Chers lecteurs,
Désolée pour le retard! Je pensais vraiment pouvoir continuer l'histoire plus rapidement. Malheureusement, la suite mettra également plusieurs semaines car je serais en vacances (enfin!)
Bref, j'espère que cette partie vous plaira!
Encore merci pour les commentaires enthousiastes! Et bienvenue aux nouveaux lecteurs! :D
«**»
_ Dean…
Le Winchester ignora totalement l'appel de Castiel tandis qu'il jetait sa veste sur la dernière chaise de la chambre.
_ Dean, pourquoi ne me réponds-tu pas ? tenta Castiel une nouvelle fois.
_ Parce que je n'ai rien dire.
L'ange poussa un soupir en roulant des yeux. Les humains étaient d'un compliqué ! se disait-il. Debout au milieu de la pièce, il suivit Dean du regard pendant qu'il retirait ses chaussures, puis filait dans la salle de bain pour se brosser les dents, et enfin vérifiait quelques armes et munitions. Dean finit par se lasser d'être ainsi observé. Il se tourna vers Castiel, le doigt pointé vers lui, menaçant.
_ Elle t'a embrassé, Cas !
_ Oui Dean, je sais. J'étais présent, répondit-il en levant les mains en geste d'apaisement.
_ Tu t'es laissé faire !
_ Dean… ça m'a semblé être la chose à faire. Je ne voulais pas paraître impoli.
Castiel ouvrit les bras en secouant la tête. Il ne comprenait pas bien d'où provenait l'énervement de son ami. Tout le trajet du retour s'était fait cette ambiance tendue. Dean n'avait pas adressé la parole à Castiel, se contentant de bougonner dans son coin, jusqu'à leur arrivée dans la chambre.
_ J'ai simplement raccompagné Alice jusque devant sa porte. Tu en as fait de même pour Julie, alors j'ai pris exemple sur toi.
_ Elle ne m'a pas embrassé !
_ Oh… c'est donc pour ça ! s'exclama Castiel en plissant des yeux, un léger sourire aux lèvres. Tu es triste que la jeune femme ne t'ait pas montré de signe d'affection ! J'ai compris ! C'est le comportement classique du mâle Alpha lorsque son autorité est menacée.
Son sourire s'accentua en comprenant qu'il n'était pas directement la cause de la mauvaise humeur du Winchester.
_ J'ai vu un reportage à la télé sur une meute de…
_ Quoi ? Cas ! Stop ! Mâle Alpha ? … moi ? Non ! Elle n'est même pas mon type !
Dean fit de grands gestes, complètement perdu par la tournure que prenait la conversation. De toute façon, il valait mieux que cela s'achève rapidement. Absolument tout l'énervait et il savait pertinemment que lorsqu'il était dans cet état, il ne faisait que blesser ses proches. Il tenta de se calmer en respirant profondément.
_ Au fait, reprit Dean en voyant le lit vide à côté du sien. Où est Sam ?
Sentant là une chance inespérée de se rendre utile et d'aider Dean, ce qui l'apaiserait probablement, Castiel leva la main.
_ Je vais le chercher.
_ Hors de question ! Tu restes là ! Si c'est pour que tu te zappes je ne sais où et que tu disparaisses durant des mois, même pas la peine d'y penser !
Castiel grimaça. Encore une fois, il avait mis de l'huile sur le feu.
_ Tu peux scanner les environs, reprit Dean en sentant qu'il venait une fois de plus de s'énerver pour peu. Mais tu restes ici.
_ D'accord…
L'ange ferma les yeux pour se concentrer. Vu la zone de recherche, il mit du temps à repérer l'aura de Sam. A vrai dire, il avait plutôt trouvé celle de Gabriel par hasard en sentant une anomalie dimensionnelle sur une minuscule portion de la ville. Juste à proximité de l'archange, il perçut celle de Sam. Beaucoup trop éloigné pour identifier l'endroit ou l'état physique général des deux, il se contenta d'un ressenti global.
_ Il va bien, fit Castiel en conclusion de sa recherche.
_ Il fait quoi ? demanda Dean, toujours planté devant l'ange.
_ Dean, si tu veux des informations plus exactes, je dois me rendre sur place.
_ Ok ok ! C'est bon. Je te crois.
Dean rattrapa de justesse un geste d'énervement. Mais si son frère allait bien, tant mieux. Il supposa qu'il devait être avec Gabriel, probablement en planque quelque part à espionner le Maire. Il n'avait pas oublié la conversation avec Sam plusieurs heures plus tôt. Le Maire était clairement le commanditaire, selon Sam. Et il le croyait sur parole. Surtout depuis que la bibliothécaire était hors de cause (relativement). Il l'avait retirée de la liste des suspects lorsqu'il s'était rendu compte qu'elle était simplement passionnée de mythologie et théologienne à ses heures. En effet, durant le repas ils avaient fini par aborder la question qui titillait Dean et Castiel depuis le début. Entre le plat et le dessert, Castiel avait, à la grande surprise de Dean, orienté la conversation sur les créatures surnaturelles et les invocations des dites forces. Très naturellement, Alice s'était enthousiasmée sur le sujet et Dean avait pu la questionner sur son passé avec le Maire actuel. Alice se mit à tout raconter, aidée par quelques détails totalement inutiles par son amie Julie. Elle se souvenait qu'il y a une dizaine d'années, Eugène Ford s'était montré très pressant avec elle afin qu'elle lui fournisse des ouvrages anciens sur des êtres mystiques. Grassement rémunérée pour ses recherches et son aide, elle n'avait fait preuve que d'un enthousiasme zélé. Elle expliqua avoir fourni à l'actuel Maire une pile d'une quinzaine de livres qu'elle avait mis plusieurs mois à trouver. Selon ses dires, il avait été ravi. Elle n'eut plus d'interaction avec lui durant des années. Julie se souvint que plusieurs semaines après, la bibliothèque avait reçu un don de plusieurs dizaines de milliers de dollars de la part du Maire. Alice, ravie par cet acte, avait décidé de reverser la totalité de sa rémunération à la bibliothèque, ce qui avait permis l'agrandissement d'une aile, la mise en place d'une section multimédia. Puis la conversation s'était engagée sur Internet et les dangers des jeux vidéo, au plus grand dam de Dean. Durant toute la discussion, Castiel avait focalisé son attention sur Alice. Une fois le repas achevé, il confirma à Dean qu'elle avait dit vrai.
Dean avait toujours le regard fixé sur Castiel. La journée avait été longue et difficile. Sa mauvaise humeur ne semblait pas vouloir le quitter, alors autant limiter les dégâts.
_ Je vais dormir, annonça-t-il finalement en se détournant de l'ange qui avait les yeux rivés sur lui.
_ Bonne nuit Dean.
_ Tu vas dormir aussi ?
_ Non, je vais… je vais m'occuper.
Dean hocha la tête, un peu circonspect. D'habitude, Castiel insistait pour veiller sur lui. Aussitôt, le Winchester imagina Castiel rejoindre Alice et… et Dean arrêta net son imagination en sentant son sang ne faire qu'un tour.
_ Ok Cas. Parfait. Bonne nuit !
Castiel pinça ses lèvres puis déglutit. Il regarda autour de lui, hésitant. Il avisa alors la chaise. Déplaçant la veste de Dean, il s'y installa et prit machinalement un des livres posés sur la table.
De son côté, Dean se jeta sur son lit et enfonça son visage dans l'oreiller. Tant pis pour sa tenue confortable, mais ça n'était pas cette nuit qu'il pourrait dormir en pyjama. Il sentit le sommeil le gagner et s'y abandonna entièrement.
Lorsque Castiel eut la confirmation que Dean dormait, il reposa le livre, se releva puis déplaça la chaise jusqu'aux côtés du lit. Il s'y rassit, jambes tendues, mains sur les genoux, et veilla sur Dean pour le restant de la nuit.
«**»
Sam regarda sa montre puis soupira. La nuit était si avancée qu'elle pouvait être nommée « petit matin ». Il était temps pour lui de retrouver son frère. Mais l'idée même de rentrer au motel sale et délabré le répugnait. Il se sentait parfaitement bien à l'endroit où il était. Un matelas confortable, des draps propres et soyeux (enfin, ils étaient propres plus tôt dans la soirée), et Gabriel qui semblait dormir paisiblement dans ses bras. Mais il risquait de recevoir un coup de fil de Dean à tout moment. Son grand frère s'inquiéterait certainement tôt ou tard. Et bien évidement allait lui passer un savon quoi qu'il arrive.
Il soupira une nouvelle fois.
_ Dors, grogna Gabriel d'une voix rauque.
_ Dean va s'inquiéter, répondit Sam en étouffant un énième soupir.
_ S'il s'inquiète, il appellera.
Sam secoua la tête.
_ Je préfère éviter de me disputer avec lui. Tu as une salle de bain ?
_ La porte en face, soupira Gabriel en se retournant.
Il leva le bras pour attraper la main de Sam, mais celui-ci avait plus vif et se dirigeait déjà entièrement nu vers la salle de bain. Gabriel se permit de l'admirer à travers la faible lueur qui filtrait des volets de l'unique fenêtre. A n'en point douter, à l'époque de Rome ou de la Grèce antique, Sam aurait eu tous les artistes à ses pieds, le suppliant de poser pour eux, afin de glorifier son physique d'athlète. Avec un petit sourire, il nota mentalement que Sam avait été sien de nombreuses fois durant la nuit et qu'il ne comptait pas s'arrêter en aussi bon chemin.
Lorsque son amant disparu derrière la porte, il hésita un instant à se téléporter dans la salle de bain mais il se ravisa. Il avait senti Sam pressé de retrouver son frère. Certes, la justification officielle était qu'il allait passer un savon à Sam pour cause d'inquiétude, mais Gabriel se doutait que la réciproque était vraie.
Il roula sur la place où se trouvait Sam quelques secondes auparavant. Il pouvait encore sentir la chaleur de son corps imprimé sur les draps. Ses yeux se fermèrent lentement, se rappelant les frasques de la nuit, et plus particulièrement ce qu'il avait ressenti. La part démoniaque de Sam était là, bien là. Terrée au fond de son être, elle patientait sous bonne garde.
Etrange chose qu'est Sam Winchester, pensa Gabriel. Comme jamais vu auparavant.
Car aussi sombre et brutal que pouvait être son âme, le reste était d'autant plus bienveillant, empathe et juste. Et cette dualité avait formé Sam Winchester, perle parmi les bijoux de plastique. Dès leur première rencontre, Gabriel l'avait remarqué. Et depuis ce jour, il avait bien compté le suivre et le voir évoluer jusqu'à un jour, pourquoi pas, emmener son âme au Paradis.
_ Voilà qui va être hautement intéressant, dit Gabriel pour lui-même, large sourire aux lèvres.
Il ne fallut qu'une petite dizaine de minutes à Sam pour prendre sa douche et se sécher, tandis que Gabriel paressait au lit. Il sortit de la salle de bain, serviette autour de la taille et récupéra ses vêtements éparpillés dans tous les coins de la pièce.
_ Tu comptes aller te laver ? demanda Sam en triant ses affaires et celles de Gabriel.
L'archange hésita une seconde. Il lui suffirait d'un claquement de doigts pour se nettoyer entièrement et s'habiller, mais après une nuit si foncièrement humaine, il se prit au jeu. Avec un hochement de tête, il se rendit dans la salle de bain. Elle était extrêmement petite et soudain, Gabriel se demanda comment Sam avait fait pour se tenir dans la cabine de douche aussi minuscule. Il allait devoir y remédier au plus vite !
Il referma la porte derrière lui et laissa le flot d'eau lui ruisseler le long du corps. Il agita un index et la température fut immédiatement idéale. Il ramassa une bouteille de gel douche et entreprit de se savonner intégralement, se cognant les coudes ici et là, grognant sur l'inconfort de l'endroit. Il ne traîna pas et se rinça tout aussi vite. Puis, il sortit de ce qu'il venait de nommer comme « la cabine de l'angoisse » et se retrouva devant le minuscule lavabo où il brossa les dents. Tout en se nettoyant les dents de la main droite, il chercha sa serviette. Serviette qui avait été récupérée par Gigantor, bien évidemment. Avec un soupir, Gabriel en fit apparaitre une autre, blanche immaculée, autour de sa taille, puis fit un quart de tour et ouvrit la porte de la salle de bain pour évacuer la buée.
_ Tu viens avec ? demanda Sam qui l'attendait patiemment sur une chaise.
Gabriel hocha la tête, faisant tomber quelques gouttes de mousse sur son torse, ce qui le fit ronchonner. Il repartit dans la salle de bain et acheva sa toilette.
_ Je t'ai fait du café, dit Sam depuis la pièce voisine. J'ai trouvé une machine, je me suis servi…
Gabriel se rinça la bouche puis alla rejoindre Sam à table, tout sourire.
_ Merci Sammy ! Excellente idée !
Il se saisit de la tasse brûlante et avala le café comme si de rien n'était tandis que Sam soufflait doucement sur le sien pour le refroidir.
_ Parfait ! commenta Gabriel en reposant le récipient sur la table.
Il sourit à Sam, heureux de le voir ainsi, visiblement confortable face à lui. Il remarqua alors que la température du liquide était trop élevée pour le Winchester.
_ Attends… fit-il simplement en touchant la tasse de son index. C'est mieux ?
Sam but une gorgée et poussa un soupir.
_ Idéal ! Merci Gabe.
Sam dégusta son café par petites gorgées, tout en fixant Gabriel du regard. Tout sourire, l'archange en faisant tout autant. Après la nuit passée, la simple présence de l'autre suffisait à les apaiser pour le moment. Ils savaient tous deux que la trêve était toujours de courte durée, alors ils en profitaient et ne se perdaient pas en vaines discussions ou plans sur la comète.
Lorsque le Winchester eut enfin bu l'intégralité de sa tasse, il la reposa sur la table puis, d'un geste volontairement dédaigneux, désigna Gabriel.
_ Tu comptes t'habiller ou alors tu veux faire une surprise à Dean ?
Gabriel ouvrit la bouche pour envoyer une petite réponse bien trouvée, mais un acte vaut mille mots. Il claqua des doigts et fut vêtu des pieds à la tête de son costume.
_ C'est de la triche ! protesta Sam.
_ Tu n'avais qu'à avoir des pouvoirs, ironisa Gabriel avec un clin d'œil.
Sam secoua la tête puis désigna la porte d'entrée de l'appartement.
_ On y va ?
Gabriel se leva et fit quelques pas dans l'appartement pour vérifier que rien n'avait été oublié. Sam profita que l'archange lui tourne le dos pour se mettre debout avec une petite grimace. La nuit avait très agitée et il commençait à en ressentir les effets secondaires, principalement des courbatures.
_ Gabriel, reprit Sam, on doit d'abord aller récupérer la voiture avant d'aller au motel.
_ Pas de soucis !
Gabriel se tourna vers Sam puis posa une main sur son épaule. Le temps d'un clignement d'œil, ils se retrouvèrent aux côtés de la vieille voiture qu'ils avaient dérobée.
_ Gabe, grogna Sam, on aurait pu y aller à pieds !
_ C'est plus rapide ainsi. Et personne ne nous a vus, alors pas la peine de ronchonner.
_ Il va vraiment falloir que tu fasses plus attention, je t'assure !
Au moment où Sam allait ouvrir la portière, il avisa un café à quelques mètres à peine. Il venait très certainement d'ouvrir car quelques chaises se trouvaient encore sur les tables.
_ Attends-moi là, je reviens, fit-il en prenant la direction de la boutique.
Il entendit vaguement Gabriel râler et pester contre lui, lui expliquant que les humains avaient des lois de protection pour les animaux et que Sam avait un devoir moral de mieux le traiter. Mais le Winchester finit par l'ignorer, même si l'analogie lui avait arraché un sourire.
Gabriel n'eut pas longtemps à patienter. Sam revenait déjà avec quatre cafés à emporter.
_ On va essayer de mettre Dean dans de bonnes dispositions, expliqua Sam en ouvrant sa portière.
Il se glissa à l'intérieur et cala les boissons entre les deux sièges avant. Gabriel s'assit à ses côtés, bougonnant légèrement. Puis ils se mirent en route.
Moins d'une dizaine de minutes plus tard, Sam se gara devant la chambre du motel. Le soleil était maintenant levé et tapait contre la fenêtre aux rideaux tirés. Dean devait dormir paisiblement, tout comme le reste de la ville à cette heure si matinale.
Il stoppa le moteur et s'apprêta à sortir du véhicule mais Gabriel l'en empêcha.
_ Sammy, commença Gabriel d'une voix si sérieuse que Sam se mit à froncer des sourcils.
_ Gabe ? Qu'est-ce qu'il y a ?
_ Tu as oublié quelque chose, reprit l'archange, le visage fermé.
_ Quoi ? Renart nous a suivi ?
Gabriel secoua la tête.
_ Non, tout va bien.
Il se pencha et glissa sa main sur la nuque de Sam, l'obligeant à s'incliner jusqu'à ce que leurs lèvres se touchent. Le baiser fut rapide. Presque chaste.
_ Maintenant, tout est réglé, commenta Gabriel.
L'archange le fixa, le regard couleur miel plongé dans le sien. Ses yeux pétillèrent de malice, mais Sam pouvait y décelé de la tendresse. Du moins, c'est l'impression qu'il ressentait au fond de lui. Il n'hésita qu'une seconde avant de rendre le baiser. Puis il sortit de la voiture sans oublier les cafés. Gabriel l'imita.
Ils s'avancèrent jusqu'à la porte. Sam en tourna la poignée très lentement pour faire le moins de bruit possible. Il entra en faisant attention où il marchait, l'obscurité de la pièce n'aidant absolument pas. Il remarqua un mouvement et n'eut aucun mal à identifier Castiel qui se dirigeait vers lui. Rassuré, Sam posa les cafés sur la table et rejoignit l'ange, suivit par Gabriel.
_ Sam, Gabriel, salua Castiel avec un petit geste de la tête.
_ Hey Cas, fit Gabriel.
_ Cas, dit Sam, j'ai apporté du café si tu veux.
Il jeta un coup d'œil par-dessus l'ange et avisa Dean qui dormait sur son lit, vautré plutôt qu'allongé, un bras dépassant dans le vide.
_ Je vais le réveiller…
Sam s'avança jusqu'à son frère et lui attrapa le bras qu'il secoua sans ménagement.
_ Hey, Dean. Debout !
Il n'en fallut pas plus pour réveiller son aîné. Cette méthode avait fonctionné durant des années. Aussi longtemps qu'il s'en souvienne à vrai dire.
Dean se redressa, les yeux gonflés par le sommeil, cheveux en bataille.
_ Sammy ! Quelle heure ?
_ Bientôt 6h30. Tu te sens d'attaque ?
Son frère cligna plusieurs fois des yeux et constata que tous les regards étaient braqués sur lui, ce qui lui déplut immédiatement. Mais il repéra également le grand carton contenant les 4 tasses de cafés ce qui le mit de meilleure humeur.
_ Je reviens… dit-il simplement après un soupir, puis il fila dans la salle de bain après avoir récupéré quelques affaires.
«**»
_ Tu en sûr, Sammy ?
_ Certain, affirma Sam en levant sa main droite pour la faire claquer contre sa cuisse.
Dean plissa des yeux en fixant son frère qui se tenait debout devant lui.
_ Les ailes de Gabriel !
_ Avec des lunettes ?
_ Avec des lunettes. Il a changé de tout au tout après les avoir vus.
_ Huh… Ok…
L'aîné Winchester secoua légèrement la tête. Puis il reprit :
_ Et avant tout ça, Renart t'a laissé partir ?
_ Oui, il… elle ne sait pas que j'ai retrouvé la mémoire grâce à Gabriel.
Dean se pencha de quelques centimètres sur le côté pour lancer un regard vers l'archange qui parlait avec Castiel à l'autre bout de la chambre. Il vit ce dernier mettre une sorte de petit tube dans la poche de son imperméable, arborant son expression typique de celui qui ne comprend pas bien ce qu'on attend de lui, mais préfère couper court à la discussion.
_ Dean, rappela Sam, les yeux baissés vers son frère assis sur l'unique chaise.
_ Oui, j'ai compris… le problème, c'est que si le Maire en parle à Renart, il saura qui est réellement Gabriel.
Sam haussa les épaules.
_ J'y ai pensé, c'est vraiment si grave à ton avis ?
A son tour, Dean haussa les épaules.
_ A première vue, non. Mais… Gabriel nous donne l'avantage de la surprise. Si les choses tournent mal, ils n'auront pas prévu de protection contre les anges.
_ Pourquoi ça tournerait mal ? demanda Sam en secouant la tête.
Le simple regard de son frère le fit soupirer.
_ Ok, reprit-il, ça tourne toujours mal à un moment ou à un autre.
_ Voilà !
Ils restèrent quelques secondes silencieux.
_ On fait quoi exactement ? demanda alors Dean.
_ Aucune idée.
_ Au fait, tu ne veux pas t'asseoir ?
Sam secoua la tête.
_ Non, je préfère rester debout, dit-il avec une petite grimace. Me détendre les jambes… mal dormi avec ce matelas pourri…
Dean connaissait Sam sur le bout des doigts et remarqua immédiatement les petites mimiques qui le trahirent. Son petit frère voulait cacher quelque chose. Comme à son habitude, pensa Dean avec un long, très long soupir intérieur. Mais ils avaient d'autres chats à fouetter et il savait que Sam finirait par tout lui avouer d'une manière ou d'une autre. Il capitula donc.
_ Hey, Gabriel, Cas, quand vous aurez fini de comploter, vous pourriez peut-être nous aider ?!
_ Dean, ce n'est pas un complot, Gabriel m'expliquait que…
_ Qu'il va falloir qu'on s'y mette ! le coupa brutalement l'archange d'une voix forte en avançant d'un pas.
Dean tourna son regard vers son frère, un sourcil levé. Sam ne put que secouer la tête en haussant les épaules. Gabriel glissa quelques mots à l'oreille de Castiel puis finit par les rejoindre.
_ De toute façon, on n'a pas le choix. Si on veut arrêter les meurtres, il faut stopper Renart d'une manière ou d'une autre.
Tous écoutèrent Gabriel d'un air concentré. Après tout si quelqu'un s'y connaissait en Trickster, c'était bien lui !
_ Or, reprit-il d'une voix grave, pour stopper Renart, il n'y a pas trente-six solutions. Soit on le tue, soit on brise le lien avec son invocateur.
Ils hochèrent la tête, buvant littéralement les paroles de l'archange.
_ … voilà ! acheva Gabriel avec un sourire.
Dean faillit en tomber de sa chaise.
_ Quoi ? C'est tout ? Tout ça, on le savait déjà ! Tu n'as pas un plan génial ?
_ Si, libérer Renart !
_ Mais… le Maire est protégé ! Comment peut-on récolter du sang sans avoir à affronter un demi-dieu ?
Gabriel haussa les épaules, petite moue aux lèvres.
_ Vous êtes les génies, je vous laisse décider du plan !
_ Emplumé inutile ! râla Dean. Je croyais que vous aviez trouvé des informations hier soir !
_ Oh, on en a trouvé, confirma Gabriel. Inattendues même ! Mais rien qui nous aide à l'heure actuelle.
Sam déplaça son poids d'une jambe sur l'autre et tenta tant bien que mal de garder un visage sérieux.
_ Tout ce qu'il nous faut, c'est trouver du sang du Maire, pas vrai ? tenta le jeune Winchester.
_ Oui, confirma Gabriel.
_ Peut-être qu'il est donneur de sang et qu'il nous suffirait de trouver une pochette…
Tous les regards se tournèrent vers Sam tandis que le silence emplissait lentement la pièce.
_ C'est pas la pire idée que tu aies eue, commenta Dean avec une grimace.
Sam lui répondit de sa plus expression irritée, lèvres pincées.
_ On peut aller à l'hôpital, suggéra Gabriel.
_ Quel hôpital ? demanda Sam.
_ Combien y-a-t-il d'hôpitaux ? s'interrogea Castiel.
Tous les yeux se braquèrent vers Dean.
_ Je cherche, je cherche, commentait-il en tapotant sur le clavier du PC. Bon, i hôpitaux... enfin, un hôpital et une clinique… pas de banque de sang… eeeeeet… les deux font des récoltes de sang régulièrement.
Il soupira.
_ On va y aller, Sam et moi. Ca sera plus rapide. Sam ?
Son petit frère acquiesça.
_ Et nous ? demanda Gabriel en désignant Castiel.
_ Gabriel, tu ferais mieux de ne pas trop te montrer. Visiblement, le Maire en sait déjà trop sur toi. Et Cas…
Dean tourna le regarda vers l'ange qui, comme il l'avait senti depuis plusieurs minutes, le fixait intensément. Il dû faire un effort colossal pour ne pas se perdre dans ces yeux limpides comme à son habitude.
_ Cas sera ton garde du corps si un Trickster vient te chercher des noises.
_ Quoi ?! s'exclama Gabriel. Cas ?! Mon quoi ?!
_ A deux, vous serez plus forts que si tu es tout seul, expliqua Dean. Ce n'est pas ouvert à discussion. Cas, tu n'as qu'à expliquer à Gabe ce qu'on a appris hier soir avec la bibliothécaire.
Castiel approuva, puis tendit légèrement la tête vers Dean et prit un air comploteur. Il émit un petit raclement de gorge et tordit un coin de bouche.
_ … Cas ? fit Dean, sourcils froncés, appréhendant légèrement ce qui allait suivre.
_ Dois-je mentionner à Gabriel l'étreinte avec Alice ?
Dean ferma les yeux devant l'énormité que Castiel venait d'évoquer. Il entendit nettement le bruit des cous de Sam et Gabriel se tourner brusquement dans sa direction. Il savait que l'ange ne pensait pas à mal, mais parfois il lui rendait la tâche difficile. Il rouvrit les yeux et constata que son frère et l'archange le fixaient avec des yeux écarquillés. Il retint difficilement un soupir, l'air las.
_ Si tu veux Cas. Si tu veux.
Sans perdre un instant de plus, il se releva de la chaise et récupéra sa veste de costume. Il se rendit dans le placard et farfouilla dans les sacs contenant leurs armes pour en sortir deux badges de la CDC. Il en lança un vers Sam qui l'attrapa au vol et le glissa dans sa poche intérieure. Puis il emboita le pas à son frère et quitta la chambre.
_ Et vous ne bougez pas d'ici ! lança Dean en refermant la porte derrière lui.
Ils se rendirent à la voiture et s'y installèrent. Sam regretta les sièges confortables de l'Impala. Dans celle-ci, il avait l'impression qu'ils étaient rembourrés de noyaux de pêches, ce qui n'aidait nullement la partie inférieure de son corps.
Bien évidemment, Dean s'en rendit immédiatement compte.
_ Ca va, Sammy ? demanda-t-il en démarrant le véhicule.
_ Oui oui, pas de soucis. Quelques courbatures, c'est rien.
_ Oh ok… tu te fais vieux ! se moqua-t-il.
_ Haha, ça te va bien de dire ça !
Dean secoua la tête, heureux d'avoir son frère à ses côtés, puis sortit la voiture du parking et prit la direction de l'Hôpital Saint Francis qui se trouvait dans le grand centre-ville.
_ Dean ?
_ Hmm ?
_ C'est quoi cette histoire avec la bibliothécaire ? J'ai mal compris ?
Il n'en fallait pas plus pour renfrogner Dean.
_ Rien, il n'y a rien. Pas d'histoire !
_ Errr… Dean ? Vraiment ? Tu vas la jouer collégienne en colère ?
_ Oh, ça va ! Cas s'est fait embrassé, c'est tout !
Sam garda le silence. Il savait que Dean ne pourrait s'empêcher de poursuivre. Il fonctionnait telle une cocotte-minute. A partir du moment où une brèche apparaissait, il ne fallait pas longtemps pour que toute la pression s'évacue. En général de manière plutôt violente.
_ On a dîné, j'ai ramené les dames chez elles et… cet imbécile de Cas a raccompagné Alice Ward jusque devant sa porte ! Et il s'est fait avoir comme un bleu !
_ Ca ne lui fera pas de mal d'avoir des interactions avec d'autres humains que nous, tu ne crois pas ?
_ Je ne crois rien, râla Dean en donnant un petit coup de volant plus brusque que nécessaire. Il pourrait faire attention, c'est tout !
Sam releva un sourcil et fixa son frère durant de longues secondes, au point où se dernier finit par se retourner vers lui en pestant : « Quoi ? Qu'est-ce qu'i la fin ? »
_ C'est juste un baiser, expliqua Sam d'une voix calme. Il n'y a rien de grave à ça.
_ Il n'était pas sur ses gardes !
_ Dean… s'il ne remonte pas là-haut…, fit Sam en indiquant le ciel de son index, autant qu'il apprenne comment les choses se passent ici. Le laisser faire ses propres expériences…
Bien évidemment, Sam avait raison. Il avait souvent raison, ce qui énervait parfois Dean dans son honneur de grand frère. Il se concentra sur la route. Se laisser ainsi emporter pour des broutilles était ridicule et il s'en rendait bien compte. Mais même s'il ne décolérait pas, il se devait de passer outre et mener cette chasse jusqu'au bout. Pas question de laisser quelque chose l'entraver.
_ Ouais, finit-il par dire d'une voix distante tandis qu'il ravalait sa colère. Tu as raison.
_ Ou alors, reprit Sam, tu n'as qu'à lui apprendre, toi.
La voiture faillit faire une embardée sur le trottoir.
_ Quoi ? s'écria Dean en redressant la direction.
_ Tu sais, comme quand j'étais gamin. Tu m'expliquais tous les trucs et arnaques auxquels je devais faire attention. Ou quand j'étais ado, avec les filles…
_ Oh… oh ok… oui, bien sûr… je le ferai…
Dean poussa un petit soupir. Il se donna mentalement un coup de pied aux fesses pour avoir mal interprété les paroles de son frère, mais surtout pour avoir réagi aussi violemment. En temps normal, les insinuations lui importaient peu, mais ceci ajouté à l'énervement déjà existant n'arrangeait rien. Il se dit qu'il serait temps de fermer sa bouche.
A ses côtés, Sam le regardait d'un air compatissant, mais sentit que la conversation s'achèverait ici.
Plusieurs minutes plus tard, ils avaient garé la voiture sur le parking de l'Hôpital et montraient leurs badges à l'infirmière d'accueil.
«**»
_ Je crois que Dean est en colère, finit par expliquer Castiel.
_ Il s'en remettra !
Castiel acquiesça. Cela ne faisait absolument aucun doute. Mais il n'avait jamais apprécié de voir Dean énervé. En particulier contre lui. Il ressentait beaucoup de gêne et de honte à en être responsable.
Voyant l'état dans lequel se trouvait Castiel, Gabriel lui donna une petite tape amicale sur l'épaule.
_ Ne te prends pas la tête, ça ira !
_ Et toi et Sam ? reprit Castiel. J'ai compris que vous aviez fait d'autres trouvailles après la visite chez le Maire.
L'archange ne put retenir un éclat de rire.
_ Rien qui ne concerne notre mission, j'en ai peur !
_ Je ne comprends pas. Tu as dit tout à l'heure que…
_ Je sais, le coupa Gabriel qui s'amusait beaucoup de la tournure que prenait la discussion. C'était pour autre chose.
_ Pourtant, vous étiez ensemble. Dean s'inquiétait alors j'ai cherché Sam…
Gabriel leva les sourcils.
_ Je sais, je m'en suis rendu compte. Mais on était occupés à faire la bête à deux dos avec Sam, tu comprends…
Castiel, qui était assis sur la chaise à la place qu'occupait Dean plusieurs minutes auparavant, plissa des yeux. Il eut un petit mouvement de recul de la tête.
_ Vous avez chacun un dos, qu'y a-t-il d'extraordinaire là-dedans ? questionna-t-il.
_ J'avais oublié… soupira Gabriel. Les métaphores n'ont jamais été ton fort, n'est-ce pas ?
Il fixa Castiel.
_ J'ai eu des relations sexuelles avec Sam hier soir.
_ Oh… fit simplement Castiel.
Gabriel fronça les sourcils.
_ Oh ? s'étonna-t-il.
Voyant que sa réaction n'avait pas été appropriée, Castiel se sentit obligé de poursuivre.
_ Je suppose qu'il est tout à fait légitime d'éprouver de l'attirance pour Sam. Après tout, en termes du physique, il est nettement supérieur à la moyenne compte tenu de sa musculature et de ses réflexes. Ses connaissances sont également exemplaires et font de lui un hunter de première classe.
Devant l'air à demi ahuri de Gabriel, il hésita un instant, nerveux, s'essuya la paume des mains contre son imperméable puis reprit son discours.
_ Tu es un archange, il est donc tout naturel que tu cherches le partenaire le plus adapté… je veux dire, il a toutes les qualités d'un humain de première classe…
Sous le poids du regard de Gabriel, Castiel sentit que sa réponse ne convenait pas. Il voulu expliquer plus clairement sa pensée, mais son frère l'en empêcha en levant sa main droite en signe de halte.
_ Dis donc ! s'exclama Gabriel.
Il poussa un petit sifflement.
_ Je comprends mieux ce qu'il se passe entre toi et Dean ! reprit-il. Vous n'êtes pas prêts d'arranger vos affaires !
Gabriel n'insista pas, voyant la gêne qui émanait de son frère.
_ Mais sinon, oui, Sam est un humain de premier ordre. On va en rester là, d'accord Cas ?
Castiel acquiesça, visiblement soulagé de ne plus avoir à discuter de relations sociales et humaines, domaine qui le dépassait complètement et souvent le mettait soit mal à l'aise, soit le plongeait dans des abymes de questionnements.
_ Que fait-on en attendant le retour des Winchester ? demanda Castiel, soucieux de rester actif dans cette mission.
Gabriel se détendit immédiatement. Il afficha alors un immense sourire et souleva ses sourcils d'un air taquin.
_ Très cher Cas, je connais le meilleur passe-temps du monde. Tu vas adorer !
«**»
_ J'ai faim… sérieusement Sammy, dès qu'on a fini ici, je vais m'enfiler le plus gigantesque petit déjeuner de la ville !
_ Un autre tu veux dire ? ironisa Sam en déplaçant une pile de dossier d'un bout du bureau auquel il était assis, vers un autre coin.
Dean le regarda de travers puis déposa un autre paquet de dossiers devant son frère. Puis, il retourna s'asseoir face à lui et ouvrit l'un des feuillets.
Les infirmières leur avaient mis à disposition une petite salle au fond d'un couloir, ce qui leur convenait parfaitement. Ils pouvaient accéder facilement à la salle des archives qui se trouvait juste à côté. Heureusement pour eux, les employés n'avaient absolument pas cherché à en savoir plus sur la raison de leur présence. Visiblement, il s'agissait d'un état d'esprit général de la ville.
Les Winchester avaient entamé leurs recherches depuis plus d'une heure, et les résultats étaient plus que limités. Dû en partie à l'absence majeure de système informatique, ils devaient recourir à des méthodes plus traditionnelles. Ils avaient ainsi trouvé plusieurs dossiers concernant le Maire. Mais ce n'était pas suffisant. Ils finirent donc par élargir leur champ de recherche et fouiller directement dans les listes maintenues par le personnel.
_ Hé, Sammy, tu as quelles années devant toi ?
_ 2005… à 2010.
_ 2003… don de sang au nom de Eugène Ford. 2004, rien !
_ Je n'ai rien à son nom de 2005 à 2010.
_ Donc, il a arrêté de faire des dons il y a 10 ans.
_ Je cherche plus récemment… attends, les feuilles sont là. Voilà, aide-moi. 2011 et 2012.
Il ne leur fallu que quelques minutes pour en faire le tour.
_ Rien ! annonça Dean.
_ Rien non plus… confirma Sam.
_ Ca ne va pas nous aider…
_ Attends, tu as déjà regardé dans tous ses dossiers médicaux.
Sam secoua la tête.
_ Leur classement est minable, soupira-t-il.
_ Je sais…
_ Mais pourquoi ils ont simplement écrit le nom de famille sur les dossiers et non pas nom et prénom ?
_ Sérieusement, je ne sais pas… Allez, donne-moi la moitié…
_ J'ai déjà trouvé une dizaine de dossiers sur le Maire, mais rien d'intéressant. Tiens, il me reste ceux-là à passer en revue.
Dean prit la pile des mains de Sam et entama ses recherches.
_ Hey, Dean… j'ai quelque chose…
_ Dis-moi qu'il y a une pochette de sang pleine qui nous attend !
_ Non, pas ça… début 2003, il a été diagnostiqué pour un cancer des poumons.
_ 2003 ? Attends, c'est pas possible, dans le dossier ici de 2004, il n'y a rien… J'ai même la radio !
Il leva l'image et la tendit à Sam.
_ Tu en dis quoi ?
_ Dean, je ne suis pas médecin !
_ Oui, mais c'est toi le génie de nous deux ! Alors ?
Avec une moue, Sam prit l'image du dossier de 2003 et tenta de les comparer.
_ Huh ! fit-il au bout de quelques secondes.
_ Quoi ?
_ Ben… je n'en suis pas sûr, mais… regarde, ici, il y a une espèce de tâche et sur la radio de 2004…
_ Rien !
_ Exact !
_ Tu crois que Renart l'a guéri ?
_ Je crois que c'est pour cette raison qu'il a invoqué Renart au départ ! dit Sam en rangeant les feuillets.
_ Tout s'explique, déclara Dean. Il est malade, peut-être mourant. Il entend des histoires bizarres ici et là et décide de tenter sa chance. Il trouve la bibliothécaire zélée idéale qui lui fourni tout le matériel ! Il invoque Renart, et voilà, le tour est joué !
Sam se lécha les lèvres, sentant qu'ils avaient enfin résolu l'énigme. Il se mit à sourire et poursuivit la théorie.
_ Et là, il se rend compte du potentiel de Renart ! Il se met quelques hommes-clés en poche, plus ou moins volontaires, comme le juge et le commissaire.
_ Commissaire à qui il fait visiblement assez confiance pour lui laisser l'autel d'invocation et barder sa baraque de protections anti-Trickster ! s'exclama Dean.
_ Ensuite, il élargit son cercle d'influences peu à peu et commence les petites arnaques jusqu'à en devenir de l'escroquerie organisée ! Et comme ça profite à de plus en plus de gens, quasiment toute la ville est complice jusqu'à un certain degré.
_ Avec sa politique « d'ouverture », il fait venir assez de personnes étrangères à la ville pour renouveler le stock et les truander sans aucun souci.
_ Ca dure une dizaine d'années, enchaîna Sam, jusqu'à ce qu'Ysengrin finisse par retrouver Renart, le vive très mal ce qui est compréhensible et… comme il nous l'a expliqué, glisse quelques mots clés au Commissaire, qui va le rapporter au Maire, qui va ordonner à Renart d'éliminer les traitres potentiels…
_ Et nous voilà ! acheva Dean en claquant un dossier contre la table.
De concert, Sam et Dean s'adossèrent à leur chaise, large sourire aux lèvres car très fiers de leurs déductions.
_ Bien joué, Monsieur Watson !
_ C'est « élémentaire, mon cher Watson », corrigea Sam en riant.
_ Je n'en reste pas moins Sherlock ! fit Dean en s'accoudant à la table, visiblement très fier de lui.
Son frère secoua la tête.
_ Oui… mais tout ça ne dit pas comment obtenir le sang du Maire sans le tuer et surtout sans alerter Renart.
Dean n'eut pas le temps de répondre. Castiel venait d'apparaître à leurs côtés, l'air visiblement préoccupé.
_ Sam. Dean. Il se passe quelque chose.
_ Cas ? s'exclama Dean, l'air sérieux comme un pape.
_ Gabriel est parti en reconnaissance. Il m'a dit qu'il se passait du vilain. Apparemment un Trickster s'en est pris au Commissaire.
_ Renart ? s'étonna Dean.
_ Probablement Ysengrin, corrigea Sam.
Castiel hocha la tête.
_ Oui, probablement, confirma-t-il. Nous devrions y aller.
_ Et Gabriel ? demanda Sam.
_ Il y est déjà allé.
_ J'espère qu'il ne fera rien de stupide, grogna Dean.
Sam et Dean se mirent debout et s'approchèrent de Castiel. Il posa ses mains sur les épaules de Winchester. Lorsqu'ils rouvrirent les yeux, ils se trouvaient juste en face de la maison du Commissaire. Une petite foule s'était amassée devant la demeure. Il s'agissait certainement du voisinage en quête de nouveauté à colporter. Tous se chuchotaient les uns aux autres, sans détourner la maison du regard.
Sam repéra facilement Gabriel qui se trouvait à une petite dizaine de mètres, perdu au milieu des badauds. Il allait se diriger vers lui lorsque ce dernier tourna le regard vers lui et secoua lentement la tête. Sam stoppa net tout mouvement
_ Sammy ? fit Dean en ayant vu du coin de l'œil le geste avorté de son frère.
Ce dernier haussa les sourcils en tournant son attention vers Dean.
_ On va demander ce qu'il s'est passé, ordonna-t-il.
Dean ne put qu'approuver. A première vue, la demeure n'avait pas été la cible d'attaques. Elle semblait entièrement intacte. Castiel confirma que les sceaux dédiés aux Tricksters se trouvaient toujours sur les murs.
Sam s'approcha de deux vieilles dames qui discutaient ensemble.
_ Excusez-moi, que s'est-il passé ? demanda-t-il d'un air innocent.
_ Un fou furieux s'en est pris au Commissaire ! Vous vous rendez compte ?
_ Un fou furieux ? s'étonna le Winchester.
_ Oui, un homme vêtu d'un imperméable noir s'est jeté sur le Commissaire alors qu'il rentrait chez lui.
_ Il l'a attaqué avec un taser ! s'exclama l'autre dame, visiblement choquée. Il y avait de la lumière partout !
_ Vous avez vu ce qu'il s'est passé ? demanda Sam.
_ Non, c'est ce qu'Helen m'a dit.
Son amie acquiesça vivement.
_ Il s'est jeté sur la voiture et a forcé le Commissaire à en sortir. Et là, une jeune femme s'est précipitée pour aider notre bon Commissaire !
_ Qui voudrait lui faire du mal ? Il est si bon et si généreux !
Les deux dames âgées se lamentèrent sur son triste sort, avant de poursuivre le récit des évènements.
_ Et la jeune femme, vous savez qui c'est ?
_ Non, jamais vue auparavant, confirma la plus ridée des deux. Mais elle a sauvé le Commissaire McKinley !
_ Oh oui ! Helen a dit qu'elle avait mis l'agresseur au tapis en un rien de temps !
_ Vous connaissiez l'agresseur ? demanda Sam.
_ Non plus…
_ Il est où ?
_ Le Commissaire lui a mis les menottes et l'a emmené. On ne voit rien à travers les arbres, mais apparemment, ils attendent des renforts pour qu'il soit mis en prison !
_ De plus en plus de racailles de nos jours, c'est effrayant, soupira l'une d'elle.
Sam fit un petit sourire et s'excusa. Il retourna auprès de Dean et Castiel qui l'attendaient patiemment. Il leur raconta rapidement ce qu'il avait entendu.
_ Cas confirme qu'il s'agit d'Ysengrin. Je suppose que Renart a reçu l'ordre du Maire de protéger McKinley.
_ Qu'est-ce qu'Ysengrin voulait faire ? Bon sang, je croyais qu'il nous laissait gérer !
_ Il a dû estimer que vous ne mettiez pas toute votre énergie à libérer Renart, commenta Castiel le plus sérieusement du monde. Il voulait reprendre les choses en main.
_ Pas toute notre énergie ? se vexa Dean. Il voudrait quoi, qu'on ne mange plus ? Qu'on ne dorme plus ?
Sam se racla la gorge, lançant un regard de travers à Castiel.
_ En tout cas, son idée était mauvaise, constata Sam.
_ Comment feront-ils pour retenir un Trickster aussi puissant ? demanda Castiel plus pour lui-même que pour apporter du contenu à la discussion.
_ A coup sûr, Ford a dû lui fournir quelques trucs…
Dean soupira. Il considérait un coup de chance le fait qu'Ysengrin soit toujours vivant. Mais à coup sûr qu'il ne le resterait pas longtemps. Ils allaient devoir agir vite pour empêcher un nouveau massacre, sans parler du fait qu'il avait promis à Gabriel d'aider Renart.
Il sentit le mal de crâne pointer.
_ Bon, dit-il d'une voix décidée, on récupère Gabriel et on s'y met.
_ Vous avez trouvé quelque chose aux hôpitaux ? demanda Castiel.
_ On pense avoir compris ce qui a poussé le Maire Ford à invoquer Renart, mais pas de sang…
Sam jeta un coup d'œil vers Gabriel qui n'avait pas bougé d'un pouce. Soudain, ses yeux furent attirés par l'un des badauds qui observait lui aussi l'archange. Il se tenait à quelques mètres à peine. Brusquement, leurs regards se croisèrent. Il jura qu'il lui lançait un sourire avant de disparaître dans la foule.
_ Dean, fit Sam, on devrait y aller. Je pense que Renart est encore dans le coin.
_ Oui, de toute façon, on ne peut rien faire… Cas, tu peux me ramener à l'hôpital ? Je vais continuer sur notre idée et chercher des infos. Sam, Gabriel et toi, essayez de mettre un plan en place. On doit agir le plus vite possible.
Castiel, imité par Sam, hochèrent la tête.
_ Allons-y, fit Castiel en posant sa main sur l'épaule de Dean.
