enlevez, je n'ai plus rien. Je ne peux pas me confier à mes amis et encore moins à ma famille. Il est mon ami, mon confident, mon protecteur. Je vous en supplie...

Ils me regardèrent tous sans dénier dire un seul mot ; l'atmosphère était lourde. Alors, je décidais de tenter le tout pour le tout.

- Depuis quand faiblissez-vous devant votre ennemi ?

Le père se fit glacial puis plus chaleureux, il me répondit alors sur un ton neutre après avoir regardé brièvement son fils.

- Depuis que le fils du Maître de ce royaume s'est attaché à sa protégée au point de donner sa vie.

Alors mon regard se posa sur Peter qui ne baissa pas les yeux. A présent, je comprenais mieux certaines de ses réactions ainsi que les miennes, nous étions liés mais aussi très attachés l'un à l'autre, sûrement à cause de notre mission.

- Peter, Amanda vient de démontrer son attachement mais, surtout, qu'elle aussi est prête à sacrifier ses pouvoirs pour toi. Nous sommes face à dilemme.

- Père...

- Je n'ai pas fini, fils.

- Nous ne pouvons reculer devant ta demande, en temps normal, mais la relation que vous avez, ce lien exceptionnel, nous ne pouvons faire comme si de rien n'était. Il n'est pas sain pour un Protecteur d'être fortement attaché à son Elue, c'est même interdit dans nos lois mais j'ai bien l'impression que Amanda se fiche de nos règles... Pourtant, je l'aime bien. Aucun d'entre vous n'a osé une seulement me contredire dans mes choix ou me répondre de la sorte, et elle a su me rappeler sans le savoir ce que j'avais ressenti quand votre mère souhaitait se sacrifier pour sauver notre Royaume. Peter, elle a raison, ce serait trop facile de faire ce que Slevin souhaite...

- Ce n'est pas Slevin, c'est moi ! Il m'a fait réaliser que c'est la seule façon de la protéger.

- Faux, la seule façon, c'est de rester à mes côtés.

Il regarda son père qui n'avait cessé de le regarder, comme s'il se revoyait plus jeune. C'était bizarre comme sensation, comme si nous étions en train de tourner un vieux film en noir et blanc. Je vous jure la sensation était bizarre.

- Nous n'accorderons pas cette faveur à notre ennemi.

Je fus soulagée de ce que je venais d'entendre.

- Mais... nous vous avons à l'œil, votre relation quelle qu'elle soit ne doit pas empiéter sur ce que vous devez accomplir. Amanda, tu devras faire un choix difficile qui ne te plaira pas forcément. Ton amour pour Slevin viendra peut-être entraver ta mission, sache que, pour le moment, tu as toujours notre confiance. Fais en sorte que cela continue.

- Je ne compte pas vous décevoir.

- Peter, tu tiens particulièrement à elle, c'était déjà une évidence avant ce choix que tu as fait, désormais, cela ne peut être plus clair, cependant, tu sais fort bien, que cet attachement n'aurait jamais dû avoir lieux, sauf que, comme nous l'a si bien fait remarquer ta protégée, tu es humain en partie et comme ils le disent si bien : le cœur a ses raisons que la raison ignore. Néanmoins, je te demande tout de même d'être prudent, en dehors de ce combat physique, il a eu une place importante dans son cœur et...

- Père...

Je n'avais pas entendu la moitié de ce que son père lui dit car il avait baissé sa voix et puis, j'étais bien trop occupée à admirer le décor. J'avais l'impression que si j'allais en dehors de cette pièce, je me retrouverais à flotter dans les airs, bien sûr, ce n'est qu'une impression, et je ne pouvais pas me balader comme je le voulais, je n'étais pas de la "famille". Les plafonds étaient immenses et je voyais des tas de petits points lumineux bouger dans tout le royaume, je suppose qu'il s'agissait des différents tatouages de chacun.

- Je suis fier de toi fils, le travail que tu as accompli sur elle est superbe. Son pouvoir est plus grand qu'on ne l'imaginait. Elle a un sacré caractère mais au vu de ce qui va arriver, il vaut mieux.

- Merci.

- Partez, reprenez le cours normal de votre vie, si je peux dire. Et...

- Oui ?

- Slevin ne va pas être content d'avoir perdu cette manche.

- Je m'en doute bien.

Toujours en admiration, Peter se mit à côté de moi quelques secondes, suivant mon regard puis, d'un ton léger, prononça quelques mots.

- Nous rentrons, Amanda.

Je le suivis sans dire le moindre mot car je savais que, malgré les apparences, il y avait toujours cette tension entre nous, mais je commençais à réaliser que c'était peut-être dû au fait que je venais de faire échouer le plan de mon ex-petit-ami.

Mon cœur se serra alors dans ma poitrine, lorsque nous passâmes le portail magique de la bibliothèque.