CHAPITRE 9
- Bonjour Bella, murmura Edward en m'attirant un peu plus contre lui.
- B'jour, marmonnai-je.
Je me frottai les yeux, pendant qu'Edward lui, frottait autre chose…contre mes fesses. Oh, le chapiteau est monté. Mais si j'en croyais Edward, ce n'était pas ce matin que le spectacle allait être donné. Bien dommage, car je n'étais pas contre un numéro de trapéziste, ou un dressage de « la légende ».
Je bougeai à mon tour, faisant l'impossible pour accentuer cette délicieuse friction entre lui et moi. Il voulait être gentleman…Grand bien lui fasse, personnellement, je n'avais pas promis de rester sage.
Mais très vite, sa main se crispa sur moi et il me maintint immobile. Je me figeai, me demandant si j'avais bien agi ou non.
- Ne bouge pas, murmura-t-il.
Et il reprit sa caresse, la paume de sa main remontant le long de mon ventre, avant de retrouver ma poitrine. Il la caressa longuement, jouant même avec mes pointes érigées, avant de poursuivre son ascension dans ma gorge. Je basculai la tête légèrement en arrière, laissant à Edward l'accès qu'il désirait, avant de sentir sa bouche se poser dans mon cou.
Un lourd gémissement s'échappa de ma poitrine et son baiser dura, suçotant ma peau durement avant de me mordre. Surprise, j'émis un faible cri, puis d'un geste rapide, Edward se retrouva au dessus de moi, ses lèvres soudées aux miennes.
Comme la veille, je retrouvai instinctivement sa nuque et l'enlaçai. Il écrasa son torse nu contre ma poitrine, s'attaquant à ma lèvre inférieure en la mordant. Quand finalement il se détacha de moi, tout ce que je pouvais voir c'était ses splendides yeux verts.
- J'ai faim, murmura-t-il. Faim de tarte aux pommes, précisa-t-il alors que je levai un sourcil.
- Voyez-vous ça…Et ton côté gentleman et vie normale ?
- Mettons ça sur le compte d'une ivresse passagère.
- Et mes règles de base ? Mon dîner préalable ?
- Je suis Edward Cullen ! S'exclama-t-il, amusé.
- Ca doit faire de moi une fille facile ?
- Non. Mais hier soir tu n'étais pas si…regardante.
- Mettons ça sur le compte d'une ivresse passagère, souris-je.
Edward fronça les sourcils, cherchant sûrement un moyen de me corrompre. Petite Bella était déjà complètement à sa merci, nue, offerte et liquide.
- Bien, fit Edward en roulant sur le côté. Mais c'est bien parce que c'est toi ! Prête à affronter le monde réel ? Demanda-t-il après un court silence.
- J'affronte le monde réel tous les jours, Edward !
- Pas le mien ! Tu es sûre de vouloir ça ?
Ca ? Tu veux dire, les baisers, le sexe, les tartes aux pommes, les cakes à la banane, les chapiteaux de cirque et les Golden Globes ? Laisse-moi une seconde de réflexion !
- Et tu es sûr de vouloir mes cris hystériques, mes larmes et autres trépignements ? Demandai-je en m'extirpant finalement du lit.
- Et bien tout dépend du contexte, mais si j'arrive à te faire crier et pleurer dans des conditions sexuellement acceptables !
- Tu n'es qu'un pervers ! Souris-je avant de lui jeter mon oreiller à la tête.
- Un pervers célèbre ! Corrigea-t-il.
- Et ça devrait t'excuser ?
- Appelle ça un caprice de star !
- Pour l'instant, la star a une interview dans une heure ! Le sermonnai-je.
Après avoir enfilé mon tee-shirt informe, je filai à la salle de bain pour me rafraîchir – dans tous les sens du terme – avant d'analyser calmement la situation.
Mais la seule chose qui tournait dans ma tête c'était la voix d'Edward me disant sans sourciller qu'il avait faim de tarte aux pommes.
Avec moi !
Je jetai un coup d'œil à mon cou, où une petite marque rouge, presque invisible, prouvait qu'Edward avait – à tout point de vue – les crocs ! J'étais presque tentée de récupérer le marqueur de la veille et d'entourer la petite marque pour y mettre « Edward Cullen m'a embrassée ici ! ». Mais j'avais déjà mon tatouage sur le genou, comme titre de propriété, ce n'était déjà pas si mal.
Edward me rejoignit dans la salle de bain, collant son bassin – sans chapiteau – contre mes fesses. Il repoussa mes cheveux, et pendant que ses mains s'aventuraient sous mon tee-shirt, il embrassa mon cou, avant de me mordre à nouveau.
Et c'est à cet instant, que je l'entendis. Edward chantonnait. Il chantonnait pour moi, sur moi, à voix basse. Normalement, j'aurais dû être flattée, heureuse. Parce que techniquement, si j'oubliais le fait que j'étais à moitié nue, dans ma salle de bain, avec un genou tatoué, avec une haleine douteuse et une furieuse envie de faire pipi, si j'oubliais tout ça, je pouvais dire qu'Edward me chantait la sérénade.
Oubliés le balcon, la pleine lune, la nuit étoilée estivale…Edward me chantait la sérénade en exerçant une pression délicieuse et chaude sur mon arrière-train. Je ne distinguais pas ce qu'il chantait – parce que pour ça, il aurait fallu que je connecte mes quelques neurones qui avait survécu à Edward - mais rien que sa voix rendait la chose puissamment érotique.
Les mains d'Edward remontèrent sur mes seins et ma bulle romantique explosa au même instant. Il savait comment agir pour parvenir à ses fins.
- Tu joues la carte du romantisme ? M'amusai-je en le regardant par le miroir.
- La carte du caprice de star n'ayant pas fonctionné ! Bon sang, ce que j'aime tes seins, marmonna-t-il en les caressant.
Je m'appuyai sur le rebord dans mon lavabo, tentant de me maintenir debout pendant que mes jambes flageolaient. Il fallait que ça arrive maintenant…Il fallait que mon organisme se réveille effectivement à ce moment précis !
Saloperie de mécanique du corps humain !
- Edward ? Murmurai-je dans un accès de lucidité.
- Hum ?
- Il faut que tu….oh mon Dieu ! Couinai-je en sentant ses doigts jouer avec mes pointes.
- Dieu est mon second prénom, dit-il avec fierté. Et je compte faire de tes seins un lieu sacré, juste à ma gloire.
- Edward, ce n'est pas…Bon sang, oui, râlai-je, alors que qu'il me forçait à écarter les jambes avec son genou.
- Tu trembles ? S'enquit-il.
- Oui, parce que….
- Oh Bella, tu es tellement…réceptive, se réjouit-il.
Ses mains quittèrent mes seins et lentement glissèrent sur la peau de mon ventre, avant de trouver l'élastique de ma petite culotte. J'oubliai pendant un instant ce qui me gênait – en vrac, le lieu, la position et bien entendu, le fait que je n'avais pas pris ma pilule depuis au moins trois mois - et m'entendis gémir. Je me mordis violemment l'intérieur de la bouche pour ne pas faire plus de bruit.
Edward se frottait toujours contre moi, son excitation était désormais bien palpable, mais malheureusement hors d'atteinte. Je craignais qu'en lâchant le lavabo, je finisse par m'étaler au sol. Mon bas-ventre me picotait et j'étais certaine de ne pas tenir longtemps. J'en avais tellement envie.
- Edward…S'il te plaît, murmurai-je…S'il te plait, il faut que….
- Laisse-moi faire, bébé.
Bébé ?
Petite Bella sortait déjà son dictaphone, prête à conserver les preuves. Oui, ma relation avec Edward Cullen était vraie. Non, je n'étais pas sous drogues hallucinatoires.
Oui, nous étions dans ma salle de bain, prêts à faire trembler les murs. Non, je n'allais pas lui demander d'arrêter, même s'il ne m'avait pas invitée à diner.
Pourtant, il le fallait. Parce que j'étais non seulement sur le point d'arracher le lavabo de son mur, mais en plus, le robinet gouttait lentement…Et fatalement…
- Edward, arrête, chuchotai-je.
Mais même à moi, ma voix me semblait faible. Et surtout, Petite Bella parlait plus fort, scandant des « Encore » et des « Arghhh ». Edward longea la bordure de mon sous-vêtement, mon ventre se tordant dans une douleur horrible. Je n'arrivais pas à distinguer s'il s'agissait de frustration ou…
- Edward, arrête, râlai-je un peu plus fort.
Dans un réflexe de survie ultime je retirai sa main, disparue sous le tissu de mon boxer. Edward se recula, me laissant tremblante et hagarde. Je relâchai le lavabo, sentant mes mains se détendre finalement.
- Un problème ? Demanda-t-il pendant que je maudissais la Terre entière.
- Pas vraiment, répondis-je en reculant d'un pas.
- Bella, j'ai conscience que….
Oh non, pas la prise de conscience maintenant ! Diable, il avait oublié ses bonnes résolutions de la veille et j'étais déterminée à le laisser m'entraîner sur le chemin du mal, plutôt de bon cœur.
- Edward, j'ai juste besoin….
- De temps, oui je sais, finit-il pour moi avec un air d'excuse sur le visage.
Je reculai à nouveau, pestant contre ma mauvaise étoile. Pourquoi fallait-il que cela m'arrive maintenant ?
- Non…pas vraiment…Ecoute, j'en ai pour deux secondes, expliquai-je en me dandinant sur mes pieds.
- Excuse-moi, vraiment Bella…J'ai essayé de me tenir à distance, mais…
- Bon sang Edward ! Arrête ! Hurlai-je.
- Que…quoi ? S'étonna-t-il.
- Je veux juste aller faire pipi ! Ma vessie est pleine à craquer et tu es en train de te lancer dans une séance d'auto-analyse de ce qui allait être la meilleure partie de sexe de toute ma vie ! Ne ruine pas le moment, s'il te plaît ! M'agaçai-je.
Je vis les lèvres d'Edward se soulever dans un demi-sourire, et sans attendre qu'il réponde, je fonçai vers les toilettes. Ma vessie faisait vraisemblablement la taille d'un tube à essai et avait décidé de ruiner le peu de vie sexuelle qu'il me restait.
Je réapparus quelques secondes plus tard, résolue à reprendre nos activités licencieuses. Mais Edward se brossait les dents et la bosse prometteuse qui déformait habituellement son caleçon avait disparu. Je pensais brièvement à appeler la bosse « Nessie ». Comme le monstre du Loch Ness, car elle apparaissait et disparaissait sans qu'on sache vraiment à quoi elle ressemblait vraiment.
Edward se rinça la bouche et me jeta un regard.
- Ca va mieux ? Demanda-t-il amusé.
- Ma vessie oui, mon égo, nettement moins.
- Je suis certain que c'est un mal pour un bien. Toi comme moi aurions regretté d'avoir fait ça à la va-vite.
Euh, vraiment ?
Parce que quand j'ai vraiment des regrets, je renouvelle l'expérience – en mieux, cela va sans dire – pour effacer les souvenirs désagréables.
Je récupérai ma brosse à dent et, à mon tour, m'attaquai à ma toilette. Edward s'examinait le visage et je grognai en le voyant prendre son rasoir à main.
- Ne te rase pas, articulai-je en calant ma brosse à dent sur la droite.
- Parce que ?
- Parce que la barbe te va mieux.
- Et pour ce soir ?
- On verra, mais j'avoue que j'ai une préférence pour le Edward Cullen avec des poils.
- Puisqu'on en est aux confidences douteuses, j'avoue avoir une préférence pour la Bella sans poils, sourit-il.
Je recrachai mon dentifrice et me rinçai la bouche rapidement. Comme quelques minutes avant, Edward se reposta derrière moi, m'enlaçant dans un geste tendre et inattendu.
Cette fois, ma vessie était vide, mes dents étaient rincées….Restait à résoudre l'épineux problème de ma pilule. Quoique faire un enfant avec Edward ne devait pas être si désagréable que ça ! J'étais prête.
Vas-y, Edward Dieu Cullen, fais trembler les murs, moi, je me cramponne au lavabo.
- Je t'ai entendue parler dans ton sommeil, avoua-t-il pendant que mes mains retrouvaient le froid de la faïence.
Grand Dieu, qu'avais-je encore dit contre mon gré ? Mon adoration de la banane ? Mon idolâtrie manifeste pour lui ? Mes envies de meurtre sur Madame Bennett ? Avais-je déclamé mon amour pour la nature, façon Pocahontas ?
J'attendais qu'il se lance dans une explication de mon monologue nocturne, mais rien ne vient. Rien, si ce n'est le son de sa voix. Il chantonnait encore.
Mon sourire s'élargit avant de s'effondrer une minute suivante.
- Tu chantes dans ton sommeil, dit-il.
Je sentis son sourire dans mon cou. Petite Bella, qui grimpait courageusement, un à un, les barreaux de l'échelle de la dignité, s'enfonça immédiatement au 36eme sous-sol. Je reconnaissais maintenant les paroles de la chanson. La même chanson que Petite Bella chantait avant que je m'endorme.
Misère !
- Your sex is on fire, I could just taste it, chanta-t-il à mon oreille.
Je me sentis rougir de la tête aux pieds, mon ventre se lançant dans une figure acrobatique digne d'une gymnaste russe des années 70. Edward me relâcha, non sans avoir embrassé la peau de mon cou une dernière fois.
- Rassure-toi, tu chantes très bien, me félicita-t-il pendant qu'il retournait en direction de la chambre.
Parce qu'évidemment, c'est sur mes talents de chanteuse que j'avais besoin d'être rassurée. Et pendant que j'envisageai de me noyer dans mon lavabo, j'entendis Edward se lancer dans un solo d'anthologie.
- But it's just tonight, oh we're still the greatest
Je finis ma toilette aussi rapidement que possible, mortifiée par ce qu'il venait de se passer. Maintenant, j'étais non seulement frustrée, mais aussi humiliée, et pour être honnête, j'avais envie de me terrer au fin fond d'une grotte bunkerisée plutôt que d'affronter le regard d'Edward.
- Bella ? Cria-t-il de la chambre.
- Un problème ? M'inquiétai-je en rentrant dans la pièce.
OK…Affronter le regard d'Edward pouvait attendre. Pour le moment, je me contentais d'affronter le fessier d'Edward.
Waouh…Petite Bella avait déjà dégainé son papier à lettre et sa plus belle plume pour écrire à l'UNESCO. De toute évidence, et sans conteste possible, les fesses d'Edward méritaient d'être classées au patrimoine mondial.
Quoique je n'étais pas certaine de vouloir que des millions de gens le visitent, ce fameux patrimoine ! A moi, hurlait Petite Bella, se préparant même à y planter un drapeau pour y marquer son territoire. Drapeau, évidemment, avec une banane en son centre !
Il se tourna vers moi, un sourire de gamin sur les lèvres et croisa les bras sur sa poitrine. Mes yeux scotchèrent sur la partie la plus…edwardienne de son anatomie et je sentis ma bouche s'assécher. Je devais définitivement investir dans un défibrillateur.
Et relever les yeux. Je devais relever les yeux…J'encourageai mon corps à obéir à mon cerveau et parvins finalement à détacher mon regard de mon el-dorado personnel. Le « happy trail », son délicieux nombril, ses impressionnants abdominaux, ses pectoraux gonflés, l'espace incroyablement étirant entre ses clavicules, son cou, ses lèvres….
- Bella ? M'interrompit Edward avec un claquement de doigt.
- Euh oui ? Bégayai-je en remontant vivement mes yeux vers les siens.
- Je m'habille comment ?
- T'habiller ? Que…quoi ?
- Oui. Je m'habille comment ? Tu sais…pour l'interview…
- Tu n'as pas un jean ou ….
Je fus coupée par la sonnette de ma porte. Edward me fixait comme si j'étais le messie et que j'allais exaucer un miracle dans la minute. Le miracle était de survivre à Edward, nu devant moi.
- Et ce que tu as ramené ? Demandai-je.
- Mes affaires de tous les jours, pas mes affaires d'interview.
- Et tu ne pouvais pas le dire avant ? M'exaspérai-je.
Il haussa les épaules, apparemment dépassé par cette simple idée. La sonnette retentit à nouveau, je jetai un coup d'œil vers mon réveil. A cette heure….
- C'est sûrement Emmett qui vient déposer nos tenus de ce soir, commenta Edward.
- OK, acquiesçai-je. Tu n'as donc rien prévu pour ce matin ?
- Rosalie m'a dit que tu t'occuperais de tout ! Contra-t-il.
- Il aurait été utile qu'elle définisse le « tout » ! Grognai-je en cherchant une solution.
- Qu'est ce qu'on fait alors ?
La sonnette retentit à nouveau, pendant que je hiérarchisai les priorités. Ouvrir la porte était très très loin sur ma liste de ce matin. A vrai dire, le haut de la liste était disputé : mater Edward nu comme un ver ou jouer la fille professionnelle.
- Emmett a instruction de défoncer la porte au bout de 4 sonneries, me prévint Edward.
- Edward, pour ma tranquillité mentale, il serait bon que tu cesses de me donner les informations primordiales concernant notre survie à tous les deux au compte-gouttes !
- Désolé. Je suis habitué à ce que tout…roule…
- Bienvenue sur ma planète, Edward ! Me moquai-je. Je vais aller ouvrir !
Toujours décontenancée par Edward, sa nudité et la perversité de Rosalie, j'enfilai un peignoir. Quelle garce ! Elle tenait à me faire passer pour une idiote ! Parfait ! La sonnette retentit à nouveau alors que je me saisissais de mon portable, tout en me dirigeant vers la porte, je l'allumai, prête à en découdre avec l'Iceberg.
La sonnette retentit à nouveau, plusieurs fois. Visiblement, si la chance avait été avec moi hier soir, elle me désertait ce matin.
- J'arrive Emmett ! Hurlai-je en vérifiant la décence relative de ma tenue.
Je rageai toujours contre Rosalie. Je vais la pulvériser, morigénai-je. Ca fera de la glace pilée pour mon cocktail de ce soir aux Golden Globes. C'est ça ! Penser positif…Edward est nu, voyons l'aspect positif de ce problème.
Et tentons de faire comme si Petite Bella ne préparait pas tout l'équipement prévu pour une sex-tape ce soir en bonne et due forme !
J'ouvris la porte et réalisai alors que ce n'était vraiment pas mon jour.
- Madame Bennett, me réjouissais-je faussement. Que diable faites-vous ici ?
- Le facteur a posé votre courrier par erreur dans ma boîte.
- Bah voyons !
J'avais dans l'idée qu'elle avait sûrement braqué le facteur et maintenant, Madame Bennett passait d'appartement en appartement pour mettre à jour sa section potins et rumeurs. Je lui arrachai le courrier des mains et le pruneau maléfique en profita pour abaisser ses petites lunettes sur son nez crochu et examiner mon intérieur.
- Autre chose, Madame Bennett ?
- Oh oui…Auriez-vous encore un peu de lait ? Demanda-t-elle, pas du tout embarrassée.
- Du lait ! Mais bien sûr ! Souris-je en jurant de l'empoisonner à la première occasion.
Je filai à la cuisine aussi vite que possible, évidemment, à mon retour, Madame Bennett était plantée au milieu de mon salon, lorgnant sur les bouteilles de bière vides qui gisaient sur ma table basse.
- Ce charmant jeune homme dont vous m'avez parlé, je présume ? M'interrogea-t-elle en désignant les bouteilles.
- C'est ça. Et quelques amis.
- Bella ? Fit la voix d'Edward derrière moi.
Madame Bennett écarquilla les yeux et retira brutalement ses lunettes pour les nettoyer sur son châle rose. La bouche ouverte, elle réajusta ses verres et d'un mouvement, bien trop ferme pour une femme ayant de l'arthrite, elle me bouscula sur la gauche pour me dépasser.
Je risquai un œil derrière moi, réprimant un rire, en voyant Edward, nu comme un vers, se dandiner devant Madame Bennett. Il plaqua ses mains sur son entrejambe et risqua un sourire.
- Euh…bonjour !
- Jeune homme ! Quelle heureuse rencontre !
Les yeux du pruneau scannèrent Edward de la tête aux pieds, et après avoir remarqué où étaient positionnées ses mains, n'hésita pas une seconde à tendre la sienne. Edward me lança un regard perdu et terrifié.
- Où est Emmett ? Articula-t-il, les dents serrées.
- Edward, je te présente Madame Bennett, ma charmante et envahissante voisine.
- Ravi, grinça-t-il. Je vais…je vais…aller…m'habiller !
- Je vous en prie, jeune homme !
J'éclatai de rire en voyant Edward se précipiter, fesses à l'air, en direction de la chambre. Madame Bennett ne rata rien du peap-show, je la soupçonnai presque d'avoir prévu un billet de cinq dollars comme pourboire.
- Il a l'air délicieux ! Commenta dans un sourire Madame Bennett, en se tordant le cou vers la porte de la chambre.
- Je vous raccompagne, proposai-je, pas désireuse de savoir ce qu'elle trouvait « délicieux » chez Edward.
Son arthrite réapparût alors mystérieusement, me faisant songer que voir Edward nu devait être un remède à de nombreuses maladies articulaires. A la réflexion, je n'avais jamais couru aussi vite derrière sa voiture, après une avant-première. Maintenant, je réalisai que Madame Bennett devait très certainement être au même niveau de dignité que moi.
La bave en plus.
- Bonne journée, Madame Bennett ! Et merci pour le courrier !
- Un plaisir, ma chère ! Chevrota-t-elle. Un véritable plaisir !
Je fermai la porte derrière elle, pouffant de rire. Madame Bennett était, potentiellement, un vagin-mort-de-faim. Et à côté d'elle, mon vagin ne me semblait plus si décrépi. Comme quoi, relativiser les problèmes aide à ne pas sombrer dans la dépression.
Cependant, j'avais encore un problème – de taille, si je puis dire – à régler. Personnellement, je n'avais rien contre l'idée qu'Edward se promène nu chez moi. Mais, l'instinct propriétaire, ajouté à ma profonde conscience professionnelle, m'empêchaient de commettre un impair.
- Edward ? L'appelai-je en toquant à la porte.
- T'es seule ? Demanda-t-il en entrouvrant la porte.
- Non, j'ai invité tout l'immeuble à profiter du spectacle ! Bien sûr que je suis seule !
J'entrai dans la chambre, constatant qu'il avait enroulé une serviette autour de sa taille. Et je n'avais qu'une envie : la lui retirer au plus vite. Mais, je devais avant tout prouver à Rosalie que tout était sous contrôle.
- Enfile tes vêtements d'hier soir, je te traîne à la boutique.
- Dolorès ? S'exclama-t-il, presque désespéré.
- Non. MA boutique !
Il me fit un sourire heureux et vingt minutes plus tard, Emmett sonna à la porte. Je m'y précipitais, ne voulant pas spécialement qu'Emmett se transforme en incroyable Hulk, explosant ses vêtements et ruinant mon parquet. J'étais toujours en peignoir, je me réajustais à nouveau avant d'ouvrir la porte.
- Bonjour Emmett, souris-je.
- Salut Ptite tête ! Voilà ta robe et le costume de ton Dieu personnel.
Si j'avais eu un doute, je n'en avais plus maintenant. Emmett avait lui aussi consciencieusement épluché ma page Facebook. Je lui lançai un regard qui se voulait menaçant, pendant qu'il riait.
- Entre et pose ça ici, dis-je en lui désignant une patère.
- Salut Em', lança Edward avec un grand sourire, tout en bouclant la ceinture de son jean.
- Emmett, il faut qu'on aille à ma boutique. Cette….péta….Rosalie ne m'avait pas dit que je devais aussi habiller Edward pour les interviews.
- Sympa le tatouage, commenta Emmett en penchant la tête pour déchiffrer les mots d'Edward sur mon genou.
Je rabattis vivement le peignoir dessus. En vain. Il était bien trop court pour cacher ça. Edward me lança un sourire, pendant que je me ratatinai.
- Je ne te demande pas si tu as passé une bonne nuit ! Sourit Emmett avec un haussement de sourcils entendu.
A nouveau, Emmett loucha sur moi, ses yeux se baladant sur mon décolleté et mes jambes nues.
- Emmett ! Grogna Edward en se plaçant devant moi pour faire écran.
- Désolé ! Déformation professionnelle.
- Elle n'a pas d'arme ! Ironisa Edward.
- Elle ne respire pas l'innocence incarnée, commenta Emmett. D'ailleurs, cet endroit respire tout sauf l'innocence incarnée ! Renchérit-il.
- Em', ne la mets pas mal à l'aise.
Du coin de l'œil, je vis le visage d'Emmett changer. Son sourire moqueur disparut brutalement, laissant place à la stupéfaction. Finalement, il opina et se tut.
- Attends-nous à la voiture.
Il quitta l'appartement quasiment immédiatement. Edward se passa une main dans les cheveux, me donnant envie de couiner comme une collégienne.
- Je vais aller m'habiller, balbutiai-je en désignant la porte de ma chambre.
- Vraiment ? Ce peignoir était pourtant…vraiment, vraiment…intéressant.
- Edward, il faut que Petit Eddy voie un psy pour ses tendances perverses et obsessionnelles !
- Je vais faire comme si je n'avais pas entendu le mot « Petit » sortant de ton adorable bouche.
- Et je vais faire comme si ton adoration pour mes seins était tout à fait normale !
- Mais je sais que tu aimes Eddy Jr et ses tendances perverses ! Contra-t-il avec fierté.
- Je déteste quand tu as raison ! Me lamentai-je.
Il éclata de rire et je refermai la porte de ma chambre derrière moi. J'entendis alors Edward crier, hilare.
- Et tu peux rester à cru !
- La ferme ! Hurlai-je en retour.
Quand je sortis de ma chambre, Edward m'attendait, adossé au mur de l'entrée. Il me tendit la main et j'y calai la mienne. Je récupérai mon sac et nous sortîmes de l'appartement en direction de l'ascenseur. Quand il arriva enfin à mon étage, Madame Bennett y était, comme à son habitude, lisant ce que je supposais être le dernier exemplaire de « Gossip News ».
- Madame, la salua Edward poliment.
- Jeune homme, répondit-elle en levant les yeux au dessus de son magazine.
Je pestai intérieurement. Tant que je vivrai avec Madame Bennett dans mon environnement proche, j'étais certaine de ne pas être tranquille. Mais avant que je puisse engager la conversation, je l'entendis ricaner, puis elle ferma son magazine.
- Je dois admettre ma chère, que je suis stupéfaite d'apprendre par presse interposée votre grossesse.
- Ma quoi ? Hurlai-je.
- Votre bébé…Avec ce charmant et délicieux jeune homme, ajouta le pruneau maléfique en lorgnant sur Edward.
- Un bé…bé….bébé ? Bégayai-je, le rouge aux joues.
- C'est normal, Bella. Mariés hier soir, enfant aujourd'hui, divorce demain.
- Normal ? Normal ? M'écriai-je. Mais….Mais….enfin….tu….je….arghhhh….
Edward leva sa main et la posa sur ma joue, espérant sûrement me calmer. Mais cela aggrava encore plus mon dysfonctionnement, me rappelant l'état de frustration et d'humiliation pendant sa séance papouille dans ma salle de bain.
Je ne savais pas ce qui était le pire : l'information de ce bébé…ou le simple fait qu'il était biologiquement impossible de l'avoir conçu. Car sûrement qu'en rêver ne comptait pas.
Pourtant, je me laissai aller, sentant mon corps se ramollir et se soumettre. Edward m'attira contre lui, me retenant dans une étreinte rassurante. Je sentis le regard perçant de Madame Bennett sur moi, mais tout cela n'avait plus vraiment d'importance.
- Il va falloir que tu t'habitues, murmura-t-il.
Aux étreintes dans un espace confiné ?
- Je sais, mais je ne suis pas certaine que tu puisses t'offrir le luxe de la normalité.
- Pour l'instant, mon seul luxe, c'est toi.
Et juste à cet instant, j'entendis les violons et assistai à une envolée de colombes. J'y étais…J'étais au pays de la guimauve, du rose bonbon. Pays que j'allais sûrement ravager, car Petite Bella chantait toujours Sex on Fire, version hard métal, en mode repeat.
Madame Bennett poussa un soupir à fendre l'âme, les yeux embués et la lèvre tremblotante. Allait-elle se mettre à pleurer ?
L'ascenseur s'immobilisa dans un ding et les portes s'ouvrirent.
- Bonne journée, mon petit. Aurais-je le plaisir de vous voir ce soir ? Demanda Madame Bennett dans un incroyable regain de forme.
- Je ne crois pas Madame Bennett, souris-je en m'écartant d'Edward.
- Oh…Quel dommage ! Un impératif professionnel ?
- Je…euh…, bégayai-je en sentant la main d'Edward agripper la mienne.
- Un impératif personnel, me coupa Edward brutalement.
Il y eut un silence terrible dans la petite cabine. Mon cerveau commandait à mes pieds de bouger, de sortir de là, de quitter l'aura diabolique de Madame Bennett. Mais il fallait croire que Petite Bella avait ligoté la Grande Bella. J'étais tétanisée, fixant Edward. Je ne savais plus ce que je devais craindre…Que ma bulle rose bonbon éclate ou que le parfum de la guimauve finisse par me faire m'évanouir au pied du pruneau maléfique.
- Bella a un rencard, lâcha finalement Edward.
J'entendis un couinement, mais je ne savais pas si c'était moi, madame Bennett ou Petite Bella. La seconde suivante, Edward et moi sortîmes de l'ascenseur et gagnâmes la voiture.
Il s'agissait de la même voiture que la veille. Toujours ses sièges en cuir et la machine à fantasmes qui reprenait. J'imaginais déjà tout ce que j'allais pouvoir faire sur cette banquette. Défaire la cravate d'Edward, arracher les boutons de sa chemise, passer mes mains dans ses cheveux….
- A quoi penses-tu ? M'interrompit Edward.
- Euh…A rien.
Je me sentis rougir violemment et me tortillai sur le siège.
- Oh…Ce rien là ! Se moqua Edward, me faisant rougir encore plus. Nous aurons une limousine pour ce soir.
- Une limousine ?
- Oui. Avec une immense banquette. Et un mini-bar.
- Oh. C'est…intéressant, balbutiai-je sans savoir quoi dire d'autre.
- Ca ouvre des perspectives, approuva Edward. Surtout après un rencard, ajouta-t-il en se tournant vers moi.
- Tu n'étais pas obligé de…Madame Bennett est une véritable commère, et…
- Je ne l'ai pas fait pour elle. Je t'ai dit que je voulais de la normalité. Donc, un rencard.
- Aux Golden Globes ? Raillai-je.
- Tu aurais préféré un ciné ? Note bien que je trouve cette idée plutôt ironique vu mon métier.
- Tu sais ce que je veux dire !
- Bella, je ne vais pas jouer à cache-cache perpétuellement. Ceci étant dit, si j'avais su qu'il suffisait de regarder dans mes poubelles pour tomber sur toi !
- Ah, Ah ! Très drôle ! Ce n'est pas toi qui va finir en pâture !
- Je croyais que tu étais prête à tous les sacrifices pour moi ?
- Tu me refais le coup de la célébrité ? Un nouveau caprice ?
- Tu ne réponds pas à la question.
- Parce que tu connais la réponse et qu'elle est humiliante ! M'écriai-je, honteuse.
Le sourire d'Edward s'élargit, heureux d'avoir eu gain de cause sur moi. Il posa sa main sur la mienne, me forçant à détourner mon regard du paysage.
- Si tu veux, je peux aller fouiller dans tes poubelles pour qu'on soit ex-æquo.
- Pour être ex-æquo, tu aurais dû camper devant les barrières toute la nuit !
- Ton côté Pocahontas, je présume ?
- La ferme ! Pour toi, j'ai dû me priver de douche pendant deux jours, l'an dernier ! Et le pire dans tout ça, c'est que tu m'as snobée comme une malpropre.
- Vraiment ? Pas de photo ?
- Ni photo, ni autographe !
- Et bien…Si tu n'avais pas pris de douche depuis deux jours, souligna-t-il, amusé.
J'éclatai de rire devant sa grimace dégoutée. Il resserra sa main sur la mienne, et pendant un court instant, j'entendis à nouveau les oiseaux chanter.
- Ceci étant dit, douche ou pas douche, il te suffisait de me montrer tes seins !
- Pervers !
- Cinglée ! T'ai-je dit que j'aimais vraiment tes seins ?
- Pas depuis un moment.
- Bien. J'aime tes seins. Et je compte vraiment…Vraiment y marquer mon territoire !
- Avant ça, il faut qu'on t'habille pour tes interviews !
Emmett se gara devant la boutique et je devinai la silhouette imposante de Jacob nous scrutant derrière la baie vitrée. Visiblement, aujourd'hui était la journée des boulets. Rien ne me saurait donc épargner.
- Bonjour Jacob, le saluai-je en entrant dans la boutique.
- Bella, sourit-il largement, avant de diriger son regard sur Edward.
Il le fusilla du regard, et ce dernier, pas vraiment effrayé, enroula son bras autour de ma taille et posa ses lèvres sur ma tempe.
- Allons-y, bébé, murmura-t-il.
Les mâchoires de Jacob se serrèrent et ses biceps se gonflèrent comme deux ballons de baudruche. Jacob aurait dû aller consulter un psy. Personne ne l'aurait jugé, tout le monde voyait un psy en Californie.
"Bonjour, je m'appelle Jacob, et je m'invente une relation amoureuse avec mon employée"
Avec mon addiction pour les bananes, j'aurais pu enrichir n'importe quel charlatan.
- Edward a besoin de tenues pour des interviews.
- Évidemment. Seras-tu libre pour déjeuner ensuite ? Me demanda Jacob.
- Euh…non. Je dois…
- Elle n'est pas libre, me coupa Edward avec sévérité. Ni pour le déjeuner, ni pour autre chose !
- Tu es nettement moins mondain qu'hier. Excuse-moi de ne pas te proposer de bière.
- Je vais mettre ton comportement sur le compte d'un état de manque aux anabolisants. Ton dealer a pris des vacances ?
- Bella travaille pour moi ! Grogna Jacob en approchant dangereusement d'Edward.
- Et j'ai passé la nuit avec elle ! Riposta Edward.
- Je la paye !
- Pas moi ! Sûrement que je ne dois pas avoir besoin de ça pour pouvoir me frotter à elle quand bon me semble.
- Stop ! Hurlai-je en me plaçant entre eux pour les séparer.
- Je l'ai déjà embrassée, plastronna Jacob.
- Et ses seins sont à moi !
Oh misère ! Devais-je compter les points ? Je ne me faisais plus d'illusion : ma carrière avec Jacob était en train de s'autodétruire sous mes yeux. Jacob semblait dans une colère sans nom, alors qu'Edward se retenait apparemment de rire. Du coin de l'œil, je vis Emmett se satisfaire du spectacle, haussant un sourcil à la mention de la propriété de mes seins.
- Il n'y a donc que ça qui t'intéresse chez elle ? Ses seins ? Reprit Jacob.
- Dis-moi ce qui t'intéresse chez elle.
- Tout. J'essaye de lui faire ouvrir les yeux sur toi !
- Tu prêches pour ma paroisse ? S'enthousiasma Edward.
Jacob se fit encore plus menaçant et leva son poing en direction du visage d'Edward. Ce dernier ne cilla pas et dodelina de la tête, désapprouvant nettement.
- Toute cette agressivité….
- Edward ! Râlai-je. S'il te plaît. On va finir par être en retard.
Edward baissa les yeux sur moi. Enfin sur me seins et soupira de frustration. Petite Bella hochait la tête vivement : oui, Edward, mes seins, et tout le reste de mon corps pendant que j'y pense, sont à toi !
- Tu as raison, approuva Edward. Allons-y.
Il se recula finalement et je dirigeai Edward vers la petite salle privative. Je refermai la porte derrière nous, laissant Emmett s'y appuyer, en espérant que Jacob canalise sa testostérone et sa colère.
- Edward, peux-tu éviter de réclamer la propriété de mes seins ? M'agaçai-je.
- Ca m'a échappé. Ce type me révulse ! Est-ce qu'il t'a vraiment embrassée ?
- Déshabille-toi, lui ordonnai-je.
- Pas tant que tu ne m'auras pas répondu !
- Edward, je ne vais pas négocier….Qu'est-ce que tu fais ? M'écriai-je en le voyant sortir son téléphone.
- J'appelle Rosalie !
- Très bien ! Abdiquai-je. Oui je l'ai embrassé ! J'étais ivre morte et c'était pour le Nouvel An ! Débitai-je, agacée.
Je soupirai lourdement, pendant qu'Edward rangeait son portable, un sourire vainqueur sur le visage. Lentement, il s'exécuta, se retrouvant en boxer noir devant moi. En colère, je dégainai un jean noir et une chemise bleu ciel.
- Laisse-ton col ouvert. Tu veux une ceinture ?
- Tu es en colère contre moi ? Demanda Edward brutalement.
- Non. Tu as pris ta montre ?
- Bella !
Je l'ignorai et me mis sur mes genoux pour vérifier le bas de son jean. Je fis le tout assez rapidement, avant de me remettre sur mes pieds. Je tentai de canaliser le sentiment désagréable et dévastateur qui me dominait. Mais c'était plus fort que moi, et même plus fort qu'Edward.
Je lui en voulais. De son comportement, de ses remarques, de sa façon de piétiner ma vie comme si ce n'était rien.
- Arrête, s'il te plaît, plaida Edward.
- Est-ce que tu prends une forme de plaisir pervers à m'humilier en permanence ? Lui demandai-je.
- Ce n'était pas le but ! Je veux juste qu'il te laisse tranquille !
- Tu es jaloux ? M'étonnai-je.
- Évidemment ! Ce type lorgne sur toi, revendique…Je ne sais quoi de relationnel et tu le laisses faire !
- C'est mon patron ! M'écriai-je. Je vis dans le monde réel, Edward, j'ai des factures à payer !
Edward me fixa étrangement. Il était en train de comprendre pourquoi j'étais si en colère contre lui. N'avait-il aucun respect pour ma vie ? Se fichait-il que je finisse sans boulot, sans argent ? Le Edward Cullen sur lequel je fantasmais n'était pas comme ça.
Je réalisai maintenant que ma colère venait justement de cette idéalisation permanente. Edward n'était pas parfait. Il n'était pas John Smith, ni un super héros, ni même un de ces types sensationnels d'une comédie romantique anglaise.
Non, il était juste un homme. Et comme tous les hommes, il vivait dans un monde de compétition, ne s'embarrassant pas des dommages collatéraux.
- Tu n'as pas à être si…possessif. J'ai déjà dit oui à ton rencard !
- Tu as dit à Alice que ce n'était pas un rencard !
- Excuse-moi si mon monde et ton monde ne sont pas exactement sur la même longueur d'onde ! Jacob est mon boss. Rien d'autre. Et toi, tu es….
- Je suis ?
- Toi. Tu es…John Smith. Du moins, tu es censé l'être…Mais là tu colonises mon continent en ravageant tout sur ton passage ! Tu ne peux pas faire ça ! Soupirai-je.
Edward me fixa pendant que je m'effondrai sur mon fauteuil de bureau. J'étais fatiguée. Épuisée aussi bien moralement que physiquement. Sincèrement, je n'aurais pas été contre un moment de répit.
- Emmett, laisse-nous deux minutes, s'il te plaît.
- Edward, murmura-t-il, incertain.
- Sors, lui intima-t-il en le fusillant du regard.
Emmett s'exécuta, pendant que je tentais de reprendre pied. Edward avança dans ma direction et s'agenouilla devant moi. Il prit une profonde inspiration avant de se lancer.
- Désolé. Je…Je ne voulais pas…Ce n'était pas mon intention d'agir ainsi.
- De revendiquer mes seins comme une conquête Edwardienne ?
- Oh non, ça je ne le regrette absolument pas ! D'ailleurs, j'envisage de t'amener chez un tatoueur dès que possible, plaisanta-t-il en riant.
Malgré moi, je sentis un sourire s'étirer sur mes lèvres. Je tentai de le contenir, mais le rire d'Edward était contagieux.
- Je n'ai pas réfléchi. Tu apprendras que cela m'arrive souvent.
- Impulsif ? M'enquis-je.
- Non, juste crétin. J'oublie que j'ai un cerveau et je sors tout un tas d'âneries. Et là, c'est ce qui s'est produit. Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise. J'ai cru que…ça t'aiderait.
- Je gère Jacob. Ce que je ne gère pas pour le moment, c'est….ça, expliquai-je en désignant l'espace entre lui et moi.
- Nous ?
- Nous ? M'exclamai-je. Nous ? Edward, tu ne peux…
- Nous, répéta-t-il, sûr de lui.
- Dieu du ciel, murmurai-je en passant une main sur mon visage.
- Bella, je ne vais pas faire comme si tu ne me plaisais pas !
- Misère !
Je m'effondrai un peu plus dans mon fauteuil, cachant mon visage entre mes mains. Ca ne pouvait pas avoir lieu. Ni maintenant, ni jamais.
Au bruit, je devinais qu'Edward se redressait et il repoussa doucement mes mains. Son visage au-dessus du mien me rappela curieusement mon poster accroché au plafond, celui que je fixai bêtement avant de m'endormir.
Enfin ça, c'était dans ma vie d'avant. Une vie où Edward ne me parlait ni de tatouage, ni de rencard, ni de mes seins.
Une vie où Edward ne me parlait pas tout court, à vrai dire !
- Je suis vraiment désolé, répéta-t-il. J'ai été trop loin.
- De nous deux, c'est toi l'hystérique, marmonnai-je.
- Tu n'es pas hystérique, Bella. S'il te plaît, essaye de travailler la dessus, pendant que je travaille sur ma crétinerie habituelle.
- Tu n'es pas crétin, dis-je en souriant.
Je me redressai lentement, avec la sensation étrange d'avoir été assommée. Ma tête me bourdonnait et mon corps tendu à l'extrême commençait à être douloureux.
- Tu viens toujours avec moi au Golden Globes ? Demanda-t-il, incertain.
- Edward, quel genre de femme normalement constituée te poserait un lapin, surtout pour les Golden Globes ?
- Euh…je ne sais pas…Toi ?
- Et pourquoi je ferais ça ?
- Bella, en une journée, tu as réussi à faire un coma sur une plage, tu m'as fait manger de ta tarte aux pommes aphrodisiaque, tu m'appelles John Smith, tu chantes dans ton sommeil et tu trouves le moyen de me repousser alors que j'étais à deux doigts de te faire l'amour ce matin. Sincèrement, tu es…surprenante.
- Je ne le fais pas exprès, bougonnai-je.
- Je sais. Ce qui rend la chose…Toi…encore meilleure.
- Je viendrais aux Golden Globes, pas de panique.
- Super ! Se réjouit-il avec sincérité.
- Evite de refaire le crétin d'ici là !
- Oui, Madame !
Il me fit un sourire heureux, surpassant les néons de Times Square et de Picadilly Circus réunis. Un ange, deux anges…puis trois anges passèrent. Et nous nous regardions toujours, comme si nous étions un de ces couples figés dans les soap-opéras.
Sauf que le regard d'Edward ne resta pas bien longtemps dans le mien et navigua doucement mais sûrement vers le sud. Il leva un sourcil en découvrant un angle particulièrement ouvert pour un matage en règle de mes seins. Du bout de l'index, je remontai son visage à hauteur du mien, espérant paraître menaçante avec mon regard Clint Eastwood.
Le sourire d'Edward s'effaça lentement. Aussi lentement que son visage approchait du mien. Je m'entendis suffoquer et ma respiration se coupa. Sa bouche effleura la mienne, comme s'il doutait de ma réaction. Je souris doucement, appréciant sa caresse retenue, avant d'agripper sa nuque pour le garder contre moi.
Je sentis le fauteuil basculer sous le poids de nos deux corps et me retrouvai presque à l'horizontal, le corps d'Edward sur le mien. Son baiser tendre au départ, se transforma vite, prenant de l'intensité. Faute de mieux, Edward avait calé ses mains sur les accoudoirs, évitant ainsi de s'effondrer de tout son poids sur moi. J'étouffai un gémissement en sentant sa langue prendre possession de ma bouche. Mon cœur s'emballa et finalement ses lèvres gagnèrent mon cou, suçotant le même carré de peau qu'à mon réveil.
- Edward ? Cria une voix derrière la porte.
- Saloperie de garde du corps ! Grogna-t-il. Oui, Emmett ? Dit-il plus fort.
- Les deux minutes sont écoulées. Et j'ai instruction de défoncer la porte après trois minutes de silence.
- La règle sur la sex-tape ? Interrogeai-je Edward à voix basse.
- Non. Cella là, c'est la règle sur les enfants illégitimes !
- Edward ? Cria Emmett à nouveau.
- On a encore dix secondes. Trop court pour ce que j'ai vraiment envie de te faire.
Petite Bella tomba dans les pommes, terrassée par le couinement sans fin de désespoir de la grande Bella.
Edward m'embrassa à nouveau sur les lèvres, avant de se redresser lentement. Au passage, il embrassa le carrée de peau au dessus de mes seins, grognant de frustration. Une fois debout, il me tendit la main pour m'aider à me relever.
- J'entre ! Nous prévint Emmett, en déboulant comme un cinglé dans la pièce.
- Remets ton col, murmurai-je à Edward en voyant qu'il était légèrement de travers.
Edward se réajusta rapidement, sous le regard stupéfait d'Emmett. Visiblement, il s'attendait à une autre scène. Je tentai de me composer une posture innocente et pure, mais je doutais d'y arriver.
Petite Bella, remise de son évanouissement, était déjà en train de se remettre au lap danse aromatisé à la bière. La prochaine fois qu'Edward toucherait mes lèvres, je mangerais du cake à la banane, me promis-je.
- Vous faisiez quoi ? Demanda Emmett, soupçonneux.
- Bella…Bella me montrait…des…photos…sur son…ordinateur, expliqua Edward difficilement.
Je fis glisser la souris, réveillant l'écran de sa veille profonde. Je le regrettais aussitôt. Misère…Dans mon hystérie à vouloir tout contrôler et paraître normale, j'avais oublié que mon écran d'ordinateur était lui aussi edwardisé.
- Joli photo, commenta Edward avec un sourire.
- C'est un montage ! Râlai-je en luttant avec mon ordinateur pour faire disparaître cette image inconvenante.
- Je me doute…Je pense que je m'en serais souvenu si j'avais posé nu et…épilé !
- La ferme ! Pestai-je.
Emmett se détourna de nous et retourna à sa place, calé contre le mur, les bras croisés.
- Il faut qu'on reprenne cette conversation sur les fantasmes, murmura Edward.
- C'est ça ! Grognai-je en éteignant mon ordinateur.
- Je commence. Toi, sur ce bureau.
- Edward, va enfiler tes chaussures ! Râlai-je en le poussant en direction de la cabine d'essayage.
- Ensuite, toi dans cette cabine !
- Je crois que celles-ci devraient aller, commentai-je en lui donnant une paire de chaussures noires.
- Et je n'oublie pas, toi dans ta salle de bain ! Ajouta Edward.
Je lui lançai un regard, priant pour qu'il se taise. J'avais réussi à contenir une masse astronomique de couinements, mais je ne tenais plus. J'étais au bord de l'implosion hormonale, à deux doigts de me jeter sur lui pour lui arracher ses vêtements. Petite Bella avait sorti son bloc-notes, entamant une liste non exhaustive de mes fantasmes, incluant Edward dans un nombre de positions dramatiquement proches de l'infini.
- Edward, on va être en retard, lança Emmett.
En une phrase, Emmett avait réussi à me rappeler que je n'étais pas seule avec Edward. Il était aussi parvenu à éteindre l'incendie qui me consumait. Les mains tremblantes, je parvins à vérifier la tenue d'Edward. Ce dernier finit par prendre ma main dans la sienne et à nous entraîner vers la voiture.
Du coin de l'œil, au fond de la boutique, je devinais la silhouette de Jacob. Certainement la dernière fois que je le verrais. Le connaissant, lui, son égo et son besoin de compensation, je serais certainement virée dans la semaine.
Sauf si je cédais à ses avances.
Mais dans ce cas, on ne parlait plus de dignité.
- Bella ? M'appela Jacob alors que nous sortions de la boutique.
Je soupirai lourdement, avant de rassembler toutes les petites parties de gentillesse et d'amabilité dispersées dans tout mon corps. Sachant qu'elles étaient bien cachées, cela me prit tout de même quelques secondes. Jacob n'avait très certainement pas consciente des efforts qu'il me fallait pour ne pas lui sauter à la gorge.
Aussi, quand il se retrouva devant nous, j'entendis Petite Bella réciter une courte prière. Je pouvais le faire. Je tentai de faire mon sourire le plus beau…qui se retrouva être aussi le plus factice. J'étais vraiment une mauvaise comédienne.
- Veux-tu que nous dinions ensemble ?
- Ce soir ? M'étonnai-je.
- Oui. Je connais un excellent…
- Elle est prise ce soir, le coupa Edward.
Je lui lançai un regard peu amène. Il devait me laisser et canaliser ses tendances ultra-possessives. Ce n'était pas la première fois que je rembarrais Jacob. Maintenant, j'espérais simplement que cela serait la dernière. Sûrement que j'avais été plus diplomate que n'importe quel envoyé de l'ONU au Proche-Orient.
- Jacob, il me semblait avoir été claire sur mes intentions. Je n'envisage pas autre chose avec toi qu'une relation employée/employeur.
- Dois-je donc te virer pour espérer autre chose ? Tenta-t-il.
- Me virer ? Franchement, tu me rendrais service !
- Bella
- Jacob, je pense avoir été gentille avec toi. Cette méthode ayant montré ses limites, laisse-moi te dire une chose : jamais, ô grand jamais, je ne coucherai avec toi. Ni dans cette vie, ni dans les prochaines.
- Mais…Au nouvel An…
- Ce qui s'est passé au nouvel an est un effet secondaire désagréable. J'avais abusé de l'alcool, j'étais…déprimée.
Edward me fixait, perplexe. Je ne savais s'il se retenait de rire, ou s'il tentait de comprendre quelque chose au charabia qui sortait de ma bouche.
- Tu me quittes pour lui ?
- Jacob, pour quitter quelqu'un, il faut avoir été avec lui. Je n'ai jamais été avec toi.
- Et tu es avec lui, maintenant ?
Ouh…La question à un million de dollars !
- Cela ne te regarde pas, esquivai-je, fière de ma réponse. Maintenant, vire-moi, garde-moi, envoie-moi dans une autre boutique au fin fond de la Sibérie, franchement, ça m'est égal. Mais par pitié…Arrête de croire que toi et moi pouvons…
- On peut ! Laisse-moi au moins une chance !
- Une chance ? A un type qui a un cabriolet rouge ? A un type qui aime passer son temps à transpirer pour une sorte de plaisir pervers ?
Edward se racla la gorge, je réalisai qu'il correspondait à ce portrait-robot peu glorieux.
- Tu es trop possessif, ajoutai-je. Je ne suis pas un…trophée…
Edward toussota légèrement. Réfléchis Bella, qu'est ce qui différencie Edward-Dieu-Cullen et Jacob-compensation-Black. Oh…Evidemment…
- Et…Et…Et tu es trop petit ! M'écriai-je, faute de mieux.
- Petit ? Mais je suis plus grand que lui ! S'exclama-t-il.
Je rougissais violemment avant d'entendre Edward réprimer un rire. Il sera un peu plus fort ma main dans la sienne et m'attira contre lui pour embrasser ma tempe.
- Toujours aussi spontanée, murmura-t-il contre ma peau.
- La ferme ! Grognai-je. Je pense qu'on s'est tout dit, dis-je à Jacob.
Je me détournai de lui, avec la sensation d'avoir remporté une victoire retentissante. Petite Bella entamait une danse de la joie, ajoutant mon nom à la liste des héroïnes de la guerre homme/femme.
- Bella, cria Jacob derrière moi.
- Il s'accroche, le bougre ! Constata Edward, avec agacement.
- Je suis convoitée, me vantai-je. Jacob n'est que le premier sur la liste.
- Et combien de kilomètres fait cette liste au juste ? C'est pour savoir si je dois me mettre à un sport de combat quelconque qui me ferait transpirer ?
Je risquai un regard vers lui, désolée de l'avoir mis dans le même sac – le sac des boulets de première zone – que Jacob. De toute évidence, Edward ne compensait rien. Et je n'étais pas contre une virée en cabriolet rouge, cheveux aux vents, longeant la côte, avant de faire l'amour sur le capot encore tiède.
Hummmmm…Je devrais le noter celui-là.
- Bella ! Cria à nouveau Jacob, cette fois, en m'agrippant le bras.
Je n'eus pas le temps de réagir, qu'Edward écrasa son poing sur le nez déjà bien épaté de Jacob. Ce dernier jura, porta ses mains à son nez, avant de trébucher en arrière.
- Désolé, s'excusa Edward, mais j'avais vraiment besoin de liquider mon énergie.
- Sortez d'ici, hurla Jacob.
Edward me tira vers l'extérieur de la boutique, un sourire amusé sur les lèvres. Si j'avais su qu'Edward avait tant « d'énergie » à dépenser, je ne l'aurais pas repoussé ce matin.
Assis sur la banquette arrière, j'espérais qu'Edward allait cesser de me réciter la longue liste de ses fantasmes. Parce que rien que le fait d'être assise sur du cuir près de lui décuplait mon envie de lui sauter dessus.
Et encore plus maintenant que son côté garde-du-corps-possessif-et-percutant avait fait surface.
Jouer la jeune fille en détresse…Celui-là aussi, il faut que je le note.
- Donne moi au moins un indice, me demanda Edward alors que nous nous dirigeons vers un hôtel luxueux.
- Edward ! Râlai-je.
- Ne me dis pas que tu n'as aucun fantasme !
- Ce n'est ni le lieu, ni le moment ! Sifflai-je en désignant Emmett de la tête.
- Mais j'ai envie de te connaître !
- Alors demande-moi...je ne sais pas...autre chose.
- Ton tour de poitrine ? Tenta-t-il.
- Tu ne devais pas canaliser ta crétinerie ?
- Es-tu toujours en colère contre moi ? S'inquiéta-t-il.
- Non, soupirai-je, exaspérée. Je veux juste...Bon sang...
Évacue ça, Bella. Pense à autre chose...Évite de le regarder dans les yeux. Oui, parce qu'Edward a les mêmes pouvoirs que la méduse, il peut vous pétrifier rien qu'avec un coup d'œil et un sourcil relevé.
J'approchai finalement de lui, songeant à une des maximes de mon père : la meilleure défense, c'est l'attaque. Je collai ma bouche à son oreille, espérant qu'Emmett n'entendrait pas. Edward avait le droit de connaître mes fantasmes. Dans la mesure où il y jouait un rôle récurrent, cela semblait normal. Mais Emmett...
- Mes fantasmes t'incluent. Tous. Récemment, j'ai songé à me doucher avec de la bière, juste pour que tu...oh misère...je ne peux pas t'avouer ça...
- Si, continue, m'encouragea-t-il.
- J'ai aussi pensé à...au...au tapis rouge, bredouillai-je, le feu aux joues.
Je m'écartai de lui, constatant que ma technique avait payé. Les yeux écarquillés, Edward fixait un point devant lui, assimilant l'information.
- Sur le tapis rouge ? Dit-il finalement.
- Oui, donc potentiellement infaisable.
- Potentiellement, oui, répéta-t-il.
- On est arrivé, annonça Emmett. Et ça, c'est la bonne nouvelle.
- Quelle est la mauvaise ? Demanda Edward.
- Elle se dirige sur nous et risque de te pulvériser.
Oh misère. Rosalie !
