Silence .

« Une voix »

« Il est grand temps, aujourd'hui, je pars. J'ai trouvé mes réponses. Reviendrais-je ? Sûrement pas. Enfin qui sait ?… »

FLASH BACK

« Je suis tout et je ne suis rien. Qui suis-je ? Quel est mon but ? Pourquoi suis-je née ? Suis-je vraiment née ? Tout ceci n'est-il pas qu'un simple enchaînement de fatalités ? Tellement de question sans réponse…Y a t-il quelqu'un comme moi quelque part ? M'attend-t-il ? Aidez-moi, je ne sais pas qui je suis…

Je regarde le soleil se lever. Qu'il est beau. La plaine ondule sous les caresses de la brise. Devant moi, l'infini. Je sens les rayons sur ma peau. C'est agréable. Savez-vous, c'est ainsi que les lézards se réchauffent. Ils sont si agiles. J'aime. Je marche. Je sens sous mes pieds les cailloux du chemin ; Sur un tronc, des fourmis assaillent une chenille. Comme les fourmis sont formidables, quelle organisation. Que leurs vies sont monotones…J'aime les bois. L'odeur des champignons nés qui attendent, couverts par la rosée. Celle de la terre, récemment foulée par les sabots d'un sanglier. Je marche, encore et toujours. Pour aller où ? Je ne sais pas. Mais je sais qu'il faut marcher, je sais. Quel jour sommes-nous ? Je ne sais pas. Un jour. Depuis quand je marche ? Longtemps, enfin, peut-être. Qui sait ? Qu'est ce que c'est, longtemps ?

Tiens, un bourg à l'abri des arbres. J'aime. Les enfants jouent. Comme ils sont innocents…et comme ils sont coupables. Deux vieilles dames, assisent dans des rocking-chairs, boivent du thé. Quelle sagesse, quelle puissance, quel vécu…Pourquoi les gens me regardent ? Suis-je différente ? Certainement… Mais pourquoi ces gens me regardent ? Curiosité ? Pitié ? Envie ? Amour ? Haine ? Je ne sais pas… J'ai un mauvais pressentiment… Mes poils se hérissent sur mes bras, comme c'est amusant… Quel drôle de village, tout semble mort, pourtant, tout semble vivant… J'ai peur… Où suis-je ? Aidez moi, je ne sais pas, je ne sais plus… »

- Excusez-moi mademoiselle. Vous êtes-vous perdue ? Vous voulez de l'aide ? Qui êtes-vous ?

« Perdue, ça dépend de ce que l'on cherche. Je ne crois pas. De l'aide, volontiers, mais saurez-vous ce dont j'ai besoin ? Qui suis-je ? Je ne sais pas…Mais peut-être le savez-vous ? »

- Pourquoi ne répondez vous pas ? Etes-vous muette ? Venez, suivez-moi. Je vais vous aider. Je m'appelle Demetri. Je suis le shérif de ce comté.

***

« - J'ignore ce qu'a subit cette enfant, mais on aurait dit un fantôme quand on l'a découverte, déambulant dans le village. Je n'avais pas eu vent d'une quelconque disparition ces jours-ci, peut-être a-t-elle été kidnappée récemment. Où alors elle a fugué. Quoi qu'il en soit, elle possède manifestement un don. Et puis, ces ailes dans le dos, qu'est-ce que ça signifie ? On dirait un ange mais j'ignorais que ça existait, qu'en dis-tu Aoro ? Elle peut nous apporter beaucoup. Il faudrait peut être la transformer avant que ce ne soit trop tard, elle est déjà si âgée…

- Je n'aime pas parler par le téléphone, Demetri. Cette fille, c'est un cadeaux du ciel… Tu imagines, elle nous tombe tout droit dans les bras, comme ça… Cette situation est d'ailleurs risible quand on y pense, un ange dans une réserve à vampire… Bon, pour l'instant ne fais rien, traite la comme tous les autres gamins pour ne pas éveiller les soupçons, je te rappellerai pour de donner de nouvelles instructions, il faut que j'en parle avec le conseil… »

***

J'étais assise par terre, entouré d'une dizaine d'adolescents. Je portais une petite jupe marron, rehaussée d'un débardeur en crochet blanc. Une ceinture en corde marquait ma taille. Les arbres, à cet endroit, étaient espacés et laissaient passer les rayons du soleil. Le pendentif en forme de rose que m'avait offert Edward reflétait le soleil de la petite clairière. Un jeune garçon jouait de la guitare sur des airs de camaraderie scout, en faisant griller des chamallows sur un feu de bois. C'était magique. Je savais que tout ceci n'était qu'illusion….

C'était Mary, la jeune fille que j'avais rencontré en arrivant ici qui créait ces images, ces sensations, pourtant, ça semblait tellement réel. Mary disait qu'elle était capable de montrer les réponses à nos questions les plus secrètes… Puis tout à coup, baignant dans la lumière, Jasper me regardait. Sa peau d'albâtre brillait de mille feux… Sa splendeur n'avait d'égale… Un mince filet de sang coulait de sa bouche… J'étais une proie, il était le prédateur… Un vampire comme on en voit dans les films, enfin, un peu différent quand même… Moins effrayant… Aussi insensé que ça puisse paraître, j'étais dingue de lui … Son regard était doux, amoureux et protecteur… J'avais envie de lui hurler de venir me prendre dans ses bras et de m'emmener loin d'ici, loin de toutes ces horreurs, mais aucun son ne sortait de ma bouche… Puis, je me suis vu moi, l'ange déchu soumis aux volontés des vampires cruels, ceux là même qui m'avaient recueilli ici, et qui nous maintenaient en réalité captifs de ce village. Qui nous gardaient dans cette grosse réserve jusqu'à ce que l'on ait atteint l'âge idéal pour être transformé et assouvir, de nos dons respectifs, les désirs les plus démentiels de ces êtres. Eux qui n'aspiraient qu'à asseoir leur domination sur la race humaine, et à ne plus les considérer autrement que comme nourriture… Et à cause de moi, leurs désirs deviendraient réalités… Je créerai l'arme absolue, un humain aux capacités vampiriques, capable de se fondre en pleine canicule au milieu d'une foule dense et de ne laisser aucun survivant… Pour cela, il fallait que je donne une petite partie de moi, ma liane de vie, le tatouage apparut à ma résurrection…

Puis, la vision s'estompa pour laisser place à l'avenir de Mary… Elle entend son souffle rauque dans son dos, elle sent ses griffes acérées lapider l'écorce des arbres et humer le sol que peu de temps auparavant elle foulait précipitamment. La pluie commence à tomber. Elle a peur…et s'il réussissait à la retrouver, que deviendrait-elle ? Le vent se lève . Les arbres sifflent son arrivée, ils le saluent. Leurs feuilles s 'agitent comme une foule en délire et les arbres morts grincent son nom. Quelques touffes d'herbes percent la neige fondue, les chemins boueux se perdent au milieu de cette forêt tout juste sortie d'hibernation.

Mary s'était levée tôt. Sur la petite table de la cuisine, une carte et un paquet… Délicatement de ses petits doigts de tout juste neuf ans, elle avait délié le joli ruban bleu. Dans le paquet, un superbe chariot or et argent. Sur la carte, seuls deux petits mots : A Bientôt. L'écriture n'était pas celle de son père mais de sa nouvelle mère. Sa mère du village où elle s'est retrouvée quand son père l'a oubliée à la mort il y a deux ans de sa petit maman chérie. Mary avait décidé d'aller essayer son nouveau jouet. Elle savait qu'elle avait interdiction de s'approcher de la forêt, c'est le Grand Demetri qui a forcé tous les enfants à promettre de ne pas s'en approcher sinon, ils seraient tués. C'est pour cela que personne ne s'enfuit, et puis de toute façon, Mary est aussi heureuse ici alors pourquoi partir… Elle avait beaucoup rigolé avec sa poupée assise dans le chariot. Il était presque onze heure, l'heure de déjeuner. Mary aurait bien voulu rentrer mais quelque chose l'en avait empêché. Ce n'était pas très loin, peut- être à deux ou trois mètres dans la foret. Ce n'est pas grand-chose, deux ou trois mètres et puis, après tout, ce n'est qu'une forêt. Si elle ne rentrait que quelques minutes, ce n'était pas si grave, juste pour voir. Tout à coup, un grondement sourd avait retentit. Ce n'était pas un grognement de bienvenue, ni d'avertissement, c'était un grognement de mort, inévitable. Mary avait fait une bêtise mais il était trop tard.

Elle se retourne et le voit. Son âme hurle, un hurlement silencieux , imperceptible. Un courant d'air, une larme, puis plus rien. Mary est seule, allongée sur les congères gelées. Elle ne semble pas effrayée, on dirait qu'elle se repose, qu'elle regarde les nuages pour y découvrir Pégase ou sa maman. A coté d'elle, une larme rouge sang coule des yeux de la petite poupée…"

Mary allait me trahir, elle serait contrainte de le faire car elle est la seule à avoir les réponses, la seule à savoir ce que je suis, et comment m'utiliser… Il fallait que je fuis ce village le plus vite possible…

***