« Je vais protéger qui ?! s'indigna Alexander en plaquant ses mains sur le bureau d'Himmler.
-Göring a requis ta présence pour l'accompagner lors de la présentation des nouveaux modèles d'avions de la Luftwaffe, répéta Himmler sans quitter des yeux son rapport.
-Mais vous savez bien qu'il ne m'apprécie pas !
-Il est le ministre de la Luftwaffe et tu es un pilote.
-Je ne vois pas le rapport !
-Tiens-tu à revenir dans la salle de tortures, Alexander ? demanda Himmler en levant les yeux vers le wraith.
-Non, murmura la créature.
-Parfait. Demain, sois levé à sept heure. Mon chauffeur t'emmènera au terrain d'entraînement de la Luftwaffe.
-Oui, monsieur, grogna le wraith en quittant le bureau. »

Il n'en revenait pas… Pourquoi Göring l'avait demandé plutôt qu'un autre ? Bien que l'homme était le ministre de la Luftwaffe, le wraith ne l'aimait guère. Il le trouvait arrogant et incapable de gérer une telle tâche ! Alexander se dirigea vers les écuries où Blitz l'attendait dans son boxe.

Les quelques soldats qui s'entraînaient se tournèrent vers lui en le voyant arrivé et murmurèrent :
« C'est Drachen, souffla un homme.
-Quoi ? Le pilote ?
-Mais non c'est un SS !
-Il paraît qu'il est les deux, chuchota un autre.
-On dit aussi que la mort l'accompagne, plaisanta le suivant.
-Cessez ces commérages et faîtes plutôt dix tours de pistes ! aboya l'instructeur. Veuillez pardonner leurs comportements, monsieur Rosenwald, dit l'humain en s'approchant de lui.
-Tenez les mieux en laisse, la prochaine fois, ils souffriront. »

L'humain hocha la tête et partit. Alexander s'empara de plusieurs brosses et autre objets pour s'occuper de Blitz.

L'immense étalon noir hennit en le voyant et baissa la tête, attendant une caresse qui ne tarda pas à venir.
« Bonjour mon beau, comment ça va ? »
Un hennissement lui répondit. Le wraith l'attacha à un des barreaux et se mit à brosser la magnifique robe du cheval.
« Je vais devoir protéger un humain que je déteste, grommela-t-il. En fait, on se déteste mutuellement. Mais je n'ai pas vraiment le choix, je ne veux pas décevoir Himmler et Hitler. Et Franz est partit je ne sais où… Heureusement qu'il me reste Wolf, sourit le wraith en prenant le mors. Allez, ouvre le bec… Voilà. Je me demande comment j'ai atterrit ici, continua-t-il en prenant le tapis et la selle. »
Blitz lui donna un petit coup en hennissant. Alexander éclata de rire en attachant la selle.

Il se sentait libre et puissant. Bien sûr ce n'était pas la même sensation que quand il volait mais c'était similaire. Blitz galopait vite et sautait sans rechigner les nombreux obstacles du cross. Il fit au moins deux tours avant de se lasser et de s'entraîner au saut d'obstacle.

A la fin du parcours, il entendit des applaudissement. Le wraith tourna la tête et vit un humain, assis sur la barrière. Il portait un uniforme de cérémonie avec une immense casquette qui assombrissait son regard. Alexander lança l'étalon au pas vers lui.
« Bonjour, salua le wraith méfiant.
-Bonjour, dit l'humain. C'est vous, Drachen ?
-Oui, répondit Alexander.
-Votre réputation vous précède ! S'exclama l'homme. En plus d'être un excellent pilote et un SS expérimenté, vous êtes un merveilleux cavalier !
-Puis-je savoir qui vous êtes ?
-Ah mais où sont mes bonnes manières ! Je suis Kurt Hasse, champion de saut d'obstacle en individuel et en équipe ! proclama l'homme.
-Ah oui, j'ai lut des articles à votre propos. Félicitions pour vos victoires.
-C'est surtout Toa qui a fait le plus gros du travail, sourit Kurt en descendant de la barrière et en caressant Blitz. C'est un bon cheval, il doit être très polyvalent.
-Comment le savez-vous ?
-J'ai beaucoup étudié les chevaux. Oh, il a une éraflure, remarqua l'humain en effleurant le tibia. Il va falloir appeler un vétérinaire.
-C'est grave ? demanda le wraith en descendant de cheval.
-Non, le vétérinaire va lui faire un bandage et il aura droit à quelques jours de repos, répondit Kurt en tapotant la tête de Blitz. »
Comme l'humain adorait les chevaux et semblait gentil avec eux, Alexander le laissa ramener son cheval au boxe.

Assis devant le clavier blanc, il laissa ses doigts faire. Les quelques notes simples se transformèrent en mélodie complexe. La musique envahit la salle ainsi que les différentes pièces et les couloirs. Soudain, la mélodie s'arrêta.
« Oui ?
-Nous vous amenons votre repas, monsieur. »

Alexander se leva et attrapa l'humain qu'on venait de balancer dans la pièce. Comme d'habitude, l'homme hurla de terreur, tenta vainement de s'échapper et cria de douleur lorsque le wraith aspira sa force vitale. Il traîna le corps et le redonna aux soldats qui partirent sans dire un mot.

Il se rassit sur son tabouret et écrivit quelques notes sur son cahier. Il n'avait aucune envie de protéger et d'accompagner Göring à cette présentation mais les nouveaux prototypes d'avions l'intéressaient. En tant qu'as de la Luftwaffe, il se devait d'avoir l'avion le plus robuste et le plus rapide ! En soupirant, Alexander s'affala dans un sofa et attrapa un livre sur la table.

Göring dévisagea un moment le visage du grand SS qui lui faisait face.
« Je te préviens, un faux pas et je te fais enfermer. Il est hors de question que tu m'affiches devant tout le monde, c'est clair ?
-Oui, monsieur.
-C'est monsieur le ministre, reprit Göring. »
Un léger grondement lui répondit et ils se mirent en marcha dans les entrepôts, entouré de deux soldats et attendu par une quinzaine d'ingénieurs.

L'homme ne put s'empêcher de se demander si ce Alexander Rosenwald était vraiment humain. Déjà, il portait ce drôle de masque argenté ayant la forme d'un crâne humain et malgré la chaleur de ce mois de juillet, il portait des gants noirs. Ses cheveux étaient blancs et ses yeux étaient anormalement jaunes.
« D'où viens-tu? demanda-t-il au bout d'un moment.
-Pardon ?
-D'où viens-tu ? »
Le SS ne lui répondit pas.
« Alexander !
-Je viens de Basse-Saxe, répondit l'homme.
-Où habitais-tu ?
-A Oldenbourg. »

Göring avait donc des pistes pour enquêter sur lui. A la fin de la journée, l'homme le raccompagna chez lui avant de repartir seul, dans la nuit chaude de Berlin.

Quelques jours plus tard
« HIMMLER ! Rugit Göring en entrant dans son bureau.
-Oh, bonjour Göring, salua l'homme, nullement surpris. Que me vaut cette visite ?
-Votre protégé, ce Alexander Rosenwald, il n'existe pas !
-De quoi parlez-vous ?
-De l'homme que j'ai demandé pour m'accompagner à la présentation des nouveaux modèles d'avions ! C'est vous même qui me l'avait recommandé !
-Écoutez Göring, soupira Himmler, Alexander Rosenwald existe puisqu'il a ses papiers d'identité et que vous l'avez vu.
-Oui mais j'ai enquêté sur lui et il ne vient pas de Basse Saxe ! De plus, il est très différent de nous physiquement !D'où vient-il ?! »
Le chef des SS soupira une nouvelle fois et demanda à son assistante de fermer la porte et de les laisser seul.
« Je ne sais pas d'où vient Alexander, avoua-t-il.
-Quoi ?
-Alexander n'est pas humain.
-Mais comment… C'est impossible !
-Impossible ? Regardez ces photos, dit-il calmement en lui tendant des clichés. »

Il observa chacun des clichés puis il les posa sur le bureau d'Himmler.
« Hitler le sait ? demanda Göring d'une toute petite voix.
-Oui. Et je vous recommande de garder ce secret si vous tenez à la vie. En attendant, j'ai du travail qui m'attends.
-Oui, bien sûr, je comprends, bafouilla l'homme devenu pale. Je vais y aller.
-Au revoir, Göring. »
Il sortit rapidement du bureau, prit de vertiges.

« Il va falloir faire plus attention, dit Alexander. Göring sait qui je suis.
-Tu sais, ça ne m'étonne pas qu'il est fait des recherches sur toi. Il est tellement peureux, ricana Wolf en se servant un autre verre de vin.
-Si quelqu'un t'aurais entendu…
-Je me fiche des conséquences.
-On doit accompagner qui demain ?
-Personne, on est de repos, répondit Wolf.
-Je vais pouvoir visiter des musées alors !
-Depuis quand tu t'intéresses à notre culture ?
-Depuis que j'ai commencé à vous fréquentez.
-Si tu aimes les langues, je peux te demander à un ami de t'apprendre les langues anciennes, proposa Wolf.
-Les langues anciennes ?
-Oui, le latin, le grec, les hiéroglyphes…
-Ce serait intéressant, effectivement, sourit le wraith.
-Et tu apprends vite, je paris qu'en quelques jours tu les sauras toutes par cœur !
-N'exagères pas ! Je ne suis pas scientifique.
-Quel est le rapport ?
-De là d'où je viens, c'est généralement les scientifiques et les ingénieurs qui ont de grandes connaissances, expliqua Alexander.
-Tu viens d'un endroit vraiment étrange… Bon, je vais me coucher. A demain ! »

Alexander le salua de la tête et rangea la bouteille de vin à sa place. Il détestait cette boisson par contre, il raffolait de la bière. Maintenant qu'il les fréquentait, le wraith s'était rendu compte que les humains surpassaient facilement les wraiths concernant la culture, la cuisine, les armes… Par exemple, un wraith n'avait que quelques armes pour se battre et tuer tandis que les humains avaient milles façons de tuer avec élégance et simplicité !

Le wraith attrapa un de ses carnets remplit de notes. Alexander les relut avant de commencer à écrire et à faire quelques esquisses des modèles d'avions et d'armes qu'il avait pu voir durant cette longue et fatigante journée.

Il sourit en voyant son carnet noir de notes et de dessins. Finalement, vivre aux côtés des humains n'était pas si mal.

Note de l'auteur :
Kurt Hasse et son cheval Toa ont remporté les médailles d'ors du saut d'obstacle individuel et en équipe lors des jeux olympiques de Berlin en 1936. Il meurt en 1944.
Göring était le ministre de la Luftwaffe, deuxième figure politique après Hitler. Il se suicide en 1946 pour échapper à sa condamnation.