Chapitre neuf

Byakuya referma la porte de sa demeure. Il était tard. Il s'était rendu auprès du commandant Yamamoto pour présenter son rapport de mission, et ils avaient longuement discuté des informations recueillies et des avantages que la Soul Society pouvait en retirer. Soucieux de ne plus manquer à ses devoirs, Byakuya s'était astreint à la plus grande concentration, ignorant la partie de lui qui ne pensait qu'à courir implorer le pardon de Lya. En rejoignant le Seiretei, il avait constaté avec un immense soulagement qu'elle était rentrée au manoir.

Il frappa doucement à la porte de sa chambre. « Lya ? Je sais que vous êtes là, je le sens. Répondez-moi. » Elle ne se manifesta pas. « Lya, ne faites pas ça ! Arrêtez de refuser de me parler ! Insultez-moi, giflez-moi si vous voulez, mais ne… »

La porte s'ouvrit et Lya se planta devant lui.

« Vous gifler ? Pourquoi je ferais une chose pareille ? » Ça ne lui serait jamais venu à l'esprit, mais elle trouvait l'idée intéressante.

« Et bien je ne sais, je pensais que vous… » Lya ramena la main en arrière et lui asséna une gifle magistrale. « Bon sang ! Elle a une de ces forces ! »

Lya secoua la main en grimaçant. « Ouille ! Ça fait un peu mal. »

Il lui lança un regard noir. « Je vous prie de m'excuser d'avoir un visage aussi anguleux. »

Lya pencha la tête. « Mais… ça défoule, vraiment. Vous savez, je n'y avais absolument pas pensé, mais je crois que c'est exactement ce que j'avais envie de faire. »

« Ravi d'avoir pu être utile », marmonna Byakuya. « Ecoutez, Lya, il faut que je vous… »

Elle l'interrompit. « Ah non. »

Il la fixa, surpris. « Comment ça, non ? »

« Non. La gifle c'était une bonne idée. Mais je n'ai toujours pas envie de parler avec vous. Allez-vous en. »

Et elle lui claqua la porte au nez.

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Lya s'agitait dans son lit. Impossible de dormir. Elle pensait à trop de choses, elle éprouvait trop de choses. C'était épuisant. Et puis ça n'était pas prévu. En quittant la Lumière, elle pensait être prête. Elle pensait être préparée à tout. Elle avait une confiance totale dans sa formation, et voilà qu'elle se trouvait totalement désarmée face à une situation qui n'était même pas directement liée à sa mission.

Elle avait rapidement étudié les relations homme-femme, durant les cours consacrés au mode de vie et aux comportements en usage au sein de la Soul Society. Mais c'était de la théorie. Elle n'aurait jamais imaginé qu'elle pourrait être concernée. Mais à présent elle avait beau retourner la question dans tous les sens, elle ne pouvait plus le nier : elle était franchement concernée.

Et elle ne s'en apercevait que maintenant. Dès son arrivée au sein de la Soul Society, elle avait été littéralement assaillie par les expériences nouvelles. Elle n'avait pas cherché à analyser chacune de ses réactions face à ça. Ce qu'elle ressentait envers Byakuya était inédit, bien sûr, mais tout était inédit… Elle n'y avait pas prêté une attention particulière.

Jusqu'à ce qu'il l'embrasse, et qu'elle se retrouve noyée sous un flot de sentiments aussi intenses que contradictoires. Pour commencer, elle avait paniqué. Avant ça elle n'avait jamais paniqué, de toute sa vie. Elle avait déjà eu peur, ou mal, mais elle n'avait jamais ressenti ça. La violence de ce que le contact, pourtant doux, avait provoqué chez elle l'avait affolée. Elle s'était pétrifiée, incapable de réagir.

En réaction à ça, elle avait ensuite éprouvé de la colère. Il n'avait pas à semer ainsi le chaos dans son esprit. Il n'avait pas à disposer d'elle comme bon lui semblait. Comment s'était-il cru autorisé à la toucher de la sorte ?

Elle ferma les yeux. Elle ne pouvait plus chasser cette pensée de sa tête. Une fois le choc passé, une fois la colère retombée, le souvenir, lui, restait aussi intense, heure après heure. La caresse de ses lèvres, son bras autour d'elle, sa main dans ses cheveux.

« Est-ce que je peux me permettre d'avoir à ce point besoin de quelqu'un ? » De s'en sentir aussi proche, de… l'aimer, autant. Cela devait pourtant avoir un sens ; sinon ce ne serait tout simplement pas arrivé. En y réfléchissant, elle avait l'impression d'avoir quasiment été poussée dans ses bras. Son écran protecteur, ses pouvoirs, toutes ses défenses disparaissaient devant lui.

Dans ce cas, alors elle pouvait s'autoriser de tels sentiments. Elle avait le droit de s'appuyer sur lui. Seulement… il ne savait pas tout, la concernant. Elle devait le lui dire. Et s'il la haïssait pour ça ? Elle ne pourrait tout simplement pas le supporter. Elle devrait quitter le Seiretei, changer ses plans. Et elle serait affaiblie par la douleur. Bon sang, comment pouvait-elle se retrouver dans une telle situation ?

Elle se leva. Elle n'en pouvait plus de cette pièce. Elle enfila sa veste et se transporta près du lac. La nuit était claire et l'endroit agréable, mais toute cette eau était trop immobile au goût de Lya.

Soudain elle sentit sa présence. Elle trouvait son reiatsu tellement doux, en dépit de sa puissance. Comme lui.

« Dites », demanda-t-elle sans se retourner, « il n'y aurait pas une cascade, dans le coin ? »

« Non ; mais il y a une assez jolie fontaine, un peu plus loin dans le parc. »

« Ça fera l'affaire. Montrez-moi. »

Ils marchèrent en silence jusqu'à la fontaine. Le visage de Lya s'éclaircit un peu. Elle s'assit sur le rebord ; elle aimait vraiment le bruit de l'eau. C'était apaisant.

« Vous êtes amoureux de moi », dit-elle.

Byakuya se raidit et la regarda. Mais elle n'attendait pas de réponse. Ce n'était pas une question.

Sans transition, elle poursuivit. « Ce jeune homme de votre division qui a été tué dans le 59ème secteur ; comment s'appelait-il ? »

Il mit quelques secondes à réagir. « Kashiwa. Mais… »

« Je vous ai dit que j'étais là quand il est mort. » Elle regardait droit devant elle. « Ça faisait cinq jours que j'étais arrivée, et c'était ma troisième intervention. Je les ai repérés de très loin, ils étaient quatre. Mais lui je ne l'ai pas senti. Son reiatsu était masqué par leur présence. » Le visage de Lya était contracté mais elle contrôlait sa voix.

« Il n'aurait pas dû être là. Les menos étaient apparus en rase campagne, comme toujours. Mais il y avait une maison. Une petite maison isolée, éloignée de toute protection. Et entre la maison et les menos, il y avait le jeune homme. Il avait son sabre à la main. Ça ne faisait aucune différence, qu'il soit armé ou non, bien sûr. Il ne voulait pas mourir désarmé, je suppose.

Je suis apparue à quelques mètres de lui. A deux secondes près, j'aurais pu faire quelque chose. Mais le coup de doomblast était déjà parti. Je n'avais pas le temps de m'interposer ; pas le temps de générer un champ protecteur. Il n'y avait qu'une chose que je pouvais faire assez rapidement pour lui épargner une mort aussi ignoble. Alors j'ai frappé la première. »

Elle leva la tête et regarda Byakuya droit dans les yeux. « Je l'ai tué. » Byakuya écarquilla démesurément les yeux.

« Il allait être dévoré par l'Obscurité. Il était perdu ; je ne pouvais sauver que son âme. » Elle se leva. « Mon tir l'a atteint de justesse avant celui du menos. J'étais tout prêt, c'est pour ça, certainement. Il s'est évaporé sous ma main, en un instant. J'ai senti son reiatsu se dissoudre, comme s'il coulait entre mes doigts. Et puis plus rien. » Elle baissa les yeux. « Je suis restée sans bouger un moment. Heureusement mon bouclier a résisté. Quand j'ai pu reprendre mes esprits, je les ai tués. » Elle se tut.

Byakuya était muet d'horreur. Il refusait d'admettre qu'elle ait pu vivre une chose pareille. Il ne voulait pas croire qu'elle ait dû prendre une telle décision. Il ne supportait pas la souffrance qui émanait d'elle en cet instant.

Lya se méprit sur son silence. « Voilà de quoi est capable la femme que vous pensez aimer, Byakuya. » Elle sursauta quand il fit deux pas en avant pour la prendre dans ses bras, aussi délicatement qu'il le pût. « Lya… », murmura-t-il. Elle se mit à trembler. Il glissa sa main dans ses cheveux pour guider sa tête vers le creux de son épaule et l'étreignit plus fort. « Merci… Merci de ce que vous avez fait pour Kashiwa… Merci d'avoir sauvé l'âme de cet homme… » Elle respirait avec peine, et il desserra son étreinte. « Laissez-vous aller… Vous n'avez pas à affronter ça toute seule… Je suis là, Lya… » Soudain quelque chose se brisa en elle, et elle s'effondra contre lui. Il la soutint. Il caressait doucement son dos alors qu'elle s'accrochait à lui en frissonnant violemment.

Il la berça un long moment. Elle ne luttait plus pour se contrôler ; elle avait l'impression que chaque spasme évacuait une petite partie de la douleur qui l'écrasait. Petit à petit les tremblements s'espacèrent, et elle commença à respirer plus régulièrement. Il resserra ses bras autour d'elle et enfouit son visage dans ses cheveux. Elle soupira et décrispa lentement ses mains agrippées à la veste de Byakuya. La souffrance s'estompait. Il l'avait chassée. Il la protégeait, elle qui serait bientôt le dernier rempart entre l'intelligence et le néant.

Elle leva les yeux vers lui, et il lui sourit. Lya sentit son cœur exploser. Brusquement, elle se projeta en avant et écrasa ses lèvres contre les siennes, étouffant son cri de surprise. Puis elle s'écarta très légèrement et plongea son regard dans le sien. « Recommencez, Byakuya… », demanda-t-elle à voix basse. Elle fit glisser ses bras le long de son torse pour les nouer autour de son cou. « Recommencez, comme tout à l'heure… »

Byakuya resta immobile quelques secondes, perdu dans le regard de Lya. La violence de ce qu'il ressentait menaçait de le submerger, et il refusait de réagir tant qu'il ne se sentait pas maître de lui-même. Il ne perdrait plus jamais le contrôle. Il se l'était juré.

Il glissa une main dans les cheveux de Lya et posa doucement ses lèvres sur les siennes. Elle gémit et se pressa contre lui, resserrant ses bras autour de son cou. Il lui rendit son étreinte et s'empara pleinement de ses lèvres, s'enivrant de leur douceur, de leur chaleur. Quand il sentit qu'elle s'habituait au contact, il entrouvrit la bouche et passa lentement sa langue sur les lèvres de Lya. Elle frémit et poussa un cri mais ne recula pas. Au contraire, elle s'abandonna dans ses bras. La tête lui tournait, son corps la brûlait, elle ne savait même plus si elle voulait qu'il s'arrête ou qu'il l'embrasse plus fort. Tout ce qui arrivait la dépassait complètement, et elle s'en remettait à lui.

Byakuya accentua sa caresse, et Lya entrouvrit instinctivement les lèvres. La sensation de la langue de Byakuya effleurant la sienne lui coupa le souffle. Elle s'agrippa à lui. Il s'écarta légèrement, essoufflé lui aussi, inquiet à l'idée d'aller trop vite, et l'interrogea du regard. Lya reprit son souffle. Elle se demanda fugitivement si sa poitrine allait réellement éclater, comme elle en avait l'impression, et décida immédiatement que ça n'avait aucune importance. Elle se rapprocha de lui et lui offrit à nouveau sa bouche.

Il en reprit possession avec ardeur. Il lui mordilla les lèvres, puis en força doucement le barrage. Quand leurs langues se touchèrent, il anticipa le mouvement de recul de Lya et la retint, sachant qu'elle agissait d'instinct. Puis il entreprit d'apprivoiser sa langue, la caressant de la sienne lentement, longuement. Il perdit toute notion du temps, transporté par l'intensité du contact, grisé par les gémissements de Lya.

Puis il sentit qu'elle s'affaissait contre lui, et rompit le baiser. La tête de Lya retomba sur son épaule. Ses jambes ne la portaient plus, et il s'alarma. « Lya ? » Elle sourit faiblement, sans ouvrir les yeux. « Ça va… Je… Je me sens fatiguée… »

Il la souleva dans ses bras, et elle se lova contre lui avec un soupir. Il reprit le chemin du manoir, et presque aussitôt elle s'endormit, bercée par le rythme de ses pas. Il rejoignit la chambre de Lya, sans quitter son visage des yeux, et la déposa sur le lit. Alors qu'il ouvrait les draps elle s'éveilla, et il lut de la panique dans ses yeux. « Est-ce que tu t'en vas ? Ne pars pas ! » Il sourit. « Bien sûr que non. »

Il s'étendit près d'elle, et elle vint immédiatement se nicher à nouveau dans ses bras. Il frémit au contact de son corps, et inspira profondément. Il la désirait violemment ; il ferma les yeux et se concentra quelques instants sur la respiration de Lya, se forçant à retrouver son calme. Ce désir ne serait pas assouvi cette nuit ; il ne le serait peut-être jamais. Il devrait lui apporter ce dont elle avait besoin, et prendre ce qu'elle serait prête à lui donner, sans jamais demander plus. C'était son rôle, sa mission à lui. Il savait depuis longtemps que le fait qu'il puisse l'approcher n'était pas une coïncidence. Leur destin était gouverné par une force qui ne laissait aucune place aux coïncidences.

Lya était presque endormie, mais elle s'efforçait d'analyser un minimum la situation. D'une voix ensommeillée, elle lui livra le fruit de sa réflexion. « Nous avons de la chance… Tu es amoureux de moi, et je suis amoureuse de toi aussi… Ça tombe bien… » Il rit, et cela le détendit. « Oui, n'est-ce pas ? », répondit-il en l'embrassant dans les cheveux. Elle sourit, puis s'endormit d'un coup, comme une enfant.

Byakuya la contempla longtemps. Il ne savait pas jusqu'à quel point il pourrait la protéger. Ce qu'il savait sans aucun doute possible, c'est jusqu'où il irait pour y parvenir. Il posa doucement sa tête contre celle de Lya et ferma les yeux. « Dors, Lya », murmura-t-il. « Dors, ma lumière… »

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J'avais prévenu : plus romantique et plus sombre, j'espère que cela vous plaît toujours… N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, j'essaie d'adapter mon offre à votre demande !