Chapitre 9 : Le repas

Hermione/Rogue

Il avait accueilli l'annonce de cet elfe bizarrement bien habillé avec une once de mépris. Dumbledore abusait un peu trop de sa position de force à son goût. Mais la justice viendrait sûrement un jour, le problème étant bien sûr quand, mais elle viendrait. Et il prendrait un plaisir tout à fait particulier à faire payer à ce vieux décrépi chaque petit dépassement avec un sadisme et une lenteur des plus raffinés.

En attendant ce moment délectable, il notait soigneusement dans son esprit chacun de ces petits dépassements. Comme l'obliger à manger à côté de cette Gryffondore qui ne se privait pas pour l'insulter ouvertement ni pour le regarder avec haine et mépris. Le dîner allait être joyeux, ça ne faisait aucun doute…

Raide comme un piquet, Rogue quitta la chambre qu'il s'était aménagé avec sa dignité habituelle. Sans un coup d'œil pour le lion rugissant sur la porte face à la sienne, il se dirigea vers la salle à manger où la table était dressée, des cloches maintenant les plats à la température désirée.

Le maître des potions prit place en bout de table, déplia sa serviette, la posa sur ses genoux et se servit un verre de vin blanc. Il avait besoin d'un petit remontant ce soir. Pour affronter la harpie furieuse qui allait sûrement débarquer sous peu en criant haut et fort que Dumbledore abusait de son pouvoir.

Lorsqu'il eut descendu la moitié de son verre d'une seule gorgée, il se sentit un peu mieux. Après tout, ce n'était qu'une gamine. Des comme elle, il en avait croisé un bon paquet depuis toutes ces années. Peut-être pas aussi entêtées et bien sûr, jamais dans une telle situation, mais ce n'était pas très important.

Alors qu'il songeait à ce qu'il pourrait lui répliquer de cassant sur son attitude irréfléchie et exubérante, il n'entendit pas la chaise à ses côtés accueillir un nouvel occupant. Et il ne dû qu'à ses innombrables années comme espion la maîtrise de soi l'empêchant de sursauter. Seuls ses sourcils se haussèrent légèrement et son regard remonta le long du bras qui s'était tendu pour se saisir du pichet d'eau.

Le visage impénétrable, elle était là, digne, fière, silencieuse et surprenante. Rogue mit une seconde à se reprendre. Cette gamine avait des talents de maîtrise insoupçonnés. Et elle savait parfaitement comment l'ignorer.

Lui aussi savait tout à fait le faire, qu'est-ce qu'elle croyait cette petite insolente ?!

« Sevy… »

« Oh non, tu ne vas pas recommencer ! Je n'ai PAS besoin de toi, ok ?! Et arrête avec ce surnom ridicule, dernier avertissement. »

« Quel accueil ! Et quelle susceptibilité ! Et bien sûr que tu as besoin de moi ! Sinon c'est foutu ! »

« Et pour quelle raison inopinée ? »

« Parce que si tu souhaites mettre la raclée du siècle à Dumby le plus vite possible, ce n'est pas en ignorant cette Gryffondore que tu y parviendras ! Donc arrêtes un peu d'être le maître de potions imbuvable parce que sinon tu lui donneras raison et ce ne sera pas des jours que vous resterez ici mais bien des années ! »

Rogue lança un regard furibond à ladite Gryffondore qui faisait toujours comme s'il n'existait pas.

« Mais si elle fait ça, ça n'avancera pas non plus ! »

« J'hallucine ! Bientôt j'entendrais « c'est elle qu'a commencé ! ». Sev', c'est toi l'adulte ici et puis tu ne peux pas nier qu'elle a tout de même un bon nombre de raisons de t'en vouloir… »

« Et qu'est-ce que tu me suggères ? De mettre à bas cette couverture que j'utilise depuis plus de vingt ans ? »

« Tu n'es plus vraiment à Poudlard. Et tu sais aussi bien que moi qu'il n'y a aucune manière d'échapper au sort de rencontre. Tu as protégé ta vie privée pendant toutes ces années, mais là tu n'as plus vraiment le choix. »

« C'est-à-dire ? »

« Arrête d'être Rogue, professeur terrorisant tout ce qui bouge parce qu'il est super sombre, super secret et super méchant, ok ? »

« Très drôle… »

« C'est ce que tu montres, je ne plaisantes pas. »

« Je sais ! Mais si tu crois que c'est facile ! C'était bien plus simple de ressembler à ça. J'ai pris l'habitude et je m'en fiche de traumatiser les autres. »

« Sev', tu ne l'approcheras pas comme ça, je peux te l'assurer. Alors essaye d'oublier ta façade, petit à petit pour ne pas le choquer. »

« Mouais… »

« Aller, mets-y du tiens. Pour commencer, essaye d'engager la conversation. »

« Plus facile à dire qu'à faire avec cette furie… »

« Je ne te connaissais pas défaitiste. »

« Avec elle, ça se rapproche plus de l'impossible que d'autre chose ! »

« Allons, tu sers Voldy tout en refilant des tuyaux à Dumby depuis plus de vingt ans, et tu baisses les bras face à cette gamine ? Aller, ressors-moi un peu ce pouvoir de séduction, dépoussière-le vu qu'il n'a pas servi depuis un bail et utilise-le. Ça va coincer un peu au début avec toute cette rouille mais après ça ira comme sur des roulettes ! »

« Hinhin… Quelle magnifique métaphore ! Ecoute, je ne vais pas draguer cette gamine, ok ?! »

« Et pourquoi pas ? Parce que t'es son prof et que vous avez deux décennies d'écart ? En lançant ce sort, c'est comme si Dumby te donnait sa bénédiction. »

« Mais t'as bien tendu comme moi que ça la dégoûtait ! »

« Est-ce qu'elle a dit ça ? »

« Ca se voyait ! »

« Elle l'a dit oui ou non ? »

« Non ! Mais c'était tout comme ! »

« Ralala, mais il semblerait bien que cette couverture ait légèrement rongé l'estimes que tu te portes… »

« Mon estime se porte comme un charme. Le problème n'est pas moi mais elle. Ça ne fonctionnera pas, ce n'est pas très difficile à comprendre. »

« Et toi, elle te plait, non ? »

« Quoi ?! »

« Aller, tu peux me le dire à moi, nan ? »

De quoi je me mêle ? Déjà que tu me bouffes le cerveau c'est vrai, depuis quand Severus Rogue a t-il une conscience ?, tu ne crois tout de même pas que je vais te faire des confidences en plus ?! »

« Je le savais ! Il faut lui résister pour lui plaire au petit Sevy ! »

« Tu racontes vraiment n'importe quoi ! »

« Absolument pas. J'ai tout juste mon cher : c'est parce que cette gamine n'est pas terrorisée comme les autres et qu'elle s'échine à ne pas baisser les bras alors que tu ne cesses de la rabaisser, qu'elle est brillante et entêtée que tu l'as remarquée. Elle t'intrigue et t'exaspère et tu ne peux t'empêcher, bien malgré toi, d'éprouver une certaine fierté face à son entêtement. »

« C'est bien ce que je disais, du gros n'importe quoi. »

« Tss tss tss, tu ne me feras pas gober ça. Voyons voir jusqu'à quel point elle te surprendra ! »

« Tu es vraiment agaçante comme conscience. »

« Je te laisse tranquille si tu engages la conversation. »

« Pas d'autre moyen pour avoir la paix ? »

« Non monsieur, je regrette ! »

« Mon œil oui ! S'il le faut… »

Bon, alors, comment allait-il la faire parler ? Il n'était vraiment pas doué pour ce genre de civilités. Et puis s'il lui parlait aimablement, elle allait tomber dans les pommes ou croire qu'il n'était pas vraiment lui ou quelque chose dans le genre. Il fallait qu'il fasse ce qu'il savait faire, c'est-à-dire être direct.

- Ecoutez miss Granger, je ne pense pas que s'ignorer mutuellement accélèrera les choses.- déclara t-il de but en blanc.

Ce qui ne manqua pas de provoquer une réaction de surprise chez son interlocutrice qui s'étouffa avec une bouchée de rôti. Elle se mit à tousser, tout en attrapant d'un geste pressé un verre d'eau.

Lorsqu'elle eut retrouvé son souffle, la Gryffondore lui jeta un regard courroucé qui signifiait très clairement : non mais ça va pas de dire des trucs pareils ?!

- Cessez de faire votre offensée, vous savez parfaitement que j'ai raison. – reprit Rogue.

- Et à quel sujet ?- demanda Hermione avec un faux sourire mielleux.

Le Serpentard la fusilla du regard :

- Vous savez de quoi je veux parler.

- Non, vraiment pas, il va falloir que vous m'éclairiez professeur. Ah non, c'est vrai, plus de professeur, que voulez-vous, les vieilles habitudes sont tenaces.- répliqua t-elle avec un sourire tout à fait hypocrite.

« Du calme Severus, elle veut juste te faire tourner en bourrique. Pas de problème, t'as l'habitude, n'est-ce pas ? »

Faisant appel à tout le self-control qu'il avait en stock, le maître des potions retrouva un visage serein, enfin, calme plutôt. Et un sourire tout aussi faux que celui que la Gryffondore lui avait servi plus tôt étira ses lèvres desséchées et inhabituées à ce genre de mouvement :

- Prendrez-vous de la salade de pommes de terres, miss Granger ?

Et il eut la satisfaction de voir las satisfaction se peindre sur le visage de la si insolente élève.

- Je vous demande pardon ?

- Ah oui ? Pour votre insolence ?- demanda t-il avec un sourire complaisant.

Cela suffit pour que la jeune fille se refrogne à nouveau.

- C'est une expression. S'il y avait des excuses à présenter, je ne serais sans doute pas celle qui devrait en faire le plus.

- Vraiment ? Et pour quelles raisons estimez-vous mériter des excuses ?- poursuivit sérieusement Rogue.

Hermione lui lança un regard intrigué mais n'osa pas déballer tout ce qu'elle avait sur le cœur : même si elle jouait avec cela, il était encore son professeur, même si elle avait toutes les raisons du monde de lui faire des reproches.

Rogue sembla deviner sa retenue puisqu'il l'incita à parler :

- Allons, je suis certain que les mots vous démangent. Je suis sûr que vous parviendrez à les tourner d'une manière qui ne se veut pas offensante pour un professeur.

« Euh Sev', tu peux me dire à quoi tu joues là ? T'es devenu maso ? Tu sais pertinemment qu'elle a un paquet de choses en travers de la gorge ! »

« Si les dire peut débloquer la situation, pourquoi pas ? Après tout, ce ne sont que des mots, et ce ne sera la première fois qu'on me les dira, alors pourquoi voudrais-tu que cela me blesse ? »

La jeune fille le sondait du regard, ne pouvant croire que Rogue était en train de lui demander de déballer toutes ses rancoeurs à son égard. C'était tentant, très tentant. Mais elle avait sa fierté. Elle était blessée dans son orgueil depuis toutes ces années, certes, mais elle ne voulait pas qu'il la voie comme une petite fille pleurnicharde.

- Je pense, monsieur, que vous devez parfaitement savoir quelles choses vous reprochent vos étudiants année sur année. Il serait inutile de gaspiller de la salive et de laisser refroidir ce délicieux dîner pour vous répéter ce que vous savez déjà.- déclara posément la Gryffondore en saisissant élégamment son verre et en buvant une gorgée pour appuyer son propos.

Rogue lui lança un regard impénétrable puis croisa les mains sous son menton et demanda d'une voix posée complètement opposée à son envie présente de lancer à cette insolente deux ou trois sorts de son invention :

- Et d'après vous, miss Granger, pourquoi est-ce que j'agis ainsi ?

Hermione reposa son verre en se demandant où il voulait en venir. Cette conversation bizarre la mettait mal à l'aise. Depuis quand le comportement de Rogue devait-il avoir une raison ? Elle avait envie de lui répliquer : « Parce qu'il y a une raison ? », ou bien « Parce que vous détestez vos semblables. » mais le ton sérieux et le regard franc de son professeur l'en dissuadèrent :

- Comme vous me l'avez si bien fait remarquer tout à l'heure, je ne connais rien de vous. Je vois mal comment je pourrais connaître les raisons qui vous poussent à enseigner de cette manière.

Rogue claqua la langue d'agacement :

- Cessez de répondre comme la première de la classe que vous êtes. Ce n'est pas une question de cours ou un contrôle. Je vous demande ce que vous pensez.- déclara Rogue en la regardant droit dans les yeux.

Hermione se mordit la langue pour la remarque sur la première de la classe et s'efforça de formuler sa réponse comme si elle n'y avait jamais réfléchi auparavant, ce qui était très loin d'être le cas :

- Eh bien j'imagine que vous avez un personnage, une réputation à tenir…

- C'est exact, comme toujours.- répondit Rogue avec un sourire trop exaspérant pour être sincère.

Sourire qui cette fois agaça trop Hermione pour qu'elle s'empêche de lui envoyer une remarque à la figure :

- Si vous espérez avoir une conversation civilisée avec moi, il va falloir ravaler vos sarcasmes et votre mépris.

Le faux sourire disparut et Rogue la regarda avec intérêt :

- Très bien, si c'est ce que vous voulez. Mais qu'aurais-je en échange, de votre part ?

- De quoi ?!- s'exclama Hermione avec une expression presque choquée.

Un minuscule sourire d'amusement se peignit sur les lèvres du professeur de potions :

- Miss Granger, vous me demandez de mettre de côté une partie très Serpentarde de moi-même. Il serait injuste que je sois le seul à faire cet effort.

La Gryffondore ouvrit la bouche, la referma, puis lâcha un soupir :

- Très bien. Et que suis-je supposée faire en échange ?- demanda t-elle, lasse.

- Eh bien, vous pourriez par exemple…voyons, cesser de me provoque intentionnellement.- dit-il, l'air de rien.

- Quoi ? Mais je ne… !- commença t-elle à protester.

Mais Rogue lui lança un regard si pénétrant qu'il lui fut impossible d'achever en toute bonne foi. Elle détourna les yeux avec agacement et lâcha, de mauvaise grâce :

- Très bien.

- Donc nous avons un accord ?- demanda Rogue avec le même sourire amusé, satisfait de la voir enfin admettre qu'elle faisait exprès de la provoquer à chaque fois qu'elle ouvrait la bouche.

- Oui.- admit Hermione à contre cœur.

- Parfait.- conclut Rogue avec satisfaction.

« Eh bah, tu m'impressionnes là Sev', t'as réussi à presque enterrer la hache de guerre ! »

« T'as vu, chu balèze hein ! »

« Arrête de crâner. »

Pendant ce temps, dans le cerveau de la Gryffondore :

« Hermione qu'est-ce que tu as fait ?! Si tu ne peux même plus le provoquer, comment vas-tu te défendre ? Qu'est-ce qui t'as pris d'accepter ce marché ?! »

« Argh je sais pas ! Il m'a regardé d'une manière tellement franche que je n'ai pas pu mentir… Et puis, peut-être qu'il sera supportable sans ses sarcasmes et son mépris… »

« Je demande à voir mais je l'espère pour toi ! »

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Harry/Drago

Drago referma la porte de la salle de bain, profondément agacé. Parce qu'il venait de se rendre stupide devant son pire ennemi et celui-ci allait lui resservir sa connerie à toutes les sauces.

« T'as qu'à demander qu'elle disparaisse ! » Bon ok, c'était élémentaire ! Et s'il n'y avait pas pensé, il y avait une bonne raison pour cela, tiens ! Il…était perturbé par tout ça, oui, exactement, ce sort de malheur perturbait totalement son équilibre naturel ! Et non, il n'était absolument pas de mauvaise foi, voyons il était un Malfoy !

D'un pas rageur, Drago revint à la table où se profilaient les restes du dîner. Le Serpentard lâcha un profond soupir et fusilla du regard la méchante tache responsable de sa déchéance. Elle disparut instantanément, ce qui agaça encore plus l'héritier Malfoy puisque cela prouvait que Potter avait raison.

Toujours à avoir raison ce petit fumier : à être du côté des gentils sauveurs de l'humanité, à être un gentil petit Gryffondor, à être le chouchou du directeur gâteux… Il était exaspérant à la fin ! Comment pouvait-on survivre avec autant de bons sentiments en soi ?! Ca devait être insupportable !

Enervé oui après tout, qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire que Potter soit son stricte opposé ? , Drago reprit sa place avec un air tout à fait maussade. Ce n'était pas son genre de se saouler mais là, il avait envie d'une grande quantité d'alcool pour noyer toute conscience de ce qui se passait et l'entourait.

De quoi oublier ce maudit sort jusqu'au lendemain, jusqu'à ce que Severus lui donne la solution à ce problème de plus. Il en avait déjà un bon paquet sur le dos (comme le fait de ne pas vouloir baiser les pieds du serpent visqueux) et il n'avait pas besoin de découvrir en plus que ce doucereux Gryffondor était sensé être son « âme sœur ».

- Salazar me vienne en aide.- gémit le Serpentard.- Et un bon verre de whisky pur feu aussi.

Le blond ferma les yeux de dépit en se rappelant que la nourriture et la boisson étaient les seules choses qu'il ne pouvait pas exiger de la salle sur demande. Il allait devoir se contenter de ce que l'elfe avait apporté.

Il se redressa et saisit l'autre carafe, ils n'avaient touché qu'au jus de citrouille et à l'eau, et approcha son royal nez pour identifier la mixture.

- Yiek, du vin.- grimaça t-il.- Si c'est pas pitoyable de se saouler avec du vin…- marmonna t-il en se servant un verre du liquide couleur sang.

En plus, il n'aimait pas le vin rouge. Trop amer. Mais à cas désespéré, mesures désespérées !

Le liquide bordeaux glissa dans sa bouche en lui laissant la sensation de quelque chose d'âcre et râpeux. Sensation qui se perdit dans les vapeurs d'alcool au bout de quelques verres accompagnés de sombres ruminations. Il ne sentait plus le goût de ce qu'il buvait mais tenait trop bien l'alcool pour pouvoir oublier tout ce qui le tracassait…

« C'est vrai quoi, pourquoi est-ce que ça devait être LUI ?! N'importe qui, j'aurais préféré ! »

« Un sang-mêlé aussi ? »

« Oh, père aurait été furieux bien sûr… Mais au moins, qu'il soit agréable à regarder ! Je veux pas passer ma vie avec un mec qui a des hublots et s'habille comme un clochard !»

« Bah, sans ses fringues… »

« Quoi ? »

« Tu te rappelles pas tout à l'heure, quand t'es entré dans al salle de bain ? »

« Je sais, je me suis ridiculisé, pas besoin de me le rappeler ! »

« Avant ça, fait un effort Dray ! »

« Eh bah quoi, j'ai ouvert la porte, j'ai failli m'étouffer tellement y avait de la vapeur et j'ai regardé dans la douche où il y avait Potter… »

« Nu. »

« Euh…ouais. »

« Avec l'eau ruisselant sur son corps négligemment appuyé contre la vitre qui ne cachait presque rien… »

« Arrête ! Pourquoi tu me rappelles ça ? »

« Parce que si je ne m'étais pas rappelée à ton bon souvenir à ce moment-là, tu serais resté bouche ouverte comme un strangulot hors de l'eau, à regarder cette eau délicieusement chaude ruisseler sur cette peau bronzée… »

« Eh oh ! STOP ! Ma conscience ne fantasme pas sur le corps de Potter, ok ?! »

« Et pourquoi pas ? Tu dois bien admettre qu'il est sacrément bien foutu, au moins de derrière. Hum, les muscles de son dos dessinés par les années de Quiddich… »

« Stop, ok ? Je ne veux pas, je ne peux pas en entendre plus, c'est clair ?! »

« Oh Dray chou, tu es vraiment de mauvaise humeur aujourd'hui. »

« Utilise encore ce surnom à la Pansy et je te jure sur ce bon vieux Salazar que je demande à Severus une potion pour te faire taire. »

« Quelle susceptibilité, vraiment ! On peut rien te dire à toi ! Et si ça va à l'encontre du manuel du parfait petit Malfoy, alors là, n'en parlons pas ! »

« Mais oui, tu es une pauvre victime martyrisée ! »

« Il n'empêche que, étant dans ta tête, de telles pensées n'ont pas surgi du néant. Et même si manifestement tu la rejettes, une partie de toi pense ainsi. »

« Va pas essayer de m'appliquer ta psychologie à deux balles, tu veux ! »

« C'est pas parce que t'es un Malfoy que ton inconscient diffère de celui du commun des mortels. Qu'est-ce que tu peux être snob des fois… »

Drago se pinça l'arrête du nez en se demandant comment il allait faire pour tenir jusqu'à demain sans cette potion anti-conscience trop chiante (si une telle merveille de concoction existait, bien sûr).

Peut-être qu'un peu plus d'alcool pourrait aider au processus de « ferme ta g conscience à la noix ».

Ravi par cette perspective, il s'empara de la carafe du détestable breuvage, oubliant qu'il en avait déjà absorbé le contenu jusqu'à la dernière goutte.

La lèvre du beau Serpentard légèrement éméché se mit à trembler comme celle d'un bébé terriblement triste et il aurait presque assurément lâché un « Ouiiiiinnnnnn !! » retentissant si une petite créature n'était pas apparue un peu plus loin dans un petit « plop ! ».

Drago se ravisa quant à la possibilité de faire partager à autrui la puissance de ses cordes vocales en mode colère et désespoir et regarda l'elfe avec un regard ravi et brillant d'étoiles d'espoir.

Ledit elfe, qui n'était autre que le complice et serviteur de Dumbledore le tout puissant dans son entrepris pour sauver Poudlard, et le monde accessoirement, jeta un regard étrange au Serpentard plus si maître de lui que ça.

Alors que l'elfe allait formuler l'hypothèse fort probable d'une beuverie éhontée pour un élève d'une telle maison, Drago lui fourra la carafe vide sous le nez :

- Elle est vide ta carafe, bonhomme !

Le seul elfe possédant un tant soit peu de distinction du monde sorcier (il devait avoir des ascendants parmi d'autres créatures plus raffinées que les elfes) eut une imperceptible moue :

- Je vous demande pardon, monsieur ?- demanda t-il en plissant le nez.

- Je te dis qu'il y a plus rien dans ce broc ! Et tu sais, c'est vraiment impardonnable de laisser une telle œuvre d'art vide !- s'exclama Drago très philosophiquement en désignant la carafe en argent comme un vendeur de chaudrons.

Légèrement sceptique, l'elfe saisit la cruche.

- Et mets-y un truc bien fort, pas du pipi de chat ! Chui un homme moi !- déclara virilement le blond en se frappant le torse du plat de la main.

L'elfe disparut, laissant derrière lui un jeune Malfoy aux limites de la maîtrise de soi et de la conscience. L'alcool semblait agir sur lui à retardement et il était maintenant fort peu apte et capable d'avoir une conversation sur la question du pourquoi du comment son subconscient fantasmait sur le corps d'un certain Gryffondor.

Et puis c'est vrai quoi, pourquoi fantasmerait-il sur ce binoclard sans intérêt ? Il y avait bien trop d'années de haine entre eux pour qu'il puisse même envisager Potter comme un mec comme les autres. C'était Potter quoi ! La source de sa haine, immatériel ! Il ne pouvait absolument pas avoir quelque chose d'alléchant sous ces vieilles fripes ! C'était tout simplement impensable !

« Et pourtant, ce que tes yeux ont vu était loin d'être déplaisant à regarder… »

Heureusement, le plop de la salvation se fit entendre et Drago n'eut pas à mentir effrontément à sa conscience sur le fait que non, ce qu'il avait vu ne lui pas plu du tout, ça lui avait brûlé les rétines même, tellement c'était hideux ! Oui, petit elfe qui tombait pile au bon moment, avec le salut de l'oubli entre ses mains !

- Aller, vers-moi ça, coco, il était temps !

L'elfe, tout à fait sobre pour sa part, lui jeta un regard un peu craintif :

- Le professeur Dumbledore a jugé qu'il ne valait mieux pas vous redonner de l'alcool étant donné votre état…

- Quoi ?! Tu as demandé son avis au vieux fou ?!- tempêta Drago sans se rendre compte que sa voix gagnait généreusement en décibels.

- Vous devriez aller vous coucher, Mr Malfoy. J'ai une potion pour vous, pour ne pas avoir mal à la tête demain.

- Tu oses insinuer que je ne tiens pas l'alcool et que je vais avoir une gueule de bois carabinée ?! Vilaine créature ! Serpillière noyée dans de la bave de troll !...

- C'est quoi tous ces cris à la fin ?!- s'exclama tout à coup une voix beaucoup trop forte et trop proche des oreilles du Serpentard.

Drago fit volte face, beaucoup trop rapidement pour son pauvre petit cerveau embrumé par les vapeurs d'alcool, et tomba nez à nez avec un Harry Potter aux cheveux encore tout mouillés.

Et étrangement, il ne trouvait rien à redire à cela. Sauf que ça le rendait très triste. Il ne savait plus trop bien pourquoi mais il se devait d'être triste.

Voyant que Malfoy ne répondait pas, Harry interrogea l'elfe du regard :

- Je crois que Mr Malfoy ne s'est pas rendu compte qu'il criait. Il a un peu bu…

Le brun regarda à nouveau le Serpentard qui affichait à présent une moue triste et semblait au bord des larmes.

« Pas qu'un peu à mon avis. Il doit falloir une bonne quantité d'alcool pour que Malfoy perde ainsi la maîtrise de lui-même… »

- On peut faire appel à des potions ici ?- demanda Harry à l'elfe qui regardait avec grand intérêt la mine déconfite du prince des Serpentards.

- Non, Mr Potter. Mais je peux demander au professeur Dumbledore de m'en donner.

- Bien, alors une potion pour la gueule de bois et une potion de sommeil.

- Je reviens tout de suite, monsieur.

L'elfe disparut et Harry se tourna vers le Serpentard, mal à l'aise face à ce visage si transparent. Sa lèvre inférieure s'était mise à trembler et le brun se demanda s'il irait jusqu'à pleurer, ce qui serait le summum pour un aristo comme Malfoy.

Bizarrement, il ne parvenait pas à profiter de ce moment de relâchement ni à éprouver une sorte de curiosité malsaine face à l'état d'ébriété du blond. Il avait plutôt envie de fuir loin de ce visage si expressif et de retrouver le calme impassible de l'héritier Malfoy-je-ne-ressens-rien.

C'était étrange comme pensée, un peu maso même, mais au moins, avec l'ennemi de toujours, il savait à quoi s'attendre. Ce qui n'était pas vraiment le cas face à un Malfoy aux yeux tout humides et à la lèvre tremblante.

C'est pourquoi il risqua d'une toute petite voix qu'il n'aurait jamais utilisée avec le Malfoy sobre :

- Qu'est-ce qui ne va pas ?

- Il…il a ramené le broooooc !- répondit Drago avec désespoir et moult trémolos dans la voix.

- Et, c'est grave ?- demanda Harry d'une voix hésitante, ne comprenant pas.

- Mais oui, je voulais boire moi !

- Tu ne crois pas que tu as déjà trop bu ?

- Mais j'ai soif moi ! Et pis je dois boire, je sais plus pourquoi mais je dois boire ! Et je dois être triste aussi !- déclara très sérieusement Drago.

- Ah…bah écoute je ne peux pas savoir à ta place.

Plop !

- Ouais !! A boire !- s'exclama joyeusement le blond.

Harry vit, au visage de l'elfe, que celui-ci s'apprêtait à démentir mais il le dissuada d'un regard.

- Oui, à boire. Tiens, j'ai deux super trucs pour toi.- affirma t-il en prenant les fioles.

Drago lui lança un regard suspicieux :

- Et pourquoi c'est pas dans un broc ? Je veux un broc.- déclara t-il, buté, en croisant les bras sur son torse.

Harry soupira, congédia l'elfe puis prit les choses en main. Il versa la fiole de sommeil dans le broc vide et la reversa ensuite dans un verre, sous l'œil ravi du Serpentard.

- Aller, bois.- dit-il en lui tendant le verre.

- Tu bois pas avec moi ?- demanda Drago avec un air de surprise enfantine.

Son visage rayonnait d'une telle candeur qu'Harry se demanda où Malfoy enfouissait cette partie de lui-même.

- Euh, on n'est pas vraiment amis pour boire ensemble…

- Ah oui, c'est vrai, j'avais oublié.- sourit Drago en engloutissant la potion de sommeil.

Immédiatement, il se mit à bailler et Harry se rendit compte qu'il avait commis une erreur stratégique et qu'il devait se dépêcher s'il ne voulait pas avoir à traîner le blond jusqu'à sa chambre.

- Aller Malfoy, va te coucher.- fit-il d'une voix calme mais autoritaire.

- Ah oui, dodo… C'est où déjà mon lit ?

- Par là, viens.

Drago le suivit mais au bout de deux mètres, il faillit s'écrouler sous l'effet de la fatigue et il ne dû qu'à l'épaule secourable du Gryffondor de ne pas s'étaler de tout son long dans le couloir.

Ils avancèrent en silence dans le couloir, jusqu'à ce que Drago demande d'une voix chagrinée :

- Dis, pourquoi on n'est pas amis au fait ?

Harry se serait presque demandé si quelqu'un n'avait pas volé l'apparence de Malfoy pour le faire marcher, s'il n'imaginait pas la quantité d'alcool qu'avait dû ingurgiter le Serpentard. Et puisque celui-ci était ivre, il ne se rappellerait certainement pas de cette conversation. C'est pourquoi le Gryffondor se permit une réponse sincère :

- Eh bien, parce qu'on s'est détestés pour des histoires de gamin qui ont interdit autre chose que de la haine entre nous.

- On se déteste alors ?

- Pour ma part, plus vraiment… C'est plutôt une question d'habitude. Tu m'enquiquines et moi je ne peux m'empêcher de riposter, et ça ne s'arrête jamais.

- C'est triste tout de même…

Harry faillit se mettre à rire face à cette phrase totalement incongrue dans la bouche du Serpentard, mails il remarqua alors le visage sincèrement triste du blond. Il n'avait plus l'air d'un gamin à qui on aurait piqué ses bonbons : il semblait vraiment affecté, voire bouleversé par cette constatation. Et la pureté de ce visage noua l'estomac du Gryffondor.

- Oui, c'est triste.- répondit-il d'une voix douce.

Ils parvinrent à la chambre du Serpentard, que l'elfe avait dû aménager, comme la chambre préparée à son intention, qu'il avait découverte au sortir de la douche. Harry poussa la porte et chercha des yeux, dans la pénombre, un lit où poser le blond à moitié assoupi. Il distingua les épaisses tentures du lit à baldaquin avec un soupir de soulagement. Malfoy commençait sérieusement à se faire lourd, à mesure que la potion faisait effet, l'entraînant dans un sommeil profond.

Il parvint à faire faire quelques pas supplémentaires au Serpentard, et l'allongea sur le lit. Un pyjama de soie verte était posé sur la table de nuit mais Harry n'y toucha pas. Il voulait bien être serviable, mais de là à déshabiller le blond pour lui mettre son pyjama… Surtout que le maître incarné de la mauvaise foi ne manquerait pas de crier au viol et à l'attentat à la pudeur à son réveil.

Il retira tout de même les chaussures de Drago et rabattit la couverture sur lui, avant de quitter la chambre, sans un regard en arrière pour le Serpentard qui dormait à présent comme un bienheureux.

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Voilà pour ce chapitre, j'espère que l'attente sera récompensée par sa longueur ! J'espère également que le contenu sera à la hauteur de vos espérances ! Bonne lecture à tous et merci encore pour vos reviews qui me font tant plaisir ! J'adore écrire cette fic et franchement, le fait que ça vous plaise aussi ne peut que m'encourager ! Bien sûr, si vous avez des remarques ou critiques, je suis également à l'écoute, dans le but de toujours m'améliorer ! En tous cas, merci de votre soutient et de votre fidélité !

Bisous à tous et à bientôt !

Angedescieux