Chapitre 9
Jour 10
La veille, la police nationale française avait dépêché en vitesse un interlocuteur bilingue après la débâcle de Sherlock Holmes, connu désormais sous le nom de Paul Dimmock. Il s'était fortement énervé contre nos amis français à la suite d'une malheureuse altercation avec l'équipe de médecins légistes locale.
La divergence des diagnostics de John et des français n'aurait jamais tourné en bataille si Sherlock s'était retenu de répondre aux moqueries d'un A Alpha en manque visible d'affection. Le chef des médecins légistes n'était pas d'accord sur le verdict de John Watson. L'anglais soutenait la thèse d'une mutilation post-mortem à la hache de sécurité des membres inférieurs de la dernière victime, tandis que le français défendait avec vigueur sa thèse d'un hachoir de boucher.
Bien entendu, le médecin français répondant au nom de Dumont n'avait pas pu s'empêcher de jeter une insulte sur les Omégas au nez de l'ancien soldat. Sherlock, ayant compris la portée du juron et choqué que l'on puisse ainsi s'en prendre à plus faible dans une langue étrangère, s'était empressé d'y répondre. De fil en aiguille, Lestrade avait dû intervenir, non sans peine, avec l'aide de son homologue français, le B Alpha Alain Deubré.
Soulagé par la présence d'un autre Oméga que lui dans l'équipe, John se pencha à nouveau sur les deux cadavres soigneusement disposés devant lui. Il écoutait l'Oméga légiste et traducteur lui conter son parcours et sa longue ascension dans la hiérarchie policière la plus dominée par la testostérone Alpha au monde, mise à part les Etats-Unis.
John se lia rapidement d'amitié avec cet individu, Pierre de Mondres, avec qui il n'avait ni problèmes de communications, ni problèmes de dynamiques. Tandis que Dumont n'avait pas cessé de lui faire des avances sur un ton plus qu'explicite, Pierre de Mondres se contentait de lui faire la conversation tout en examinant le corps du jeune C Bêta.
- Comment faites-vous pour vivre en colocation avec un A Alpha ? Ne me regardez pas ainsi, je suis juste curieux. Vous savez, j'ai été élevé dans un milieu assez conservateur, et mes parents attendent toujours de me voir lié et marié avec un bel Alpha. Jamais je n'ai pu côtoyer d'Alphas aussi près de ma vie qu'au travail, mais habiter avec l'un d'eux... qui s'avère être un A Alpha de surcroît! dit-il essayant au mieux de cacher son accent français.
- J'ai toujours vécu auprès d'Alphas et de Bêtas, et vous êtes le premier Oméga avec qui je travaille sur une enquête. Le Met a tendance à recruter des Bêtas en masse pour éviter les problèmes d'hormones. Les Omégas sont rares dans l'armée, ce qui est normal, et je ne suis pas vraiment ce qu'on appelle un Oméga conforme aux descriptions scientifiques. Sher... Paul n'est pas banal non plus. Un Alpha qui arrive à se frayer une place dans une société discriminante peut-être considéré comme un vrai exploit ! Un redoutable génie, et très contrôlé. Pour tout vous dire, je suis proche de ma période d'indisposition, et il agit comme si de rien n'était. A sa place, je me serais sans doute enfui, de peur de compromettre notre amitié.
- En tout cas, il se comporte comme un A Alpha quand il s'agit de vous protéger. Je vous envie. J'ai toujours été célibataire, et malgré mon aversion pour la tradition et la procréation, j'espère toujours un jour trouver quelqu'un qui pourrait s'interposer face à un autre A Alpha qui m'aurait fait du tort. Vous avez une bien solide amitié, mais je reste sur ma position. Etes-vous sûr qu'il n'a aucun sentiment pour vous ?
- Il descend d'une illustre famille anglaise, et je doute qu'il veuille d'un B Oméga comme moi. Au Royaume-Uni, ces familles sont connues pour s'approprier les rares A Omégas du marché, répondit John tout en levant une jambe pour observer la plaie qui s'étalait en longueur.
- Et avec tout ce qui se dit sur la relation soi-disant explosive entre un A Alpha et un A Oméga... Mais je ne suis pas d'accord avec vous là-dessus. Je vous ai bien observé ce matin, et malgré le peu que j'ai pu récolter sur l'altercation d'hier, j'ai observé à quel point le sergent Paul Dimmock vous tient en estime. Surtout lorsque vous vous êtes baissé pour observer les différentes plaies de la jeune femme. Si vous voulez mon avis, je pense qu'il est loin d'être insensible à vos charmes !
- Heu... J'en suis flatté ? Bref, je ne sais pas, il peut être vraiment insupportable. Mais je concède sur sa générosité envers moi, et même si je déteste être traité comme un faible Oméga en détresse, il a agit de manière plutôt... chevaleresque hier. Mais qu'en pensez-vous ? Je ne sais pas, il a l'air dans les nuages parfois et... balbutia un John cramoisi par la dernière remarque du jeune Oméga.
- Tenez, regardez cette mixture que j'ai trouvée dans les ongles de la victime mâle. C'est du... du fromage? Pourquoi y aurait-il du fromage entre les ongles? Etait-ce son dîner ou déjeuner de la veille? C'est ridicule! l'interrogea Pierre, encore étonné de sa découverte, tout en grattant l'ongle à l'aide d'une lame en fer, et interrompant John dans ses confessions intimes.
- Les deux victimes ont été découvertes hier matin. Je ne pense pas qu'ils aient mangé du fromage au petit-déjeuner. Montrez-moi pour voir. Ah ! C'est du fromage hollandais. Je reconnais le mixte entre orange et beige, et l'orange vient probablement de la croûte. Le tout est de savoir comment il a pu atterrir là ! s'exclama John en retenant un fou rire.
Du fromage! Et puis quoi encore?
Lestrade écouta attentivement la dernière révélation de Sherlock. Pour rendre leur couverture plausible, il avait demandé à ses -on peut désormais le dire- amis de ne pas ébruiter le talent caché du détective consultant. Lorsqu'il reçut l'appel de John, il interpela aussitôt Sherlock pour s'isoler avec lui. John les avait rejoint quelques instants plus tard après s'être débarrassé du dévoué Pierre de Mondres. Ils s'étaient promis cependant de garder contact.
- Je ne pense pas que la victime ait mangé du fromage avant de se faire tuer dans la matinée, puisque le décès ne remonte qu'à deux heures avant la découverte des corps, commença Sherlock aussi sérieux qu'on puisse l'être devant une telle preuve.
Il examina le sac contenant l'objet de leur observation.
- Et les analyses n'ont révélé aucunes traces de fromage ou autres produits laitiers chez aucune des victimes. Nous pensons que ce fromage est lié au meurtre. J'ajoute aussi que la seconde victime a également ces traces dans ses ongles, dit John en essayant de paraitre le plus calme et professionnel possible devant Sherlock, encore sous le choc de sa conversation intime avec Pierre.
- Effectivement, les victimes ont ce point commun entre elles, c'est un bon début ! Et qu'ont révélés les tests sur la provenance du fromage ?
- Du pur hollandais, sans aucun doute, jamais vendu en France. Vu que nous sommes à Lille, je pense que les victimes ont récemment séjourné aux Pays-Bas, répondit Lestrade.
Il voulait en finir avec ce voyage au plus vite, car il ne voulait pas risquer davantage leur couverture avec un Sherlock plus qu'agité. Et John ne l'aidait en rien avec ses senteurs qui attiraient tous les Alphas du coin. Il avait même remarqué un jeune officier suivre son ami partout où il allait, la veille, avant la bataille.
- Nous devons partir pour les Pays-Bas, donc. Lestrade, vous pouvez dire à nos chers amis français que nous ne les dérangerons pas plus dans leur travail médiocre ! s'exclama l'A Alpha en quittant la pièce, John à ses trousses.
Lestrade ne tarda pas à rejoindre l'équipe française. Il ne les aimait guère, les trouvant trop instinctifs pour leur faire confiance. Alain Deubré était le seul avisé de l'équipe, et le britannique admirait le courage de ce dernier face à une horde d'A Alphas. Ceux-ci ne pouvant pas trouver d'autre travail que dans la police ou l'armée, le choix était vite fait, et les forces de l'ordre françaises étaient devenues une véritable cage à animaux. Le gouvernement possédait néanmoins assez de bon sens pour poster les B Alphas et A Bêtas en gradés, à l'exception de Dumont.
Et Lestrade ne s'attendait guère à le trouver de nouveau sur son chemin, malgré les ordres données par son homologue français.
- Le bel Oméga n'est pas avec vous? le provoqua l'A Alpha en anglais tout en se postant devant lui dans le couloir.
D'autres A Alphas s'étaient rapprochés, sentant une situation qui pourrait vite dégénérer.
- Il est avec mon sergent Dimmock, si vous le cherchez, mais je doute qu'il veuille vous voir, répondit le DI froidement dans un français approximatif.
Son instinct faillit prendre le dessus, mais il le chassa au loin. Pas la peine de se mettre dans tous ses états. Il arrivait à gérer Sherlock alors ce n'était pas cet animal qui le trahirait !
- Avec son cher A Alpha donc. Quel veinard et idiot, ce Dimmock ! A sa place, je l'aurais sauté tout de suite, si ça n'est pas encore fait ! Comment peut-il rester impassible devant cette senteur ? Je suis sûr que vous êtes d'accord avec moi, Inspecteur. Un homme de votre stature doit sûrement avoir des Omégas et C Bêtas à vos genoux, n'est-ce pas ? Oh ! A moins que ce ne soit votre sergent qui vous met dans cet état !
- Nous ne sommes pas venus ici pour parler de dynamiques et d'hormones sexuelles, si vous tenez tant à avoir mon avis. Et vous faites erreur, je ne suis pas intéressé par Anderson, et encore moins par mon sergent. Alors si vous le voulez bien, j'aimerais m'entretenir avec votre supérieur sur l'affaire. Notre priorité, ajouta-t-il en fixant le légiste confiant.
Il n'avait pas peur des A Alphas, mais il fallait dire que celui-ci était sur les crocs.
- Trop peureux face à un A Alpha ? C'est pour cela que les B Alphas mettent en place des lois et des rumeurs ridicules sur nous ! Comme votre ami Dimmock doit souffrir. Entre un Oméga presque chaleur et un Alpha qui ne s'assume pas et n'est pas capable de le protéger, je vous plains.
L'Alpha se rapprocha de Lestrade avec un air toujours plus menaçant. Lestrade recula d'un pas. Il ne voulait rien risquer mais parfois, son instinct prenait le dessus.
- Je n'ai pas PEUR face à VOUS ! Et mettez-vous hors de ma vue, nous avons d'autres affaires plus importantes à traiter que de se chamailler sur une vulgaire rancune d'hier, s'énerva Lestrade.
Il garda un ton neutre, mais éleva juste assez fort sa voix pour déstabiliser son interlocuteur. Celui-ci l'ignora et reprit de belle ses provocations. Cherchait-il vraiment les ennuis ?
- Come On ! Vous, les Bobbies, êtes bien capable d'avoir de la jugeote, hein ?
Il attrapa le bras de Lestrade et ce dernier s'énerva pour de bon.
- Non mais pour qui vous vous prenez ? clama Lestrade plus qu'énervé.
Garde ton sang froid !
Les spectateurs s'étaient rapprochés autour d'eux et certains osaient même se lancer des paris. Lestrade les ignora au profit de Dumont qui faisait frémir ses muscles, poussé à bout par son instinct primitif. Voilà pourquoi les A Alphas sont si discriminés ! Pas capables de se contenir, sauf pour certains.
Gregory Lestrade avait dû faire un geste déplacé, car sans en comprendre la raison, il reçut un coup de poing en pleine face. Les spectateurs se délectaient devant la scène, et Gregory pouvait entendre des cris et des jurons fuser de tous côtés. L'ambiance était présente.
Bam ! Un autre coup qui venait d'on ne savait où...
Gregory perdit le contrôle de la situation. Il riposta en assénant un coup dans le ventre de son adversaire qui l'envoya contre le mur. A bout de nerfs, Greg se jeta sur lui et sa nature prit le dessus.
Il tomba sur Dumont et donna deux coups au visage. Argh ! Il reçut deux autres coups en riposte. Son entraînement de policier l'aidant, il plaqua le français au sol et lui enfonça son genou à la hanche. Dumont essaya de se débattre, mais Greg fut plus fort et le maintint au sol, lui assénant deux autres coups au visage. La lutte se poursuivit et la foule s'agglutina auprès d'eux. Jurons, insultes et cris déferlèrent dans le couloir.
A gauche, dans le ventre, à la jambe. Bim ! Les coups continuèrent mais Lestrade fut le plus fort. Il décolla le légiste du sol. Bam ! Il l'envoya valser contre le mur. Et il l'y plaqua.
- NE T'AVISE. Un coup de genou. JAMAIS PLUS. Un autre coup de genou. DE TRAITER. Un coup de poing. MON ÉQUIPE AINSI ! lui hurla Gregory à la figure, se retenant tant bien que mal de le tuer.
Il inspira deux coups, et relâcha son emprise, laissant Dumont gisant au sol. Puis il s'éloigna, vert de rage, de la foule qui se scinda en deux pour le laisser passer, murmurant sur son passage. Il leur lança des regards noirs et gagna la porte de son homologue qui s'était également rapproché de lui. Bon sang !
Ce chapitre est plus long que les autres et j'en suis désolée. Je tiens à rester dans la norme des 1500 mots par chapitres mais il faut dire que je me suis un peu étalée. C'est dur de tout vouloir mettre dans un même chapitre!
Je tiens à remercier tous ceux qui me soutiennent. Je suis très touchée par vos commentaires et j'y réponds de manière régulière, comme vous pourrez le voir.
Le chapitre précédent est primordial pour la compréhension du récit. Certains lecteurs ont souligné des détails qui prendront rapidement une réelle importance, notamment pour la partie 2. Mais je n'en dis pas plus pour le moment sinon cela va gâcher votre surprise!
Merci merci et merci à tous et grand grand merci à Roxanne33. Ses conseils me sont très utiles et vous pourrez me voir les appliquer dans le chapitre 10! :)
Bonne lecture et continuez vos commentaires! :)
