Playlist : « Je t'emmène où je t'aimes » Calogéro, « Y Siguen passando » « Tout le monde s'en fout » Boulevard des air


Lorsqu'il me réveilla d'un baiser quelques heures plus tard, je grognais, en le repoussant mollement pour me retourner de l'autre côté. Ça le fit rire. Il se pencha à mon oreille.

-« Il faut se lever, belle endormie, sinon nous serons en retard, et Thorin n'aime pas attendre ».

Je soupirais, ouvris les yeux et m'étirais en lui souriant.

Il était déjà prêt. Je repoussais les couvertures et me voyant nue, je me sentis bêtement gênée. Il se détourna pour aller préparer le petit déjeuner et je ne l'en aimais que plus.

Je passais les vêtements que j'avais prévus pour le voyage. Des chausses d'homme, pour chevaucher toute la journée c'était mieux, et par-dessus, ma robe verte. J'enfilais mes bottes en cuir, et bouclait ma large ceinture, elle aussi en cuir, autour de ma taille. Je me penchais sous le lit et en sorti mon épée. Je ne m'en étais jamais servie, un client de la boutique me l'avait donnée en paiement, des années plus tôt. J'aurais pu la vendre, mais j'avais préféré la garder, je la trouvais très belle et m'étais dis qu'elle pourrais peut-être m'être utile un jour. Je l'entretenais régulièrement. Je la sortis de son fourreau et la fit jouer au bout de mon bras pour m'accoutumer à son poids. Je souris et l'attachait à ma ceinture.

Lorsque je me retournais je vis Bofur qui me regardait incrédule.

-« Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait de Nimiria ? » demanda-t-il taquin.

Voyant que je ne comprenais pas il précisa :

-« Tu as l'air différente ce matin. Plus fière, plus sûre de toi. ».

Il s'approcha de moi et m'enlaça en disant :

-« Je vais à l'auberge préparer mon poney et ramener Ombre pour qu'on puisse charger ton paquetage. Je ne serais pas long ».

-« Fais attention avec Ombre. Garde lui la longe longue. Il ne supporte pas de se sentir pris au piège ».

Il rit en disant :

-« Alors, je comprends pourquoi tu l'aimes tant ce cheval, il est comme toi… ».

Lorsqu'il fut parti, j'achevais de me préparer. Je tressais mes cheveux, une tresse qui partais au dessus de mon oreille droite et finissais sur mon épaule gauche.

Lorsque je fus prête, j'enlevais les draps du lit et les déposais dans la corbeille de linge à laver, je fit la vaisselle, passait un chiffon sur la table, puis laisser errer mon regard sur cette pièce où j'avais vécu pendant de si longues années et que je ne reverrais pas. Lorsque mon regard croisa mon reflet dans le miroir, je compris ce que Bofur avait voulu dire. J'étais différente. Comme si je venais de mûrir d'un coup. Avec ma tenue, l'épée et la tresse, je me trouvais un air indomptable. J'adorais la sensation que cette vision me procura.

Je quittais la pièce et descendis dans la boutique pour attendre Bofur. Je n'eu pas longtemps à attendre avant de les entendre arriver. Il entra suivi de ces deux compagnons. Je vis le regard surpris de Thorin lorsqu'il me regarda. Il avait l'air contrarié.

-« Comment envisagez vous de charger ce cheval. Il est beaucoup trop grand. »

Je souris, pris les premiers sacs que je voulais charger et sortis sans lui répondre. Je vis qu'il fronçait les sourcils. Ils me suivirent.

Je m'approchais d'Ombre, caressais la peau douce au bout de son nez et dit :

-« En bas ».

Il ploya les genoux et se coucha devant moi.

Je regardais les nains, et appréciais la stupeur sur le visage de Thorin. C'était ma petite revanche.

-« C'est un tour que je lui ai appris il y a longtemps. Normalement je le monte à cru, et comme je ne suis pas plus grande que vous… Ombre est un très bon cheval, courageux, fort, il a le pied très sur, et je sais pouvoir compter sur lui. ».

Thorin fit la moue, mais n'ajouta rien. J'attachais les paquets au harnachement du cheval, fermais la porte de la boutique et laissais la clef derrière un des volets de bois de la devanture pour les filles avant de grimper sur le dos d'Ombre et de le faire se relever.

-« Nous pouvons y aller, quand vous le voudrez » dis-je.

Le jour se levait à peine lorsque nous quittâmes la ville sans rencontrer personne. Mais je savais que notre départ avait été très observé. J'avais vu les rideaux bouger aux fenêtres des maisons. Juchée sur mon immense cheval noir, l'épée sur mon coté, je quittais cette ville la tête haute.

Je marchais en queue de file, derrière Bofur. J'avais crains un instant qu'Ombre ne cherche à dépasser les poneys des nains qui faisais de plus petit pas que lui, mais il s'était adapté à leur allure.

Lorsque nous passâmes les portes, je ne pus m'empêcher de me retourner. J'aperçus Lothen dans l'ombre d'un porche. Il me sembla qu'il me faisait un petit signe de la main.

Nous prîmes le Chemin Vert, en direction du nord. Je savais qu'il nous faudrait deux semaines pour atteindre les Montagnes Bleues. Je savais bien qu'il faudrait que je quitte les nains avant d'y arriver, mais j'espérais pouvoir rester autant que possible avec Bofur.

Je repensais à la nuit que nous venions de passer et je sentis comme une envolée de papillons dans mon ventre à se souvenir. Lorsque la route atteint la crête qui surplombait la ville, le soleil apparaissait juste au dessus de l'horizon, éclairant la brume et la fumée qui stagnaient au dessus des toits d'une lumière dorée. Je m'arrêtais un instant, contemplant une dernière fois mon petit univers. Une certaine nostalgie s'empara de moi.

Bofur revint vers moi et posa sa main sur ma cuisse, sans un mot. Je posais ma main sur la sienne. Et soudain, en regardant la ville d'en haut, sentant la chaleur de la main de mon amant sur ma cuisse, j'eus l'impression de sentir, presque physiquement, mes ailes qui se déployaient. Je respirait profondément, et baissais les yeux vers lui.

-« On peut y aller. ».

Il me sourit.

Thorin et Dwalin étaient arrêté un peu plus loin. Thorin regardait nos mains en étrécissant les yeux.

Nous chevauchâmes d'un bon pas toute la journée. Lorsque le soir tomba, nous fîmes halte dans une petite clairière à quelques mètres de la route. Même si je n'avais jamais installé de camp pour la nuit, n'ayant jamais voyagé à plus d'une demi journée de chez moi, je n'étais pas dénuée d'esprit pratique et je pus donc me rendre utile. Lorsque je vis Bofur préparer le repas, j'eu pitié. Il ne semblait pas très bon cuisinier. Je lui proposais donc d'échanger nos tâches. Il s'occuperait des chevaux pendant que je préparerais le dîner. Cet arrangement fut très bien accueilli par tous, et se perpétua les jours suivants.

-« Elle cuisine beaucoup mieux que toi. » Dit Dwalin en regardant Bofur, qui paru un peu vexé. Ça me fit rire.

-« C'est normal. Je suis une fille, donc on m'a appris à cuisiner. »

-« Milara ne sait pas cuisiner » dit Dwalin d'un ton rêveur.

Je le regardais, bouche bée, réalisant qu'ils étaient devenus beaucoup plus proches que ce que j'avais pu imaginer.

Après le dîner, j'allais faire la vaisselle dans l'eau du petit ruisseau qui coulait non loin. Je venais de finir de ranger la vaisselle dans le chaudron et me relevait en m'étirant lorsque je sentis des bras se glisser autour de ma taille. Je me retournais et embrassait Bofur.

-« Ils pourraient nous voir. » dis-je

-« Parce que tu crois qu'ils ne le savent pas ? » demanda-il surpris

-« C'est une chose de savoir et une autre d'en être témoin. Je crois que Thorin n'approuve pas… »

-« Non, il n'approuve pas. Mais il l'accepte. Crois-tu que j'aurais pu te proposer de venir avec nous sans son accord ? »

Il m'embrassa à nouveau. Je passais mes bras autour de son cou quand il me serra dans ses bras.

Il me relâcha et attrapa le chaudron en disant :

-« Retournons prés du feu, il fait froid ce soir »

Sur le sentier, il pris ma mains dans la sienne et je me rappelais la première fois où je l'avais laissé faire ce geste, dans un sentier de mon ancienne vie.

Lorsque je m'allongeais pour la nuit, il vint se coucher à côté de moi, passa son bras sur mon épaule et m'attira contre lui, posant son menton sur ma tête et me serrant dans ses bras.

Je soupirais de bien être et m'endormis.

Les jours se succédèrent au rythme tranquille du pas des chevaux. A mesure que nous nous éloignions de Bree, je me sentais changer. Je devenais espiègle, plus gaie. Je riais plus facilement. Quand la route le permettais, il m'arrivait de planter là mes compagnons de voyages et de lancer Ombre au galop dans le chemin. Pour un cheval aussi puissant, je n'étais pas bien lourde et mon paquetage non plus. Il filait comme le vent, la vitesse faisait pleurer mes yeux et je riais aux éclats. Ombre semblait prendre autant de plaisir que moi à pouvoir galoper ainsi. Jamais je n'avais ressenti une telle impression de liberté.

Je me mis même à chanter. Des chansons de chez moi d'abord, puis Bofur m'appris des chansons des nains. Le soir, après le dîner, il jouait de la clarinette et je chantais les airs qu'il m'avait appris.

Je surprenais parfois le regard de Thorin sur nous. Parfois dubitatif, parfois avec une lueur de tendresse amusée. Comme un vieux loup sage qui se serait amusé des facéties d'un louveteau.

Dwalin devint moins distant avec moi. Un soir, alors que nous étions assis prés du feu, il demanda à voir mon épée. Il l'examina attentivement, avant de me la rendre en me disant qu'elle était de bonne qualité, et bien adapté pour moi, pas trop lourde et effilée. Il me demanda comment je l'avais eu et si je savais m'en servir. Lorsque je lui expliquais que je ne l'avais jamais sortie de son fourreau pour autre chose que pour l'entretenir, il me proposa de m'apprendre. J'acceptais avec enthousiasme, sous le regard désapprobateur de Bofur. Lorsque je lui en fis la remarque, il me répondit qu'il n'était pas contre l'idée que j'apprenne à me battre, mais que Dwalin avait parfois du mal à contrôler sa force et qu'il craignait que je ne sois blessée.

A partir de ce jour là, tous les soirs, pendant que la soupe mijotait, Dwalin m'apprit à manier une épée. J'y récoltais pas mal de bleus et bosses, ainsi que diverses coupures et égratignures, mais j'apprenais vite et je m'amusais beaucoup.

Nous avions marché plus vite que ce que je pensais, et un soir, Bofur me dit que nous attendrions bientôt les premiers contreforts des Montagnes Bleues. Une boule douloureuse se forma dans ma gorge. Le moment où je le perdrais se rapprochait à grand pas. Il ne semblait pas s'en rendre compte. Parfois, il lui arrivait de me dire

-« Quand nous serons arrivés… »

Et mon cœur se serrait.

Le lendemain soir, alors que je revenais après avoir fait la vaisselle, j'entendis Thorin dire :

-« Je ne m'y oppose pas. Mais ça ne me plait pas, Bofur ».

J'entrait dans le cercle de lumière du feu, les regardant d'un air surpris. Thorin, avait les bras croisés sur la poitrine et l'air contrarié. Il me jeta un coup d'œil, avant de s'éloigner pour aller s'asseoir contre un rocher et commencer à discuter à voix basse avec Dwalin. Je savais qu'ils parlaient de moi aux regards qu'ils me lançaient.

-« Qu'est ce qui se passe ? » demandais-je à Bofur.

Il se tourna vers moi, l'air si sérieux que je m'inquiétais.

-« Il faut que je te parles. J'ai une proposition à te faire… Je t'ai dis que j'étais fabriquant de jouets et que je vivais avec mon frère et mon cousin. J'ai une boutique également et comme je m'absente régulièrement en ce moment, j'ai besoin de quelqu'un pour la tenir. Je veux que tu viennes avec moi dans le Montagne Bleues. La maison où nous vivons est grande, et il y a un petit logement indépendant où tu pourras t'installer... »

Je le regardais, incrédule.

-« Rester avec toi ? »

-« Je ne peux rien te proposer d'autre… Et c'est à toi de prendre cette décision. Je comprendrais que tu ne veuilles pas venir vivre dans les galeries, loin du soleil. »

-« Rester avec toi ? » répétais-je d'un air stupide.

-« Oui, je te propose de rester avec moi. »

Je secouais la tête pour essayer de remettre de l'ordre dans mes pensées chaotiques. J'essayais de comprendre tout ce que cela impliquait, mais la seule chose que j'en retenais c'est que j'allais rester prés de lui.

-« Ne crains-tu pas que ça soit… mal accepté par ton peuple. Je suis une humaine. Je ne veux pas que tu ais des problèmes à cause de moi. »

Il sourit en attrapant ma main.

-« Non, il n'y aura pas de problèmes de ce côté-là. Je te présenterais comme la nouvelle vendeuse de la boutique, au moins dans un premier temps… Et si tu préfères ne pas vivre sous mon toit, je pourrais te trouver un logement ailleurs. »

-« Tu me proposes un nouveau boulot, une nouvelle vie et de vivre sous ton toit ? Voilà une proposition qui ne me paraît vraiment pas convenable… »

Je vis son visage afficher une certaine inquiétude. Je lui fis un petit sourire en coin et repris :

-« Ça tombe bien. Je ne suis pas une fille convenable. » Et je me jetais à son cou en riant et l'embrassait avec fougue avant de murmurer à son oreille

-« Peu m'importe les souterrains. Je n'ai pas besoin de soleil tant que j'ai ton sourire. »

Il me serra plus fort dans ses bras.

J'aperçu Thorin qui me regardait d'un air désapprobateur.

Ce soir là, lorsque nous fûmes couchés, je lui demandais :

-« Il y en a d'autres ? »

-« D'autres quoi ? »

-« D'autres humains, dans les Montagnes Bleues. »

-« Quelques dizaines. Elles ne sont pas très nombreuses. »

-« Elles ? »

Je restais silencieuse un moment, attendant qu'il me réponde, mais il s'était endormis.

J'eu du mal à dormir cette nuit là. J'étais heureuse au-delà de tout ce que j'aurais pu imaginer, mais j'étais inquiète aussi de savoir si j'allais être acceptée. J'avais été chassée de Bree à cause de mon comportement inconvenant et là, je m'apprêtais à essayer de m'intégrer dans un nouvelle communauté, d'une race différente de la mienne, et dans des conditions vraiment très inconvenantes.

-« Bofur… Bofur ! », L'appelais-je en le secouant.

-« Huuum. Quoi ? » Demanda-t-il d'une voix ensommeillée

-« Les humaines qui vivent chez vous… Elles vivent seules ? »

-« Non, » répondit-il à moitié endormis, « Certains nains reviennent parfois accompagnés de leur voyage. ».

Alors, je ne serais pas la seule dans ce cas. C'était quelque chose qui se pratiquait, même si ça n'était pas très courant. Je me sentis rassurée et fini par m'endormir.