La nuit ne fut pas une nuit de repos. Comme si mon esprit n'était pas assez malmené, revoir les visages de deux amis avait fait remonter tout un tas de souvenirs qui me rappelaient que je n'avais pas ma place ici. D'autant plus si on pensait que j'avais été vraiment témoin de la vie d'une de mes ancêtres… Ezarel avait dit que « le camp adverse avait commencé la guerre » et de ce que j'avais vu, cette femme allait la commencer et menaçait la Garde. Cela signifiait donc que mon ancêtre faëlienne était une ennemie d'Eel ? Et moi aussi par la même occasion ? J'avais vraiment pas besoin de ça… pas du tout. En plus on ignorait toujours quel était mon côté faëlien.

N'arrivant pas à dormir convenablement, je me levai à l'aube pour me rendre à la bibliothèque et commencer à chercher des informations sur cette guerre. J'y trouvais Kero, coincé entre deux tours de livres faisant dangereusement penser à la célèbre tour de Pise.

- Oh bonjour, déjà levée ? m'accueillit-il.

- Oui, j'ai trop envie de savoir la vérité sur cette femme alors j'ai pensé donner un coup de main.

Kero soupira mais sourit en même temps.

- Ca serait pas de refus, j'ai travaillé dessus toute la nuit.

- Toute la nuit ? Miiko était si impatiente que ça ?

- Et bien….

Il devint tout à coup rouge, très embarrassé et je crus deviner pourquoi.

- C'est parce que mon ancêtre était une ennemie c'est ça ?

- Et bien… répéta t-il.

- Ca va, ne t'inquiète pas. On choisit pas sa famille… Tu n'as donc rien trouvé ?

Essayons plutôt d'être productif et de faire contre mauvaise fortune bon coeur. Elle devait être plus qu'une simple ennemie ayant démarré une guerre, enfin je l'espérais.

- Non malheureusement. Nous avons des informations sur le déroulement de la guerre, sur nos actions, les actions ennemies mais aucune sur ceux qui dirigeaient la rébellion.

- J'ai vu où vivaient ces gens, comment la garde d'Eel a pu les laisser vivre ainsi ?

Kero leva le nez de son livre et sembla chercher ses mots.

- C'est dur à expliquer… Même après avoir lu toute la nuit, je n'ai pas toutes les informations sur ce qui s'est passé. Certes il y avait des civils qui n'avaient rien demandé, mais il y avait aussi de simples opposants à la Garde qui voulaient le Cristal. C'est une source importante d'énergie pour tout être vivant, comme tu le sais, et certains peuvent contrôler cette énergie… Ils auraient alors été les maîtres de ce pouvoir.

- Ca n'a pas de sens… murmurai-je.

- Tu dis ça car tu n'as jamais vu la magie à l'œuvre en dehors des flammes de Miiko, expliqua calmement Kero.

- Non ce n'est pas ça. Ce que je ne comprends pas c'est pourquoi ils voudraient le Cristal ici, alors qu'ils avaient le leur ?

- Quoi ? De quoi tu parles ?

- Il y a un deuxième Cristal, non ?

Kero me regarda comme si j'étais soudainement devenue folle et nia de la tête.

- Non, il n'y a que notre Cristal, sinon pourquoi se rebeller ?

- Pour fuir des conditions de vie médiocres.

Il me regarda à nouveau dans les yeux, cherchant sûrement à déterminer si je pensais ce que je disais.

- Crois ce que tu veux Kero, mais je suis sûre qu'elle a parlé d'un autre Cristal. Elle avait même des pouvoirs, elle contrôlait la glace.

En plus d'avoir parlé de ce cristal, elle en avait même crée une réplique de glace.

- Intéressant… souffla le bibliothécaire. Si tu l'as vu, alors ça devrait être vrai, les potions ne provoquent pas d'illusions. Mais une telle femme se serait fait remarquer sur le champ de bataille, pourquoi n'avons-nous absolument aucune trace ?

Je haussai les épaules, incapable de répondre à cette question. Nous avons ensuite repris nos recherches. Kero choisissait les livres susceptibles de contenir des informations et que je pouvais lire, puis nous les parcourions.

Ykhar nous rejoignit dans la matinée et commença par finir son propre travail avant de fouiller les livres à son tour. Nous parlions peu, sauf pour échanger sur notre manque d'informations…

Au bout de plus de trois voire quatre heures sans résultats, je me levai et proposai à tout le monde de leur prendre quelque chose à boire. Je pris ensuite la direction des cuisines où Karuto prit ma commande avec son amabilité habituelle. Il la réalisa toutefois avec une rapidité sans pareille et je revins donc à la bibliothèque en cinq minutes.

Kero et Ykhar étaient toujours affairés sur leurs livres à la différence qu'une tête aux cheveux bleus avait débarqué. Il me vit arriver avec les boissons et interrompit ses recherches. Enfin, je supposais qu'il était à la recherche d'un bouquin.

- Ah, enfin quelqu'un qui m'accueille comme il se doit ! Trop aimable de m'apporter un rafraîchissement, chantonna t-il avec son éternel sourire.

- Bas les pattes, c'est pas pour toi.

Imperturbable, je donnais les commandes respectivement aux deux travailleurs et ignorais sciemment l'elfe. Je n'allais pas lui faire le plaisir de m'intéresser à sa petite personne. J'avais des choses plus importantes à faire aussi je replis ma place devant les livres. Cependant il ne lâcha pas l'affaire, sans doute car il avait quelque chose derrière la tête.

- Tu sais, je me suis posé pas mal de question par rapport à hier. Bien sûr je pouvais pas voir ce que tu voyais, mais tu murmurais parfois, et y avait des choses intéressantes…

- Mais oui bien sûr… Et qu'est-ce que tu as bien pu entendre ?

- Juste un prénom… un certain « Nathan ».

Quelle plaie cet énergumène… En plus c'était possible. Si je l'avais vu dans les souvenirs, il avait pu entendre quelques éléments.

- Je ne me rappelle pas avoir dit son prénom…

Pas la peine de me défiler, je ne savais pas mentir, sauf quand il s'agissait « d'omettre » quelques détails.

- Pourtant si, tu le murmurais d'une manière très révélatrice. Notre petite humaine a donc un compagnon.

- Non…

Ezarel s'approcha de moi alors que je tentais désespérément de paraître concentrée sur mon livre, mais l'illusion ne fonctionnait pas. Je sentais son souffle sur ma joue.

- Pas la peine de mentir. Ta voix était amoureuse et tu rougissais.

Je me tournai et le regardai droit dans les yeux.

- Je t'ai dit « non », il n'est pas mon compagnon, c'est juste un… attrait. Enfin… il ETAIT juste un attrait.

A la mention du passé, l'elfe comprit que c'était un sujet à ne pas aborder et recula. Je crus même percevoir un discret « désolé » très vite occulté par la voix sonnante d'Ykhar.

- Je crois que j'ai trouvé quelque chose ! Une gravure.

Intrigués, nous nous sommes tous rassemblés autour de la table de la brownie. Elle nous montra alors le rouleau contenant la représentation d'une femme.

Vue de trois quart, elle ressemblait trait pour trait à l'inconnue du miroir.

- C'est elle, dis-je.

- Elle te ressemble beaucoup, commenta Kero et confirmant que je n'avais pas halluciné.

- Il y a une description, déclara Ezarel en prenant le rouleau pour lui.

Ne nous laissant pas admirer la gravure plus longuement, il se mit à lire la description.

- En 183, un groupe armé du Nord entra en rébellion contre la Garde d'Eel. Numériquement supérieur à nos forces, ils étaient dirigés par une femme nommée… Alaynna.

Tout le monde se mit à me fixer. J'ignorais que mon prénom était le même que le sien ! C'était vraiment trop étrange. Je haussai les épaules l'air de dire « me demandez pas, j'en sais rien ». Ezarel continua.

- Très respectée des rebelles, ils étaient persuadés qu'elle renverserait la Garde et s'emparerait du pouvoir. Aisément reconnaissable à ses yeux violets et son Rawist qui lui servait de monture, on lui attribuait une grande habileté au combat et un excellent sens de la stratégie… Et bien… on se demande si elle peut vraiment être ton ancêtre.

- Tais-toi et continue, lui ordonna Ykhar avant que je puisse dire quoique ce soit.

- Ok, ok… Mais ce qui la distinguait de tous les autres étaient ses pouvoirs, contenus dans un éclat de cristal qu'elle portait constamment autour du cou.

Je me retins à grand peine de porter ma main à mon collier. Non…. Mon éclat ne pouvait pas être SON éclat, ça faisait trop de coïncidences. Comment aurait-il pu arriver là ?

- Cette magicienne était toujours accompagnée de sa garde rapprochée, huit femmes dont on ne distinguait jamais le visage et appartenant exclusivement à son clan. Le clan des Banshees des Terres Désolées.

Ezarel arrêta de parler, fixant les mots écrits sur le parchemin. Je m'approchais pour relire. Des banshees ? J'avais déjà entendu ce nom, mais impossible de me rappeler où. Ykhar prit le rouleau des mains de l'elfe.

- Des banshees vraiment ? demanda-t-elle pour elle-même.

- Ca expliquerait tout, commenta Kero. Les banshees sont en apparence humaines et se distinguent surtout par leurs pouvoirs.

- Comme des sorcières ? demandai-je.

- C'est ça…

- Avec un attrait pour la Mort, lâcha amèrement Ezarel qui était resté dans son coin. Je dois y aller, j'ai des choses à faire.

Sur ces mots, il quitta simplement la pièce, nous laissant nous trois sur cette découverte.

Malheureusement, il n'y avait aucune information sur comment cette femme se serait retrouvée dans mon monde. On ignorait même si elle avait fui ou été tuée dans une bataille, on ne savait rien d'autre. Toutefois, il était certain pour eux que je descendais d'elle et donc que j'étais en partie banshee, car leur potion montrait toujours la vérité. Cela voulait-il dire que je maîtriserai la glace moi aussi ? Cette idée me plaisait assez, je dois l'avouer. J'espérais juste que je ne devrais pas révéler que je possédais un éclat du cristal pour ça.

Miiko et les autres furent informés immédiatement de nos découvertes. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre et on venait me poser des questions sur les banshees, comme si j'en savais plus simplement car c'était dans mon ADN.

Dans les jours qui suivirent, je dus même subir des « tests » en tout genre venant de Nevra, de Chrome ou même de Karen pour savoir si j'avais d'autres caractéristiques spéciales, comme le don d'invisibilité si on me faisait sursauter, l'apparition d'ailes si on me faisait tomber dans le vide –j'ai réussi à esquiver celui-là-,… Malheureusement, à part m'ennuyer, tout cela ne faisait rien.

Au milieu de tout ceci, il y avait toutefois une chose qui me dérangeait. Ezarel, d'habitude si taquin, ne m'adressait plus la parole. Je me mis même à penser qu'il m'évitait. La veille, on m'avait demandé d'aller lui chercher des ingrédients car j'allais au marché et c'est Alajéa qui me fit la transmission alors que je l'avais croisé cinq minutes auparavant. J'avais même tenté de le taquiner à mon tour mais aucune réaction.

- Quelque chose ne va pas ?

Valkyon me fixait, l'air inquiet.

- Tout va bien, oui. Dis-moi… tu ne trouves pas qu'Ezarel est étrange ces derniers temps ?

- C'est-à-dire ?

- Je ne sais pas… depuis qu'on a découvert qui était mon ancêtre, j'ai l'impression que…

- Que quoi ?

- Non rien… c'est sûrement juste une impression.

Valkyon m'observa encore de longues secondes.

- Ne t'inquiète pas pour ton ancêtre. Elle s'est peut-être opposée à la Garde, ça ne veut pas dire qu'on s'opposera à toi.

Il avait visé juste, cette pensée ne me quittait pas depuis que j'avais lu tous les haut-faits de la guerre qu'elle avait causée. Cela dit, ça me rassurait d'entendre qu'on ne me le reprochait pas. J'ignorais si c'était vrai, car j'étais persuadée au fond que ça les influencerait, même inconsciemment, mais j'aimais l'entendre dire. Cependant Ezarel était bel et bien distant en ce moment.

J'allais parler d'autre chose avec Valkyon quand quelqu'un nous interrompit, il fallait que tout le monde se rassemble dans la salle des portes.

Quelques minutes plus tard, nous étions tous rassemblés à l'endroit demandé et Leiftan se tenait en haut des marches. Chrome tournait autour de Karen et Alajéa cherchait à lui faire un calin pour une raison qui m'échappait. En tout cas, Ezarel n'était pas loin en grande conversation avec Nevra. Mon côté narcissique supposa qu'ils devaient parler de moi mais impossible de le savoir.

- Votre attention s'il vous plait, interrompit Leiftan.

Tout le monde se tut et se tourna vers lui.

- Je vais être très bref. Il y a moins d'une heure, nous avons reçu l'avis d'une tempête.

Brouhaha soudain, la mine de Valkyon se renfrognit.

- C'est si grave que ça ? lui murmurai-je.

- Oui, écoute, se contenta-t-il de répondre.

- Un peu de calme. La tempête devrait faire rage dès ce soir, aussi je demande à la garde Ombre de transmettre l'information au refuge d'Eel, à la garde Obsidienne de s'occuper du marché, forcez les marchants à fermer dès maintenant, et à la garde Absynthe, patrouillez en dehors du refuge pour vous assurer que personne ne se trouve dehors lorsque les vents frapperont ici. Qu'une autre partie s'assure que des remèdes soient prêts pour accueillir les blessés, Ezarel, Eweleïn, je vous laisse gérer ça. Valkyon, Nevra, à votre tour, je ne veux personne dans les rues ce soir. Allez, faites vite et ne vous mettez pas en danger inutilement.

Leiftan partit sur ces mots alors que le brouhaha reprit de plus belle. Les tempêtes n'étaient pas une partie de plaisir certes, mais je me demandais si la Garde pouvait assurer la sécurité de tout le monde.

- Valkyon ! interpella Nevra. Il nous faudrait quelques membres de ta garde pour prévoir un lieu d'accueil si les villages alentours sont gravement touchés.

- Oui bien sûr, je t'envoie quelques personnes. Tu as vu Jamon ?

- Avec Miiko, sûrement dans la salle du Cristal.

- Très bien, je vais organiser tout ça, à plus tard.

Valkyon partit de son côté et des membres de la garde Ombre rejoignirent Nevra.

- Karen, rassemble une vingtaine d'Ombres et prévoyez un endroit pour accueillir des réfugiés. Des Obsidiens vont vous rejoindre. Chrome, Alaynna et tous les autres, allez au village vous assurer que tout le monde rentre chez soi et donnez-leur les consignes habituelles. Si vous n'avez pas le temps de revenir au QG avant le début de la tempête, abritez-vous où vous pouvez mais ne restez pas dehors.

Quand il eut fini de donner ses instructions, Chrome me tira vers la sortie pour nous diriger vers le refuge.

A peine la grande porte franchie, des gardes se mirent à souffler dans des cornes dont le son résonna dans tout le refuge. Dès que les habitants entendirent les cors, tous commencèrent à se précipiter pour rentrer chez eux.

- On va aller aux portes et accueillir tous ceux qui reviennent de la forêt ou de la plage, me signala Chrome.

- Tout le monde pourra s'abriter ?

- Espérons… au refuge, nous n'avons pas souvent de gros dégâts mais ces derniers temps, beaucoup de personnes sont venues et les maisons ne sont pas toutes finies. A la dernière tempête, une dizaine de personnes sont mortes dans les villages alentours et beaucoup ont aussi été blessées. Dans ces cas-là, on s'arrange pour prendre en charge le plus de monde possible mais… il n'y a pas un nombre infini de places, alors on fait en sorte de prévenir tout le monde pour minimiser les dégâts.

Son discours se voulait encourageant mais si les maisons s'effondraient, on ne pourrait rien y faire… Je ne me souvenais pas de quand datait la dernière tempête que j'avais affrontée. En fait si, j'en avais vécu une mais j'étais encore enfant, autant dire que les souvenirs à ce sujet sont assez dispersés.

Nous sommes rapidement arrivés à la porte principale ainsi qu'aux portes qui l'encadraient. Chrome me demanda de monter dans l'une d'entre elle et guetter les personnes retournant au QG alors qu'il allait donner les instructions aux gardes. Ceux-ci avaient entendu le son des cors et avait relayé l'appel grâce à leurs propres cors dans les tours, mais ils ignoraient que faire ensuite.

Ils me laissèrent passer dans la tour où je montais les escaliers quatre à quatre. J'arrivai au sommet, essoufflée, et contemplai l'entrée du refuge. Des personnes revenaient en courant, je voyais des mères tenir leur enfant par la main pour les faire aller plus vite ou tout simplement des autres membres de la Garde. Quelques-uns de la garde Absynthe arrivèrent d'ailleurs, comme Leiftan l'avait demandé et s'occupèrent de s'assurer que tout le monde était rentré.

De mon poste d'observation, je pouvais aussi voir au loin, par-dessus la forêt et à l'ouest, la mer. Au dessus des flots, je distinguais une masse noire qui s'approchait dangereusement. Il était même possible de voir des éclairs zébrer la masse par moments et le vent avait commencé à se lever.

- Les hommes valides, allez au hall du refuge, nous avons besoin d'aide, les femmes et les enfants, rentrez chez vous et barricadez les portes et les fenêtres.

Chrome donnait les instructions avec une assurance que j'avais rarement vu chez lui. Toutefois l'évidence était là : face à cette tempète, nous pourrons juste attendre, ou peut-être espérer qu'elle ne soit pas aussi forte qu'il y paraissait.

Chrome et moi avons assuré le retour des personnes et des membres de la garde absynthe un long moment, au point que nous étions probablement les derniers à rentrer au QG. Les gardes assignés à aux portes devaient y rester tout le long de la tempête. Pour cela, ils avaient rassemblés une partie des vivres et de l'eau dans une seule pièce où ils resteraient jusqu'à ce que ça se calme.

Une pluie battante avait commencé à tomber et j'étais déjà entièrement trempée. Le vent était lui aussi très fort et les arbres ployaient dangereusement. Chrome m'interpella pour me signaler qu'il était appelé ailleurs pour donner un coup de main et que je devais donc rester seule quelques temps.

Je restai donc en haut de la Tour encore quelques instants, frigorifiée jusqu'aux os par la pluie et le vent qui brouillant en plus ma vue, m'empêchant de voir si quelqu'un ou quoique ce soit arrivait. Cela dit, de mémoire tout le monde était revenu, y compris les Absynthes. Je redescendis donc de la Tour et ordonnai aux gardes qui resteraient là de fermer la porte.

Pour ma part, je repris de suite la direction du QG en espérant croiser Chrome qui repartit dans cette direction. Quelques gardiens et gardiennes courraient encore mais tout le monde retournait se mettre à l'abri et bientôt le refuge, le marché, les jardins, tout fut désert.

Je me mis moi-même à courir pour entrer à bout de souffle dans le bâtiment dont Jamon allait fermer les portes. Au loin, Chrome me fit signe à travers la foule pour me signaler qu'il était bien rentré. Je le saluai aussi et allai lui demander si on devait attendre d'autres instructions quand on me saisit soudainement l'épaule.

- Toi là ! Tu comptais nous enfermer à l'extérieur ? m'agressa un homme accompagné d'une femme, tous deux semblant appartenir à la garde Absynthe vu la couleur de leurs vêtements.

- Qu…quoi ? Je n'ai enfermé personne !

Tous deux étaient trempés comme moi et semblaient réellement persuadés que je leur avais fait du tort. Ils élevèrent encore la voix, les visages des autres personnes présentes se tournèrent vers nous.

- C'est qui cette bleue encore ? continua l'homme.

- Tu t'rends compte si tu avais enfermé des villageois dehors ? reprit de plus belle la femme. C'est pourtant pas compliqué de compter non ?

- Il pleut averses ! On ne voit rien à plus de trois mètres ! Même des tours on ne voyait rien au-delà des portes ! répondis-je.

Je n'allais pas me laisser faire alors que j'étais persuadée de ne pas avoir fait d'erreurs ! Enfin… maintenant je doutais puisque, comme je venais de le dire, je ne voyais rien et avais donc pu ne pas remarquer d'autres personnes.

- Comment on a pu accepter que tu rentres dans une des gardes ? C'est toi l'étrangère qu'a débarqué de nulle part dans la forêt, non ? Vaudrait mieux que tu te terres dans un coin et que tu laisses les professionnels faire, vociférait l'homme sans discontinuer.

Tout le monde nous regardait et je restais interdite. C'était la première fois qu'on me montrait autant d'hostilité juste car je ne venais pas de ce monde. Dans un coin de l'œil, Chrome allait intervenir mais quelqu'un d'autre fut plus rapide.

- Qu'est ce qui se passe ici ? tonna la voix d'Ezarel.

Il fendit la foule pour nous rejoindre, regarda rapidement les membres de sa garde et me dévisagea de haut en bas. Il semblait toujours aussi hostile envers moi et j'ignorais encore pourquoi. Il demanda à nouveau ce qui se passait et le duo répéta ses accusations auxquelles je répondis avec la même véhémence quand ils revinrent à aborde mon origine étrangère.

- Mon origine n'a rien à voir avec ce dont vous m'accusez ! Je ne…

- Tais-toi à la fin ! coupa sèchement Ezarel. Ton origine a tout à faire ici au contraire ! De ce monde ou pas, tu es une banshee et tu ne feras qu'apporter la mort et finiras traîtresse comme ta rebelle d'ancêtre !

Je ne sais plus ce qui s'est exactement passé à ce moment-là. Ce fut comme si j'étais frappé par la foudre… et mon poing partit.

Je frappai Ezarel en plein dans la mâchoire si fort qu'il s'effondra à moitié sur l'homme derrière lui, celui qui m'accusait quelques secondes plutôt.

Ce n'était pas la tristesse qui m'envahissait, ni la surprise, mais une rage que je n'avais jamais ressenti. Tout était plus clair à présent.

Ezarel se releva d'un bond, toujours aussi mauvais. J'allais le frapper à nouveau mais la poigne forte de Nevra me retint.

- Lâche-moi ! Cet imbécile le mérite ! Il m'ignore pendant des jours sans raison et m'accuse de les trahir parce que je suis une banshee ? Je ne sais même pas ce que c'est !

Je me dégageai de la poigne du vampire et plongeai mon regard dans celui de l'elfe.

- Maintenant il a une vraie raison de me haïr.

Quelques pas en arrière avant de me retourner… et tomber sur Miiko aux côtés de Jamon qui avait dû la prévenir. Seulement, j'étais dans un tel état de colère que je n'avais strictement rien à faire de ce qu'elle pouvait bien me dire. Nos regards se croisèrent et sa désapprobation se lisait clairement. Je l'ignorais et la contournai simplement pour rejoindre ma chambre et me sécher enfin. La foule s'écarta pour me laisser passer et le silence répondit aux questions d'Alajéa et de Karenn.

J'avais été sotte de me fier aux garçons.