Chapitre 8 – Par-delà le temps, par-delà le sang
Tout était devenu noir. Il n'entendait rien, ne voyait rien et ne sentait rien.
La première chose qui perturba ce silence impénétrable ce fut un air fredonné, un air qui lui était quelque peu familier. Lorsqu'il ouvrit lentement ses yeux, il ne se trouvait plus dans le bureau de son père, mais dans ce qui ressemblait à un parc.
Il était assis sur un banc, à côté d'un homme qu'il connaissait bien mais qu'il n'avait jamais vu aussi jeune. Celui-ci tourna la tête vers lui et esquissa un sourire :
- Et bien tu devais être fatigué ! Comment te sens-tu ?
Perdu, complètement perdu, mais il n'allait pas lui répondre ça. A la place, il regarda autour de lui et aperçut une femme assise dans l'herbe, avec un enfant, une petite fille qu'il lui fallut quelques instants pour reconnaître. C'était sa sœur, Elena, dans les bras de leur mère, Mary. Pourtant, Mary était morte il y a près de vingt ans de cela. Elena elle-même avait son âge alors pourquoi lui apparaissait-elle aussi jeune ?
- Comme si un hippogriffe m'avait piétiné mais ça ira. Dis-moi plutôt où on est et comment se fait-il que j'aie l'impression d'avoir remonté le temps de plus de trente piges ?
Dans un premier temps Alan Nilson Sr se contenta d'éclater d'un rire léger et insouciant, puis il referma le livre qu'il tenait entre ses mains.
- Ne t'inquiète pas gamin, tu ne t'es pas assis sur un retourneur de temps par mégarde. D'un certain point de vue, tu es toujours au manoir, à roupiller en bavant sur mon bureau. D'un autre côté, tu es aussi « ailleurs », si tu vois ce que je veux dire, lui répondit-il en se tapotant la tempe avec l'index.
Il fallut quelques instants à Alan pour comprendre ce dont il parlait. Son corps n'avait pas bougé, c'était son esprit qui avait voyagé, probablement à l'intérieur d'un artefact qu'il commençait à bien connaître même s'il n'en maîtrisait visiblement pas tous les secrets : la dague des Nilson.
- Al ?
- D'un certain point de vue oui. Je suis aussi Alan Nilson… tu connais le principe de la dague, mais tu ne croyais tout de même pas qu'on passait notre temps à dormir n'est-ce pas ?
- Tu veux dire que c'est un peu ton … « paysage intérieur », en quelque sorte ?
- Exactement. Ce que tu devrais te demander, c'est pourquoi tu es ici.
- J'imagine que tu vas me le dire.
Cette fois-ci, l'avatar de son père ne rit pas mais son sourire voulait tout dire : ça ne serait pas aussi simple que cela. Il aurait dû s'en douter, mais avec un peu de chance il glanerait auprès de lui quelques indices.
- D'accord j'ai compris. Est-ce que j'ai au moins le droit à l'une de tes énigmes alambiquées ?
- Sans le savoir, tu as enclenché un processus qui demande beaucoup d'énergie, tellement d'énergie que tu en serais tout simplement mort sans la dague. En l'état, tu n'es pas mort, mais la réussite de ce processus dépendra de l'énergie magique que la dague te confèrera. Crois-bien que si je le pouvais, je te donnerais tout ce dont tu as besoin, mais à ce niveau-là, ça ne dépend pas que de moi. Il te faudra l'aide de tous les esprits qui résident dans la dague. C'est assez « alambiqué » pour toi ou est-ce que tu as besoin d'un dessin ?
C'était grave, très grave. L'une des premières choses que l'empreinte de l'esprit de son père lui avait dites, au sujet de la dague, c'était qu'il ne pourrait que graduellement les rencontrer et qu'il ne fallait pas s'attendre à ce qu'ils soient tous de son côté. S'il devait tous les rencontrer maintenant, le péril devait être grand et la réussite pas du tout assurée. Que n'aurait-il pas donné pour une épreuve simple, de temps en temps, juste pour se rappeler ce que c'était de ne pas mettre une fois de plus sa vie en danger, au risque de s'attirer l'ire de sa femme adorée ?
- C'est plutôt clair, mais à défaut de savoir exactement comment m'en sortir, est-ce que tu pourrais me parler au moins de ce « processus » ?
Son attention fut retenue par un éclat de rire d'enfant, et son regard se fixa sur la petite Elena, en train de jouer innocemment avec Mary. Un claquement de doigts d'Alan ramena son attention vers lui.
- Ne te laisse pas distraire. C'est tentant, je sais, mais si tu te laisses trop aller, tu oublieras pourquoi tu es ici et tu y resteras enfermé à jamais.
Cette seule pensée lui glaça le sang. Le danger était réel, son père venait de le lui rappeler.
- Je comprends. Que dois-je faire ?
- Ne te préoccupe pas du processus pour le moment. Tout ce sur quoi tu dois te concentrer, c'est le chemin qui t'attend auprès des matriarches et des patriarches qui t'attendent. En même temps que tu vas les rencontrer, tu vas aussi découvrir leurs époques, qui te seront parfois hostiles. Quoiqu'il advienne, n'oublie jamais ce que je t'ai dit : ce n'est pas ton époque, ce n'est pas ton combat. Tout ce qui compte, c'est de retourner auprès des tiens. Edith, Selena, Ethel, Antares, Altaïr, Elena, Duncan, Benedict, Margareth, Gilbert… tous t'attendent et crois-moi, tu n'as pas envie que ta femme ou tes enfants viennent te sortir d'ici par la peau des fesses !
Tout en ne quittant pas son interlocuteur des yeux, il se remémora les visages de sa femme, de ses enfants, de ses meilleurs amis et de ses neveux et nièces. Il fit son possible pour les imprimer profondément dans sa mémoire et acquiesça solennellement à son père.
Lorsque son père posa sa main sur son épaule, il la sentit et il ne put s'empêcher d'être tenté, l'espace d'un instant, qu'il pourrait rester ici avec son père et sa mère, et une petite Elena qui n'avait rien connu des horreurs qu'elle avait traversé, de là où il venait. Mais cela ne dura qu'un bref moment, au terme duquel il se ressaisit avec fermeté.
- Je ne les laisserai pas tomber.
- Je m'en doute bien. Salue ton grand-père de ma part, et dis-lui de ne pas oublier de descendre au bon endroit cette fois-ci.
Alan était sur le point de lui demandait ce qu'il entendait par là mais avant qu'il n'ait pu ouvrir la bouche, tout devint noir à nouveau.
Un bruit sourd et répétitif le sortit de sa torpeur cette fois-ci. C'était un son qu'il connaissait même s'il ne l'entendait pas couramment. Le coup de sifflet le fit même sursauter, et tomber de la banquette sur laquelle il était assis. Grommelant quant à sa propre infortune, il se remit tant bien que mal sur son siège.
- Ne vous inquiétez pas, ça m'arrive souvent aussi. Vous ne prenez pas souvent le train, j'imagine ?
Le jeune homme qui était assis dans la banquette d'en face lui était familier. Vêtu d'un uniforme à la coupe militaire, c'était indubitablement un Nilson mais il lui fallut un moment avant de le reconnaître, avec une certaine stupéfaction.
C'était son grand-père, Gilbert, après qui sa sœur avait prénommé son benjamin. Seulement, il avait au moins trente ans de moins que la première fois où il l'avait vu, sur des photographies et sur son portrait au manoir des Nilson.
- Pas souvent, je l'admets. Où sommes-nous ?
- Nous venons de partir de Calais, nous avons encore beaucoup de route devant nous ! Je m'appelle Gilbert, Gilbert Nilson. Enchanté, lui dit-il en lui tendant sa main.
- Alan, Alan Desoya. C'est un plaisir aussi. D'où êtes vous originaire, si ce n'est pas indiscret ?
- D'Angleterre, une petite ville dont je peine moi-même à prononcer le nom, mais ma famille vient d'Irlande à l'origine. Et vous ?
- De Grande-Bretagne également, dans la banlieue de Londres. Je ne saurai pas vous dire d'où mes parents sont originaires eux-mêmes, je n'ai jamais pensé à leur demander.
Ils discutèrent ainsi pendant un certain temps de leur famille respective, de la guerre, de tout et de rien mais Alan n'oubliait pas les mises-en-garde de son père concernant les distractions. C'est pourquoi il décida de jeter un pavé dans la mare :
- Je ne pense pas enfreindre la loi en vous disant que je suis sorcier, je gage que vous l'êtes aussi. Je me trompe, Gilbert ?
L'homme resta interloqué pendant un instant avant d'acquiescer.
- C'est exact, Alan. Par simple curiosité, pourriez-vous me dire ce qui m'a trahi ?
- Oh, ce n'était pas votre tenue ni votre langage si cela peut vous rassurer. Il s'agit juste d'éléments au cours de notre conversation qui m'ont interpellé.
- Je vois. Est-ce que vous rejoignez aussi le front en dépit des injonctions de notre cher ministre ?
- Quelque chose comme ça. Je suis surtout là pour vous voir. Quelqu'un m'a demandé de vous dire de ne pas oublier votre arrêt, en même temps que de transmettre ses salutations.
L'expression de Gilbert se mua en un sourire malicieux.
- Ah je comprends mieux ! Il est vrai que nous ne nous étions pas véritablement croisés auparavant, mon cher Alan. Mon fils a été sage de vous prévenir, cela facilitera le processus.
- Je ne comprends pas vraiment ce qui se passe, mais je sais que je dois rencontrer tous les autres esprits Nilson qui résident dans cette fichue dague.
- Nous sommes beaucoup, en effet mais tu n'es pas au bout de tes peines. Ma mère, que tu devras rencontrer ensuite, était une femme extraordinaire, mais elle avait aussi un sacré caractère ! Tu devrais être son type, donc je ne m'en fais pas trop, mais prends garde à ne pas passer à la casserole, ta femme l'apprécierait peu même si ce n'est qu'en esprit.
Cette seule perspective lui nouait le ventre, non seulement parce qu'il s'agissait de son arrière-grand-mère, mais aussi parce qu'il avait une femme dont la beauté et l'amour n'avaient d'égal que ses irréductibles jalousie et possessivité.
- Est-ce que tu aurais un conseil pour que j'évite justement la « casserole », justement ?
- Un seul : dis-lui que son petit ange pense bien fort à elle, et qu'il n'oublie pas de faire passer ses ennemis par le fil de son épée, comme elle le lui a enseigné.
C'était ce qu'on appelait un conseil familial pertinent, bien que dérangeant. Il eut le temps de lui serrer la main avant d'être arraché une fois de plus à un défunt membre de sa famille et à une époque qui n'était pas la sienne.
Le sol semblait trembler sous lui cette fois-ci, et en ouvrant les yeux ce n'est pas un tremblement de terre qu'il constata mais un attelage de chevaux poussés au grand galop… dans sa direction. Seuls ses réflexes d'ancien Poursuiveur et officier lui évitèrent d'être piétiné par les sabots de ces énormes chevaux. En effet, il avait rarement vu des équidés aussi grands, et surtout pas dans le monde moldu.
Le cortège s'arrêta quelques mètres plus loin et la porte s'ouvrit, suivie d'un marchepied pour laisser descendre une femme somptueusement habillée. Avec ses longs cheveux bruns et ses yeux bleu-gris, elle lui rappela sa sœur Elena mais celle-ci n'aurait jamais porté un bustier avec un décolleté aussi plongeant.
Si c'était bien la personne à qui il croyait avoir affaire, il comprenait beaucoup mieux le succès qu'elle avait eu auprès des hommes. Les matriarches Nilson avaient tendance à être aussi belles qu'elles n'étaient terrifiantes.
- Toutes mes excuses, monsieur. Mon cocher ne vous avait pas remarqué, croyez-bien que je le ferais gourmander à notre arrivée ! Souhaitez-vous que nous appelions un médecin ?
- N'ayez crainte, seule ma dignité en a été affectée. Si je puis vous demander, pourriez-vous me déposer à la prochaine gare pour que je puisse trouver une autre diligence ?
- Bien évidemment, vous êtes le bienvenu ! Montez donc.
Lorsqu'il pénétra dans la voiture, il vit un petit garçon de trois ou quatre ans déjà assis, qui lui adressa un grand sourire. La jeune femme referma la porte derrière elle et lui sourit avant de faire les présentations :
- Je suis impardonnable ! Voici Gilbert, mon fils, et je suis Victoria Nilson. A qui ai-je l'honneur ?
- Alan Desoya, pour vous servir.
- Monsieur Desoya, pourriez-vous me dire ce que vous faisiez en plein milieu de la route, si ce n'est pas indiscret ? On voit rarement des voyageurs non-accompagnés sur ces routes, elles sont dangereuses vous savez ?
- Mon cheval a malheureusement rendu l'âme à quelques lieues d'ici, ce pourquoi je cherchais la ville la plus proche à pied, avant d'avoir eu la chance de tomber sur votre équipage.
Finalement, toutes les histoires qu'il avait du raconter à ses enfants avant de dormir lui avaient donné une excellente capacité d'improvisation, qui encore aujourd'hui le sortait de situations qui auraient été autrement difficiles, sans ce talent.
- Oh mon pauvre ! Que diriez-vous de dormir chez nous une nuit ? Vous pourriez prendre une diligence le lendemain.
Son flair d'enquêteur et ses longues années d'homme marié à une femme passionnelle et passionnée lui firent vite sentir une double-proposition dans sa requête, ce pourquoi il décida de répondre prudemment :
- Je ne m'imposerai que pour le souper, si vous me le permettez. Mon épouse m'attend de bonne heure demain.
Si la déception se lisait clairement dans les yeux de Victoria, il crut y déceler aussi une certaine forme de respect. Non, il n'était pas un énième mari volage qu'elle avait dû mettre dans son lit pour une nuit avant de le jeter au petit matin.
- Je comprends tout à fait, et votre ponctualité vous honore. Ayant été mariée moi-même jadis, j'admire un homme aussi fidèle et soucieux de sa dame. La vôtre doit avoir bien de la chance.
- C'est trop me flatter, madame, mais je reconnais faire de mon mieux pour vivre en honnête homme. Mes sincères condoléances pour votre époux.
- Oh, commença-t-elle en riant, ne soyez pas désolé ! La balle qui le toucha en plein cœur, mon Edward l'avait bien méritée. C'est ce qui arrive à ceux qu'on trouve dans le lit d'une femme mariée.
Encore une fois, l'instinct d'enquêteur d'Alan lui soufflait que la veuve Nilson n'était peut-être complètement étrangère au trépas de son époux. Bien sûr, il se garda bien de le mentionner à voix haute.
- Ah, fâcheuses circonstances tout de même !
- Oh vous savez, il m'aura tout de même donné mon Gilbert, ce dont je lui suis à posteriori reconnaissante. Il a déjà payé sa faute de sa vie, je me garderai bien de la haïr après sa mort.
La discussion qui s'ensuivit fut aussi étrange qu'elle ne fut intéressante. Alan connaissait peu cette époque, mais il se laissa emporter par les histoires de l'Angleterre de jadis sous le règne de la reine du même nom. Il n'en oublia pas moins la raison de sa présence, et comme il l'avait fait avec son grand-père, il évoqua le sujet du monde sorcier dès que le petit Gilbert se fut endormi :
- Je n'ignore pas votre nature, madame Nilson, tout comme il me semble que vous n'ignorez pas non plus la mienne ni celle de votre « petit ange », qui voulait que je vous transmette ses salutations, son affection et l'assurance qu'il n'a pas oublié vos leçons dans l'art et la manière de faire passer ses ennemis par le fil de son épée.
La surprise sur le visage de la matriarche laissa vite place à un sourire attendri à l'égard de son fils endormi.
- Ah hélas, ils grandissent si vite ! J'imagine que vous êtes le jeune Alan dont j'ai entendu parler.
- C'est moi-même. Sachez que votre fils ne tarissait pas d'éloges à votre sujet. M'aiderez-vous dans ma quête, madame ?
- Vous êtes un garçon charmant, et rares sont ceux à votre place qui ne convoitent pas la place de chef de famille occupée par votre sœur. Au contraire, vous semblez la soutenir sincèrement, ce qui est tout à votre honneur. Je vous aiderai mais prenez garde : tous mes prédécesseurs ne seront pas aussi conciliants que mon fils ou moi-même. Mon père par exemple était un homme dur, même si c'est grâce à son éducation stricte que j'ai pu affronter les épreuves que la vie a mis sur mon chemin. Dites-lui de ma part que je l'en remercie, même si je ne manque jamais une occasion de pisser sur sa tombe.
Cette fois-ci, le sol tanguait sous lui, lui donnant mal au cœur. Il ne fut donc pas surpris, en ouvrant les yeux, de découvrir qu'il se trouvait sur un bateau en proie à une mer déchaînée. Mais où était-il encore tombé ? Il manqua de peu de passer par-dessus bord après une violente bourrasque, et ne fut sauvé que lorsque des bras puissants le retinrent par la taille.
- Accroche-toi mon gars ! D'où est-ce que tu sors ?
C'était à peine si Alan l'avait entendu avec le mugissement du vent alentour, mais il s'efforça de crier assez fort pour se faire entendre :
- C'est Ciaràn qui m'envoie ! Il te salue et te rappelle d'arrêter de te goinfrer aux repas de famille, si tu veux éviter que ta femme te fasse jeûner plus que de raison !
- Ah, tu dois être Alan ! J'ai entendu parler de toi, il paraît que tu as fait des enfants à une petite Black ! Elle ne te mène pas trop la vie dure, j'espère ?
- Nous sommes très heureux merci ! Je peux vous demander votre nom ?
- Oh mon bon-à-rien de fils ne te l'a pas dit ? Je suis Alastar Nilson, capitaine de ce navire et premier Nilson à s'être établi dans cette terre impie d'Angleterre ! Mais bon, il fallait bien nourrir mes mioches !
Si la tempête ne se calma pas complètement, elle leur donna assez de répit pour parler plus posément. Alastar n'était pas seulement le premier Nilson à s'être implanté en Angleterre, il était aussi le premier d'entre eux à avoir possédé la dague. Il s'avéra que celle-ci n'avait pas été forgée à leur intention, mais gagnée par le patriarche dans une partie de cartes avec un gobelin, qui l'avait amèrement regretté par la suite. Pour tout l'or du monde, Alastar ne la lui avait jamais revendue, trop conscient de la valeur et du potentiel de l'objet en question.
- T'es au bout du bout, mon gars. Avec moi, ton périple se termine !
- Vous allez m'aider ?
- Pour sûr ! Je ne vais pas laisser mon arrière-arrière-arrière je-ne-sais-pas-combien-de-fois petit-fils dans une merde noire ! Va juste falloir que tu te prépares à ce qui t'attend, gamin.
- Qu'est-ce qui m'attend, au juste ?
- Je ne vais quand même pas gâcher la surprise ! Dis-toi juste que c'est une bonne surprise, faudra juste avoir les nerfs bien accrochés. Continue d'être un bon garçon, un bon frère, un bon mari et un bon père, et tout ira bien ! Et si jamais c'est pas le cas… tu peux toujours prendre la mer !
Alan allait vraiment de surprise en surprise dans cette famille, et plus encore maintenant qu'il en avait rencontré – d'une certaine façon tout du moins – les différents chefs de famille et autres précédents porteurs de la dague. Là encore, il n'eut guère le temps d'en demander davantage que la dague le faisait de nouveau retourner au néant.
Diable que cela devenait lassant !
En ouvrant les yeux cette fois-ci, le sol ne bougeait pas et ses fesses étaient bien calées sur le siège du bureau de son père. Il était revenu à son point de départ et soulagé d'être parvenu au bout de cette longue mais enrichissante épreuve. Tout du moins, le fût-il jusqu'à ce qu'une douleur ne commence à lui vriller le crâne. Dans le même temps, il eut l'impression que toute son énergie venait de lui être siphonnée, si bien qu'il était en proie à un état d'épuisement qu'il n'avait pas connu depuis seize années en tant qu'Auror. Il ne savait pas ce que la dague avait fait, ni le rôle joué par la montre à gousset mais il était encore assez alerte pour remarquer qu'elle tressautait sur le bureau.
La dague ne tarda pas à vibrer à son côté, quelque chose était visiblement en train de se passer. Avant qu'il n'ait le temps de réagir, une lumière aveuglante jaillit de la montre à gousset et il eut bientôt l'impression que deux poids écrasants lui tombaient dessus.
Autant l'achever maintenant, ça serait plus rapide !
Après avoir poussé une dernière exclamation, tout devint noir à nouveau.
Nota Bene : Comme vous l'aurez peut-être remarqué, les évènements de ce chapitre font directement référence à des scènes des chapitres 9 et 10 de la fiction-sœur de celle-ci, "Blood is Thicker than Water and Black's Blood Even More", qui concernent Alan Nilson Jr. Je passe le relai à Emrys pour vous raconter la suite de ses aventures, mais n'ayez crainte, cette fiction ne s'arrête pas là pour autant ;)
