Note de l'Auteure : Un gros merci à Swangranger, Dumby95, outaqua, Elieene pour vos reviews. J'espère que ce chapitre vous plaira !
Merci infiniment à Dumby95, mon bêta-reader, pour sa correction de ce chapitre :)
Bonne lecture !
éminence grise (nf.): personne qui influence discrètement les décisions prises publiquement par d'autres
Chapitre IX. Eminence grise
Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore était connu pour son leadership atypique et ses méthodes d'enseignement peu orthodoxes. Aussi loin qu'il s'en souvienne, sa personne avait toujours causé de vives réactions parmi ses semblables. Lors de sa jeunesse et tout au long de sa vie, on l'avait affublé d'un grand nombre d'adjectifs. Génie, avant-gardiste, visionnaire figuraient parmi les plus positifs. D'autres, toutefois, le décrivaient comme farfelu, extravagant ou encore dérangé.
Les rares personnes qui connaissaient vraiment Albus Dumbledore, elles, savaient que c'était un homme clairvoyant et perspicace qui avait toujours une longueur d'avance sur ses pairs.
Pendant sa longue carrière dans l'enseignement, il avait vu défiler bon nombre d'étudiants. Des génies, des idiots, des farceurs, des brutes, des rebelles, des révolutionnaires, des je-sais-tout, des rêveurs, et bien d'autres.
Il avait eu son lot de discussions embarrassantes, de sermons désagréables, d'excuses ingénieuses et pourtant, les frasques de ses étudiants l'amusaient toujours autant qu'elles l'exaspéraient.
Lorsqu'il avait entamé sa carrière dans l'éducation, deux choses l'avaient profondément choqué. Premièrement, le laxisme latent et le déni total des parents lorsqu'il s'agissait des compétences ou des bêtises de leurs progénitures. Ensuite, la méchanceté gratuite et brutale dont les jeunes pouvaient faire preuve entre eux.
Parmi cette légion d'étudiants, quelques prodiges avaient immédiatement attiré son attention et il n'avait cessé de les observer tout au long de leur scolarité. La liste était courte mais son impact évident : Norbert Dragonneau, Tom Jedusor, Amelia Bones, Severus Rogue, Gwenog Jones, Harry Potter en étaient des exemples parfaits. Contrairement à son congénère Slughorn, il ne leur vouait pas une obsession évidente mais les observait à distance, contemplant avec curiosité les choix qu'ils faisaient.
Hermione Granger était l'une d'entre eux. Au premier abord, une étudiante brillante, issue d'une famille privilégiée. Dès ses premières semaines au sein de l'école, elle avait impressionné ses professeurs grâce à son intelligence indéniable. Son parcours à Poudlard avait été exemplaire et sans-faute. Première de sa promotion chaque année, des « Optimal » à chacun de ses BUSES, nommée préfète puis préfète-en-chef. Seule une poignée d'élèves pouvaient se vanter d'un parcours similaire.
La personnalité d'Hermione Granger était difficile à cerner. Il avait aperçu peu de réactions naturelles et spontanées de sa part et elle semblait constamment jouer un rôle dans sa vie sociale. Ses sourires étaient de façade, ses paroles réfléchies, ses gestes calculés. Albus avait alors observé ses interactions avec ses condisciples et une chose était paru évidente. Entre jalousie et admiration, les étudiants craignaient Hermione Granger autant qu'ils l'appréciaient.
Durant le Bal d'Halloween, la Préfète-en-chef avait disparu de son établissement dans le plus grand mystère.
Sa disparition soudaine avait soulevé deux questions. En premier lieu, celle de la sécurité de l'établissement puisqu'une élève était parvenue à en quitter l'enceinte, supposée être sous haute surveillance. Les Aurors de garde cette nuit-là s'étaient autorisés à participer aux festivités, négligeant leur dispositif de sécurité réglementaire (Albus blâmait les salaires des fonctionnaires du Ministère, mais il s'agissait là d'une autre discussion.)
La seconde question, elle, concernait les motivations intrinsèques derrière le départ soudain de la meilleure élève de l'établissement et des situations obscures entourant ce départ.
Draco Malfoy, le dernier élève à l'apercevoir, avait soutenu ne pas se souvenir des heures précédant sa chute brutale (son choc à la tête avait rendu la pratique de la Legilimancie relativement difficile pour Dumbledore.) Cependant, Albus n'avait pas manqué le regard entendu que lui avait jeté Ginny Weasley, assise à ses côtés.
Cette dernière avait tenu un discours similaire, expliquant au directeur qu'elle n'avait aucune idée sur la localisation de Granger. Les Serpentard avait un talent inné pour le mensonge, mais ses années d'expérience sur son poste l'avaient rendu perspicace dans ce domaine et les larmes de crocodile de Ginny Weasley ne l'avaient pas dupé.
Le lendemain, il avait reçu une lettre de Mr. Granger, indiquant qu'il souhaitait retirer sa fille de l'établissement pour des raisons de sécurité, peu confortable à l'idée de laisser sa progéniture à Poudlard en ses temps troubles.
Mr. Granger n'était pas le premier parent à agir de la sorte et bien que Dumbledore sache pertinemment que c'était à Poudlard que ses étudiants étaient le plus en sécurité, il n'avait pas insisté. En effet, la situation politique du pays se dégradait de jour en jour et il avait des priorités plus importantes que les motivations d'une adolescente.
Quelques semaines plus tard, toutefois, Severus Rogue s'était présenté dans son bureau, et le nom d'Hermione Granger avait été de nouveau mentionné.
Quelques mois auparavant
Albus Dumbledore était installé à son bureau, parcourant distraitement l'un de ses carnets personnels. Il en possédait plusieurs dizaines, qu'il avait remplis tout au long de sa vie, y décrivant ses découvertes et ses interrogations. Un disque de Celestina Moldubec, son plaisir coupable, résonnait discrètement dans son bureau.
Il parcourait activement ses notes sur Tom Jedusor, à la recherche de pistes supplémentaires pouvant le conduire à la localisation des Horcruxes, ces objets dans lesquels le Mage noir avait ensorcelé des parties de son âme.
Soudain, l'escalier en colimaçon menant à son bureau se mit en marche, et quelques instants plus tard, Severus Rogue pénétra dans bon bureau, essoufflé, l'air agité. Son visage, habituellement impassible, manifestait une nervosité évidente.
« Bonsoir Severus. » le salua Albus. « Que me vaut le plaisir de cette visite nocturne ? »
« Hermione Granger. » déclara Severus dans un souffle. « Au repère du Seigneur des Ténèbres. »
Une expression de surprise mêlée à de l'inquiétude apparut sur le visage ridé du Directeur.
« Capturée ? »
« Pire, Dumbledore. Elle est entrée dans les rangs, c'est une nouvelle recrue. » lui apprit Severus.
Il se laissa choir sur le siège faisant face à celui du directeur, visiblement éreinté. Il était rare que Severus montre ses émotions, et son émoi prouvait à Albus l'ampleur de la situation.
Depuis le retour de Lord Voldemort, Severus Rogue avait été assigné au rôle d'agent double et la responsabilité semblait avoir mis ses nerfs à rude épreuve.
Albus ouvrit le tiroir supérieur de son large bureau, y extirpant une bouteille de Brandy ambré qu'il sortait traditionnellement pour ce genre d'occasion. Il ne restait plus qu'un fond, qu'il vida dans deux verres face à eux. Severus s'empara du verra et le vida d'un trait, esquissant une grimace.
« Etes-vous certain qu'elle n'est pas sous l'emprise de l'Impérium ? »
« J'ai bien peur que cela ne soit pas le cas, Albus. » expliqua Severus. « Il semblerait que ce bon à rien de Mulciber Jr. ait recruté Miss Granger il y a quelques semaines. Je l'ai lu dans l'esprit de Granger. »
« Pourquoi ? »
« Des idioties d'adolescents. » cracha Severus avec dédain. « Il semblerait que Miss Granger n'ait pas apprécié le rapprochement de Potter et Weasley. »
Severus lui conta les faits observés dans l'esprit de Granger, non sans cacher son mépris.
Si quelque chose irritait profondément Severus Rogue, il s'agissait sans doute les histoires frivoles des étudiants de cet établissement. Il avait toujours détesté écouter les sottises et les jérémiades incessantes de ces adolescents agissant selon leurs hormones plutôt que leurs cervelles, telles des goules en rut.
Même lorsqu'il avait été adolescent, Rogue n'avait jamais pris part à ce genre de considérations, estimant qu'il s'agissait de distractions superflues. A l'âge adulte, il était devenu professeur pour son attachement à l'art des Potions et en aucun cas pour l'aspect humain de la profession. Après ses premières années dans l'enseignement, il s'était rapidement rendu compte qu'il vouait une haine évidente à la majorité de ses étudiants. A plusieurs reprises, il avait failli remettre sa lettre de démission au Directeur mais la perspective d'obtenir un jour le poste de Défense Contre les Forces du Mal l'en avait dissuadé.
Lors de ses évaluations annuelles, les demandes répétées d'un « leadership un peu plus positif » de la part de Dumbledore l'avaient laissé totalement stoïque et il avait simplement décidé de faire la sourde oreille, estimant que sa paie annuelle n'était pas assez élevée pour qu'il envisage des efforts supplémentaires.
« Superficielle, capricieuse, inconsciente. » acheva Severus, à la fin de son récit, avec un mépris manifeste. « Je la pensais intelligente, mais elle n'a rien dans la tête si elle pense sérieusement que le Mage noir réglera ses problèmes de cœur. »
Albus ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire amusé face à la franchise du Professeur.
« Puis-je vous demander une faveur Severus ? » demanda soudain Albus d'une voix douce.
« Dumbledore, je vous vois venir et il est hors de question que je garde un œil sur Granger. » rugit Severus.
Deux semaines plus tard, alors qu'Albus affrontait le tableau de Phineas Black dans une partie d'Échecs version magique extrêmement serrée, Severus se présenta à nouveau dans son bureau, l'air revêche.
« Granger va être initiée demain soir. » lâcha-t-il immédiatement, sans prendre la peine de saluer le Directeur.
« Plus les pions avancent, plus ils deviennent difficiles à contrôler. » déclara calmement Dumbledore, sans décoller son regard du jeu.
« Dumbledore, vous n'allez donc rien faire ? » s'exclama Severus avec étonnement.
« Il semblerait que Miss Granger ait prit sa décision. Fort décevant, en effet, mais qui sommes-nous pour aller à l'encontre de ses choix ? » demanda Dumbledore.
« Pourquoi m'avoir demandé de garder un œil sur Granger, si vous ne préoccupez pas de son sort ? » interrogea Severus, irrité.
Dumbledore leva les yeux et observa longuement le Professeur.
« Parfois, pour maintenir le Roi ennemi au milieu de l'échiquier, il peut être bénéfique de sacrifier un pion. » expliqua Dumbledore, d'un ton cryptique. « Severus, si vous le voulez bien, je suis curieux de connaitre les péripéties de Miss Granger une fois qu'elle sera initiée. »
Severus examina le vieil homme, l'air interdit, avant d'acquiescer silencieusement et de quitter la pièce. Le Directeur redirigea son attention sur la partie d'Echecs, attendant le mouvement suivant de Phineas.
La visite suivante de Severus fut plus rapide que prévue. Dès le lendemain, il se présenta dans les bureaux du Directeur, peu avant minuit, le visage en sueur, épris à une véritable crise de nervosité.
« Le Seigneur des Ténèbres a vu Potter dans l'esprit de Granger. »
Cela attisa immédiatement l'intérêt d'Albus qui se redressa sur son bureau, refermant son carnet, et invita Severus à s'installer sur le siège lui faisant face.
« Comment a réagi Tom ? » interrogea Albus avec curiosité.
« Il a immédiatement flairé l'opportunité. Il veut infiltrer Granger à Poudlard. » déclara Severus.
Un léger sourire étira le visage ridé d'Albus. Même après toutes ces années, Tom restait prévisible.
« Comment compte-t-il s'y prendre ? »
« Cela n'a pas encore été décidé. » lui apprit Severus.
« Comment a réagi Miss Granger ? »
« Difficile à dire. Etrangement calme, je dirai, au vu de la gravité de la situation. Je n'ai pas eu le temps de sonder son esprit. »
« Ce n'est pas étonnant, Miss Granger semble avoir un talent inné pour dissimuler ses émotions. » dit Albus.
« Le Seigneur des Ténèbres m'a convoqué vendredi soir, j'en saurais probablement plus. » informa Severus avant de quitter le bureau.
Albus ouvrit de nouveau son carnet et s'empara d'une plume afin d'y inscrire quelques notes. Comme il l'avait prévu, Tom avait fait le lien entre Miss Granger et Poudlard et il tenterait de tirer profit de la situation pour infiltrer quelqu'un à Poudlard.
Albus savait qu'il était le seul homme que Lord Voldemort ait jamais craint. Il savait également que Tom Jedusor avait dissimulé des objets d'une très grande valeur dans l'enceinte de Poudlard.
Les Horcruxes, si chers aux yeux de Voldemort, contenaient tous une partie de son âme. Tom avait senti que certains d'entre eux avait été détruits, et il chercherait désormais par tous les moyens à protéger ceux qui demeuraient intacts. Même si Albus n'en avait pas l'absolue certitude, il savait qu'il était probable qu'un Horcruxe voire plusieurs soient dissimulés à Poudlard, un endroit que Voldemort avait un jour considéré comme une maison.
Comme Albus l'avait prédit, Tom avait finalement trouvé une porte d'entrée vers Poudlard. Toutefois, une question restait en suspens. Comment Voldemort s'y prendrait-il ? Utiliserait-il le Polynectar, comme Barty Croupton Jr l'avait fait ? Assujettirait-il Hermione Granger aux effets de l'Imperium ?
Albus obtint sa réponse le samedi suivant, lorsque, pendant le petit déjeuner, un hibou posa devant lui un petit paquet soigneusement emballé.
Il prit la direction de son bureau, puis une fois à l'intérieur, ouvrit la missive. Seule une fiole contenant un liquide translucide s'y trouvait. Il se dirigea immédiatement vers sa Pensine puis y déverser le contenu de la fiole avant de plonger son visage à l'intérieur.
Il atterrît dans une pièce faiblement éclairée, ressemblant vaguement à un bureau. Severus Rogue se tenait immobile, l'air impassible, près d'une étagère où s'entassaient divers instruments de magie noire. A quelques mètres de lui, une jeune femme se tenait debout, le teint pâle. L'une des manches de sa robe de sorcière était légèrement retroussée et elle tenait l'un de ses avant-bras, comme si l'endroit était douloureux.
Albus distingua clairement la Marque des Ténèbres luire sur le bras d'Hermione Granger.
« C'est toujours un plaisir lorsque j'initie de nouveaux fidèles. » déclara une voix, à l'autre extrémité de la pièce.
Dumbledore détourna le regard et tomba sur le visage émacié et cadavérique de Lord Voldemort.
« Mais lorsque que quelqu'un comme vous, Miss Granger, rejoint mes rangs, cela me procure un bonheur indescriptible. »
Malgré son apparence effrayante, Albus constata que Tom n'avait pas perdu son charisme. Sa voix était contrôlée et modulée, rendant son discours presque plaisant à entendre. Il avait toujours été un manipulateur hors-pair.
« Pardonnez-moi, mais, j'ai malencontreusement obtenu certaines informations dans votre esprit. » déclara Voldemort, d'un ton faussement désolé. « Et j'y ai observé un visage qui ne m'est pas étranger. Harry Potter. »
Hermione sembla tressaillir, mais elle ne prononça aucune parole.
« Au vu de la teneur de vos souvenirs, il semblerait que vous ne portiez pas Harry Potter dans votre cœur. Ai-je raison ? »
« Je le hais. » répondit immédiatement Hermione d'une voix dure, sans aucune hésitation.
Un rictus satisfait apparut sur le visage disgracieux de Voldemort.
« Ce qui nous fait donc un ennemi commun. » dit-il.
Il se leva d'un geste théâtral, et s'approcha d'Hermione, sa longue cape virevoltant à sa suite. Il posa ses deux mains sur les épaules de la jeune femme.
« Voyez-vous, Miss, cela fait des mois que je cherche un moyen d'infiltrer Poudlard afin d'attirer Mr. Potter. » expliqua-t-il. « Et j'aimerais que vous le fassiez pour moi. »
Albus vit Hermione clairement déglutir.
« Ramenez-moi Harry Potter, Miss Granger, et vous obtiendrez l'objet de vos désirs. » murmura-t-il d'une voix doucereuse, remplie de promesses.
Le souvenir devint brusquement flou et quelques secondes plus tard, Albus se retrouva dans un cadre différent. Il jeta un regard circulaire à ses alentours, et vit qu'il se trouvait désormais à l'entrée d'un large Hall aux côtés de Severus Rogue. Lorsque Rogue s'avança, Albus put discerner Voldemort à l'autre extrémité de la pièce, installé dans un siège, caressant distraitement un serpent géant enroulé à ses pieds. Face à lui se tenait un homme vêtu d'une large cape noire. Lorsque Severus arriva à son niveau, l'homme le salua d'un bref signe de la tête. Albus reconnut Rodolphus Lestrange, l'époux de Bellatrix, et l'un des plus fidèles serviteurs du Mage noir. Voldemort et Lestrange semblaient en grande discussion et ils s'interrompirent à l'approche de Rogue.
« Tiens-moi informé de l'avancement, Rodolphus. » ordonna Voldemort, coupant court à la conversation.
« Entendu, Maître. » déclara Rodolphus en s'inclinant avant de prendre congé.
« Severus, je ne t'attendais pas aussi tôt. Es-tu certain que tes escapades régulières n'éveillent pas les soupçons de Dumbledore et de ses marionnettes ? » interrogea Voldemort d'un ton sarcastique.
« Je pense que toutes mes années de service ont montré que j'étais un homme discret. » répondit Rogue d'un ton neutre.
« Précisément, Severus. Et c'est pour cette raison que tes services sont autant appréciés. » déclara Voldemort d'une voix flatteuse.
« En quoi puis-je vous être utile, Maître ?»
« J'ai trouvé un moyen d'infiltrer Granger à Poudlard. Avant que cela soit finalisé, j'ai besoin de ton aide, Severus, afin d'organiser certains détails. »
Severus hocha la tête.
« J'ai besoin de la liste de toutes les personnes ayant reçu le Baiser du Détraqueur ces dernières années. Sexe féminin, moins de vingt-cinq ans, de préférence. » exigea Voldemort.
Une nouvelle fois, la pièce devint floue et Albus se retrouva dans un nouveau décor, cette fois plus animé, qu'il reconnut immédiatement.
Il s'agissait du Cadavre ambulant, un pub londonien, et accessoirement le lieu de débauche et de réunion de toute la pègre magique britannique. Albus distingua Severus, le visage dissimulé par une capuche. Il s'avança lentement à une table où était installé un homme, y buvant seul. Albus reconnut Rodolphus Lestrange.
« Severus, un bail que je ne t'avais pas vu traîner dans le coin. » dit celui-ci.
« J'évite ce genre d'endroit, effectivement. » déclara simplement Rogue.
Il fit un geste de la main en direction d'une serveuse qui passait près de leur table et désigna le verre de Rodolphus.
« Deux autres. »
Elle acquiesça et quelques instants plus tard, revint avec deux verres de whisky-pur feu. Albus remarqua qu'elle eut un court moment d'hésitation lorsqu'elle posa les verres devant les deux hommes.
Severus secoua lentement son verre avant de le porter à ses lèvres minces. Rodolphus fit de même. Il paraissait éreinté.
« Dure journée ? » demanda Severus avec politesse.
« Beaucoup de travail, comme tu le sais. Il faut bien qu'un homme se divertisse. »
« J'ai ouï-dire, en effet. Pourquoi ne pas rentrer chez toi aux côtés de ton épouse ? »
« Bellatrix n'est pas de tout de repos et ce n'est pas le genre d'épouse à attendre son mari avec un repas chaud. Et puis je préfère venir regarder les petites jeunettes de ce pub. » avoua-t-il en reluquant la serveuse.
Il secoua la tête, comme s'il venait rendre compte de ce qu'il venait de dire. Un rictus se dessina sur les lèvres de Severus. Il sortit sa baguette et murmura Assurdiato.
« J'ai quelques questions à te poser, Lestrange. » lança Severus. « De quoi parlais-tu avec le Seigneur des Ténèbres lorsque je suis arrivé au repère, la nuit dernière ? »
« Il m'a demandé de me remettre à travailler sur un sort que j'avais inventé il y a deux décennies. » expliqua Rodolphus, d'une voix monocorde.
« Dis m'en plus. » ordonna Severus.
« Lors de la première guerre, le Seigneur des Ténèbres m'a demandé de trouver un moyen qui lui permettait de défier la mort et de lui garantir la vie éternelle. Je savais que c'était impossible et qu'un corps est irrémédiablement amené à se flétrir et s'affaiblir. Alors je me suis intéressé aux capacités de l'esprit. A l'époque, je travaillais encore à Sainte-Mangouste, et mes recherches m'ont permis de concevoir un sort de Transfert. »
« Quel type de transfert ? »
« Transfert de l'esprit. Pouvoir déplacer une âme et des facultés mentales à travers une autre enveloppe corporelle. Après plusieurs années, j'y suis parvenu et le Seigneur des Ténèbres était exalté par mes progrès. Toutefois, nous avons fait quelques tests qui ne se sont pas révélés concluants. »
« Comment ça ? » demanda avidement Rogue, visiblement très intéressé.
« Le sortilège fonctionne et permet de transférer l'esprit dans une autre enveloppe mais la magie de l'enchantement est très instable et très contraignante. » expliqua Rodolphus. « Tu connais la magie noire Severus. Elle défie toutes les limites et ses possibilités sont exponentielles. Toutefois ses conséquences peuvent être catastrophiques. »
« A quel niveau ? »
« Tout d'abord le transfert est extrêmement douloureux pour le récepteur. Les premières personnes sur lesquelles j'ai essayé le sortilège n'ont pas survécu et se sont retrouvées en état de mort cérébrale. »
« Qui étaient ces personnes ? » demanda Rogue.
« Des blessés de guerre et d'autres patients de longue durée de Ste Mangouste. Personne ne se préoccupaient d'eux à l'époque, j'ai pu faire mes petites affaires discrètement. Comme tu le sais, j'ai été radié lorsque le Ministère a découvert que j'étais un Mangemort. Mais j'avais eu le temps de faire un dernier test qui s'est révélé plus au moins concluant. » expliqua Rodolphus.
Il but une nouvelle gorgée de whisky pur feu et poursuivit :
« La dernière patiente, Edna Accrington, avait reçu le Baiser du Détraqueur et se trouvait déjà dans un état végétatif avancé. Je suis parvenu à transférer l'esprit de Guido Sterndale, un patient paraplégique, à l'intérieur de son corps avec plus de facilité. Vois-tu, Severus, lorsque le corps est déjà habité par un esprit, il s'en suit une sorte de lutte entre l'esprit d'origine et l'intrus. C'est ce qui provoque, en général, la mort cérébrale de l'esprit originel. Dans le cas des victimes des détraqueurs, il n'y a qu'un néant, n'attendant qu'à être rempli. »
Albus distingua clairement l'air de compréhension qui apparut sur le visage de Severus. Lui-même fit rapidement le lien. C'était la raison pour laquelle Voldemort avait réclamé la liste récente des victimes du Baiser du Détraqueur.
« Le sortilège a donc été finalisé ? » interrogea Severus.
« Partiellement. Après ce premier transfert réussi, nous avons réalisé qu'un autre problème subsistait, plus contraignant encore. Même si l'esprit s'assimile bien à la nouvelle couverture charnelle, un lien subsiste toujours avec l'ancien corps. Après quelques jours d'observation, le nouveau corps de Guido montrait des signes évidents d'affaiblissement. Ses organes vitaux ne fonctionnaient plus correctement et il dépérissait à vue d'œil. »
Il prit une gorgée de whisky-pur-feu avant de poursuivre :
« J'ai voulu inverser le transfert, mais j'ai remarqué quelque chose d'intéressant. Le nouveau corps de Guido a cessé de s'affaiblir lorsque son corps originel était à proximité. Le transfert est un succès tant qu'il y a une proximité de l'esprit avec l'ancien corps. C'était une découverte intéressante à explorer mais bien trop contraignante pour le Seigneur des Ténèbres. Il ne souhaitait pas dépendre de son ancien corps mortel qui finirait par dépérir. »
« C'est donc ainsi que vous comptez infiltrer Granger ? En transférant son esprit dans un autre corps ? » demanda Severus.
« Absolument. » confirma Rodolphus.
« Et son corps originel devra être à proximité. »
« Absolument, et c'est là que tu interviens, Rogue. »
« Intéressant, Lestrange. » commenta Severus en sortant de nouveau sa baguette magique. « Merci pour ces informations. »
Il la pointa vers Rodolphus qui n'eut pas le temps d'esquisser le moindre geste et murmura :
« Oubliettes ! »
Il se releva tandis que Rodolphus affichait un air hébété, se demandant probablement ce qu'il faisait là. Avant qu'il ne reprenne totalement conscience, Severus avait disparu du pub.
Au même instant, Dumbledore fut projeté en dehors du souvenir et se retrouva à nouveau dans son bureau. Le soir-même, Severus fut de retour dans son bureau.
« Vous avez vu les souvenirs ? » demanda-t-il à l'adresse d'Albus.
Ce dernier hocha subrepticement la tête.
« Vos talents d'acteur me surprendront toujours, Severus. » déclara Albus avec admiration.
Il reçut un rictus agacé de la part de Severus pour seule réponse.
« Qu'avez-vous utilisé pour faire parler Rodolphus avec tant de facilité ? Veritaserum, je présume ? »
« C'est ça. »
« La serveuse a eu un moment d'hésitation en vous servant. Comment étiez-vous sûr qu'elle servirait la bonne boisson ? »
« Vous me prenez pour un amateur, Dumbledore. Ces verres étaient intacts. Elle était sous l'emprise de l'Imperium depuis quelques heures déjà, le verre qu'il buvait avant mon arrivée contenait le Veritaserum. »
« Un homme préparé est un homme qui ne craint rien. » admit Albus. « Des nouvelles sur l'avancement du plan de Tom ? »
Rogue sortit un parchemin roulé de sa robe de sorcier et la tendit au vieil homme.
« La liste que m'a demandé le Seigneur des Ténèbres. Les dernières victimes en date du Baiser du Détraqueur. »
Albus parcourut des yeux les deux noms inscrits sur le parchemin, semblant réfléchir.
« Cassandra Warrington. » lut-il à haute voix. « Elle a étudié à Poudlard. »
« Ainsi que son frère jumeau Cassius, tous les deux Serpentard. Ils sont entrés dans les rangs du Seigneur des Ténèbres après avoir quitté Poudlard. Elle a été arrêtée par les Aurors pour torture et homicide involontaire sur une employée du ministère. Son frère a réussi à s'échapper avant la capture. » renseigna Rogue.
« Je me souviens parfaitement de cette affaire. La sentence sévère avait surpris toute l'opinion publique. » dit Albus.
« Le ministère avait voulu faire d'elle un exemple. » déclara Rogue.
« Cornelius Fudge et ses… méthodes. » commenta Albus.
« Quoi qu'il en soit, le Seigneur des Ténèbres ne pourra pas utiliser cette femme pour son plan étant donné qu'il s'agissait d'une élève connue de Poudlard. » dit Rogue.
Albus acquiesça en regardant le second nom sur la liste.
« Emelyn Hawke. Ce nom ne me dit rien. » admit Albus.
« Internée en institution psychiatrique ces sept dernières années. Elle a été retrouvée près des bois il y a deux ans. Personne ne sait réellement ce qui s'est passé, mais son âme lui avait été retirée. Une affaire étrange, aucun rapport de police, visiblement pas de famille connue des administrations du Ministère. Personne n'avait l'air de s'en soucier. » expliqua Rogue.
« Des pistes particulières ? » interrogea Dumbledore.
« Uniquement des allégations. Sa voisine de chambre m'a expliqué que Hawke prétendait être abusée sexuellement par un psychomage qui aurait voulu la faire taire. Il travaillait apparemment à Azkaban avant de rejoindre cet asile. Elle pense qu'il était en contact avec des Détraqueurs. Quoi qu'il en soit, Hawke n'est plus en mesure de confirmer quoi que ce soit. » ajouta Severus, l'air grave.
« Emelyn Hawke a donc reçu le Baiser Mortel. Elle est inconnue des services du Ministère et ne semble avoir aucune famille pour se soucier de son bien-être. Une candidate idéale pour Tom. » élucida Albus.
Rogue hocha la tête puis s'empara à nouveau du parchemin et le fourra dans sa robe de sorcier.
« Le Seigneur des Ténèbres souhaite que j'enseigne à Granger l'Occlumancie. Une fois que ce sera fait, le transfert sera imminent. » dit Severus.
« J'imagine que Miss Granger ne sera pas tenu aux courants des contraintes du sortilège de transfert ? »
« Le Seigneur des Ténèbres l'a expressément interdit. » dit Severus avant de sortir de la pièce.
Quelques semaines plus tard, un couple d'une cinquantaine d'années se retrouva dans le bureau directorial, accompagnée d'une jeune femme blonde l'apparence frêle.
« Je suis heureux de vous accueillir dans mon école, Miss Hawke. »
Les lèvres d'Emelyn s'étirèrent dans un large sourire ingénu.
« Rassurez-vous, Mr. & Mrs. Hawke, votre fille bénéficiera des meilleures infrastructures et d'un enseignement de qualité. » assura Dumbledore, leur adressant un sourire bienveillant.
« Y'a intérêt ! » s'exclama Mr. Hawke d'une voix rocailleuse.
Dumbledore ne manqua pas le coup de coude que lui administra Mrs. Hawke.
« C'que ma femme veut dire, c'est qu'on être très contents, M'sieur le Directeur. » dit Mrs. Hawke. « Faut bien vous occuper d'not'fille. »
Tout en parlant, elle observait le bureau du Directeur avec un intérêt évident.
« Il se fait tard, j'imagine que vous avec une longue route devant vous, je ne souhaite pas vous retenir plus longtemps. » déclara le Directeur avec politesse.
Mr. et Mrs. Hawke l'observèrent d'un air un peu bête, sans comprendre.
« Je pense qu'il est temps de rentrer à la maison. » lança Emelyn d'une voix appuyée à l'adresse de ses ''parents''.
« Quoi ? Ah, euh, oui. La maison, c'est ça. On y va Amyc…amour ! » commença-t-elle avant de se rattraper rapidement.
Ils quitteraient le bureau du Directeur, escortés par deux Aurors et Albus vit Emelyn lever les yeux au ciel. Les adieux furent quelques peu embarrassants, mais elle parut soulagée lorsque les Carrow, sous leur nouvelle apparence, disparurent de leur champ de vision.
« Laissez-moi donc vous raccompagner à votre nouvelle salle commune. » proposa Albus.
Emelyn hocha la tête et suivit le Directeur alors qu'ils s'engageaient dans les couloirs, en direction de la salle commune de Serpentard.
« Faites attention aux escaliers, Miss Hawke, ils ont la fâcheuse habitude de changer de direction comme bon leur semble. » expliqua Albus d'un ton léger.
Elle hocha la tête.
« Eustace Ingleby, un élève de Poufsouffle, s'est retrouvé coincé deux jours au septième étage à cause de leurs caprices. »
Emelyn émit un rire, qui sonna forcé aux oreilles d'Albus. Depuis son arrivée dans son bureau, elle était restée sur ses gardes, semblant calculer chacun de ses gestes de ses paroles.
Bientôt, ils arrivèrent devant la salle commune de Serpentard et le Directeur prononça le mot de passe, leur donnant l'accès à la pièce.
« Bonne chance Miss Hawke. Sachez que je suis disponible si votre intégration se révèle plus difficile que prévue. Et permettez-moi de vous laisser un conseil que je donne à chacun de mes étudiants. On a toujours le choix. Nous sommes même la somme de nos choix. » ajouta Albus avec un sourire énigmatique avant de prendre congé.
Durant les premières semaines suivant l'arrivée d'Hermione Granger sous sa nouvelle identité, Albus resta volontairement en retrait, observant d'un œil lointain les péripéties de l'étudiante. Sans grande surprise, Emelyn Hawke fit profil bas, rentra parfaitement dans son rôle d'étudiante lambda et s'intégra sans problèmes parmi ses condisciples.
Si Tom avait donné des instructions particulières à Granger, il n'en avait pas fait part à Severus. A plusieurs reprises, Albus tenta de s'immiscer dans les souvenirs de la jeune femme, mais se retrouva face à un mur inexplicable.
« Tom vous a demandé d'enseigner l'Occlumancie à Granger, est-ce correct ? » demanda Albus à Severus, après une nouvelle tentative infructueuse.
Severus hocha la tête.
« Je lui ai donné quelques leçons, c'est vrai, mais elle a atteint un niveau basique, rien d'exceptionnel. Son esprit était facilement accessible avec de l'insistance. » déclara Rogue. « Si nous ne parvenons pas à y accéder, c'est pour nous une autre raison. »
Il était en effet peu probable qu'Hermione Granger puisse bloquer son esprit face aux intrusions de deux Legilimens confirmés tels qu'Albus Dumbledore et Severus Rogue.
« Il semblerait que le Transfert en soit la cause. » déclara Albus.
« C'est plausible, en effet. » confirma Severus.
« Voldemort ne vous a partagé aucune des instructions qu'il a donné à Granger ? »
« Aucune, j'ai bien peur. Toutefois, il a été clair sur un point : elle doit lui amener Potter. »
Dumbledore savait que rester aux côtés d'Harry Potter suffirait à le protéger. La perspective qu'une étudiante puisse le doubler, aussi brillante soit-elle, ne l'inquiétait guère. Il était toutefois curieux de voir ce qu'elle mettrait en route pour remplir les attentes de Voldemort.
Dumbledore obtint sa réponse lorsqu'Harry mentionna le nom d'Emelyn Hawke au détour d'une conversation.
« Pensez-vous que je peux faire confiance à une Serpentard ? »
« Si je ne m'abuse Harry, ta petite-amie est à Serpentard. » répliqua Albus d'un ton amusé.
« C'est différent avec Ginny. Et c'est la sœur de Ron, je connais sa famille depuis des années. » répondit Harry avec un sourire embarrassé.
« De qui s'agit-il dans ce cas ? »
« Emelyn Hawke. Vous savez, la nouvelle élève. »
« T'a-t-elle donné des raisons de penser qu'elle n'était pas digne de ta confiance ? » interrogea Albus d'un ton neutre.
« Non. » reconnut Harry. « Mais je préfère rester sur mes gardes. »
Un faible sourire s'étira sur le visage d'Albus. La réserve d'Harry lui prouvait à quel point il avait évolué ces dernières années.
« Dans ce cas pourquoi ne pas laisser une chance à Mrs. Hawke, comme tu l'as faite avec Miss Weasley, dans ce cas ? » proposa Albus.
Harry parut hésiter quelques secondes, puis demanda :
« Elle m'a dit que le Choixpeau voulait l'envoyer à Gryffondor, mais qu'elle a choisi Serpentard. C'est vrai ? »
« Correct. » répondit simplement Albus.
L'information sembla apaiser Harry qui lui adressa un dernier sourire reconnaissant avec de quitter le bureau. Albus se dirigea vers son échiquier et s'installa devant, observant les pièces avec concentration.
« Pourquoi lui avoir menti ? » demanda la voix de Phineas, provenant d'un tableau accroché au mur.
« Phineas, vous savez autant que moi que le Cavalier est la meilleure pièce pour bloquer un pion passé ennemi. » répondit Albus avec calme.
« Vous dirigez ce garçon droit vers l'abattoir. » répliqua Phineas d'un ton grave.
« Pour le plus grand bien. » fut la réponse d'Albus.
Albus ne souhaitait pas exclusivement porter Lord Voldemort à sa perte, il souhaitait également sauver Hermione Granger d'elle-même. Et s'il devait l'attirer en faisant mine d'utiliser Harry Potter comme appât, il était disposé à le faire.
Il eut tout le loisir d'observer le rapprochement d'Harry et d'Emelyn durant les semaines suivantes. Ce dernier ne fut pas sans conséquences. En effet, sans surprise, la relation d'Harry avec Ginny Weasley sembla se détériorer à vue d'œil.
Harry lui avait mentionné à plusieurs reprises la frustration de Ginny à cause de ses excursions avec le Directeur.
« Je ne peux pas lui en parler, n'est-ce pas ? » lui avait un jour demandé Harry alors qu'ils erraient dans la forêt de Dean. « Je veux juste la protéger. »
« Il est parfois nécessaire de garder ses proches dans l'ignorance, afin de les protéger, en effet, Harry. » répondit Albus d'un ton grave.
Le jeune homme sembla se satisfaire de sa réponse.
« Emelyn pense que je ne peux pas sauver le monde et être le petit-ami parfait. » lança Harry avec un rire. « Qu'en pensez-vous ? »
Il fut impressionné de l'emprise qu'exerçait déjà Hermione Granger auprès d'Harry.
« Je pense que Miss Hawke est très perspicace. Mais ne prends pas de conseil romance auprès d'un vieil comme moi, Harry. » ajouta Dumbledore en lui adressant un clin d'œil.
Il ne put s'empêcher d'esquisser un sourire amusé en imaginant l'air horrifié de Severus Rogue s'il avait dû participer à une discussion similaire.
« Dilys, pouvez-vous demandez à l'elfe Dobby de se présenter dans mon bureau ? Vous devriez le trouver dans les cuisines de Poudlard. » demanda Dumbledore à l'adresse de l'un des portraits accrochés au mur de son bureaux, une fois Harry sorti de la pièce.
L'ancienne Directrice hocha la tête puis disparut de son portrait. Quelques instants plus tard un « Pop » distinct se fit entendre et une petite créature aux jambes grêles et aux yeux protubérants apparut dans le bureau. Dobby s'inclina, puis commença à sautiller sur place, visiblement surexcité.
« Mr. le Directeur a appelé Dobby, monsieur ? » s'exclama-t-il d'un ton ravi.
« J'ai une mission très importante pour toi, Dobby. » dit Dumbledore.
Les yeux de l'elfe de maison s'élargirent davantage et le coin de sa lèvre commença à trembler, comme s'il allait se mettre à pleurer d'une seconde à l'autre.
« Monsieur Dumbledore a pensé à Dobby pour une mission importante. Dobby est honoré. » avoua la petite créature avec émotion. « Dobby fera tout pour Monsieur Dumbledore ! »
« Connais-tu Emelyn Hawke ? » demanda Dumbledore.
Dobby hocha frénétiquement de la tête.
« Dobby la connait, monsieur ! Emelyn Hawke est l'amie de d'Harry Potter. »
« Vois-tu Dobby, il semblerait que Miss Hawke soit en danger et j'aimerais que tu la surveilles pour moi. »
Une expression solennelle apparut sur le visage de l'elfe.
« Mais promets-moi de rester discret, elle ne doit pas réaliser que tu la suis. » ajouta Dumbledore. « Tu pourras me faire des rapports réguliers de ses activités. »
« Dobby a tout compris, monsieur le Grand Directeur. Dobby ne vous décevra pas ! » clama l'elfe avant de disparaitre à nouveau.
« De quoi s'agit-il cette fois, Albus ? » demanda immédiatement Phineas, une fois l'elfe disparu.
« Quel est le principe le plus important aux échecs, Phineas ? » interrogea Dumbledore.
« La sécurité. » répondit Phineas.
« Absolument, Phineas. Toujours penser à la défense en premier. » répondit Dumbledore. « A chaque coup effectué par son adversaire, il faut se poser certaines questions. Où son coup me menace-t-il ? Quelles sont ses intentions ? Que ferais-je à sa place ? »
Sans surprise, Dobby prit sa nouvelle mission très au sérieux et il revint rapidement avec des informations.
« Miss Hawke est une élève très sérieuse, Monsieur Dumbledore. Elle s'enferme dans les toilettes condamnées du deuxième étage pour créer des Potions après ses cours Monsieur ! »
« De quelles potions s'agit-il ? » demanda Dumbledore.
« Dobby l'ignore, monsieur le Directeur. Dobby est entré pour voir de quoi il s'agissait mais le méchant fantôme trapu a jeté de la plomberie cassée sur Dobby pour le chasser. » expliqua l'elfe en se frottant douloureusement le crâne.
L'elfe avait probablement croisé le chemin de Mimi Geignarde, le fantôme qui hantait ces toilettes depuis sa mort, un demi-siècle auparavant.
« Miss Hawke entre aussi dans la Salle sur Demande tous les jours. Dobby n'a pas réussi à la suivre à l'intérieur. » déclara Dobby en baissant les yeux, semblant honteux.
La magie de la Salle sur Demanda était particulière et même la magie sans limites des elfes de maisons ne pouvait pas en détourner ses propriétés.
« As-tu remarqué quelque chose de particulier dans le comportement de Miss Hawke ? » interrogea Dumbledore.
« Miss Hawke et Miss Weasley se disputent beaucoup, monsieur le Directeur. Au sujet d'Harry Potter. » répondit l'elfe. « Dobby a vu Miss Hawke verser quelque chose dans le verre de Miss Weasley. »
Dumbledore hocha la tête, pensif. Après quelques instants, il adressa un sourire à l'elfe devant lui.
« Excellent travail, Dobby. Continue à surveiller Miss Hawke. Et n'oublie pas, tu dois être très discret. »
L'elfe s'inclina profondément et son nez toucha quasiment le sol de la pièce. Il disparut dans un bruit sourd.
Dumbledore s'enfonça alors dans son fauteuil, et esquissa une grimace.
« Vous êtes affaibli, Monsieur le Directeur. » commenta Phineas.
Dumbledore retira le gant qu'il portait et observa sa main flétrie et mourante, l'air soucieux.
« Ça se propage rapidement. » observa Phineas. « Combien de temps vous reste-t-il ? »
« Peu de temps. » répondit Dumbledore.
Quelques jours plus tard, un coup de massue sembla s'abattre sur la communauté magique britannique lorsqu'on apprit l'assassinat du Ministre de la Magie, Rufus Scrimgeour. Sa mort plongea le Ministère dans un désordre sans nom. Un gouvernement provisoire fut mis en place dans l'attente de nouvelles élections.
« Tom a réussi à créer la division. » observa Dumbledore en lisant la Une de la Gazette du Sorcier. « Pius Thicknesse élu Ministre de la Magie provisoire. »
Une photo de de Pius Thicknesse, l'ancien Directeur du département de la Justice magique, était visible sur la page principale. Thicknesse était un homme d'une cinquante d'année, avec de longs cheveux noirs lui recouvrant les épaules.
« Thicknesse est une marionnette. Il a été soumis à l'Imperium par Yaxley il y'a quelques mois, en prévision du renversement de Scrimgeour. » déclara Severus. « Je viens de l'apprendre, Dumbledore. »
Une lueur de frustration passa dans les yeux de Severus et Dumbledore ne put que compatir. Il partageait son sentiment. Severus Rogue avait été l'un de ses principaux atouts, au vu de sa proximité avec le Seigneur des Ténèbres. Bien que Severus soit un agent double et que ses véritables inclinaisons s'alignaient avec Dumbledore, la confiance que Tom Jedusor plaçait en lui s'était avérée être un atout décisif.
Toutefois, Voldemort n'avait pas mis Rogue dans la confidence au sujet de la manipulation de Thicknesse. Etait-ce délibéré ? S'agissait-t-il d'un manque de confiance ?
« Le Seigneur des Ténèbres souhaite que je me concentre sur ce qu'il se passe ici, avec Miss Hawke. » informa Rogue, comme s'il avait lu dans ses pensées.
« Il devient impératif qu'Harry soit protégé. Maintenant que Voldemort tire les rennes du Ministère, Miss Granger va probablement accélérer ses plans. »
Severus hocha la tête, l'air grave, avant de quitter le bureau. Dumbledore rejoint son échiquier.
« Pardonnez-moi Phineas pour cette interruption. » s'excusa-t-il à l'adresse du tableau de l'ancien Directeur.
« Je vous en prie, Albus. Il semblerait que vous n'ayez pas autant le contrôle que vous le pensiez. » commenta Phineas.
Le commentaire de Phineas résonna désagréablement dans les oreilles de Dumbledore. Aux échecs comme en politique, les pièces perdaient leur harmonie après une attaque. Dumbledore savait qu'il était impératif de réorganiser ses forces et protéger ses points faibles le plus rapidement possible avant de commenter une nouvelle incursion contre son adversaire.
« Ne pas désespérer lorsqu'on est attaqué Albus. Même dans une position nettement inférieure, il y a toujours une chance de survie. Il suffit de compliquer les choses pour votre adversaire. » indiqua Phineas. « Placez beaucoup d'obstacles sur sa route, utilisant le plus possible vos défenses restantes afin de forcer l'adversaire à commettre une erreur. »
Phineas soulevait un point intéressant. Créer la menace forçait l'adversaire à mobiliser des ressources supplémentaires afin de la contenir. Le plan ennemi restait momentanément en suspens.
Dumbledore n'eut pas à attendre longtemps pouvoir mettre sa prochaine tactique à exécution.
Lors du match opposant Serdaigle à Serpentard, Ginny Weasley chuta inexplicablement de son balai. Miss Pomfresh révéla au corps enseignant la présence de substances prohibées dans l'organisme de l'étudiante et Miss Hawke ne se fit pas prier pour incriminer sa condisciple.
Lorsque Severus Rogue identifia l'Élixir d'Euphorie, ils partagèrent un regard entendu. Albus fit mine d'ignorer les protestations et les dénégations de Ginny Weasley. Il lui attribua le record d'heures de retenue depuis que les jumeaux Weasley avaient introduit un trafic illégal de farces et attrapes dans l'enceinte de l'école, il y a quelques années. Ils avaient promis à Dumbledore des réductions ad aeternam une fois qu'ils ouvriraient leur magasin sur le Chemin de Traverse en échange d'une réduction du nombre d'heures de retenue (ce à quoi Dumbledore avait officieusement consenti.)
Cela lui avait permis d'accomplir trois choses. En premier lieu, éloigner Ginny Weasley de l'emprise et du contrôle qu'Hermione Granger exerçait sur elle depuis des mois. Il s'assurait également de sa sécurité en la forçant à accomplir ses retenues dans les bureaux de divers professeurs.
Dans un second temps, cela permettait à Harry Potter d'être déchargé de certaines distractions et de se concentrer sur sa mission actuelle. Trouver les derniers Horcruxes et détruire Lord Voldemort.
Enfin, voir que tout se déroulait selon ses plans créait un sentiment de toute puissance et de confiance exacerbée chez Miss Granger. Dumbledore savait qu'elle finirait ainsi par baisser la garde.
Lors de sa première retenue en compagnie du Directeur, Ginny Weasley fut forcée de recopier des pages entières tirés d'ouvrages tels que Théories de la métamorphose transsubstantielle, L'Histoire de Poudlard ou encore Potions et Addictions : les plus grands maux.
« Je vous laisse méditer là-dessus pendant les vacances de printemps. » suggéra Dumbledore à l'adresse de son étudiante.
Ginny hocha la tête, semblant soulagée de quitter le bureau directorial et elle remercia rapidement le directeur, sans même lancer l'une des provocations bien placées dont elle avait le secret.
Quelques jours plus tard, Dobby transplana dans le bureau du Directeur, l'air agité, ses grands yeux tremblants sous la panique.
Dumbledore était installé à son bureau, l'air éreinté par les derniers jours et ses escapades avec Harry Potter. L'emprise de Voldemort sur le Ministère, bien que dissimulée, commençait à devenir de plus en plus évidente et sa sécurité n'était qu'assurée que lorsqu'il était à Poudlard où dans l'un des domiciles des membres de l'Ordre du Phoenix, protégés par le Secret.
« Dobby n'a pas réussi à faire ce que monsieur lui a demandé. » se lamenta la créature avant d'attraper la lampe sur le bureau pour se taper la tête avec.
L'elfe paraissait bouleversé et Dumbledore fut forcé de lui lancer un sort pour l'empêcher de s'auto-violenter. Une fois l'elfe calmé, Dumbledore l'installa dans le siège face à son bureau.
« Que s'est-il passé ? » interrogea Dumbledore.
« Dobby a suivi Miss Hawke chez Barjow et Burke, Monsieur. C'est un sale endroit, rempli de magie noire. » ajouta l'elfe d'un ton dramatique.
Il laissa échapper un hoquet nerveux et plaça immédiatement ses deux mains sur sa bouche, comme s'il avait prononcé la pire des injures.
« Dobby n'est pas entré, monsieur Dumbledore. Il est resté dehors pour ne pas être découvert, comme vous l'aviez demandé ! » assura l'elfe.
Dumbledore hocha la tête patiemment, encourageant la créature à continuer son récit.
« Puis Miss Hawke est sortie et elle s'est mise à cracher du sang, Monsieur. » déclara l'elfe avant de fondre en larmes. « Monsieur le Directeur a demandé à Dobby de protéger Miss Hawke et Dobby a échoué. »
Cette fois, il fallut une bonne demi-heure pour calmer l'elfe de maison. Il avait probablement assisté à l'une des conséquences du sort de transfert qu'avait évoqué Rodolphus Lestrange. Lorsqu'elle ne se trouvait pas à proximité de son corps originel, Hermione Granger s'affaiblissait rapidement.
Ce qui inquiétait le plus Dumbledore, toutefois, était sa présence chez Barjow et Burke, une boutique à la réputation douteuse. Que préparait-elle ?
/
« Hermione ? » demanda soudainement Ginny.
« Oui ? » répondit immédiatement Hermione.
Ce fut seulement lorsqu'elle croisa le regard éberlué de Ginny qui s'était retournée pour lui faire face qu'elle se rendit compte de son erreur.
Elles s'observèrent pendant ce qui sembla être une éternité pour Hermione. Elle était restée figée sur place, la gorge sèche, le regard vide. Ginny, elle, la regardait comme si elle la voyait pour la première fois.
Hermione put presque deviner chacune des pensées de Ginny grâce aux expressions de son visage. D'abord l'incrédulité, puis l'incompréhension fut apparente sur ses traits. Après quelques instants, son expression devint blessée, puis meurtrie. Hermione ne connaissait que trop ce sentiment et une seule chose pouvait l'engendrer : la trahison.
Hermione retint son souffle, son cerveau commença à fonctionner à toute allure, cherchant le meilleur moyen de gérer la situation.
« Comment tu m'as appelé ? » dit-elle finalement, d'une voix étranglée.
« Arrête. » dit Ginny d'une voix sèche. « Ne me prends pas une idiote, Hermione. »
Hermione jeta un regard bref vers son lit, sur lequel se trouvait sa baguette. Ginny sembla intercepter le geste. Les deux étudiantes se jaugèrent du regard pendant de longues secondes, comme si elles tentaient de deviner quel serait le prochain mouvement de l'autre.
Soudain, à la grande surprise d'Hermione, Ginny se retourna et se rua hors du dortoir. La panique envahit immédiatement Hermione.
Il ne faisait aucun doute que Ginny irait la dénoncer. Des mois entiers de dur labeur et de sacrifices venaient de s'écrouler en quelques instants à cause d'un moment de faiblesse. Tout s'était déroulé à la perfection depuis son arrivée, elle était parvenue à garder le contrôle en toute situation et avait avancé sans faux pas. Comment avait-elle pu faire une erreur aussi stupide, aussi misérable alors qu'elle n'était qu'à deux doigts de réussir sa mission.
Se faire démasquer signifiait qu'elle avait échoué la mission que lui avait fait confiée le Seigneur des Ténèbres. Elle ne se faisait aucun doute sur le sort qu'il l'attendait après cet échec. Le Seigneur des Ténèbres avait placé de grands espoirs en elle et la punition serait à la hauteur de sa déception.
Son angoisse redoubla de plus belle et elle se sentit glisser sur le sol froid du dortoir, le dos contre le bord du lit, la respiration haletante. Son cœur battait à toute vitesse et elle sentait ses muscles se contracter à l'intérieur de son corps, comme s'ils se préparaient à affronter un danger potentiel.
Elle ne parvenait plus à bouger et se sentit prise de vertiges. Elle avait l'impression de perdre le contrôle total de son corps et de ne plus être aux commandes. C'était comme si elle était spectatrice de ce qui arrivait à son propre corps.
Elle mit plusieurs minutes à sortir de sa tétanie et retrouva peu à peu une respiration normale. Elle se redressa difficilement et des larmes apparurent au coin de ses yeux. Son esprit ne lui hurlait qu'une seule chose : fuir.
Elle se dirigea vers sa malle, qu'elle ouvrit d'un geste fébrile. Elle en extirpa son petit sac en perles et commença à y fourrer sans cérémonie ses affaires avec précipitation. La panique guidait chacun de ses gestes et elle jetait sans cesse des regards autour d'elle, comme si elle s'attendait à voir débarquer des Aurors ou des Professeurs d'un moment à l'autre.
Les Aurors seraient sans doute préférables aux Mangemorts. A Azkaban, elle serait à l'abri du Seigneur des Ténèbres, au moins. Elle se rappela que plusieurs de ses Mangemorts étaient toujours incarcérées et ils se feraient probablement un plaisir de s'occuper d'elle.
Non, elle devait fuir, c'était l'unique solution. Elle devait partir le plus loin possible, rejoindre un endroit où personne ne pourrait la retrouver, à l'autre bout de la planète.
Une vie de fugitive n'était pas ce qu'elle avait envisagé pour son avenir. Mais encore une fois, ce qu'elle avait enduré ces derniers mois étaient loin de la vision idyllique qu'elle avait projeté pour son futur depuis son jeune âge.
Elle s'empressa de vider sa malle, gardant uniquement ce dont elle avait besoin et jetant le reste au loin. Soudainement, sa main toucha une fiole en verre et elle s'arrêta net. Un liquide doré remplissait la fiole et une étiquette était collée dessus, laissant apparaitre les mots Felix Felicis.
Elle ne put s'empêcher de laisser échapper un rire sans joie en observant la fiole. La chance, ça se provoque, disaient-ils. Et Hermione Granger comptait bien en faire l'expérience.
Elle ôta le bouchon qui recouvrait la fiole et elle s'empressa d'avaler l'intégralité de son contenu.
Presque immédiatement, toutes ses angoisses et ses appréhensions s'envolèrent. Elle fut emplie d'une soudaine confiance en elle. Le monde autour d'elle s'ouvrait à des milliers d'opportunités et elle n'avait qu'une seule chose à faire : les saisir.
Elle se releva, s'empara de sa baguette et la rangeant soigneusement dans sa robe de sorcière. Elle sortit du dortoir puis de la salle commune calmement. Quelque chose lui indiqua de se diriger vers la Grande Salle. Se ruer dans les couloirs pour retrouver Ginny lui sembla inutile. Elle passa devant une bande de Gryffondor de cinquième année qui gloussaient près de l'escalier principal.
Après quelques instants de réflexion, elle fit marche arrière et se posta devant le groupe d'étudiantes, dont Romilda Vane faisait partie.
« Vane, je peux te parler un instant ? » demanda-t-elle d'un ton enjoué.
Vane hocha la tête, ignorant les regards curieux de ses amies. Elles s'éloignèrent du groupe afin de discuter.
« Qu'est-ce que tu veux Hawke ? Je croyais qu'on ne devait pas être vues ensemble en public depuis ces histoires avec Malfoy ? » dit Romilda Vane de son habituel ton agressif.
« Tout doux Vane. » l'arrêta Hermione d'une voix doucereuse. « J'ai besoin d'une faveur de ta part. »
Romilda sembla sur le point de refuser mais Hermione l'interromprait.
« Rappelle-toi ce que j'ai fait pour toi. Certains diraient que tu as une dette envers moi. » rappela judicieusement Hermione.
Cela sembla convaincre la Gryffondor.
« Entendu. Mais après ça, nous sommes quittes. » décréta Romilda.
« Absolument. » confirma Hermione.
« Alors, qu'attends-tu de moi ? » interrogea Romilda avec impatience.
« Je veux que tu retrouves Ginny Weasley au plus vite. Une fois que ce sera fait, je veux que tu essaies par tous les moyens de l'empêcher de parler à Dumbledore, à Potter ou à n'importe qui d'autre en attendant que j'arrive. Neutralise la si besoin. » déclara Hermione avec un sourire.
« La neutraliser ? » répéta Romilda, semblant mal à l'aise.
« C'est ça, Vane. Appelle-moi quand ça sera fait. » ordonna Hermione avant de s'éloigner.
Elle remonta tranquillement les escaliers en direction de la Salle sur Demande. Quelque chose lui disait de mettre son plan final à exécution plus tôt que prévu, même si les parties impliquées n'étaient pas au courant de ce changement de programme.
Arrivée devant la Salle sur Demande, elle fit les cent pas, et au bout de quelques secondes, une porte apparut derrière la tapisserie. Elle pénétra à l'intérieur de la pièce et se retrouva dans la salle des Objets Cachés. D'un pas confiant, elle se dirigea vers l'allée qu'elle fréquentait désormais régulièrement. Dissimulée sous un large drap, qu'elle tira fébrilement, elle trouva l'Armoire à Disparaitre. Elle s'était attelée à réparer l'objet depuis qu'elle avait découvert cette pièce grâce à Draco Malfoy. L'opération avait pris plusieurs semaines mais elle était désormais totalement fonctionnelle et permettrait à Hermione de faire ce pourquoi elle avait été infiltrée à Poudlard.
Elle entra à l'intérieure l'Armoire à Disparaitre, refermant soigneusement la porte derrière elle. L'Armoire émit un tremblement qui dura quelques secondes puis s'immobilisa brusquement.
Hermione actionna la poignée et ouvrit la porte d'un geste agité. Une vague de soulagement la parcourut lorsqu'elle vit l'intérieur froid et austère de la boutique Barjow & Burke. L'endroit semblait vide et il en émanait une atmosphère encore plus lugubre que d'habitude. Il était neuf heures passées, et la boutique avait probablement fermé ses portes pour la journée.
Un vieil homme apparut dans l'encadrudre de l'escalier, portant un peignoir en velours. Sa baguette était pointée, comme s'il s'attendait à trouver un intrus. Hermione reconnut Caractarus Beurk, l'un des gérants de la boutique.
« C'est moi. » indiqua Hermione en haussant la voix.
Le vieil homme abaissa sa baguette lorsqu'il la vit. Hermione sortit un gallion de sa poche, sur lequel un serpent était ancrée et pointa sa baguette.
« Vous devriez peut-être remonter chez vous. » suggéra Hermione d'une voix appuyée, lançant un regard entendu en direction du vieillard.
Beurk hocha la tête avant de remonter rapidement les escaliers et ferma la porte derrière lui, plongea Hermione de nouveau dans l'obscurité.
Quelques secondes plus tard, Rodolphus Lestrange apparaissait dans la pièce, l'air revêche.
« Je vous ai demandé d'utiliser le signal lorsque le plan serait prêt à exécution, Miss Granger. » dit Rodolphus d'une voix graveleuse. « L'opération ne devait pas avoir avant la semaine prochaine. »
« Changement de plan. » répliqua Hermione, sans se démonter.
Quelque chose lui disait de ne pas attendre la date prévue de l'opération. C'était aujourd'hui ou jamais et ce soir était l'occasion parfaite, elle en était persuadée, du moins Felix Felicis l'était.
« Nous ne sommes pas encore préparés. » argua le Mangemort avec irritation.
« Croyez-moi, nous n'aurons pas d'occasion comme celles-ci. Que dira le Seigneur des Ténèbres s'il apprend que nous avons raté telle occasion par votre faute ? »
Ses menaces à peine voilées semblèrent faire effet et Rodolphus Lestrange esquissa une grimace.
« Très bien. » céda-t-il finalement. « Retournez au château et attendez-nous là-bas. Nous serons là dans une demi-heure au plus tard. »
Il transplana sans rien ajouter et Hermione soupira de soulagement. Elle entra de nouveau à l'intérieur de l'Armoire.
Elle fit irruption dans la Salle sur Demande et s'installa sur une chaise à laquelle il manquait un pied. Elle n'avait qu'à entendre et tout se passerait pour le mieux.
Quelques minutes plus tard, la porte de l'Armoire s'ouvrit à la volée, laissant apparaitre Bellatrix Lestrange, suivie de cinq individus masqués.
Bellatrix Lestrange retira son masque, laissant sa chevelure bouclée cascader sur ses épaules. Elle fit mine de respirer l'air autour d'elle.
« J'adore les écoles. » déclara-t-elle d'une voix mordante, une lueur malsaine dans les yeux.
/
Ginny se rua hors du dortoir des filles, encore sous le choc de la révélation d'Hermione. Son cœur battait furieusement dans sa poitrine et elle ne cessa de jeter des regards derrière elle, comme si elle s'attendant à voir surgir Emelyn.
Ginny était bien placée pour savoir ce dont Hermione était capable lorsqu'elle se retrouvait poussée dans ses retranchements. Quelques mois auparavant, elle avait mis Draco Malfoy sous l'emprise de l'imperium, et avait manqué de le tuer lors du Bal d'Halloween. Hermione Granger était dangereuse et il fallait qu'elle soit neutralisée au plus vite.
Pourquoi était-elle revenue à Poudlard ? Comment avait-elle pu usurper l'identité de cette personne, cette Emelyn Hawke, sans que personne ne puisse s'en apercevoir ? Emelyn Hawke était-elle même une vraie personne ?
Encore une fois, Hermione l'avait dupée et manipulée. Cette fois, toutefois, elle était allée trop loin. L'amie avec qui elle avait tout partagé pendant des années n'existait plus. Elle ne reconnaissait pas cette personne dénuée de conscience morale.
Ginny accéléra le pas dans les couloirs. Une part d'elle était soulagée. Elle allait enfin pouvoir rétablir la vérité aux yeux de tous et retrouver Harry. Elle sentit son cœur se réjouir à cette pensée.
Elle se retrouva rapidement au deuxième étage devant une vieille gargouille disgracieuse qui donnait accès au bureau du Directeur.
« Ouvre-toi, j'ai besoin de voir le Directeur. » ordonna-t-elle à l'adresse de la gargouille, l'air impatient.
La gargouille ne sembla pas vouloir bouger et Ginny s'empêcha d'administrer un coup de pied dans le mur de pierre. Elle sortit sa baguette, jetant un regard peu assuré par-dessus son épaule. L'étage était désert. La plupart des élèves avaient probablement rejoint leur salle commune après le dîner.
Elle se rappela soudainement d'un détail qu'avait mentionné Harry au détour d'une conversation. Dumbledore utilisait des noms de confiseries en guise de mots de passe.
« Chocogrenouilles ? » tenta-t-elle. « Sorbet citron, nid de cafards, suçacides. »
Pendant le quart d'heure qui suivit, elle récita le nom de toutes les confiseries dont elle parvenait à se souvenir. Finalement, elle laissa échapper un grognement de frustration.
« Ouvre-toi, saleté ! » s'exclama-t-elle d'un ton enragé.
« Qu'est-ce que tu fiches Weasley ? » s'exclama une voix derrière elle.
Elle se retourna en une fraction de seconde, sa baguette dressée. Romilda Vane se trouvait face à elle et la regardait comme si elle avait perdu la tête.
« Ecoute Vane, épargne-moi tes plaisanteries aujourd'hui, tu veux ? » lança Ginny avec agacement. « Je n'ai pas le temps à t'accorder aujourd'hui. »
Vane ne sembla pas vouloir bouger d'un pouce et cela ne fit qu'accroitre la frustration de Ginny.
« Qu'est-ce que tu fiches ici, Vane ? » demanda-t-elle.
« J'ai besoin de parler au directeur. » dit Vane d'un ton hésitant. « Et toi ? »
Ginny lui lança un regard méfiant. Cette idiote ne savait pas mentir. Ginny savait qu'il ne pouvait pas s'agir d'une coïncidence. Romilda Vane et Emelyn, ou plus tôt Hermione, étaient de connivence. Elle ne comptait prendre aucun risque.
« Très bien. Je te laisse la place dans ce cas, bon courage pour trouver le mot de passe. » décréta Ginny en désignant la gargouille d'un geste de la main.
Elle commença à s'éloigner.
« NON ! Attends, Weasley. » s'exclama immédiatement Vane, de la panique dans la voix.
Elle s'engagea à la suite de Ginny et lui attrapa le bras, comme pour l'arrêter. Ginny se dégagea d'un geste brusque. Romilda sortit sa baguette et commença à lancer un sort en direction de Ginny. Cependant, cette dernière s'y attendait et elle devança Vane :
« Everte Statim ! »
Le sort, inoffensif, fit vaciller Vane qui tomba en arrière. Ginny en profita pour se mettre à courir dans la direction opposée, aussi vite qu'elle pouvait. Elle courut à en perdre haleine dans les couloirs. Si le Directeur n'était nulle part en vue, il fallait absolument qu'elle trouve Rogue, le directeur de sa maison pour le prévenir. Elle arriva rapidement aux cachots, n'ayant jamais couru aussi vite de sa vie. Au détour d'un couloir, elle se heurta à une surface dure et fut projetée en arrière. Elle tomba au sol et laissa échapper un gémissement de douleur.
Lorsqu'elle leva les yeux, elle vit trois silhouettes encapuchonnées la toiser. Elle fut frappée d'horreur lorsqu'elle reconnut leurs masques distinctifs. Il s'agissait de Mangemorts. L'un d'eux s'approcha d'elle, sa baguette dressée dans sa direction. Elle retira son masque et Ginny reconnut un visage qu'elle voyait régulièrement dans la Gazette du Sorcier, dans la rubrique Sorciers Recherchés. Ginny, paralysée sur place, sentit ses poils se hérisser lorsque Bellatrix Lestrange s'approcha d'elle, les yeux luisant de convoitise.
« On s'est perdue, chérie ? »
Fin du Chapitre
"On a toujours le choix. On est même la somme de ses choix." est une citation de Joseph O'Connor (écrivain irlandais)
J'espère que vous avez apprécié ce chapitre. Il semblerait qu'Hermione n'ait pas encore joué toutes ses cartes… A votre avis, que va-t-il se passer pour notre Ginny légendaire ?
Pour info, il reste 4 chapitres avant la fin de cette histoire. Le prochain chapitre, lui, s'intitulera Mise en Quarantaine.
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A très vite,
Black Lagoon
