Un peu de SQ, ça fait pas de mal, même si je trouve ça méga barbant quand c'est tout croque love bisounours… Mais bon, vaut mieux en profiter, on ne sait pas quand il reviendra ^^.

Bonne lecture !


Chapitre 9 – Les mots sur les sentiments

Cela faisait sept jours qu'elle avait enterré sa mère. Sept jours où Régina se terrait dans son manoir, avec pour seule compagnie sa triste culpabilité et un vieux scotch. Il n'était pas dans ses habitudes de noyer son chagrin dans l'alcool, mais le souvenir des derniers mots prononcés par Cora la hantaient. « Tu m'aurais suffit… »

Si seulement elle n'avait pas maudit son cœur. Si seulement elle l'avait simplement remis à sa place sans autre artifice. Aurait-elle reçu l'amour maternel qui lui a toujours fait défaut ?

Le remord la rongeait comme un cancer. Le matricide ne faisait pas partie de ses projets de rédemption, elle qui s'évertuait depuis quelques temps à devenir une autre personne pour le bien d'Henry. Comment son fils pourrait croire en elle sachant qu'elle a assassiné sa propre mère ? Elle était fatiguée d'être la méchante.

Quelqu'un frappa sans ménagement à la porte. Non, pas question d'aller ouvrir. Qu'ils aillent tous au diable et la laisse en paix avec ses démons. Bien que l'étranger n'en démordait pas et persistait dans son vacarme, la mairesse se resservit tranquillement en scotch, ignorant les coups insistants. Elle tressaillit en entendant la porte s'ouvrir suivi d'une voix féminine qui appelait son nom.

« Régina ? Vous êtes là ? »

Emma apparut à l'entrée du salon et se figea en apercevant la maitresse des lieux, à moitié allongée sur le divan, un verre à la main. A priori, ce n'était pas le premier de la journée. Des sillons de larmes souillaient le teint inhabituellement pâle de la Reine, des cernes témoignant de la fatigue émotionnelle qui l'accaparait. La Sheriff croisa les bras, adoptant une moue désapprobatrice.

« Voyons madame le Maire, cette attitude est indigne de vous. »

Régina cligna plusieurs fois des paupières et se redressa en position assise. Etait-elle saoule au point d'halluciner ? Non, Emma Swan s'était bel et bien permise d'entrer chez elle sans invitation et s'autoriser de surcroit à émettre un jugement quant à sa conduite.

« Mademoiselle Swan, je ne crois pas vous avoir permise d'entrer. Veuillez partir, je me porte à merveille. » assura-t-elle, portant le liquide ambré à ses lèvres.

La blonde se précipita vers elle, lui arrachant le verre des mains.

« Je pense que vous avez assez bu. Est-ce que je dois vous rappeler vos responsabilités en tant que mère ? Henry a besoin de vous. Il s'inquiète pour vous… et je m'inquiète aussi ! » confessa-t-elle un peu gênée.

« Oh parce que vous êtes une experte des devoirs d'une mère envers son enfant peut-être ? », railla la brune.

Le visage attristé d'Emma lui fit aussitôt regretter ces dures paroles.

« Pardonnez-moi, je ne voulais pas insinuer… L'alcool me rend légèrement hargneuse. » bredouilla-t-elle en guise d'excuse.

La Sauveuse se laissa choir sur le canapé dans un soupir et prit une gorgée du scotch subtilisé. Une petite dose de courage lui serait nécessaire pour aborder le sujet qui l'obsédait depuis l'étrange combat qu'elles s'étaient livrées.

« Régina, ce n'est sans doute pas le bon moment mais… Il faut que nous parlions de ce qu'il s'est passé entre nous. »

La tête renversée sur le dossier du sofa, une main barrant son front endolori, la mairesse ouvrit les yeux à l'évocation de ce moment charnel qu'elles avaient partagé. Avait-elle contraint Emma à subir ses assauts ? L'avait-elle blessée ? La honte lui empourpra les joues.

« Je… Hum à ce sujet… Je voulais vous présenter mes excuses, mademoiselle Swan. C'était tout à fait irrespectueux de ma part et sachez que je regrette sincèrement d'avoir abusé de vous de la sorte. »

La blonde sourit à l'utilisation du mot abusé et rougit à son tour.

« J'avoue que ce terme est un peu exagéré, vous ne m'avez pas vraiment forcée. C'était intense, on s'est juste laissé emporter par les évènements sans comprendre ce qui nous arrivait, pas vrai ? »

Régina fut soulagé autant qu'étonnée de la façon dont la Sauveuse avait vécu la scène.

« Je voulais juste ressentir quelque chose et je suppose que je ne suis pas du genre à y aller par quatre chemins. » ajouta-t-elle.

Un silence embarrassé s'installa entre les deux femmes. L'une comme l'autre refusait de s'avouer que l'expérience les avait troublées. Pire, les avait rapprochées.

Brisant la glace, Emma se leva prestement, proposant comme aide sa main à la mairesse.

« Allez venez, vous ne resterez pas cloitrée ici. Henry aimerait vous voir et si vous voulez bien, je vous conduirai tous les deux chez Granny. » proposa-t-elle.

Son hôte accepta avec un faible sourire la main tendue et se remit sur pied, un peu chancelante.

« Si cela ne vous dérange pas, j'aimerai que l'on fasse un détour par le cimetière. Je n'ai pas encore rendu hommage à ma mère depuis son enterrement. »

La Sheriff acquiesça d'un hochement de tête en lui rendant son sourire.

{oOo}

Le vent balayait efficacement les feuilles mortes qui jonchaient l'allée principale du cimetière. Régina marchait en tête d'un pas lent, une rose rouge sang à la main. Même dans le deuil, cette femme dégageait une espèce d'aura de puissance vaniteuse, de souveraine arrogance. D'aussi loin qu'Emma se souvienne, la Reine avait toujours affiché ce côté présomptueux, mais quelque chose lui disait que ce n'était qu'une façade. Aujourd'hui cette carapace s'ébréchait, révélant une Régina sensible, avec ses forces mais aussi ses faiblesses. Cela la rendait… humaine. Attendrissante.

La Sheriff chassa ces pensées alors qu'elles arrivaient devant le caveau familial Mills. La mairesse poussa la lourde porte et entra.

« Je vais vous attendre dehors. » affirma la Sauveuse.

La Reine se tourna vers elle, les yeux brillants et suppliants.

« Accompagnez-moi s'il vous plait, mademoiselle Swan. Je ne suis pas certaine de pouvoir affronter ma culpabilité sans un soutien amical. »

Emma pinça les lèvres et obtempéra gentiment. C'était bien la première fois que leur relation se trouvait cataloguée d'amical et cette idée ne lui déplaisait pas. L'envie d'aider Régina à traverser cette épreuve était peut-être liée à l'évolution de leurs rapports en ce sens. Quoiqu'il en soit, elle suivit la mairesse dans le sanctuaire, quelque peu embarrassée, mais honorée d'être invitée dans l'intimité de la Reine.

Le cercueil en frêne massif reposait dans une alcôve à part lui étant entièrement dédié, les murs décorés de petites niches où flamboyaient des dizaines de photophores. Régina déposa délicatement la rose sur le couvercle du cercueil et passa tendrement la main sur la plaque commémorative où l'on pouvait lire l'inscription suivante :

In Loving Memory Of

Cora Mills

Beloved Mother

Emma se tenait respectueusement en retrait afin de lui permettre de se recueillir. Quand elle aperçut le tressautement des épaules indiquant que les pleurs de Régina s'intensifiaient, son cœur se serra malgré elle. Elle ignorait la force du chagrin qui accablait la brune, elle ne pouvait qu'imaginer sa peine. Cette soudaine vulnérabilité réveillait un besoin irrépressible de lui venir en aide, de partager cette souffrance qui la torturait.

Une main sur le bois froid du cercueil, Régina peinait à calmer sa respiration perturbé par les sanglots incontrôlables qui la secouaient. Le regret lui broyait les entrailles, elle qui autrefois ne ressentait aucune culpabilité à semer mort et destruction sur son passage, la voilà à pleurer une femme qui ne l'avait jamais aimée et qui, jadis, avait tué son grand amour en échange d'un malheureux mariage forcé.

Perdue dans ses souvenirs, elle ne sentit pas immédiatement un bras réconfortant couvrir ses épaules agitées de spasmes. Quand elle prit conscience de la présence d'Emma à ses côtés, elle la dévisagea, incertaine, et vit une sincère compassion transparaître du regard émeraude. Le cou de la jolie blonde lui sembla soudainement le meilleur endroit où calmer ses soubresauts et elle y enfouit doucement son visage.

La Sauveuse, ne s'attendant pas à un tel rapprochement, ne repoussa pas cette sollicitation et accueillit sa tristesse en l'entourant de son deuxième bras.

« Ca va aller, ssshht, ça va aller. Je suis là. »

Elle caressa les cheveux bruns et y déposa un doux baiser, s'imprégnant inconsciemment de leur effluve parfumée, resserrant son étreinte comme si elle était dotée du pouvoir de guérir l'âme meurtrie qui se confiait à elle. Elle se sentait bien. Étrangement bien.

Régina se laissait aller, appréciant la promiscuité rassurante et leur chaleur qui se mélangeaient harmonieusement. Encerclant la taille de la Sauveuse, elle ne se posait plus de question, elle se sentait comme rassérénée, protégée par ces bras tendres et forts à la fois. Elle aussi se sentait bien. Étrangement bien.

Ainsi enlacées, les deux jeunes femmes hébergeaient un bienêtre intense. Les regards convergèrent l'un vers l'autre, sans comprendre ce qu'engendrait cette alchimie. Il ne restait qu'un pas à franchir. Déchiffrant le désir muet dans les yeux de chacune, elles finirent par outrepasser le mince espace qui les séparait. Leurs lèvres se frôlèrent d'abord, jaugeant leur délicatesse réciproque, puis scellèrent ce baiser tout en douceur. Elles prenaient le temps d'apprécier la tiédeur suave de l'échange, taisant la précipitation dictée par les battements affolés de leur cœur, la langue d'Emma goutant timidement les lèvres pulpeuses, bientôt imitée par la curiosité de Régina. Le court baiser prit fin dans une grâce sereine. Les yeux fermés, elles patientèrent front contre front jusqu'à ce que se taisent les palpitations synchrones de leur cœur, les pouces de la Sauveuse caressant tendrement les derniers sillons de larmes de la brune, les doigts de cette dernière abandonnant à regret la chevelure dorée pour glisser jusqu'aux épaules tremblantes.

« Dois-je m'excuser ou vous remercier pour ceci ? » demanda la Reine, les paupières toujours closes.

« Je… Qu'est-ce qu'il nous arrive ? demanda en guise de réponse une Emma complètement chamboulée.

Régina rouvrit les yeux et se dégagea soudainement de son emprise, comme si la raison lui revenait après une crise de démence.

« Ce doit être votre empathie d'héroïne, c'est la seule explication. Quant à moi, je suis bouleversée par la mort de ma mère, c'est évident. »

La Shériff se reprit à son tour, acquiesça de la tête, une expression perplexe se gravant néanmoins sur ses traits.

« Vous avez raison. Hum… Henry doit nous attendre, allons-y. » conclut-elle en prenant le chemin de la sortie.

TBC