Salut tout le monde !
Merci pour vos commentaires, ça fait super plaisir et ça m'encourage à écrire davantage !
Comme promis, voici la suite ! A très vite et bonne lecture !
Chapitre 9
Dans la matinée, alors que je me suis décidée à retourner à l'entraînement, le secrétaire particulier de la Présidente Coin vient m'interrompre pour m'annoncer que je suis attendue en salle du Conseil. Abandonnant mon arc, je le suis sans mot dire, me demandant ce qu'il peut bien y avoir de si urgent.
En chemin, je retrouve Finnick qui est lui aussi convoqué.
— Qu'est-ce qu'il se passe ?
— Aucune idée, me répond-t-il, l'air étonnamment réjoui.
— Tu m'as l'air bien content, toi ?
Finnick m'adresse un sourire aussi radieux que mystérieux et, jetant un coup d'œil vers le secrétaire de Coin qui nous escorte, il me chuchote :
— Je te le dirais plus tard, quand nous serons seuls.
Lorsque nous pénétrons dans la Chambre du Conseil, nous constatons que nous sommes les derniers. Plutarch et Coin sont déjà là, ainsi que Peeta et Haymitch qui devisent tranquillement.
L'incident de ce matin a l'air d'être oublié…
La pièce est d'une taille plus modeste que celle de la veille et je m'en trouve moins intimidée.
Coin prend la parole tandis que nous nous regroupons autour de la table ovale :
— Je tenais à vous informer moi-même du succès de la diffusion des spots hier soir. Beetee a pu les projeter dans leur intégralité dans tous les districts et, même si le Capitole a trouvé le moyen d'interrompre notre communication au bout de quelques minutes, l'essentiel du message est passé : le Geai moqueur est toujours là. A présent, mon gouvernement et moi-même souhaiterions savoir si tu serais d'accord pour poursuivre dans cette voie, Katniss…
Je sursaute en entendant mon nom et demande, sur la défensive :
— Qu'entendez-vous par là ?
— Eh bien, nous aimerions tourner d'autres séquences où tu apparais aux côtés de la rébellion et les diffuser aussi souvent que possible. Le Capitole utilise la désinformation contre nous en donnant l'impression que nous sommes simplement des fauteurs de trouble. Mais, chaque fois que nous parvenons à pirater leur réseau et à diffuser nos propres images, nous rétablissons la vérité, explique-t-elle. La vidéo où on te voit tenir tête aux Pacificateurs dans le Grand Cirque a déclenché des émeutes impressionnantes dans les Districts. Tu leur donnes du courage, Katniss ! Tu leur permets croire que la révolte est possible, qu'il y a une autre voie que la soumission.
— Oui, je comprends. Je veux bien vous aider mais, je ne suis pas très douée devant une caméra. Vous devriez demander à Peeta plutôt, il l'est bien plus que moi…
— Voilà qui est bien vrai ! s'exclame Haymitch, hilare. Vous n'avez aucune idée du mal que nous sommes donnés avant chaque interview !
Peeta rattrape le coup en déclarant :
— Nous pourrions peut-être le faire ensemble. Le public aime bien nous voir tous les deux.
— Les Amants Maudits du District 12…
J'ai parlé à voix haute sans m'en rendre compte et lorsque je m'en aperçois, je croise le regard sombre de Peeta. Oui, nous sommes plus que jamais des amants maudits à présent que notre District n'existe plus…
— Que devons-nous faire ? Questionne-t-il enfin.
— Nous avions pensé qu'il serait intéressant que vous participiez à la prochaine mission de nos commandos, expose tranquillement Plutarch. Le District 11 est presque entièrement tombé aux mains des rebelles mais, il reste une petite centaine de Pacificateurs qui tiennent le centre-ville et y sèment la désolation. Nous voulons tenter une action radicale qui permettrait à la résistance de s'emparer de l'hôtel de Justice et de capturer le chef des Pacificateurs. Avec le District 4, le 11 fait partie des premiers à s'être engagés pour notre cause. Il serait normal que nous leur apportions notre soutien.
— Vous ne seriez pas envoyés en première ligne, bien sûr, vous arriveriez une fois le terrain dégagé ajoute Haymitch.
Je vois Peeta acquiescer.
— De toute manière, nous ne prendrons pas le Capitole sans armes et sans soldats. Nous ne sommes pas encore assez nombreux, commente Finnick. Nous devons nous rallier les autres Districts si nous voulons que cette révolution serve à quelque chose.
Je l'approuve silencieusement. Car c'est bien là le fond du problème : prendre le Capitole. J'ajoute à ça ma petite vengeance personnelle : tuer Snow. Je déclare froidement :
— Je pense qu'il faudra bien plus que cela. Il faudra affaiblir et isoler le capitole pour y parvenir…
Plutarch semble très intéressé par mes paroles car il insiste :
— A quoi penses-tu exactement, Katniss ?
— Affamons-les, laissons-les plusieurs semaines sans chauffage, à grelotter le ventre vide… Vous verrez que les habitants du Capitole se montreront plus réceptifs à nos arguments. Il faut s'emparer de la voie de chemin de fer, la couper s'il le faut, les isoler du reste de Panem…
— Oui, le Capitole est totalement dépendant des autres districts… Nourriture, bois de chauffage, charbon, toutes les denrées de première nécessité, toutes les matières premières proviennent des Districts, complète Peeta en suivant ma pensée.
— Ce que nous ne pourrons pas contrôler, il suffira de le faire sauter… dis-je avec une fausse nonchalance.
La présidente me contemple avec un mélange de stupeur et de respect, peut-être même de crainte…
— Oui, je pense que ça vaut la peine d'y réfléchir… réplique-t-elle après avoir consulté Plutarch.
— Avez-vous une idée de la date d'intervention dans le 11e district ? demande encore Finnick.
— Pas avant quatre ou cinq jours. Il nous faut le temps de rassembler du matériel et d'affiner notre plan d'attaque. Nous n'avons pas le droit à l'erreur, lui explique la Présidente.
— Parfait, cela nous laissera le temps de nous préparer aussi, conclut Peeta en se levant, imitant en cela Plutarch et Coin.
J'en déduis que la réunion est terminée.
Haymitch m'interpelle avant que je m'éclipse :
— Katniss, Cinna souhaiterai que tu passes le voir à l'occasion, quand tu auras un moment de libre…
Il ponctue sa phrase d'un clin d'œil complice, référence à ma nuit avec Peeta.
Je fais semblant de ne pas relever l'allusion, lui réponds que je n'y manquerai pas et rejoins les autres qui m'attendent dans le couloir.
Une fois dans l'ascenseur, Finnick rompt le silence et nous annonce :
— Si vous ne faites rien demain soir, ce serait sympa à vous de nous réserver votre soirée tous les deux…
Je comprends qu'il parle au nom d'Annie mais, je ne vois pas où il veut en venir. Je l'interroge du regard alors, il ajoute d'une voix réjouie :
— Annie et moi avons décidé de nous marier !
Je ne peux retenir un gloussement d'excitation tant je suis ravie pour eux. Je lui serre les mains avec chaleur en le félicitant :
— C'est fantastique, Finnick ! Je suis tellement heureuse pour vous ! Vous méritez tellement d'être heureux tous les deux !
— Mes félicitations, vieux ! ajoute Peeta en lui donnant l'accolade.
— Je sais que ça peut paraître un peu précipité mais, ça fait tellement longtemps que nous attendons de pouvoir être enfin ensemble… Au Capitole, ce n'était pas possible, Snow nous l'aurait interdit… Mais, à présent que je l'ai retrouvée, je veux unir ma vie à la sienne pour de bon… nous explique Finnick, ému.
Je commence à réaliser que la vie qu'il a dû mener au Capitole, dans l'ombre perpétuelle de Snow, n'a pas été facile, contrairement à ce que je pensais avant de le connaître.
—Annie souhaiterait que tu sois son témoin, Katniss… ajoute-t-il.
Je le dévisage avec stupéfaction : je la connais à peine, mais je réalise qu'un lien nous unit tous depuis les Jeux de l'Expiation et surtout, depuis le Grand Cirque.
— Dis-lui que ce sera pour moi un immense honneur.
— Puis-je compter sur toi, Peeta ? Pour être le mien ?
— Avec plaisir, mon ami !
Les portes de l'ascenseur s'ouvrent sur l'étage où nous descendons, Peeta et moi. Finnick nous fait signe de la main et nous crie :
— A plus tard les amoureux !
L'ascenseur repart et je regarde Peeta avec étonnement :
— Ne me dit pas que tout le monde est au courant ?
— Euh… Je crains qu'Haymitch ait… comment dire ? commence Peeta, embarrassé.
— Crié tout haut notre vie privée à tout le District, c'est ça ?
— Tu connais Haymitch…
Je soupire de rage :
— Oui ! Malheureusement !
Peeta m'enlace tendrement et me ramène dans ses bras :
— Allons, ne sois pas fâchée… Ce n'est pas plus mal… Ça m'évite d'avoir à hésiter à chaque fois que j'ai envie de te prendre la main ou de t'embrasser. Enfin, si tu es d'accord pour ça, bien sûr… Gale et toi, vous n'êtes pas… ensemble, n'est-ce pas ?
Je perçois un réel questionnement dans sa voix. Je me perds dans ses pupilles si bleues et si pleines de doute et je finis par lui répondre :
— Non, il n'y a jamais rien eu entre Gale et moi…
— Entre toi et moi non plus, Katniss…
Il a raison. Mais, après notre baiser de la nuit précédente, je ne peux nier qu'il y existe quelque chose entre nous, même si je n'ose pas encore lui donner de nom.
Mon cœur et mon âme sont comme fracturés.
Je tiens à Gale.
Je tiens à Peeta.
Mais, lorsque Gale m'a embrassée dans le passé, je n'ai jamais ressenti le feu que je ressens maintenant en présence de Peeta.
— Tu n'as pas le droit de dire ça, pas après cette nuit…
Ma voix n'est qu'un chuchotis mais je sais qu'il m'a entendue.
— Tu as raison. Pardon, Katniss… C'est juste que j'ai l'impression que cette nuit était trop parfaite pour être réelle.
— Mais, elle l'était, Peeta … Elle l'était.
Je me penche vers son visage et prend l'initiative d'un baiser, doux, tendre, romantique.
Il soupire. Je sais qu'il est rassuré et heureux.
— Qu'est-ce que tu as prévu de faire de ta journée ? me demande-t-il soudain.
Je regarde l'heure. J'ai encore une heure avant de retrouver Prim au déjeuner.
— Je vais peut-être faire un saut chez Cinna.
— Tu veux que je t'accompagne ? Haymitch m'a dit qu'on lui avait donné un bureau dans l'aile administrative. Je comptais passer au service de l'intendance voir s'ils n'auraient pas besoin de quelqu'un de plus en cuisine… C'est à côté.
— La fabrication des gâteaux te manque ? lui demande-je en riant.
— On peut dire ça… Je pense que ça me permettrait de faire un peu de tri dans mon esprit…
Je redeviens grave.
— Oui, je comprends. Un peu comme une thérapie, en quelque sorte…
— Exactement ! J'aimerais retrouver des gestes familiers pour oublier tout ce que nous avons pu vivre depuis quelques mois.
— D'accord ! Allons-y ! Mais s'ils t'embauchent, attends-toi à ce que Prim te réclame des gâteaux avec des fleurs en sucre dessus !
— Je ne sais même pas s'ils ont du sucre ici ! Ironise Peeta en me prenant la main pour cheminer vers l'administration.
Peeta m'abandonne sur le seuil après avoir salué Cinna, venu m'accueillir à la porte. Mon styliste boite lourdement et je constate qu'il a la jambe complètement raide.
Je pénètre dans le bureau que Coin a mis à sa disposition. Il est clair et spacieux, très moderne, comme tout ce qui touche au gouvernement du 13e district. Plus confortable en tout cas que les logements dans lesquels nous sommes installés… Des rouleaux de tissus bariolés s'entassent contre les murs ou émergent des placards ouverts. Une vraie caverne aux merveilles !
— Tu sais, je pourrais demander à ma mère de regarder tes blessures, si tu veux… C'est une merveilleuse guérisseuse…
— C'est très gentil à toi, Katniss. Et je n'en doute pas mais, je suis déjà allé à l'infirmerie en arrivant hier. Et ils n'ont pas pu faire grand-chose de plus pour moi, tu sais. Les Pacificateurs n'ont pas été très tendres lorsqu'ils m'ont arrêté dans la salle de lancement. Ils m'ont littéralement pulvérisé la rotule. Les médecins disent que je ne remarcherai jamais comme avant, mais, je me suis fait une raison. Même ma main ne m'empêche pas de dessiner alors, tout va bien ! Je me dis souvent que sans toi, je ne serai pas en vie, Katniss…
Je ne comprends pas, moi qui culpabilise à mort d'être à l'origine de son état… Percevant mon trouble, il ajoute :
— Grâce à toi, à ta victoire aux 74e Hunger Games, je suis devenu incontournable au Capitole dans le milieu de la mode. Lorsque j'ai été arrêté, nombre de personnes ont défilé dans le bureau du Président Snow pour exiger ma libération. Y compris sa petite-fille, paraît-il… Sans leur intervention, je serai mort en me vidant de mon sang dans les geôles du palais présidentiel. Mais, au lieu de ça, un garde est arrivé un matin avec une missive. C'était mon ordre de libération. Snow était persuadé que tu ne sortirais pas vivante de l'arène. Malgré la torture, ils n'avaient pas pu me faire avouer un lien quelconque avec la Résistance. Je ne lui étais donc plus d'aucune utilité. J'ai quitté le palais sans demander mon reste et me suis terré au Capitole, craignant qu'il ne change d'avis. Quelques jours plus tard, j'ai appris par des amis que tu t'étais évadée et que les Hunger Games avaient été interrompus. Snow a dû s'étouffer en l'apprenant !
— Il paraît oui… C'est pour ça qu'il aimerait tellement me voir morte, je suppose…
Je m'approche de l'immense table de travail sur laquelle s'étalent déjà des tas des pages griffonnées par Cinna. Ma main les effleure, soulevant les pages blanches du dessus pour voir les croquis dissimulés. Je ne peux résister à l'envie de lui demander :
— Sur quoi travailles-tu ?
— Sur toi, Katniss, comme toujours !
Je lève un visage surpris.
— J'ai pensé que tu aurais besoin d'une tenue à la fois confortable et protectrice si tu dois aller te promener dans les Districts en guerre… m'explique-t-il en exhumant de dessous la pile de feuilles une série d'esquisses.
Je contemple le crayonné parfait, le trait à la fois sûr et puissant. Il s'agit d'une sorte de tenue de combat, comportant un bustier orné d'un geai moqueur aux ailes déployées. De larges bracelets de cuir lacés se terminent en pointe sur la main du modèle, lui donnant un air de guerrière amazone.
Je glisse mes doigts sur le motif du geai qui m'attire irrésistiblement. Il est très différent de celui de ma broche sur lequel l'oiseau est enfermé dans un anneau et tient une flèche dans son bec.
— J'ai pensé qu'il était temps que l'oiseau se libère de ses chaînes et prenne son envol, m'explique simplement Cinna.
— C'est magnifique !
— La tenue sera entièrement doublée de tissu renforcé pour t'assurer une protection maximum. On ne sait jamais… Te connaissant, je préfère prévoir le pire, ajoute-t-il pour me taquiner.
J'ai un petit hochement de tête qui ne dément pas ses paroles. Il a tellement raison ! Et ça me fait tellement de bien de retrouver cette complicité avec lui.
Tout à coup, une idée germe dans mon esprit.
— Dis, Cinna ? Tu crois que tu aurais le temps de me coudre une robe pour le mariage d'Annie ?
— Finnick et Annie se marient ?
— Oui, il vient de nous l'annoncer ! Mais, c'est demain soir…
— Je ne te promets pas une robe comme celles de tes interviews mais, je devrais pouvoir faire quelque chose… Peeta t'accompagne ?
— Oui.
— Demande-lui de passer me voir cet après-midi. Je n'ai pas ses mensurations, puisque c'est Portia qui s'occupait de lui. Je devrais pouvoir lui ajuster un costume.
— Super !
J'hésite encore.
— Qu'y a-t-il, Katniss ?
— J'abuse, je sais mais, la pauvre Annie n'aura sûrement rien à se mettre non plus pour son mariage…
Cinna se passe une main sur la nuque et murmure :
— Je crois que je ne vais pas beaucoup dormir la nuit prochaine, moi…
Je me jette dans ses bras :
— Tu es le plus génial, Cinna !
— C'est ça, c'est ça ! Bon, et si nous commencions tout de suite ! Grimpe là-dessus, veux-tu ?
Il m'indique un petit tabouret. J'enlève ma veste et grimpe de bonne grâce, prête à endurer une longue séance d'essayage.
