10.
Ayvanère s'étira en ronronnant, roula sur le côté et vint se blottir dans les bras de son mari.
- Tu t'es surpassé, mon démon roux. Je le savais, mais les voyages te réussissent toujours. J'adore nos premières retrouvailles !
- Je peux te retourner le compliment, murmura-t-il en traçant du doigts des sillons sur la peau humide d'Ayvanère.
- J'ai déjà eu les échos de ton séjour auprès de ta sœur aînée. Je suis heureuse que tu aies passé du bon temps avec elle et sa petite famille, et ce même si cela a un peu mal commencé !
- C'est peu de le dire… maugréa-t-il en s'adossant aux oreillers. Déjà avoir dû affronter mon père alors qu'il était sous l'influence de Grunda avait été une effroyable torture mentale, mais devoir mettre un terme aux agissements de Kwendel après tous les services rendus – et tout récemment encore avec Albior – était inhumain et profondément injuste !
- Oui, il a été bien mal récompensé de tout ce qu'il a fait pour toi, soupira-t-elle tout en lui mordillant un téton.
- De serial killer, il était devenu notre ange gardien, reprit Aldéran. Sans lui, à tant de reprises, je ne me serais pas sorti des pièges tendus par les autres entités surnaturelles… Oui, il y a longtemps que je serais passé de vie à trépas, s'il ne m'avait prêté assistance ou s'il n'avait cherché des solutions ou encore contacté des entités pour me rafistoler !
- Il n'y a vraiment aucune chance pour qu'il s'en sorte ? insista-t-elle avec espoir.
- Il y a toujours une chance, si infime soit-elle. Mais là, il est prisonnier des lianes de Lacrysis, ce dernier va le vider de toute son énergie et sa flamme s'éteindra – même s'il est possible que nous soyons déjà tous dans la tombe à ce moment vu la puissance que Kwendel a atteinte à travers moi.
Il s'assombrit.
- Papa avait raison, sa méthode était meilleure, une exécution éclair. C'était infiniment préférable au sort qui l'attend…
Ayvanère se redressa soudain sur les genoux.
- J'ai toujours eu un faible pour ton ancien jumeau, mais je ne veux pas de lui dans notre lit ! Et certainement pas non plus sous la douche, ajouta-t-elle en se précipitant vers la salle de bain.
Aldéran eut un petit gloussement, rejoignit à son tour la cabine et se glissa derrière elle.
Après les aînés, Aldéran avait introduit le nom d'un autre correspondant et le visage d'Albior était apparu sur l'écran.
- Tu as fait un beau voyage ! lança le jeune garçon, sur le ton de la certitude.
- Il semble en effet que ce soit inscrit sur mon visage car tout le monde m'en fait la remarque !
- Tu es épanoui comme jamais, mon papa. Mais j'ai quand même très hâte de revenir te serrer dans les bras.
- Moi aussi, je voudrais te câliner, mon poussin. Mais je me demande si tu ne devrais finalement pas remplir ce formulaire de stage pour les vacances qui débutent fin de cette semaine ?
Le visage d'Albior devint chagrin.
- Quoi, tu ne veux pas de moi ? Tu veux m'éloigner ? se plaignit le jeune adolescent.
- Allons donc, que vas-tu donc penser, mon grand. C'est juste que ce stage d'escalade te tenait à cœur, et tu as besoin de te muscler un peu, cela te fera le plus grand bien, au grand air après les rudiments en salle.
- Mais, c'est toi qui voulais que je revienne à l'appart pour le congé ! protesta légèrement Albior. Quand tu te dirigeais vers Terra IV tu me confiais ton inquiétude de ce que tu allais y trouver… Tu étais à la fois décidé à le faire et horrifier de songer que tu n'avais pas d'autre alternative ! Je suis le mieux placé pour te comprendre, mon papa !
- Tu es encore si jeune, mon cœur. Tu n'as que treize ans. Je t'ai dit des centaines de fois que mes soucis ne devaient pas être les tiens !
- Je peux tout supporter, assura crânement le jeune garçon aux boucles auburn. Je suis bien plus fort que tu ne le crois ! Je n'ai pas les connaissances, mais depuis l'année dernière, je suis un Guérisseur en pleine possession de ses pouvoirs.
- C'est bien ça qui nous inquiète, ta mère et moi…
Albior eut un désarmant sourire.
- J'ai promis de ne plus les utiliser, rappela-t-il, et certainement pas contre toi !
Son père rit franchement.
- Mais, je l'espère bien !
- Je suis prêt à tout pour te défendre, mon papa, affirma alors Albior avec une déterminante impressionnante pour son âge.
- Je sais. Ca me touche. Mais je refuse toujours que tu recommences à te sacrifier pour moi !
- Je ferai ce qu'il faut, s'il le faut !
- Mon petit défenseur, fit tendrement Aldéran. Allez, étudie bien, je te rappelle avant ton départ en stage.
- D'accord, je remplis le formulaire puis je te l'envoie pour ta signature électronique. Je t'aime, mon papa !
- Je t'adore, mon poussin !
A son arrivée sur le plateau des Unités d'Intervention, Aldéran mit ses amis en garde.
- Si l'un de vous dit que j'ai bonne mine, je le vire !
- Inutile de le dire, tu es resplendissant ! gloussa Soreyn.
- J'espère que tu nous as rapporté les photos et le film promis, ajouta Jarvyl en lui servant son café.
- Bien sûr, nulle envie de me faire lyncher !
- Oui, ça c'était la version optimiste de notre réaction, s'amusa franchement Talvérya. Comment as-tu trouvé ma Reine ?
- Sa fille et son mari la comblent. Elle est épanouie au possible et la situation est plutôt tranquille dans les Colonies de Terra IV.
- Je suis heureuse de l'apprendre.
- Tout est enfin rentré dans l'ordre, sourit Aldéran. D'ici la fin du mois, je rends le projet définitif de la réorganisation des Divisions et j'aurai RadCity entièrement sous mon contrôle. Ca va pouvoir recommencer à castagner, j'ai tous les outils entre les mains !
- Te voilà le Roi du Sud, en quelque sorte, glissa Soreyn.
- On peut dire ça, gloussa Aldéran. Mais j'ai toujours des comptes à rendre à ma Générale, je ne suis donc pas entièrement en roue libre !
- Encore heureux, pouffa Kycham. Je crois qu'avoir entre les mains les Polices d'une galactopole est bien suffisant pour ton orgueil.
- J'avoue que je ne me plains pas, reconnut Aldéran, suave.
Dans la salle dallée de marbre, à l'environnement aveuglant une sorte d'autel en forme de pyramide tronquée en occupait ce qui devait en être le centre et un escalier d'une quinzaine de marches menait à une plateforme où se trouvaient cinq colonnes aux reflets blanc et mauve, entourant l'arbre-lianes qui était la représentation de Lacrysis le Gardien de ce Sanctuaire.
Le tronc était creux, une sorte d'alvéole d'énergie le comblait et à bien y regard, on distinguait une forme humaine enchevêtrée dans les lianes qui s'étaient enroulées autour d'elle, la maintenant debout alors qu'une autre liane, très fine, s'était enroulée autour de son cou et l'épine qui la terminait s'était plantée dans sa nuque.
Tout comme l'Arbre de vie, le tronc de Lacrysis « respirait », son écorce souple, et ses lianes libres ondulant paisiblement bien qu'il n'y ait pas le moindre souffle de vent.
Une fine branche se ploya, se retourna presque sur elle-même, pour regarder dans la niche de lumière.
« Te voilà revenu dans mon giron, Kwendel, au propre comme au figuré, songea Lacrysis. Tu as eu tant de libertés, durant toutes ces années, il n'était que temps que ton ancien jumeau y remette bon ordre. Je ne peux les rassurer, mais même si ton étincelle de vie met des décennies à s'éteindre, tu ne souffriras pas un instant. ».
Une liane caressa presque tendrement la joue balafrée du grand rouquin balafré.
« Continue de dormir, Kwendel. Ton sommeil sera éternel, j'y veillerai ! ».
