Disclamer : les personnages et l'univers appartiennent à Masami Kurumada. Sauf Loucas et sa femme qui sont des persos de mon imagination.

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Chapitre 9

Le lendemain matin, Grèce, villa Nekopoulos, appartement d'Aïoros

Quand il s'éveilla alors que l'aube perçait tout juste la nuit de ses premières lueurs pâles, Saga fut un instant désorienté en ne reconnaissant pas le décor familier de sa chambre. Puis il entendit ou plutôt sentit le souffle régulier de son compagnon sur son bras et réalisa. Il regarda tendrement Aïoros qui dormait encore et tout lui revint en mémoire. De la convocation de Loucas, de ses explications, parfois un peu confuses, des derniers événements qui s'étaient déroulés au Japon et qui avaient amenés à la découverte de son jumeau, bien vivant. Mais également de la douleur puis de la fureur qu'il avait ressentie en apprenant que ce dernier, suite à une perte de mémoire, n'avait pas cherché à prendre contact immédiatement avec lui et avait littéralement fui. Comment cela était-il possible ? Alors que lui se sentait si seul depuis toutes ces années. Alors qu'il avait toujours espéré cette nouvelle ? Comment pouvait-il l'abandonner de la sorte ?

La suite était beaucoup plus vague dans ses souvenirs. Il savait qu'il avait provoqué un incident avec le cadet de son second au dojo et que ce dernier avait fini par le rejoindre sur la plage pour le calmer d'une façon… singulière mais radicale. Leur retour ici et la nuit qu'il venait de vivre, bien plus tendre, était par contre beaucoup plus claire.

Il dégagea doucement de l'étreinte de son compagnon et se glissa hors du lit pour admirer le soleil se lever avec un regard un peu différent ce matin. Il se demanda si quelque part son jumeau faisait de même, s'il ressentait, tout comme lui, ce besoin primal de renouer ce lien qu'ils avaient perdu depuis si longtemps et qu'il sentait palpiter, là, tout au fond de lui. Ce lien qui n'existe qu'entre jumeaux, plus fort encore que de simples frères. Ils en avaient parlé cette nuit avec Aïoros, et ce dernier lui avait fait remarquer que pour Kanon ce fait était très récent vu qu'il avait tout oublié de son jumeau. Mais pouvait-on vraiment tout oublier, ne pas sentir ce vide au fond de soi-même sans pouvoir en déterminer la cause ? « Laisse-lui du temps », lui avait conseillé alors son second. Et encore une fois, il avait raison. Il soupira en silence. Pour la première fois peut-être depuis des années, il sentait un espoir poindre au loin, un peu comme une lueur qui se rapprochait lentement de lui. Mais la patience n'avait jamais été son fort. Au contraire d'Aïoros.

Presque malgré lui, ses pensées dérivèrent vers l'homme encore endormi qui avait si bien su le combler cette nuit. Il se retourna légèrement pour l'apercevoir et sourit en remarquant qu'Aïoros dans son sommeil, avait saisi son oreiller pour le remplacer après son départ. Depuis quand était-il près de lui ? Il se remémora leur rencontre au lycée, l'insistance dont il avait fait preuve pour devenir son ami malgré la réputation qu'il traînait alors. Car depuis la disparition de son jumeau, Saga était devenu presque asocial. Pas en apparence, c'est vrai, il était même plutôt le contraire mais dès qu'on creusait un peu il s'enfuyait, refusant d'accorder sa confiance à quiconque, son attachement à d'autres qu'à Loucas et Milo. Mais cela n'avait jamais découragé Aïoros. Pire, cela n'avait fait que l'encourager. Peu à peu il avait réussi à se rapprocher de lui, à devenir un élément de sa vie. C'est du moins ce qu'il avait toujours cru, Jusqu'à cette nuit. Nouveau soupir.

Le soleil avait percé et le jour se levait. La propriété commença à bouger doucement, s'éveillant. D'ici, il pouvait voir les premiers employés arriver, se soumettant au contrôle de sécurité pour prendre leur charge dans l'immense domaine, mais également le jardin qui s'étalait devant ses yeux. L'avait-il jamais vraiment regardé jusqu'à aujourd'hui. Il lui semblait découvrir de nouveau massif de fleurs, des agencements qu'il n'avait pas jusque ici remarqué. Cela venait-il de ce qu'il venait d'apprendre ?

- Bonjour toi…

Les bras puissants d'Aïoros venaient de s'enrouler autour de lui alors qu'il dégageait un peu son imposante chevelure pour lui glisser un baiser au creux du cou.

- Tu veux prendre une douche avant de prendre ton service ?

Saga se retourna pour lui faire face et prit son visage entre ses mains pour déposer un léger baiser sur ces lèvres :

- Aïoros…

- Je sais, je sais, le coupa son second. Il faut aller bosser et on ne doit pas s'attarder à ce qui s'est passé cette nuit, soupira-t-il en le lâchant. Fais comme tu le sens, moi je vais aller prendre ma douche ! Mais d'abord un café !

Saga le suivit dans la pièce à vivre et le regarda s'affairer un instant dans le coin cuisine attenant à la pièce sans trop savoir quoi ajouter. Pour la première fois de sa vie, il n'avait pas vraiment envie de s'enfuir après. Quelque chose avait changé, quelque chose qui l'effrayait encore. Et il ne savait pas comment l'exprimer.

- Le café sera bientôt prêt, lui annonça son compagnon en sortant deux tasses qu'il déposa sur la table ainsi que tout ce qu'il fallait pour un petit-déjeuner. Si ça te dis, tu peux toujours me rejoindre, lui lança-t-il en lui faisant un clin d'œil et un grand sourire avant de disparaitre dans la salle de bain.

Saga hésitait encore quand on portable se mit à sonner, le sauvant du dilemme que lui posait la situation. Il y jeta un œil avant de répondre à son patron. Après une brève conversation, il passa la tête par la porte de la salle de bain pour prévenir son second que Loucas l'appelait et qu'il devait partir, faisant abstraction volontairement du corps qu'il devinait à travers la paroi de la cabine de douche.

- Ok ! A plus ! lui lança Aïoros.

Quand ce dernier sortit de la salle d'eau un moment plus tard, il remarqua qu'une des tasses de café avait été emportée par Saga et sourit tendrement en se servant à son tour.

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Japon, entreprise Nekopoulos

Mu franchit les portes vitrées pour la seconde fois en peu de temps. Mais cette fois, il savait parfaitement qu'il trouverait celui qu'il cherchait. Depuis sa première visite ici, il avait souvent repensé à l'homme qui l'avait guidé jusqu'à Shaka. Ce dernier le lui avait d'ailleurs présenté un peu plus tard, alors qu'il raccompagnait son ami, et ils avaient parlé un peu mais pas suffisamment pour se connaître vraiment. Et Mu avait très envie de faire plus ample connaissance avec l'italien. D'une part parce qu'il n'avait pas semblé le moins du monde gêné en apprenant qu'il résidait dans un temple, ce qui n'était pas le cas d'une grande majorité de ses camarades de fac ou simple relation, et d'autre part parce qu'il se sentait étrangement attiré par cet homme. Son aîné avait froncé les sourcils quand il lui avait dit un peu plus tôt qu'il allait chercher un ami qui pourrait peut-être les aider à déménager leurs affaires dans le nouvel appartement. Shion le leur avait fait visiter la veille et comptait bien s'y installer au plus vite avec ses frères et Dohko qui allait désormais vivre avec eux, mais il leur fallait de l'aide pour déménager. Pour Mu et Kilian, c'était une très bonne nouvelle, l'ami de leur aîné avait toujours été là pour eux pendant les moments les plus difficiles après le décès de leurs parents et l'absence de Shion. C'était avec lui qu'ils avaient trié les affaires leur famille parce qu'il fallait rendre l'appartement familial que Shion n'avait pas encore les moyens de payer. Dohko avait été là alors que leur aîné était obligé de repartir à l'étranger et même s'ils le comprenaient tous deux, c'était sur son épaule qu'ils avaient souvent déversé leur chagrin et leur tristesse. Grâce à lui, le temps leur avait souvent paru plus court, chaque fois qu'il le pouvait Dohko était là, les sortant, les emmenant au cinéma ou simplement pour partager un repas avec eux. Alors forcément, il était comme un deuxième grand frère à leurs yeux et ils n'étaient pas si idiots pour ne pas deviner qu'un très fort sentiment le liait à leur aîné.

Il regarda autour de lui plus attentivement que la dernière fois alors qu'il attendait Angelo que l'hôtesse d'accueil avait appelé. La dernière fois, il n'en avait guère eu le temps, et puis il était alors très inquiet pour Shaka. Maintenant qu'il était là, il avait un peu peur. Après tout, ils ne s'étaient pas revus depuis qu'il était venu pour trouver son ami et si ça se trouve, l'italien n'allait même pas se souvenir de lui…

- Mu ? Qu'est-ce tu fais là ? interrompit la voix grave d'Angelo le cours de ses réflexions. Tu as un problème ? Shaka n'est pas ici tu sais…

- Je sais, le coupa l'interpellé. Mais c'est toi que je venais voir en fait.

- Oh !

Angelo remarqua que Mu rougissait légèrement en disant ces mots et vit du coin de l'œil le sourire de l'hôtesse s'élargir et qui allait se faire un plaisir de répandre cette entrevue dans l'entreprise. Avec, de préférence, des commentaires totalement faux et bien « croustillants ». D'un naturel plutôt rustre, l'italien avait également appris à jouer de son charme méditerranéen quand les circonstances l'exigeaient et qu'il devait paraître en société et plus d'un ou d'une employés avaient vainement tenté de le prendre dans leurs filets. Mais s'il savait charmer au besoin, il savait aussi où se fixait la limite de sa vie professionnelle et celle de sa vie privée et n'avait jamais mélangé les deux. Alors voir qu'un jeune homme aussi pur que Mu allait sûrement faire les choux gras de la pause café pour les jours à venir s'ils restaient là l'incita à la prudence.

- Viens, fit-il en entraînant son visiteur vers l'ascenseur.

Plusieurs autres personnes montèrent avec eux, empêchant toute discussion et Angelo en profita pour observer Mu à la dérobée. Il ne s'attendait pas du tout à le voir ici et se demandait ce qu'il pouvait bien lui vouloir. Il semblait soudain mal à l'aise et peut-être même gêné. Habitué à déchiffrer le langage corporel, chose indispensable dans son métier, il remarqua en un instant tous ces petits détails, ce qui ne fit que l'intriguer davantage.

Ils descendirent à l'étage de la direction et Angelo guida Mu vers le petit bureau qu'il occupait quand il demeurait ici, soit les trois quart du temps vu que son patron y passait lui-même les trois quarts de son temps. Mais Angelo ne faisait pas qu'y patienter sans rien faire comme le pensait la plupart des employés. Non, il gérait intégralement le système de sécurité de l'entreprise. Il le perfectionnait au besoin et s'assurait que les agents qu'il recrutait faisait bien leur travail. L'espionnage industriel était un des plus grands fléaux à une époque où seul comptait souvent les bénéfices et la rapidité pour sortir un nouveau produit sur le marché. Et leur secteur ne faisait pas exception à la règle.

Il referma la porte derrière Mu et les isola également de la salle de contrôle vidéo où officiait un employé et sur laquelle il avait un accès direct.

- Installe-toi, lui proposa-t-il en lui indiquant un petit coin salon. Tu veux un café ? Ou un thé peut-être ? Shaka en a laissé la dernière fois.

- Je veux bien un thé oui, merci.

Angelo s'affaira et grogna en se demandant comment faisait l'avocat pour mettre le thé en vrac à infuser. Mu sourit et se leva pour venir à son aide :

- Laissez, je vais le faire, dit-il en lui prenant la théière des mains.

- Mon truc, c'est plutôt le café, lui avoua l'italien, le remerciant du regard. Et tu peux me tutoyer aussi, nous sommes sensiblement du même âge.

- Je… je vais essayer.

Encore une fois son regard fuyant intrigua l'italien qui ne savait pas trop comment l'interpréter. Ils s'installèrent tous les deux une fois leur boisson prête et il entra dans le vif du sujet :

- Alors qu'est-ce qui t'amène ici ? demanda-t-il en souriant, essayant de mette le jeune homme plus à l'aise.

- Quand on s'est rencontré, vous… tu m'as proposé gentiment que si j'avais un problème, je pouvais venir v… te voir, commença Mu incertain.

- Et tu as un problème ? interrogea Angelo qui se souvenait parfaitement de cette conversation.

- Plutôt besoin d'aide, en fait. Mon frère aîné est enfin revenu vivre ici et nous devons bientôt déménager et…

- Et vous chercher de la main d'œuvre ? sourit l'italien, plutôt amusé qu'il ait pensé à lui.

- Je… je n'aurais peut-être pas dû ? demanda Mu en se levant. Je vais…

- Reste donc assis et raconte m'en un peu plus, d'accord ?

Mu se détendit légèrement et se dit que finalement, non, il n'avait peut-être pas eu tort de revenir ici.

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France, domaine de la Valentoiserie

Kanon avait rejoint les vignes depuis un long moment déjà. Le printemps était chaud cette année et il avait pris l'habitude depuis presque quinze jours qu'il était ici, de se lever tôt pour travailler avant la chaleur. Il se sentait de mieux en mieux. Ses souvenirs revenaient progressivement et il arrivait enfin à faire le tri, à quelques exceptions, du vrai et du faux. Et plus que jamais lui revenait les images de son jumeau tel qu'il l'avait quitté. Il se demandait s'il avait évolué comme lui, s'ils se ressemblaient toujours autant… Pourtant il avait encore des hésitations, est-ce que Saga allait vraiment l'accueillir de nouveau dans sa vie ? N'était-il pas trop tard ? Ce vide au fond de lui serait-il enfin comblé s'il le revoyait ? Il avait fait des recherches sur les jumeaux et avait découvert ce mystérieux lien que la science n'expliquait pas vraiment. Etait-ce ce fameux lien gémellaire qu'il ressentait au fond de lui sans le savoir depuis tout ce temps ? Ces questions ne cessaient de le hanter, lui imposant encore la prudence…

- Pardon Monsieur…

Il se retourna vers celui qui venait de l'arracher à ses pensées, son sécateur à la main et découvrit un jeune homme d'une vingtaine d'année.

- Oui ?

- Bonjour, je cherche Shura, dit l'inconnu avec un accent qu'il identifia comme asiatique, très certainement japonais. Je pensais le trouver par ici. Il m'a contacté pour me dire qu'il avait un peu de travail pour moi.

- Oh, oui, il m'en a parlé ! confirma Kanon. Tu dois être Ikki, enchanté ! Je suis Kanon, je travaille un peu avec lui en ce moment.

- Enchanté ! répondit le jeune homme en serrant la main tendue.

- Il doit être à la propriété, il attendait des clients, expliqua Kanon. Mais si tu veux t'y mettre, je te prête un sécateur le temps qu'il nous rejoigne.

- Pourquoi pas ? On pourra régler les détails plus tard, accepta Ikki en déposant son sac et en se changeant rapidement. Vous attaquez cette partie cette année ? demanda-t-il en montrant les rangées où travaillait Kanon dans le vaste vignoble qui s'étendait à perte de vue de tous côtés. A peine apercevait-on au fond l'imposante silhouette du manoir.

- Shura voudrait bien qu'on arrive à remettre en production ces quelques ares pour la récolte de cette année. Mais comme tu vois, c'est un boulot colossal.

Rapidement Ikki se mit au travail, taillant et élaguant les ceps qui avaient eu tendance à prendre trop de liberté sans soin pendant toutes ces années. Kanon comprit pourquoi Shura avait fait appel à lui quand il avait vu qu'il pourrait payer une employé pour au moins les trois mois à venir avec les dernières ventes. Le jeune homme savait parfaitement ce qu'il fallait faire et ne perdait pas de temps.

Ils travaillaient côte à côte sans parler plus que nécessaire, Ikki n'avait pas l'air d'un grand bavard non plus et ses pensées dérivèrent à nouveau, mais vers Shaka cette fois. Il se demanda encore une fois si l'avocat n'avait pas mal pris son départ précipité. Il avait fini par avoir une réponse à son texto trois jours plus tôt qui disait simplement :

« Merci de m'avoir rassuré, j'espère que tu vas mieux et qu'on se reverra bientôt. Shaka »

Rien de personnel en somme, mais lui ne l'avait pas fait non plus. Peut-être aurait-il dû ? Il soupira involontairement et Ikki se tourna vers lui :

- Un problème monsie…

- Kanon, le coupa ce dernier. Et non rien de particulier, juste des pensées qui dérivent un peu trop.

Ikki sourit sans répondre et retourna à son travail. Une heure, peut-être deux s'écoulèrent pendant lesquelles ils n'échangèrent que quelques paroles nécessaires à leur travail. Un cri joyeux interrompit soudain leur concentration :

- Oh ! Ikki ! Tu es venu ! Comment ça va ? s'écria Shura en les rejoignant. Content de te voir, dit-il en lui tendant la main que le japonais serra volontiers. Je vois que t'as déjà fait la connaissance de Kanon, j'espère que vous vous entendrez bien.

Le grec les laissa discuter sans intervenir, reprenant la taille des pieds de vigne, écoutant d'une oreille distraite les modalités du contrat que proposait Shura à Ikki. Il repensa machinalement à ce que lui avait dit son ami sur le jeune homme en lui en parlant quelques jours plus tôt. Japonais, Ikki était venu en France deux ans plus tôt pour parfaire sa maîtrise de la langue française et en visite dans la région, s'était pris d'intérêt pour la culture des vignobles. Il avait donc décidé de demeurer là et d'en apprendre le plus possible sur ces boissons si nobles à travers le monde et si différentes du traditionnel sake japonais. Depuis, il travaillait de vignobles en vignobles, là où il y avait du travail et avait répondu à une annonce déposé par Shura l'année passée. Les deux hommes s'étaient tout de suite bien entendu et l'espagnol ne lui avait rien caché du colossal défi qu'il avait entrepris en reprenant le domaine. Ce qui avait particulièrement forcé le respect et l'admiration d'Ikki mais également son intérêt même si Shura ne lui avait pas caché qu'il ne pouvait pas lui offrir le salaire qu'il était en droit d'attendre d'un tel travail. Ils avaient alors convenu qu'à chaque fois que Shura le pourrait, il le contacterait et jusqu'à maintenant Ikki ne lui avait jamais fait défaut.

- Bon, venez mangez tous les deux et comme ça tu poseras tes affaires Ikki, fit Shura. Et nous avons une visite.

- Une visite ? répéta Kanon. Je croyais que tes clients étaient déjà repartis.

- Eux oui, mais quelqu'un d'autre est arrivé, je vais vous le présenter ! Rejoignez-moi vite ! conclut-il en faisant demi-tour pour regagner à grand pas la voiture qu'il avait laissé dans le chemin le plus proche, tout comme Kanon d'ailleurs.

Ce dernier aida Ikki à ramasser ses affaires et remarqua :

- Il m'a l'air bien joyeux, je me demande bien qui peut être cet invité mystère.

- Peut-être son patron qu'il attend tant ? suggéra le japonais en s'installant dans le voiture dont se servait Kanon sur le domaine.

- J'en doute…

Ce qui était vrai. A l'air perdu de Camus quand il lui avait annoncé son brusque héritage, et aussi avec ce que lui avait appris Hyoga avec cette histoire de tout nouveau contrat à mettre en place, il doutait en effet que le français puisse quitter si vite son poste, ne serait-ce que pour une courte visite. Et puis, il avait parfaitement saisi que Camus avait quitté le domaine familial dans des circonstances particulièrement pénibles. Rien ne prouvait qu'il ait envie de se précipiter ici.

Il gara la voiture dans la petite cour qui desservait le chai et les quartiers où ils logeaient, remarqua effectivement une autre voiture inconnue, visiblement de location, et avec Ikki, regagna la cuisine où Shura avait dressé le couvert pour quatre.

- Ah vous voilà ! fit ce dernier en leur souriant. Allez vite faire un brin de toilette et on passe à table, dit-il en retournant à ses fourneaux d'où s'échappait une agréable odeur qui fit gargouiller l'estomac d'Ikki à ses côtés.

- Je m'installe où ? demanda ce dernier alors que Kanon avait déjà rejoint la salle d'eau pour faire une toilette rapide.

Dix minutes plus tard, le grec regagnait la cuisine et s'arrêtait sur son seuil, figé par la scène qu'il découvrait. Cet invité surprise qui discutait cuisine en ce moment-même avec Shura, tous deux lui tournant le dos, ces longs cheveux blonds, cette voix, cette silhouette aérienne, c'était…

- Shaka ? dit-il abasourdi alors qu'Ikki les rejoignait.

Presque comme dans une scène au ralenti, l'interpellé se retourna et lui sourit. Un merveilleux sourire qui réchauffa instantanément le cœur du grec :

- Bonjour Kanon ! Je suis content de voir que tu sembles aller bien, dit-il en s'avançant vers lui pour l'étreindre un moment contre lui. Je suis vraiment très heureux de te revoir, lui murmura-t-il alors dans le creux de l'oreille.

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Japon, appartement de Hyoga

Les jours passaient si vite qu'ils avaient à peine le temps de penser à eux en dehors du nouveau projet, des tâches ménagères qu'ils partageaient et de l'attention qu'ils accordaient chacun à Gabriel. Le petit garçon avait vite compris que Shiryu était désormais un membre de son quotidien et savait faire appel à lui quand son père n'était pas disponible. Bien entendu, Shiryu faisait en sorte de ne jamais supplanter son père sur certain domaine mais peu à peu, une certaine complicité s'était développé entre Gabriel et lui. Le fait qu'il le garde pendant qu'il avait été malade avait largement contribué à cela.

Les jours qui suivirent la reprise de l'école par l'enfant, et donc du travail par Shiryu, furent tellement harassants pour les deux jeunes gens qu'ils n'eurent pas le cœur à dire non quand Gabriel demanda à continuer de dormir près de son père de peur de ne tomber à nouveau malade. Shiryu réintégra alors pour la nuit son petit appartement ou passa ses nuits sur le canapé du salon, comme quand il le gardait, s'il s'endormait avant que Hyoga ne rentre.

Mais un soir, alors que le jeune scientifique avait encore passé une bonne partie de sa soirée au labo, il trouva son fils et Shiryu endormi tous deux dans son lit. Sans aucun doute Gabriel avait su persuader son petit ami qu'il n'arriverait pas à dormir sans lui. Il sourit à cette image et tout doucement porta son fils dans sa chambre avant d'aller prendre sa douche pour se glisser lui aussi dans son lit, après avoir rapidement avalé ce qu'avait laissé Shiryu à son intention. Laissant l'eau bienfaisante détendre peu à peu ses muscles fatigués par les longues journées, il songea que s'ils avaient quelquefois évoqué l'idée de vivre ensemble suite à sa demande, ils n'avaient jamais pris le temps de s'y arrêter vraiment et de mener à bien ce projet. Il se promit d'aller voir Camus demain pour lui demander s'il savait où on pouvait trouver des appartements libres plus grands. Il était grand temps qu'ils se décident enfin à avancer. Et d'intégrer Gabriel à leur bonheur.

C'est fort de cette décision qu'il rejoignit Shiryu dans son lit et le prit dans ses bras, souriant tendrement quand, inconsciemment, ce dernier se lova contre lui en soupirant d'aise. Il l'embrassa avec douceur et ne tarda pas à le rejoindre au pays des songes.

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Entreprise Nekopoulos

Camus retrouva Milo dans son bureau pour leur déjeuner du midi. Le projet était maintenant bien lancé et ils étaient tous deux assez satisfaits des efforts de chacun, même s'il restait encore un travail colossal à accomplir. Néanmoins, pour eux deux, commençaient maintenant un travail de routine qui consistaient à vérifier, soutenir, et au besoin réorienter ou ajuster les recherches si cela s'avéraient nécessaire. Une réunion hebdomadaire permettait à Shiryu et Hyoga de présenter leurs résultats et plus d'une fois, Milo se félicita d'avoir embauché le jeune homme qui permettait à Hyoga de s'épanouir pleinement dans son domaine et qui gérait parfaitement toute la partie plus administrative.

Du coup, leurs soucis personnels respectifs, mis quelque peu de côté pendant cette période chargée, ressurgissaient peu à peu.

Milo, ce midi-là posa son plat l'ayant à peine touché :

- Tu n'as pas faim ? s'inquiéta Camus.

- Pas vraiment…

- Tu te demandes où est Kanon n'est-ce pas ?

- Pas toi ?

- Je t'avoue que pour l'instant, il n'est pas ma préoccupation principale… même si je comprends que toi, ça t'inquiète.

Milo soupira se mettant une claque mentale au passage :

- C'est vrai qu'avec tout ça, on n'a pas non plus reparlé de ton héritage… fit-il pensivement en reprenant son plat.

- Mais maintenant que tout est en place, c'est normal que nous y repensions, conclut fort justement Camus.

Ils restèrent un moment silencieux puis Milo demanda :

- Tu as pris une décision ?

- Non pas vraiment… Disons que j'aimerais tout de même me rendre sur place pour voir ce qu'il en est.

- Je t'accompagnerai dans ce cas.

- Ne t'y sens pas obligé.

- Je le veux, c'est différent, sourit Milo en s'approchant de lui pour déposer un baiser sur ses lèvres. Je veux que tout ce qui te concerne me concerne également et vice-versa, bien entendu.

Camus resta un instant silencieux, songeur avant de d'ajouter :

- Tu sais, ce ne sera sûrement pas une partie de plaisir… J'ai tout de même de très mauvais souvenirs…

- Raison de plus pour que je sois à tes côtés pour affronter cela.

- Merci Milo, fit simplement Camus en se levant pour faire du café et en reprenant. Shaka ne t'as pas donné de nouvelles pour Kanon ?

- Il m'a juste dit qu'il allait bien et avait besoin de temps… Mais ça commence à faire long non ? répondit-il en débarrassant les restes de leur repas. Et pourquoi ne communique-t-il qu'avec Shaka et non moi par exemple ?

- Pas tant que ça si on réfléchit, deux, trois semaines tout au plus. S'il avait perdu tous ses souvenirs, il a dû avoir besoin de temps pour réaliser non ? Et puis, peut-être que Shaka, étant extérieur à votre famille, le rassure un peu non ?

- Ouais… Peut-être bien, concéda Milo. Mais tout de même, son jumeau…

- Je pense qu'il le fera quand il s'y sentira prêt. Il ne m'a pas paru être un homme déclinant ses responsabilités. Enfin du peu que j'en ai vu et de ce que m'en a dit Shaka.

- Parce que Shaka t'a parlé de lui ?

- Il était très inquiet aussi, tu sais, lui avoua alors Camus. Je crois qu'il se sentait un peu responsable de son départ précipité. Comme s'il n'avait pas su le retenir ou quelque chose du genre.

- Tu sais qu'il l'a rencontré totalement par hasard à l'aéroport et qu'il ne savait pas du tout que Kanon allait venir ici pour toi ?

- Oui, il me l'a expliqué, acquiesça son compagnon. Par contre, il a tout de suite fait le rapprochement avec Saga mais comptait l'amener en douceur à retrouver ses souvenirs…

- Et j'ai perturbé son plan quelque part, se lamenta Milo. Si seulement j'avais su !

- Personne ne pouvait savoir et de plus, comme Shaka l'a fort justement dit, c'est peut-être mieux pour Kanon. Même s'il lui faut du temps pour appréhender tout ce que cela implique pour lui.

Milo fit une petite moue boudeuse avant d'ajouter pendant que Camus posait deux tasses de cafés devant eux et revenait se rassoir près de lui :

- Comme toujours tu as parfaitement raison, mais je suis si impatient de pouvoir enfin le remercier de ce qu'il a fait pour moi. Et puis, je sais que Saga ne s'est jamais vraiment remis de ce drame, alors…

Ils restèrent un moment silencieux avant que Camus parle à nouveau, changeant volontairement de sujet :

- Si le domaine est viable et qu'on peut le remettre en production, je crois que j'aimerais poursuivre la tradition familiale…

- Attendons de savoir ce qu'en dit Shaka pour prendre une décision, proposa Milo. Et si c'est faisable, tu sais que je serai ton premier investisseur.

- Et je t'en remercie mais…

- Mais ?

- Si c'est vraiment possible, j'aimerais essayer de faire ça par moi-même. Même si tes conseils et ta pratique sont les bienvenus, ajouta-t-il.

- Les deux te sont acquises, sourit Milo qui comprenait parfaitement les raisons de Camus. Et bien plus au besoin…

Camus lui sourit sans répondre. Pour le plus, il savait déjà qu'il ne pourrait plus jamais s'en passer. Milo avait su lui redonner le goût de vivre et l'envie de se battre. Sans lui, aurait-il seulement envisagé sérieusement de remettre le domaine familial en production ? Non, il s'en serait très certainement défait le plus vite possible. Mais grâce à lui, il avait envie au moins d'essayer. Et puis il pensait à Shura qui visiblement se donnait corps et âme pour redonner vie au domaine… Il le lui devait à lui, en souvenir de son père sans qui il n'aurait sans doute jamais pu fuir la demeure familiale.

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Bureau de police

Dohko jeta un œil sur ses messages en revenant à son poste après une matinée passée en investigation pour tenter de coincer un truand notoire qui s'enrichissait en vendant clandestinement des DVD pornographiques.

Il sourit en lisant le mail de Shion, lui demandant comment il allait ce matin et l'informant de la date qu'ils avaient retenu pour le déménagement ou plutôt l'emménagement de la fratrie dans le nouvel appartement qui était maintenant loué à son nom. Il sourit en repensant à ce qui s'était passé le jour où il lui avait proposé. Finalement ces deux ans de séparations n'avaient pas su éteindre la passion qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre et il en était heureux. Plus qu'il n'aurait su le dire. Bien sûr si Shion avait simplement repris de cours de sa vie sans revenir vers lui, il se serait contenté de la place de meilleur ami. Mais jamais il n'aurait pu l'oublier, de cela il en était certain. Il prit le temps de lui répondre rapidement qu'il serait là bien sûr, et qu'il s'installerait lui aussi en même temps. Il avait déjà prévenu sa logeuse qu'il partait bientôt.

Un message d'une de ses collègues d'une autre section attira ensuite son attention. Cette dernière lui demandait de venir la voir le plus rapidement possible. Il prévint ses collègues qu'il revenait et se rendit au bureau de Shaina sans plus tarder. La jeune femme l'accueillit avec un grand sourire :

- Salut toi ! Comment ça va ?

- Pas trop mal, et toi ? répondit-il en s'installant à son bureau. Tu voulais me voir ?

Les deux policiers travaillaient régulièrement ensemble et avaient l'habitude de ce genre de briefing sur des affaires en cours. Si le service de Dohko traquait les criminelles en tout genre, celui de Shaina était spécialisé dans la localisation des personnes disparues et bien souvent leurs affaires se croisaient.

- On monte prendre un café ? proposa la jeune femme.

- Ok ! acquiesça-t-il intrigué qu'elle veuille lui parler en dehors du bureau.

Ils s'installaient bientôt dans un coin de la cafétéria, tranquille à cette heure de la matinée.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il alors.

- Tu es toujours à la recherche de ton jeune frère ? demanda-t-elle.

- Oui, pourquoi ?

- J'ai peut-être une nouvelle piste, fit-elle prudemment, mais ne t'emballes pas, il n'y a rien de certain.

Le cœur de Dohko rata un battement. Depuis qu'il était devenu policier, il recherchait vainement la trace de son frère et tous ici le savaient. Il avait suivi un nombre incalculable de pistes sans jamais y parvenir, depuis qu'il avait appris de sa mère sur son lit de mort que son cadet n'était pas décédé dans l'accident de voiture qui avait couté la vie à leur père comme on le lui avait toujours fait croire. Il se rappela sa colère et son incompréhension devant ses aveux tardifs. C'est quand il avait trié les dernières affaires de sa mère qu'il avait compris que son cadet avec qui il avait grandi et joué tout ce temps, n'était en fait que son demi-frère. Plus jeune que lui de cinq ans, il ne se rappelait plus vraiment de cette femme qui vivait également au manoir familial, la maîtresse de son père et que ce dernier avait imposé à sa femme légitime avec son rejeton, comme elle le nommait dans les papiers qu'elle avait laissé. Mais il n'avait qu'une douzaine d'années quand l'accident avait emporté son père, comment aurait-il pu alors saisir toute la haine que sa mère avait envers cette femme et son fils ? En découvrant ces faits, il ne lui fallut pas longtemps pour découvrir que sa mère avait menacé sa rivale et que cette dernière avait préféré fuir une nuit en emportant son enfant illégitime.

- Explique quand même, demanda-t-il.

- Je ne vais pas rentrer dans les détails mais une enquête nous a amené à découvrir une femme qui avait dissimulé sa véritable identité par peur de représailles envers son fils, nous a dit son compagnon quand on l'a interrogé. Cette femme est aujourd'hui décédée mais le gamin est lui encore en vie. C'est en voyant une photo de lui que j'ai percuté qu'il ressemblait au portrait que tu nous avais tous donné.

En effet, se basant sur une photo de son cadet enfant, Dohko avait utilisé un logiciel de vieillissement dont se servaient les forces de l'ordre pour donner à chacun un portrait de ce que devait être devenu aujourd'hui son cadet.

- Regarde, ajouta Shaina en sortant une photo d'un dossier qu'elle avait pris soin d'emmener.

Lentement il prit la photo et la regarda. On y découvrait un étudiant le jour de sa remise de diplôme. Ce regard, ces cheveux noirs et ce sourire. Presque qu'inconsciemment les doigts de Dohko caressèrent tendrement le visage de celui qu'il avait tant cherché et il murmura :

- Shiryu… enfin…

A suivre…