Chapitre 8 :

Grosse semaine, grosses enquêtes… gros merdier aussi. Première fois que je me retrouvais devant le big big boss… et ça ne c'était pas très bien passé. Faut dire qu'il m'a un peu cherchée et comme d'hab' je démarre au quart de tour. Et ça au grand désespoir de Brass. En même temps y aurait fallu me prévenir que ce gars il revenait aujourd'hui de je ne sais trop ou… résultat quand il m'a foncé dedans je l'ai pas loupé.

Nan mais vous pourriez pas faire gaffe un peu ? je suis pourtant pas invisible !

Nan mais comment vous me parlé vous ? savez-vous au moins qui je suis ?

Non et je m'en contre balance ! la moindre des politesses serait de vous excuser !

Et puis quoi encore !

Et là j'ai failli lui en retourner une mais Nick a eu la bonne idée de passer à ce moment précis. Il s'est interposé entre nous.

Heaven j'ai besoin de toi… maintenant.

Nan mais attend cet abru…

Maintenant…

Il m'a fait les gros yeux en mimant de me taire. Et bon je suis pas une demeurée, j'ai bien compris que je venais de faire une big boulette, sauf que je savais pas à quel point.

Stokes ! dégagez !

Désolé mais j'ai une affaire urgente a réglée, nous sommes à deux doigts de perdre un suspect. Vous ne voudriez pas qu'un tueur soit remis en liberté à cause d'une question de politesse ?

Non… mais vous là…

Il m'a pointé du doigt…

On ne vous a pas appris la politesse quand vous étiez gamin ? On ne montre pas les gens du doigt… dingue qu'on doive refaire l'éducation de tout le monde…

Nick s'est passé une main sur le visage et l'autre est passé au rouge brique. Le superviseur des CSI m'a prise par la main et m'a embarquée jusqu'à son bureau qui était le plus proche. J'entendais encore le chauve vociférer même avec la porte fermée.

Tu viens de signer ton arrêt de mort là…

Pourquoi ça ?

Parce que le mec que tu viens d'incendier et que tu aurais frappé si je n'étais pas intervenu, c'est Conrad Ecklie.

Connais pas…

Bah lui visiblement doit déjà savoir qui tu es…

En effet, Brass rentre dans le bureau comme une furie.

Fitzgerald ! tu es complètement marteau ma pauvre fille !

Ça va ça va je pouvais pas savoir que Monsieur propre était… je ne sais toujours pas qui d'ailleurs…

C'est le patron de ce labo… et je viens de sauver tes fesses !

C'est bien aimable à toi Jim…

Je rigole pas ! Il t'a déjà à l'œil !

Ouais bah il a de la chance d'avoir encore les deux…

Ça suffit ! maintenant c'est silence et profil bas compris ?

Compris… pas la peine d'en faire un fromage…

Le capitaine est au bord de l'explosion, mieux vaut pas rester dans les parages. Je lui offre un sourire à deux balles et je sors. J'ai juste le temps d'entendre Brass soupirer « je te jure ces jeunes ! » avant de refermer la porte. Ouais bah il aurait fait gaffe l'autre ça n'aurait pas tourné au vinaigre. Bon ok je m'emporte vite mais des excuses quand on fonce dans quelqu'un c'est pas trop demandé tout de même ! Je suis toujours en train de pester quand j'arrive au labo. Sara est déjà là… on se salut vite fait avant qu'elle ne me dise :

Alors tu es déjà sur la liste noire d'Ecklie ?

Tin la vache les nouvelles vont vite ici… c'est encore plus rapide que chez UPS !

Faut dire on l'entend gueuler depuis ici et il a tout de même prononcé cinq fois ton nom en une seule phrase…

Il a rayé le disque ou quoi ?

P'tetre mais en tout cas c'est pas bon pour toi… il va te fliquer à mort là…

Je m'en fous je fais correctement mon bouleau…

Il va pas se mêler que de ça si tu vois ce que je veux dire…

Je peux te dire que s'il commence à fouiner dans ma vie privée il risque fort d'y laisser des plumes… chef de labo ou pas !

T'es toujours aussi douce ?

Toujours…

Et bah ça promet !

Et là on a éclaté de rire pour rien… faut dire que c'était assez comique de m'imaginer en train d'étriper Ecklie… mais je crois que tout le monde aurait apprécié.

C'est que sa bidonne bien ici !

Greg le retour… tout en délicatesse comme d'habitude !

J'aurais pu faire pire ma p'tit Sara…

Oui je sais… mais je m'attends au pire avec toi tu le sais bien !

Ouais… tiens au faite il m'a semblé entendre la voix mélodieuse d'Ecklie quand j'étais aux vestiaires… déjà en train de beugler a peine rentré lui.

J'en assume l'entière responsabilité.

Il m'a jeté un regard interrogateur, du coup je leur raconte a tous les deux ce qui venait de se passer.

Oula il n'a pas dû apprécier de recevoir une leçon de ta part…

J'm'en fous comme de ma première couche tu vois…

Content ou pas content moi j'm'en fichais éperdument. Gamine on m'avait forcée à me taire et à dire amen a tout, mais depuis que je m'étais rebellée à l'adolescence c'était une autre chanson… mon père en avait fait les frais le premier d'ailleurs. Avec Marty on avait été éduqués à la bourgeoise : ne pas contredire les adultes, être polie, ne pas dire de grossièretés, se tenir droit, manger en silence… Martin s'en était tenu à ce credo… pas moi. J'étais perdue dans mes pensées quand Brass est entré.

Sara, Heaven, un 428 pour vous…

428… abus sexuelles sur mineur de moins de douze ans. Je sers les dents. Quand je passe près du capitaine il me retient par le bras.

Pas de vague Fitzgerald…

J'acquiesce… mais sans conviction. Il nous faut pas longtemps pour arriver sur les lieux, surtout « avec ma conduite de tarée » dixit Sara. Nous frappons à la porte, un homme d'une quarantaine d'années nous ouvre. Torse nu, cheveux en bataille… j'ai déjà la haine contre ce mec.

Mark Lincoln ?

Oui ?

LVPD, nous avons un mandat contre vous…

J'ai le temps de dire un mot de plus qu'il se carapate en bousculant Sara au passage.

Cherche la petite je m'occupe de cet enfoiré !

Il a une bonne cinquantaine de mètres d'avance sur moi, je le prends en chasse. Saut de clôtures, passage dans des jardins… je manque à plusieurs fois de me vautrer quand je glisse sur l'herbe fraichement arrosée. Peu à peu la distance se raccourcie, je ne suis plus qu'à dix mètres de lui, cinq… quatre… trois… deux…un… Dans une ultime tentative pour m'échapper il saute par-dessus une dernière clôture, mais je le plaque dans les règles de l'art et nous finissons dans la piscine des propriétaires.

Fini de jouer !

Je le noie à moitié avant de le balancer sur le rebord de la piscine et de le menotter.

J'ai rien fait !

Ouais c'est ça…

Je le ramène chez lui et le laisse a deux agents qui sont devant la porte. Je rejoins Sara qui est dans la chambre avec la petite. Quand je la vois mon sang ne fait qu'un tour : elle est couverte de bleus, prostrée dans son lit, a demi-nue. Au sol le t-shirt de son père traine. Je sors dans le couloir, la colère s'insinue en moi comme un poison. Et c'est pire quand Sara me rejoint.

J'ai trouvé ça…

Elle me montre un sachet ou des photos de la petites sont entassées, sur la plupart elle est nue et dans des positions sans équivoques.

Il y a aussi… des vidéos.

Ma dit pas qu'il… filme.

Si… et à ce qui est noté, ça dure depuis des années…

Je perds littéralement ce qu'il me reste de calme, je fonce dehors et j'attrape le gars par le col le plaque au mur et lui assène un crochet en pleine face. J'étais à deux doigts de lui en mettre un second quand les deux flics me tirent en arrière.

Mais elle est complètement malade !

C'est moi la malade ? t'as ruiné la vie de ta fille espèce d'enfoiré !

Un des gars le fait monter dans la voiture avant de démarrer, le second consent enfin à me lâcher et le rejoint. Sara sort de la maison avec la petite.

Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Rien…

Bon écoute j'emmène la petite à l'hôpital, rentre au labo avec ce que j'ai déjà trouvé.

Ok…

Je les regarde grimper dans l'ambulance avant de me mettre au volant. Je fulmine…. Je sais que je n'aurais pas dû m'emporter comme ça, mais c'est typiquement le truc que je ne pouvais pas supporter. Quand j'arrive au labo je me fais accueillir par un Brass plus qu'énervé, j'ai même pas le temps d'aller me changer qu'il m'entraine avec rudesse dans son bureau.

Alors ?

Alors quoi ?

Mauvaise réponse…

J'avais dit pas de vague ! et tout ce que tu trouves à faire c'est de cogner sur le suspect !

Il a de la chance que je ne l'ai pas buté…

Quoi ? nan mais tu te rends compte de ce que tu dis ?

Ouais et très bien même ! ce mec viole sa gamine depuis des années et y aurait fallu que je le coffre en délicatesse ?

On ne fait pas justice nous-même Fitzgerald ! Je te retire l'enquête…

Quoi ?

Tu m'as très bien compris, tu as été beaucoup trop loin ! Maintenant dehors !

Je lance un regard haineux au capitaine avant de me diriger dans les vestiaires. De rage je lance un coup de poing dans mon casier. Geste que je regrette amèrement quand la douleur remonte dans tout mon bras.

Put'…

Inspiration, expiration… je sers les dents, les larmes me montent aux yeux. Faut que je me calme… Inspiration, expiration, inspiration, expiration. Je reprends le contrôle de mes émotions, je réalise alors que je claque des dents. Je me change en deux, deux et me rassoie sur le banc. J'ai besoin de calme pour me ressaisir…