Joyeux noël en retard et bonne année en avance ! Voilà, comme ça, je suis certaine de m'être ratée dans toutes les « déclarations de fêtes », si je puis dire. Mais bon, c'est pas très important...

LE VOILÀ ! Cet instant tant attendu ! Après tout ça de chapitre ! Voici la véritable rencontre entre les fondateurs de Poudlard !... oui, je m'extasie peut-être un peu trop, je l'admets. Que voulez-vous ? ce moment a mis plus de temps que prévu à venir !


IX – La rencontre.

« Helga, qu'est-ce que cela signifie ? Qui est-ce ?

— Je pourrais vous rétorquer la même chose. Pourquoi êtes avec ce... vous-savez-quoi. »

En plein cœur de la forêt, dans une clairière où d'étranges lumières lévitaient dans les airs, Salazar toisait la femme qui se tenait à côté d'Helga d'un air méfiant. Une main levée en avant, prête à envoyer n'importe quel sortilège, tandis que l'autre retenait Godric, qui bouillait de rage à côté de lui, ayant déjà sortie son épée et la pointait vers les deux femmes. Pour sa part, la mystérieuse femme près d'Helga avait tendu son bâton, qui luisait d'une mystérieuse lumière bleue. De la magie.

Pour sa part, même si cela le surprenait également et qu'il était sur la défensive, Salazar préférerait ne pas déclencher les hostilités. Il avait besoin de temps pour analyser la situation, savoir si cette inconnue était un danger et ce qui se passerait si Godric se jetait à l'assaut. Cette femme pourrait prendre Helga en otage si elle se sentait agressée. Bien qu'Helga puisse être insupportable, ce n'était pas pour autant que Salazar voulait que sa vie soit en danger. Surtout après qu'il ait été obligé de faire alliance avec un moldu pour la retrouver.

Hors de question qu'il ait subie une telle torture pour rien.

« Je... et si nous prenions le temps de discuter ? proposa Helga. Sans violence, de préférence. »

Elle regardait Salazar en disant cela, avant de tourner la tête vers la femme au bâton.

« S'il-vous-plaît, Dame de la Forêt. »

La ''Dame de la Forêt'' jeta rapidement un coup d'œil à Helga. Elle fronça les sourcils et plissa les yeux, comme si elle songeait à la proposition de la blonde et, finalement, à la grande surprise de Salazar, détendit son bras tenant son bâton, dont la lumière bleue s'estompait.

Comment Helga était parvenue à la convaincre si facilement ? Salazar n'en savait rien, mais il trouvait cela étrange.

« Salazar », appela Helga.

À contrecœur, Salazar arrêta de tendre la main vers la femme, mais il veilla à garder l'autre près de Godric. Il sentait que ce chevalier allait faire une erreur si personne ne l'empêchait de se précipiter vers la femme mystérieuse.

« Godric, baissez votre épée, ordonna Salazar.

— C'est hors de question, dit sèchement l'homme. Pas en présence de... ça.

— Euh...est-ce un blasphème ? demanda Helga.

— Godric, vous baissez votre épée, maintenant ! se répéta Salazar avec fermeté. Sinon je me charge de vous l'arracher des mains moi-même.

— Et je m'assurerai de vous expédier hors de cette forêt en un éclair, ajouta froidement la mystérieuse femme.

— Pourriez-vous, s'il-vous-plait, cesser les menaces ? se désespéra Helga. Nous n'avancerons jamais, à ce rythme-là.

— Dès que Godric rangera son épée, oui », répondit Salazar.

Helga souffla mais n'ajouta rien. Elle devait commencer à comprendre que ce qu'elle disait ne mènerait à rien tant qu'un danger persistait.

Le regard de Godric passa de la mystérieuse femme à Salazar. Il se crispa, serra des dents et, finalement, abaissa sa lame et la rangea dans son fourreau. Salazar entendit Helga expirer, soulagée.

« Et si nous discutions de tout cela ailleurs ? proposa Helga. Dame de la Forêt, pourrions...

— Cessez de l'appeler comme ça, coupa Salazar. C'est ridicule. Quel est son nom ? »

Helga croisa les bras, vexée.

« Vous apprendrez qu'elle ne me l'a pas révélé, se défendit la plus jeune. Et avant votre intervention inutile, cela était très bien ainsi. Moi non plus je n'aurai pas dit mon nom à quelqu'un d'aussi malpoli que vous.

— Vous commencez à me fatiguer, Helga.

— Ne lui parlez pas ainsi. »

Salazar arqua un sourcil. Était-ce à lui que la mystérieuse femme s'adressait ? pour qui se prenait-elle ?

« Oh, j'ai l'habitude, dit dédaigneusement Helga. Ne faites pas attention à Salazar, sa passion dans la vie, c'est de râler.

— Je râlerai moins si vous étiez moins insupportable, se défendit Salazar.

— Pour en revenir à ce que je disais, reprit Helga comme si Salazar n'avait rien dit, Dame de la Forêt, pourrions-nous nous rendrez chez vous ?

— Je n'irai nulle part avec cette femme, répliqua aussitôt Godric.

— Vous, vous gardez votre bouche fermée, dit Salazar en le foudroyant du regard. On ne vous a rien demandé.

— Je vous interdis de me parler sur ce ton. Pour qui me prenez-vous ? votre vassal ?

— Non, pour quelqu'un qui va finir par faire une grave erreur s'il ne se tait pas.

— Assez ! »

C'était Helga qui venait de crier, les surprenant tous les deux.

« Je vous en prie, ne nous disputons pas. »

Salazar roula des yeux. Il avait presque oublié qu'Helga détestait les disputes. Les véritables disputes. Encore une chose due à son jeune âge.

« Nous allons cesser cela, alors ne vous avisez pas de vous mettre à pleurer, dit-il.

— Je n'allais pas pleurer, défendit Helga.

— Bien sûr, si vous le dites. Bien, où en étions-nous ?

— Je venais de proposer à la Dame de la Forêt...

— Sérieusement, n'a-t-elle pas de nom ? Je trouve cela dérangeant de l'appeler ainsi. Ma dame, quel est votre nom ?

— Vous n'êtes pas obligé de le dévoiler si vous ne voulez pas », ajouta aussitôt Helga.

Salazar crut voir l'esquisse d'un sourire aux lèvres de la mystérieuse femme mais se dit que c'était son imagination qui lui jouait des tours.

« Puisque cela vous tient tellement à cœur, je vais vous dire mon nom. Je m'appelle Rowena. Rowena Serdaigle. »

Salazar fronça les sourcils. Serdaigle ? Pourquoi cela lui disait-il quelque chose ?

Qu'importe. Il avait enfin un nom à mettre sur ce visage. C'était suffisant pour l'instant.

« Voilà, ce n'était pas si difficile, dit Salazar.

— Vous n'êtes pas croyable, Salazar, dit Helga en soupirant. Bien, où en étais-je ?

— Vous vouliez que je vous amène chez moi, offrit Rowena.

— Ah oui ! Alors, qu'en dites-vous ?

— Non. »

Salazar se moqua. Il s'y attendait. Pas Helga, visiblement puisqu'elle prit un air dépité.

« Hein ? mais pourquoi ?

— Ce n'est pas contre vous, prévient Rowena, mais vous attendez-vous sérieusement à ce que je laisse des étrangers rentrer chez moi ?

— Euh... non ? Mais vous m'avez bien laissé entrer, argumenta Helga.

— C'est vrai... mais c'était dans des circonstances particulières.

— Lesquelles ?

— Eh bien, votre rencontre avec... l'épouvantard.

— Épouvantail ? répéta Godric.

— Épouvantard. Laissez tomber, vous ne savez pas ce que c'est.

— Je dois admettre que moi non plus, intervenu Salazar, intrigué. Qu'est-ce que c'est ? »

Comment cela se faisait-il qu'il ignorait ce qu'était un... épouvantard ? Cela devait être quelque chose propre à cette forêt, c'était la seule explication plausible à ses yeux.

« C'est... difficile à expliquer, déclara Rowena alors qu'elle fit mine de réfléchir. Mais pour faire simple, je dirai que c'est une créature immatérielle qui prend l'apparence de ce qui fait le plus peur à la personne qui lui fait face.

— C'est assez décrit pour quelque chose difficile à expliquer, remarqua Salazar.

— Je dois avoir l'habitude, c'est pour ça.

— D'expliquer des choses aux gens ? s'étonna Helga. Je croyais que vous viviez seule.

— Justement. »

Salazar et Helga froncèrent les sourcils. Ils n'avaient absolument pas compris où voulait en venir Rowena, qui ne paraissait pas pressée de leur expliquer.

« Quoi qu'il en soit, tout cela pour dire que je ne les laisserai pas entrer chez moi, dit Rowena.

— Alors nous allons discuter ici ? devina Helga.

— Discuter ? mais de quoi voulez-vous discuter ?

— De vous, répondit aussitôt Salazar. Et de vos... pouvoirs. »

Il jeta un rapide coup d'œil en direction de Godric, pour voir si cela l'avait fait réagir. À sa grande surprise, le chevalier n'avait pas eu de réaction particulière. Salazar s'attendait à de la colère, un regard pur de haine et une main posée sur la poignée de son épée, mais rien. Godric se contentait de fixer Rowena, avec un regard illisible. De la haine ? de la rancœur ? de la curiosité ? ou de l'indifférence ? Impossible à savoir.

Cela n'était pas normal. Mieux valait garder un coup d'œil sur lui. Au cas où.

« Euh... Salazar ? appela Helga.

— Quoi ?

— Il vaudrait mieux ne pas parler de ça en présence de... vous-savez-quoi. »

D'un moldu. C'était ça qu'Helga voulait dire, regardant furtivement Godric, qui ne le remarquait pas.

En omettant les récents évènements, Salazar dirait qu'Helga avait raison et que c'était une sage décision. Sauf que ce moldu l'avait déjà vu faire de la magie. Il savait. Donc le cacher ne servait plus à rien.

« Il sait, déclara Salazar.

— Il sait ? répétèrent en cœur Helga et Rowena.

— Oui. Je nous ai fait apparaitre dans la plaine. Il sait pour la magie. Alors inutile de le dissimuler. Nous pouvons parler librement. »

Parce que de toute manière, Salazar ne laisserait pas ce moldu s'en sortir. Si cet homme avait conscience de l'existence de la magie, ce qui ignorait, c'était sa future perte. Salazar était bien trop prudent pour le laisser repartir comme si de rien n'était. Deux choix s'offraient à lui, et non seulement Godric n'en savait rien, mais il ne serait pas d'accord s'il le savait.

Salazar ne lui laisserait pas le temps de comprendre.

« Vous avez perdu l'esprit de laisser passer une telle chose, dit Rowena. Savez-vous le danger que cela représente ?

— Oui, je le sais. Mais je crois avoir des priorités plus importantes, pour l'instant. Après tout, c'est vous qui nous avez expédié hors de la forêt. Sans cela, je n'aurais pas eu besoin de le lui faire confiance pour échapper aux gardes.

— Gardes ? Vous avez été capturé ? s'exclama Helga, horrifiée.

— Oui, pour une très courte durée de temps.

— Ils vous ont fait du mal ?

— Non. Ils n'en ont pas eu l'occasion. »

Un sourire narquois ornait ses lèvres lorsqu'il dit cela. Qu'est-ce qu'Helga pensait ? Que de simples moldus pouvaient lui faire du mal ? à Salazar Serpentard ? que cela était drôle.

« Bien, revenons à notre sujet, reprit Salazar en se tournant vers Rowena. Qui êtes-vous exactement ?

— Elle te l'a dit, c'est...

— Autre que son nom, dit Salazar en coupant Helga. Je veux savoir comment vous êtes capable de... de faire ce que vous faites avec la magie. »

Cette fois, ce fut Rowena qui le regarda curieusement. Cela mit Salazar mal à l'aise. Il avait l'impression qu'elle tentait de percer son âme. Que cherchait-elle, à l'observer ainsi ?

« Je peux voir que vous êtes un homme intelligent, Salazar, dit Rowena. Je sais également où vous voulez en venir. »

Salazar arqua un sourcil. Vraiment ? Cette femme le savait ? Il avait du mal à y croire mais, d'une certaine manière, cela ne le surprenait pas. Cette Rowena Serdaigle paraissait bien plus intelligente et réfléchie qu'on ne pourrait le croire d'une personne vivant dans une forêt à l'écart de la société.

« Je pense que je vais reconsidérer la proposition d'Helga, poursuivit Rowena. Que diriez-vous que nous nous rendions chez moi pour discuter de tout cela ?

— Ne craignez-vous pas que nous soyons dangereux ? rétorqua moqueusement Salazar.

— Oh, si, sourit Rowena. Mais ne vous inquiétez pas pour moi. Je ne suis pas vraiment une dame en détresse. Je sais très bien faire face aux dangers.

— Je n'en doute pas un seul instant. »

Salazar lui sourit. Sauf que cela n'avait rien d'amical. Il avait très bien comprit le sous-entendu dans les paroles de Rowena et hors de question qu'il se laisse impressionner par cette femme, qu'importent ses pouvoirs magiques.

Personne ne faisait peur à Salazar Serpentard. Personne.

. . .

Rowena guidait ses invités à sa chaumière à travers la forêt devenue sombre depuis que le crépuscule avait laissé place à la nuit noire.

Dans une autre situation, elle se dirait que c'était une idée terrible, d'une insouciance grave. Sauf que cette rapide rencontre avec Salazar et Godric – oui, elle avait veillé à retenir leurs noms – lui avait permis d'analyser rapidement les deux hommes et, après réflexion, ils ne représentaient guère un danger pour elle.

Enfin, pas de réelle menace, en tout cas. Même si, au cas où, elle veilla à rester près d'Helga. Si Salazar venait à lui planter un coup de couteau dans le dos, elle pourrait se servir d'Helga pour l'empêcher d'agir. Elle avait bien remarqué que le sorcier, même si la jeune fille blonde semblait l'énerver, prenait soin d'elle et n'oserait jamais prendre le risque de la blesser.

Évidemment, cela ne voulait pas dire que Rowena restait avec Helga uniquement pour se servir d'elle. Ce n'était qu'une précaution puisque, de toute manière, elle préférait rester en compagnie d'Helga plutôt que des deux hommes, qui les suivaient en restant tout de même assez éloignés. Rowena pouvait comprendre pourquoi. Soit c'était par sécurité, soit pour l'attaquer par derrière si nécessaire.

Non pas que Rowena se laisserait faire si cela devait arriver.

« Pourquoi lui avoir dit votre nom ? lui demanda Helga à voix basse. Vous ne craignez pas que cela vous soit défavorable à l'avenir ?

— Ne vous en faites pas, je suis libre de changer cela à tout instant.

— Hein ? Pourquoi ? Vous avez menti sur votre nom ?

— Non. Mais je peux effacer vos mémoires à tout instant. Ainsi, vous ne vous rappellerez pas mon nom, ni le lieu où je réside. »

Helga rit. Voyant que Rowena ne riait pas avec elle, elle s'arrêta et cligna des yeux.

« Oh, parce que ce n'est pas une plaisanterie ? »

Rowena sourit.

« Non. »

Elle fut amusée en voyant Helga déglutir, visible mal à l'aise.

« Vous sentiriez-vous insulter si je dis que vous êtes effrayante ? demanda Helga.

— Non, je sais que je le suis et cela me convient.

— D'accord. Dans ce cas, je vous le dit : vous êtes effrayante.

— Merci. »

Le groupe arriva finalement à la chaumière qui, mystérieusement, était éclairée de l'intérieur. On pouvait voir que c'était par des bougies, puisqu'une était posée sur une table, visible depuis la fenêtre.

« Vous parvenez à faire de la magie sur une telle distance ? s'étonna Salazar.

— Bien sûr. Pas vous ?

— Évidemment, que je peux. »

Rowena arqua un sourcil. Elle sentait que Salazar ne mentait pas, mais détournait simplement la vérité, pour que sa fierté blessée ne soit pas mise à nue.

« Vous pouvez ? depuis quand ? demanda Helga.

— Vous, je ne vous ai rien demandé.

— Nous n'avons été séparés que quelques heures, mais c'est comme si vous et votre mauvaise humeur n'étiez jamais partis ! Cela ne m'avait vraiment pas manqué.

— Vous et vos paroles futiles non plus, sachez-le. »

Une chose était certaine : Salazar et Helga s'entendaient parfaitement bien. Cela ne se voyait pas au premier coup d'œil mais Rowena comprenait enfin pourquoi Helga avait insisté pour rester dans la forêt. Il était clair qu'ils tenaient beaucoup l'un à l'autre. Sinon pourquoi perdraient-ils leur temps à se chamailler ainsi ? En voyant cela, Rowena s'inquiétait bien moins de la menace que pouvait représenter Salazar.

Ce qui la faisait se concentrer sur un autre problème : Godric. Des trois, il était le plus silencieux, le plus calme, ce qui était difficile à croire puisque quelques instant auparavant, il brandissait son épée, probablement prêt à la transpercer de sa lame s'il le pouvait.

Pourquoi ce brusque changement de comportement ? pourquoi ce calme, cette attitude silencieuse ? Il préparait quelque chose, c'était la seule explication possible : il agissait comme un prédateur guettant sa proie inconsciente de la menace qui pesait sur elle. Sauf qu'il se trompait lourdement s'il pensait pourvoir la prendre la surprise. Elle n'était pas stupide.

Elle fit mine de rien et, s'approchant près de sa porte, murmura à voix basse pour ne pas être entendue des autres :

« Alohomora. »

Helga avait déjà entendu ce sortilège mais elle ne devait pas y avoir vraiment fait attention. De plus, Rowena ne s'inquiétait pas d'elle. C'était Salazar et Godric qui pourraient plus être des menaces pour elle alors mieux valait qu'elle garde ses sortilèges pour elle. Du moins, ceux important.

Elle laissa ses invités entrer et, dans un murmure, alluma le feu de cheminé alors que des bols en bois se mirent à léviter jusqu'à arriver sur sa table de travail, où des plantes en tous genre s'envolaient pour se poser sur des étagères.

« J'espère que vous aimez les légumes », déclara Rowena.

On ne fit aucune objection et tous s'installèrent autour de la table. Rowena veilla à avoir Godric et Salazar dans son champ de vision, Helga à côté d'elle.

« Alors ? Comment faites-vous tout... ça ? demanda Salazar en désignant les objets qui semblaient doté de vie autour d'eux.

— Oh, avec un peu de travail, ce n'est pas si difficile », répondit Rowena.

Salazar plissa des yeux et Rowena savait que cette réponse ne le satisfaisait pas. Non pas qu'elle ait réellement répondu à la question, elle en avait bien conscience.

Elle sourit donc et, d'un claquement de doigt, fit apparaitre une feuille de papier sur la table.

« C'est ce que c'est ? s'étonna Salazar.

— Du papier.

— Qu'est-ce que c'est, le papier ? demanda Helga. Cela ressemble à du parchemin mais en plus...

— Soigné, conclua Salazar, les sourcils froncé en attrapant le matériel. Les deux faces ont l'air identiques, et c'est aussi blanc que les nuages...

— Il est certain que le papier est bien plus pratique que le parchemin, consentit Rowena. On peut écrire sur les deux faces.

— Mais d'où cela vient-il ?

— Je ne sais guère, admit Rowena. L'on m'a toujours dit que c'était quelque chose venant de l'est extrême du monde connu, dans un empire aux coutumes et langues des plus étranges. Je sais juste que c'est quelque chose que nos terres ne connaissent pas encore.

— Un empire ? répéta Godric. Serait-ce l'empire romain ?

— Je ne crois pas. C'est un empire à l'est du monde, bien au-delà des frontières romaines. Enfin, quoi qu'il en soit, je ne vous ai pas dévoilé ce papier pour que discutions de son origine mais pour vous montrer quelque chose. L'un de vous connait-il l'écriture romaine ?

— Oui », confirmèrent en cœur Salazar et Godric.

Rowena n'en fut pas surprise. Godric était un chevalier, alors il était normal qu'il connaisse l'écriture et, quant à Salazar, il paraissait être un homme fort instruit. Il n'y avait donc qu'Helga qui ne savait pas lire l'écriture romaine.

« Ne vous en faites pas, cela n'est pas grave, assura Rowena en voyant l'air misérable d'Helga. Il n'y a pas de honte à ne pas savoir lire. Personne ne vous force à être une érudite.

— Oh, de toute manière, cela ne m'intéresse guère, assura Helga en se ressaisissant. Assise à un pupitre à apprendre ? non merci, très peu pour moi.

— Vous dites cela parce que vous êtes une paysanne, dit Salazar en roulant des yeux.

— Paysanne et fière de l'être, oui ! Un problème, Salazar ?

— Oh, n'ayez crainte, je n'ai pas particulièrement de problèmes avec les bouseux, sauf leur analphabétisme qui les rend bête à manger du foin.

— Hey ! Je ne vous permets pas ! Nous sommes des gens très civilisés et chaleureux.

— Mais oui, si vous le dites...

— Qu'est-ce que ça veut dire ?

— Que je pense que vous vous fourvoyez sur vos charmants collègues des campagnes et des villages. Mais faites comme si je n'avais rien dit et persistez dans vos utopies.

— Pourriez-vous vous taire ? grommela Godric d'un air agacé.

— Tiens, vous parlez, vous ? moqua Salazar.

— Contre les gens tels que vous, oui.

— Qu'est-ce que ça veut dire ? Faites très attention à vos mots, chevalier. »

Rowena soupira. Elle qui pensait qu'il était impossible de faire plus distraite qu'Helga, voilà que le contraire lui était prouvé : il y avait pire.

« Nous divaguons, dit-elle à qui voulait l'entendre – d'une voix assez forte tout de même. Pourrions-nous retourner à l'essentiel ?

— Bonne idée, marmonna Salazar. Vous nous parliez du papier et de l'écriture romaine.

— Effectivement. Maintenant, veuillez lire le mot marqué sur ce papier, je vous prie.

— Quel mot ? »

Rowena le désigna du doigt. Ils ne l'avaient surement pas remarqué, trop occupé à être obnubilés par le papier, mais un mot était inscrit sur ce papier.

« Accio, lut Salazar. Qu'est-ce que c'est ?

— Un mot latin. Savez-vous ce qu'il veut dire ?

— Faire venir, dit aussitôt Godric.

— Faire venir ? répéta Helga, confusion.

— Faire venir quelqu'un ou quelque chose si vous préférez.

— Ah d'accord !

— C'est bien beau tout cela mais ça ne nous avance pas trop, fit remarquer Salazar. Qu'est-ce que tout cela signifie ?

— C'est ce que j'aillais vous expliquer, déclara Rowena en souriant. Posez ce papier devant vous, je vous prie. »

Salazar s'exécuta et Rowena tendit la main et déclara d'une voix forte et assurée :

« Accio ! »

Le papier s'envola et se précipita vers Rowena, qui l'attrapa.

« C'est assez impressionnant, admit Salazar. Comment faites-vous cela ?

— Je suppose que vous, d'après ce que j'ai pu remarquer, vous utilisez un sortilège comme une... formule d'action, n'est-ce pas ?

— Une formule d'action ? répéta Helga.

— Oui, confirma Salazar. Je dis à haute voix ce que la magie doit accomplir pour moi. C'est bien cela. Et alors ?

— Et alors, vous ne parvenez pas à le faire silencieusement, n'est-ce pas ?

— Bien sûr que non. C'est impossible.

— En êtes-vous certain ? »

Salazar fronça les sourcils.

« Où voulez-vous en venir ? vous y arrivez, vous ?

— D'une certaine manière, oui. Il est certain que les mots sont l'essence même de la magie. Il est impossible de retirer cela. Mais il y a des manières de... raccourcir tout le processus.

— Comment ?

— Par ce que vous venez de voir.

— Des mots latins ? se moqua Salazar. Cela se saurait si c'était le cas.

— Les mots latins sont une partie de la technique.

— Et qu'en est-il du reste ?

— Eh bien, c'est là que réside l'effort, je dirais. Il faut beaucoup d'entrainement pour parvenir à cette maitrise. Voyez-vous, tout se passe dans l'esprit. C'est une habitude à prendre.

— C'est-à-dire ?

— Toujours pour rester sur l'exemple du papier... voyez-vous, lorsque j'ai dit ''Accio'' toute mon attention était tournée sur le papier et sur le fait qu'il allait, qu'il devait, venir vers moi.

— Comme pour tout type de magie.

— Oui, mais pas que. Au-delà de cette concentration, il y avait une volonté. Le papier doit venir et il faut imaginer qu'il le fasse. Il ne faut pas tenter un sortilège en partant défaitiste. Il faut être persuadé que cela va fonctionne.

— Jusque-là nous sommes d'accord, dit Salazar. Alors où se trouve la différence entre votre sortilège, et le mien ?

— Je vous l'air dit : l'habitude. L'avantage d'utiliser un mot ou deux à la place de toute une phrase, c'est le temps. Nous gagnons un temps considérable à faire cela. De plus, cela permet d'éviter d'avoir à improviser des phrases longues lors de l'utilisation d'un sortilège, ou d'avoir à les apprendre par cœur.

— Donc c'est là la seule différence ?

— Pas exactement. Comme je l'ai dit, la volonté est primordiale et c'est là que réside la véritable différence. L'intérêt de formuler à haute voix son souhait, c'est cette idée que cela apparait comme un ordre immuable, obligatoire. C'est notamment utile pour l'usager de ce sortilège. Le fait de dire à clamer ce qu'il désir lui donne l'impression que cela va vraiment se passer.

— Contrairement à votre méthode, je suppose ?

— On peut dire ça, oui. De mon côté, tout réside dans l'habitude et l'effort. Voyez-vous, lorsque j'ai appris ce sort – Accio – je ne parvenais pas à le faire venir à moi. Parce que je n'imaginais pas qu'un simple bout de papier allait s'envoler parce que je disais un mot dans une langue étrangère. C'est ainsi que j'ai appris qu'il fallait plus que croire que ce sortilège allait fonctionner, mais l'imaginer en train de fonctionner, avoir la certitude qu'il va fonctionne. Et à force, j'ai associé Accio au fait que ce que je veux vienne vers moi et désormais je n'éprouve plus la moindre difficulté à exécuter ce sortilège. Comprenez-vous où je veux en venir ? »

Godric et Helga paraissaient confus, comme s'ils n'avaient aucune idée du sujet de la conversation tandis que Salazar fronça les sourcils, concentré.

« Je crois comprendre, déclara-t-il.

— Eh bien moi je suis perdue, clama Helga. L'un de vous aurait-il l'obligeance de recommencer mais avec des explications simples ? Vous savez, avec des mots courants et des exemples plus concrets ? »

Salazar souffla.

« Vous n'êtes vraiment pas croyable... »

Loin de répondre aux attentes d'Helga, il regarda Rowena.

« Cela m'étonne que vous parliez si franchement, dit-il. Pourquoi donc nous révéler le fonctionnement de votre magie ?

— N'était-ce pas ce que vous demandiez ? » rétorqua Rowena en souriant.

Salazar ne lui sourit pas en retour.

« Vous savez ce que je veux dire, insista-t-il.

— Oui, j'en ai bien conscience, admit Rowena. Pour tout vous dire, je vous fais part de cela parce que je sais qu'il est ardu d'arriver à faire de la magie ainsi. Alors je ne crains pas vraiment que vous utilisez cela contre moi ou à mauvais escient. »

Cette fois, Salazar lui sourit, d'un rictus mauvais.

« Je dois dire que vous m'impressionner, dit-il. Ce n'est pas tous les jours que je croise des gens futés comme vous.

— Salazar qui fait un compliment ? s'étonna Helga. Incroyable ! Je savais que vous étiez étonnante, Dame de la Forêt, mais pas à ce point. »

Salazar roula des yeux. Il sembla prêt à faire un commentaire mais se retenu de justesse, de contentant de dire à Rowena :

« Mais vous ne devriez pas être si franche, avertit-il. Qu'est-ce qui vous faire croire que nous serions incapables de reproduire à la perfection en une fois ce qui vous a pris un temps fou ?

— Eh bien, déjà, il faudrait comprendre ces explications farfelues, dit Helga.

— ... De quel côté êtes-vous, Helga ?

— De celui de Rowena, déclara Helga sans hésitation. Mes excuses, Salazar, mais ce qu'elle fait avec la magie est prodigieux et je crois que même quelqu'un comme vous aurait du mal à parvenir à un tel résultat.

— Votre solidarité et votre confiance aveugle en moi me touchent profondément.

— Oh, ne soyez pas vexé, Salazar ! Je ne prétends pas dire que vous êtes un mauvais sorcier, mais que Rowena et vous avez des approches différentes de la magie. C'est tout.

— Je ne suis pas vexé. »

Oh si, l'orgueil de Salazar était blessé. Cela se voyait à la manière dont sa mâchoire se crispait et que ses sourcils se fronçaient. Même le tapotement incessant de son index sur la table le prouvait. Il ne fallait pas être un devin pour comprendre qu'agacement et vexation étaient deux choses très liées chez Salazar.

« Eh bien, dans ce cas, prouvez vos incroyables compétences magiques et essayez de faire ce que Rowena fait avec la magie, rétorqua Helga en croisant les bras. Là je voudrais bien croire que je me trompe sur vous.

— Si cela peut suffire à vous résonner, admirez. »

Salazar tendit la main devant lui, en direction de la feuille et, les yeux rivés dessus avec une intense concentration, s'écria :

« Accio ! »

Il ne se passa rien. Ni sur l'instant, ni durant les secondes qui suivirent. Si Salazar resta muet de surprise, Helga éclata de rire.

« Je vous l'avais bien dit ! s'exclama la jeune sorcière. Oh que cela était drôle ! Vous voulez bien recommencer, je vous prie ?

— Taisez-vous ! siffla Salazar en la foudroyant du regard. Vous pensez faire mieux, peut-être ?

— Moi ? non, déclara franchement Helga en haussant les épaules. Sauf que je n'ai jamais prétendu pouvoir le faire en sachant que ce n'était pas possible, contrairement à une certaine personne. »

Rowena sourit face à leurs enfantillages et, du coup de l'œil, veilla Godric. Le chevalier regarda la feuille d'un air confus. Rowena savait exactement pourquoi. C'était probablement la première fois qu'il voyait de la magie. Enfin, de la magie où son fonctionnement était expliqué.

Il ne paraissait d'ailleurs pas très effrayé, pour quelqu'un qui assistait à de la magie. Loin d'avoir l'air apeuré, il semblait réfléchir. Comme s'il cherchait à comprendre ce qui se passait devant lui. Comme s'il tentait de comprendre ce qu'était la magie.

Rowena fronça les sourcils, intriguée.

« Voulez-vous essayé, Godric ? »

L'homme aux cheveux écarlates leva la tête vers elle, pendant que Salazar se moqua :

« Quelle est cette proposition ridicule ? au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, c'est un moldu. »

Cette fois, ce fut au tour de Rowena d'être étonnée. Lui, un moldu ?

« Rowena ? appela Helga. Il y a un problème ?

— Vous n'avez pas remarqué ? s'étonna Rowena.

— Remarqué quoi ? » demandèrent en cœur Godric, Salazar et Helga.

Rowena se tourna vers le chevalier et lui jeta un regard confus, comme si l'évidence n'avait pas été comprise.

« Godric... vous êtes un sorcier, n'est-ce pas ? »