Note : Nouveau chapitre :)


Chapitre 9 : Pourquoi

Jeanne s'approcha de la sirène. Elle était allongée dans une grande bassine d'eau, la tête complètement immergée. Seules quelques mèches flottaient à la surface. La jeune femme tapota contre le récipient, créant des ondes dans l'eau. La sirène remonta la tête à la surface et fixa sur Jeanne un regard vide.

- Je voulais te parler, déclara Jeanne.

La sirène replongea sous l'eau. Jeanne soupira, mais elle se doutait que ce ne serait pas facile. Elle s'assit sur le rebord et attendit, attendit, attendit.

- Ca va Jeanne ? lui demanda Pirika en passant. Tu ne vas pas attraper froid ? Le vent commence à se lever.

- Non merci, c'est bon, remercia poliment Jeanne.

Ren posa sur elle un regard curieux mais Jeanne détourna vivement la tête, froissée.

- Pourquoi ?

Jeanne sursauta. La sirène venait de parler, d'une voix claire et lumineuse, le visage à moitié sorti de l'eau.

- Je… Pourquoi quoi ?

La sirène la fixa mais n'ajouta rien.

- Pourquoi vous a-t-on enlevée ? devina Jeanne. Je ne sais pas. Ce qu'on m'a dit sur le sujet ne me convainc pas.

- C'est toi.

Jeanne cligna des yeux, puis comprit.

- Je… J'ai fait… J'ai joué de la flûte parce qu'on me l'a demandé. Tu sais, se reprit-elle, je comprends ce que tu ressens. Moi aussi je suis prisonnière de ces pirates.

- Et tu les as aidé à m'emprisonner, chuchota la sirène.

Jeanne se décomposa un instant. En fait, elle n'avait pas vraiment réfléchi à ses actes. Et puis elle ne se sentait pas réellement prisonnière. De toute manière, ce n'est pas comme si elle pouvait s'enfuir pour rejoindre les siens. Les siens étaient morts et les seuls qui lui restaient, Marco et Lyserg, étaient avec elle sur le bateau. Contre toute attente, Marco s'était d'ailleurs plutôt bien intégré.

- Comment tu t'appelles ? changea de sujet Jeanne.

- Tamao, chuchota la sirène.

- C'est un joli prénom, la complimenta Jeanne. Tu as une très jolie voix.

Tamao ne semblait pas l'entendre, les yeux fixés dans le vague. Jeanne retourna la tête, cherchant quelque chose qui pourrait perturber la sirène, mais il n'y avait rien d'anormal. Quand elle reporta son regard sur le bassin, Tamao était de nouveau sous la surface de l'eau. Abandonnant sa tentative de contact, elle préféra retourner dans sa cabine. Enfin, la cabine de Ren.

Ren jeta un regard circulaire dans sa cabine mais celle-ci était vide. Il retira sa veste et ses chaussures et sursauta violemment quand le vase volé sur le Nails éclata en morceaux sur le sol.

- Désolée, fit Jeanne en se relevant. Je cherchais… Quelque chose. Et puis sans faire exprès… Mais vous êtes nu ! s'écria-t-elle brusquement.

- Je ne suis pas nu, je suis torse nu, protesta Ren. Quand on dort ensemble, je le suis aussi et tu ne joues pas à la jeune vierge effarouchée.

Jeanne pinça des lèvres et lui tourna ostensiblement le dos.

- Qu'est-ce que tu cherchais ? s'enquit Ren.

- Rien du tout, mentit Jeanne.

Des bras l'attrapèrent par la taille et son dos se retrouva plaqué contre le torse du pirate.

- Qu'est-ce que tu cherchais ? répéta distinctement Ren.

Jeanne hésita mais céda quand le capitaine resserra son étreinte.

- Je cherchais des parchemins, des écrits, quelque chose qui expliquerait pourquoi vous vouliez capturer cette sirène, lâcha-t-elle, agacée. Vous me libérez maintenant ?

Ren la lâcha et elle le fusilla du regard.

- Tu ne pourrais pas te tenir un peu tranquille, grommela-t-il. Tu devrais m'être reconnaissante de ne pas te traiter comme une prisonnière.

- Et toi tu devrais m'être reconnaissant de t'avoir sauvé la vie, cracha Jeanne, ses yeux flamboyant.

- Si tu n'avais pas été là, un autre m'aurait fait du bouche à bouche à ta place, fit Ren en haussant les épaules.

Jeanne écarquilla les yeux, stupéfiée par autant d'arrogance. Nullement décontenancé, Ren s'installa dans son lit et lui tourna le dos. Jeanne monta sur le lit et s'approcha de lui.

- Pourquoi l'avez-vous capturée ? demanda-t-elle.

- Tais-toi et dors.

- Pourquoi l'avez-vous capturée ? insista Jeanne.

Ren garda le silence. Frustrée, la jeune femme s'empara de son oreiller et le frappa à la tête de toutes ses forces. Ren réagit aussitôt et la plaqua contre le lit, soudain furieux. Jeanne remonta la jambe, lui assenant un coup de genou entre les jambes qui le fit grimacer de douleur.

- Pourquoi l'avez-vous capturée ? réitéra-t-elle.

- Tu es vraiment têtue quand tu veux, râla Ren.

- Pourquoi l'avez-vous…

- Stop ! l'interrompit Ren en plaquant une main sur sa bouche. On fait du troc. Tu veux une information ? D'accord. Qu'as-tu à me donner en échange ?

Jeanne le mordit et il retira vivement sa main, contrarié.

- Je t'écoute, fit-il en se redressant tout en la maintenant allongé avec les jambes. Qu'as-tu à marchander ?

- Marco va…

- Tu ne sais donc rien faire toute seule ? s'agaça Ren.

Jeanne se tut. Elle n'avait rien à marchander, comme il le disait, et il le savait très bien.

- Moi je sais ce que je veux, déclara Ren. Un baiser.

- Un… Un quoi ? balbutia Jeanne, prenant soudain une jolie teinte écrevisse.

Ren, ravi, la libéra, un sourire supérieur collé sur le visage. Il savait que le Seigneur Maiden qu'elle était ne pourrait jamais lui accorder ce baiser.

- Bonne nuit, lâcha-t-il en se rallongeant, pensant pouvoir enfin trouver la paix.

Jeanne se crispa, repensant aux paroles de Tamao. Sans réfléchir davantage, elle tira Ren par l'épaule et s'approcha un peu brusquement de son visage. Elle s'arrêta à quelques centimètres de lui, ne distinguant que deux pupilles jaunes écarquillés, hésita, ferma les yeux.

L'instant d'après, elle fut brutalement repoussée et faillit tomber du lit.

- C'est bon, c'est bon, fit précipitamment Ren, le souffle court.

A sa grande surprise, les joues du capitaine étaient toutes rouges.

- Il y a plein de légendes, sur les sirènes, reprit Ren d'une voix calme. Leur premier baiser donnerait le pouvoir de respirer sous l'eau, leurs larmes guériraient les blessures, la longueur de leurs cheveux indiquerait leur âge et si elles s'en séparaient… elles pourraient faire des choses hors du commun. Elles seraient d'après les marins immortelles, se changeant en écume à leur mort pour renaître telles des phénix d'un coquillage. Il y aurait douze sirènes, jamais une de plus, jamais une de moins. Leurs voix sont enchanteresses mais fatales aux humains que s'y oublient.

Ren s'arrêta dans son discours, reprenant son souffle.

- Alors, comprit Jeanne, vous en avez capturée une pour… vérifier ces légendes ? Vous compter l'embrasser de force ? Lui couper les cheveux ?

- Non, l'arrêta aussitôt Ren, outré. Juste discuter, lui demander. Peut-être lui piquer quelques larmes aussi. Faust et Elisa seraient ravis d'avoir enfin une potion magique pour soigner n'importe quelle blessure.

- C'est tout ? s'étonna Jeanne.

- Oui, répliqua Ren, légèrement agressif.

- Ah… C'est que… je m'attendais à pire, de la part de pirates, se justifia Jeanne.

- Pire ? Cette sirène est une créature de celui que vous vous plaisez à appeler le « roi des mers », un être surnaturel, mystique… divin. Il faut savoir respecter certaines choses. Ce que vous ne faites pas, ajouta-t-il avec une nuance de reproche dans la voix.

- Vous êtes de ces prêtres fanatiques qui défendent le roi des mers ! s'écria Jeanne.

- Ne fais pas de conclusions trop hâtives, s'agaça Ren. Pourquoi haïssez-vous ce roi ? Pour les tempêtes qu'il déclenche ? Que vous a-t-il fait ?

- Les parents de Lyserg sont morts dans un naufrage, cita Jeanne. La femme de Marco…

- Ce sont des choses qui arrivent, s'énerva le pirate. Tout le monde meurt un jour, ils devraient se réjouir que leur fin soit arrivée en mer. C'est quelque chose de naturel. Il serait temps pour vous, X-laws, d'arrêter de vouloir tout contrôler. Rakist a compris votre bêtise puisqu'il a changé de camp.

- Comment savez-vous…

- J'ai un peu discuté avec Marco. La suite, c'est de la déduction…

Jeanne se rassit correctement sur le lit, réfléchissant, le nez un peu plissé dans sa concentration, quelques folles mèches blanches barrant son front. Ren la trouvait plutôt jolie en cet instant. Chose qu'il n'avouerait bien sûr jamais, pas comme cet idiot d'Horohoro qui passait son temps à s'extasier sur la beauté de la jeune femme, au risque de finir écharpé par Marco.

- Donc, essaya-t-elle de récapituler.

- Au lieu de chercher à détruire ce que je ne comprends pas, j'essaye d'en percer les mystères, conclut Ren à sa place.

Elle inclina légèrement la tête sur le côté, pensive.

- Sur ces mots, j'ai vraiment besoin de sommeil. Je prends la barre dans moins de deux heures.

- Mais, l'arrêta Jeanne. Vous ne voulez pas… votre baiser, souffla-t-il d'une voix hésitante.

Elle ne put pas distinguer le visage de Ren car il lui tournait en partie le dos, mais elle put nettement voir ses oreilles rougir.

- Non, fit-il d'une voix sèche en se laissant tomber comme une masse sur le matelas.

Jeanne s'allongea toute habillée à côté de lui, les yeux rivés sur le plafond. Il fallait qu'elle retourne voir Tamao pour lui donner la réponse qu'elle attendait. Mais pas tout de suite. D'abord, il fallait qu'elle dorme.