De retour (pour vous jouer un mauvais tour...à la fin du chapitre ^^) !
Avant toute chose, je voudrais préciser pour ceux qui n'auraient peut-être pas remarqué que la page d'excuses (chapitre 8) a été remplacée par un vrai chapitre (tout en conservant les réponses aux question à la fin de celui-ci).
Vous devez donc lire le chapitre 8 si vous ne voulez pas vous sentir paumés. Même si en effet, c'est compréhensible sans, il vaut mieux ne pas sauter un chapitre, n'est-ce pas ? ;)
Sinon, je repasse par une phase "réponse à vos réviews" :
(mais d'abord merci infiniment de votre soutien et de vos commentaires, ça me fait toujours hyper plaisir, surtout lorsque je vois que mes lectrices pensent les mêmes choses que moi :3)
Pansanni, c'est pour toi :
* Est ce qu'elle peut se lier tout de même avec des gens qui n'apparaissent pas dans l'histoire ? par exemple cette serpentard, on l'a jamais croisé dans les bouquins (enfin je crois) donc y a pas trop de risque de changer l'histoire non?
Alors d'abord, je dois faire toutes mes excuses, parce que je ne sais comment, j'ai nommé la Serpentard "Miranda", alors que ça devait être "Daphné" Oo Honte à moi, je n'ai aucune idée du pourquoi du comment de ce lapsus, mais sachez que Daphné Greengrass est réellement citée dans le livre (c'est, entre autre, la belle-soeur de Drago Malefoy, grande soeur d'Asteria Greengrass-Malefoy). Mais en effet, elle n'a pas réellement de rôle important (voire pas du tout).
Quant à la supposition que lier un semblant d'amitié avec quelqu'un qui n'a pas grande importance dans l'histoire, on n'est jamais sûr de rien, et c'est justement ça qui est intéressant ;) Est-ce que cela ne présente donc pas de risque ? Ou bien l'inverse ? Vous verrez en tout cas, dans ce chapitre, que cela peut mener à de nouveaux évènements.
* Il y a pas de danger à ce qu'elle prenne trop souvent la potion d'anti-sommeil ?
Pour ta question, je réponds par une citation tirée de mon chapitre 7 : " La potion, correctement préparée, avait une action infinie, du moins jusqu'à ce que l'on boive un philtre de Sommeil assez puissant pour briser l'autre." Donc, premièrement, elle n'aura pas besoin de prendre "trop souvent" la potion, parce qu'une seule prise (bien préparée, évidemment) lui suffit pour ne plus dormir de sa vie.
Mais en effet, il y a des dangers, et notre pauvre mademoiselle Crusoe va en pâtir à certains moments psychologiquement difficiles, mais ce n'est pas encore pour le moment !
Autre truc pas important mais qui apparemment nous touche une lectrice et moi :
LE HAUSSEMENT D'UN SEUL SOURCIL
Alors voila, si vous réussissez ce "défi facial" (comme le nomme si bien Créa-Lu ^^), mes chères lectrices, veuillez nous expliquez dans un exposé clair et imagé le pourquoi du comment de cette prouesse, Merci xD
Rappel : comme je me suis trompée dans le nom de Miranda, j'ai corrigé ici dans ce chapitre par "Daphné".
Bon, je vous souhaite enfin une bonne lecture à toutes et à tous !
Merci encore, merci, merci, merci, et puis euh...merci ! :D
Chapitre IX
(ahhhh, enfin un X dans mes chapitres ! :D) (enfin du chiffre 10...hein...pervers !)
Problèmes de coeur
(non, ne vous inquiétez pas, je ne suis pas encore tombée dans le mélo...)
- Vous avancez rapidement, Miss Crusoe. Certes, elle est difficile à disciplinée, mais votre progression est plus qu'encourageante !
Nous étions mi-octobre, et je venais de découvrir que mon violoncelle était en fait probablement un être féminin (tu m'étonnes, c'est bien un caractère de fille qu'elle a, la chieuse), et cela de la bouche d'un homonculus optimiste qui ignorait que je bossais toutes les nuits sur son merdeux d'instrument. Et non, je n'étais toujours pas une virtuose, juste une pauvre fille qui ne trouvait pas mieux à faire que se battre avec un violoncelle lorsqu'elle avait terminé ses étapes de potions et ses devoirs.
Il est clair que, dès lors mon ingurgitation de la Potion Anti-Sommeil, j'ai fait des progrès remarquables, toutes matières confondues. J'avais un temps incroyable, et bien que quelque fois, à cause de procrastination, je terminai certains devoirs à la dernière minute, ma gestion du temps était beaucoup plus aisée et productive.
Sans compter que je m'étais fixé un but : ne plus penser.
Ne plus penser à cette enflure de prof sexy à souh…ne plus penser à cette enflure de chauve-souris antipathique et absolument orgasmi…Ne plus penser à Snape, bordel.
Je suis une handicapée des sentiments.
C'est très important de savoir et d'intégrer ce principe dans sa tête, histoire d'essayer de comprendre et d'appréhender au mieux la suite de l'histoire. Aussi je le répète, de façon à ce que ça pénètre bien dans votre cervelle : je suis une grosse handicapée des sentiments, à tel point que ça devrait être reconnue par la sécu comme statut d'invalidité à part entière.
Lier avec des personnes, construire une amitié, une sympathie, ça passe, même s'il faut avouer que je suis loin de faire preuve d'une grande aisance sociale. Sachez d'ailleurs que les quelques dialogues que vous avez pu lire jusqu'ici constituent au moins 78% de la totalité de ceux que j'ai entretenus.
Eh ouais…
J'aurais beau me justifier avec ce que je répète tout le temps, c'est-à-dire « Je ne me rapproche pas parce que j'aurais trop peur des conséquences sur l'histoire », je ne pourrais nier que de toute façon, avec ou sans cette contrainte, j'en aurais été au même point.
Question de timidité et, il faut le croire, de manque d'extériorisation des sentiments qui laisse penser à mes interlocuteurs que je suis quelqu'un de froid, distant, voire snob.
Alors vous imaginez bien que lorsque l'attirance, la séduction, voire l'amour, rentrent en jeu…je me renferme davantage encore derrière mon masque d'insensibilité.
Je ne peux pas.
Je ne peux absolument pas me lancer dans le jeu de la drague, envoyer des signaux, des regards, ou tenter me faire remarquer… Non, au contraire, je me fonds derrière un voile total d'indifférence, comme si celui qui me plaisait n'existait même pas. Je me retiens de l'observer, l'ignore et attends que « ça passe ».
Je ne sais pas foncer.
Je ne sais pas, parce que je prends directement la chose trop à cœur. Les sensations sont multipliées par dix, et si je croise son regard, je suis capable d'aller me pendre à l'instant-même, pensant être démasquée. Je ne sais pas, parce que j'ai une peur monstre de la réponse, parce que j'ai un peu peur de tout au final.
Et non, mesdemoiselles (messieurs ?), je ne me suis pas lancée dans une mission séduction auprès de notre ténébreux Maître des Potions. J'ai complètement fait l'inverse.
Donc, comme vous vous en doutez sûrement, les semaines qui ont suivi la réalisation de mon béguin ont été loin d'être dynamiques et joyeuses. Je me suis enfoncée, pour mon propre bien, dans un rythme d'étude laissant peu mon esprit vagabonder.
Le jour, j'étais l'élève modèle. Je m'asseyais à ma table, restais silencieuse, travaillais avec concentration et sérieux. Je ne laissais rien me déstabiliser de mes études, même en cours de Potions. Surtout en cours de Potions.
Les yeux constamment rivés sur ma planche de travail, toutes mes pensées tournées sur les différentes étapes de préparation, je ne levais plus les yeux sur le professeur lorsqu'il m'approchait, restais de marbre lorsqu'il me provoquait. Je devenais sourde, aveugle et muette.
Je voulais rapidement l'oublier.
La nuit, je faisais mes devoirs, lisais de nombreux livres, dont beaucoup concernant l'Occlumancie, m'entrainais aux sortilèges, et finalement évacuais mon esprit en jouant du violoncelle. Elle et moi avions beaucoup de disputes, chacune essayant de prendre musicalement le dessus sur l'autre. Certes, la cacophonie faisait du bien de temps en temps, mais il était un moment où il fallait arrêter les conneries.
Cependant, curieusement, comme en témoigne le dialogue rapporté en ce début de chapitre, Monsieur Flitwick (qui souhaitait m'entendre une fois jouer avec le véritable violoncelle et non avec le substitut) trouvait cela plutôt convaincant.
- Mais professeur, j'ai peur que…qu'elle ne m'aime pas vraiment.
Sans blague, elle venait de me fouetter la main avec la quatrième corde, la saleté.
- Oh, elle a son caractère, c'est vrai. Mais s'il vous plait, n'abandonnez pas. Cela fait des années que personne n'a osé y toucher…donnez-lui une chance.
Tu m'étonnes que personne n'ait voulu l'approché depuis des décennies. Répression, censure, et violence auditive : un vrai régime dictatorial à elle seule ! Mais comme Monsieur Flitwick, avec sa taille minuscule, me regardait en faisant de grands yeux à la Pikachu, je ne pus résister à cette bouille si trognone.
- Bon, eh bien…d'accord, professeur, hésitais-je juste avant de me retenir de lui tapoter le crâne et de lui caresser la fourrure.
Diantre, cette fiction devient obscène…
Donc, revenons à nos dragons ! Je saisis mon instrument et m'engageai hors de la salle, pressée de retrouver ma chambre. Je le cognais un peu partout, et de toute façon, je m'en fichais bien assez : un sort particulièrement efficace le protégeait des coups, lui épargnant même le port d'une housse. Cependant, le professeur qui reçut la pique dans l'un de ses genoux, lui, n'avait pas pensé à s'octroyer le même genre de protection et grogna de douleur.
- J'enlève dix points à Gryffondor, Miss Crusoe. Il serait tant de faire attention à vos affaires et à ce qui vous entoure.
Je restai, vous l'imaginez, muette à la brusque entente de la voix lente et grave de mon professeur des Potions. Surprise d'entendre celle-ci derrière moi, presque murmurée, j'aurais presque pu céder à une extase auditive si sa qualité d'enseignant insensible ne m'avait moralement empêchée de fantasmer. Du chocolat, oui, sa voix était fondante comme du chocolat.
- Veuillez m'excuser, professeur.
Je m'étais retournée vers lui, mais avais obstinément gardée mon visage vers le sol, ne voulant céder à la tentation de l'observer, et donc d'admirer chaque trait de sa physionomie. Mais, malgré mon refus intérieur de le regarder, je ne pouvais m'empêcher de voir quelques unes de ses attitudes en vision périphérique. Et je crus à ce moment déceler un regard suspicieux de sa part.
C'est exactement là que je réalisai que mon attitude était plus que suspecte. J'avais cessé de le considérer, limité tout comportement qui aurait pu l'offusquer, annihilé toute conduite remarquable d'une manière ou d'une autre, et cela depuis sa mise en garde.
Si pour moi, cela n'était mis en œuvre que pour oublier aussi vite que possible l'attirance qu'il exerçait sur moi, pour lui, c'était une manœuvre qui prouvait clairement que j'avais fait quelque chose de suspect, et que je voulais me faire oublier.
Songeant ainsi, je relevai donc ma figure vers lui, espérant anéantir, même faiblement, ses doutes. Peine perdue :
- Je vous conseille de demeurer très prudente…me conseilla-t-il sur un ton doucereux et presque chanté.
Ce fut mon violoncelle qui me sauva, en quelque sorte. A ce moment précis, elle se mit à vibrer et j'eus quelque peine à le garder fermement dans mes mains. Ne sachant comment réagir devant l'air interloqué –ou du moins je le supposai, l'expression de Snape étant à priori impossible à définir- je l'empoignai plus fermement et m'éloignai rapidement en lui déclarant sur un ton d'excuse :
- Désolée, mauvais caractère.
Je me rendis alors précipitamment à ma chambre, refusant catégoriquement de regarder derrière moi la moindre fois, de peur d'apercevoir un Snape au visage outré. Je refermai la porte brusquement une fois rentrée, affolée par dernière discussion.
J'étais manifestement dans une situation dangereuse, et je n'aimais pas du tout ça.
Et c'était encore une fois sans compter sur le violoncelle, qui me rajouta une crainte de plus. Et de fait, libéré de mon emprise, l'archet se mit à frotter les cordes selon sa propre volonté, comme à son habitude. Mais cette fois-ci la fanfare violente et chaotique fut remplacée par un ronronnement grave, vibrant, vous savez, comme du choco…
Non, elle ne pouvait pas imiter sa voix ?
Vous saviez que le violoncelle était l'instrument qui pouvait le plus se rapprocher de la voix humaine ?
C'était un hasard, rien de plus…
Pourtant, j'avais l'impression qu'elle imitait la dernière phrase prononcée par le professeur, avec les mêmes intonations, les mêmes vibrations, la même lenteur et un détachement identique entre chaque articulation, comme si elle avait remplacé chaque syllabe par une note.
« Je vous conseille de demeurer très prudente… »
Un hasard.
Les cordes furent frottées de façon saccadée, comme si l'autre là, l'effrontée, se marrait.
O.K, c'était peut-être pas un hasard.
- J'ai rêvé ou tu as imité sa…voix ?
Aucune précision de plus. J'avais peur de me tromper, et je ne voulais pas qu'elle découvre ce béguin à cause de ma propre question. Mais je ne m'étais visiblement pas trompée. La corde la plus aigue résonna dans la chambre, communication basique établie entre nous pour dire « oui », puis l'instrument se remit à « rire » en faisant vibrer sa caisse de résonnance comme le demeuré qu'il était. Mais quelle enflure.
- C'est pas vrai…ça se voit tant que ça ?
Réponse immédiate de la corde la plus grave. Non ?
- Non ? Tu te fous de moi ? Comment tu aurais pu comprendre ça si ça ne se voyait pas ? m'énervai-je.
Il y eut un instant de silence, comme si elle réfléchissait. En même temps, c'était un peu dur de communiquer entre nous, particulièrement pour elle qui ne pouvait s'exprimer qu'au moyen de quelques cordes. Mais ne vous faites pas de soucis, elle trouva bien vite la solution.
Boum boum, boum boum…
La caisse de résonnance vibra à nouveau, mais ce n'était pas un pseudo-rire, cette fois-ci. Juste des « Boum ». Par deux.
- Tu…tu as senti les battements de mon cœur ?
Comme réponse, le rythme s'intensifia. Du genre…très vite.
- Tu exagère un peu là, non ? fis-je, moqueuse.
Corde grave. « Non ».
Merde.
Ainsi donc, mon cœur s'affolait à une vitesse complètement irraisonnable lorsque la Terreur des Cachots m'approchait. Après tout, je n'étais certainement pas la seule, car bon nombre se retrouvait dans des états quasiment catatoniques lorsqu'il leur faisait face. Mais eux, c'était par crainte, et non par une pulsion de tendresse et d'appréciation physique et mentale.
Non, Snape, je le réalisai, ne faisait pas partie de ses béguins qu'on pourrait classer parmi les élans sexuels. J'avais tellement de respect pour lui, j'avais une telle envie de le comprendre, de le protéger…Envie qui était renforcée par le fait que j'en savais sur son sujet certainement plus que n'importe qui d'autre dans ce monde-là. C'était assez présomptueux de ma part, et j'essayais de repousser l'idée que grâce à cela, je serai la plus apte à le cerner. Cependant, une chose, à chaque fois que j'y songeais, me mettais dans un état de confusion : je sentais que j'étais capable de l'aimer la vie entière, comme Snape aura aimé Lily, jusqu'à la fin.
Par Merlin, avais-je songé au mot « aimer » ?
- Bon, il est temps que je travaille moi, déclarai-je en tentant vainement de reculer mes pensées de plus en plus effrayantes sentimentalement parlant.
Les jours suivants, je tentais de conserver un rythme, tant scolaire que cardiaque. Les cours de Potions se déroulaient toujours sous les remarques acides de Snape, cependant je dois avouer que cette période fut relativement calme. Le professeur avait bien du mal à redire de mes potions, et même les Serpentards me laissaient en paix, m'épargnant les moqueries faciles réservées à n'importe quel Gryffondors.
Je soupçonnais Daphné (*voir rappel au-dessus du chapitre) d'être à l'origine de cette clémence quelque peu anormale. Au-delà de l'indifférence apparente, nous en étions arrivées je ne sais exactement comment à nous adresser de discrets signes de politesse, voire d'avertissement lorsqu'au détour d'un couloir, l'une ou l'autre risquait de croiser un groupe d'élèves d'une maison adverse. Il ne s'agissait pas de grandes démonstrations d'amitié, mais cela nous suffisait amplement. Quoique je doive admettre que je conservais quelques doutes quant à son attitude, me méfiant de toute tentative profit de la situation de sa part.
Cependant, ce ne fut pas sa main qui se posa subitement sur mon bureau lorsque Snape partit amener un élève à l'infirmerie. C'était une main grasse, à l'effigie des saucisses que son possesseur ingurgitait à son petit-déjeuner. Urquhart, capitaine de l'équipe de Quidditch, aussi bête qu'impressionnant de stature. Je ne pris même pas la peine de relever la tête lorsque son énorme paluche se balada négligemment sur mon pupitre en bois.
- On est seul ? fit-il dans une imitation pitoyable de l'éloquence aristocratique.
- Fiche moi la paix.
Couper au niveau de la racine, puis réduire la tige en…
- Tu es seule, l'entendis-je dire d'une voix menaçante. Et crois-moi, ici, une personne seule est une personne faible.
- Laisse-moi travailler, détachai-je avec toute la patience que je trouvais en moi.
Ce crétin allait me déconcentrer et me faire rater cette foutue potion. Hors de question qu'il…
- Espèce de… !
En jurant, je rattrapai en vitesse l'ingrédient qu'il avait tenté de mettre dans mon chaudron, à mon insu. Heureusement, il avait été assez idiot pour, entre tous les ingrédients lourds étalés sur ma table, choisir la plume. Elle avait flotté, descendant mollement vers la mixture, me laissant le temps de réagir.
Perdant pas mal de patience après ce coup lâche, je rugis, les dents serrées :
- Laisse-moi…travailler…EN PAIX.
Mais les doigts boudinés reprirent leur course sur la table et, prise d'une pulsion idiote, je plantais le couteau que je tenais dans ma main droite d'un coup sec dans le bois, pile entre l'index et le majeur de mon emmerdeur. Celui-ci, bien qu'il n'écopât d'aucune blessure, même minuscule, poussa un cri strident digne d'une shopping addict les jours de soldes, et j'en aurais ri à pleurer si je n'avais pas entendu :
- Urquhart, retournez immédiatement à votre place.
Celui-ci obéit sans protester, me lançant un regard haineux qui ne présageait rien de bon. Aussitôt, il fut remplacé par une silhouette noire. Une longue main blanche remplaça quant à elle les boudins, caressant sous mes yeux la marque qu'avait laissée le couteau.
Boum boum. Boum boum.
- Miss Crusoe, je vous enlève dix points pour avoir agressé l'un de vos camarades. Et je vous enlève vingt points pour avoir osé dégrader le matériel de classe. Faites ce que bon vous semble avec vos affaires, mais je ne tolérerai pas un tel comportement envers les biens de l'école.
Je ricanai intérieurement, le professeur ayant à demi avoué qu'il tenait davantage à son matériel qu'à ses propres élèves, compte tenu de la différence de points enlevés. Cependant, il annihila en moi toute envie de rire lorsqu'il continua de son air glacial habituel :
- Ces pupitres ne sont pas comme ceux que vous pouvez trouver dans n'importe quelle autre classe de sorcellerie. Ils sont résistants à bon nombre des bêtises irréfléchies que vous pouvez faire dans votre chaudron, Miss Crusoe. Je vous demanderais de reconsidérer donc le prix d'un tel matériel avant de faire preuve de tant d'insolence.
Je ne trouvais qu'à hocher la tête, quelque peu mal à l'aise par ces réprimandes. Je n'étais en effet pas du tout du genre à dégrader du matériel pour mon propre plaisir, et les remontrances de Snape alourdissait mon sentiment de culpabilité.
- Aussi pour vous aider à mieux évaluer la valeur de ce que vous détruisez avec tant de désinvolture…vous me rembourserez ce pupitre.
Je relevai soudainement la tête, affolée par sa dernière déclaration.
- Professeur, je…
- Vous me remettrez la somme de vingt Gallions avant la fin de l'année.
Vingt ? Vingt Gallions ?
Ma première réaction fut de rester bouche bée devant une telle somme. J'étais à peine payé trois Gallions par semaine, et les quelques économies que je pouvais faire s'évaporaient aussi vite lorsque j'avais besoin de nouvelles fournitures. Dix Gallions partis pour un chaudron de seconde main, par exemple.
Et il me disait que j'allais devoir payer vingt Gallions pour une table alors qu'il n'y avait, en fin de compte, qu'une petite incision dans le bois ?
Mais le professeur évita toute protestation possible en s'éloignant nonchalamment, commentant avec mépris les chaudrons des élèves de la classe.
Cette journée, ou plutôt cette heure, ou plutôt ces quelques minutes, furent éléments déclencheurs de pas mal de choses qui ont suivi.
Daphné joua un rôle non négligeable dans les évènements. Une fois le cours terminé, elle m'adressa un regard désolé, comme si elle se sentait gênée, coupable, des différents ennuis qui m'arrivaient. Plus tard, elle vint me parler pour la première fois depuis notre conversation dans le couloir, et ce pour m'avertir qu'Urquhart avait très très mal pris ma brusque agilité au lancer de couteau.
- On avait un accord, et je devais t'assurer qu'on te laisserait tranquille. Suis mon conseil, fais attention et adopte un profil bas.
Elle repartit aussitôt, lançant des regards alertes tout autour de nous, et je fis pareil à partir de ce moment-là, par crainte d'une vengeance au détour d'un couloir.
Mais ce n'est pas dans les couloirs du château qu'Urquhart avait choisi de prendre sa revanche.
Quelques jours après, nous étions dans les cachots, pour un nouveau cours de Potions. Quelques minutes à peine après l'annonce de la préparation, une énorme explosion vint faire résonner les murs de la salle. Une Gryffondor, recouverte de petites tentacules sur tout le corps, se tenait immobile, choquée, devant son chaudron en morceaux.
Je regardai Snape ramener l'élève sidérée à l'infirmerie, et ce d'un œil plutôt méfiant : cette élève était loin d'être assez stupide pour rajouter au début de sa potion le dernier ingrédient à utiliser… Le sortilège de Confusion me paraissait largement plus probable.
Tentant tout de même de continuer ma potion, je me levai pour saisir un ingrédient dans la réserve, lorsque quelqu'un me héla :
- Hey, on est à nouveau seuls.
A comprendre : sans le prof.
Mes doutes se confirmaient et prenaient de l'ampleur en avisant Urquhart se lever et s'approcher légèrement vers moi. Autour, tous les élèves avaient arrêté leurs activités, la tension palpable semblant se répandre comme une contagion. J'aperçus Daphné, qui lançait un regard vif mais inquiet sur son camarade Serpentard.
Celui-ci sortit d'ailleurs un objet de la poche de sa robe.
Un couteau.
- Je me suis dit que, comme tu t'étais bien amusée avec le tien la dernière fois, ça pouvait être mon tour. Regarde, il est beau, non ? C'est un neuf. Un Barjow&Beurk.
Les yeux de Daphné s'écarquillèrent, tandis que moi-même je me faisais la réflexion que sa provenance était loin de me rassurer. Le Serpentard joua indolemment avec son nouveau jouet, et je reculais inconsciemment d'un pas en avisant la lame se rapprocher. Avec un sourire victorieux et carnassier, Urquhart fit mine de courber le bras pour me l'envoyer.
Daphné, dans un élan absolument remarquable et inattendu, se jeta sur le membre puissant (oui, bon, je sais que ça peut être mal interprété, mais je ne voulais pas répéter « bras »), se jeta, donc, en lui intimant d'une voix forte :
- Laisse-la ! On va avoir des ennuis.
Probablement surpris par l'intervention de la Serpentard et par la force de celle-ci, l'élève en lâcha son couteau. Cependant, contrairement aux attentes de tout le monde (sauf peut-être de son possesseur qui devait bien connaître les propriétés d'un tel accessoire), plutôt que de tomber avec force de bruit contre le sol, le couteau fila dans les airs dans une parfaite ligne droite.
Ce fut à peine si je le vis arriver. Je n'avais eu aucune chance de l'esquiver.
Littéralement propulsée en arrière, je trébuchai quelque pas avant de me stabiliser contre l'armoire derrière moi. J'entendis quelque chose se briser, probablement une fiole, mais n'y prêtait pas grande attention. Non, je restais choquée, parce que, pile au milieu de ma poitrine, le couteau s'était planté avec une force inouïe.
Pas taaaaaaapeeeer ! Si vous me tuer maintenant, je ne pourrais pas terminer ma fiction :D
(Un suspense effroyable, hein ?)
La suite au prochain chapitre ;)
