Résumé du chapitre précédent : Ayant cheminé toute la nuit pour retrouver Vernon Dudley, elle attendait derrière la porte du bureau où il se trouvait. Pour parvenir jusque là, elle avait simplement révélé quelques informations-clés : elle était une sorcière anglaise, âgée de dix-huit ans et avait fait ses études à Poudlard. Elle avait même été jusqu'à ajouter qu'elle avait bien connu le Survivant à l'époque. Cela avait suffi au sorcier pour le décider à lui accorder un entretien particulier.
Prenant une inspiration, elle toqua trois fois, le cœur battant.
« Entrez, fit une voix masculine.
Elle obtempéra et pénétra dans le saint des saints. À l'intérieur, le sorcier se trouvait déjà là, seul et armé de sa baguette. La vérité était que la venue de cette prétendu « amie d'enfance » l'avait rempli de suspicion. Si c'était un piège, au moins pourrait-il le conjurer rapidement.
Mais, une fois les deux jeunes réunis dans la même pièce, lorsqu'ils se virent et se reconnurent, tous deux prirent la expression d'ahurissement comique.
« Harry ! » Ne put s'empêcher de s'écrier la fille.
Au comble de l'effarement, celui-ci demeura bouche bée…
Parole de l'auteur: désolée, j'ai accumulée un peu de retard dans la rédaction du prochain chapitre, c'est pourquoi je ne publie celui-là que maintenant. J'espère que vous n'êtes pas trop frustrés. Bon, je ne vous embête pas trop avec mon babillage habituel. Bonne lecture !
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Quatre saisons
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Troisième partie : l'automne
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Le temps des feuilles mortes
Dans le bureau de la caserne, Harry put enfin articuler d'une voix nouée par l'émotion :
« Luna ! »
Saisis d'une brusque impulsion, les deux jeunes gens tombèrent tombèrent les bras de l'autre.
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Le lendemain du feu d'artifice de Londres, toute l'Angleterre fut au courant de ce qui s'était passé, le message qui s'était répandu comme une trainée de poudre, était le sujet de toutes les conversations. Bizarrement, on signala bientôt de nombreuses disparitions de sorciers aux quatre coins du pays, et même de quelques moldus. En même temps, il y eut quelques actions menées, souvent en sourdine, contre le pouvoir en place par des actes de vandalisme, voire de destruction à des points stratégiques occupés par les sorciers.
Il allait sans dire que Voldemort n'était pas très content de la situation.
Au ministère, c'était donc l'effervescence. Des Mangemort avaient reçu l'ordre de dresser davantage de barrières anti-trasplannage dans tout le pays pour stopper l'hémorragie. Jamais le réseau de cheminette n'avait été aussi étroitement surveillé, et des alarmes tintaient régulièrement à chaque création d'un nouveau portoloin.
Une loi avait même été promulguée de toute urgence pour interdire la vente libre des balais. Quelques brutes servant à l'occasion de bras armé de la « justice », s'étaient empressées de faire appliquer la loi de gré ou de force dans les magasins, à grands coups de sorts d'incendie ou d'explosion.
Cependant, rien de tout cela ne pouvait suffire à apaiser la fureur du Seigneur des Ténèbres.
La gigantesque salle de réunion était jonchée de corps de moins en moins vivants à mesure qu'on tendait vers le fond, là où s'était trouvé Voldemort au moment du cataclysme.
Celui-ci, à l'entente de ce qui s'était passé, s'était retrouvé dans un tel état de rage que sa magie avait littéralement explosée hors de son corps, envoyant tout valser sur son passage dans un rayon de soixante mètres. Après l'accalmie, l'étendue des dégâts était spectaculaire : outre la cinquantaine de dépouilles (qui pour certaines commençaient à redonner des signes de vie), il était impossible de savoir si l'on pataugeait dans son sang ou celui de son voisin. Les murs étaient défoncés, voire carrément brûlés à certains endroits comme s'ils avaient reçu un impact de météorite.
Mais pour l'heure, Drago Malefoy ne voulait pas s'attarder à ces détails. Déjà qu'il était suffisamment stressé par l'appel du Lord, inutile d'exciter bêtement sa panique en regardant autour de lui les preuves (trop) visibles du courroux de son maître.
Ledit maître se trouvait quelques pas plus loin, tournant en rond comme un lion en cage. Quand il vit son serviteur, il l'attaqua aussitôt :
« Enfin ! Drago… ce n'est pas trop tôt. »
Sans répondre, Malefoy s'inclina légèrement en se mordant les lèvres jusqu'au sang. Merlin qu'il haïssait cela ! Et l'autre en face le savait fort bien : celui-ci jubilait de voir s'humilier devant lui cet homme dont l'arrogance n'avait d'égale que la beauté triomphante.
C'était bien parce que Lord Voldemort était puissant et avait des idées révolutionnaires au sujet des Sangs-de-Bourbes, que Drago l'avait suivi autrefois. Autrement, jamais il n'aurait supporté cet abaissement.
Et à présent, il avait un nouveau problème gérer : les doutes qui commençaient à fleurir dangereusement dans sa tête, concernant lesdites idées.
Lui laissant à peine le temps de se relever, Voldemort le questionna sans détour :
« Es-tu au courant de ce qui s'est passé hier ?
-En effet, répondit-il posément.
-Bon, et bien je veux que tu retrouves ce (ou ces) fauteurs de trouble, que tu me les ramènes vivants, et bien entendu que tu agisses dans la plus grande discrétion.
-Très bien, consentit-il.
-Tu devras également identifier l'origine de ces feux d'artifices : par qui ils ont été fabriqués et qui les a achetés… Oh ! J'oubliais : tu as cinquante jours pour réussir. Passé ce délai, si je n'ai pas les coupables enchaînés à mes pieds, les conséquences risquent d'être fâcheuses. Est-ce clair ?
-Oui maître », répondit Drago impassible.
Mais Voldemort était trop sur les nerfs pour saisir l'ironie subtile qui transparaissait dans ses intonations. Car à la seconde suivante, les portes s'ouvrirent de nouveau pour laisser entrer cette fois-ci Severus Rogue, lequel paraissait aussi fatigué que Voldemort était énervé. Il salua vaguement Drago d'un signe de tête, puis forma une espèce de glissade en guise de révérence. Le Seigneur des Ténèbres coupa court à ce brouillon de salut en grognant :
« Ah, Severus ! J'ai autre travail pour toi : tu vas rameuter une poignée de Mangemorts et ensemble, vous allez écumer chaque centimètre carré de ce pays en faisant bien comprendre à la maudite vermine qui y grouille, ce qu'il en coûte de s'opposer à Lord Voldemort. »
Il en fut donc ainsi.
Le lendemain, Severus et les Mangemort commencèrent les premières opérations de répression à Londres, et qui semèrent très rapidement la terreur au sein du pays. De son côté, Malefoy commença sa fameuse enquête.
Cependant le mal était fait. L'Angleterre commençait à secouer la tutelle des sorciers.
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Le lendemain de leurs retrouvailles, pendant que Mme Maxime se chargeait de superviser l'entraînement des soldats, Harry discutait avec Luna pour savoir ce qu'était devenu l'Ordre du Phéni pendant son « absence » :
« Quand es-tu arrivé en France Luna ?
-Environ il y a un an, répondit-elle de sa sempiternelle voix rêveuse.
-Est-ce que tu sais s'il y a des membres encore vivants à ce jour ? La questionna-t-il.
-Oui, il y a Remus qui doit être encore en train de parcourir les montages d'Écosse à la recherche de meutes de loups-garous attachées à notre cause.
-Mais… et Tonks ? S'informa-t-il en fronçant les sourcils.
-Je ne sais pas ce qu'elle est devenue, répondit-elle en baissant la tête. Elle a probablement été enlevée par des Nosferatus qui rôdaient sur le champ de bataille après la défaite.
-Euh… sûrement, concéda-t-il prudemment.
N'ayant pas la moindre envie de débattre sur l'existence de créature plus ou moins imaginaires, Harry passa aussitôt à autre chose :
-Et sinon… personne d'autre ?
-Si ! Une petite bande s'est assemblée en Angleterre pour mener des actions contre la dictature en place.
-Mais c'est génial ! S'exclama-t-il avec excitation. Alors ils ont forcément reçu mon message d'une manière ou d'une autre !
-Oui, peut-être, émit-elle d'un ton désintéressé. Si les Lucioles Noires ne leur ont pas tourné la tête, il y a de fortes chances pour qu'ils soient au courant, d'ailleurs à ce propos je voulais te demander : pourquoi as-tu mis ennemis de Dumbledore ? Pourquoi pas ennemis de Potter ?
Harry réfléchit quelques secondes, pour avoua d'une voix vibrante d'émotion :
-C'est un hommage au professeur Dumbledore qui nous a toujours guidé, que ce soit durant notre scolarité, ou bien pendant les combats. Et puis, c'était aussi un clin d'œil à l'AD justement, même si ce n'était pas forcément évident au premier abord.
-C'est très noble de ta part Harry, affirma-t-elle d'un ton grave. En plus, c'est très malin, Voldemort ne peut deviner que c'est toi qui l'en a envoyé, sauf si évidemment les Camites Terfards lui ont rapporté la nouvelle, mais j'en doute fort.
-Et bien tant mieux, conclut-il rapidement. Mais comment se fait-il que tu sois au courant de cette organisation ?
-J'en faisais partie, répondit-elle avec le même détachement que si elle avait commenté la météo du jour.
Harry la considéra alors d'un air interdit, puis déclara avec ébahissement :
-Et bien alors ! Que de nouvelles en si peu de temps ! Et qui d'autre fait partie du groupe ?
-Alors il y a Rémus évidemment, Fred et George, Denis Crivey, Ernie MacMilan, Susans Bones, euh… Cho Chang, Seamus Finigan, la grand-mère de Neville, égraina-t-elle lentement, et… tous les membres de l'AD qui sont encore en vie en fait, plus quelques uns de l'Ordre du Phénix que je ne connaissais pas.
-Et tu appelle cela une « petite bande » ? reprit-il d'un ton incrédule. C'est déjà formidable !
-Oui, admit-elle d'une voix douce. Mais ça, c'était à l'époque où j'en faisais encore partie. Aujourd'hui, je ne sais pas s'ils sont aussi nombreux.
Le visage de Harry s'assombrit, et brusquement, il se rendit compte de quelque chose d'étrange. D'un ton incertain, il lui demanda :
-Mais au fait, pourquoi es-tu ici ?
Luna passa deux doigts pour se frotter entre les deux yeux, et répondit avec une indifférence presque malsaine :
-Un jour, une de nos expéditions a mal tourné et j'ai été capturée.
-Merlin ! Souffla-t-il horrifié.
-Oh ! Ne t'inquiète, j'ai réussi à m'enfuir presque aussitôt. Les Mangemort qui nous poursuivaient n'étaient pas très futés, vu qu'ils avaient la tête infestées de Stuperons, le rassura-t-elle avec un rire de gorge. Mais le problème, c'est que l'un d'eux m'a reconnu, et il a donné mon signalement aux autorité. Ma tête… a été mise à prix, je ne pouvais plus revenir auprès du groupe sans les mettre en danger, alors j'ai dû m'enfuir.
Elle songeait, abattue, à ce jour maudit où elle avait été capturée, puis à celui où elle était arrivée en terre étrangère, littéralement chassée de son pays natal, le cœur gros de ne pas avoir pu embrasser une dernière fois ceux qu'elle aimait.
-Mince ! Fit-il d'un air désolé. Je suis désolé Luna, je ne savais pas. »
Et comme elle gardait les épaules basses, il la prit soudain par les bras et lui releva la tête. Surprise, elle le considéra d'un air sincèrement étonné, sans s'apercevoir que des larmes avaient coulé sur ses joues. Sans un mot, il la serra dans ses bras et elle, sans réfléchir, répondit à son étreinte et fourrant son visage contre son torse, le corps soulevé de sanglots convulsifs.
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Le temps de l'innocence
Septembre s'acheva et avec lui mourut définitivement les derniers rayons de l'été indien. Le mois d'Octobre, lui, se traîna dans la morosité et la grisaille d'un automne typiquement anglais : pluvieux et froid. Mais Hermione n'en avait cure. Son attention était accaparée par l'étrange comportement de Malefoy à son égard depuis la triple agression contre Lisbeth.
D'abord, il avait décrété que Hermione et Lisbeth devaient désormais dormir avec lui, dans sa chambre qu'il verrouillait chaque soir. Mettant cette lubie sur le compte de la tension des premiers jours, cela n'avait pas spécialement interpelé la jeune femme.
Les deux nuits qui suivirent « l'horrible journée de Lisbeth » – comme Hermione l'appelait – furent plutôt calmes. Le bébé abruti de potions de soins ne pouvait dormir que paisiblement. Mais à partir du troisième jour, les choses se gâtèrent. Lisbeth n'étant plus sous l'emprise bienfaisante des potions, elle recommença à dormir normalement.
Et donc à cauchemarder normalement…
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Un mois auparavant…
Drago dormait paisiblement. Il était bien : une présence à la fois familière et inconnue lui réchauffait agréablement le torse, les bras et les jambes. Un parfum léger et intime l'environnait comme une caresse. C'était une odeur de femme. Il ne savait plus comment il était arrivé là, mais une chose était sûre : quand même la marque lui transpercerait l'avant-bras, il ne savait pas s'il serait capable de s'arracher à cette douce chaleur qui l'enveloppait.
Comme pour lui démontrer le contraire, le hasard voulut qu'à cet instant précis, un drôle de cri perçant et prolongé comme celui d'un animal furieux, éclata brusquement non loin de lui.
Avant qu'il ne pût comprendre quoi que ce fût, la chaleur s'échappa soudainement de ses bras, avant de s'évanouir pour de bon. Une voix cotonneuse bafouilla soudain à son oreille :
« C'est bon, je m'en occupe. »
L'esprit encore embrumé par le sommeil, Drago crut être victime d'une vision lorsqu'il vit Hermione s'extirper du lit, avant de tituber d'un pas lourd vers le berceau dans lequel dormait Lisbeth.. Celle-ci, les poings agités dans tous les sens et le corps secoué de tremblements, hurlait à pleins poumons. Lorsqu'il regarda la pendule, il poussa un soupir de lassitude : trois heures du matin.
La jeune fille s'agenouilla, attrapa le bébé et le berça patiemment jusqu'à ce que les cris s'éteignirent. Il fallut à peu près une demi-heure pour l'endormir, mais Hermione la garda encore un peu, elle n'était pas pressée de retourner au lit. Remarquant soudain que Malefoy s'était redressé en position assise sur le lit et la regardait d'une façon peu amène, elle bafouilla :
« Tu… euh, vous pouvez vous rendormir, elle s'est calmée.
-Je sais, grommela-t-il. Et d'ailleurs à ce propos, à neuf mois, elle n'est pas censé faire ses nuits ?
-Si, affirma-t-elle avec fougue. Elle les faisait même déjà lorsque je suis arrivée ici. Mais là, je pense qu'elle a fait un cauchemar.
-Un cauchemar ? Répéta-t-il d'un ton dubitatif.
-Bien sûr, après les événements de ces deux jours, ce n'est pas très étonnant, déclara-t-elle avec un ricanement amer. Elle a dû revivre les violences qui lui ont été faites.
-Mais de là à hurler, il y a quand même une marge, objecta Malefoy en fronçant les sourcils.
-La peur est quelque chose qui ne se contrôle pas, surtout chez le bébé, expliqua-t-elle doucement. À huit mois, l'être humain ne peut pas se défendre ni s'enfuir, seulement appeler à l'aide. C'est pour cela aussi qu'elle a tendance à crier plus souvent.
Malefoy hocha la tête, puis reprit avec nonchalance :
-Tu as l'intention de te recoucher tout de suite ou pas ?
Hermione hésita, puis hocha la tête :
-J'arrive. »
Elle reposa le nourrisson ensommeillé dans son petit lit, puis rejoignit Malefoy sous les draps. Ils se rendormirent progressivement.
Cependant, quelques cycles de sommeil plus tard, ce fut une grande douleur au bras gauche qui réveilla Malefoy de nouveau. Mais contrairement à ce qu'il avait présagé, la sensation de brûlure sur sa marque le réveilla en moins d'une seconde. La première chose qu'il vit, c'était l'horloge qui indiquait six heures. « Bon, et bien au point où on en est, je peux renoncer à ma nuit ! », pesta-t-il intérieurement.
Drago commença à se lever dans l'intention de filer sans bruit pour ne pas réveiller Granger. Quelle ne fut sa surprise lorsqu'en ouvrant les yeux, il se rendit compte que le lit était vide !
Regardant autour de lui, il l'aperçut soudain avec un mélange de soulagement et de surprise, assise par terre contre le mur, les yeux clos, la tête penchée au-dessus de celle de Lisbeth, et ses bras enlaçant fermement le le bébé endormi. Malgré sa position inconfortable, les traits de la jeune femme étaient extraordinairement paisibles, tandis que la frimousse de l'enfant arborait une expression touchante de confiance et d'abandon.
Le spectacle harmonieux de ces deux visages endormis fit oublier momentanément à Drago l'urgence de la situation.
Oubliant la souffrance qui meurtrissait son bras, l'homme les observa un moment, pensif, puis sans faire de bruit, il s'avança vers les deux silhouettes tassées sur elles-même. Arrivé devant elles, il se pencha et prit Hermione dans ses bras pour la porter jusqu'au lit. Celle-ci broncha légèrement mais ne se réveilla pas, au grand soulagement de l'homme qui éviterait ainsi d'embarrassantes questions.
Il enveloppa soigneusement sa mudain et sa fille sous les couvertures, avant de se préparer pour la réunion nocturne qui l'attendait.
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Le lendemain, Hermione se réveilla tard. Une lumière laiteuse baignait la chambre, mais de soleil point : le ciel était couvert d'un voile nuageux gris perle qui annonçait la fin des orages. Dans ses bras, Lisbeth geignait : c'était elle qui l'avait tirée de ses rêves. Marmonnant tout bas, Hermione la gourmanda un peu :
« Encore ? Tu n'arrêtes jamais donc ? »
Fatiguée, la jeune femme se redressa sans lâcher le bébé, puis se rendit compte tout de suite après que quelque chose clochait.
Que faisait-elle sur le lit alors qu'elle n'avait pas souvenir de s'y être recouchée ?
Cette nuit en effet, elle avait dû se lever une seconde fois vers quatre heures et demi.
Après le premier réveil, peut-être cette impression était due à la fatigue accumulée, mais Hermione avait senti une sorte de lien indescriptible se nouer entre le nourrisson et elle. Dans le lit de Malefoy, elle n'avait pas réussi à se rendormir : son sommeil était entrecoupé tous les quarts d'heure de brèves minutes de conscience où son esprit était étrangement en alerte, jusqu'à ce qu'elle se remît à somnoler.
Et, au bout d'un temps infini, elle sentit qu'il se passait quelque chose d'anormal, que Lisbeth n'allait pas bien.
Alors, comme une automate, elle s'était levée puis dirigée vers le berceau. Dedans, le bébé s'agitait légèrement en poussant quelques couinement étouffés, visiblement en proie à un nouveau cauchemar. Cette fois-là, elle ne s'était pas réveillée car Hermione était arrivée à temps pour la rassurer.
Renonçant finalement sa nuit, elle s'était assise contre le mur et était restée là, en attendant simplement que le sommeil vînt la chercher.
Et voilà qu'elle se réveillait à présent dans le lit de Malefoy, les draps avaient même été soigneusement rabattus sur elle. « Est-ce vraiment lui ? A-t-il vraiment fait cela pour moi ? » Se demanda-t-elle avec une pointe d'émerveillement. Mais la seconde suivante, elle se secoua la tête. Au lieu perdre son temps à se poser des questions stériles, elle ferait mieux de s'occuper de nourrir Lisbeth qui avait faim.
Ignorant sa légère fatigue, Hermione se leva et ce ne fut qu'à ce moment qu'elle remarqua que le panier dans lequel dormait Lisbeth habituellement, avait disparu. À la place, trônait un somptueux berceau, digne d'un poupon royal. Mais avant qu'elle n'eût seulement le temps de s'étonner, la porte de la pièce s'ouvrit tout à coup devant un Malefoy l'air affairé.
« Ah ! Tu es réveillée, dit-il comme si elle l'avait fait attendre. Bon, ça tombe bien, j'ai plusieurs choses à te dire.
-Euh… d'accord, répondit-elle d'un ton incertain.
Ce n'était pas dans ses habitudes de l'aborder ainsi dès le maint au débotté.
-D'abord, je vais m'absenter pour aujourd'hui et ne reviendrai pas avant au moins dix heures. Ne m'attend pas pour te coucher.
Ce qui voulait dire à peu de chose près : « Sois prête pour m'accueillir quand j'arriverai. » Hermione saisit le subtil message et baissa la tête sombrement. Sans prêter à attention à la soudaine morosité de la jeune femme, Malefoy poursuivit :
-Et aussi, je me suis penché un peu sur les problèmes d'insomnies de Lisbeth et j'ai trouvé ce qui n'allait pas : si elle s'est réveillée cette nuit, ce n'est pas à cause d'un cauchemar, c'est à cause du panier qui lui servait de lit. Il était devenu trop petit pour elle, du coup elle dormait très mal. Alors j'ai demandé aux elfes d'installer un berceau plus convenable dans la chambre. Comme ça, elle ne nous dérangera plus. »
Trop surprise par ce geste qu'il avait eu pour sa fille, Hermione négligea d'écouter le reste et le regarda les yeux ronds. Voilà donc l'explication de son comportement un peu cavalier. Assurément une telle initiative devait le rendre nerveux, il n'en avait pas l'habitude.
Elle fut tout d'un coup émue par son air gêné et les déclarations maladroites qu'il avançait pour se justifier de son attention envers sa fille.
Mal-à-l'aise sous ce regard attendri et trop sagace pour son bien, il tourna les talons et sortit de la pièce en bougonnant des paroles incompréhensibles dans sa barbe, à propos de « bonnes femmes sensibles et émotives ». Hermione ne put s'empêcher d'éclater de rire, en espérant que cela ne le vexât point trop.
En elle-même, elle ne sut si elle devait se sentir heureuse ou indécise. Après tous ces mois d'éloignement, y avait-il finalement une chance de renouer le lien brisé entre le père et la fille ?
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Et effectivement, comme il l'avait prévu avec justesse, Lisbeth ne se réveilla point à la nuit suivante au grand contentement des deux protagonistes qui purent dormir à satiété. Mais contrairement à ce que Hermione avait cru, Malefoy ne la toucha pas ce soir-là.
En fait, il ne la touchait plus depuis le sauvetage du bébé, un autre mystère qu'Hermione ne s'expliquait pas. C'était la deuxième fois que cela lui prenait, et elle se disait parfois qu'il devait être un peu schizophrène sur les bords.
Elle se demandait également non sans une pointe de dépit, si elle ne l'avait pas dégoûté encore une fois, pour une nouvelle raison extravagante dont il avait le secret.
Ce qu'elle ignorait, c'est que si Drago avait décidé de s'éloigner d'elle de nouveau, ce n'était pas du tout pour les mêmes raisons que la première fois.
Les choses stagnèrent ainsi jusqu'à une certaine après-midi de début octobre, un petit goûter entre amis organisé au manoir, dérapa, toujours à propos de Lisbeth…
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Environ trois semaines plus tôt…
Pour l'anniversaire de Deborah, celle-ci avait voulu quelque chose d'original : elle avait organisé un goûter avec ses amies : il y avait Bellatrix Lestrange, Abigaël Nott, et toute la crème de la bonne société : des femmes de Mangemorts plus ou moins haut gradés.
Bien entendu, son époux Drago était de la partie bien que tous deux eussent préféré se retrouver à mille kilomètres l'un de l'autre. Seulement compte tenue de l'ignorance où était le monde quant à leur relation complexe, son absence eût été incompréhensible.
Voilà pourquoi l'homme se retrouvait dans le petit salon ce jour-là, seul homme entouré de toutes ces femelles venimeuses et d'écœurantes odeurs de thé, devant supporter les conversations caquetantes de toute cette volaille qui faisait l'opinion, qui disaient :
« C'est incroyable comme les mudains deviennent de plus en plus insolents et paresseux.
-Je ne vous le fais pas dire, très chère, à croire qu'il faudra bientôt leur montrer comment obéir.
-C'est exactement le problème de notre pauvre époque : il faut qu'on fasse tout soi-même, c'est fatiguant à la fin.
-Et encore, ne nous plaignons pas, j'ai entendu dire par mon mari qui lui-même l'a appris de la bouche-même de la cousine d''un aspirant Mangemort ayant ouï de son formateur qui lui-même fait partie des intimes de Vous-savez-qui, la rumeur selon laquelle en France les moldus prépareraient le début du commencement d'un embryon d'une idée de révolte contre les sorciers.
-Non !
-Impossible.
-Eux ? Ces animaux-là ?
-Nous ne parlons pas des mêmes moldus.
-Je le sais mes très chères amies, mais cela est absolument indubitable. Mes sources sont infaillibles, et elles sont formelles.
-C'est inquiétant !
-Oui, je suis bien d'accord.
-Nous vivons vraiment des temps décadents.
-Si les moldus commencent à se rebeller, où va le monde ?
-OUUINNNNNNNNNN ! »
Pour la première fois de sa vie, Malefoy fut particulièrement ravi d'entendre le bébé. Il éprouvait même un certain plaisir mesquin à écouter la voix de sa fille interrompre avec autorité et énergie les caquètements de ces commères, frustrées de ne pas avoir pu terminer leur diatribe suintant de fiel. Soudain, le petit groupe aperçut au loin Padma Patil traverser le hall avec le marmot braillant dans ses bras, puis sortit dans le jardin.
Les conversations reprirent peut à peu, malheureusement du fait que le bébé pleurait toujours, on était obligé de parler plus fort pour s'entendre, et les paroles étaient souvent couvertes par les cris.
« Comment ? Les mudains… «baffent» plus qu'avant ?
-Non, ils bâfrent plus qu'avant.
Un peu plus loin…
-Quel mot avez-vous dit mon amie ? Je ne suis pas sûre d'avoir compris.
Et encore plus loin …
-Euh, et sinon vous avez trouvé des choses intéressantes chez Gaichiffon ?
-Chez « typh… » Ah ! Chez Gaichiffon ! Euh, oui, oui, bien sûr : u-une nouvelle robe.
Après un tour de la pièce…
-Ah ! Ils «gaffent» plus qu'avant !
-Mais non, ce n'est pas ce que j'ai… enfin peu importe ! »
Au bout de dix minutes, Deborah n'y tint plus. Se redressant aussi dignement que possible, elle sortit de la pièce à pas vifs, sous les regards médusés des invitées, et celui moqueur de Drago. Dans la pièce, le silence était retombé. On entendit bientôt une forte querelle résonner sur les murs du hall : Deborah avait entraîné Padma à sa suite et toutes deux se disputaient violemment au sujet de Lisbeth, laquelle hurlait encore plus fort que les deux harpies.
Peu confiant dans la suite, Drago se leva à son tour et déclara à l'assemblée avide qui se délectait du spectacle :
« Mesdames, ne vous dérangez point, je vais m'enquérir de ce qu'il se passe.
Et sans attendre de réponse, il sortit. Juste à temps, constata-t-il en voyant Deborah tenter d'arracher le bébé des bras de Padma.
-Je te montrer comment la faire taire, moi ! Rugit-elle.
-N'en faîtes rien ! Intervint soudain l'homme d'une voix glaciale.
Le temps se suspendit. On aurait pu entendre une plume voler. Chacun retint son geste, son souffle, puis, lentement, Deborah se tourna vers son mari et le considérant comme si elle ne le reconnaissait pas. D'une voix métallique, elle martela :
-Qu'avez-vous dit ?
-J'ai dit : n'en faîtes rien ! Répéta-t-il sur le même ton. Et j'ajoute : ne la touchez pas. Je vous interdis de poser ne serait-ce que vos yeux de rats sur elle. Est-ce clair ?
Sous le choc, elle écarquilla les yeux. De son côté, Padma n'était pas en reste : bouche bée, elle regardait le match se jouer, sans oser intervenir, ni même respirer trop fort. L'épouse Malefoy dit alors d'un ton haché :
-Je ne comprends pas. Non. Je ne comprends pas.
-Ça ne fait rien. Je ne vous demande pas de comprendre, mais de m'obéir, et sans discuter, gronda-t-il à son intention.
La voix de lady Malefoy grimpa au fausset.
-Mais depuis quand la défendez-vous ? S'insurgea-t-elle. Depuis quand défendez-vous cette… cette… bâtarde de mudain ?
Drago ne répondit pas, mais lui jeta un regard noir qu'elle lui renvoya sans sourciller. Ils en étaient à se fusiller du regard, lorsqu'une voix timide osa les interrompre :
-C'est vrai Mr Malefoy, elle a raison : depuis quand défendez-vous l'engeance de mudain ? »
En voyant sa fidèle amie Abigaël Nott prendre part à la dispute, Deborah exulta et lui adressa un sourire soulagé et triomphateur, auquel cette dernière répondit par un léger clin d'œil. Abigaël Nott était en effet l''une des rares – pour ne pas dire la seule – personnes qui étaient dans la confidence sur l'identité de Lisbeth.
Acculé au pied du mur, Drago n'aurait pas d'autre choix que de s'humilier et se retirer, car jamais il n'oserait assumer sa progéniture au grand jour. Et elle, Deborah, allait pouvoir accomplir sa vengeance sur ce poupard qu'elle haïssait tant. Mais au moment où elle s'apprêtait à cueillir la victoire, l'échiquier se renversa brusquement lorsqu'il contre-attaqua d'un ton polaire :
« Depuis que l'engeance de mudain en question est aussi MA fille Abigaël Nott. »
Un coup de tonnerre n'eût sûrement pas causé un plus grand choc : toutes les femmes accourues derrière Abigaël sursautèrent presque en synchronisation. Deborah plaqua une main contre sa bouche pour étouffer le cri qui lui montait aux lèvres. Quant à Malefoy, il faisait bravement face à ces yeux qui le perçaient, le fouillaient et le jaugeaient sans pitié. En lui-même, il ne se faisait aucune illusion : inutile de compter sur la discrétion des femmes, surtout de celles-là. Il pourrait déjà s'estimer chanceux si la nouvelle n'aurait pas dépasser le comté le soir-même.
Présentement, il ignorait s'il avait vraiment pris une bonne décision, mais il n'était plus temps de regretter. De toute manière, tôt ou tard, le scandale aurait éclaté, et il valait que cela vînt de sa bouche à lui plutôt que de celle d'un autre.
Une des femmes demanda avec une curiosité morbide :
« Votre fille… à tous les deux ?
Et brusquement, il tint sa vengeance sur son épouse détestée.
-Non, ricana-t-il. Ma fille naturelle, voyons. »
Il y eut soudain un bruit de chute et tous se retournèrent : c'était Deborah qui venait de s'évanouir.
Estimant en avoir assez entendu, Hermione se retira de son poste d'écoute en haut des escaliers, l'esprit profondément troublé.
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Plus tard, dans l'intimité de leur chambre, alors qu'ils se déshabillaient en silence, Hermione ne résista pas longtemps, et voulut dire à Malefoy ce qu'elle avait sur le cœur :
-Mal-Maître ?
-Ne m'appelle plus ainsi. Appelle-moi plutôt Malefoy si tu veux, la corrigea-t-il sans la regarder. Cela fera quand même moins suranné.
Hermione sourit à cette boutade. Décidément, il s'adoucissait de plus en plus.
-Et bien Malefoy, je voulais vous dire… qu'aujourd'hui, je…
Elle passa au balbutiement, son petit discours qu'elle avait si bien préparé dans sa tête, avait pris la clé des champs pour sauver joyeusement de sa mémoire. Exaspérée envers elle-même, elle se borna à dire :
-Je vous ai trouvé admirable aujourd'hui… avec Lisbeth.
L'homme se figea, puis se tourna vers elle en lui demandant d'une voix un brin sévère :
-Comment l'as-tu su ?
-Je vous ai entendu, murmura-t-elle. Mais ne vous fâchez pas, je n'ai pas commis d'imprudence, je ne me suis pas montrée, je suis restée en haut des escaliers, cependant… le son monte, et résonne beaucoup dans ce manoir. Même si je l'avais voulu, je crois que je n'aurais pas pu ignorer la dispute, conclut-elle avec un petit rire de gorge. Bref, je voulais juste que vous sachiez que c'était très noble ce que vous avez fait pour elle.
Malefoy se détendit et hocha la tête à ses explications, puis répondit simplement :
-Merci Granger. »
Hermione se sentit étrange : c'était la deuxième fois qu'il la remerciait, et avec le sourire, s'il-vous-plaît. Légère et radieuse, elle se coucha. Mais contrairement à ce qu'elle avait espér… cru, cette nuit encore, il ne posa pas un doigt sur elle.
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À la suite de cette aventure, tout le Royaume-Uni fut évidement au courant du scandale : Malefoy avait eu une enfant d'une de ses mudains, et l'avait reconnue haut et fort, devant sa femme et tous ses invités, le jour même de son anniversaire. Ce n'était pas tant la nouvelle qui était choquante, mais le fait qu'elle eût été annoncée si tard.
Curieusement, le lendemain du fiasco de son anniversaire, Deborah contracta la grippe saisonnière et son médicomage personnel, largement rémunéré par centaines de gallions, déclara à tous vents que Mrs Malefoy se trouvait au plus mal et qu'elle avait besoin de calme et de repos absolu, les visites étaient donc proscrites.
Sa soudaine et brutale « maladie » fit des gorges chaudes et on se demanda qui, de la honte ou de la maladie, était le plus susceptible de l'emporter sur Mrs Malefoy.
Bien loin de l'opprobre qui éclaboussait la famille, Hermione s'efforçaient d'en éloigner le cœur, c'est-à-dire Lisbeth, pour la soustraire aux nouvelles menaces qui la guettaient. L'annonce inattendue de cette filiation avait rameuté tous les curieux qui inventaient des prétextes plus farfelus les uns que les autres pour s'introduire au manoir et obtenir des indices sur la vie conjugale du ménage Malefoy.
Pour l'instant, les barrières de protection ancienne du domaine, ajoutées aux cataclysmes déclenchés par les crises de nerfs dévastatrices de l'épouse Malefoy, suffisaient à tenir en respect les fouineurs.
Naturellement, Padma et Hermione s'étaient organisées en conséquence pour protéger les enfants de Mrs Malefoy, le temps que le calme revînt après la tempête
Mais ce n'était pas facile tous les jours, encore que celui qui pour l'instant, encaissait toutes les foudres du dragon, c'était son époux lui-même. Hermione les avait surpris plus d'une fois la semaine suivante.
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Un matin, après qu'un jeune garçon se fût écorché le coude et dérapant sur le gravier à l'extérieur, Hermione l'avait emmené dans la salle-de-bains pour nettoyer la petite plaie, avant de la panser. Une demi-heure plus tard, ils sortirent de la pièce, et après quelques recommandations de prudence, Hermione le laissa filer dehors.
Elle-même s'apprêtait à en faire autant pour voir si quelqu'un avait besoin de son aide, lorsque tout d'un coup, des cris furieux détonnèrent dans le couloir juste derrière elle. Blanchissant tout d'un coup en reconnaissant la voix de Deborah Malefoy, elle n'eut d'autre choix que de se cacher derrière la porte de la salle d'eau en attendant que l'orage passât.
Comme les personnes se rapprochait, elle identifia la seconde voix, masculine, qui affrontait la redoutable furie. Malefoy évidemment. Au bout d'un moment, Hermione put entendre Deborah cracher à son mari :
« Comment pouvez-vous avoir l'impudence de me dire une chose pareille ? Est-ce bien vous qui parler ainsi ? Je ne vous reconnais plus !
-Vous ne me reconnaissez pas ? Répéta-t-il d'une voix sardonique. Mais pour me reconnaître, il aurait peut-être fallu que vous me connaissiez déjà avant.
En elle-même, Hermione soupira, blasée : « Et c'est reparti ! ». Cela ne faisait après tout que la dixième dispute de la semaine.
-Ah ! Ça, pour vous connaître, je pense bien vous connaître. D'abord, vous laissez vivre l'aberration que vous a pondu votre première mudain. Ensuite vous refusez de coucher avec la femelle que je vous ai payée une fortune. Et maintenant, vous décidez tout bonnement de reconnaître la… la… la petite souillure que vous avez engendrée ! Qu'avez-vous à répondre à cela ?
À ces mots, Hermione sentit ses cheveux se hérisser sur sa nuque alors que la colère commençait à l'envahir elle aussi : pour qui se prenait donc cette ignoble bonne femme pour parler ainsi de Lisbeth ?
-Qu'il n'était que temps que je le fasse ! Riposta-t-il d'un froid. Je suis un Malefoy, et les Malefoy toujours se doivent d'assumer leurs actes. Que vous veuillez ou non, Lisbeth est ma fille. Personne n'y changera rien, même pas vous. Surtout pas vous.
-Comment osez-vous ? Vitupéra-t-elle d'une voix dangereusement basse.
-Et d'ailleurs à ce propos, ajouta-t-il d'une voix mauvaise. J'aimerais vous rappeler une chose, c'est que vous n'en êtes pas la mère. Par conséquent, vous n'avez aucun droit sur elle. Me fais-je bien comprendre ?
Comprenant parfaitement l'allusion voilée, Deborah rougit, pâlit, puis se défendit avec verve :
-Je ne vous pas de quoi vous parlez.
-Alors c'est que vous êtes encore plus stupide que je ne l'imaginais, jaugea-t-il avec mépris. Enfin, passons.
-Je n'arrive pas à croire comment vous puissiez parler ainsi, souffla-t-elle en secouant la tête. C'est votre mudain n'est-ce pas, qui vous a fourré toutes ces idées grotesques en tête ?
-Certainement pas, répliqua-t-il d'un air hautain. Contrairement à vous, je n'ai besoin de personne pour réfléchir à ma place. Vous savez, je commence à m'interroger sur vos capacités cognitives : souffririez-vous de trous de mémoire ma chère ? Après tout, n'était-ce point ce que vous souhaitiez au départ ? L'interrompit-il d'un ton moqueur.
-Assez ! Explosa-t-elle. Comment avez-vous pu ?… Déclarer de telles obscénités… oui parfaitement monsieur, des obscénités ! Et cela servi avec une légèreté… comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Merlin ! Comment pourrais-je jamais oublier une telle humiliation ? Bafouée devant mes propres amies ! La risée de toute la société anglaise, si ce n'est celle du monde entier ! Quel poison cette putain vous a-t-elle donc fait boire ?
-Ne l'appelez pas ainsi, lui ordonna-t-il en grinçant des dents.
-Allons bon ! Qu'est-ce que cela encore ? Ne me dîtes pas que vous êtes tombé am…
-Si vous terminez cette phrase madame, il se peut que vous ne sortiez pas vivante de ce couloir. » Menaça-t-il d'une voix très basse.
Comprenant le subtil message, Mrs Malefoy se tut et repartit à l'opposé en fulminant. De son côté, Malefoy jeta un bref regard sur la porte, avant de quitter l'endroit à son tour. Hermione se plaqua contre le mur, espérant de tout cœur qu'il n'eût point remarqué sa présence. Elle ne s'autorisa à sortir de la pièce que lorsque les bruits de pas se furent bien éloignés.
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Hermione n'avait parlé de cela à personne. Étrangement, elle préférait éviter de penser aux paroles de Deborah Malefoy au sujet de Drago et d'elle-même. Bien qu'elle n'y crût pas trop, la possibilité que Malefoy éprouvât des sentiments pour elle, la touchait un peu trop à son goût. Parallèlement, le fait qu'elle commençait à éprouver des sentiments pour lui, l'irritait vivement.
Souvent, elle s'insultait mentalement : « Comment peux-tu te laisser aller à ressentir de la faiblesse pour lui, l'homme qui t'a violée ? » Malheureusement, elle n'était que trop consciente que ce genre de chose ne se contrôlait pas. Et plus le temps passait, plus il lui était difficile de savoir exactement qu'elle ressentait pour Malefoy. Pour ne rien arranger, celui-ci passait de plus en plus de temps avec elle et multipliait les attentions envers sa fille.
En revanche, les jours se succédaient, et il ne touchait toujours pas…
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Quinze jours auparavant…
Un matin, alors que tout le pays était emprisonné sous une nappe de brume blanche, froide et gorgée d'humidité, Hermione était attablée à la cuisine. Une cuiller à la main et un bol rempli d'un liquide sombre à côté d'elle, elle tentait de persuader Lisbeth de boire une décoction qu'elle lui avait préparé pour soulager son rhume.
Cependant, l'enfant, qui était actuellement d'humeur joueuse, ne voulait pas avaler le breuvage, s'amusant visiblement des efforts de la jeune femme pour l'amadouer. Cette dernière bataillait ainsi depuis une demi-heure en invectivant le poupon récalcitrant à voix douce :
« Allez, s'il-te-plaît Lisbeth, sois mignonne, ouvre le bec et… non ! On ne joue pas avec mes cheveux, on ouvre graaaannd la bouche, allez !
-Gah !
-Non-non-non ! Rigola-t-elle malgré elle. Lâche mes cheveux. Ça fait une heure qu'on est là, allez sois gentille, bois ta tisane, ça te ferait tellement de bien.
-Tabadabada !
-Oui, je sais, tabadabada, convint-elle avec patience, mais il faut quand même boire, sinon on va avoir bobo à la gorge et mal faire dodo cette nuit. Alleez…
Mais l'enfant éclata d'un rire aigu. Hermione crut alors avoir une idée de génie : profitant de ce que l'enfant avait la bouche grande ouverte, elle fourra la cuiller dans le gosier du bébé. Celle hoqueta, referma la bouche et contempla la plus âgée d'un air impénétrable. Pendant une seconde, la jeune femme eut le fol espoir d'avoir réussi.
Malheureusement, le bébé gonfla lentement ses joues…
« Lisbeth… commença-t-elle d'un ton d'avertissement.
… et tout d'un coup…
-Fffrrttlll !
… elle reçut tout en pleine figure. Le visage couvert de liquide chaud et poisseux, Hermione prit très dignement un mouchoir en papier dans sa poche et, devant une Lisbeth aux anges qui gazouillait comme un oiseau, elle s'essuya, fit semblant d'être fâchée et déclara à l'enfant :
-Très bien, chameau ! Puisque tu le prends sur ce ton… que le meilleur gagne !
Retroussant les lèvres, Hermione vouta les épaules, brandit la cuiller comme une épée, et imita le bruit de l'avion :
-Brrrrr ! L'avion arrive, ouvrez l'aéroport !… Non ? Bon alors, euh… Tut ! Tut ! Voilà le p'tit train… toujours pas ? Ah, c'est vrai, tu connais déjà. Oh, là, là ! Attends voir… et si j'appelais la Fée Dragée ? » Suggéra-t-elle d'un ton malicieux.
Le bébé la regarda avec des yeux, alors Hermione commença à siffloter l'air de la Fée Dragée en agitant la cuiller comme une baguette de chef d'orchestre. À sa grande surprise, l'effet : Lisbeth la suivit des yeux, hypnotisée par les gestes de la jeune femme accompagnant la mélodie féerique. Et enfin, lorsque la chansonnette s'acheva, elle ouvrit la bouche de bonne grâce et engloutit la cuillerée qui lui présentait Hermione.
À ce moment, quelqu'un tapa des mains derrière elles en riant. Rougissante et confondue Hermione se retourna et aperçut Malefoy à côté des plaques chauffantes, lequel la regardait avec des yeux pétillants.
Amusé par sa gêne, il ne put s'empêcher de la taquiner :
« Et bien Granger, c'est comme ça que tu nourris ma fille ? Je comprends pourquoi c'est aussi long maintenant.
Sur le ton de la plaisanterie, Hermione fit mine de se défendre avec fougue :
-Je ne vois pas pourquoi tu dis ça ! Après tout je n'ai eu besoin de personne pour amadouer cette jeune fille.
-En effet. Sa première cuillerée en une heure, si j'ai bien compris ? Sourit-il.
Cette fois, elle parut un peu vexée. D'une voix boudeuse, elle le questionna :
-Ah… vous êtes là depuis longtemps ?
-Je t'ai déjà dit de me tutoyer Granger, lui rappela-t-il sans brutalité. Sinon oui, je suis ici depuis le début. J'ai pu suivre ainsi les différentes étapes d'un seul repas de Lisbeth… et j'avoue que le spectacle vaut son pesant de gallions.
-Ah ça, je m'en doute, ricana-t-elle. C'est bien la fille de son père.
-Et pourquoi donc ? Rétorqua-t-il en haussant un sourcil, faussement vexé.
Mais Hermione se méprit sur le sens de ses mots, et crut être allée trop loin dans sa réflexion. Paraissant soudain tendue, elle marmonna :
-Oh ! Euh… pour rien. Oubliez ce que j'ai dit.
Devinant les sentiments complexes qui devaient agiter Hermione, l'homme soupira et changea de sujet :
-Au fait, c'était quoi la chanson que tu sifflotais ?
Relevant la tête avec un sourire plus détendu, elle répondit :
-Ce n'est pas une chanson, c'est l'air de la fée Dragée, tiré du ballet « Casse-noisette » de Tchaïkovski. C'est très connu.
-Ah bon ? S'étonna-t-il. Je ne le connaissais pas pourtant.
-Normal, c'est moldu, précisa-t-elle doucement. Mais c'est un refrain que l'on entend et associe surtout à Noël.
Cette déclaration parut déconcerter l'homme.
-Oh ! Et bien… c'est charmant en tous cas, convint-il dans un souffle.
Hermione lui offrit un faible sourire, avant de retourner s'occuper de Lisbeth qui attendait la suite du programme avec impatience. Malefoy s'avança alors tout près d'elle et décréta :
-Laisse, je vais m'en occuper.
-Euh… tu es sûr que cela ira ? S'assura-t-elle un peu sceptique.
-Mais oui », dit-il en levant les yeux au ciel.
Curieusement, il n'eut aucune difficulté à accomplir cette tâche. Lisbeth – qui paraissait aussi ahurie que Hermione en voyant ce bel homme très digne et imposant, s'agenouiller devant elle pour lui porter patiemment la cuiller – n'en ouvrait pas moins la bouche. « Probablement l'effet de surprise. », songea la jeune fille avec mauvaise foi et un soupçon de jalousie.
Mais secrètement, elle se réjouissait de la tournure des événements, car c'était la première fois que Malefoy nourrissait lui-même sa propre fille. Pour un progrès, c'en était un remarquable.
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Les jours, Malefoy se consacra presque exclusivement à sa fille et sa mudain. Leurs rencontres avec bébé, toujours assaisonnées d'humour et de tendresse, achevèrent de mettre Hermione complètement à l'aise. Même s'il était très loin du modèle de « papa-poule », son attachement envers sa fille devenait de plus en plus évident à mesure qu'il se renforçait. Il fallait dire que l'homme, en dépit de tout son savoir et sa puissance, n'ayant jamais appris à apprivoiser les petites filles, ses tentatives de rapprochement le mettaient parfois dans des positions cocasses.
Comme une fois il y a une semaine où elle lui avait demandé – parvenant plus ou moins bien à garder son sérieux – en le découvrant dans une situation au premier abord incompréhensible…
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« Malefoy, tu peux m'expliquer ce que tu fais couvert de plumes, avec ta fille sur les genoux, elle aussi couverte de plume, et riant aux éclats en secouant un oreiller éventré en l'air comme si c'était un hochet ?
Et, celui-ci de répondre tranquillement :
-Je la distrais, voilà tout.
-Oh ! S'exclama-t-elle en faisant mine d'être impressionnée. Et par hasard tu ne voudrais pas un nouvel oreiller ? Celui-là semble un peu… comment dire, au bout du rouleau.
-Un nouvel oreiller ? Quelle idée, voyons ! Fit-il ton prétentieux. Je vais te montrer comment je fais moi. »
Et se détournant d'elle, d'un air mystérieux, il sortit sa baguette devant sa fille soudain redevenue calme, qui le regardait avec des yeux avides. Intriguée, Hermione l'observait faire son manège, presque aussi curieuse que Lisbeth de voir ce qui allait se passer. Prenant la taie d'oreiller, il la jeta négligemment par terre, et souffla une incantation inaudible.
Alors, sous les yeux pleins d'étoiles de l'enfant, toutes les plumes soulevèrent délicatement formèrent un nuage enchanté autour des deux personnages. Puis lentement les plumes se mirent à tournoyer sous l'effet d'un vent invisible, donnant bientôt l'illusion de flocons de neige. Émerveillée, Lisbeth poussa un cri de joie et tenta, sans succès, d'attraper les petites plumes qui voletaient près de son nez.
À son tour, Hermione gloussa devant les efforts infructueux de l'enfant, et sa moue boudeuse après chaque échec. Elle rencontra bientôt les yeux de Drago qui la regardait avec un petit sourire.
Enfin, après une minute de ce jeu, il pointa la baguette vers la taie d'oreiller par terre, et toutes les plumes foncèrent d'un seul coup vers elle pour la remplir. En moins d'une seconde, l'oreiller se regonfla comme un soufflé et reparut flambant neuf sur le sol.
Alors, sous les yeux attentifs de Drago, et incrédules de Hermione, la petite tendit les bras vers l'oreiller. Celui-ci, comme pour répondre au désir du bébé, se souleva du sol avant de léviter jusqu'à elle. Et comme il félicitait lui-même la petite fille prodige, il remarqua soudain le silence étrange du côté de Hermione. Relevant la tête, il vit qu'elle s'était assombrie et regardait l'enfant d'un air préoccupé et triste en même temps.
« Qu'est-ce que tu regardes ? » Demanda-t-il d'un ton interrogateur.
Hermione secoua la tête. D'une part, par elle s'inquiétait des conséquences que cet acte innocent pourrait avoir sur l'avenir de Lisbeth, et d'autre part, même si elle n'en parlait jamais, la magie lui manquait cruellement. Pratiquer la magie sans baguette ne lui procurait pas une satisfaction suffisante, car elle ne pouvait lancer que des sorts très basiques. Et aussi, par souci de discrétion, elle devait limiter son usage.
Intrigué de son silence, Malefoy insista :
« Hé ! Ça ne va pas ?
Hermione le questionna alors du bout des lèvres :
-Qu'est-ce qu'elle va devenir ?
Il y avait un tel désarroi dans ces propos que Malefoy se sentit un peu coupable. Elle poursuivit :
-Un enfant de cet âge capable de produire de la magie accidentelle…possède forcément un potentiel intéressant. J'imagine qu'elle pourrait devenir une redoutable Mangemort.
Secouant la tête, Drago l'arrêta aussitôt :
-On n'en est pas encore là Granger, et on n'y sera pas avant longtemps. Lisbeth a encore une vingtaine d'années devant elle.
-C'est faux, trancha Hermione un peu sèchement. Lisbeth n'a pas vingt ans devant elle. Elle en a trois. Trois années qui vont passer très vite. Car c'est à partir de trois ans je crois, que les enfants sont pris en charge par la société. C'est à cet âge-là aussi que des étrangers décideront selon son potentiel, si elle deviendra une Mangemor ou bien une simple future épouse et mère. À moins évidemment que sa filiation avec une mudain ne suffise à la reléguer au rang des chiens, conclut-elle avec amertume.
-Jamais ! Protesta-t-il avec véhémence tout en se levant. Tu n'as aucune inquiétude à te faire de ce côté-là. Lisebth étant ma fille naturelle, elle est automatiquement protégée. Personne ne pourra lui faire du mal sans s'attirer de très gros ennuis.
-Tant mieux, dit-elle avec un début de sanglots. Parce que je te le dis tout de suite, même si je n'ai pas voix au chapitre, je ne supporterais pas qu'elle devienne comme moi.
Une larme solitaire coula sur sa joue. Gêné, Drago eut le bon goût de rester silencieux. Dans ses bras, Lisbeth dut sentir la soudaine tension ses deux parents car elle se mit à pleurer.
-OUIINNNN ! »
Se reprenant tout à coup, Hermione adressa un bref sourire moqueur à Malefoy et prit congé en le laissant seul avec sa fille.
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Par la suite, ni l'un ni l'autre n'avait reparlé de cela. Entre eux, la tension s'accumulait, cela faisait presque un mois que Malefoy et elle étaient « séparés » : bien qu'ils dormissent toujours ensemble, l'homme ne voulait toujours pas l'effleurer du bout des doigts. Hermione se demandait quelles pouvaient être les raisons qui incitaient l'homme à la réserve, alors qu'il ne cessait de se rapprocher d'elle et de sa fille tous les jours.
Elle avait fini par ne plus se poser la question. De toute façon, elle avait bien d'autres choses à penser avant de s'interroger sur le psyché de Malefoy, à commencer par soustraire les enfants du manoir à la présence nocive de Deborah Malefoy : celle-ci étant constamment d'une humeur massacrante depuis l'élévation de Lisbeth, elle avait tendance à faire passer sa colère sur tout ce qui ne pouvait pas se défendre. Quand il s'agissait des meubles, ce n'était pas grave en revanche Hermione en avait assez de repasser tout le temps derrière elle pour réparer les dégâts qu'elle causait sur l'état physique et psychologique des enfants. Et pour ne rien arranger, Drago ne reprenait jamais sa femme de ses caprices. En fait la plupart du temps, il paraissait préférer l'ignorer.
Un jour, il lui fit découvrir une pièce mystérieuse jouxtant sa chambre par le biais d'un passage secret.
Hermione ne pouvait encore le savoir, mais cette révélation point trop innocente, devrait jouer un rôle décisif dans un avenir proche.
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Trois jours plus tôt…
Un matin, Malefoy déclara qu'il avait un travail pour elle. Elle l'écouta donc lorsqu'il lui donna les instructions :
« Tu t'occuperas également de l'inventaire du stock de certains livres, cela n'a été fait depuis la dernière fois.
-Euh… j'ignorais même que l'on recensait les livres, précisa Hermione. Et je n'ai jamais fait d'inventaire, je ne sais même pas où se trouve la liste.
-Je le sais où elle est, moi. Mais ce ne sont pas ces livres-là que tu devras inventorier, juste une section particulière dans ce manoir : celle de ma bibliothèque personnelle.
-Ah ? Je ne savais pas que tu en avais une, déclara-t-elle d'un ton candide.
-Naturellement, elle est bien cachée, et on ne peut y accéder que par un passage que je suis le seul à connaître. Mais là, j'ai besoin de quelqu'un pour ce travail, donc je vais te le montrer. Suis-moi. »
Là-dessus, Malefoy tourna le dos à la jeune fille avant de se diriger vers le mur de gauche en face du lit, où se tenait un grand tableau, enchanté comme tout la pièce pour représenter un mélange bigarré mais harmonieux des couleurs de la nature extérieure.
Un rayon de soleil étant miraculeusement apparu dans le ciel, l'ensemble de la pièce n'était que miroitement de flammes, reflets d'or, panaches écarlates, et atmosphère doucement orangée : les couleurs de l'automne.
Malefoy fit signe alors à Hermione d'approcher. Il appuya sur un bouton dissimulé à l'arrière du cadre. Il y eut un déclic, puis le tableau bascula, laissant le passage à un escaliers qui montait abruptement. Pénétrant à l'intérieur chacun leur tour, ils s'enfoncèrent dans les entrailles du château. Ils avaient fait à peine quelques mètres lorsque bientôt, l'escalier était coupé pat une crevasse qui devait s'enfoncer dans les profondeurs de la terre. Un peu plus loin, les marches continuaient leur ascension. Hermione hésita : même en sautant, il serait difficile d'atteindre la corniche d'en face, et elle ne s'appelait pas Lara Croft.
Prévoyant son geste, Malefoy la bloqua à temps.
« Non, ne fais pas ça, c'est un piège pour ceux qui ne connaissent pas le chemin : si tu sautes pour surmonter le gouffre, l'escalier de l'autre côté prendra feu sous tes pieds, tu n'aurais aucune chance d'en réchapper.
-Qu'est-ce qu'on peut faire alors pour avancer ?
-Rien. Il faut sauter dans le vide.
-Quoi ? S'écria-t-elle. Mais tu es fou !
-Non, non ne t'inquiète pas, il n'y a aucun danger : nous atterrirons sans et saufs sur une plate-forme. » L'assura-t-il plein d'assurance.
Ses paroles furent vaines : pas du tout rassurée, Hermione fixait l'abîme avec animosité et crainte. En lui-même, Drago ne pouvait pas lui en tenir rigueur : il savait que cette épreuve était particulièrement difficile. Pour l'avoir lui-même subie en présence de son père, qui avait obligé le petit garçon qu'il était à y aller le premier en lui donnant des coups de canne, Drago connaissait très bien, trop bien même, cette peur au ventre et ces secondes atroces où il fallait forcer son corps à avancer alors que toutes les fibres de son être lui hurlaient de ralentir.
Lui-même n'y avait réussi qu'après moult hurlements, larmes et prières inutiles qui n'avaient encouragé Lucius qu'à le frapper encore plus fort, jusqu'au seuil de l'intolérable. À la fin, comprenant qu'il n'hésiterait pas à le tuer, le jeune garçon avait bien dû sauter en avant.
À la fin, Lucius déclara qu'il était fier de lui. En lui-même, Drago décréta qu'il le haïssait.
Chassant ces mauvais souvenirs au fond de sa mémoire, l'homme revint à la réalité. Il éprouvait un curieux plaisir à initier une née-moldue aux secrets du manoir : c'était une sorte de douce vengeance contre son père et ses ancêtres. Doucement, il prit la main de la jeune femme terrifiée et tâcha de la rassurer encore :
« Tu n'as aucune crainte à avoir, ce trou n'est qu'une sorte d'illusion, un sortilège lancé pour tester la valeur du sorcier. Je suis déjà passé plusieurs fois ici, et je peux t'assurer qu'il n'y aucun danger.
-Je n'oserais jamais, murmura-t-elle. Et si cela ne marche pas ?
-Il n'y a même de profondeur, révéla-t-il. Je t'assure que tu ne risques rien.
Il sentait que la victoire était proche : elle fléchissait, mais n'était toujours pas convaincue. Alors il lui intima d'une voix grave et chaude :
-Regarde-moi Hermione. »
Trop surprise pour répliquer, Hermione obéit et rencontra les iris claires de Malefoy. Sans le savoir, tous deux songèrent en même temps avec confusion que c'était la première fois qu'il l'appelait par son prénom. Tressaillant devant la tendresse qu'elle lisait au fond de son regard, la jeune femme se détendit inconsciemment. L'homme sut qu'il avait gagné. Comme pour l'empêcher de fuir, il encercla sa taille d'un bras tandis que de son autre main il lui attrapa le menton. Rapprochant son visage du sien, il lui susurra :
« Aie confiance en moi. Nous irons ensemble. »
Puis, fermement, il se tourna vers l'abîme qui les attendait et commença à avancer en entraînant Hermione avec lui.
Au moment où il furent au bord du vide, instinctivement, la jeune fille eut un mouvement de recul mais il avait prévu ce geste. Lui attrapant les épaules de l'autre bras, il la retourna face à lui, si bien qu'elle se retrouva brusquement collée contre son corps.
Elle rougit presque aussitôt en se rendant compte de leur position à tous les deux. Très proches l'un de l'autre, leurs nez se touchaient presque et leurs yeux se fixaient sans pouvoir se détacher.
Une main crispée sur sa taille, l'autre remontant sensuellement le long de son dos, Drago se délectait des formes tièdes et harmonieuses de la jeune femme. Écrasées contre son torse dur, elles se mouvaient légèrement contre lui comme une caresse voluptueuse à chaque respiration. La présence de cette féminité douce et fragile entre ses bras d'acier, conféra au jeune homme un sentiment de virilité étourdissant.
Entre eux, la température monta d'un cran.
Hermione de son côté tentait de faire abstraction à ces mains masculines qui étreignaient le bas de son dos et la palpaient sournoisement à la limite de la décence. Elle tentait également d'ignorer le feu qui montait en elle, causée par la proximité de leurs corps et par la chaleur diffusée par ces bras enroulés autour de sa taille ainsi que par ces cuisses de mâle plaquées contre les siennes. En revanche, elle ne pouvait détacher son regard de ces lèvres charnues et entrouvertes qui laissaient échapper un souffle tiède sur sa peau fine.
Hypnotisée par cette bouche tentatrice, elle ne remarqua que trop tard ce que Malefoy était en train de faire.
Profitant en effet de l'émoi de la jeune femme, sans cesser de la tenir serrée contre lui, il fit le dernier pas qui le séparait de la crevasse et l'entraîna brusquement dans le vide.
Poussant un cri de terreur, la jeune femme se débattit mais il ne l'en retint que plus fermement.
En réalité, il ne se passa rien : la « chute » dura une seconde. Ils atterrirent comme prévu sur une plate-forme entourée par… rien. La lumière d'en haut provenait d'une source située sans sous doute au fin fond de l'univers. Le sol consistait exactement en un plan carré, noir et bordé d'une ligne lumineuse qui dessinait le contour. Tout l'atmosphère autour était… noire. Paradoxalement, on y voyait clair comme en plein jour.
Se sentant tout d'un coup ridicule par sa terreur irraisonnée, Hermione se détacha de Malefoy en détournant les yeux. Sans rien dire, celui-ci la laissa partir, quoique ce court instant où elle avait laissé échappé son côté vulnérable ne lui eût pas tellement déplu
Hermione le tira soudain de ses réflexions en lui demandant :
« Bon… euh, où faut-il aller maintenant ?
D'un sourire, il lui répondit :
-Droit devant toi.
-Mais… commença-t-elle d'une voix déconcertée. Il n'y a rien devant moi.
-Si, confirma-t-il. Il y a une porte. Une porte que toi et moi seuls peuvent franchir, parce que telle est ma volonté.
Interloquée par ces paroles cérémonieuses, n'eut pas le temps de répliquer que des lignes lumineuses se dessinèrent dans le vide sous yeux, pour former un rectangle au bord de la plate-forme. Elle poussa une exclamation émerveillée :
-Oh ! C'est fou !
-Non, c'est de la magie, corrigea-t-il.
Elle éclata de rire et lui-même se permit un sourire amusé. Une fois que l'entrée apparut complètement, sombre et cernée de lumière comme le reste, Malefoy s'inclina légèrement et l'invita dans un geste galant :
-Après toi. »
Décidant cette fois-ci de lui faire confiance, Hermione s'avança et franchit la porte mystérieuse. Elle fut tout d'un coup engloutie par le noir, mais n'eut pas le temps de s'effrayer qu'elle apparaissait déjà à un autre endroit. En tournant la tête, elle se rendit compte qu'elle revenue exactement à son point de départ dans les escaliers. Sauf qu'elle était de l'autre côté du gouffre.
À côté d'elle, Malefoy lui sourit en la prenant par la main.
« Viens », dit-il simplement.
Ils grimpèrent le reste des marches, jusqu'à arriver essoufflés dans un petit couloir qui ne contenait quasiment aucune porte. L'endroit était éclairé par de nombreux soupiraux situés au plafond de la galerie, et qui jalonnaient le chemin de passages entre ombre et lumière. Finalement, ils arrivèrent devant une porte en bois de chêne, sobre mais solide.
Malefoy l'ouvrit sans un mot. La pièce dans laquelle ils arrivèrent n'était pas grande, il n'y avait que trois bibliothèques, remplies de livres à craquer, ainsi qu'un au meuble à trois étagères où étaient posés une listes, quelques fioles de potions et des chiffons propres. Un grand vitrail au plafond, rond comme une rosace, laissait entrer la lumière du jour. Sommairement, l'homme lui une présentation des lieux :
« Voilà, c'est là ma bibliothèque personnelle. Cela doit t'étonner de voir si peu de livres, mais je t'indique tout suite que les ouvrages qui sont contenus là, ne doivent en aucun cas franchir cette porte. Ce sont des exemplaires rares, pour ne pas dire uniques au monde, dont la plupart datent de l'antiquité. Tu auras pour charge de vérifier le compte et de les entretenir. Pour cela, tu as la listes, et puis des potions spéciales, rangées sur ce meuble, qui se vaporisent sur les livres pour les empêcher de s'effriter. Il faut le faire environ tous les mois. Je te confie également le soin de faire le ménage et les poussières dans cette pièce. Ce n'est pas bien grand comme tu le vois, tu n'auras besoin de le faire qu'une fois tous les quinze jours. Voilà, tu as tout compris ?
Hermione acquiesça, rêvant déjà au jour elle pourrait consulter ces trésors.
-Bien. Ton travail commence aujourd'hui. Je vais te montrer où sont rangés les produits d'entretiens pour la pièce.
Il ressortit, suivi de Hermione qui s'arracha à contrecœur de sa contemplation. Ils franchirent de nouveau le corridor. Le local des produits nettoyants ne se trouvaient que deux mètres plus loin. Après avoir certifier à l'homme qu'elle n'oublierait pas, elle remarqua soudain une porte derrière lui qu'elle n'avait pas vu jusque là. Avec curiosité, elle l'interrogea :
-Et cette porte-là, où mène-t-elle ?
Se retournant, Malefoy aperçut l'entrée dont elle parlait, et répondit d'un ton indifférent :
-Ah, ça ! C'est une porte qui mène à l'extérieur, au versant ouest du jardin.
-D'accord, dit-elle en hochant la tête.
-Tu peux t'en servir si tu veux, l'autorisa-t-il avec bonhommie. Je crois que le passage est encore utilisable.
-Merci, sourit-elle.
-Bon. Et bien allez, au travail ! » L'enjoignit-il.
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Voilà donc à peu près où Hermione en était avec Malefoy. Leur relation n'avait cessé de se consolider, mais aussi de se complexifier. Aujourd'hui, elle savait au moins une chose : même si elle ne pouvait encore l'aimer, elle ne pouvait plus le haïr, c'était au-dessus de ses forces. Elle avait admis également au bout d'un mois, comme il ne la touchait plus, qu'elle en était atrocement frustrée. Avec désespoir, elle se lamentait : « Il le fait exprès, le salaud. Pour me torturer et me pousser à bout. »
Néanmoins, elle était bien obligée de reconnaître que pour une fois, Malefoy n'était pour rien dans ses tourments. Si elle avait du désir pour lui, elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même et à ses goûts extravagants qui la poussaient à désirer un ennemi détesté.
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Un mois s'était écoulé depuis la rencontre de Harry et de Luna, les deux jeunes gens s'étaient beaucoup rapprochés. En outre, ils avaient accueilli un troisième membre de l'Ordre du Phénix, et c'était une femme. Elle avait réussi à sauver une famille moldue d'un massacre puis à l'évacuer en Belgique. Revenue à Londres, elle en était partie sitôt que le message avait explosé au-dessus de la ville. Cette sorcière, c'était Tonks.
« Ah ! Quel magnifique feu d'artifice tu nous a donné Harry ! Avait-elle applaudi d'un ton jovial en arrivant. C'est curieux, mais la façon dont le message s'est dupliqué dans un rayon de deux kilomètres, dans des explosions de couleurs, ça m'a fait pensé aux Feuxfous Fuseboum des jumeaux Weasley.
-Normal, sourit-il avec espièglerie. C'est inspiré de leur création.
-J'en étais sûre ! »
L'arrivée de cette jeune femme pétillante et débordante d'énergie avait apporté une bouffé d'espoir et de dynamisme parmi les troupes. En dépit de sa maladresse qui ne l'avait jamais quittée, plusieurs tentèrent leur chance auprès d'elle en venant la courtiser. Mais celle-ci, avec tact, les repoussait fermement en leur faisant comprendre qu'elle n'était plus libre.
En effet, Tonks n'avait en fait jamais quitté Rémus. Tous deux étaient en correspondance soutenue, grâce aux téléphones portables que Tonks s'était procurée Merlin seul savait où. Elle les avait ensuite ensorcelés à sa façon pour qu'ils puissent fonctionner en présence d'ondes magiques. Et même s'ils étaient moins performants qu'au départ, le résultat tenait du génie. Rémus l'appelait au moins tous les jours, si ce n'était plusieurs fois dans la journée.
Par ailleurs, ce dernier avait apparemment achevé sa mission au sein de l'Écosse et était revenu avec une poignée de loups-garous désireux d'en finir avec le gouvernement qui était encore moins clément envers eux que le précédent.
Tonks avait proposé une fois à Harry de parler avec son ancien professeur de Défense contre les Forces du Mal, mais ce dernier avait refusé.
« Pourquoi ne veux-tu pas le lui dire ? S'était-elle enquis d'un air déçu.
-Je… je préfère garder mon anonymat le plus longtemps possible, avait-il expliqué. Pour l'instant, il n'y a que trois personnes au mondes qui sont au courant. Si Voldemort apprend ma présence par accident, il serait capable d'envoyer son armée ici. Or, nous ne sommes pas encore prêt à nous lancer dans des combats de cette envergure. Nous serions tous massacrés, et les moldus ne voudront plus jamais nous faire confiance.
-Rémus tiendra sa langue ! Le défendit-elle avec fougue.
-Mais il pourrait être capturé ! Répliqua-t-il. Comprends-moi Tonks, je n'ai pas cela parce que je n'ai pas confiance en lui. Je le fais pour le protéger, pour protéger notre embryon d'armée, et pour protéger toutes les personnes qui m'ont aidé en Angleterre.
-Des gens t'ont aidé en Angleterre ? S'écria-t-elle d'un ton abasourdi.
-Évidemment, je n'ai pas agi en solo pour en arriver là. Je n'aurais certainement pas pu m'enfuir d'Angleterre par le tunnel sous la Manche tout seul ! J'ai été aidé. Et le feu d'artifice d'il y a un mois, ce n'est pas moi qui l'ai déclenché à distance. Là encore, une personne l'a fait à ma place. Et si Voldemort venait à apprendre ma présence ici, ces personnes seraient aussitôt en danger car elles seraient les premières sur la liste des suspects.
-Qui sont-elles, ces personnes ? Demanda Tonks avec curiosité.
-Des personnes que je ne peux pas nommer, soupira-t-il. En fait, je devrais corriger ce que je viens de dire : elles sont déjà en danger permanent. Étant donné qu'elles sont obligées de vivre au grand jour, elles ne peuvent pas se cacher, Voldemort sait où elles se trouvent, il peut garder un œil constant sur elles. S'il-te-plaît Tonks, ne nous fâchons pas à propos de cela, je ne veux pas me disputer avec toi. »
Résignée, Tonks lâcha l'affaire, mais Harry voyait bien à son air contrarié qu'il ne l'avait pas convaincue. Ce qu'il ignorait, c'est qu'en ce moment-même, Voldemort avait déjà un œil sur lui.
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Londres,
Palais de H.S.
Le trente octobre 19…
Avons besoin de plus de renseignements. Ce soir, donnez davantage d'informations sur D, sur l'armée (armement + effectifs) et sur sorciers présents. Sinon marché annulé.
H.S.
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Halloween
Le lendemain à l'occasion d'Halloween, les Malefoy avaient invité quelques uns de leurs amis pour une petite soirée toute simple. Au total, ils n'étaient que huit : Malefoy, Abigaël et Théodore Nott accompagnés de leurs deux enfants et de leur nièce qu'ils avaient à charge, Jude Pucey et son cousin Adrian, et enfin Bellatrix Lestrange. Deborah quant à elle, n'était pas descendue, prétextant une migraine de tous les diables. Une migraine du nom de Lisbeth.
Les retrouvailles se passèrent plutôt bien. Seul Jude Pucey boudait un peu car il avait secrètement espéré apercevoir son ancien joujou qui lui avait filé entre les doigts, et peut-être qui sait ? Finir ce qu'il avait à peine commencer. Après tout les couloirs étaient vastes, et l'imposant demeure ne manquait pas de recoins sombres qui eussent été propices à ses affaires.
L'apéritif se passa dans le petit salon jouxtant le hall d'entrée. Ce soir-là, l'ambiance était détendue, des plaisanteries étaient échangées dans la bonne humeur. Abigaël parla bientôt de sa nièce, douze ans, qui savait déjà lancer le sortilège du Doloris.
« J'ai appris la formule quand j'avais huit ans, se vanta-t-elle d'un ton supérieur. Mais je n'ai réussi à le lancer parfaitement que hier. C'était sur un Sang-de-bourbe, et il a hurlé comme un porc. Le professeur m'a félicitée.
-Bravo ma chérie, la complimenta Bellatrix d'une voix onctueuse et d'un sourire vicieux. C'est une excellente nouvelle. De nos jours, le Doloris est devenu le pilier majeur de notre bonne société, c'est pourquoi il est indispensable de savoir le lancer. Toutes mes félicitations !
-Merci, rosit-elle.
-Oui, bravo petite.
-Bravo fillette. »
Les invités lancèrent des fleurs à la gamine qui se dandinait, sans pouvoir dissimuler son air sournois derrière ses minauderies de petite fille bien élevée. Mais à sa grande déception, les adultes se désintéressèrent vite d'elle et passèrent à table dans la pièce d'à côté aux dimensions bien plus impressionnantes. Au centre, le couvert était somptueusement dressé, et les soupières en argent étaient déjà posées sur la table.
Boudant parce qu'elle n'aimait pas la soupe, la nièce d'Abigaël Nott prétexta vouloir aller aux toilettes. La permission de sortir de table lui fut distraitement accordée par Drago Malefoy qui ne la regarda même pas. Ravie, la fillette se leva et partit rejoindre la hall sous le regard envieux de son jeune cousin.
Arrivée dans le hall, la fille se dirigea non pas vers les toilettes, mais vers la cuisine avec l'intention d'y rester cachée jusqu'au service des plats chauds. Dissimulée juste derrière le battant de porte, elle tint bon pendant vingt minutes.
Plus loin dans le dortoir des enfants, pris d'une grande soif, Simon se leva discrètement de son lit et remonta vers les cuisines.
Seulement, au l'instant où, arrivé devant, il ouvrit la porte, il entendit un retentissant « Ouille ! »
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Or, au même moment, inquiète de ne pas voir sa nièce revenir, Abigaël Nott voulut se lever pour aller la chercher, mais Jude la devança, assurant qu'il avait fini l'entrée et qu'il s'en chargeait. Personne ne se douta de ce qu'il avait en tête.
Mais comme la petite toute à l'heure, au lieu de partir vers les toilettes, il marcha à vive allure pour rejoindre l'escalier qui menait au sous-sol, là où devait normalement se trouver tous les mudains. Il voulait faire vite, afin que personne ne se posât des questions sur son absence trop prolongée. Pour la gamine, il avait une excuse toute prête :
Soudain, en passant devant les cuisines, des éclats de voix le firent s'arrêter.
« Mais ça va pas, non ! Tu pourrais faire attention !
Pucey sursauta : c'était la morveuse, mais que faisait-elle ici ? Curieux néanmoins, il se cacha derrière une statue pour suivre l'échange houleux.
-Excusez-moi, répondit une voix confuse. Je ne vous avais pas vue. »
Derechef, l'homme sursauta violemment. C'était lui ! L'enfant qu'il recherchait : Simon, son angelot roux. La plus adorable, la plus désirable des créatures qu'il lui avait été donné de rencontrer sur cette terre. Quelle merveilleuse coïncidence !
Mais il ne put aller plus loin dans ses réflexions intérieures car l'insupportable gamine le singea d'une voix zézayante :
« Excusez-moi, je ne vous avais pas vue ! C'est ça ton excuse ? Dis plutôt que tu l'as fais exprès ! Hein, tu l'as fais exprès !
Agacé, le garçon répliqua :
-Mais non, je ne l'ai pas fait exprès.
-Mais non, je ne l'ai pas fait exprès, répéta-t-elle de ce même ton grinçant. Mon œil ! Tu m'as cassé le bras ! Alors ne dis pas que tu ne l'as pas fait exprès.
À bout de patience devant cette fille capricieuse et agressive, Simon minauda d'un ton faussement attristé :
-Oh ! Pauvre choute, elle s'est fait bobo au bras. Tu veux peut-être que je te donne un su-sucre pour te consoler ? »
Rougissant de colère sous l'insulte, la fille réagit au quart de tour et empoigna sa baguette sans très savoir qu'elle avait l'intention de faire. Mais, devant l'air soudain devenu méfiant et apeuré de Simon, une idée vicieuse lui vint à l'esprit. Après tout, pourquoi ne pas s'exercer tout de suite au Doloris ? Assurément, tout le monde la féliciterait de son geste et ses exploits seraient vantés à travers tout le Royaume-Uni.
D'une voix horriblement calme, elle dit à Simon :
« Tu n'aurais jamais dû faire ça.
Parlait-elle de son insulte ou de la douleur qu'il lui avait causée ? Elle-même ne le savait pas. Mais cela n'avait pas d'importance. Car si elle ne savait pas pourquoi elle le corrigeait, lui il le saurait. Elle poursuivit sa harangue, soucieuse de la mise en scène :
-C'est fini pour toi. Tu ne peux rien contre moi, tu es sans défense.
D'une voix neutre, Simon répondit en commençant furtivement à se rapprocher de son adversaire :
-Ah ! Et pourquoi cela ?
Victorieuse, elle crut l'écraser en lui assenant :
-Parce que je suis une sorcière, et même une grande sorcière. Alors que toi, tu n'es qu'un vulgaire petit moldu.
-Petit ? Releva-t-il en haussant un sourcil. Tu ne dois pas avoir plus d'un un an de plus que moi.
À présent, il n'était plus qu'à quelques pas d'elle. Ses yeux étaient rivés sur l'objet honni que tenait l'autre : la baguette magique. S'il parvenait à l'écarter… Persuadée de sa supériorité, la fille jubilait sans se rendre compte de son manège. Elle clama, à demi-hystérique :
-Qu'importe l'âge ? Même si j'avais deux ans de moins ou de plus que toi, je reste la plus forte. En plus, je sais faire le Doloris ! Toi, tu ne sais même pas ce que c'est que le Doloris.
En effet, Simon ne le savait pas, et ne tenait pas à le savoir. En revanche, lui savait faire autre chose. D'un air rusé, il fit mine de s'aplatir :
-Non en effet, je ne sais pas ce que c'est que le Doloris… par contre, je sais faire ça ! »
Puis sans crier gare, il balança un violent coup de pied dans la main de la sorcière qui tenait la baguette.
« Aïe ! » Couina-t-elle en lâchant son arme qui roula à l'intérieur de la salle.
Sans lui laisser le temps de se remettre, Simon fonça à l'intérieur pour récupérer la baguette avant la sorcière. Malheureusement celle-ci reprit rapidement ses esprits et se lança à son tour à la recherche de la baguette perdue. Elle vit avec horreur Simon se pencher pour ramasser l'objet arrêté devant une cuisinière. Aussitôt après, elle lui fonça dessus et le bouscula en beuglant d'une voix enrouée par la colère :
« Ne la touche pas ! Espèce de sale impur !
Et se disant, elle rafla sa baguette.
-Tu sais ce qu'il te dit le sale impur ? Aboya Simon encore plus fort. Il te dit va te faire foutre, espèce de salope !
Suffoquée d'indignation, la fille réagit au quart de tour :
-Endolor… Aargh ! »
Elle ne put achever sa phrase : sitôt qu'il l'avait vue brandir sa baguette, Simon n'avait mis qu'une seconde pour plonger dans ses jambes pour lui faire perdre l'équilibre. Ils roulèrent l'un sur l'autre avant que Simon ne reprît miraculeusement le dessus. Incapable de se maîtriser, il la frappa deux fois au visage, l'abrutissant presque totalement.
Enfin, apercevant la baguette qui était retombée sous une table, il délaissa sa victime et fonça vers l'endroit décisif.
À ce moment, Jude pénétra dans la cuisine, un peu inquiet et prêt à intervenir si besoin était, lorsque tout à coup, un craquement sonore, suivi d'un hurlement de rage, détonnèrent dans la cuisine.
Au centre de la pièce devant une table, se tenait son ange de feu, un rictus triomphant au lèvres et les débris d'une baguette brisée entre ses mains. Jude ressentit une pointe de fierté en le regardant tenir en respect cette petite peste arrogante qui venait enfin de recevoir une bonne leçon.
Jetant au visage de la fille les débris de la glorieuse baguette, Simon la provoqua d'une voix moqueuse :
« Et maintenant viens te battre, si t'es la plus forte !
Se relevant avec colère, la fillette le menaça d'un ton foudroyant, en pointant son index :
-Ça, tu vas me le payer cher ! »
Et sans rien ajouter, elle fonça à l'extérieur de la cuisine pour aller chercher ses parents. Elle était si furieuse qu'elle ne vit pas l'homme qui se tenait juste à côté de la porte à l'extérieur de la cuisine. Ravi de cette occasion inespérée, il s'infiltra dans la cuisine, prêt à donner sa récompense au vainqueur. Ce dernier lui tournait le dos, en train de se servir un verre d'eau au robinet. Frémissant devant le spectacle alléchant de ce corps menu et couvert de sueur, vu de dos, Jude sentit sa bouche s'assécher, puis un élan familier dans ses reins le porta vers l'objet de ses désirs.
« Bonjour Simon. »
Pris par surprise, Simon bondit littéralement, lâcha son verre qui tapa dans l'évier avant de tournoyer dans un grand fracas en projetant de l'eau dans tous les sens. Incrédule, il se fit brusquement volte-face, puis sentit tout son corps se raidir et son sang se glacer lorsqu'il reconnut l'individu qui se tenait devant lui.
« Vous ! S'exclama-t-il d'une voix blanche.
D'une douce ironie, Jude répondit :
-Moi.
Rassemblant les morceaux épars de son courage et de son sang-froid, Simon le questionna d'une voix un peu trop criarde :
-Qu'est-ce que vous faîtes là ?
L'homme prit un air faussement chagriné, et murmura :
-Tu n'es pas content de me voir ?
-Si, très content, mentit-il sèchement. Mais là, je dois aller dormir.
-Allons, allons, tu n'es pas obligé d'y aller maintenant. Je peux te couvrir si tu veux.
En disant cela, il leva sa main pour la poser sur le visage rond de l'enfant, mais celui-ci, plus leste, se rejeta aussitôt sur le côté en lui ordonnant d'une voix paniquée :
-Ne me touchez pas !
Toujours ce même air chagriné, L'homme s'avança avec douceur devant le garçon qui n'en finissait plus de reculer, jusqu'à le bloquer contre le mur. Arrivé là, il lui coupa tout espoir de fuit en posant ses bras de chaque côté du garçon, lequel était paralysé par la crainte.
-Ça me fait beaucoup de peine ce que tu me dis là, Simon, chuchota-t-il comme à une bête sauvage. Après tout ce que nous avons vécu ensemble…
De nouveau, il leva la main et la posa sur sa joue avant de la lui caresser avec tendresse, sans prêter à la grimace révulsée de Simon. D'une voix chargée de reproches, il le gronda un peu :
-Toute notre histoire ne signifie-t-elle donc rien à tes yeux ? Tu n'aimes donc pas ton papa ?
Cette qualification mit le garçon hors de lui. De nouveau, il tapa férocement le bras de l'homme, et le repoussa, avant de vociférer dans sa direction :
-Ne me touchez pas ! Vous n'êtes pas mon père ! Mon père est mort, mais s'il avait été vivant, je vous garantie qu'il vous aurait cassé la figure ! Vous, vous êtes un… un gros porc ! »
Et, sans demander son reste, il voulut s'enfuir pour rejoindre son dortoir, mais l'homme s'empara soudain de son bras et, sans qu'il comprît ce qui lui arrivait, Simon se retrouva plaqué contre le mur, nez à nez avec son agresseur. Effrayé par son regard cruel et son sourire obscène, il tenta de donner des coups pieds mais ceux-ci parurent à peine l'effleurer. Alors il comprit qu'il avait de graves ennuis et commença à pleurer pour sa plus grande honte.
D'une voix mielleuse qui contrastait avec son sadisme, Jude susurra :
« Tu me fais beaucoup de peine Simon. Vraiment tu m'as blessé. Je vais obligé de te punir.
-Non, s'il-vous-plaît lâchez-moi ! » Pleurnicha-t-il d'un ton suppliant.
Et, de façon totalement inattendue, ses larmes redoublèrent l'excitation de l'homme. Faisant fi de ses pleurs, il s'apprêta à écraser ses lèvres contre celles du petit bonhomme, mais des voix toutes proches résonnèrent soudain dans le couloir. Poussant un grognement de frustration, l'homme relâcha le garçon sans douceur et l'avertit très vite, toute trace paternaliste disparue de son visage :
« Je te préviens : pas un mot de cela à personne ! Sinon je peux te garantir que cela ira très mal. En t'achetant, Malefoy a contracté une dette envers moi : je peux à tout instant la réclamer… en achetant par exemple ta chère amie.
Jude avait prononcé cette menace totalement au hasard, mais l'effet fut encore plus spectaculaire que ce qu'il n'espérait : en moins d'une seconde, le garçonnet perdit ses couleurs et se mit à trembler comme une feuille. D'une voix blanche, il balbutia :
-Co… comment savez-vous ?
En lui-même, l'homme se pourlécha : « Ça y est, je le tiens ! » D'une voix cruelle, il lui susurra :
-Peu importe, il se trouve que je le sais. Et si tu ne veux pas qu'il lui arrive malheur, je te conseille redevenir sage et obéissant.
C'était faux évidemment : Jude savait que Malefoy ne lui devait rien mais le garçon lui, ne le savait pas… et il marcha droit dedans : gobant sans hésiter les boniments de son tortionnaire, il hocha la tête convulsivement, terrifié pour son amie.
-Gentil garçon, ronronna l'adulte en lui flattant les cheveux comme à un animal, je savais que nous réussirions à nous entendre. »
La seconde suivante, tous les adultes déboulèrent dans la cuisine et retrouvèrent le fautif, assis misérablement par terre, blême et abattu. Jude Pucey rassura tout le monde en affirmant que tout allait bien, qu'il s'était déjà chargé de corriger le petit garnement. Connaissant le bougre – c'était le cas de le dire – Drago interrogea le garçon d'un ton suspicieux pour savoir si c'était vrai. Se reprenant et essuyant discrètement son visage où avaient coulé quelques larmes, Simon hocha la tête et confirma les dire de son bourreau.
Au final, tout le monde retourna à table dans le calme, non sans avoir voué le malheureux garçon aux gémonies de l'enfer. Mais ce que chacun ignorait, c'est qu'en enfer, Simon y était déjà.
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Hihi ! Je sais, vous voulez tuer Jude Pucey, mais attendez au moins le chapitre suivant, parce que ce n'est pas encore fini… Bon, je vous dis à une prochaine. Je vous préviens également tout de suite qu'il est probable que le prochain chapitre ne paraisse pas dans quinze jours, mais un peu plus tard, cela dépendra de comment je m'organise.
Bonne semaine à vous.
