9

Une relation absurde

Draco se trouvait de fort mauvaise humeur. La raison principale de cet état était bien évidemment Harry Potter. Tout d'abord, depuis quelques jours, ils n'accomplissaient plus leurs petits rendez-vous quotidiens. C'avait été une chose à prévoir, et Potter comme lui savaient que c'était inévitable. Ils ne pouvaient se retrouver comme si de rien n'était après la déclaration qui avait été faite.

Bien sûr Malfoy aurait aimé que ce fut le cas, mais il n'était pas naïf au point de songer que ce fut possible. Pourquoi avait-il fallu que cet imbécile parle ? Pourquoi n'avait-il pas gardé au fond de lui ces… sentiments ? Le mot seul éveillait des tremblements de dégoût dans le corps du serpentard et le faisait grimacer. C'était un mot qu'il trouvait presque sale.

Mais cette absence de contact physique avec Harry n'était pas la seule raison à son attitude maussade.

Potter et ses larbins étaient suivis depuis plusieurs jours par Zared. Oui, ce dernier les suivait partout comme un chien, une bête trop présente qui aurait mérité un coup de bâton pour être remise à sa place.

Chaque fois que Draco croisait Harry dans les couloirs, au réfectoire, il le trouvait en compagnie de Nathaniel.

Weasley, Granger et lui semblaient trouver sa compagnie charmante et tout à fait à leur goût à en juger par les sourires immenses et les éclats de rires qui émanaient de leur groupe.

Cela avait le don d'exaspérer Malfoy, qui ne pouvait s'empêcher de leur jeter des regards meurtriers chaque fois que son chemin croisait le leur.

Harry faisait mine de ne pas lui prêter attention, il s'y prenait si bien que Draco en venait à se demander s'il n'était pas sincère dans son ignorance. Ah, c'était ainsi ? Il lui faisait une déclaration quelques jours plus tôt et, presque aussitôt, l'oubliait.

Non, il n'était pas jaloux ! Bien sûr que non, il n'était pas vexé ! Simplement il détestait l'hypocrisie de Potter, il détestait qu'on se moque de lui, il détestait la façon dont le balafré se comportait. Il n'aimait pas le voir rire à gorge déployée à l'écoute de quelques paroles de Zared. Les seuls rires que, lui, Malfoy avaient pu en tirer n'étaient que bien maigres et souvent moqueurs.

Vraiment, il aurait fallu qu'il conseille Harry de surveiller ses fréquentations. Il ne savait pas choisir ses amis, c'était là l'un de ses nombreux défauts.

Draco n'appréciait donc pas cette toute nouvelle relation cousue entre le gryffondor et le membre du Clan des Lucioles-Soleil. Ce dernier manigançait quelque chose, il en avait la certitude, on ne pouvait pas lui faire confiance. Malfoy avait déjà acquis la conviction qu'il dissimulait un secret. Un terrible secret. S'il le découvrait, il mettrait son masque à bas et montrerait à tout l'école – montrerait à Harry – quel était le véritable visage de cet homme sournois.

Quoiqu'il en soit, il ne faisait pas confiance à Nathaniel. Il s'efforçait donc autant que possible de les surveiller Potter et lui. Il pouvait s'agir de simples coups d'œil, mais parfois il se cachait discrètement pour les observer.

Lorsque avec eux se trouvaient Granger et Weasley, il se contentait de passer rapidement et de repartir, pour ainsi dire, soulagé.

Mais quand ils étaient seuls, il trouvait une cachette et les espionnait. Ca n'avait absolument rien de malsain ! Il se contentait de veiller sur Harry. Parce que c'était son devoir en tant que camarade. Il était le seul à avoir conscience de la perfidie que dissimulait Zared. Potter, lui, se laissait berner par les faux airs angéliques qu'il se donnait. Il ne comprenait pas à qui il avait faire. S'il lui arrivait malheur, Draco en serait en quelque sorte responsable puisque, bien qu'informé, il n'avait rien daigné faire.

Là, il assurait sa conscience morale. S'il arrivait quoi que ce soit à Harry, eh bien, ce ne serait pas sa faute, il aurait fait tout ce qui était en son pouvoir pour protéger l'inconscient.

Et puis, ce n'était pas vraiment qu'il tenait tellement à s'assurer de la sûreté de Potter ! Mais non ! Qu'en avait-il à faire de lui ? Il lui était complètement indifférent ! Simplement, si Zared venait à se trahir, lui, Malfoy serait là, il assisterait à la démystification de cet être, serait le témoin de sa chute. Oui, ce n'était pas du tout Harry qu'il surveillait en réalité, c'était Nathaniel. Pour le bien de l'école ! Pour le bien de tous ! Il était un héros. Et on aurait voulu le faire passer pour une personne perfide ? Quelle mesquinerie !

Draco pesta contre lui-même en jetant des coups d'œil rapides autour de lui. Il lui avait suffi d'une seconde d'inattention et il les avait perdu de vue. Il lui semblait bien avoir vu leurs silhouettes s'éloigner par ce couloir-ci, mais ce n'était peut-être qu'une illusion d'optique.

Avait-il été repéré ? Souhaitaient-ils plus d'intimité et était-ce pour cela qu'ils s'étaient arrangés pour le semer ? Non ! C'était impossible, il s'était montrer particulièrement discret.

Il suivit le couloir, scrutant les alentours.

Ses souvenirs remontèrent à un évènement qui avait eu lieu un peu plus tôt dans la journée. Durant le cour de potions, précisément.

Les élèves de serpentard et de gryffondor avaient dû rendre à leur professeur un devoir sur les filtres de chance. Draco, trop préoccupé, n'avait fait que bâcler rapidement la chose et, effectivement, la note avait été relativement passable. Il n'atteignait que difficilement la moyenne, lui qui, habituellement, excellait dans cette matière.

En lui tendant sa copie d'un air répugné, Rogue lui avait sèchement ordonné de rester à la fin du cour.

Malfoy savait ce à quoi il devait s'attendre. Un sermon, des critiques, des menaces peut-être. Il se souvenait du soir où Rogue l'avait fait venir dans les cachots pour avoir manqué des cours. Il lui avait parfaitement fait comprendre que s'il ne se reprenait pas rapidement, il en informerait son père. C'était une chose que le jeune homme souhaitait à tout pris éviter.

Il regrettait, il devait bien se l'avouer, de ne pas avoir travaillé plus sérieusement. Le cour de potion était réellement une matière qui l'intéressait, le captivait même, il jugeait fascinant tout ce que l'on pouvait faire sur la base d'ingrédients magiques, la façon dont on pouvait manipuler les esprits, par une simple décoction.

Il avait regardé Potter et ses acolytes quitter la salle sans que le gryffondor eu le plus mine regard en sa direction. Une telle indifférence ! C'était bien trop prononcé pour ne pas être la marque d'un intérêt sincère.

« Vous me décevez, monsieur Malfoy. »

La voix de Rogue claqua dans les cachots, comme un fouet, tirant aussitôt Draco de ses pensées.

« Je m'en excuse professeur.

- Vous souvenez- vous de notre conversation ?

- Oui », avoua-t-il en baissant les yeux.

Il avait espéré, sans trop y croire pourtant, que le maître des potions, lui, l'aurait oubliée.

« Vous aurez une heure de retenue ! »

Draco n'en croyait pas ses oreilles. Après tout, il avait eu une note, certes passable, mais qui lui aurait garanti l'obtention des examens. Londubat s'était montré pitoyable – comme à son habitude - et pourtant il n'avait écopé que d'une petite remarque cinglante et sifflante.

« Mais professeur, c'est injuste ! tenta de s'insurger le jeune homme.

- C'est moi qui décide ce qui est injuste et ce qui ne l'est pas, monsieur Malfoy ! »

Draco compris aussitôt que protester n'aurait servi à rien et il plia l'échine, résigné à recevoir sa sanction.

A présent, il avançait dans les couloirs, à la recherche d'un Potter et d'un Zared invisibles. Certes, il aurait dû se trouver dans sa salle commune et relire son manuscrit traitant des herbes et champignons magiques. Mais il ne pouvait s'y résoudre. Il savait – oui il en était sûr – que s'il faisait mine de s'absenter, ne serait-ce que quelques heures, s'il cessait de traquer, quelque chose de terrible allait se produire. Et il faisait de très nombreuses suppositions sur la forme que prendrait cette terrible chose.

Des échos de voix lui parvinrent bientôt.

Il se rapprocha encore un peu, se dissimula derrière une armure, correctement caché par le métal et l'ombre.

Nathaniel et Potter se trouvaient assis contre un mur un peu plus loin, ils lu tournaient le dos et étaient serrés l'un contre l'autre.

Draco sentit une bouffée de haine et de rage l'envahir. C'était donc comme cela que le balafré prétendait l'aimer ? A peine se déclarait-il amoureux, que déjà il courait se réfugier dans les bras d'un autre. Il savait bien sûr parfaitement que Harry Potter était empli de défauts, mais à ce point, cela le subjuguait. C'était un traître, un menteur, un hypocrite, un être immonde et sans scrupules.

Le serpentard réfléchissait à toute allure. Devait-il intervenir ? Devait-il faire mine de passer par là et faire comprendre à Harry qu'il l'avait vu et que jamais il ne lui pardonnerait ? Cela avait-il une chance quelconque de le blesser ? Souffrirait-il ? Oui, en cette seconde précise, il désirait qu'il souffre. Il voulait le voir pleurer, se tordre à ses pieds, se lamenter, implorer son pardon. Il voulait qu'il comprenne ce que l'on pouvait ressentir quand… Tout simplement, il voulait son malheur.

Alors que Draco se laissait aller à ces pensées malsaines, quelque chose changea dans la position de Nathaniel, et il comprit qu'il s'était fourvoyé. Qu'il ne s'agissait pas du tout d'un rendez-vous amoureux.

Le jeune homme pleurait. La tête inclinée sur l'épaule de Potter, il versait de lourdes larmes silencieuses.

C'était donc cela que faisait Harry ? Il se contentait de réconforter un ami malheureux ? Comment avait-il pu croire autre chose ? Il sentit alors une immense vague d'affection à son égard le submerger.

Il se souvint qu'il avait déjà vu Zared pleurer, dans ce couloir, avec CastelMoon. S'il se rapprochait, peut-être capterait-il quelques confidences ? Peut-être apprendrait-il enfin ce que Nathaniel dissimulait ?

Il fit mine de s'approcher, depuis sa cachette, il ne pourrait entendre que quelques chuchotements sans en capter le sens. Il allait venir un peu plus près, il serait dissimulé par l'ombre et puis, dans leur situation, Nathaniel et Harry ne lui prêteraient pas la moindre attention.

Alors qu'il faisait un pas, quelque chose accrocha dans l'armure. Il ne sur s'il s'agissait de sa cape ou peut-être d'une mèche de cheveux, mais quoi qu'il en soit, l'armure fut secouée dans un lourd bruit métallique. Il se retourna brusquement vers elle pour la retenir, ce qui ne fit que accentuer le brouhaha.

L'instant suivant, il vit Potter et son – répugnant – compagnon apparaître à ses côtés.

« Malfoy ? » souffla Harry étonné.

Draco contrôla la gêne qui lui montait aux joues, il la dissimula sous un léger rictus narquois et assura l'air innocent sur son visage – qui d'un point de vue extérieur ressemblait davantage à de l'arrogance, mais le garçon ne s'en rendait pas compte et n'y pouvait rien, telle était sa nature.

Harry l'attrapa alors par le bras et l'entraîna à sa suite un peu plus loin. Il lança un « Je reviens tout de suite » à Nathaniel par-dessus son épaule.

Malfoy se laissa faire d'abord puis, finit par se dégager de l'étreinte de Potter. Celui-ci le fixait de ses incroyables yeux verts, l'air interrogateur, perplexe même.

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

Draco répondit avec une assurance tellement appuyée que s'il s'était agit d'une autre personne, on n'aurait pu un seul instant douter de ses propos.

« J'allais à ma salle commune, Potter, je t'ai vu et n'ai souhaité te déranger alors j'ai voulu rebrousser chemin mais je crois bien que ma cape s'est prise dans l'armure ou quelque chose comme ça, à moins qu'elle ne se soit animée, c'est bien possible aussi. »

Dans le fond, il ne dissimulait qu'une petite part de la vérité. Il se contentait de taire le fait qu'il avait suivi et espionné Harry – chose qu'il faisait depuis quelques temps déjà.

« Est-ce que tu me suis Malfoy ?

- Tu n'es pas bien Potter ? cracha-t-il avec un air de parfait mépris. Tu ne surestimerais pas un peu ?

- Je trouve simplement ce hasard un peu trop étrange.

- Comme tu dis c'est un hasard. Et c'est justement le propre des hasards de nous paraître étranges.

- Il me semblait pourtant que la salle des serpentards était de l'autre côté. »

Mais quel petit fouineur insupportable !

« Il est possible d'accéder à un raccourci par là, mais seuls les serpentards le savent, bien sûr. » Il redressa alors le menton d'un air parfaitement supérieur et indifférent. « Bien, je vais maintenant te laisser à ton petit rendez-vous amoureux, Potter. »

Bien sûr, s'il avait vraiment pensé que c'était le cas, il n'aurait pu garder son calme et se serait énervé. Mais le fait qu'il sache que Harry se contentait d'une relation amicale avec Nathaniel lui permettait de feinter le détachement et la désinvolture. C'était tout à fait parfait. Il ne voulait pas que le balafré puisse croire que sa vie privée l'intéressa de quelque manière que ce fut.

Potter, lui, au contraire, eu alors un air terriblement gêné, et en dépit de l'obscurité, Malfoy pouvait se rendre compte qu'il rougissait. Bizarrement il trouva ça charmant. Et s'empressa de chasser cette pensée.

« Ce n'est pas… pas du tout ce que tu crois !

- Mais je ne crois rien. Et puis d'ailleurs, tu peux bien faire ce que tu veux, cela m'est égal. »

Malfoy exultait. Il aimait se retrouver dans cette position de domination. Potter essayait de se justifier, mais lui, lui montrerait clairement que ses paroles et ses actes lui étaient totalement indifférents. Il n'avait que faire de savoir ce à quoi il occupait son temps libre. Oui, le gryffondor devait comprendre tout cela. Il devait se rendre compte que Draco n'était pas du genre à faire dans le sentimentalisme.

Harry resta bouche bée, visiblement incapable d'en dire plus. Cela pouvait être considéré comme une victoire et Malfoy fit mine de s'éloigner, mais alors qu'il engendrait son premier pas, la main de Potter se referma sur son bras, l'empêchant d'avancer davantage.

« Je suis désolé. »

Draco demeura surpris. Il ne s'était pas attendu à ces quelques mots. Il ne comprenait pas pourquoi. Pourquoi Potter s'excusait-il ? Il aurait pu croire que c'était parce qu'il flirtait avec Nathaniel, mais il avait parfaitement vu plus tôt que ce n'était pas du tout le cas et que leur relation était strictement platonique et amicale. Harry se contentait de le consoler. Pourquoi, par la barbe de Merlin, venait-il lui demander pardon ?

Les paroles avaient quitté ses lèvres en même temps que sa main avait quitté son bras.

Draco aurait pu, et aurait dû partir. S'il s'en était tenu à son personnage. Mais il était incapable de bouger, il fixait Potter, tentant de comprendre quels rouages compliqués se dissimulaient derrière cette charmante petite tête.

« Désolé ? Pourquoi ?

- Pour ce que je t'ai dis l'autre jour… Je sais que je n'aurais pas dû. »

Et voilà, la chose était dite. Il n'avait pas de nouveau prononcé les mots, il n'avait pas dit « Je suis désolé d'avoir dit que j'étais amoureux de toi. » mais le sous-entendu était parfaitement compréhensible.

Quelle réaction devait maintenant adopter Draco ? Accepter les excuses ? Lui dire que ce n'était pas la peine de demander pardon, qu'il ne lui en voulait pas vraiment, qu'à partir de maintenant ils allaient éviter d'aborder ce sujet et qu'ils allaient enfin pouvoir reprendre là où – encore une fois – ils s'étaient arrêtés.

Oui, il aurait pu faire cela. Mais ç'aurait été fort mal connaître Draco Malfoy que de penser qu'il en était capable. Les mots de Harry flottaient dans son esprits, le perturbaient, et il était tout bonnement incapable d'en faire abstraction.

« Ecoutes Potter, toute cette histoire entre nous est déjà bien trop compliquée… Ca allait jusque là, mais t'es venu y rajouter… Enfin, t'as rajouté ça, quoi, et je pense que maintenant les choses devraient s'arrêter là. »

Ce fut seulement en prononçant ces mots que Draco prit conscience de leur ampleur, de leur signification et plus que tout, des retombées qu'ils allaient avoir. Depuis leur séparation, il n'avait attendu qu'une chose, que Potter vienne le trouver pour lui proposer de faire comme si rien ne s'était passé et recommencer sans y penser. C'était ce qu'il venait de faire, de manière plus parfaite que Malfoy ne l'avait imaginé. Et lui, imbécile qu'il était, il venait de le repousser. En faisant cela, il perdait dès lors tout droit sur Harry, il n'aurait plus le droit de le suivre, plus le droit de penser à lui, parce que c'était par ses propres mots qu'il avait sonné le glas de leur relation.

Il aurait tellement voulu ne pas avoir prononcé ces phrases. Pouvait-il faire un large sourire, lâcher un petit rire et déclarer « C'est une blague ! Je t'ai bien eu ! » avant de l'embrasser ou le peloter pour sceller leurs retrouvailles ?

Mais Malfoy était incapable de revenir sur ses paroles. Elles avaient été dites et il ne pouvait plus reculer. Et il haïssait cette situation, il se méprisa tout à coup d'avoir répondu ainsi.

Harry ne réagit pas pourtant comme il s'y était attendu. Doucement, il prit sa main du bout des doigts, en caressant le dos dans un frôlement. Il parla d'une voix basse. Sa caresse comme sa voix produisaient le même effet sur Draco. Bien que la première fût légère et que la seconde fut murmurée, elles jaillissaient en lui avec force, faisant vibrer une force étrange dans sa poitrine.

« S'il te plaît. Il faut que nous parlions. Je crois que tu ne veux pas que nous le fassions maintenant, alors rejoins-moi dans une heure au pied de la statue de Riva Mette. »

Son regard se détourna, ses doigts l'abandonnèrent, et il repartit ainsi vers l'endroit où il avait laissé Nathaniel Zared.

Malfoy demeura un instant immobile. Il n'avait pas rêvé ? Potter lui avait bien donné rendez-vous ? Il avait bien touché sa main ? Etrangement, le souvenir de cet effleurement fit grimper le rouge aux joues du jeune homme. Que lui arrivait-il donc ? C'était idiot de se mettre dans de tels états pour un si ridicule caresse.

Allait-il se rendre à la statue de Riva Mette ? La réponse s'imposa aussitôt à lui dans un oui retentissant mais, par acquis de conscience, il fit mine de réfléchir, de peser le pour et le contre. S'il veniat Potter penserait qu'il cautionnait les absurdes sentiments qu'il disait avoir pour lui. De plus, se serait faire preuve de faiblesse, il devait lui montrer qu'il n'avait pas besoin de lui. Et puis, ne serait-ce pas contradictoire ? Une minute plus tôt il avait déclaré qu'il était préférable qu'ils ne se fréquentent plus à l'avenir.

Mais toutes ces raisons, aussi bonnes fussent-elles, ne signifiaient rien, n'avaient pas le moindre impact sur la réflexion.

Sa décision était prise avant même qu'il commence à la mesurer.

Le problème qui se posait dans l'immédiat était ce qu'il allait bien pouvoir faire pour occuper le temps qui lui restait avant le rendez-vous.

Il jeta un coup d'œil où Harry avait disparu. Il n'avait même plus envie d'écouter la conversation qu'il allait avoir avec Zared. Pour le moment, le secret de ce dernier était relayé à une place inférieure, n'avait plus la moindre sorte d'importance. Seule la réaction qu'il allait adopter face à Potter comptait désormais.

Et, sur ce point là, une heure ne serait jamais suffisante. Des jours entiers de réflexion ne le seraient sans doute pas davantage, d'ailleurs.

Il passa donc le temps qui lui restait à fureter dans les couloirs. Lorsqu'il croisait d'autres élèves, il les ignorait. Cela ne changeait guère de ses habitudes.

Les soixante minutes n'étaient pas encore écoulées qu'il se trouvait déjà au pied de la statue convenue. Très peu d'élèves passaient par là à cette heure car le chemin ne menait qu'à des sales de classes. Bien que le couvre-feu ne soit pas encore en vigueur, la plupart des jeunes gens s'étaient d'ores et déjà réfugiés dans leurs salles communes afin de se distraire en compagnie de leurs amis ou, peut-être pour les plus sérieux, à la bibliothèque.

Les minutes passées à attendre lui parurent interminables. Harry allait-il être en retard ? Il l'était déjà ! C'était certain. Finalement il n'allait pas venir. Il avait dit cela pour se venger. Il l'observait sans doute de loin, se riant de lui, qui l'attendait comme un pantin facilement manipulable.

« Malfoy ? »

Le jeune homme leva les yeux à l'entente de son prénom.

Potter était là, face à lui, il le fixait intensément comme s'il tentait d'apprendre ses traits par cœur.

Il était donc venu.

« Salut.

- Salut. »

Entrée en matière difficile. Draco se leva, abandonnant la place assise aux pieds de la statue qu'il avait adoptée jusque là. Ils faisaient approximativement la même taille, bien que Malfoy fut un peu plus grand.

« Alors Potter, tu as dis que tu voulais me parler ?

- Oui.

- Qu'as-tu à me dire ?

- Pour commencer, je voudrais que nous continuions à nous fréquenter tous les deux. » Draco fit mine d'intervenir, mais Harry l'arrêta d'un mouvement de la main. « Laisse-moi continuer. Je sais que tu n'apprécies pas… ce que je t'ai dis l'autre jour. Mais je n'y peux rien, la chose est faite, même en tant que sorciers, il nous est impossible de revenir sur le passé. Je suis, pour ma part, près à faire comme si de rien n'était. Draco… Tout ce que je veux c'est être avec toi. C'est idiot de dire ça, je sais ! Comme je sais que ça ne te plaît pas de me l'entendre dire. C'est simplement que je veux que les choses soient claires. Je suis capable de me contrôler, tu n'as pas à avoir peur que je te lance des déclarations à tout bout de champ. L'autre jour, cela m'a échappé par mégarde. Mais tu peux être certain que ça ne se reproduira pas. Laisse-moi une chance de te prouver que je dis la vérité. »

Le discours avait été relativement long, toutefois, avec une patience dont il se croyait incapable, Draco l'avait laissé parlé. Il n'avait même pas pensé à l'interrompre, les mots s'enchaînaient et il s'accrochait à la suite désespérément, écoutant chaque syllabe prononcée, ne sachant pas comment il devrait réagir au bout.

« Très bien. Les choses doivent être claires, n'est-ce pas ? » Harry approuva d'un hochement de tête. « Alors sache dès à présent, que je ne répondrais jamais aux… sentiments que tu m'as imposé l'autre jour ! Jamais Potter. Les choses ne pourront aller plus loin que maintenant.

- Je le sais depuis le départ, Malfoy.

- Oui, peut-être, cela n'empêche que tu as enfreint les règles tacitement convenues entre nous !

- Je te l'ai déjà dis, ça ne se reproduira pas. »

Malfoy avait terriblement envie de le croire. Après tout, il pouvait lui donner une nouvelle chance. Ce n'était pas comme si Potter se faisait des idées. D'après ses dires, il était parfaitement conscient qu'il n'aurait jamais plus de Draco que ce qu'il lui donnait déjà. Si ils n'y pensaient plus, ni l'un ni l'autre, ou du moins, s'ils cessaient d'en parler, cela disparaîtrait peut-être de leur esprit, jusqu'à ne leur apparaître plus que comme un souvenir vague, presque un rêve.

Parce que, lui, Draco Malfoy souhaitait continuer ce semblant de relation. Il s'était bien rendu compte que lorsqu'il était séparé de Potter, son humeur était exécrable. Mais ça n'avait rien d'émotionnel. C'était tout bonnement physique. Il appréciait le contact d'Harry, il bonifiait son humeur.

« Très bien. »

Et comme pour signifier la chose, il le plaqua contre la statue et l'embrassa.

Personne ne passerait à cette heure-ci, et il n'avait plus senti le contact des lèvres du jeune homme depuis plusieurs jours. Cela lui avait terriblement manqué. Il n'avait pas la patience d'attendre encore.

Les baisers de Potter avaient le même goût que d'habitude. Ils n'avaient pas changé. C'était comme si l'incident n'avait jamais eu lieu. Après tout, il n'était peut-être qu'un simple délire créé par le cerveau de Draco.

Harry Potter, amoureux de Draco Malfoy, absurde.

Mais l'absurdité était le propre de leur relation, après tout.