Bonjour ! ^^
Alors, pour ce chapitre, on apprend la véritable nature de deux personnages… sans pour autant tout vous révéler :p
Donc, je crois bien que je vous laisse sur un fil d'autant plus mince que la dernière fois, et là, je pourrais pas publier d'autre chap avant mi-août… ^^"
Voilà, bonne lecture !
Narya xp
Chapitre 8 : Révélations.
Mamori, Hiruma. Hiruma, Mamori.
Mon regard voyageait de l'un à l'autre avec perplexité. Je l'avais appelée, elle s'était vaguement retournée et alors j'avais pu voir l'horreur qui se peignait sur son visage habituellement si calme et souriant. Pourquoi ? A cause d'Hiruma. Moi-même je n'aurais pas imaginé que la situation tournerait ainsi. Mais… pourquoi si tôt ? Ce n'était pas son dix-huitième anniversaire, que je sache…
Quoi, vous voulez que je rembobine, vous ne comprenez rien ? Normal. Pour tout avouer, hier encore je n'aurais rien saisi non plus… ni cru, d'ailleurs. Seulement, je suppose que vous savez ce que sont les souvenirs oubliés… ?
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- Ma puce, murmura ma mère en me caressant les cheveux avec douceur.
Je me souviens que sa peau portait une odeur de fleur, celle de cerisier si ma mémoire ne me trompe pas. Toute sa surface était douce comme de la soie ; en revanche, impossible de lui faire une quelconque marque, un quelconque hématome, même une coupure ; et si quelqu'un essayait de la frapper, il se heurtait à un mur de marbre (je parle en connaissance de cause… ça fait mal !).
A l'entente des paroles de ma mère, j'ouvris les yeux avec peine, étant encore ensommeillée.
- Tu te souviens de ce que je t'ai dit ? demanda-t-elle.
Je fis « non » de la tête. J'étais une vraie passoire, à l'époque. Ou un gruyère. Mes souvenirs formaient des trous, même aujourd'hui je peine à m'en rappeler certains…
Ma mère soupira.
- N'oublie pas. Tu es… un peu différente, commença-t-elle.
Elle s'arrêta, parut réfléchir quelques secondes, les yeux dans le vague.
- Tu veux que je te l'écrive ?
J'hochai la tête suite à un bâillement à décrocher la mâchoire. Je sentis ma mère se lever de mon lit et l'entendis aller de son pas svelte et posé vers le bureau. Elle s'empara d'une feuille et d'un stylo, écrivit en quelques secondes ce qu'elle avait voulu me dire, puis elle posa l'objet qui lui avait servi à marquer les mots sur la feuille, sur le bois de la table.
- Lee…, chuchota-t-elle, regarde moi, s'il te plaît.
Avec un effort qui me parut surhumain, j'ouvris de nouveau mes yeux fatigués et les frottai. Je reportai ensuite mon regard fatigué sur ma mère qui brandissait une feuille blanche pliée en quatre.
- Je te mets la feuille là-dedans, dit-elle toujours aussi bas. Promet-moi que tu la retrouveras et que tu la garderas. C'est très important.
Elle s'approcha et se rassit sur mon lit. Elle déposa un léger baiser sur mon front et me fit promettre de me souvenir un jour de cette feuille, mais surtout de la retrouver. Absolument. Je jurai dans un marmonnement inaudible, puis, enfin satisfaite, elle se leva pour la dernière fois et partit. Pour de bon.
J'avais cinq ans, à l'époque. J'ignorais alors que c'était la dernière fois que je la voyais et m'empressai de me rendormir, fatiguée.
J'avais fait de magnifiques rêves, toute la nuit. Ils avaient l'odeur de la fleur de cerisier, la douceur du satin et de la soie, et le son doux et chantant de la voix de ma mère… ils avaient été les derniers songes que j'avais pu faire. Pourquoi ? S'étaient succédés cauchemar et vides, depuis son départ. Des cauchemars sans nom, tous plus épouvantables les uns que les autres, des vides plus poignants et creux à chaque réveil le matin. Encore aujourd'hui je me demande si je suis capable de rêver comme avant…
Mais… la feuille ? Me demanderez-vous. Eh bien, je l'avais totalement, entièrement, complètement oubliée… Ma mère l'avait glissée dans un petit livre qu'elle m'avait offert, « L'histoire d'un ballon ». J'étais petite et déjà une passoire, de plus elle m'avait parlé alors que j'étais encore endormie, renforçant la perte de mémoire…
Pourtant, le jour du match contre les Amino Cyborg (c'est-à-dire la veille de la fête), alors que j'étais sur le banc en train de regarder nos joueurs se battre pour arracher la victoire des mains des autres lycéens, je m'étais souvenue de cette « Histoire d'un ballon ». Comment, pourquoi, je n'en sais rien. Mais, de fil en aiguille, j'étais remontée à ce souvenir d'enfance…
Je n'avais pas attendu la fin du match et étais partie chez moi en courant, ayant simplement et rapidement prévenu Mamori de mon départ. Je n'avais pas pris la peine d'attendre un bus, ni la patience : ma curiosité l'emportait sur le reste, je voulais savoir ce que ma mère avait eu à me dire de si important pour venir me réveiller en pleine nuit et me faire promettre de ne jamais oublier, ce qui ne lui était jamais arrivé.
Si les personnes croisant mon chemin me prenaient pour une folle, je n'en avais rien à faire. Je courais, tout simplement, le plus vite que je pouvais, sans pour autant me bousiller le cœur et les poumons.
Après une demi-heure de course à pied (le stade où se déroulait le match était par chance pas trop loin de chez moi), je parvenais devant mon appartement, essoufflée. J'avais ouvert la porte à la volée, n'avait même pas pris la peine de la refermer, me dirigeant vers ma chambre en courant. J'étais directement allée vers ma bibliothèque, faisant tomber les livres sans ménagement, jusqu'à ce que je le trouve.
La fouille m'avait pris au moins une demi-heure… mais j'avais fini par mettre la main dessus. Ce que je n'avais pas vraiment espéré, d'ailleurs… m'étant enfuie de chez mon père sans rien emporter, je n'aurais pas pensé le trouver là… comment y était-il arrivé, d'ailleurs ? Je l'ignorais, mais là n'était pas le plus important… je reportai mes pensées sur l'objet entre mes mains.
« L'Histoire d'un ballon ». Le petit livre était rouge et poussiéreux, corné par la même occasion. Un ballon de football américain était dessiné dessus, avec deux grands yeux rieurs et une bouche étirée en un sourire… J'ouvris l'ouvrage et une feuille méticuleusement pliée en tomba ; je m'abaissai et la dépliai.
A l'intérieur, une écriture fine et penchée couvrait une vingtaine de lignes… une vingtaine ? Ma mère n'avait-elle pas mis que quelques secondes pour écrire cette lettre ? Bah, les souvenirs sont souvent faussés, et j'étais à moitié endormie…
Sans m'attarder plus longtemps, je parcourus lentement ce qu'avait voulu me dire ma mère disparue.
« Lee, ma puce. Je te connais bien, tu as dû oublier cette nuit là… tu étais tellement fatiguée ! Si je t'avais tout raconté, tu n'aurais rien compris et te serais arrangée pour tout oublier ensuite… mais je m'attarde. Je pense, qu'au moment où tu liras cette lettre, tu seras en mesure de comprendre ce que je vais te dire…
Tu es la seule de la famille à être ainsi, tu as hérité de mon gène comme d'une maladie incurable. Et elle l'est.
Toutes les personnes appartenant à la branche de ma famille ont ce gène.
Le jour de ton dix-huitième anniversaire, fais bien attention. Tu te sentiras mal, tu auras envie de mourir, peut-être. Tu vas sentir quelque chose changer en toi, tes muscles, tes dents, ta vue, ton ouïe, ton toucher, les saveurs, peut-être ta façon de penser… à ce moment-là, ne sors pas, je t'en supplie. Tes yeux deviendront d'un rouge sang, ta peau d'une blancheur immaculée ; tu seras prise de tremblements incontrôlés et tu auras l'impression de lutter contre… une sorte de force, de démon intérieur. Tu auras une irrésistible envie de tuer, de déchiqueter, de massacrer, de torturer toute chose bougeant et se montrant à toi… c'est pourquoi, ne sors pas… c'est tout ce que je peux te dire pour l'instant. Tu expérimenteras le reste par toi-même…
Pardonne-moi de te laisser, pardonne-moi pour tout ce qui va suivre. Parce que, à cause de moi, par ma faute, tu es… »
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… un vampire. Tous les symptômes étaient là, sans aucun doute, les yeux rouges, la peau blafarde, les tremblements, la lutte intérieure, l'envie de tuer… seul un détail me perturbait. Un seul. Un détail minime mais qui me chiffonnait tout de même…
- Mamori… sauve… ta vie…
Hiruma avait parlé. Murmuré, plutôt, d'une voix rauque, tendue par l'effort qu'il faisait pour se dominer. Et Mamori… elle était tombée, heureusement pas tout en bas, la chute aurait été mortelle pour elle. Elle avait seulement heurté le sol avec sa tête, devant moi.
Toute dans mes pensées que j'étais, je n'avais pas eu le réflexe de l'attraper. Mais à présent, j'étais déterminée à… « obéir » au quaterback. Je n'allais pas la laisser crever. Hors de question, une fois était arrivée il y a longtemps, mais c'était déjà de trop.
Tendant mes muscles, plissant les yeux, je m'élançai vers le corps de la manager, l'attrapant aussi vite et du mieux que je le pus, fonçant dans le couloir face à moi avec un poids sur mes bras. La nuit et donc les ténèbres environnantes ne m'aidaient en rien, sinon me ralentir et faire monter la pression qui régnait en moi.
Je tournais autant que je le pouvais, descendant les marches à toute vitesse, bifurquant lorsqu'une intersection se trouvait, tout ça pour semer l'homme… le vampire à mes trousses. Si Hiruma n'avait pas eu tous ces symptômes que m'avait décrits ma mère, jamais je n'aurais cru à ce qu'elle avait voulu me dire. Et voilà que cela arrivait à une autre personne qu'à moi. Pourquoi ?
Elle avait noté que seules les personnes qui avaient un lien de parenté (de sang, je dirais, puisqu'il était question de gènes) possédaient le gène des vampires. Mais alors… Hiruma et moi étions issus de la même famille ? Ou bien appartenait-il à une autre branche inconnue de ma génitrice ? … J'en doutais, ma mère ne m'aurait rien dit dont elle n'était pas totalement sûre…
Je fus tirée de mes pensées par mon cœur. Oui, mon cœur : il battait à tout rompre, je le sentais au niveau de mes tempes ; j'avais d'ailleurs l'impression que ma tête allait exploser. J'avais le souffle coupé, je ne parvenais plus à respirer correctement à cause de Mamori qui pesait sur mon dos… comment je l'avais foutue là, d'ailleurs !? Pas le moment, Lee, pas le moment…
- Merde ! jurai-je entre mes dents.
J'étais tombée. Vraiment la dernière chose qu'il me fallait. J'étais éreintée, j'avais tellement mal au crâne que j'avais la sensation que ma tête allait éclater et que mes poumons étaient en feu, brûlés par l'air qui me maintenait pourtant en vie. En plus, un point de côté douloureux sur mon flanc gauche et le poids mort de Mamori évanouie se faisaient trop bien sentir. Pour ne rien arranger, venaient s'ajouter à tout ça la course et la respiration saccadée de Hiruma qui était à nos trousses, se rapprochant à chaque seconde passée…
Je tournai la tête derrière moi, tentant d'apaiser mon souffle et les battements effrénés de mon cœur, les yeux écarquillés, essayant en vain d'apercevoir quelque chose dans l'obscurité et le silence qui régnaient.
Les pas se firent flous à mes oreilles, j'avais la sensation qu'ils venaient de tous les côtés à la fois. Par où fuir ? Par où aller pour rejoindre l'extérieur ? Par où sortir !? J'allais pas crever là, quand même ! Et hors de question de laisser Mamori entre les mains d'un vampire…
Mon souffle s'apaisa et je repérai avec difficulté une porte pas loin de moi. Je la fixai quelques secondes puis me décidai enfin à réagir. Je dégageai Mamori se trouvant sur moi et la callai contre le mur sans faire en manières ; le temps me manquait. Me levant avec peine, les muscles tétanisés par ma course, je me dirigeai en grimaçant vers la porte, espérant de tout mon être qu'elle soit ouverte.
« S'il vous plaît… » pensai-je de tout mon être.
J'abaissai la poignée avec force… raté. Une vague de découragement m'envahit, j'eus pour seule envie de me laisser aller par terre et d'attendre qu'il vienne nous tuer. J'en avais marre… j'avais pas assez souffert comme ça, 'fallait aussi que je crève prématurément… ?
Les pas se firent plus proches, la respiration saccadée plus puissante.
Je glissai le long de la porte, à genoux, les mains fortement agrippées à la poignée. Un vide béant m'envahit, un vide que je ne connaissais que trop bien. Contrairement à d'habitude, il ne me coupa pas le souffle, non, il apporta avec lui, simplement, un raz-de-marée de résignation mortelle.
Oui. J'allais mourir. Ma vie était terminée. Peut-être qu'avec un peu de chance, Mamori survivrait et serait retrouvée ici, demain matin, à côté de moi, qui serais étendue au sol et morte. Oui, ça serait bien… au moins j'avais essayé, j'avais tenté de sauver ma vie et celle de Mamori. J'avais échoué… il nous restait quoi, environ zéro pour cent de chances de nous en sortir… ?
« C'est quoi cette attitude, fuckin' rousse ? On se relève illico ! La partie n'est pas finie, pas question d'arrêter maintenant ! Alors tu vas me bouger ton cul et nous sortir de là… !!! »
Hiruma… c'est ce qu'il aurait dit. Tant qu'on atteignait pas le zéro pour cent, la partie n'était pas finie. Je commençai à me relever. Non. La partie n'était pas finie et je m'étais promis d'au moins sortir Mamori de ce pétrin.
Faisant face à la porte, je reculai, prenant mon élan. Je courus vers elle, épaule en avant, la mâchoire serrée. Le choc vint trop vite à mon goût et je sentis brusquement la douleur se propager dans mon bras et mes côtes. Je glissai un peu, retins de justesse un gémissement et relâchai quelque peu la tension qui régnait dans mes muscles.
Me reprenant rapidement en secouant la tête, je reculai encore et réitérai l'action une seconde fois, avec l'autre épaule. La douleur fut la même, mais la porte ne céda pas. Elle ne voulait pas s'ouvrir… je faillis me décourager encore, mais la vue de la manager au sol me fit l'effet d'une douche froide. Je n'avais pas le droit d'abandonner.
J'optai alors pour une tactique différente : me mettant à un peu moins d'un mètre de la porte, je levai les poings et expirai lentement l'air dans mes poumons, calmant la peur d'échouer une troisième fois qui me rongeait le ventre. Il serait bientôt là, je ne pourrais pas retenter d'écarter la porte une quatrième fois, je n'en aurais pas le temps.
Soufflant rapidement, je donnai un violent coup de pied contre la paroi qui vibra, s'ouvrit quelque peu, défonçant la serrure au passage, mais pas complètement. Je recommençai mon geste avec tout autant d'énergie, expirant tout l'air qui me restait dans les poumons d'un coup sec et la porte céda enfin sous mon acharnement répété.
Je reportai mon regard sur Mamori avec un demi-sourire… ne vis personne. Non… pitié…
Un éclair tomba, illuminant le couloir pendant un millième de seconde, immédiatement suivi du tonnerre et de la pluie.
Pendant ce millième de seconde, j'avais vu Hiruma, tenant Mamori dans ses bras. Pendant ce millième de seconde, un soulagement tout aussi court était apparu : il n'avait pas mordu Mamori. L'apaisement ressenti disparu instantanément, il ne tarderait pas à passer à l'acte.
Je m'élançai alors aussi vite que je pus pour tenter d'arracher le corps de la manager des griffes… des crocs du vampire. C'était un vrai cauchemar, pire que tous ceux que j'avais pu rêver, puisque celui-ci était bien réel…
Je me raidis alors dans ma course, sentant un souffle glacé sur ma nuque. Il était là. Derrière moi, en train de me fixer de ses yeux rouge sang, en train de rapprocher ses canines toujours plus près de mon cou.
Oui… la situation était vraiment désespérée. Je ne parvenais pas à voir une once de solution apparaître dans mon esprit confus. Tout se mélangeait, des flashes de souvenirs me revenaient, ceux de ma mère, de ma famille, de mes cauchemars. Avec ça, la peur me tordait le ventre, habitait mes pensées désordonnées, me criant de fuir sans pour autant que je n'arrive à esquisser le moindre mouvement… je me mordis la lèvre inférieure pour ne pas lâcher un hurlement.
Le détail me revint en mémoire. Mais pourquoi… ? Ce n'était pas possible… il…
- …t'as pas dix-huit ans, soufflai-je.
Il s'arrêta, je pus le voir et le sentir me tourner légèrement la tête vers lui de sa main blanche et glacée. Je frissonnai. Il affichait un demi-sourire… je n'aurais pu le qualifier. Sournois, affectueux ? Sincère, vicieux… ?
- Si, murmura-t-il de sa voix étrangement différente et pourtant si semblable à celle d'avant. Aujourd'hui.
Ah… il fêtait ses dix-huit ans aujourd'hui… tous les éléments étaient en place, tous les symptômes aussi. Mais cela ne m'aidait en rien, parce que j'allais tout bonnement crever, être déchiquetée, bouffée par un vampire… un buveur de sang du nom de Yoichi Hiruma.
Un autre éclair zébra le ciel, éclairant les environs du lycée aussi sûrement que ma défaite, suivi du tonnerre sonnant l'appel de la faucheuse.
Voilà. Les trois mots étaient écrits, tracés et marqués dans ma mémoire. Zéro pour cent. J'avais tout fait pour y arriver, j'avais échoué. Lamentablement échoué. Désolée, maman, je ne pourrais pas te retrouver, pardonne-moi…
Zéro pour cent.
- Joyeux anniversaire, Hiruma, murmurai-je, alors que ses canines s'apposaient au creux de mon cou.
Zéro pour cent…
