Chapitre 8 : Missi dominici
[Après Countricyde et Greeks Bearing Geaft]
Tout était calme au hub quand Jack sortit de son bureau et tomba sur Ianto qui venait de nourrir les weevils et allait s'occuper du ptérodactyle.
« Ianto, où sont-ils tous partis ? »
« Tosh est rentrée, elle n'est pas très en forme en ce moment. Owen et Gwen sont partis ensemble il y a une heure. Est-ce que je commande un repas ? »
« Non, on n'a pas le temps, je viens d'avoir un appel urgent. »
Ianto vérifia sur l'ordinateur l'activité de la faille spatio-temporelle et constata un petit pic d'activité, rien d'inhabituel pour Cardiff.
« Qui est-ce que je rappelle monsieur ? »
« Personne, on devrait y arriver à deux. Si on a besoin de renforts on appellera Gwen ou Owen. On verra sur place. »
Jack repartit chercher son manteau dans son bureau et Ianto attrapa sa veste et son arme.
Jack prit le volant du SUV comme à son habitude.
« Où allons-nous ? » demanda Ianto.
« Dans un restaurant, très chic d'ailleurs. J'ai eu un appel de la police. Ils m'ont parlé de voix et d'ombres dans la grande salle du restaurant. Les clients ont paniqué et tout le monde a quitté le restaurant en catastrophe. Quoi qu'il y ait là dedans, c'est piégé. »
Ianto vérifia son arme, il ne l'avait pas utilisée depuis les cannibales, il espérait ne pas en avoir besoin. A leur arrivée, ils furent accueillis par plusieurs policiers en faction devant le restaurant. Le directeur de l'établissement était également là, encore tremblant, il réussi à leur expliquer l'agencement des pièces de son restaurant. Il eut la présence d'esprit de leur demander de ne rien abîmer …
Arme au poing, Jack et Ianto pénétrèrent dans le restaurant. Ce qu'ils découvrirent les arrêta net : la grande salle du restaurant était tout simplement éblouissante. La salle était immense, elle paraissait d'autant plus grande que la hauteur sous plafond atteignait quatre mètres. Le plafond constitué en partie d'une verrière laissait voir les étoiles. L'ambiance était feutrée, chaque table étant très faiblement éclairée par des bougies. Les fauteuils rouges foncés tranchaient aves les tables en bois teinté foncé et le sol en parquet exotique. La couleur des fauteuils faisait écho aux murs peints également en rouge. Quelques appliques, des tableaux et des miroirs richement décorés parfaisaient la décoration. Passé ce moment d'émerveillement, Jack et Ianto commencèrent à chercher ce qui avait tant effrayé les clients. Du regard ils balayèrent la pièce, en essayant de retrouver les éléments indiqués par le restaurateur : le bar à gauche, l'accès à une seconde salle à côté du bar, l'entrée des cuisines au fond, un escalier qui menait à l'étage à droite. Les plats refroidissaient sur les tables, tout semblait désert et silencieux.
« On se sépare, tu prends à gauche. » dit Jack.
A peine Jack venait-il de terminer sa phrase qu'ils entendirent une voix, grave et forte :
«De profundis clamavi. »
« Des profondeurs j'ai crié » traduisit Ianto presque immédiatement.
Jack le regarda visiblement surpris.
« C'est dans la Bible hébraïque …»
A nouveau une voix grave se fit entendre coupant Ianto dans ses explications :
« Missi dominici, Magister dixit, Contra vim mortis non est medicamen in hortis. »
« Les envoyés du seigneur, le maître l'a dit, il n'y a dans le jardin aucun remède à la puissance de la mort. »
Cette fois c'était Jack qui avait traduit. Il n'avait aucun mérite, son séjour dans le Tardis lui permettait de comprendre n'importe quelle langue de l'univers. Le champ de traduction du Tardis s'était durablement immiscé en lui, sans qu'il sache comment ni pourquoi.
« Ça n'a ni queue ni tête, mais je n'aime pas ça » dit Ianto qui regardait Jack en se demandant s'il parlait couramment le latin. Ils n'avaient pas localisé la provenance des voix, aussi Jack fit signe à Ianto d'avancer.
Tous deux progressaient lentement, en s'éloignant l'un de l'autre, inspectant chaque recoin. Ianto passa devant le bar et quitta la pièce principale pour entrer dans une pièce plus petite mais tout aussi belle. Alors qu'il slalomait entre de petites tables, dans une semi-obscurité, venant de nulle part une ombre noire fonça sur lui, il du se jeter sur le côté pour l'éviter. Il activa son oreillette :
« Capitaine, je viens d'éviter une ombre. Elle est sortie de la pièce à côté du bar. »
« Je ne l'ai pas vue, je suis dans les cuisines. Peux-tu me faire une description plus précise ? »
« J'ai vu passer une toge noire avec une capuche, il ne lui manquait plus que la faux … »
« Pas de panique Ianto, ça n'est certainement pas la mort. »
Ianto se releva et finit d'inspecter la pièce, il était sur ses gardes. Il respirait vite, l'air semblait tout à coup froid autour de lui.
L'ambiance des cuisines tranchait avec celle de la salle principale, la lumière y était vive. Même si la pièce regorgeait de cachettes, Jack ne pensait pas y trouver une des ces ombres. Il fit donc demi-tour et se retrouva à nouveau dans la grande salle. Ianto n'était pas loin, il lui tournait le dos et semblé figé. Jack suivit le regard de Ianto et vit cette fameuse ombre. Il se figea à son tour quand son instinct lui commanda de se tourner vers l'escalier et qu'il en vit plusieurs surgir. Elles venaient de l'étage.
Il ne dit rien mais parcourut la vingtaine de mètres qui le séparait de Ianto. Rapidement ils se retrouvèrent encerclés par ces envoyés du seigneur comme ils s'étaient eux même nommés. La respiration de Jack et Ianto devint plus difficile comme si l'air autour d'eux se raréfiait. Une chose était certaine, il était plus froid une fine vapeur s'échappait de leur lèvres à chaque expiration.
« Capitaine ? » dit Ianto sans le regarder, il ne lâchait pas des yeux les ombres.
« J'ai déjà vu ça, mais je ne pensais pas les revoir un jour. »
« Qu'est-ce qu'ils attendent ? Que faisons-nous ? » demanda Ianto.
« Ils attendent leur maître, Ianto tu peux t'en débarrasser avec ton arme, c'est humain, enfin ça l'a été … fais bien attention, ils dégagent un poison et … »
Jack fut coupé par un bruit tonitruant provenant de l'étage. Comme il le pensait, les messagers étaient là pour repousser ou anéantir toute menace et protéger leur maître. Il devait y aller avant qu'il ne soit trop tard.
« Tiens Ianto, attrape ce chronomètre. Déclenche-le, si je ne suis pas revenu dans 5 minutes va-t-en. Est-ce que tu as compris ? »
« Oui, mais … »
« Suis mes ordre c'est tout. Je vais monter, à mon signal tu me couvres, prêt ? »
Jack lui fit signe alors tous deux se mirent à tirer. Jack se mit à courir en direction de l'escalier. Chaque ombre touchée disparaissait en émettant une fumée verte.
« Le poison » se dit Ianto.
Ce que n'avait pas eu le temps d'expliquer le Capitaine, c'était que chaque ombre en se dématérialisant émettait une onde de choc. Ianto les tenait à distance en essayant de se protéger et de protéger la fuite de Jack. Alors qu'il tirait, une ombre explosa si près de la verrière qu'il l'a brisa. Ianto se protégea le visage de la pluie de verre qui s'abattit sur lui, cessant momentanément ses coups de feu. Une ombre profita de cette courte accalmie pour s'approcher. Quand il abaissa ses bras pour reprendre ses tirs, l'ombre planait à quelques centimètres de son visage. Ianto eut soudain si froid, il ne pouvait quasiment plus respirer ni bouger, le temps sembla se figer. Il détourna son regard, il ne voulait pas regarder … elle s'approchait encore l'invitant à plonger son regard …il ne pouvait pas résister, il devait regarder … il vit, ses peurs les plus profondes, ses souffrances ... le froid pénétrait son corps tentant de lui arracher toute sa chaleur, sa vie … mais Ianto eut suffisamment de volonté pour tirer sur l'ombre et mettre fin à son calvaire. L'ombre était trop près de lui, il fut projeté lourdement en arrière et tomba au milieu des débris de verre. Il sentit son corps se réchauffer, il reprit ses esprits et malgré l'angoisse qui l'étreignait encore continua à tirer. Il tenta de se relever mais sentit une forte douleur dans son dos. Il regarda le chronomètre que Jack lui avait donné, il indiquait 4min et 30s. Il ne restait plus que quelques ombres, Ianto reprit ses tirs en regardant nerveusement vers l'escalier.
Les cinq minutes étaient largement dépassées quand Ianto en eut fini. Il se releva et laissa échapper plusieurs jurons alors qu'il ressentait une vive douleur dans le dos. Il avait plusieurs débris de verre plantés dans le dos. Nerveusement il enleva sa veste et défit sa chemise pour les enlever. Quelques secondes après, alors qu'il se dirigeait vers l'escalier, il vit Jack descendre en courant les marches. C'est un Ianto livide qui l'accueillit, toujours son arme au poing.
« Ianto, encore là ?! Est-ce que tout va bien ? »
« Est-ce que c'est fini ? »
« Oui, je me suis débarrassé de cet usurpateur qui se faisait passer pour Hadès, rien que ça ! Des formes de zombies qui se nourrissent de l'âme des mortels. Beau boulot Ianto. Allons prévenir la police que l'endroit est sécurisé.»
Jack savait très bien ce qu'avait vécu Ianto pour l'avoir vécu lui-même plusieurs années avant. Se confronter à ses peurs pour les dépasser, Ianto y était arrivé.
