John s'éveilla en sueur. Il se trouvait dans une pièce blanche. Elle se mit à tourner et il ferma les yeux. Il les rouvrit pour apercevoir le visage d'un inconnu. Flou. Qui le regardait dans les trous de nez. Il ferma les yeux de nouveau. Lorsqu'il les rouvrit. Il faisait noir. Il y avait des choses dans les ténèbres. Il ferma ses paupières de toutes ses forces et les rouvrit. Il faisait toujours noir. Un zombie s'approchait en sifflant. Il entendait le chuintement de ses pieds sales qui glissaient mollement sur le sol. Il hurla, terrifié. Une lumière ! Une lumière approchait.

- Connor ? Tu es réveillé ? Bon sang ! Pousse-toi de là toi !

L'homme qui tenait la lampe de poche poussa le survivant du camp de travail qui marchait seul, perdu dans le noir et entra dans la chambre.

- Je suis où ? Qu'est-ce que je fais là ? demanda John tassé contre le mur.

- Merde tu nous a fait une de ces peurs …, dit l'homme en s'asseyant sur le lit.

Il vérifia le soluté et John remarqua qu'il était branché à une machine qui indiquait son rythme cardiaque.

- Regarde en l'air.

Il lui planta la lumière de sa torche en plein dans les yeux.

- Mais qu'est-ce que …

- Sort la langue.

John obéi et l'homme examina soigneusement l'appendice en question.

- Ouais … c'est très bon ça.

- Vous allez me dire ce qui passe ? dit John en soustrayant sa langue à l'examen.

- Ça fait trois jours que t'es dans les vapes.

- Quoi ?

- Mmmm, assura l'infirmier en enfonçant ses doigts sous sa mâchoire. Les ganglions ont perdus du volume. Excellent. C'est bon, t'es tiré d'affaire, dit-il en lui tapant l'épaule.

- Mais … pourquoi je suis …

- C'est les joyeux microbes de nos amis là-bas. Ceux que vous avez tirés du camp. On a eu quelques cas mais t'as été le pire. On pensait que tu allais y passer. Je te dis pas la commotion que ça aurait causé alors vaut mieux que tu te sois rétablis, dit l'infirmier qui avait l'air d'un gamin avec ses cheveux attaché en queue de cheval.

- J'ai perdu la carte trois jours ?

- Ouaip, acquiesça l'infirmier en secouant un thermomètre. À croire que t'avais jamais macéré dans les cadavres pourris.

- Ha ouais …

- Si ça tourne encore, c'est normal, dit-il en lui enfonçant le thermomètre dans la bouche. Ça devrait pas durer plus de quelques heures. Mec, je t'avoue que je suis soulagé de te voir conscient. Merde tu peux pas imaginer toute la pression qu'ils nous ont mis. À croire qu'ils allaient nous jeter aux CT si tu crevais. J'te jure ! Ils ont branché la machine et je te garantis qu'ils tirent pas le jus comme ça pour n'importe qui.

- Awey ? tenta John.

- Attends que j'ai fini de prendre ta température avant de parler parce qu'il va falloir que je note tout ça comme un chef si je veux pas me faire lyncher.

John s'appuya contre le mur et attendit sagement que le mercure ait fait son œuvre.

- Tu as planté juste avant que tout ça commence alors, je sais pas si tu le sais mais tu as un vrai fan club ici maintenant. Ils dérapent complètement hein. Comme si on n'avait pas assez d'avoir le conseil sur le dos, les foldingues viennent à l'infirmerie pour nous engueuler en disant qu'on fait rien pour te soigner et qu'on est des incapables. T'imagine ? Pffft. Un vrai chaos. Il a fallu mettre des gardes à l'entrée. T'es devenu presque comme le messie mec. Avec tes initiales en plus … Il y en a des tas qui penses que t'es une sorte de Dieu ou je sais pas quoi. Pas la majorité, je te rassure, ajouta-t-il en remarquant la surprise de son patient. Mais pas mal. Depuis deux ans on avait un peu la paix avec les aspirants martyrs qui annoncent l'apocalypse. Non mais entre toi et moi. Il n'y a qu'à jeter un œil dehors pour s'en rendre compte, pas besoin de leur foutaises … Enfin, je crois bien que c'est reparti pour un tour. Maintenant ils en ont avec le retour du messie. … C'est pas de chance pour toi. Ils te lâcheront plus. Bha, une chose est sûre, c'est pas les filles qui vont te manquer. J'en suis déjà jaloux. C'est le bon côté des choses. Bon, redonne-moi ça. Mmmm. 38, excellent. Tu as fait 42 au début tu imagines ? Des convulsions et tout le reste.

- Il y avait une fille à l'infirmerie. Alisson Young… Comment elle va ? demanda John.

- Demande lui, dit-il en pointant le coin de la chambre.

Il leva les yeux et vit Alisson qui était assise sur son lit dans la pénombre et le regardait fixement.

- Alisson … Tu es là.

- Oui. J'en avais pour quelques jours.

- Ça va ? Tu te remets ?

Il l'entendit pouffer.

- C'est toi qui demande ça ?

D'atroces hurlements déchirèrent soudain le calme de l'infirmerie et John sursauta.

- T'énerve pas, il y a toujours un qui gueule comme ça de temps en temps, cria l'infirmier pour tenter de couvrir le tapage. Ils font vraiment de sales cauchemars si tu veux mon avis.

Les cris se déclinèrent en pleurs tandis que l'infirmier vérifiait les tuyaux du soluté.

- Tu as faim ?

- Non …

- Tu as de l'eau là si tu as soif. T'as besoin de quelque chose d'autre ?

John secoua la tête.

- Okay … Je te laisse parce que j'étais en train d'installer une attelle sur le bras d'un pauvre type ... Si tu as besoin de quelque chose tu cries d'accord ? dit-il en souriant. Je m'appelle Mathieu. Maaat, ça se crie très bien.

Il disparut et les ténèbres s'emparèrent de la chambre à nouveau. John appuya sa tête contre le mur frais et ferma les yeux. Il avait l'impression que tout tournait autour de lui. Tout tournait et tournait encore. Tout tournait autour des pleurs du pauvre homme qui n'avait pas encore réussi à se calmer.

- Alisson ?

- Mmm ?

- Il faut qu'on les sorte de là, dit-il la bouche pâteuse.

- Qui ?

- Les prisonniers … Camps de travail.

- Prends le temps de te remettre d'abord. Tu as failli y passer.

- Pas de temps … Skynet … les armes … seule chance …, bafouilla-t-il en sombrant à nouveau dans le sommeil.

Une douzaines d'heures plus tard, John s'éveilla en bien meilleure forme. Des néons diffusaient une lumière blanche, beaucoup moins déprimantes que les ténèbres dans lesquelles grouillaient et hurlaient des quasi-zombies. Il remarqua que le moniteur avait disparu et regarda du côté d'Alisson. Assise sur son lit, elle reprisait un sac rouge qui avait déjà beaucoup servi.

- Tu as de l'eau là si tu as soif, dit-elle en désignant quelque chose par terre.

John aperçut un verre de plastique usé où on distinguait encore Bob l'éponge, par terre près de son lit. Il y avait aussi un petit bol d'inox rempli de protéines. Il saisit le verre en prenant soin de ne pas approcher des boulettes. Il but tout en réfléchissant. Une seule chose importait maintenant.

- Tu crois que je pourrais voir Martin ?

- Je ne sais pas. Il faut que tu demandes au garde. Personne n'a vraiment le droit de t'approcher pour l'instant.

- Quoi ?

Alisson haussa les épaules.

- Il y a eu trop de problèmes.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Tu te souviens ? Mat t'a expliqué hier. C'est la faute des dingos qui te prennent pour le retour du messie.

- Ha oui … ça…, dit John en se disant que la population post-apocalyptiques avait des réactions pour le moins difficiles à prévoir.

La jeune fille posa son ouvrage et se leva avec précautions. Elle ouvrit la porte et regarda à l'extérieur.

- Hey ! Irina ! Tu veux aller chercher le garde ? cria-t-elle à quelqu'un que John ne pouvait pas voir. Okay, merci ! Il va arriver tout de suite, lui dit-elle en regagnant sa place.

Elle eut à peine le temps de grimper dans son lit que Yan débarquait sans frapper, tout armé dans la chambre. Il sourit en voyant John qui semblait aller pour le mieux.

- Hey ben, regardez-moi ça … La résurrection de J.C. dans toute sa splendeur, rigola-t-il.

- Yan ! Salut vieux !

- Content de te revoir parmi nous Connor.

- Yan, tu pourrais demander à Bedell de venir ? Il faut que je lui parle.

Le soldat gonfla ses joues en soufflant et se gratta le derrière de la tête, l'air embêté.

- C'est que j'ai des ordres tu vois. J'ai le droit de laisser entrer personne.

- Eh ho, il est quoi là ? Un prisonnier ? demanda Alisson.

- Bha non, c'est sûr …

- C'est moi qui veux le voir, pas le contraire, fit remarquer John.

- Ouais, non mais je comprends … Bon. Je l'ai vu tout à l'heure justement.

- Il faut vraiment que je le vois tout de suite.

- Je verrai ce que je peux faire, assura Yan en sortant.

- Pourquoi tu veux le voir ? demanda Alisson.

John observa le mur sans répondre.

- Tu veux attaquer d'autres camps hein ? Avoue, dit-elle d'un air de reproche. Tu sais que tu risques gros si tu fais un truc pareil ? Je sais ce qui s'est passé au conseil. Perry t'a foutu dehors. Tout le monde en parle.

John la regarda avec un air obstiné qu'elle avait déjà vu. Le même qu'il avait eu juste avant d'entrer dans la base 19 et de signer son arrêt de mort… du moins, l'avait-elle cru.

- C'est plus compliqué que tu ne crois, expliqua Alisson. La situation est devenue vraiment délicate. À cause de toi, c'est le bordel dans la base. Les dingos dérapent complètement et Perry se fait carrément harceler. Il se fait traiter de pharisien, de traitre. Il y en a même un qui est entré dans son bureau et a tout saccagé. Tu te rends compte ? Même si tout ça n'est pas de ta faute, il ne te porte pas vraiment dans son cœur ces temps-ci alors si tu désobéi ouvertement à ses ordres Connor, je donne pas cher de ta peau.

- Donc d'après toi, il faut laisser tous ces gens crever sans rien faire ?

- C'est pas ce que j'ai dit …, répondit Alisson hésitante.

- Ça revient au même, tu ne crois pas ?

- J'ai pas envie de me faire foutre dehors et de me retrouver toute seule ! Tu peux comprendre ça ?! dit-t-elle. J'ai déjà vécu ce cauchemar et laisse-moi te dire que j'ai aucune envie de remettre ça !

- Tu ne seras pas seule, dit John comme si il lui en faisait la promesse. Je serai avec toi.

Alisson le regarda comme s'il était complètement malade.

- Mais de quoi tu parles Connor ?! Qu'est-ce qui va pas dans ta tête ? Tu parles comme dans les vieux contes de fées ! Je sais pas d'où tu sors, mais réveille-toi parce que j'en ai plein le dos de tes conneries. J'en ai rien à foutre moi de ta sale gueule ! Tu veux baiser ? Parfait. Allonge-toi, je t'arrange ça tout de suite et tu me lâches enfin avec tes avances de merde.

Furieuse, elle se leva et retira le long t-shirt qui lui servait de robe de nuit pour le jeter dans un coin. Le bandage qui entourait sa taille était fait de vieux draps fleuris attachés avec des épingles. Elle ne portait rien d'autre. Elle s'avança près de son lit et s'arrêta à son chevet.

- Allez, qu'est-ce que t'attends ? dit-elle sèchement.

John était si complètement stupéfait qu'il fut incapable d'émettre le moindre son et ne put que la dévisager les yeux ronds.

- Tu veux que je t'aide ?

Elle posa la main sur un endroit des plus stratégiques et mit de la pression. John reçu comme un choc électrique. Il se recula d'instinct et repoussa sa main brusquement.

- Mais qu'est-ce que tu fais ? cria-t-il bouchebé.

- Non ! Toi qu'est-ce que tu veux à la fin ?

- Mais je … je … Je ne veux rien du tout !

- Te fous pas de moi Connor !

- Tu veux bien te rhabiller ? C'est vraiment …, dit-il sans trop savoir quel qualificatif employer.

- Si c'est pas ça alors c'est quoi ? demanda-t-elle en croisant les bras sans daigner répondre à son souhait.

- Rhabille-toi d'accord. S'il te plait. C'est trop bizarre, dit-il en levant la main sans oser la regarder.

Alisson le dévisagea puis lui tourna le dos et reprit son chandail rageusement.

- Bizarre … Regardez qui parle … grommela-t-elle en enfilant son t-shirt gris. Bon, ça va mieux ? Et maintenant tu vas me dire qu'est-ce que tu attends de moi !

- Mais je ne veux rien ! Pourquoi tu demandes ça ? se défendit John qui avait l'impression de se trouver au milieu d'un pur délire.

- Je SAIS pour ton foutu médic Connor, dit-elle en le pointant de l'index.

- Quoi ?

- Au camp de travail ! Tu as failli faire échouer la mission et tuer tout le monde juste pour me trouver une saleté de médecin ! Inutile de le nier ! Pourquoi tu as fait ça ?

- C'est normal non ? J'étais sensé te laisser crever ?

- Oui ! C'était mieux que de faire tuer toute l'unité pour rien ! On en serait où maintenant ?

- J'ai … j'ai fait une erreur d'accord ? J'ai paniqué quand tu as été touché. C'est tout.

- Tu es venu me voir à l'infirmerie. Pourquoi ?

- Quoi ? C'est un crime ?

- Quand tu fous tout le conseil en plan pour moi, c'est presque ça oui. Et quand tu t'es réveillé hier, la première chose que tu as demandé c'est comment j'allais. Pourquoi tu as demandé ça !?

- Mais quoi ! … Quoi ? Je m'inquiète pour toi c'est tout, se défendit John qui ne comprenait rien à son emportement.

- Pourquoi tu t'intéresses tellement à moi ? C'est quoi ton foutu problème ?

- Hein ? Qu'est-ce que tu vas chercher ? Je … je t'aime bien c'est tout.

- Tu m'aimes bien hein ? C'est ça ta raison ? T'es un putain de malade mental Connor. Tu sais ça ? T'es barge au point d'espérer faire un couple en plus j'imagine ?

- Un couple ? répéta John qui ne comprenait rien à cette accusation démente.

- Heu … je vous dérange ?

Martin avait entrouvert la porte et regardait à l'intérieur.

- Non, dit Alisson. Excuse-moi.

Elle sortit sans même le saluer. Il entra alors que John restait totalement stupéfait au milieu de ses couvertures.

- Tu voulais me voir ? demanda Martin qui le regardait curieusement.

- Oui … Désolé. c'est juste que … pffft …, dit-il en se passant la main dans les cheveux comme pour reprendre ses esprits.

- T'as pas compris hein ? dit Martin en le dévisageant.

- Compris quoi ?

- Pourquoi Young est furieuse contre toi.

John le regarda curieusement.

- Je vous ai entendu, dit Martin qui faisait un drôle d'air.

- En fait … non. J'ai pas pas vraiment compris, avoua John en hochant la tête comme s'il n'en revenait pas.

- C'est parce que tu viens du passé, dit Martin en le fixant. Pas vrai ?

Prit par surprise, John le dévisagea, complètement ahuri une deuxième fois en moins de trois minutes.

- Je le savais, souffla Martin. Mec, c'est vraiment dingue … quand tu débarques, à chaque fois il arrive des trucs déments, dit-il en hochant la tête.

- Pourquoi tu crois que je viendrais du passé ? demanda John qui n'appréciait pas du tout d'être démasqué.

Martin s'assit près de lui et baissa la tête afin d'éviter d'éventuelles oreilles indiscrètes.

- Tu n'as pas changé Connor. Pas changé du tout. Tu dois avoir quoi normalement ? Trente cinq ? Quarante ? Même en t'injectant du botox de l'ancien monde tu pourrais pas avoir l'air si jeune. Reese venait du futur et il m'a jamais vu. Si toi tu me connais et que deux plus deux font quatre, forcément tu viens du passé.

John garda le silence.

- T'inquiète. Je dirais rien, tu peux me faire confiance. De toute façon, ils me prendraient pour un barge. Tes nouveaux fans par contre … ils seraient trop contents de savoir ça, dit-il en pouffant.

- Écoute … je peux pas en parler …, dit John qui ne souhaitait nullement divulguer quoi que ce soit, même à Bedell.

- Je sais, t'inquiète. Je veux pas savoir, dit Martin en levant la main. Dis-moi juste un truc. Tu es passé par le jugement dernier ?

John baissa la tête, se demandant un instant si c'était une information capitale et finalement, fit signe que non.

- Merde … ce doit pas être facile de se retrouver catapulté dans ce trou.

John lui envoya un regard qui voulait tout dire. Martin pouffa devant son air sombre.

- Tu sais ce qu'ils nous font manger ici ? dit John encore sous le choc.

Martin sourit avec un air désolé.

- Passer des hamburgers aux asticots, j'avoue que ce doit être un sacré traumatisme, dit-il en haussant un sourcil.

- Jamais entendu parler de quelque chose d'aussi dégueulasse, assura John qui se sentait infiniment soulagé que quelqu'un puisse enfin le comprendre.

Martin lui fit un air de «qu'est-ce que tu veux qu'on y fasse».

- Tu sais, avant qu'on se mette à cultiver ça, je te dis pas combien de réfugiés mouraient de faim. C'est une vraie manne. On en manque jamais. On s'y fait tu sais.

- Je parierais pas là-dessus…

- Faut que tu manges. On a besoin de toi ici. La résistance… Tu te souviens ? Mais j'imagine que ce doit être assez confus pour toi parfois. Dans ces cas, tu peux te fier sur moi, d'accord ? Comme avec Young par exemple.

- Alisson …. Tu … tu sais qu'elle mouche l'a piqué toi ? demanda John qui franchement, voulait bien un peu d'aide sur ce point.

- C'est évident.

- Comment évident ? Elle est furax parce qu'elle dit que je m'intéresse à elle.

- C'est parce que les gens ici, ne s'attachent pas tellement aux autres. On garde tous un peu nos distances tu vois, question de survie. Les posts, c'est comme ça qu'on appelle ceux qui ont grandi dans ce merdier comme Young, ils sont cent fois pires. C'est pour ça qu'elle ne comprend pas ce que tu lui veux.

- Elle a … Elle s'est déshabillée … complètement, et elle voulait que … enfin, tu vois …

- J'imagine qu'elle croyait que c'était ce que tu cherchais, dit Martin comme si c'était parfaitement normal.

- Mais c'est dingue. Elle a … vraiment juste … Elle m'a carrément … tu vois, expliqua vaguement John qui n'en revenait toujours pas.

- Y'a pas mal de chose qui sont devenues dingue vieux. Maintenant, les gens baisent comme ça. Ça ne veut rien dire, c'est juste physique. Je sais pas … peut-être parce que c'est le seul plaisir qui a survécu à cette foutu fin du monde ? Alors entre nous hein, pourquoi se priver ? Et sans blague … il y a certains avantages qu'on ne peut pas nier, dit-il avec un sourire.

John pouffa en le regardant en coin.

- Il y a que les prés comme nous qui se mettent en couples encore parfois. Chez les posts, c'est plutôt mal vu alors si tu tiens à tes couilles, je te suggère pas de tenter une approche avec Young.

- Ça n'a rien à voir. Je l'aime bien, c'est tout.

- Moi je comprends parce que j'ai vécu dans l'ancien monde, mais aucun post pourrait comprendre ça. Comment je pourrais t'expliquer ... Quand l'environnement se transforme, les animaux évoluent pour s'ajuster. Ici c'est ce qui s'est passé. Ceux qui ont grandis ici, ils se sont adaptés à ce merdier pour survivre. C'est carrément une autre espèce. Toi tu es un gentil toutou civilisé, Young, c'est un foutu rat nucléaire et si tu veux mon avis, tu as intérêt à comprendre ces bestioles rapidos si tu veux pas te faire bouffer sur patte.

John sourit à cette comparaison qui résumait assez bien la situation.

- Alors ? Pourquoi tu voulais me voir ? demanda Martin qui considérait le sujet clos.

Le jeune homme le regarda soudain sérieux.

- Il faut qu'on sorte les prisonniers des camps de travail. Il faut agir tout de suite.

- Dis-donc, t'as vraiment le don de courir après les problèmes toi.

- Tu me fais confiance ? demanda-t-il.

- Je te fais confiance. Ça c'est certain Connor.

- Alors écoute-moi bien…

Martin et John parlèrent longtemps à voix basse. Lorsqu'Alisson revint dans la chambre, le soldat s'était éclipsé et John semblait songeur.

- Alors, t'as retrouvé tes esprits ? demanda-t-elle en s'asseyant sur le lit.

- On pourrait dire ça, répondit John comme si rien ne s'était passé.

- Tant mieux. Tu veux baiser ?

John lui jeta un coup d'œil blasé.

- Pas maintenant, dit-il en s'efforçant de paraitre indifférent.

Alisson haussa les épaules et lui sourit l'air de dire qu'elle restait ouverte aux propositions. Elle s'assit sur son lit, reprit le sac rouge et se remit au reprisage tandis que John se faisait violence pour ne pas la regarder ni penser à son cœur qui battait la chamade depuis qu'elle lui avait balancé cette invitation comme si de rien n'était.